‹ La Belgique et le Vatican (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · SÉANCE DU 27 FÉVRIER · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 27 FÉVRIER

J'ai eu l'honneur. Messieurs, d'examiner, dans la séance d'hier, les mesures extrêmes prises par l'Episcopat et le clergé, en vue d'arriver à peupler les écoles établies pour faire concurrence aux écoles organisées par l'Etat.

J'ai montré l'esprit qui avait dicté ces mesures ; j'ai indiqué le sentiment qui avait suggéré les exceptions; et je ne sais vraiment pas ce qu'il y a de plus odieux, de la règle générale ou des exceptions.

II sera intéressant. Messieurs, de connaître l'attitude de la droite en présence des faits que nous avons constatés; il sera intéressant de voir si elle reniera les violences de l'Episcopat et du clergé ou si elle les fera siennes.

L'honorable M. Thonissen a, hier, très habilement esquissé la question. Il s'est . borné à nous signaler, dans le langage de Léon XIII, ce qui concordait avec ses propres discours; et, à raison de cette concordance, il s'est déclaré satisfait du résultat des négociations. Mais l'honorable membre a évité de nous dire ce qu'il pensait des moyens mis en oeuvre par l'Episcopat et par le clergé pour atteindre le résultat qu'ils poursuivent. Une explication est nécessaire à ce sujet; j'espère qu elle nous sera donnée.

En allendant, je ne puis m*empêcher de relever cette assertion véritablement étrange d'un des membres de la droite» d*après laquelle le mouvement dirigé contre les écoles officielles serait purement laïque ! !

Il &ut, en vérité, avoir une foi bien robuste dans la crédulité de la Chambre et dans celle du pays pour hasarder une pareille affirmation !

Purement laïque, ce mouvement qui a été suscité, dirigé et conduit par TEpiscopat et par le clergé ! .

Purement laïque, ce mouvement qui, sans le concours de tous les curés et de tous les vicaires du pays, était mort-né !

Se plaçant aussi à ce point de vue, l'honorable M. Thonissen vient nous dire, à la vérité : Vous nous représentez comme siégeant dans cette Chambre au nom des Evèques et du clergé; nous professons tous les doctrines constitutionnelles, et cependant les Evèques ne nous désavouent point!

Ah! s'ils ne vous désavouent point, c'est parce que le clavier de l*Episcopat a plusieurs notes ; il a la note constitutionnelle et il vous la fait donner à l'occasion; il a aussi la note ultramontaine, — et celle-là elle est donnée et répétée sans cesse par la presse qu'il soutient, qu'il subsidie et qu'il encourage.

Quoi qu'il en soit, je convie les honorables membres de la droite à désavouer les Evèques, à nous dire qu'ils ne s'associent pas au programme qui a été signalé à cette tribune, et qu'ils réprouvent les moyens de pression spirituelle dont le clergé a tant abusé.

Prendront-ils encore aujourd'hui l'attitude commode qu'ils ont prise en 1878, alors que, sous prétexte du secret du confessionnal, sous prétexte de liberté religieuse, ils justifiaient les menaces du clergé envers les électeurs? Diront-ils encore aujourd'hui que la liberté religieuse comporte de pareils excès; que, sous le couvert de la liberté de conscience, il est permis d'opprimer ainsi la

conscience des catholiques? Tatteads la réponse; nous l'apprécierons ensuite.

^arrive maintenant, Messieurs, à un autre point du débat, à l'examen de l'attitude de la curie romaine en présence du débordement des violences épiscopales. Je regrette de devoir examiner cette question en l'absence de l'honorable Ministre des Affaires étrangères qu'un deuil de famille, auquel je m'associe, éloigne de nos débats.

Mais sa présence n'est pas essentielle; car il ne sortira certainement de ma bouche aucun mot qui puisse le froisser, et si le contraire arrivait, c'est que ma parole aurait trahi ma pensée.

Je dirai néanmoins, en toute liberté d'esprit, quelle est la nécessité intellectuelle que je subis et qui m'empêche d'adhérer au maintien de la Légation belge auprès du Vatican.

Vous savez. Messieurs, quelles sont les mesures de violence qui ont été prises par l'Episcopat et par le clergé !

L'interdit général est inscrit dans le mandement du 19 juin ; l'application de cet interdit résulte des instructions aux curés du 1^ septembre. Or , Messieurs, il y a une chose frappante, une chose véritablement inouïe ! La curie romaine a été jusqu'à insinuer que les prétendus tempéraments apportés par les Evêques à l'excommunication avaient été inspirés par elle ; que c'étaient là les résultats de son intervention. Et, en effet. Messieurs, à la date du 24 juin, répondant à une dépêche du Ministre des Affaires étrangères, la curie romaine nous dit :

c< Au sujet du dispositif de ce mandement. Son Eminence m'a fait observer qu'il fallait tenir compte de ce que les prélats belges n'ont pas jeté l'interdit sur les écoles officielles, comme bon nombre de catholiques l'auraient désiré, et se sont bornés à faire connaître aux fiamilles leur désapprobation du nouveau système scolaire : ce qui permet d'espérer que l'Episcopat usera de tem-

pérament dans les mesures d'application, et il le pourra faire fadr lement par les instructions qu'il donnera aux curés. »

On nie donc, contrairement à Tévidence la plus manifeste, que déjà le premier mandement, celui du 19 juin, jetait Tinterdit sur les écoles officielles.

Et puis on ajoute :

« Ce qui permet d*espérer que l*Episcopat usera de « tempérament » dans les mesures d'application, et il pourra le faire facilement par les instructions qu'il donnera aux curés. »

A la date du 8 juillet, la curie tient le même langage :

<c Avec l'autorisation de Sa Sainteté, des instructions très sages ont été transmises en Belgique afin de tempérer dans l'exécution la rigueur des dispositions du dernier mandement. Son Eminence a de sérieuses raisons de croire que cet appel à l'esprit de modération des Evéques n'aura pas été fait en vain. C'est par des instructions de l'Episcopat au clergé que les intentions du Souverain Pontife pourront être réalisées. Toutefois, dans le but d'assurer un heureux résultat à cette démarche, il est désirable qu'un secret absolu soit gardé. »

Ainsi, le 24 juin et le 8 juillet, la curie romaine dit au ministère belge: « Ne vous inquiétez pas, ne vous alarmez pas; l'interdit que vous dénoncez est imaginaire, des tempéraments seront apportés grâce aux instructions qui seront données par les Evéques aux curés. Nous savons aujourd'hui. Messieurs, quelles ont été ces instructions : en fait, ces tempéraments dont la curie romaine se fait un mérite sont dictés exclusivement par l'exiguUé des ressources du budget épiscopal.

Le Saint-Siège fait aussi valoir que le clergé a été invité à ne pas attaquer les autorités publiques; il y a en effet un post-scriptum en ce sens dans les instructions du i^^ septembre.

Recommandation inutile et superflue ; le code pénal suffisait à cette tâche !

On s'est donc borné à dire au clergé : Ne franchissez pas les limites de la loi pénale, parce que si vous les franchissez, vous en subirez les conséquences.

Ainsi, Messieurs, la curie romaine annonce que des instructions au clergé apporteront les tempéraments nécessaires à ses excès de zèle.

Le Courrier de Bruxelles^ qui a quelque compétence pour inter» prêter ce langage équivoque, publiait dernièrement un article ainsi conçu :

a Les journaux libéraux sont unanimes à prétendre que TEpiscopat n'a tenu aucun compte de ces instructions, ni de ces conseils. Mais il est aisé de démontrer la fausseté de cette imputation injurieuse. Dans leurs dernières instructions, nos Ëvèques n'ordonnent-ils pas aux membres du clergé de s'abstenir, dans Texercice de leurs fonctions, de toute attaque contre la loi ou contre les agents du gouvernement? »

On sait, du reste, les &its l'ont attesté, avec quelle fidélité la recommandation fut suivie.

On sait si, dans les chaires de vérité, le clergé s'est abstenu de parler de politique, d'attaquer le gouvernement et les Chambres.

Le journal ajoute :

tt N'adoucissent-ils pas la rigueur des règles par de nombreuses et larges exceptions? Et dans les cas dont ils ont chaque jour à connaître, leurs décisions ne portent-elles pas l'empreinte d'une miséricordieuse condescendance? »

Ainsi donc, de l'aveu de la curie romaine, des instructions avaient été adressées à l'Episcopat et par celui-ci au clergé, et en Élit de tempérament, tout se borne aux exceptions odieuses que j'ai dénoncées hier à l'indignation du pays. Ajoutons-y l'invitation aux prédicateurs de se mettre en garde contre les poursuites du parquet, et ce sera tout !

Cependant, je le reconnais, sur la foi de la dépèche du 8 juillet^

le Gouvernement pouvait attendre et espérer. Quelles que soient les habiletés de la politique, il est difficile d'admettre que dans une correspondance diplomatique un engagement soit pris pour être violé.

Le télégramme comminatoire du 19 juin 1879 annonçait les conséquences graves que pouvait avoir la publication du mandement collectif des Evéques.

A cette époque, Thonorable Ministre des Affaires étrangères appréciait la situation comme nous ; et il se réservait d*agir, si cette situation ne se détendait point.

La Gazette de Bruxelles^ parfaitement informée — si parfaitement informée même qu*il est nécessaire d'admettre qu elle tenait ses renseignements d'un membre même du clergé — publie, le 15 août, la sentence d'excommunication avec une scrupuleuse exactitude de détails.

Et savez-vous, Messieurs, quelle est la réponse de Rome? On n'a aucune connaissance du &it! On va même jusqu'à le nier!

Il est si vrai que la conduite du clergé a été exorbitante; il est si vrai qu'il s'est laissé entraîner à des violences insensées, qu*à un moment donné, la curie romaine affecte de ne pas y croire; mise en présence des actes de l'Episcopat, devant l'aflBrmation de ces actes, elle ne trouve qu'une seule échappatoire : elle nie !

Elle était encore sous le coup du télégramme comminatoire du 19 juin. Mais son attitude a bientôt changé.

Les conséquences graves dont elle était menacée ne se produisent pas; les relations diplomatiques sont maintenues, et la curie romaine reprend son assurance; nous la verrons plus tard apprécier le mandement du 1*' juin, apprécier les instructions du 1^ septembre et trouver qu'à examiner les choses de près, il n'y a rien à reprendre, rien à blâmer, quand on tient compte des intérêts de l'Eglise et du zèle que l'Episcopat met à les défendre.

Quelle est la vérité? Suivant moi, la voici :

Les choses avaient été arrangées de manière à pouvoir soutenir ces dénégations audacieuses du 21 août, qui consistaient à révoquer en doute Texistence des instructions aux curés, arrêtées le 15 août et publiées le 1^' septembre. Et cela se conçoit du reste! Le texte des instructions aux curés était un document secret qui devait rester ignoré du public et du Gouvernement.

La Gazette de Liège a parfaitement reconnu que ces instructions aux curés n'avaient été livrées à la publicité que par suite d'une indiscrétion coupable. On a même parlé d'abus de confiance commis par le prêtre ou le laïque qui avait livré le texte de ces instructions. Non seulement les instructions sont pour les curés, mais pour les confesseurs. Elles sont donc absolument secrètes de leur nature. Elles étaient rédigées en latin; ce n'est pas la langue dans laquelle l'Episcopat parle ordinairement à ses fidèles.

Enfin, l'aveu en est échappé au Cardinal Nina. Dans sa dépêche du 25 septembre 1879, il dit au Gouvernement, qui se plaint, que ces instructions étaient destinées à être tenues secrètes, comme si elles en eussent été moins répréhensibles, moins dangereuses, moins redoutables en restant ignorées.

Avouons-le, la combinaison était ingénieuse.- D'une part, sous main, on attisait le feu : l'Episcopat et le clergé y jetaient du combustible; de l'autre, la curie romaine pouvait dire : Mais les Evêques ont reçu des instructions, qui leur enjoignent la prudence et la modération. Ils ont été invités à apporter des tempéraments et des exceptions aux règles générales. Quels sont vos griefe?

On disait vrai, comme le jésuite dit vrai quand il fait une restriction mentale.

Il y avait des restrictions et des tempéraments. Mais quand on les examine de près, ces restrictions et ces tempéraments ne faisaient qu'augmenter le caractère odieux des règles générales. On

pouvait même dire que si des excommonicatioDS se présentaient, c'était par l'excès de zèle, par Fégarement d'un curé, dépassant les instructions qu'il avait reçues; qu'il ne fallait y attacher d'autre importance ; qu'il n'y avait pas de règles, de prescriptions générales. On avait ainsi tous les avantages d'une situation dont nous subissons tous les inconvénients.

En effet. Messieurs, alors se passèrent dans la presse du pays des choses véritablement curieuses qu'il importe de rappeler.

Les journaux qui savaient que les instructions existaient, qui le savaient de science certaine, en affirmaient l'existence, en dénonçaient le danger, et une partie de la presse de leur dire : a Vous dénoncez des périls imaginaires, des périls fantastiques; vous compromettez l'intérêt du parti libéral en affirmant sans preuve l'existence de ces instructions. » Les journaux qui tenaient ce langage parlaient sans doute ainsi sur la foi des démentis venus de Rome et, sur la foi de ces démentis, ils cherchaient querelle à leurs confrères qui affirmaient l'existence de ces instructions et demandaient que des mesures de représailles fussent prises. Enfin, Messieurs, vous le savez, des indiscrétions livrèrent les instructions à la publicité, et elles parurent définitivement dans le Bim public du 38 septembre 1878.

Au fond, FEpiscopat n'en fut pas mécontent; il trouva qu'après tout il était utile à ses intérêts que l'on connût les excommunications auxquelles s'exposaient les parents qui envoyaient leurs enfants dans les écoles officielles, les instituteurs qui prêtaient leurs services à l'Etat, les élèves qui entraient dans les écoles normales ; la publicité donnée à la mesure ne pouvait que la rendre plus efficace.

Mais il est curieux de savoir quelle fut alors l'attitude de la curie romaine, à quel parti elle s'arrêta lorsqu'elle fut certaine que les renseignements donnés par la Gazette étaient exacts, que les instructions des Evêques existaient réellement. Eh bien, voici

ce que nous rencontrons dans les documents diplomatiques aux pages 102 et 103 :

c( Rien dans ces décisions ne peut être incriminé sous le rapport de la doctrine; leur opportunité et leur forme seules peuvent être mises en question. Toutefois, Son Eminence a évité de se prononcer sous ce rapport. Elle a ajouté que les conseils de modération n'ont pas &it défaut de la part du Saint-Siège, qui n'a cessé de recommander la prudence et le respect envers les autorités constituées. »

Le respect des autorités constituées ! C'est le post-scr^ftum des instructions du 1"^' septembre.

Voilà quelle fut la réponse de la curie romaine. Après avoir nié l'exactitude des instructions, après avoir révoqué en doute leur authenticité, on trouve que ces instructions sont absolument correctes, qu'il est regrettable peut-être, au point de vue de l'opportunité, que certaines mesures par trop excessives aient été prises; mais on ajoute que l'Episcopat est seul responsable de ses décisions et que le Saint-Siège n'a à les apprécier qu'au point de vue de la doctrine. Et à ce point de vue elles sont irréprochables !

C'est ici. Messieurs, que se présente la question de savoir si elle existe, cette fameuse contre -lettre dont il a été tant parlé. Pour ma part, je considère déjà comme unfait bien extraordinaire que l'existence d'une contre-lettre ait été affirmée par les journaux catholiques sans qu'immédiatement le Saint-Siège n'ait publiquement protesté. Je ne connais pas, dans l'histoire, de relations diplomatiques au cours desquelles se soit produit ce phénomène singulier : un gouvernement dont les subordonnés disent : Notre gouvernement vous parle dans un sens et nous écrit dans un autre.

Rien que ce fait suffirait pour démontrer l'impossibilité de négociations avec la Papauté. Que rencontre-t-on, en effet, dans

suivant sa coutume, tendait des embûches au Saint-Siège. »

Ainsi, il n*y a eu que des conseils et non des ordres. Et, parattil, quand la Papauté donne des conseils, ceux qui les reçoivent sont parfaitement libres de ne pas les suivre. Encore un peu et on dira qu'on est enchanté de ne pas les voir suivis.

Certes, de pareilles équivoques ne se rencontreraient pas dans le langage diplomatique ordinaire ; mais, dans le langage de la curie romaine, elles sont significatives.

Voilà comment l'intervention de la Papauté est expliquée, commentée par la presse cléricale, et, en admettant même que ces commentaires soient erronés, ils n'en produisent pas moins leur effet sur les masses. On leur dit : Il ne s'agit que de conseils, et, après tout, le Pape savait parfaitement que c'était aux Evéques à prendre une résolution définitive et à ne pas suivre ses conseils, s'ils jugeaient devoir agir ainsi.

Le Bien public n'a pas été seul à formuler ces appréciations.

Voici ce que disait à ce sujet M. John Lemoinne, qui est assez expert dans cette matière.

(( Voilà donc à quoi se réduisaient les admonestations du Pape. Il disait aux Evéques : c< Ne faites pas trop d'imprudences, ne cassez pas les vitres ; mais au fond faites de mes conseils le cas que vous voudrez. Vous êtes sur place, c'est à vous de juger ce qui sera le plus opportun. »

« Nous n'avons jamais dit autre chose, et, par conséquent, le manifeste de M. le Cardinal de Malines ne nous cause aucune surprise. Nous y retrouvons une doctrine dont nous ne contestons point la logique, mais avec laquelle il est inutile de chercher des accommodements, parce qu'elle est absolue, intransigeante. Les Evéques raisonnent toujours comme s'ils étaient les maîtres de la société civile; ou plutôt il n'y a pas pour eux de société civile, il n'y a ou il ne doit y avoir qu'une société soumise à l'Eglise. »

Il y a plus. Messieurs, et c'est un point qui m'a frappé. La eu-

la correspondance du Pape avec les Evoques. Si cette correspondance avait été réellement empreinte de sentiments de modération, si elle avait réellement donné de si sages conseils et si elle les avait donnés pour qu'ils fussent suivis, la curie romaine n*eût pas hésité à faire voir le jour à cette correspondance, non pas aujourd'hui, mais au momjent opportun, au moment précisément où les Evoques faisaient acte de désobéissance, et où leur attitude permettait au Gouvernement de dire : « Votre voix n*est pas écoutée, votre autorité est méconnue, d

Il y a une partie du dossier que nous n'avons pas et qui, peutêtre, un jour sera livrée à la publicité. Ne révoquons donc pas en doute Texistenced'une contre-lettre. Il y a bien des documents diplomatiques qui existent et qui ne sont pas connus du vulgaire. Qui donc a oublié ce mémorable traité Benedetti qui mettait en péril notre nationalité? On l'a produit à son jour, à son heure. Jusquelà il était ignoré, et si l'on avait affirmé son existence, elle eût été niée.

Aussi longtemps que nos relations avec le Vatican continueront, la contre-lettre restera dans les archives de l'Episcopat, mais il ne l'exhibera que quand où il croira qu'il est utile de la faire connaître.

M. Soailqoln. — Quand il sera trop tard.

M. Janson. — Quoi qu'il en soit, je constate un fait, c'est que le texte des instructions envoyées aux Evéques n'a pas été communiqué au Gouvernement. Et puis, je constate encore que, d'après une correspondance venue de Rome et publiée par le Bien publiCt il s'agit de « conseils et non d'ordres »; et les conseils, les Evéques ne sont pas tenus de les suivre si, se trouvant sur les lieux, ils voient que les circonstances s'y opposent. Dans les conjonctures actuelles, il faut aussi considérer que le Cardinal Nina parlait sous l'impression de faits particuliers, que lui apportait M. d'Anethan, par ordre du Gouvernement, lequel.

Eh bien, Toccasion se présente bientôt.

Le 17 octobre, le Bien public fête le 25'' anniversaire de sa fondation. C'est la grande journée des ultramontains.

H. Périn a la présidence du banquet; FEvêque de Gand y assiste en personne ; tous les Evéques du pays sont représentés, on y poile des toasts que vous avez lus sans doute; on affirme les plus pures doctrines de FEglise. Un seul journal brille par son absence, c'est le Journal de Bruxelles.

C'était quelque temps après les élections, quand on déplorait le désastre survenu, quand chacun se rejetait la responsabilité de réchec, quand le désaccord avait surgi dans toute la presse cléricale d*une part, et le Journal de Bruxelles d'autre part; celui-ci, sommé d'assister au banquet, s'y refuse. C'était donc la fête de l'ultramontanisme. Eh bien, voici que le Saint-Père prend la parole et il envoie au Bien public ce télégramme qui a été signalé par la presse :

« Le Saint-Père voit avec une vive satisfaction arriver le jubilé du Bien public, et comptant sur la complète union de la vaillante feuille avec la presse catholique belge pour la défense des vrais principes religieux et sociaux, remercie la commission de ses hommages et concède du fond du cœur la bénédiction demandée. »

Les vrais principes religieux et sociaux, nous savons ce qu'il faut entendre par là ; ce sont les véritables lois de la société chrétienne de M. Périn. Le Saint-Père envoie donc son télé* gramme, disant au Journal de Bruxelles : ce Rentrez dans les rangs. »

Le Bien public défend les véritables lois de la société chrétienne ; c'est autour de lui qu'il faut se grouper et se réunir : cessez donc cette scission que vous avez commencée.

Oh! je sais bien qu'après, dans les correspondances diplomatiques, sont venues les protestations, les explications, les interprétations; mais, enfin, les faits n'en sont pas moins là.

Qui croira que cette phrase incidente, bien inutile assurément, « comptant sur la complète union de la vaiUante feuille avec la presse catholique belge pour la défense des vrais principes religieux et sociaux.,. » qui croira, dis-je, que cette phrase soit tombée par hasard, par inadvertance, de la plume du Cardinal Nina?

Pour les nécessités de la politique épiscopale, il fallait qu*on sût que le Bien public était approuvé par le Saint-Père.

La dépêche était une nécessité; elle a été envoyée; plus tard, le désaveu est devenu nécessaire, il s*est produit.

J'arrive à un autre incident, qui vous paraîtra peut-être non moins digne d*intérêt.

Llionorable ministre des Affaires étrangères, dans un très beau langage, avait signalé les mandements du 7 décembre 1878 et du 31 janvier 1879, comme tenant un langage violent, injurieux, provocateur, et Thonorable Ministre pose alors la question que nous posons aujourd'hui, et demande si c'est là l'effet de l'intervention de la Papauté.

Voyons la réponse; je la trouve à la page 66 des documents. C'est à la date du 30 avril :

« Le Saint-Siège s'est abstenu soigneusement de se prononcer sur le projet de loi dont les Chambres sont saisies ; il est juste de reconnaître quil lia apporté aucun combustible pour alimenter le feu; au conti*aire, le Pape a chargé le Nonce de faire parvenir des conseils de modération aux Evêques. Que peut-on demander de plus? Nous ne pouvons imposer silence aux catholiques, ni leur interdire de faire usage des moyens que la Constitution met

à leur disposition. »

Autrefois les communications entre la Belgique et Rome étaient longues et difficiles; aujourd'hui elles sont sûres et rapides, et je ne sache pas qu'il y ait eu quelque événement extraordinaire, un encombrement de neiges, un déraillement de nature à empêcher les relations avec Rome.

Le 30 avril , le Cardinal Nina fait écrire : « Des instructions seront données à TEpiscopat pour modérer son zèle et sa violence. » Rien ne paraît. Nous arrivons au 19 juin, date de la dépêche comminatoire, et la réponse est expédiée le lendemain.

La curie romaine n*est pas embarrassée pour si peu; voici ce qu'elle dit :

« Rome, le 20 juin 1879.

a J*ai informé le Cardinal Nina, qui a été devancé par TEpiscopat. Ses instructions au Nonce sont arrivées trop tard. Il doit connaître le mandement pour se prononcer. »

Eh bien, n'est-ce pas inouï? Qui croira que des instructions annoncées le 30 avril n'aient pu arriver à Bruxelles avant le 19 juin, à moins qu'on n'ait dit à TEpiscopat : « Vous irez vite; nous irons lentement ».

Aussi l'honorable Ministre n'a pas été sans en exprimer son étonnement et sa surprise, et il a été jusqu'à se demander si l'Episcopat avait été prévenu qu'il allait être invité à modérer son allure belliqueuse, et s'il avait profité de cet avis pour l'accentuer encore, bien vite, avant d'avoir reçu les dépèches officielles de Rome.

Puis, cette première raison ayant paru puérile, une autre a été immédiatement trouvée. 11 a été dit que le vote du Sénat avait été hâté, précipité.

La loi a été votée à la Chambre le 6 juin. La discussion a duré trois jours au Sénat, grftce aux moyens qu'on sait* Il n'y a rien eu de hâté, ni de précipité dans ses délibérations.

Donc, quand la diplomatie pontificale dit, tantôt : les instructions sont arrivées trop tard, parce que l'Episcopat a devancé la Papauté; tantôt: les instructions sont arrivées trop tard, parce que le Gouvernement a précipité sa marche, elle donne une série de raisons qui ne résistent pas â l'examen.

Et puis. Messieurs, il n'avait jamais été question, je pense, —

du moins la correspondance n*en laisse pas de trace, — de subordonner renvoi des instructions au vote du Sénat.

Voilà les explications que, dans un premier moment de trouble, de désarroi bien naturel, Rome a inventées pour parer le coup droit qu*avait porté le télégramme du 19 juin, la menace de supprimer une Légation qui n'avait obtenu que des promesses fallacieuses et mensongères.

Mais l'ambassadeur reste, l'émotion disparaît, et voici, Messieurs, que la curie romaine va s'expliquer sur le mandement du 19 août. Son langage est vraiment curieux; écoutez-le. «Je suis forcé de constater — c'est le Cardinal Nina qui parle — que la partie doctrinale de cette lettre pastorale ne pourra donner lieu à aucune censure, attendu qu'elle se conforme aux principes, aux maximes de l'Eglise catholique, appliqués jusque dans ces derniers temps par le Saint-Siège également à d'autres pays. Quant à la partie dispositive, comme elle ne contient pas, pour la fréquentation des écoles officielles, une défense absolue, mais limitée par de sages et prudentes réserves, on peut la considérer comme assez modérée, laissant ouveiture à des accommodements pratiques, chaque fois que l'éducation morale et religieuse des enfants ne se trouve pas mise en péril. Au surplus, si le langage de la lettre pastorale paraît en quelque point un peu violent, il Ëiut le pardonner au sentiment religieux des Evéques que la nouvelle loi a profondément blessé, ainsi qu'à leur zèle pour maintenir tintégrité de la foi^ selon timprescriptible devoir qu'ils en ont et qui tourne finalement à t avantage de la société civile ellemême. »

Voilà ce qui sort de la plume du Cardinal Nina. Ce n'est pas dans une simple lettre, c'est dans un document officiel, et là, dans ce document officiel, mis en face du mandement du 19 juin, dont nous connaissons la violence, il émet au sujet de ces violences des réserves bien anodines. Puis il foit l'éloge du zèle des

Evoques pour Tintérêt de l*EgIise, et dit qu*il n'y a pas lieu de s'en plaindre, puisque leur zèle tourne en définitive à l'avantage de la société civile.

Il semble qu'il y a là une pointe d'ironie. La Papauté dit: a Vous attaquez le langage des Evéques; vous le dénoncez comme violent et provocateur. Ces violences, cette conduite s'expliquent : c est leur zèle pour l'intérêt de lEglise ; et après tout, de quoi vous plaignez-vous? Tout cela tourne au bien de la société civile et vous feriez mieux d'en être enchantés.

Nous savons comment la Papauté comprend, comment le clergé comprend le bien de la société moderne : c'est toujours la suprématie, la domination de lEglise.

Du reste. Messieurs, ce n'est pas la seule fois que la curie romaine a manié cette arme délicate de l'ironie. Il est une autre circonstance où elle semble avoir voulu en faire usage. Cest ainsi qu'aux observations présentées par l'honorable Ministre des Affaires étrangères contre le texte si violent du mandement du 7 novembre, le Cardinal Nina répond, le 31 janvier 1879, dans les termes suivants :

« Le Cardinal, sans entrer dans une appréciation détaillée de la lettre pastorale de l'Episcopat belge, constate que la question constitutionnelle y a été traitée de la façon la plus sage et la plus explicite. »

Voilà qui est bien. La Papauté a manifesté son jugement au sujet de la Constitution, et la question constitutionnelle, dans le mandement du 7 décembre, est traitée de la manière la plus sage, la plus explicite.

J'avoue que j'ai eu quelque peine à trouver dans le mandement du 7 décembre le passage auquel le Cardinal Nina faisait allusion. Je me demandais quel était le langage qui avait paru si explicite et empreint d'une si grande sagesse. J'ai dû chercher longtemps. J'ai découvert enfin et voici :

« Et cependant nos adversaires et même les conseillers de la couronne nous signalent, et vous avec nous, comme un danger pour la paix du pays et Texistence de ses institutions, à raison de nos croyances catholiques ; ils nous accusent de vouloir et de prêcher le renversement de la Constitution ! Faut-il réfuter encore cette accusation vingt fois déjà réfutée par nous? Faut-il redire encore que les doctrines des Encycliques et du Syllabus, qui sont nos règles, nos croyances et les vôtres, sont vieilles comme TEglise, qu*elles sont reçues universellement par les catholiques de toute nation régie par des institutions analogues aux nôtres? et que nul gouvernement monarchique ou républicain n*y a vu jusqu'ici un danger pour Tordre établi, ni une raison pour traiter les catholiques en ennemis ou en suspects?

« Cette accusation est donc tout à la fois mensongère et inepte. Néanmoins c'est à cette calomnie, contre laquelle protestent les déclarations formelles de lEpiscopat et la conduite si patriotique du clergé et des fidèles, que nos adversaires, et même les membres du Gouvernement recourent pour motiver les injustifiables attentats qu'ils veulent perpétrer contre l'Eglise. »

Ainsi quand on dénonce à la Papauté cette fraction si importante du parti clérical, cette fraction militante qui insulte et bafoue la Constitution, cette fraction qui, à la veille des élections, a répandu dans le pays la brochure « Catholique et Politique », quand on dit qu'elle est inspirée, soutenue, encouragée par l'Episcopat, le Saint-Siège veut bien nous répondre que la question a été traitée par l'Episcopat dans son mandement de la manière la plus sage et la plus explicite.

Et l'Episcopat répond : <c Ineptie et mensonge. » Ineptie et mensonge cette accusation, dirigée contre les journaux de l'Episcopat, de vouloir le renversement de la Constitution belge et la destruction de ses principes fondamentaux ! L'honorable Ministre des Affaires étrangères a fiait à cette ironie la seule réponse

qu'elle méritât; il l'a dédaignée. Mais je crois avoir le droit de la relever et de dire que je ne trouve la réponse des Evèques, ni explicite ni satisfaisante.

Enfin, Messieurs, nous trouvons dans la correspondance qu'à un moment donné la Papauté est mise en face d'une argumentation décisive de M. le Ministre des Affaires étrangères, lui montrant que le système que l'on proscrit en Belgique est admis dans les Pays-Bas, en Irlande et en Amérique, et la curie romaine ne trouve à &ire que cette réponse dilatoire. Le cas sera examiné par la Propagande. Puis, à un moment donné, la Papauté ajoute qu'il sera moins utile que la Propagande l'examine, puisque les décisions de l'Episcopat donneront au Gouvernement pleine satisfaction. Mais les actes de celui-ci ont été le contraire de ce qui avait été annoncé, et le rapport de la Propagande n'a pas encore paru! C'était donc un moyen dilatoire, rien de plus.

Si j'examine l'ensemble de la correspondance, je constate ceci : Jusqu'au dernier moment, M. le Ministre des Affaires étrangères n'a cessé de réclamer autre chose que de vaines paroles; il a demandé des actes non équivoques, — le terme revient à plusieurs reprises sous sa plume, — il a exigé des résultats efficaces. Je demande où sont les actes; je demande où sont les résultats? Tout se réduit, en définitive, à la fomeuse lettre du S octobre, qui a vu le jour au cours des derniers débats de la Chambre. 11 n'y a dans cette lettre aucun engagement, aucune promesse de Caire retirer l'interdit jeté sur les écoles officielles. *0n nous dit que la Papauté le bl&me, qu elle le regrette. Si ce blâme est sincère, si ces regrets sont réels, qu elle mette ses actes d'accord avec ses paroles, et qu'elle fasse cesser cette excommunication, qui n'a été lancée dans aucun pays du monde. Mais non : elle s'en tient à des regrets inefficaces, et elle nous dit que les Eveques sont dans leur droit strict, qu'ils ont agi sous leur responsabilité. Eh ! nous le savons bien ! C'est pailler pour ne rien dire.

Que nous importe à nous que les Evoques agissent sous leur responsabilité ou qu'ils agissent sous la responsabilité d'autrui? Ce sont les actes de TEpiscopat que nous incriminons. Ces actes subsistent et ils subsistent avec toutes leurs conséquences. Nous arrivons donc à cette conclusion qui nous parait décisive, que si la Papauté blâme les Evoques, si elle blâme le clergé, elle permet aux Evêques, elle permet au clergé de revendiquer tout le bénéfice, tout le fruit de cette guerre ardente, implacable, injuste, calomniatrice qu'ils ont dirigée contre l'enseignement du pays.

Elle leur permet, chose grave de la part d'un pouvoir déchu, elle leur permet, par les instructions du 1^' septembre, d'organiser dans le pays, non pas la défense légale, mais la révolte, sous le masque hypocrite de la légalité ; elle leur permet de susciter l'anarchie au sein des conseils communaux et de les entraîner à toutes ces mesures illégales que le Gouvernement annule et qu'il a raison d*annuler.

Messieurs, si nous avions affaire à un gouvernement temporel, ayant une armée et des soldats, si nous avions affaire à un gouvernement vis-à-vis duquel nous fussions sur un pied d'égalité, est-ce qu'il nous viendrait jamais à l'esprit de tolérer que ce gouvernement tint un langage et que ses agents, en révolte contre son autorité, méprisant ses avis et ses conseils, tinssent une conduite diamétralement contraire à la sienne, et cela pour fomenter dans le pays une agitation factieuse? Est-ce que s'il s'agissait d'un gouvernement' temporel, régulier, dans de pareilles conditions, en présence de pareils faits, en présence de la vivacité de cette lutte et de son caractère implacable, notre Ambassadeur ne serait pas rappelé?

Pourquoi la curie romaine aurait^Ue le privilège, absolument contraire aux principes du droit public et aux droit des gens, d'entretenir avec nous, dans ces conditions, des relations diplo*

matiques» dont l'inutilité et rinefficacité sont patentes? Voilà la question.

Et maintenant, Messieurs, sommes-nous en présence de Timpuissance ou du mauvais vouloir de la Papauté? Qu'importe! Si vous êtes impuissants, ne demandez donc pas à négocier avec nous : toutes les négociations, si longues qu'elles soient, n'aboutiront pas. Mieux vaut nous arrêter que de perdre un temps précieux dans des correspondances condamnées à rester stériles. Tous les efforts de la diplomatie n'y feront rien.

Constatons le fait, et puis passons à autre chose.

Mais, Messieurs, est-ce que cette impuissance est bien réelle; est-ce qu'elle est bien sincère, est-ce qu'elle est bien vraie? Comment, Messieurs, la hiérarchie de l'Eglise catholique, cette grande et vaste hiérarchie ne serait qu'un vain mot vide de sens? Quand le Saint-Père parle, même à titre de conseils, il serait permis de ne pas écouter sa voix, et de jeter au sein de l'Eglise le trouble et le désordre? La Papauté disant non, les Evéques pourraient dire oui !

Pour moi. Messieurs, je me refuse à le croire ; je n'admets pas que cette impuissance soit réelle; je suis plutôt tenté de penser qu'elle est volontaire, calculée, préméditée.

Est-ce que les Evéques n'ont pas prêté serment de fidélité, de respect et d'obéissance à la Papauté? N'est-il pas vrai que le dernier concile du Vatican, dont parlait dernièrement le journal Le Globe^ attribue au Pape sur les Evéques un pouvoir absolu de direction et de juridiction?

Mais, Messieurs, je ne veux pas m'en tenir à ces raisons générales déjà si péremptoires. Il y a en Europe, un personnage politique considérable, qui connaît très bien la Papauté, qui connaît très bien TEpiscopat et les relations qui existent entre la Papauté et l'Episcopat; il a étudié à fond cette matière sur laquelle il deait légiférer. Je veux parler du prince de Bismarck. Or, lorsqu'il

formulait en Allemagne les lois contre lesquelles TEglise catholique a si vivement protesté, il fît examiner la question de savoir jusqu'à quel point les Evêques étaient indépendants du Pape, jusqu'à quel point ils avaient une autorité propre.

Voici ce que je trouve dans sa circulaire du 14 mai 1872 :

<c Le Pape peut dans chaque diocèse prendre en main les droits épiscopaux et stJ>stituer ainsi son autorité à celle des Evêques nationaux. Le Pape n'exerce plus seulement, comme jusqu'à ce jour, certains droits réservés, spéciaux, bien déterminés, il a en mains Va plénitude des droits des chefs diocésains. Les Evêques ne sont plus que ses agents, ses instruments, ils sont devenus les fonctionnaires d'un souverain étranger et d'un souverain qui est devenu un monarque plus absolu que ne l'est aucun prince du monde. »

Ainsi, au sommet de la Papauté* le pouvoir absolu, sans réserve, sans limites et sans contrôle; en dessous, des Evêques réduits au simple rang de fonctionnaires : telle est la nouvelle organisation de l'Eglise.

Voici, du reste, au sujet de cette question, une appréciation assez importante, car elle émane de la République française^ qui, de prime abord, avait déclaré que les résultats des négociations étaient incalculables.

Dans une correspondance venue de Rome et adressée aux journaux, je rencontre le passage suivant :

ce Qui ne sait que les Evêques ont renoncé volontairement à leurs droits et qu'ils sont devenus les instruments aveugles de la Papauté? On peut s'attendre à tout en ce monde, sauf à voir TEpiscopat d'un pays entier se lever comme un seul homme contre la volonté du Souverain Pontife, et ce, au nom des libertés et des droits diocésains. Il ne faut donc pas croire que l'Episcopat belge se soit trouvé réellement en désaccord avec Léon XUI. La vérité est que le Cardinal Nina, Secrétaire d'Etat, jouait à un

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