‹ La Belgique et le Vatican (volume 2)Chapitre 13 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

jeu» sur le terrain diplomatique, tandis que le Cardinal Dechamps jouait à un autre jeu dans Tordre spirituel. On voulait, par un soporifique empêcher la suppression de la Légation belge près le Vatican, et, par rexcommunication, on voulait empêcher ou contrarier Tapplication des nouveaux projets d*enseignement. Mgr de Malines lançait les foudres du Vatican, tandis que le Cardinal Nina versait le narcotique auquel M. d^Anethan servait de coupe complaisante. Quant au Pape, il attendait qu'on lui appor^ tàt les deux lièvres qu'il avait courus à la fois. »

Voilà Tappréciation de la République française; elle me paraît vraie. Il me semble que le Pape a couru les deux lièvres, et qu'on les lui a rapportés tous les deux.

Je ne suis pas d'avis de persévérer dans des négociations qui doivent aboutir à un pareil résultat.

Et voyons, Messieurs, ce que nous dit TEpiscopat; voyons quel est le langage des fonctionnaires du Pape, puisque c'est bien là le nom qu'ils méritent.

Le Cardinal Dechamps prend la parole le 1*' décembre 1877. 11 cite un passage des instructions de Pie IX à l'Archevêque de Fribourg, puis il continue :

« Comment donc les Evêques seraient-ils en dissidence avec le Saint-Siège?

ce S'ils étaient en dissidence avec le Saint-Siège, le grand Pape qui gouverne aujourd'hui l'Eglise, Léon XIII, ne parlerait-il pas? Mais cette par(^e de désaveu, cette parole de blâme, non seulement le Saint-Père ne l'a pas dite, mais, nous le savons de science certaine, nos adversaires l'attendront en vain. »

Après avoir cité ensuite les instructions du Saint-Siège aux Evêques d'Amérique, il ajoute que les Evêques de Belgique, dans leurs instructions pratiques au clergé, ont suivi encore une fois, et à la lettre, ces instructions du Saint-Siège.

Ceci confirme ce que je disais tout à l'heure : le Saint-Siège a

obtenu de TEpiscopat belge les fameuses excepiioas consigaées dans les instructions aux curés du 1"^ septembre. Ce sont ces tempéraments quon nous représente comme le résultat le plus efficace de son intervention.

Mais, dira-t-on, c'est le langage du Cardinal Dechamps qui est directement intéressé et qui est en désaccord avec la Papauté. Erreur! Voici que le Pape prend la parole le 24 décembre 1879 ; il s'adresse au collège des Cardinaux et il affirme que son accord avec TEpiscopat du monde entier est complet, absolu ; il n*y a pas de réserve. Et il prend texte de cette circonstance pour lancer les reproches les plus amers à l'adresse de ceux qui voudraient faire croire qu'un désaccord existe entre l'Episcopat et le Saint- Siège.

Vous le voyez, tout cela est contradictoire et en opposition avec les documents officiels. C'est là le caractère singulier de cette négociation diplomatique : le Pape tient tantôt un langage, tantôt un autre.

Au milieu de ces contradictions, il est impossible de savoir à quoi s'en tenir, et cependant. Messieurs, la sincérité et la loyauté n'ont qu'un seul langage; il est clair et précis, exempt d'ambiguïtés et d'équivoques, toujours identique à lui-même.

Mais, dira-t-on, reconnaissez au moins que le Saint-Siège a &it certaines déclarations importantes, notamment celles qui sont contenues dans la dépêche reproduite à la page 57 des Documents diplomatiques.

<c Les œuvres des hommes ne sont pas parfaites ; le mal se trouve à côté du bien ; l'erreur à côté de la vérité. »

Cest toujours la réserve qui permet de concilier des choses inconciliables.

(c II en est ainsi de la Constitution belge : elle consacre quelques principes que je ne saurais approuver comme Pape, mais la situation du catholicisme en Belgique, après une expé-

rience d'un demi-siècle, démontre que, dans Tétat actuel de la société moderne, le système de liberté établi dans ce pays est le plus favorable à l'Eglise. Les catholiques belges doivent donc non seulement s*abstenir d'attaquer cette Constitution, mais ils doivent la défendre. »

C'est vrai. Le Saint-Père a tenu ce langage; il a dit qu*il y a dans la Constitution belge du bien et du mal, l'erreur et la vérité.

Ce sont là les concessions £adtes aux malheurs du temps.

Mais ce système, combien de fois ne l'avons-nous pas entendu développer et réfuter dans cette enceinte?

Nous avons toujours soutenu qu'on ne pouvait concilier ces deux choses contradictoires, la thèse et l'hypothèse.

Est-ce que, parce que le Saint- Père tient un pareil langage plein de réticences et de réserves, nous allons croire que l'Eglise désarme?

Evidemment, Messieurs, ce n'est là qu'un jeu d'esprit sur la thèse et l'hypothèse. Ce n'est rien de plus. La vérité, la voici :

Le langage de la Papauté était jadis hautain, orgueilleux, intraitable; il s'est adouci, il est devenu mielleux, courtois. La politique est différente, mais les principes sont restés les mêmes; ils sont immuables. Léon XIII poursuit le môme but que Pie IX, mais par des voies différentes.

Je me demande quelle est la plus dangereuse de ces deux politiques. Est-ce celle de Pie IX avec ses violeuces et ses exagérations? Est-ce celle de Léon XUI, avec sa prudence et son habileté?

Ceci me remet en mémoire un des plus beaux passages des Mémoires de Beaumarchais. Traçant le portrait des adversaires qu'il a dû combattre et qu il a pu cribler des traits de son implacable ironie, il se félicite d'avoir rencontré des personnages ayant autant de travers et défauts ; il remercie le Ciel de les lui avoir suscités comme antagonistes et il souhaite qu'il lui accorde la

faveur suprême de les retrouver encore pour les fustiger encore de main de mattre.

Qui sait si, un jour, nous ne regretterons pas Pie IX dévoilant avec tant d'éclat et de naïveté les rêves insensés et les aspirations réactionnaires de TEglise!

Les prétentions sont donc restées les mêmes; rien n*est abandonné, rien n'est concédé. Le programme et les tendances de Léon XIII sont connus ; des documents récents ne permettent plus de nier qu'il maintient tout ce que Pie IX maintenait, qu'il affirme tout ce que Pie IX affirmait.

Certes, je le reconnais, il propose à la société moderne de se réconcilier avec l'Eglise, mais à une condition, c'est que la société moderne, contrite et repentante, se jettera aux pieds de l'Eglise et fera tous les frais de la réconciliation.

Pour moi, je ne veux pas d'une telle réconciliation ; je crois que cette réconciliation serait éphémère, dangereuse; je la crois d'ailleurs impossible.

J'ai déjà cité le télégramme du Cardinal Nina au Bien public. Il accepte l'hypothèse, mais il loue et glorifie les apôtres de la thèse!

Dans la question actuelle, il y a un fait qui est certain, que l'honorable Ministre des Affaires étrangères a mis en lumière, c'est celui-ci. Au point de vue dogmatique, l'accord entre la Papauté et les Evoques est complet ; il n'y a pas la moindre divergence d'appréciation, pas le moindre désaccord.

Hais quel est donc ce côté dogmatique de la loi scolaire? Car nous sommes d'accord, n'est-ce pas? qu'il n'y a aucune question dogmatique ou religieuse réellement engagée dans le conflit à propos de la loi scolaire. Et c'est précisément la tactique de l*Epi8Copat, qui est aussi celle de la Papauté, de transformer une question de droit public en une question religieuse.

Donc, dans cette question de l'instruction publique, Léon XIII

n*e8t pas avec nous et avec la Constitution, mais il est contre nous et avec l'Eglise.

(Test, en vérité, une singulière manière d'enseigner le respect de la Constitution que de prétendre qu'il nous est interdit d'appliquer ses principes lorsque l'occasion se présente de les réaliser dans notre législation-

Est-ce que par hasard Léon XIII serait partisan de la liberté de conscience consacrée par notre pacte fondamental? Mais non, dans sa lettre au Cardinal Lavaleite, du 26 juin 1878, il dit ceci : ce Ici des temples protestants s'élèvent dans les rues comme une une insulte à notre foi. »

Ainsi, l'établissement dans Rome, sous le régime nouveau, de temples protestants, la pratique de la liberté des cultes, c'est, aux yeux de Léon XIII, une insulte à la foi ! C'est toujours le même système : pas de liberté, si ce n*est la liberté de l'Eglise; pas de vraie liberté pour l'Eglise, si cette liberté n'implique la tyrannie et l'oppression des autres cultes !

Dans sa lettre au Cardinal Lavalette du 27 août 1878, Léon XIII

s'exprime ainsi :

« Nous sommes contraints de voir sous nos yeux les progrès de l'hérésie ; dans cette même cité de Rome, les temples et les écoles hétérodoxes s'élèvent impunément et en grand nombre. »

Ainsi il ne voudrait pas, s'il était le mattre, qu'on pût élever impunément dans Rome une école protestante.

Pas de liberté d'enseignement, si ce n'est pour l'Eglise; et la liberté de l'enseignement, au point de vue de l'Eglise, implique que l'enseignement protestant sera supprimé et proscrit.

Telles sont les doctrines de la Papauté.

Voilà ce que la Papauté pense de la liberté de l'enseignement et de la liberté des cultes! C'est en vain que les événements de l'histoire contemporaine lui ont infligé les échecs les plus ëcla-

tants ; c'est en vain que chaque jour lui apporte quelque grande et nouvelle leçon.

Elle est rivée aux dogmes politiques que Pie IX a proclamés.

Singulier et étonnant contraste que celui quil a été donné à notre siècle de voir ! Les voûtes du Vatican retentissaient encore des acclamations qui avaient salué la proclamation de Tinfaillibi* lité papale, quand Tarmée italienne entra dans Rome aux cris enthousiastes d'un peuple redevenu libre, et Ton vit le droit public moderne implanté là môme, dans l'antique cité, d'où avaient été lancés d'impuissants anathëmes contre tout ce qui fait la force, la grandeur et la gloire de la société moderne !

Privée du pouvoir temporel, la Papauté semble vouloir, môme au point de vue moral et spirituel, slsoler des peuples et des gouvernemients. Elle déplore comme une insulte à sa foi que le culte protestant soit librement exercé dans Rome, et voici que le congrès de Berlin impose la liberté de conscience jusque dans des contrées lointaines de l'Orient d'où le fanatisme l'avait toujours exclue.

Il y a plus. Il y a quelques jours, n'avons-nous pas vu que, sur un ordre parti de l'ambassade d'Angleterre, la flotte de ce grand pays a jhilli se porter vers Gonstantinople, et c^la pour y protéger la liberté des cultes dans la personne d'un obscur musulman !

Voilà les œuvres de la société moderne ! Elles peuvent nous rassurer; elles attestent que peuples et gouvernements ne rétrograderont point pour obéir aux injonctions de l'Eglise et de la Papauté.

Je reprends l'étude du dossier de Léon XIII. Dans son Encyclique du 21 août 4878, il se plaint amèrement des entraves mises à l'exercice du saint ministère; les lois de notre pays n'ac-> cordent pas l'exemption à tous ceux qui se destinent à devenir moines ou capucins ; ces lois existent aussi en Italie. Il se plaint des entraves apportées au développement des corporations relia

gieuses, comme jdos Evoques gémissent parce que le pays n*a pas accepté la mainmorte monacale que voulait lui imposer la loi de 1857. On sait qu aujourd'hui le Courrier de Bruxelles donne la main à M. Malou pour inaugurer ce beau système de l'Etat subsidîant les écoles libres, c*est-à-dire mettant le trésor public à la disposition des corporations religieuses vouées à renseignement. {Rires à gauche.) Cest le système de 1857 remis à neuf. Le Pape Léon XIII déplore aussi la sécularisation des établissements de bienfaisance; il réprouve et condamne les lois qui. autorisent le mariage civil, qui permettent le divorce; enfin comparez bien, lisez attentivement, prenez les mandements des Evoques, — le programme des futures élections, — prenez le programme de la Papauté; tout cela est d'une identité saisissante.

Léon XIII maintient tous les anathèmes prononcés par ses prédécesseurs; puis, et ceci est important à noter, dans son Encyclique du 26 décembre 4878, il s'exprime ainsi : « Que si les ordonnances des législateurs et des princes sanctionnent ou commandent quelque chose de contraire à la loi divine ou naturelle, le devoir et le précepte apostolique proclament qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. »

Gest toujours la fameuse thèse du droit divin opposé au droit moderne, au droit populaire.

A quel Dieu s'agit-il d'obéir? Est-ce à celui des catholiques, à celui des protestants, à celui des juiiis, à celui des musulmans ou à celui de tout autre culte?

Admettons un instant qu'un certain nombre d'hommes, sous prétexte qu'ils sont en communication avec la Divinité, puissent imposer leurs décrets à la société et qu'il l^ur soit permis de désobéir à ses lois ; oii irions-nous, sinon à la plus complète des anarchies ?

C'est pourtant là le système de Léon XIII et de l'Eglise catholique.

C*est aussi la doctrine de M. Périn, qu'on jette si lestement par dessus bord. Désavouera-t-on Léon XIII? Allez-vous, de désaveu en désaveu, après M. Périn, désavouer Léon XIII, désavouer les Evoques? Que restera-t-il donc au parti catholique? Une armée de soldats et point de chefs.

Voici ce qu'enseigne M. Périn :

« Les chrétiens ne sont soumis aux lois qu'aussi longtemps qu'elles ne commandent pas ce que Dieu défend et qu'elles ne défendent pas ce que la loi de Dieu permet. »

C'est une simple paraphrase de l'Encyclique. Vous ne pouvez pas si facilement désavouer M. Périn.

M. Périn peut vous dire, à vous notamment, Monsieur Thonissen, que si vos discours sont reproduite dans la correspondance diplomatique, ses écrits à lui se trouvent reproduits dans les écrits du Souverain Pontife, entre autres dans un écrit du Pape parlant ex cathedra.

Je ne dirai rien de la dernière Encyclique de Léon XIII sur le mariage civil et le divorce. C'est une longue et filandreuse épttre dont la conclusion est en définitive celle-ci : Il faut qu'il y ait deux autorités, comme le disait M. de Becker. — Seulement, c'est l'Eglise qui fera la part de chacune, et il n'est pas nécessaire de dire qu'elle retiendra la plus forte part pour elle; la société civile aura la part que l'Eglise voudra bien lui abandonner.

Messieurs, je professe l'opinion que ce désaccord entre l'Eglise et la société moderne n'est pas l'effet d'un caprice, d'une fantaisie. Les choses sont ainsi, parce qu'elles ne peuvent pas être autrement. L'Eglise ne peut pas avoir une autre doctrine que celle qu'elle a. L'honorable M.Thonissen le disait; comment voulez-vous que le Pape approuve la liberté de conscience? C'est impossible.

Il n'y a qu'une seule religion qui soit vraie : c'est la religion catholique.

Dès lors, il est impossible que le Pape admette que les autres

religions puissent être professées. Gomment voulez-vous, disaitil, que le Pape approuve la liberté d'enseignement? Il n*y a qu'on enseignement qu'il puisse admettre, c'est celui qui est conforme à la doctrine de TEglise.

Gomment voulez- vous que la Papauté accepte le principe de la souveraineté nationale? Elle est précisément la source et la garantie de ces droits que la Papauté dénie à l'humanité. Je pense donc, et c'est par là que je termine ces considérations de principe, que nous ne devons pas poursuivre un but chimérique et impossible : la réconciliation de l'Eglise avec la société moderne. La lutte est une nécessité de la situation. Il fondrait que l'Eglise abandonnât ses doctrines. — Elle ne le fera pas.

Revenons maintenant à la question spéciale qui fait l'objet de ce débat. Il me reste à rencontrer l'objection faite par le rapport de la section centrale, qui nous dit :

« Vous êtes trop impatients; il faut attendre; voyons si la parole du Pape ne sera pas entendue et écoutée. »

On nous avait donc annoncé un apaisement ultérieur, une détente de cette situation si aiguë.

Mais, Messieurs, je cherche où sont les indices, ob sont les symptômes de cette détente? J'interroge les faits; je ne vois rien, mais rien.

Je constate, au contraire, que clercs et laïques marchent sous la bannière épiscopale et sont en parfait accord pour entraver l'exécution de la loi, expression de la volonté du pays. Je vois que, non seulement les particuliers prennent cette attitude, chose grave ; mais je vois qu'elle est prise aussi par des corps publics. Je vois des bourgmestres, des échevins, des députations permanentes, des conseils provinciaux, des fabriques d'église, des bureaux de bienfaisance, mettant Tautorité publique dont ils dis* posent au service d*une agitation qui a pour but de paralyser l'exécution de la loi.

Voilà les ftdts; ils sont patents; ils sont certains. Nous en voyons apparaître tous les jours de nouveaux.

Faut-il entrer dans les détails? Nous constatons que certains conseils communaux refusent de créer des écoles, de nommer des instituteurs. D'autres augmentent arbitrairement la rétribution payée par les élèves pour dépeupler les écoles du Gouvernement et peupler les écoles catholiques. Nous savons que, dans certains villages, le fiinatisme a été plus loin encore; nous avons vu, Messieurs, et ceci montrera jusqu'où peuvent aller le dépit et la fureur du clergé, nous avons vu des conseillers communaux fanatiques jeter l'image du Christ à la voirie pour faire croire que cette image était insultée par les francs-maçons triomphants! Las d'attendre la persécution, ils se persécutent eux-mêmes, ressemblant à ces saltimbanques qui font semblant de se poignarder et crient : « Au voleur ! à l'assassin ! » (Rires approbateurs.)

Et parce que le Gouvernement ne s'est pas prêté à cette comédie, la droite nous déclare sérieusement qu'elle est indignée!

Ailleurs, Messieurs, un conseil communal, composé des plus purs ultramontains, se répand en plaintes amëres parce que le Gouvernement veut lui faire acheter des catéchismes pour les enfants catholiques.

Reconnaissez, Messieurs, que c'est abominable, reconnaissez que c'est affreux! Se figure-t-on un Gouvernement de francsmaçons, respectant la liberté de conscience des enfants qui sont catholiques et qui sont pauvres, et trouvant qu'il est équitable que la commune leur procure des catéchismes! Que dirait-on donc, si on les leur refusait?

Sont-ce là les symptômes de l'apaisement!

Voilà pour les laïques !

Quant au clergé, il inspire et dirige tontes ces violences; il est arrivé au paroxysme de l'exaltation. Rente par TEtat, il a des loisirs puisqu'il ne s'occupe plus d^ l'instruction religieuse, et il

— isoles consacre à feire de la politique, encore de la politique et toujours de la politique.

Il diffame Técole publique, il discrédite Finstituteur, s*il ne peut Tarracher à renseignement public. Il £ait plus. Nous voyons que des documents récents ont répété, et commenté les sentences d'excommunications. — Cest d'abord le catéchisme politique, approuvé par TEvêque de Gand et destiné aux écoles, que l'honorable M. Van Humbeeck a signalé; puis c'est une brochure d*un R. P. jésuite qui a cru nécessaire d'entrer en scène. — Il y a toujours un jésuite qui est là pour donner des consultations sur les cas douteux en toute matière, — c'est le père Verbeeck, qui publie un document, approuvé par tous les Evéques, ob Ton établit la nécessité et la légitimité de l'excommunication, et qu'on répand à profusion dans tout le pays.

11 y a plus. L'excommunication spirituelle ne suffit plus. Nous en sommes revenus aux anciens temps, où Ton interdisait aux grands coupables l'eau et le feu. Nous avons vu des curés annoncer, déclarer aux instituteurs qu'ils ne trouveraient plus dans le village ni logement, ni nourriture. Voilà la tolérance du clergé, sa bonté, sa douceur. Il prétend que les populations pauvres sont persécutées, et nous trouvons des prêtres qui ont l'audace d'exciter le fanatisme de leurs ouailles à ce point que rinstituteur de l'école officielle ne peut trouver ni logement ni nourriture. Ici ils maltraitent les enfants des écoles communales, ailleurs ils ont la prétention de les mettre à part dans l'église. Ils ont créé des divisions dans les cimetières ; ils veulent en créer dans les temples. Les élèves des écoles communales doivent être à l'arrière-plan. Ils s'imaginent être les seigneurs et maîtres dans l'église, et prétendent que toutes choses doivent leur être permises! D'autres vont plus loin : ils interdisent aux enfants l'entrée de Téglise!

Le clergé inférieur ne sait que faire pour s'attirer la bienveil-

lance et la faveur de ses chefs, et voyant le degré de surexcitation fébrile auquel sont arrivés ceux-ci, il craint toujours de ne pas faire assez.

Quant aux che&. Messieurs, vous savez Fétat dans lequel ils se trouvent; n*en parlons pas trop. Il en est dont les exagérations ont eu pour leur auteur de tristes conséquences. Il a dû renoncer à son siège épiscopal et disparaître de la scène politique, et cependant, quelques jours encore avant sa retraite, il publiait un document qui, aux yeux des populations, devait passer pour Texpression même de la vérité.

Un membre de la gauche a cité, dans une de nos dernières séances, quelques extraits de sermons, celui de ce capucin, par exemple, qui disait :

« Mes chers frères, quand un enfant vient de naître, la première chose que vous ayez à faire, c'est de le faire baptiser; puis si vous ne vous décidez pas à élever cet enfant dans la foi catholique, vous ferez bien de vous armer d'un couteau, de le plonger dans le cœur de Tenfant et de boire le sang qui s'échappera de cette blessure. Ce sang, c'est le sang de Jésus-Christ ! »

Ce n'est pas le seul.

Voici un autre* passage tiré du sermon d'un curé des Flandres :

« S'il y a des parents qui envoient leurs fils à l'école gueuse {naar de geuzenschool), ils ne doivent plus présenter leurs nouveau-nés à l'église pour recevoir le baptême. Ces parents doivent baptiser leurs enfants chez eux, puis, au lieu de les élever, ils feraient mieux de leur percer le cœur! »

Le fanatisme peut-il aller plus loin?

Eh bien, après les protestations de la droite au sujet de ces sermons, l'Archevêque de Malines prend la parole et, emboîtant le pas derrière le curé et le capucin, qu'on désavoue, dit qu'il vaut mieux, pour les parents, mourir que d'envoyer leurs en&nts aux écoles officielles.

L*un proche un massacre des nouveau-nés; et le Primat de Belgique prêche le suicide.

L*honorabie M. Beernaert nous a raconté autrefois qu en 1793 on disait : La fraternité ou la mort. Aujourd'hui, c*est : L'école des petits frères ou la mort. Voilà Talternative que le clergé propose aux* populations. Gela serait ridicule et grotesque, si ce n*était odieux. Ceci atteste une fois de plus jusqu'où la passion politique entraîne et égare le clergé, jusqu'où va ce qu un grand poète appelait : « Cette soif de régner que rien ne peut éteindre. »

On veut le pouvoir; on veut fanatiser les populations, en vue des prochaines élections et on ne recule devant rien pour assouvir Tinsatiable ambition de TEglise. Quand on aura le pouvoir, il ne sera plus question de protéger la foi religieuse, qui n*a jamais été menacée; mais on s*en servira pour la plus grande gloii*e et le plus grand profit de nos seigneurs, les Evoques et les curés. A moins cependant qu'on ne présente le projet de loi annoncé par Thonorable M. Malou, et qu'on ne voie se renouveler, à cette occasion, les mésaventures qu'a essuyées son parti lorsqu'il était au pouvoir en 1857. {Mouvement à droite.)

Je n'insisterai pas. Messieurs, sur le mandement de l'Evoque de Namur, ou du moins je ne le lirai pas ; vous le connaissez. L'Evéque de Namur prophétise. Le ciel est serein, l'air est calme, mais il annonce des orages et des tempêtes, voire même une révolution.

Il fait plus et il va nous permettre de rire un peu.

Il nous parle de ces chiens muets dont il est question dans l'Evangile : Canes muti non valentes latrare.

Jusqu'à présent, on s'était borné à dire qu'un chien peut bien regarder un Evéque, mais on n'avait jamais vu un Evéque se comparer lui-même à un chien, et à un chien qui n'aboie pas. Eh bien ! TEvêque de Namur, faisant comme le philosophe, qui

marchait, pour prouver le mouvement, se met à aboyer et il aboie fort et ferme. (Hilarité.)

Ainsi la campagne des Evéques finit par un aboiement lugubre et sauvage qui doit retentir d*un bout à Tautre du pays.

C'est le signe précurseur des agitations révolutionnaires qui nous menacent!

Décidément Thonorable M. De Becker aura fait Toraison funèbre des oies du Gapitole; ces intéressants volatiles sont dépassés, détrônés*

n &udra désormais les remplacer par les chiens de l'Eglise, portant la mitre et la crosse épiscopale. C'est la meute sacrée, marchant en tète de l'armée cléricale, dont les aboiements prophétiques annoncent une révolution prochaine, la croisade des milices du passé contre le progrès moderne. (Hilarité.)

Je m'arrête ici, Messieurs, — c'est le mot pour rire — ce sera le mot de la fin. Je crois qu'il est en situation, car l'Episcopat, à force de violence et de fureur, a fini par tomber dans le ridicule.

Je me résume, en disant que les résultats de l'échange de vue ne sont pas ceux qui avaient été espérés et qu'ils ne peuvent légitimer le maintien de nos relations diplomatiques avec la cour de Rome, et motiver l'abandon d'un principe important de droit public.

Est-ce à dire, Messieurs, parce que, dans mon opinion, le concours de la Papauté nous échappe, qu'il y ait lieu de s'alarmer? de s'inquiéter? Assurément non.

J'estime que la situation du parti libéral se présente dans les meilleures conditions. L'attitude violente des Evéques et du clergé n'a eu d'autre résultat que d'augmenter le nombre de ses adhérents. Le parti libéral a conquis et gardé le pouvoir malgré Pie IX; il le conservera aujourd'hui, qu'il ait ou qu'il n'ait pas avec lui Léon XIIL

Le pays comprend très bien que cette politique libérale dont

on annonce la défaite pour le mois de juin, doit être la source de la grandeur et de la prospérité de la patrie.

Le pays sait que le parti qui, depuis son avènement aux affaires, a témoigné pour renseignement public une si vive sollicitude, poursuivra son œuvre féconde ; qu'il aura à cœur de la compléter et de rétendre, n*ayant qu*un but et qu'une pensée : réaliser de nouveaux progrès dans l'ordre matériel comme dans l'ordre politique et moral.

Il sait que les élections du mois de juin, si elles sont favorables à notre opinion, lui donneront une activité, une énergie, une vitalité nouvelles, et il ne voudra certes pas retomber sous la férule du clergé.

il sait que ce que le clergé veut, c'est la réalisation du programme de TEpiscopat, programme qu'il a solennellement répudié en 1878; et aux prochaines élections, il les frappera d'une réprobation nouvelle. {Approbation à gauche.)

M. Jacobs. — Messieurs, le discours que vous venez d'entendre n'est certes pas de nature à flatter le Gouvernement.

A entendre M. Janson, dans toute cette longue négociation, le cabinet n'a absolument rien obtenu ; M. le Ministre des Affaires étrangères a joué le rôle de dupe. Le mot n'a pas été prononcé, mais c'est bien la duplicité de Léon XIII qu'on a voulu mettre en regard de ce qu'on a appelé la violence de Pie IX.

II est superflu de relever ce jugement en ce qui touche le Saint- Père, qu'il ne peut atteindre; vis-à-vis du Gouvernement, c'est là commettre une injustice. Les résultats de l'échange de vues ont pu être exagérés; ils ne peuvent être niés. Tel sera, je pense, l'avis de Fimmense majorité de la gauche, et l'on pourra dire de Thonorable M. Janson qu'il est vox clamantis in deserio.

M. Scailquin. — Pas tant.

M. Jacobs. — Messieurs, faisons abstraction des raisons de haute convenance qui font désirer à tous les catholiques le main-

tien de la Légation près le Saint-Siège, des considérations d*ainour-propre ou de principe qui poussent la plupart des libéraux à en demander la suppression ; ne tenons compte que de rintérôt respectif des deux partis; je vous le demande, n*est-il pas évident que la gauche est plus intéressée que la droite au maintien de la Légation ?

Un ministère catholique a, pour communiquer officieusement avec le Saint-Siège, des facilités que n*a pas un ministère libéral. Le moment serait mal choisi pour contester à gauche Futilité, en certaines circonstances, de communications entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège.

Il ne fondrait pas cependant prétendre trop les utiliser; Thonorable M. Malou, dans la séance dliier, nous disait : La question constitutionnelle est vidée. C*est bien, cela justifie le maintien de la Légation jusqu'à Tannée prochaine, mais il faudra qu alors la question scolaire soit vidée à son tour ; une nouvelle intervention est nécessaire et, si elle n*est efficace, si elle n*a pour effet de vider les écoles libres et de peupler les écoles publiques, la Légation belge à Rome aura vécu.

Prenez-y garde. Messieurs, Rome ne tient pas à ce point au maintien de la Légation belge qu'on puisse en faire un instrument de chantage. {Approbation à droite. Murmures à gauche.) L'honorable Ministre des Affaires étrangères a trop d'esprit politique pour songer à tuer la poule aux œufs d'or. (Rires,)

L*honorable M. Janson s'est occupé à peu près exclusivement de la question scolaire; je ne rencontrerai pas ce qu'il a dit et des christs enlevés de nos écoles, et des catéchismes et de tout ce qui se rattache à la discussion du budget de l'instruction publique; il lui eût été loisible de placer dans la discussion de ce budget une partie de son discours, et je n'ai pas à refaire aujourd'hui le discours que j'ai prononcé dans ce débat; je ne

m'étendrai pas davantage sur les attaques qu'il n'a cessé de dirio. a

ger contre le clergé ; désireux de prouver par son exemple ia modération du Ministère et du parti libéral, il a accusé le clergé de mensonge, de tromperie, de calomnie, de diffamation, de simonie, d'escroquerie.

Un membre : Pas d'escroquerie.

M. Jacobs. — Pardon, la crainte de Tenfer est intervenue comme une manœuvre coupable qui doit au moins friser Fescroquerie.

Brochant sur le tout, M. Janson, s'adressant au paysan qui, croil-il, l'écoute, lui dit : Si ton curé te dit le contraire de ce que j'affirme ici, ce n'est pas Dieu qui parle par sa bouche, c'est le diable.

Cet honnête paysan pourrait bien savoir que l'honorable membre ne croit pas plus à Dieu qu'au diable...

M. ScaUquiii. — Qu'en savez-vous?

M. Jacobs. — Je vous renvoie à mon discours du i5 mai i879, page i018 des Annales; j'ai rappelé alors, par des citations, que M. Janson n'a pas contredites, que cet honorable membre élimine Dieu ; d'où je conclus qu'il élimine aussi le diable.

M. Goomans. — A quoi bon le diable sans Dieu !

M. Jaoobs. — Notre paysan mis en défiance continuera probablement à croire son curé de préférence à M. Janson.

Je ne suivrai pas Thonorable membre dans l'examen détaillé qu'il a fait des mandements épiscopaux, et, quel que soit son désir, je ne répondrai pas aux questions qu'il nous a iaites. En voici le motif. La correspondance diplomatique constate qu'un désaccord a surgi entre le Saint-Siège et TEpiscopat belge ; ce désaccord ne porte ni sur les principes, ni sur la nécessité de combattre l'enseignement neutre de l'Etat ; sur ces points essentiels, l'accord est complet, parfait.

Il porte sur des mesurés d'exécution, sur les moyens à employer pour combattre renseignement de l'Etat.

Nous savons qu'un désaccord existe, rien de plus ; nous ignorons même en quoi il consiste et sur quoi il porte. Dans ces conditions, pour moi, catholique, je crois remplir un devoir de convenance en ne mêlant pas à nos débats ce conflit encore pendant. Je laisse le Saint-Siège et TEpiscopat échanger leurs vues, persuadé qu'un accord complet s'établira.

Llionorable membre ne peut croire à un désaccord entre les Evëques et le Saint-Siège, même sur des points accessoires, parce que, dans une allocution récente, Léon XIII s'est dit d'accord avec l'Episcopat du monde entier.

C'est là jouer sur les mots. Le Saint-Père constate une entente générale et d'ensemble, ce qui ne veut pas dire que sur aucun point, si minime qu'il soit et quel qu'il soit, il n'y ait pas la moindre différence d'appréciation entre n'importe quel Evéque et le Pape.

Les Evéques ne sont pas précisément, comme M. Janson le pense, les esclaves du Saint-Père, n'ayant qu'à s'incliner devant la moindre de ses paroles, le plus imperceptible de ses signes. Le Prince de Bismarck peut être ou avoir été de cet avis. La République française peut l'avoir dit également. Je sais que la République française a beaucoup de prestige aux yeux de H. Jaoson, et le Prince de Bismarck peut être pour lui une autorité dogmatique ; l'autorité de Léon XIII pèse davantage dans notre balance, et lorsqu'il dit n'être pas omnipotent, nous nous inclinons devant sa parole. Je m'arrête donc devant ce désaccord, devant l'échange de vues auquel il donne lieu et j'attends patiemment qu'il soit terminé.

Au surplus la question scolaire est un point secondaire et accessoire des négociations. Ce qui les domine, c'est la question constitutionnelle. Elle en est l'objet principal, elle en a été pendant longtemps l'objet unique.

A cela seul se rapportent les dépêches de notre Chargé d'af-

&ires des 4 et 26 juillet, 20 août et i3 septembre 1878, qui relatent ces conversations dont M. Frère nous a dit, le 19 mars 1879, qu'elles a étaient de telle nature, qu il aurait été absolument impossible de se refuser à les écouter ».

A la date de ces dépêches, il n'était question que de la Constitution. C'est à ces dépêches et à celles du. même ordre des 29 septembre et 27 novembre 1878, 11 et 31 janvier, 3 mars 1879, qu'il faisait allusion en déclarant que la situation, peu agréable pour Tamour-propre, où il se plaçait, se justifiait par un véritable intérêt public.

Le rapport de la section centrale, à son tour, parlant de la question constitutionnelle, la juge « d'un intérêt supérieur pour le pays ».

Voilà le point culminant de l'échange de vues ; il domine toute cette discussion et mérite d'être examiné de près.

L'honorable chef du cabinet a cru un moment que l'arrivée du cabinet libéral avait déterminé le changement d'attitude du Saiot- Siége; il n'a pas persisté dans cette opinion peu compatible avec la dignité du Saint-Père.

C'est l'avènement du nouveau Pape qui forme la ligne de démarcation entre la politique, sous ce rapport passive, de Pie IX et la politique d'intervention de Léon XIIL

S*il fallait en fournir la preuve, je rappellerais la dépèche du 4 juillet 1878 où notre Chargé d'affaires constate que, depuis son avènement, Léon XIII a toujours tenu le même langage.

La dépêche renvoie à une correspondance antérieure qui n'est pas imprimée, dont Thonorable M. Malou a demandé communication à M. le Ministre des Affaires étrangères, et dont je citerai un passage. Je l'extrais d'une lettre du 20 mars i 878, datant donc des premiers jours du nouveau Pontificat.

Voici ce que j'y lis :

«... Le Cardinal Franchi m'a dit que le Saint-Père a reçu hier

H. de Hemptinne et lui a surtout recommandé la modération ; notre compatriote a promis à Sa Sainteté de se conformer à ses intentions. Le Secrétaire ctEtat a ajouté que le Saint-Père désirait que la presse catholique cessât ses attaques CfnUre nos institutions. Le Souverain Pontife tient à ce que les catholiques ne soient pas étrangers aux affaires de leurs pays^ et Sa Sainteté comprend qu'ils ne peuvent y prendre part sHls répudient les lois fondamentales de (Etat... »

La Légation rappelle, le 4 juillet, que ce langage, cité le 20 mars, a été tenu par le Souverain Pontife au Cardinal Dechamps et à plusieurs autres catholiques.

Depuis son avènement, avant comme après l'arrivée du cabinet libéral, Léon XIII tient à tout le monde et dans toutes les circonstances un même langage. Dix dépêches le constatent : à tous les catholiques belges il recommande de maintenir et de défendre nos institutions !

Ce sont ces déclarations répétées qui amènent Fhonorable Ministre des Affaires étrangères à nous dire, le 18 novembre 1879 : « Ce point est réglé. » Ce sont elles qui font dire à la section centrale : « Cette question, d*un intérêt supérieur pour le pays, se trouve résolue. »

La dépêche du 28 avril 1879 constate que Léon, XIII avait dit avant eux : « J'espère que cette question est définitivement résolue. »

Recherchons quelle est l'importance du résultat acquis. Il ne faut ni le réduire, ni l'outrer.

On ne peut nier que l'avènement de Léon XIII ait amené un changement dans l'attitude du Saint-Siège vis-à-vis de nos institutions ; il ne faut pas l'outrer.

Ainsi que le rappelait tout à l'heure M. Janson, au point de vue des principes, de la théorie, de la thèse, il n'y a aucune différence entre Pie IX et Léon XllI. Ils sont d'accord aussi pour

accepter l'hypothèse , le grand £ait de la Constitution belge, le pacte de 1830; aucun changement n'a lieu sous ce double rapport.

Où donc le changement se produit-il? La différence entre les deux Pontificats se manifeste dans l'attitude prise à l'égard des catholiques qui dénigrent notre loi fondamentale.

Pie IX observe la neutralité entre ceux qui la critiquent et ceux qui la louent. {Oh! oh ! à gauche.)

Quand vous m'aurez entendu jusqu'au bout, vous ne pousserez plus ces exclamations.

Pie IX observe la neutralité ; les encouragements que, dans sa bonté paternelle, il accorde au zèle des uns et des autres sont invoqués de part et d'autre, bien qu'ils ne s'appliquent qu'à ce qui unit les catholiques et non à ce qui les divise. De là un malentendu. Chacun s'imagine avoir raison. Ce malentendu persiste jusqu'à la mort de ce grand Pape, mais ceux qui se souviennent des épreuves de son long pontificat, de ses essais de gouvernement parlementaire, loyales tentatives si indignement récompensées, des mesures d'oppression dont, au nom des idées libérales, les catholiques de tant de pays furent victimes sous son règne, ceux-là comprendront que Pie IX n'ait pas blâmé les catholiques qui combattaient à la fois les persécutions et les libertés qui servaient de masques aux persécuteurs. (Très bien! à droite.)

Le silence de Pie IX, après tant d'épreuves, diffère moins qu'on ne pense de l'intervention active de son successeur.

A peine sur le trône pontifical, Léon XIII agit. 11 parle, il déconseille, il blftme les attaques contre nos institutions. 11 veut que les catholiques les acceptent sans arrière-pensées, qu'ils les maintiennent et les défendent. Tespère (telle est sa conclusion, et seul il a qualité pour prendre ce ton d'autorité), j'espère que cette question est définitivement résolue et que plus un catholique ne la soulèvera.

L'iaterveaiion directe du Saint-Père pour faire cesser ces disputes est un &it nouveau et considérable : voilà le résultat obtenu.

La suppression de la Légation belge à Rome coïncidant avec un pareil fait ferait douter du bon sens du Gouvernement qui choisirait un pareil moment pour prendre une telle mesure.

Ce hii considérable est Fœuvre propre et personnelle de Léon XIII ; mais je reconnais volontiers que Tbonorable Ministre des Affaires étrangères, loin de la contrecarrer, Ta secondée autant qu'il a dépendu de lui. Il serait injuste de le méconnaître.

Voilà la vérité, et voilà une question finie.

Mais si nous sommes d'accord quant au point d'arrivée, nous ne le sommes ni quant au point de départ ni quant au chemin parcouru.

L'honorable chef de la gauche a fait une revue rétrospective dans la correspondance ainsi que dans son discours du 18 novembre i879 ; il m'est impossible de la laisser sans réponse. Elle ne contient pas seulement des erreurs, on y rencontre des contradictions telles, qu'on se demande si des dépêches qui portent la même signature peuvent être écrites de la même main, dictées par la même pensée. Je vous en fais juges.

Je vais mettre en regard les dépêches du 12 novembre 1878 et celles du 15 janvier 1879. Il s'agit de savoir ce qu'étaient les catholiques dans le passé.

L'histoire de ce passé, &ite en partie double par ces deux dépêches, n'a qu'un point commun ; à les en croire, l'année 1870 formerait comme une sorte de crête de partage divisant l'histoire des catholiques belges en deux périodes distinctes; quant à ce qu'ils étaient pendant chacune de ces deux périodes, les récits ne s'accordent pas. Voici les deux textes :

Dépêche du il novembre 1878. « Depuis 1870 ces attaques

Dépêche du 15 janvier 1879.

« La scission que nous con-

(contre nos institutions) ont pris un caractère de gravité qu'elles étaient loin d*avoir jusque-là.

a Les principes de liberté de culte, * d'opinion, d'enseignement, de presse, d'association, répudiés par des catholiques, à un point de vuejqui semblait d'abord purement . spéculatif, étaient défendus par d'autres catholiques, en Belgique surtout, suivant une tradition non interrompue, depuis 1830, et cette défense à peine atténuée après les Encycliques de 1832 et de 1864, fut reproduite à chaque occasion par des hommes politiques considérables, connus sous le nom de catholiques-libéraux, lorsque l'on annonça résolument l'inteotion de transformer la théorie sociale en une règle de conduite des fidèles non seulement dans la vie privée, mais dans la vie publique où il fallait en préparer la réalisation. »

statons sur le terrain du respect dû à nos lois fondamentales est le résultat d'une expérience qui commence en 1870. Jusqu'à cette date, le parti catholique offre chez nous l'aspect d'un corps compacte, homogène, fortement discipliné; il marche au combat sous la dii^eclion des Evéques belges avec la coopération franche et publique de tout le clergé catholique; il se donne la mission de défendre les droits et les intérêts de l'Eglise et de « faire pénétrer dans notre législation les vrais principes de la société chrétienne, d La victoire couronna ce long et persévérant effort. Favorisé par les circonstances extérieures, le parti catholique se vit, en 1870, le maître des destinées du pays- Or, c'est de ce jour même que date la scission; mis en demeure d'appliquer le programme politique des Evéques, le ministère catholique s'y re-

fusa. »

A en juger par la dépêche de novembre, il semble qu'avant 1870 il y aurait eu un dissentiment spéculatif entre les catholiques; on était d'accord en pratique, mais en théorie les uns

auraient admis les doctrines de TEncyclique, les autres, au contraire* auraient proclamé les droits de Thomme, auraient envisagé les libertés constitutionnelles comme des principes.

Après 1870, le dissentiment serait devenu double; de la théorie il se serait étendu à la pratique. La fraction fidèle à TEncyclique aurait songé à réaliser en Belgique les principes du droit chrétien.

D'après la dépêche de janvier, au contraire, tous les catholiques sont d*accord jusqu'en i870, et tous sont d'accord j>our introduire en Belgique les vraies lois de la société chrétienne; mais, à partir de 1870, on arrrive au pouvoir et, les embarras du pouvoir aidant, les parlementaires reculent devant Tapplication de ces principes, une scission s*opère.

Si le Souverain Pontife a dû étudier notre histoire dans ce double document, qu*a-t-il dû penser? La contradiction flagrante Taura probablement amené à croire que la vérité n'est ni de l'un ni de l'autre côté. En effet, ni l'une ni l'autre version n'est vraie.

L'année 1870 n'est pas une sorte de crête de partage qui sépare le moment oti les catholiques auraient été inoffensifs de celui ob ils seraient devenus dangereux. Us ont été depuis 1870 ce qu'ils étaient avant et ils étaient avant ce qu'ils sont restés après. Us n'ont jamais eu la moindre peine à conciUer la thèse et l'hypothèse, les principes absolus et les réalités de la vie politique.

J'établirai que rien n'est changé depuis 1870; je l'établirai par les accusations libérales, qui sont restées les mêmes, et par les déclarations des catholiques, qui n'ont pas changé davantage.

Vos accusations, vos appréhensions antérieures à 1870 étaient les mêmes que celles qui ont suivi.

Je me bornerai à pointer quelques faits et à vous renvoyer :

1"" A VHistoire de Léopold /*% par M. Thonissen, où vous' trouverez, tome II, page 256, les attaques de la presse après l'Encyclique;

2^ Au discours de M. Verhaegen, l'un de vos prédécesseurs, eu date du 20 février i840.

Cet orateur se plaignait amèrement de ce qu'un missionnaire, dans une retraite donnée à Gand, eût soutenu que les droits constitutionnels n'étaient pas des principes. C'était offenser la majesté de la Constitution ;

S'' A la Revue nationale de 1842, tome VI, page 313, et

4"" A un discours de M. Lebeau du 18 mars 1843; l'article de la Revue, comme le discours, prennent texte d'une nouvelle édition de YHiHoire du royaume des Pays-Bas, par M. de Gerlache, pour revenir sur la question de l'Encyclique ;

5"" Quelques années plus tard parut une brochure contenant l'attaque la plus vive peut-être qui jamais ait été dirigée contre la Constitution. C'était l'œuvre d'un esprit original, le comte de Robiano-Borsbeek. Sa brochure est intitulée : VOrdre, et voici ce qu'on y lit :

ce Les institutions que nous nous sommés données, et que tant de voix parmi nous osent encore défendre et louer, sont détestables. Il faut les détester ou la justice vous amènera à résipiscence, alors que la miséricorde y aura échoué.

(c J'ai dit détester et non renverser. Détestez-les et laissez faire Dieu, ce ne sera pas long. » (Ch. XXIV, p. 43.)

Cette singulière publication souleva un orage dans la presse libérale.

&" Ajoutons les discours de l'honorable Ministre des Affaires étrangères lui-même, en date du 21 novembre 1856 et des 3 et 15 juin 1864, alors qu'il prétendait que l'avènement des catholiques au pouvoir serait un danger pour le pays. Ces discours sont la première édition de ceux que nous avons entendus depuis.

l"" Enfin, Messieurs, quand parut l'Encyclique du 8 décembre 1864, il y eut un tel toile dans la presse libérale, que le Car-

dinal de Malines crut devoir protester contre l'interprétation qu*on donnait à ce document.

Voilà quelques-unes des accusations de la presse libérale et des orateurs libéraux du Parlement qui se rapportent à la période antérieure à 1870; si vous voulez vous donner la peine de les lire, vous constaterez qu'elles sont identiquement les mêmes que celles que nous avons entendues depuis.

L'attaque est la même. La défense était-elle différente? Vous allez en juger.

11 serait assez singulier, du reste, que, dans la période où se placent les deux Encycliques de 1832 et de 1864, la droite y eût eu moins de foi que dans la période suivante.

Je sais bien qu'on prétend aujourd'hui que, jusqu'à la promulgation du dogme de l'in&illibilité pontificale, cela n'offrait point de danger; vous venez de voir qu'avant le concile les libéraux n'étaient pas de cet avis.

M. Frère a bien voulu reconnaître que les parlementaires sont à l'abri de tout reproche au point de vue constitutionnel; cela me dispensera de les citer. J*aurais pu, sinon, apporter la brochure, publiée en 1843, par M. De Decker sur Y « influence du clergé en Belgique », et les discours tenus dans cette enceinte les 22, 24 et 25 novembre 1856, par MM. De Haerne,de Theux, Dumortier, De Decker, Dechamps, en un mot par les principaux chefs de la droite. Il suffit de les lire pour se convaincre que, s'ils considéraient la Constitution, suivant le mot de M. Be Haerne, comme r « expression des besoins de la société belge », ils n'ont cessé de protester contre l'idée d'y voir une sorte de code de droit naturel.

Puisqu'une exception est faite pour les parlementaires, voyons donc les extra-parlementaires, et d'abord les prédécesseurs de Léon XIII. Les Papes d'alors sont-ils en désaccord avec le Souverain pontife actuel? Y a-t-il dans les Encycliques autre chose que dans la correspondance dont nous nous occupons?

L*Eocyclique du 18 septembre 1832 ne coodàmne que ceux qui veulent &ire de ia liberté des cultes, de la presse, etc., des droits naturels.

Voici ces principaux passages :

«... De cette source empoisonnée de Tindifférentisme découle cette opinion absurde et erronée, ou plutôt ce délire, quU faut assurer et garantir a qui qub ce soit la liberté de conscience...

(c Est fausse, téméraire... la doctrine de ceux qui, non seulement rejettent toute censure des livres... mais encore poussent la malignité jusqu'à la présenter comme opposée aux principes du véritable droit... »

On ne peut donc présenter la liberté de la presse comme étant un droit absolu ; voilà ce qu'il y a dans TEncyclique, rien de plus.

On a prétendu qu'à cette époque le Souverain Pontife avait foudroyé la Constitution belge. Gela est si peu vrai, qu'en décembre 1832, quelques mois après FEncyclique, le pape Grégoire XVI écrivait au roi Léopold P', à Toccasion de l'envoi du vicomte Gb. Vilain XIllI comme Ministre plénipotentiaire auprès du Saint- Siège, une lettre qui débute ainsi :

«c Nous étions bien persuadé que l'illustre nation des Belges, au milieu des conjonctures les plus graves où elle s'est trouvée, était restée inébranlable dans ce pieux dévouement et cette adhésion au centre de l'unité catholique dont elle a donné en tout temps l'exemple. »

{UUmon, 4 septembre 1853.)

Plus loin le Saint-Père ajoute qu'il lui est infiniment agréable de rendre à la nation belge un témoignage de sa constance dans la foi catholique.

Et Ton voudrait voir dans l'Encyclique de 1832 la condamnation de la Gonstitution belge ! Grégoire XVI se serait plu à rendre témoignage au pieux et inébranlable dévouement qu'aurait montré la nation dans les circonstances périlleuses qu'elle venait

de traverser, et d*autre part il aurait condamné Tacte capital de cette période difficile !

Le 13 septembre 1838, Grégoire XVI élève rArchevëque de Malines an Cardinalat, comme témoignage public de son affection pour la Belgique. Voici comment il s*exprime dans le consistoire de cette date :

a Le zèle admirable de la nation belge pour professer et soutenir notre sainte religion nous a toujours été si bien connu ei constaté, que depuis longtemps nous avions prévu ce que nous pouvions attendre de ce royaume, tant pour le bien de TEglise catholique que pour le salut des ftmes. Les choses et les faits prouvent que notre attente et nos vœux ont été suivis des plus heureux effets... car personne n'ignore qu'il y a maintenant chez les Belges de très florissants séminaires ainsi que des écoles de tout genre pour les deux sexes, et même pour la jeunesse la plus pauvre, sous la direction et la surveillance des che& ecclésiastiques. L'université de Louvain, rétablie depuis peu au moyen de dons considérables, excelle par le bon enseignement des meilleures doctrines; non seulement le clergé, mais tout le peuple fidèle est un modèle de soumission et de dévouement à cette chaire de Saint-Pierre; enfin (ce qui est une source continuelle et féconde de tout bien), tout le monde sait que, dans toutes les provinces de la Belgique, la faculté de communiquer avec le Saint-Siège, centre de Tnnité catholique, pour les affaires spirituelles et ecclésiastiques, n'est limité d'aucune manière.

« Comme nous songions depuis longtemps à donner à la nation belge un témoignage public de notre amour paternel, nous avons jugé ne pouvoir rien faire qui fût mieux adapté aux circonstances, que d'adjoindre l'Archevêque de Malines à votre très honorable collège... » (La Constitution belge et FEncyclique de Grégoire XVl. Deux lettres de S. E. le Cardinal Archevêque de Malines. p. 55.)

N*est-ce pas exactement le langage que lancien Nonce de Grégoire XVI à Bruxelles, aujourd'hui son successeur, tient à tous ceux qui rapprochent?

Entre Grégoire XVI et Léon XIII se place le long pontificat de Pie IX.

A peine occupe-t-il la chaire de Pierre que deux ecclésiastiques belges, dont Tun est notre collègue, lui sont présentés par le Secrétaire de notre Légation à Rome, M. Desmaisières.

L*abbé Labis, qui accompagnait M. .De Haerne, adressa au Journal de BntxeUes un compte rendu de l'audience; on peut le trouver dans le numéro des 2 et 3 novembre 1846.

« La Belgique, leur dit le Saint-Père, est un pays qui jouit d'une liberté franche et véritable; ce n'est pas une liberté de nom et pleines d'entraves comme celle qui existe dans d'autres pays. Nous en avons eu la preuve dans l'érection et le libre développement de l'université catholique, ce monument du zèle des Evoques belges et de la charité des fidèles; la religion fleurit en Belgique, et elle y fleurira de plus en pins, car le privilège de la vérité est de triompher quand elle agit librement. »

L'Episcopat belge ne tient pas un autre langage. En juin 1846, nos Evëques publient une direction à donner à l'enseignement de la religion et de la morale dans les écoles primaires.

L'article 1 1 porte :

<c L'instituteur se fera un devoir d'iticulquer à ses élèves un attachement inviolable aux institutions du pays... »

Cette instruction est restée en vigueur aussi longtemps que la loi de 1842 dont elle était l'exécution; elle est encore suivie dans toutes les écoles libres catholiques.

Nous trouverons l'expression des sentiments de l'Episcopat et du clergé belge dans les comptes rendus des Congrès de MaUnes. Au premier congrès, deux orateurs surtout abordèrent la question constitutionnelle, M. de Montalembert et le père Dechamps, l'un

en homme politique, Tautre en théologiea. La conviction profonde qu'avait Montalembert des avantages qu'offre la liberté à notre époque l'entrainalt parfois jusqu'à en faire une panacée universelle. Vous savez si son discours, conforme dans ses grandes lignes aux sentiments des catholiques belges qui l'applaudissaient, était libéral dans le bon sens du mot ; et cependant cet admirateur enthousiaste de la Constitution belge se gardait bien de rééditer la déclaration des droits de l'homme. « Je ne fais pas dé la théorie, ni de la théologie, disait-il, je fais de la politique. » Deux fois il est revenu sur cette distinction. (Compte rendu, p. 174 et 304.)

Le père Dechamps complétait, à ce point de vue, le discours de Montalembert :

« Grégoire XVI, disait-il, en condamnant, en 1832, les doctrines de Lamennais, n*a pas dit que les gouvernements ne pussent, en certains cas, tolérer des religions différentes ; mais il n'a pas permis d'établir en principe, comme le faisait Lamennais, que la tolérance universelle ou la liberté absolue des cultes soit l'état normal des sociétés et une obligation pour tous les gouvernements. » (/Wd., p. 427.)

Au mois de mars 1864, le Primat de Belgique publia deux lettres réunies sous ce titre : La Constitution belge et l'Encyclique de Grégoire XVL »

La conclusion du Cardinal Sterckx est ainsi formulée :

tf La Constitution belge n'est en contradiction avec aucun des points de la doctrine catholique qui sont traités dans rEncyclique de Grégoire XVI. » (P. 52 ) '

Après avoir rappelé que le Congrès n'a pas eu la prétention de formuler une Constitution-type, qu'il a borné son ambition à l'approprier à nos besoins, le Cardinal lui rend le témoignage qu'il s'est bien acquitté de cette tâche difficile, et ne craint pas d'ajouter :

a J*ose prédire, sans crainte d*étre démenti par les événements, que les catholiques ne demanderont jamais la suppression des libertés que le Congrès a accordées aux cultes dissidents. » (P. 36.)

Le second congrès de Malines se réunit à la fin d*août 1864. Son président effectif, le baron de Gerlache, vint joindre sa voix à celle du Cardinal Sterckx, son président d'honneur. Le langage de M. de Gerlache a d'autant plus de poids que c*est sur Fun de ses ouvrages que, vingt ans auparavant, M. Lebeau s'était appujé pour &ire de l'Encyclique un épouvantait.

M. de Gerlache, l'un des plus chauds défenseurs de nos libertés constitutionnelles, était le président naturel du congrès catholique, comme M. Defacqz, le chef des partisans de la suprématie de l'Etat, était le président naturel du congrès libéral.

Ecoutez le langage de l'ancien président du Congrès national :

(c On a osé dire que les catholiques sont les ennemis- nés des institutions libérales qui ne peuvent s'accorder avec leurs principes.

« Comment! les catholiques qui ont eu la plus grande part à la Constitution de i831, qui l'ont jurée après l'avoir faite, en méditeraient aujourd'hui la ruine! Avant 1830, ils n'avaient aucune des libertés dont nous venons de parler, qui sont pour eux comme des conditions d'existence, et Ton suppose qu'ils regretteraient les aménités du régime précédent ! De tels sophismes ne méritent pas d'être réfutés sérieusement. Tous les catholiques sincères* ecclésiastiques ou laïques, sont attachés da fond de leurs entrailles à nos institutions; tous en veulent le maintien. Nous serions bien heureux d'en pouvoir dire autant de nos adversaires ; la paix renaîtrait entre nous et à l'instant toute division cesserait. Si, à côté des choses qui nous plaisent, il en est d'autres qui nous contrarient, nous acceptons les unes comme les autres à titre de transaction : nous voulons notre Constitution

dans son ensemble parce que nous sentons qu il est impossible d'en détacher la moindre partie sans compromettre le tout. Gela a été établi avec une grande puissance de logique, et de raison et avec une autorité qui ne pouvait appartenir qu'à lui, par le vénérable Primat de Belgique, dans une lettre que nous connaissons tous, qui expose clairement les faits, réfute les objections, lève les scrupules et qui doit rallier enfin les opinions de tous les hommes sensés. » (29 août 1864, Compte rendu, p. 15.)

Ce double témoignage du premier dignitaire ecclésiastique et du premier magistrat du pays eût peut-être coupé court aux accusations libérales, si la nouvelle Encyclique du 8 décembre 1864 et le SyUabus qui l'accompagne n'étaient venus leur fournir un nouvel aliment.

L'Encyclique de Pie IX, comme celle de Grégoire XVI, reste dans le domaine des principes; elle n'aborde pas le terrain des faits. Elle condamne ceux qui enseignent que « la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent impérieusement que la société humaine soit constituée et gouvernée sans faire aucune distinction entre la vraie religion et les fausses », ceux qui affirment que « la meilleure condition de société est celle où l'on ne reconnaît pas à l'Etat l'obligation de réprimer, par la sanction des peines, les violations de la religion catholique, si ce n'est lorsque la tranquillité publique le demande ».

Puis elle rappelle les condamnations portées par l'Encyclique de 1832 contre ceux qui voient dans la liberté absolue des opinions et des cultes l'exercice de droits naturels.

Les libéraux s'empressèrent d'interpréter l'Encyclique de 1864

comme ils avaient interprété l'Encyclique de 1832. Il semblait que

ce fût un bonheur pour eux qu^^ de nous placer dans l'alternative

de manquer à nos devoirs de catholiques ou à nos devoirs de

citoyens. La Constitution belge était condamnée!

Le Cardinal Sterckx se chargea de rassurer les esprits que cette n 12

nouvelle levée de boucliers aurait pu ébranler. Son mandement du 2 février 1865 publie l'Encyclique dans le diocèse de Halines en y ajoutant ce commentaire :

<£ Après avoir entendu ces sages conseils, n'étes-vous pas étonnés qu'on se soit permis d'attaquer un acte aussi imposant de l'autorité la plus sacrée et la plus respectable du monde? rfêtes-vous pas étonnés des £siusses interprétations qu'on en a données, des applications absurdes qu'on en a faites !

rrêtes-vous pas surtout étonnés qu'on ait cherché à faire accroire que le Souverain Pontife a bl&mé les institutions constitutionnelles de notre pays...? Gardez-vous bien de vous associer à des imputations si absurdes. »

Le mot absurde est un peu vif, mais lorsqu'on voit des gens intelligents s'obstiner à prétendre qu'on ne peut condamner ceux qui veulent imposer la liberté des cultes partout et toujours sans condamner en même temps ceux qui l'admettent dans un pays et à une époque donnée, on conçoit qu'on lâche le mot et même qu'on le répète.

Le Cardinal Archevêque de Malines s'était laissé devancer par la CiviUa cattolica.

La livraison du 14 janvier 1865 s'exprime en ces termes :

(c L'Encyclique n'atteint en rien la Constitution belge, ni les droits et les devoirs des citoyens belges, ni leurs légitimes libertés politiques. »

Tel est le langage des jésuites, de cette institution qui, d'après M. Frère, domine le Pape et l'Episcopat et se trouve à la tête des ennemis de nos institutions.

Après les jésuites italiens, permettez-moi de citer un jésuite belge, le P. François Kestens. Il publia, en 1864, à Louvain, une brochure intitulée: La Liberté des cultes et les Droits de l'Eglise, dont voici la conclusion :

a Quant à nous, catholiques belges, gardons fidèlement dans

' J'avenir, cornue nous l'avons fait dans le passé, notre Constitution entière; c'est pour nous plus qu'un droit, c'est un devoir...

« La Constitution de 1830 est un pacte et contient les droits , des Belges; elle n'est pas un symbole qui proclame les droits de l'homme. Le Congrès a fait une œuvre de politique et non un décalogue universel. L'absolu ne s'inscrit pas dans une convention, on n'y consigne que le relatif. Donc il n'y a aucune contradiction à accepter franchement la doctrine de l'Eglise et à pratiquer fidèlement notre Constitution. »

Pour en finir avec les jésuites, mentionnons encore le travail du père Victor De Buck, imprimé dans les Précis historiques du 1^ mars 1869, et plus tard en brochure, sous le titre de : Les Principes catholiques et la Constitution belge. J'ai cité déjà, dans cette enceinte, les principaux passages de ce remarquable travail. Je puis renvoyer à mon discours du 21 novembre 1878.

H. Frère m'a répondu alors, s'appuyant sur l'autorité de Rossi : Il y a trois catégories de jésuites, les saints, les savants et les jésuites proprement dits. Ces derniers seuls connaissent le vrai but de l'ordre et le conduisent. Vous ne m'opposez qu'un savant qui l'ignore.

C'est se faire la partie belle; tous les jésuites qui écrivent sont qualifiés de savants et récusés de ce chef; de sorte qu'on juge l'ordre d'après ceux qui n'ont rien écrit et auxquels il est dès lors facile de prêter toutes les opinions que l'on voudra. {Rires à droite.)

Je me bornerai, pour la période antérieure à 1870, à citer encore l'instruction pastorale de Monseigneur de Liège, du 22 novembre 1869, où je lis que les législateurs qui, dans des sociétés divisées comme la nôtre, établissent la liberté des cultes, des opinions, de la presse « obéissent aux nécessités de l'ordre créées par l'imperfection sociale, et c'est sagesse à eux de faire de leurs lois l'expression des mœurs. » (Page 178).

Vous pouvez juger maintenaot, pour nos quarante premières années d'existence, de l'exactitude des dépèches de M. le Ministre des Affaires étrangères des 12 novembre 1878 et 15 janvier 1879.

La seule chose exacte que contienne la dépèche du 12 novembre* c'est la reconnaissance de ce fait qu'aucun catholique avant 1870 ne demande à réaliser la thèse en Belgique.

Il est absolument inexact qu'il y ait le moindre dissentiment au sujet de la thèse au point de vue spéculatif et théorique.

Les laïques MM. De Decker, Dechamps, de Gerlache, Dumortier et de Theux tiennent identiquement le même langage que le Cardinal Sterckx, l'Evèque de Liège, le Chanoine de Haerne, le Père Dechamps de l'ordre des rédemptoristes, les Pères Kestens et De Buck de la Compagnie de Jésus, tous reconnaissent que les principes aussi vieux que TEglise, rappelés dans les Encycliques de 1832 et de 1864, n'ont rien de contraire à ce grand fait, si bien approprié au peuple et à l'époque qu'il domine, la Constitution belge de 1831.

La dépèche du 15 janvier 1879 est encore plus loin de la vérité lorsqu'elle dépeint tous les catholiques belges, clergé et laïques, marchant au combat pendant ces quarante années « pour £sdre pénétrer dans notre législation les vrais principes de la société chrétienne ».

Alors, comme depuis,, les catholiques étaient d'accord sur la thèse comme sur l'hypothèse; aucun ne conteste des vérités théoriques incontestables, et cependant aucun ne demande la revision de la Constitution.

Du reste il paraît convenu aujourd'hui que jusqu'en 1870 nous étions sans danger.

Abordons la période de 1870 à 1880, et voyons ce qui peut avoir changé.

Il serait vraiment bizarre que pendant la période antérieure, qui comprend les deux Encycliques, les catholiques les auraient

considérées, dans les parties qui nous occupent, comme des documents théologiques, théoriques, spéculatifs et que, plus tard, ils auraient cru devoir les transformer en réalités pratiques aux dépens de la Constitution.

On veut bien reconnaître que les mandataires envoyés par les catholiques belges au, parlement ont continué à tenir le langage le plus correct au point de vue constitutionnel.

On pourrait, en effet, faire une longue énumération de leurs déclarations, plus catégoriques les unes que les autres.

Nous les avons trop multipliées; il était parfaitement inutile de répéter si souvent des choses aussi évidentes. {Approbation à droite.) ,

Pour n*en citer que quelques-unes, je rappellerai les déclarations de :

MH. Thonissen (séance du 19 février 1873). Dumortier( — 20 — ).

Ciornesse ( — 21 — ). Goomans ( — 21 — ). Gomesse (à la Fédération des cercles, 20 avril). De Haerne (séance du 27 janvier 1874).

Jacobs ( — 2 mai — ). Dumortier ( — 6 mai — ). Jacobs ( — 22 janvier 1875). d'Anethan (conf. à la Société d'Emulation, novembre 1875). Moncheur (à la Fédération des cercles, 23 avril 1876). Wasseige ( — ).

Woeste (séance du 17 mai 1876).

Malou ( — 17 mai 1878).

J'ajouterai le discours du trône de 1877, les adresses votées par les deux Chambres en réponse et la discussion de ces adresses.

Je m'arrête h la chute du cabinet précédent, parce que c'est

surtout quand nous sommes majorité et pouvoir quon noos croit un danger.

Je pourrais souder au discours de M. Dumortier du 20 février 1873 le bref du 22 mars suivant qu'il lui valut.

Ce bref et ceux que reçurent les trois congrès de Malines valent bien ceux que M. Frère a cités.

Le clergé ne resta pas en arrière.

J'ai cité déjà notre collègue, Mgr De Haeme, qui vous disait le 27 janvier 1874;

et Notre pacte fondamental est une œuvre de transaction, nous y tenons par le fond de nos entrailles. »

Le chanoine Moulart, professeur à l'université de Loovain,

traite ces questions ex professa dans un livre publié il y a peu d'années, sous le titre de : a L'Eglise et l'Etat. »

« Rien n'est moins fondé, écrit-il, que les assertions de ceux qui prétendent trouver dans la célèbre Encyclique (de 1832) la condamnation des constitutions dans lesquelles se trouvent écrites la liberté des cuites et son corollaire naturel, la liberté de la presse, des associations et de l'enseignement... (p. 3S3).

<c La liberté des cuites ne peut être considérée comme un idéal politique à poursuivre... elle peut être un &it nécessaire, indestructible même dans un certain nombre de pays... (p. 371). »

Il se pose l'objection :

Quand ils seront les plus forts, les catholiques ne détruiront-ils pas un tel état de choses?

Voici sa réponse :

<c Bien que les catholiques ne considèrent pas la liberté des cultes comme un régime politique parfait en soi..., ils ne tiennent cependant pas pour mauvaises les constitutions qui la consacrent, et il est feux qu'ils ne les acceptent que par contrainte, c'est-à-dire, parce qu'ils se sentent les plus faibles.

« ... Les institutions politiques,Çiant que la liberté nécessaire

de l'Eglise et de Tordre moral û*est pas menacée* sont essentiellement relatives. Or, on peut penser, comme la CivîUa, que, dans l'état actuel de la société dans beaucoup de pays, le régime de la séparation réglée est « bon et même le meilleur possible pour le moment ».

<c Aussi les regrets que l'on suppose aux catholiques ne pourraient avoir pour objet la Ugislatian, mais uniquement les cireonstances qui rendent cette législation /lécessaire...

« La restauration de l'ordre chrétien n'est possible que par la disparition des causes qui en ont amené la chute, surtout par le retour à l'unité religieuse (p. 364). »

Au mois de novembre 1877, l'Evêque de Liège, inaugurant le cercle Saint-Hubert, dans un discours que M. Gomesse a cité textuellement ici le 26 novembre 1878, répondait à ceux qui prêtent aux catholiques le projet de renverser la Constitution :

« Nous n'avons à présent qu'à défendre ce pacte contre ceux qui rêvent de le déchirer, qui s'acharnent à le remplacer par je ne sais quel code du despotisme persécuteur. »

La lettre pastorale du même prélat (11 juin 1878) est plus explicite encore :

ce L'Eglise, y est-il dit, voit dans la Constitution belge une nécessité sociale. »

Le Cardinal Dechamps, dans une lettre relative au serment de fidélité à plusieurs constitutions modernes, approuve pleinement ce langage et la réponse négative faite par le père De Buck à cette question :

ce Le Congrès pouvait-il mieux &ire dans la situation où se trouvait et où se trouve encore la Belgique? »

Le Cardinal juge cette réponse aussi sage que savante, et lui aussi dit, comme M. Moulart et comme Tavait dit avant eux le Cardinal Manning :

surtout qua»* ^ avant de pouvoir rentrer

croit un da* ^tftr^

Je pou' i^^fi^ ^^y^ comme les laïques, l'union entre

vrier 1 8^ Jl^^J.^"^^^ avant 1870.

Ceb' f(fff^J^ 'Ç ensmbXe de déclarations? La presse, ]

bien c .^4^ .au ' . n;^ iv '

Le

'' ^'I^^^ua^^^* Cestroupes irrégulières de Tarmée calho-

^ n%^^0^^ ^^ troupes irrégulières du monde, peuvent

ioe^* m^^ excès sans que les troupes régulières en soient

Aû^^^ièi' '^ ^^^*^ ^^ ^^^ ^^^ ^^^'® ^® réunir une petite col-

^p^^gjiid^ regrettables extraits des journaux catholiques,

10^^ h ^ât prouvé, en somme, assez peu de chose; le voile de

00i^ 0 est, comme le masque, un abri derrière lequel se disent

/ï/'^ ^ qu'on ne dirait pas à visage découvert. Si les articles

de^ ^^ufO^ux étaient signés, on y trouverait moins d'articles

<*^i|,epsibles.

r^P réserves faites, voyons les articles que M. le Ministre des ' ye^ étrangères a enchâssés dans sa dépêche du 12 novem- ^ |g78 ; le but de cette dépêche était de faire mettre par notre ii'oistre à Rome, sous les yeux du Saint-Père, quelques exemples j^ tf redoublement d*ardeur de la presse catholique contre les droits que la Constitution garantit aux citoyens belges ».

L'importance du but à atteindre; le caractère de celui que l'on voulait éclairer et dont on attendait l'intervention^ commandaient de ne présenter que des textes d'une authenticité indiscutable, sévèrement contrôlés.

L'honorable Ministre des Affaires étrangères a été bien mal servi dans cette circonstance par ceux qu'il a chargés de choisir ces exemples.

A la veille des élections de 1878, un journal de Liège, la Meuse, publia dans trois numéros, les 4, 5 et 6 du mois de juin.

toute une collection d'articles prétenduement extraits de la presse catholique. Les personnes que M. Frëre-Orban a chargées de réunir un bouquet de citatioâs heureusement choisies se sont contentées de prendre leurs grands ciseaux et de couper dans ces trois numéros de la Meuse ce qui leur a paru le plus saillant.

Les textes cités sont découpés :

Un dans la Meuse du 4 juin, page % colonne 1 ;

Un dans la Meuse du 5 juin, page 2, colonnes;

Quatre dans la Meuse du 6 juin, page 1, colonne 6.

Le seul bit que ces citations n*indiquent que le mois et non le jour, bien qu'il s'agisse de journaux quotidiens, eût dû mettre l'honorable Ministre en défiance.

Quoi qu'il en soit, examinons-les.

Il en est une que je n'ai pu contrôler : elle est extraite d'un journal dont la collection est introuvable et qui firanchement n'eût pas dû être cité en raison de la jeunesse de ses rédacteurs : c'est le journal YÉtudiant catholique.

S'il &ut donner comme manifestations de l'opinion catholique les productions de la jeunesse universitaire, je pourrais citer à mon tour un extrait du journal Wniversité libre, de la fin de 187.6, que je trouve reproduit dans le Journal de Bruxelles du 9 janvier 1877 :

a Être libéral, y es^il dit, ne consiste pas seulement à se déclarer défenseur de la Constitution, mais bien à se déclarer prêt aussi à modifier cette Constitution, à l'améliorer et même à la démolir pour y substituer quelque chose de plus parfait. »

Je ne m'en prévaux pas parce qu'il serait injuste de juger un parti sur des œuvres d'étudiants; laissons donc XÉtudianl catholique, comme Wniversité libre. Laissons cette citation et prenons les autres.

L'une d'elles est prétenduement extraite de la Gazette de Liège, de mars 1876 :

« Eu présence des fi&ux principes établis dans la Constitution belge, l'autorité ecclésiastique remplit son devoir en éclairant le peuple sur les points qui demandent les perfectionnements prévus. »

Gela n'est pas très facile à comprendre, et je suis porté à croire, bien que ce soit guillemeté, que c'est là une sorte de résumé, plutôt qu'une citation. Tai parcouru toute la collection du mois de mars 1876 de la Gazette de Liège, et je n'ai rien trouvé qui ressemble à ce texte.

J'y ai trouvé, par contre, un travail important sur la question qui nous occupe, travail intitulé « Optimisme et concessions », publié les 20 et 21 mars.

C'est, je pense, une sorte de résumé de ces articles qu'on a prétendu insérer dans la Meuse et que l'honorable Ministre y a trouvé. Or, Messieurs; ces articles ne ressemblent en rien au prétendu résumé. Voici ce qu'on y dit de la Constitution :

« C'est la citadelle dont il nous faut protéger, contre les assauts hostiles, chaque bastion, chaque pierre, celles-là même que nous regrettons de voir enchâssées dans ses murailles, parce que l'enlèvement de n'importe quelle de ces assises, bonnes ou mauvaises, donnerait entrée à un ennemi qui détruirait le tout... »

N'est-ce pas le langage le plus raisonnable et le plus correct qu'on puisse tenir?

Un peu plus loin, une expression moins heureuse s'y rencontre; la Constitution n'est pas seulement une citadelle, c'est un cachot, « une prison, où nous nous trouvons captifs de la captivité la plus redoutable, celle à laquelle l'honneur interdit de se soustraire, prisonniers sur parole! » Avouez que l'idée, quoique moins flatteuse, n'eu est pas moins correcte. Le langage de la Gazette de Liège, en mars 1876, c'est celui de Léon XIII en 1879; nous avons conclu un pacte ; esclaves de notre parole, il faut nous y tenir.

L*hoQorabIe Ministre a donc été induit en erreur; il a été mal servi.

LVt-il été mieux à propos des articles du Bien public de mai i 873 ! Tai parcouru la collection du mois sans rencontrer le texte cité. Je suppose que c*est un résumé d'un article du 20 mai 1873; aucun terme ne concorde avec la citation, mais elle en donne à peu près le sens.

D'autres articles sont textuels, mais le contexte omis conîgerait sensiblement l'ftpreté des citations. L'article du Bien publie d'avril i873 est textuellement cité, sauf que la Meuse a transposé les paragraphes; elle a mis la queue avant la lête et a supprimé un bon nombre de paragraphes intermédiaires qui étaient de nature à atténuer l'effet de ceux qu'on reproduit.

Les ciseaux du ministère l'ont découpé tel que la Meuse l'avait donné.

J'arrive à l'article du Bien public de novembre 1877, celui qui parle de la charrette constitutionnelle dont le Bien public se suppose le cheval.

Le char contient à la fois des droits précieux et des ordures légales et sociales.

La comparaison pèche sans doute par la forme, mais ce ne sont pas ceux qui parlent de la lèpre des couvents, de la vermine des prêtres qui trouveront à y redire.

Mieux eût valu s'en abstenir; c'est votr^ avis, c'est le mien, mais c'est l'auteur de l'article qui le premier a éprouvé ce sentiment.

Aussitôt après les lignes reproduites par la Meuse, le Bien public ajoutait :

« La comparaison n'est pas très noble, nous l'avouons, mais elle nous paraît fidèle... » Puis il continuait ainsi : « Voici une autre image qui rendra mieux encore notre pensée. » Le journaliste passe donc condamnation sur la forme, et, même quant au

fond, c'est la seconde comparaison qui rend le mieux son idée.

Est-il juste de citer cette infortunée charrette, sans ajouter la condamnation prononcée par son inventeur lui-môme, au point de vue de la forme, et sans dire qu'une autre comparaison rend mieux sa pensée. Ce n'est pas là être équitable; il faut savoir être juste pour le Bien publie comme pour tout le monde. On le lui devait d'autant plus, que dans des articles plus mûris que ceux dans lesquels la Meuse a fait des coupures, dans celui du 21 mars 1875 par exemple, il exprime en fort bons termes les motifs nombreux et décisifs qu'ont les catholiques de tenir à la Constitution.

Reste la citation de la brochure « Catholique et politique ».

La Meuse a cousu à la suite les uns des autres, quatre paragraphes empruntés, le premier à la page 22, le second à la page 23, le troisième à la page 24 et le dernier à la page 23 de la brochure.

Pour citer correctement, il eût iallu ajouter au moins un passage de plus, passage indispensable si l'on veut rendre exactement la pensée de l'auteur. Quelques lignes avant le premier des paragraphes cités, l'auteur indique dans qu'elle éventualité il demaodera la revision de la Constitution.

Voici ce texte :

« Nous ne reculerons pas devant la modification de la Constitution le jour, prochain peut-être, où nos ennemis, fatigués de la grande duperie de 1830, comme ils l'appellent, en proposeront la revision. »

Cela complète la pensée et lui donne son véritable caractère.

Il est regrettable que M. le Ministre des Affaires étrangères n*ait pas été mieux servi dans le travail de découpage auquel se sont livrés ceux qui lui ont fourni les textes cités dans sa dépêche du 12 novembre.

Oh ! sans doute, il y a eu des intempérances de langage dans nos journaux comme dans les vôtres, mais on ne rencontre, dans

les nôtres, ni des propositions de révision de la Constitution, ni des provocations à la revision.

G*est déjà trop que des attaques, du dénigrement, des manques de convenance, soit ; mais notre édifice constitutionnel est assez solide pour que cela ne nous émeuve pas outre mesure.

Mettez ces articles en regard des citations que i*ai faites précédemment et reconnaissez que toujours les catholiques belges, pris dans leur ensemble, ont été les fermes soutiens du pacte fondamental.

Passons de la presse à l'enseignement de M. Périn. Ce professeur enseigne-t-il d'autres doctrines que celles professées par ses collègues de Louvain, MM. Moulart, Thonissen, Delcour? Y a-t-il un abtme entre M. Périn et M. Thonissen?

Voici comment M. Périn traite la question constitutionnelle dans son livre.

« En principe absolu, écrit M. Périn, le pouvoir civil a le droit et le devoir non seulement de réprimer le mal, mais aussi empêcher la diffusion de Terreur... Ce pnncipe serait applicable dans une société unitaire, c'est-à-dire dans une société où régnerait l'unité de la foi, où tous professeraient la religion catholique. Mais notre société n'est pas dans de telles conditions; donc l'application rigoureuse du principe émis n'est pas possible dans les circonstances présentes. Il ne nous est pas libre de changer l'état de choses existant dans le monde; il était tel quand nous sommes nés, nous n'avons donc aucune responsabilité de ce chef. D'autre part, nous formons une société temporelle avec ceux qui ne participent point à la vérité catholique, nous devons vivre avec eux dans une certaine paix. Il en résulte qu'une transaction est nécessaire; ils auront la liberté de l'erreur, mais nous aurons la liberté de nos croyances. II leur sera permis de les discuter, de les renier; nous aurons le droit de les défendre par la persuasion. C'est là un pacte que l'on doit de part et d'autre observer loyalement.

« Pour le dire en passant, les infractions à ce pacte ne viennent jamais du côté des catholiques. »

Un libéral avancé a été plus juste à son égard que les orateurs de la gauche. La Revue de Belgique apprécie sa doctrine en ces termes :

ce Quand M. Périn dit : Nous formons une société temporelle avec ceux qui ne sont pas catholiques, et nous devons vivre avec eux dans une certaine paix, M. Périn a raison. Est-ce que nous voudrions former avec les catholiques une société spirituelle ou religieuse? Non. Quand il ajoute qu'une transaction est nécessaire ; que nous aurons la liberté de Terreur et les catholiques la liberté de leurs croyances; sauf le mot erreur, que nous avons le droit de lui renvoyer, il dit vrai et nous entendons bien conserver cette liberté. Il conclut: C'est un pacte, un pacte de paix civile, temporelle, nationale, que de part et d'autre on doit observer loyalement. C'est tout ce que peuvent se demander réciproquement les partis. »

L'article est de M. Gh. Potvin; il a paru dans la Revue de Bdgique, du 15 avril 1876.

J'admets qu'un professeur comme H. Périn ferait mieux de se renfermer dans la gravité de son rôle et de s'abstenir d'adresser aux journaux des communiqués destinés à alimenter les polémiques; j'admets qu'il se conformerait davantage aux désirs de Léon XIII en scrutant moins l'avenir; j'admets qu'il pourrait parfois, dans ses communiqués, se servir de termes plus heureux; mais, à ces réserves près, je ne trouve rien à reprendre à ce qui a tant indigné M. Frère-Orban.

M. Périn ne propose la suppression d'aucune liberté constitutionnelle à une époque future que l'on puisse aujourd'hui prévoir. Il se borne à dire qu'il faut, par la parole et la plume, convertir ceux qui ne sont pas catholiques, afin d'arriver à l'unité religieuse qui seule permettrait de supprimer, d'un accord unanime, la liberté d'attaquer le catholicisme.

M. Goblet d'Alviella. — Est-ce votre avis?

M. Jacobs. — Quand nous en serons là, ce sera une question pratique; le jour où il n'y aura plus que des catholiques, tous seront de cet avis. Les lois sont l'expression des mœurs. Toute société a pour base les doctrines communes de ses membres. Aujourd'hui, c'est le mariage, la propriété, etc.; si tous nous étions catholiques, la religion serait une de ces idées communes, qui servent de base à l'organisation sociale. La nation ne serait plus qu'une famille religieuse, elle se gouvernerait comme nous gouvernons nos familles, où nous ne faisons régner, je vous prie de le croire^ ni la liberté de la presse, ni la liberté des cultes.

Je crois, avec le Cardinal Sterckx, que ce règne de l'union des âmes n'arrivera jamais ici-bas ; la perfection n'est pas de ce monde, et l'unité des esprits serait la perfection, l'idéal.

M. Périn n'en désespère pas; avouez que le criminel projet de ce factieux est bien inoffensif; il ne prétend violenter personne, car la révolution qu'il médite repose sur le consentement de tous les Belges.

M. Périn censuré par les libéraux, me fait songer involontairement à la fable des Animaux malades par la peste. {Rires à droite.)

Quoi qu'il en soit de ces arrière-pensées, il est certain que Léon XIII juge plus sage qu'on s'en abstienne complètement; il nous conseille de ne préparer l'avenir qu'en tirant le meilleur parti du présent et de nous en rapporter à Dieu pour le reste.

Je suis persuadé que M. Périn, docile aux avis du Saint-Siège, comprendra que, dans la sphère restreinte du présent, on peut être un collaborateur utile de la Providence.

J'arrive aux brefs de Pie IX qui condamnent les catholiqueslibéraux et qu'on nous applique charitablement.

Vous êtes, nous dit-on, de ceux que Pie IX a qualifiés de fiëau et dont il a déclaré les maximes pernicieuses.

Qu'est-ce, messieurs, qu'un catholique-libéral?

Cette expression élastique s'est appliquée à des catégories de personnes bien différentes. Le terme ne répond pas à une idée unique. Lamennais et son école étaient des catholiques-libéraux avant TEncyclique de 1832.

Lorqu*une rupture se produisit entre les rédacteurs du journal r Avenir, Montalembert, Lacordaire et ceux qui se soumirent ne cessèrent pas d*étre désignés sous le nom de catholiques-libéraux, par cela seul qu'ils jugeaient les institutions libérales comme les mieux appropriées à nos mœurs et les plus utiles à l'Eglise à notre époque; Lamennais, sans se soumettre, persista longtemps à se dire catholique en conservant les idées libérales dans le sens absolu condamné par le Saint-Siège.

Il se produisit là ce qui se produit dans tous les schismes; quand on se sépare, chaque fraction prétend conserver le nom ancien, absolument comme des associés qui dissolvent leur société et dont chacun entend retenir pour lui la firme.

Il n'existe pas seulement ces deux espèces de catholiques-libéraux; il y en a bien d'autres. Il est beaucoup de libéraux qui siègent à gauche et se disent catholiques convaincus et pratiquants; les uns prétendent distinguer le Pape de l'Eglise et ne tenir aucun compte des Encycliques. D'autres, d'un caractère tout pratique, s'inquiètent peu de ces questions théoriques; ils ne philosophent pas ; leur libéralisme est basé sur un irrémédiable esprit de défiance; la crainte des empiétements du clergé est le fondement de leur politique ; ce sont là deux nouvelles catégories de libéraux-catholiques ou de catholiques-libéraux.

A laquelle de ces catégories multiples s'adressait le Pape Pie IX dans les bre& qu'a cités M. Frère?

C'est ce qu'il s'agit de rechercher. Il ne suffit pas qu'on rencontre une condamnation des catholiques-libéraux pour qu'immédiatement on nous l'applique. Ce serait vraiment pas trop commode.

L examen détaillé des brefs nous permettra d*ea faire lapplicatioQ à qui de droit.

Le premier document cité est le discours adressé le 18 juin 1871 5 la députation des catholiques français conduite par TEvéque de Nevers.

J*ai sous les yeux une édition complète de ce discours, tiré de la collection qui se trouve à la bibliothèque de la Chambre.

Voici le texte :

c< L'athéisme dans les lois, TindifTérence en matière de religion et ces maximes pernicieuses qu'on appelle catholiques-libérales, voilà, oui voilà les vraies causes de la ruina des Etats...

c( A ce propos, je me souviens d'un Français qui occupait une place élevée et que j'ai connu de près ici, à Rome; j'ai eu même occasion de causer avec lui, et il ïne faisait de grands compliments. Cétait ce que l'on appelle un homme distingué, honnête, qui pratiquait sa religion et se confessait. Mais il avait des idées étranges et certains principes que je n'ai jamais pu comprendre comment ils avaient pu prendre racine chez un catholique de bonne foi. C'étaient précisément les maximes dont je parlais tout à l'heure.

« Ce personnage soutenait que, pour bien gouverner, U faut avoir une législation athée, de l'indifférence en matière de religion et cette singulière tactique qui sait s'accommoder à toutes les opinions, à tous les partis, à toutes les religions et unir ensemble les dogmes immuables de l'Eglise avec la liberté des cultes, des consciences. Nous étions d'accord sur plusieurs points; sur ceux-ci, jamais. »

Voilà donc un catholique de bonne foi, qui se confessait, qui pratiquait sa religion, mais qui soutenait les droits naturels de l'homme, qui prétendait que pour bien gouverner il faut nécessairement avoir une législation athée; c'est à cause de ces doc* trines qu'il était jugé un catholique-libéral.

Les catholiques de cette trempe siègent sur vos bancs. Les partisans des droits naturels de l'homme sont parmi vous; ils ne sont pas des nôtres. Le blâme de Pie IX retombe tout entier sur les catholiques de la gauche» il est absolument étranger à la droite.

Et Ton vient nous dire : « Gela s'adresse à vous ! C'est vous qui avez été condamnés ! » Vous vous êtes trompés d'adresse. Messieurs. Cest à la vôtre, non à la nôtre.

M. Goblet d'Alviella. — - Uses la fin du bref.

M. Jaeolis — Si vous voulez me passer la fin du discours, je le lirai volontiers.

M. Goblet dAl^ieUa. ~ La voici.

M. JaoobB. — Est-ce la même édition que celle que je cite?

M. Goblet d*Alvlella. ^- Je le crois. Lisez le dernier paragraphe.

M. Jacoba. — Voici ce dernier paragraphe.

<( Cet homme que ftisait^l, en effet? Aujourd'hui une chose, demain une autre tout opposée. Un de ses amis, qui était protestant, mourut k Rome; il suivit son convoi et assista aux funérailles dans un temple protestant. On fait certainement très bien d'assister les protestants dans leurs nécessités, leurs maladies et de leur Êdre l'aumône surtout, l'aumône de la vérité, pour procurer leur conversion, mais c'est chose excessivement blftmable que de participer à leurs cérémonies religieuses. »

Je me demande ce que cela a de commun avec la question du catholicisme libéral. Le Pape Pie IX vient de dire ce qui constitue les doctrines catholiques-libérales; c'est une question de doctrines que je redierdie. Prétendez-vous que ce qui distingue les catholiques-libéraux des autres catholiques, c'est que les uns participent aux enterrements des protestants, tandis que les autres s'en abstiennent?

Franchement, ce n'était pas la peine de me faire prolonger mon

discours par cette lecture supplémentaire. {Très bien! à droite,) La doctrine-catholique libérale consiste donc à soutenir que, pour bien gouverner un peuple» il faut une législation athée. La doctrine ne dit pas « on peut, » mais « il fout » ; c'est la théorie des droits de Thomme qu'il &ut consacrer partout et toujours.

Le bref du 6 mars 1873 adressé à la jeunesse catholique de Milan blâme les catholiques qui « flattent le pouvoir laïque quand il envahit les choses spirituelles ». Vous ne nous accusez pas précisément, Messieurs, de flatter le pouvoir laïque quand il pratique des envahissements de ce genre; c'est absolument le contraire que vous nous reprochez. Gela seul eût dû faire comprendre à l*honorable M. Frère que le blâme ne nous concerne pas. S'il eût lu le paragraphe qui suit, il ne lui fût plus resté le moindre doute. Vous allez voir à quoi l'on distingue un catholique libéral.

« Toutefois, dit le Saint-Père, vous pourrez fecilement éviter leurs embûches si vous avez devant les yeux cet avis divin : « Cest par leurs fruits que vous les connaîtrez ; » si vous observez

qu'ils affichent leur dépit contre tout ce qui marque une obéissance prompte, entière, absolue aux décrets et aux avertissements de ce Saint-Siège; qu'ils n'en parlent que dédaigneusement en l'appelant « cour romaine »; qu'ils accusent tous ses actes d'être imprudents ou inopportuns; qu'ils affectent d'appliquer le nom d'ultramontains et de jésuites aux fils de l'Eglise les plus zélés et les plus obéissants; enfin que, pétris d'oi^ueil, ils s'estiment plus sages que l'Eglise, à qui a été faite la promesse d'une assistance divine spéciale et éternelle... »

Je ne sache pas que jusqu'à présent les catholiques de la droite aient refusé obéissance à l'Eglise, qu'ils aient accusé les actes du Saint-Siège d'être imprudents ou inopportuns, qu'ils en parlent dédaigneusement en l'appelant la cour romaine et qu'ils affectent

dappliquer aux catholiques les plus zélés les noms d*ultramoatains et de jésuites.

C'est vous, Messieurs, qui faites cela.

Je vous présente un miroir où vous pouvez voir votre fidèle image; le langage blâmé par le Saint-Père, c'est votre langage; ce sont donc bien les catholiques de gauche qui sont atteints par le bref du 6 mars 1873. Ne nous appliquez pas, je vous prie, ce qui vous concerne exclusivement.

Un autre bref a été adressé, le 8 mai 1873, à la Fédération des cercles catholiques belges. Ce bref, après avoir blâmé les idées catholiques-libérales, ajoute ces mots significatifs : ce Ce nest pas vous qui avez besoin de nos avertissements. » C*est aux membres des cercles catholiques que le Saint-Père délivre ce certi-

ficat; or, tous les membres de la droite font partie des cercles catholiques; nous n*avons donc pas besoin de ces avertissements; ils ne s appliquent pas à nous, ils sont ^its pour d'autres; ils s'adressent à ceux qui, comme vous, n'en font pas partie.

Il ne suffit donc pas de citer des brefs de Pie IX contre les catholiques-libéraux. Il s agit de savoir quels sont les catholiqueslibéraux qu'il blâme. Nous désirons ne pas être confondus avec les catégories de catholiques dont il parle.

Lorsqu'un mot répond à des idées si diverses, chacun de ceux à qui on l'applique a le droit de faire cesser les confusions injustes et les solidarités compromettantes, nées de l'homonymie.

C'est ce qui s'est produit. 11 n'y a plus parmi nous que des catholiques tout courts.

En résulte-t-il que tous aient, au sujet des libertés constitutionnelles, les mêmes sentiments?

Non, Messieurs. Tous d'accord pour maintenir la Constitution belge aujourd'hui, demain, pendant toute la période de l'histoire de l'humanité que nous traversons, les plus engoués de leur temps n'ont pas la prétention d'être arrivés à un état social défi*

nkif; les moins entichés de leur époque reconnaissent que rien ne permet d'en entrevoir la fin. Ce qui viendra après n'est pas, en Belgique, un problème du domaine pratique.

Faut-il s'en réjouir ou s'en plaindre? Les appréciations diffèrent; leur divergence n'est pas seulement une question de tempérament, c'est aussi une question de point de vue. La cause de cette nécessité, l'anarchie religieuse, tout homme de foi doit la déplorer. Etant donné, cette Babel d'idées, se comparant aux voisins, on doit se féliciter de la solution admise par le Congrès.

Ceux qui sont surtout frappés du mal que nos institutions tolèrent, de la distance qui les sépare de l'idéal, sont portés au mauvais vouloir, au dénigrement.

Ceux qui s'attachent surtout à ce qui est possible et pratique, au bien qu'elles permettent et aux maux qu'elles évitent sont peutêtre trop enthousiastes ; ils le sont d'autant plus qu'ils veulent effacer l'impression fâcheuse que produit le dénigrement des autres.

Dès que l'on a dépassé la mesure, la réaction se produit, et, par une loi fotale, l'intervalle augmente sans cesse.

Nous sommes un peu cause du mal. Certains de nos journaux auraient moins dénigré si nous avions moins souvent et moins vivement exalté; nous l'avons fait inutilement, surabondamment, sans nécessité, notre dévouement à nos institutions était trop profond pour qu'il dût être si souvent affirmé.

C'est la paille qui est dans notre œil, mais il y a une poutre dans le vôtre.

Je démontrerai mardi que vous êtes la cause principale des excès de langage que vous dénoncez. Je démontrerai que vous les avez provoqués, trois grandes fautes :

Au lieu d'accueillir dans le giron constitutionnel tous les hommes de bonne volonté, vous n'avez rien négligé pour en exclure les catholiques, vous les avez mis dans Talternative de répudier leur foi ou leurs institutions.

La seconde faute a été de leur dire sans cesse : L'égalité n*exisera pas entre nous, le Gouvernement est notre domaine, l'Etat doit être mis à notre service, confisqué et exploité au profit de nos idées.

Enfin depuis quelques années le parti libéral a accru les défiances des catholiques en applaudissant à toutes les persécutions des catholiques à l'étranger et en annonçant par la voie de la presse l'intention de reviser la Constitution contre nous.

C'est ce que je développerai mardi. {Très bien! à droite.)

M. le président. — Là parole est continuée à M. Jacobs.

M. Jacobs. — Messieurs, le cabinet et la section centrale se disent complètement satisfaits des explications du Saint-Siège par rapport à la Constitution. Ils ont parfaitement raison. Ces déclarations cependant ont un caractère exclusivement pratique. Loin d'abandonner la thèse, Léon XIII la réserve expressément. Malgré cela, on est satisfait et on a raison de l'être.

Qu'importe, en effet, l'idéal que chaque Belge se forme, pourvu que, sur le terrain pratique, tous soient d'accord pour maintenir et défendre nos institutions? Ce serait folie que de repousser le concours de ceux qui poursuivent le même but que nous par cela seul qu'ils sont guidés par d'autres motifs que nous.

Que penseriez-vous d'un général d'armée qui, sur le point de partir en guerre, tiendrait à ses soldats ce langage : « Vous aimez tous la patrie; vous êtes tous prêts à verser votre sang pour elle; cela ne suffit pas : il faut que vous l'aimiez pour les mêmes motife que moi; tous ceux qui l'aiment pour d'autres motifs sont priés de retourner chez eux. » Ce général passerait certainement pour un fou ou pour un traître.

Quiconque défend la Constitution est des nôtres; avant 1830, quiconque voulait le redressement des griefs était reçu dans

rUnion ; oh ne lui demandait pas compte de ses motiâ. Il faut attirer et non éloigner.

Cela paraît élémentaire aujourd'hui ; rien n'était plus contesté hier. Si maints catholiques ont boudé la Constitution, c'est que la gauche n'a rien négligé pour leur persuader qu'ils ne pouvaient être de bons citoyens sans rompre avec l'Eglise.

Leur a-t-on assez dit que la doctrine catholique, celle de Léon Xlll et de Pie IX, la distinction entre la thèse et l'hypothèse, était condamnée par la logique et la morale !

Nous avions beau répondre : Cette distinction est basée sur le plus simple bon sens; elle est reconnue par nos adversaires euxmêmes lorsque la passion politique ne les égare pas. Quand Mgr Dupanloup dit : « Non, l'idéal du Pape et de l'Eglise, ce n'est pas l'anarchie, c'est l'harmonie des intelligences; l'idéal de l'Eglise et du Pape, c'est l'admirable parole de Jésus-Christ : Qu'ils soient un ! un seul troupeau ! un seul pasteur » (la Convention du 15 septembi'e et l'Encyclique du 8 décembre, p. 126), il tient le même langage que M. Bara lorsqu'il écrit: « Abâtractivement, le gouvernement théocratique est le véritable... L'idéal est le règne d'un religion unique et la confusion de celte religion avec le pouvoir... » (Essai sur kê rapports entré tEtat et les religions^ p. 9 et 12.)

Rien n'y faisait ; on n'en persistait pas moins à condamner une distinction sur laquelle repose l'attachement des catholiques à la Constitution.

Cette distinction est profondément vraie» mais ne le fût-elle pas, était^-ce agir en bon citoyen que d'ébranler une croyance qui vaut à la Constitution des millions d'adhérents?

Elle est vraie, évidemment vraie, car il sufBt d'ouvrir les yeux pour retrouver partout la distinction entre l'abstrait et le concret» entre l'absolu et le relatif.

Je vais vous en citer un exemple :

Pour les catholiques, au point de vue abstrait» le célibat est supérieur, préférable au mariage. Le Concile de Trente a formulé cette vérité que l'Eglise a toujours admise.

En théorie donc le célibat est préférable, mais en pratique, quand il s'agit de savoir ce qui vaut le mieux pour chacun en particulier, la solution du problème, neuf fois sur dix, est différente.

La plupart des catholiques, tout en s'inclinant devant la thèse, l'idéal, le célibat, optent pour l'hypothèse, pour le mariage: ils le croient la constitution la mieux appropriée à leur personne ; M. Périn lui-même s'est placé dans l'hypothèse.

Vous ne craignez pas que les catholiques vous contraignent au célibat obligatoire; il n'est pas plus raisonnable de craindre qu'ils vous imposent les véritables lois de la société chrétienne.

La distinction est donc essentiellement vraie, incontestable, mais ne le fût-elle pas, il faudrait dire que c'est une heureuse erreur que celle qui vaut à la Constitution belge l'adhésion de Timmense majorité des.Belges. (Approbation à droite,)

Et cependant. Messieurs, a-t-on assez bafoué cette distinction entre l'absolu et le relatif, la thèse et l'hypothèse !

Dans la séance du 21 novembre 1856, l'honorable M. Frère- Orban s'exprimait en ces termes :

« Croyez-vous que j'ignore vos distinctions et vos subtilités?... C'est comme droits absolus que vous condamnez les principes constitutionnels, mais comme droits relatifs vous les admettez! Je vous avertis que Rome elle-même a condamné ces distinctions... Et s'il n'en était pas ainsi, votre morale serait scandaleuse. Comment! il faudrait haïr, détester, réprouver, combattre par tous les moyens possibles les principes sur lesquels se fonde notre Constitution; mais on pourrait les aimer relativement! Ce serait là votre morale! Elle serait odieuse, il faudrait la réprouver. »

Plus de vingt ans après, le 14 mai 1878, Thonorable membre tenait encore le même langage:

(( Les catholiques n'iront pas s'égarer dans les régions malsaines de la thèse et de Thypothèse ; ils ne seront pas condamnés à subir cette doctrine profondément immorale qui permet de pratiquer et d*aimer ce qu'on ordonne de considérer comme une peste, un délire, la source des calamités les plus grandes qui puissent affliger Thumanité. »

C'est le langage qu'on tenait dans l'opposition ; au pouvoir, on est plus juste.

Le 15 juin 1869, à la suite de la lettre du Cardinal Sterckx, basée tout entière sur cette distinction, M. Frère-Orban s'exprimait en ces termes : « Je ne partage pas assurément la manière de voir et l'interprétation de la Constitution qui se trouve dans la lettre de Mgr l'Archevêque de Malines. Je ne puis pas croire que la Constitution ne consacre pas la garantie de la liberté de conscience ; mais, en lisant cette lettre, en constatant les efforts qu*il a faits pour rattacher les catholiques à la Constitution, mon esprit se refuse à la controverse et je le remercie de ce qu'il a fait. »

Remercierait-on l'auteur d'une distinction immorale, scandaleuse et odieuse? Non certes; mais, en remerciant le Cardinal, M. Frère reconnaissait qu'il avait été injuste en 1856, comme nous allons le voir reconnaître en 1879 qu'il a été injuste en 1878.

Dans l'exposé que l'honorable M. Frère-Orban a fait le 18 novembre 1879, je trouve cette phrase:

« Il serait absurde de contester que Yidéal de l'Eglise catholique soit l'école confessionnelle^,, mais la question n'est pas là, nous ne faisons pas de la théologie, mais de la politique. »

La distinction entre la théologie et la politique, entre l'abstrait .

et le concret, est plusieurs fois répétée dans ce discours et dans

la correspondance diplomatique.

Qu'il s'agisse de TËtat ou de Técole, l'idéal de l'Eglise est TEiat

confessionnel, l'école confessionnelle; voilà la thèse, la vérité abstraite, la théologie.

L'Etat neutre, comme Técole neutre, ne peut être que lltypothèse, le concret, la politique.

Il serait absurde de le contester, puis je dire, en empruntant les paroles de M. le Ministre des Affaires étrangères.

M. Frère-Orban Tadmet si bien, qu'il s'ingénie à cotl Vaincre Léon XIII qu'il pourrait accepter, en Belgique, l'hypothèse pour récole, comme il l'accepte pour l'Etat, l'école neutre comme l'Etat neutre.

Léon Xtll s*y refuse, non qu'il méconnaisse la vérité de la distinction, mais parce qu'il juge que la nécessité soôiâle qui s'irn* pose pour l'Etat n'existe pas pour l'école.

L'Etat est unique de sa nature, il ne peut y en avoir qu'Un ; il £siut pour éviter la guerre civile, quil soit neutre éHtrê les opinions qui se partagent le pays. Les écoles sont multiples, rien n'oblige à les neutraliser ; il peut y en avoir de diverses natures ; l'Etat ne doit pas nécessairement avoir toutes écoles semblables, mais, en supposant même que toutes les écoles officielles doivent être neutres, la Constitution permet d'établir à cOté d'elles de libres écoles confessionnelles # L'école neutre ne s'impose donc pas aux catholiques, comme l'Etat neutre.

C'est une question d'application, d'appréciation ; la vérité de la distinction entre l'absolu et le relatif, l'abstrait et le concret, la théologie et la politique est admise par le Saint-Père, comme par rbonorable M. Frère-Orban^

J'espère qu'on ne la contestera plus ; mais laisse^^^moi vous démontrer encore combien souvent on nous a sommés de rompre . avec l'Eglise, avec le Saint-Siège et de reconnaître dans nos libertés constitutionnelles des droits naturels de l'homme.

J'ai ciié les discours de M. Frère-Orban, je vais en rappeler un de M. Bara.

Le 20 février |872, M. Bara pose neltement la question et, à Ten croire, suivant que la réponse sera affirmative ou négative, la sincérité de nos sermen{s sera admise ou méconnue^^

« La question, dit-il, est de savoir si vous considérez les libertés de conscience, des cultes, de la presse, etc., comme étant des droits naturels de l'homme ? »

M. Dumortier l'interrompt et lui dit avec beaucoup de bon sens :

« Nous les considérons comme étant les droits des Belges inscrits dans la Constitution. »

M. Bara reprend :

(c Non, ce sont les droits de tous les hommes. Aussi nous vous demandons si vous admettez avec nous ces libertés, non comme un fait historique, mais comme de droit naturel, si vous admettez qu*on ne peut les enlever aux citoyens sans violer la loi naturelle Voilà ce quil faut savoir »

Croyez-vous, Messieurs, que le désir de M. Bara fût d'obtenir cette adhésion pour être rassuré? Son seul but était de nous brouiller avec l'Eglise; la suite de son discours va vous le montrer:

ce Est-ce que vous croyez, continue-t-il, qu'il soit juste et bon de réprimer par des peines séculières la violation des préceptes d'une religion! Vous ne le voudriez pas, vous ne le voudriez jamais, n'est-ce pas? »

On se figure qu'il va remercier ceux chez lesquels il s'imagine voir un signe d'adhésion. Détrompez-vous, voici sa conclusion : « Vous ne le croyez pas, n'est-ce pas? Eh bien, vous êtes des hérétiques ! » {Rires à droite.)

Voilà le grand désir. On ne craignait rien pour la Constitution. Nos déclarations étaient. Dieu merci, assez explicites; on n'insiste sur les droits naturels que pour faire de nous des hérétiques.

Les plus habiles essayent de faire une distinction entre l'Eglise et le Pape, comme si l'idéal social de l'Eglise n'était pas celui du

Pape. M. Frère-Orban, dans le discours du H mai 1878 que je citais à rinstant, essaye de séparer le Pape de TEglise : « Disons au catholique : Comme tes ancêtres, tu dois braver les bulles papales, les excommunications, les sentences épiscopales... en gardant ta foi et en sauvant ta liberté. »

Et vous voulez, Messieurs, que les catholiques, que l'on convie à devenir hérétiques, à rompre au moins avec le Saint-Si^e, vous voulez qu'ils aient tous entendu ces constantes provocations avec indifférence! Vous voulez qu'aucun d'eux n'ait été dupe de vos sophismes?

Avouez-le : s*il en est qui se sont crus forcés d'opter entre le Pape et la Constitution et ont opté pour le Pape, vous y êtes pour beaucoup. !\

Vous ne laissiez échapper aucune occasion.

En novembre 1877, la commission avait inséré dans le projet d'adresse un paragraphe en concordance parfaite avec le discours du ti^ône et exprimant l'attachement sincère, complet, de la Chambre à la Constitution.

Cela ne vous a pas suffi. Il subsistait une équivoque, d'après M. Frère, et pour la dissiper, il fallait adopter l'amendement qu'il présentait et qui contenait une protestation contre les termes mêmes de l'Encyclique de 1832.

« Si vous n'admettez mon amendement, disait-il, l'équivoque subsiste, vous n'êtes pas sincères ; vous prouverez, en le repoussant, que vous ne valez guère mieux que les catholiques du dehors. »

Nous n'avons pas voté l'amendement, et néanmoins l'honorable membre reconnaît aujourd'hui que l'attitude des catholiques parlementaires a toujours été parfaitement correcte.

II n'en est pas moins vrai qu'au moment où il présentait cet amendement, il mettait en suspicion l'attachement au pacte fondamental de tous ceux d'entre nous qui refusaient de protester contre l'Encyclique de Grégoire XVI. Il ne lui suffisait pas que les

catholiques fissent une déclaration d'adhésion complète, sans réserve, saps réticence, à la Constitution ; il fallait substituer à l'attachement aux droits constitutionnels l'adoration des droits de Fhomme, il fallait protester contre TEncyclique et rompre avec le Saint-Siège.

Avouez que de telles exigences ne pouvaient qu'éloigner de la Constitution un certain nombre de catholiques.

Tous ces âpres discours n'ont pas valu à la Constitution un adhérent de plus; peut-être lui en ont-ils enlevé un bon nombre. En tous cas, ils ont largement contribué à ces marques de mauvais gré qu'on se platt à relever dans quelques journaux.

Enfin l'on revient à la vérité. On reconnaît que le tout est de pratiquer loyalement la Constitution, quels que soient les motifs qui nous guident, que l'on voie dans les libertés qu'elle consacre des principes de droit positif ou des principes de droit naturel. Le Saint-Père vous vient en aide pour réparer le mal commis ; associons-DOus tous à cette œuvre d'apaisement, mais, laissezmoi vous le dire, un peu d'indulgence pour ceux que vous avez contribué à égarer ne serait que stricte justice. {Approbation à droite,)

Une seconde faute commise par le parti libéral et qui n'a pas peu contribué à l'attitude d'une fraction de la presse catholique, c'est la prétention d'absorber l'Etat à son profit et de mettre toutes ses forces à son service. Il semble vraiment que l'Etat soit le domaine du parti libéral.

Le Congrès national a voulu que l'Etat fût neutre entre nous ; vous voulez qu'il soit votre chose. On accapare l'Etat, en gros et en détail.

La Remie nationale, la première, a manifesté ouvertement cette prétention du parti libéral :

« La querelle des deux partis ne fera que s'aigrir et s'animer de plus en plus tant que l'opinion libérale ne sera pas en pos-

dession de Tiniluence prédominante, tant que lopinion catholique ne sera pas convaincue par les £siits qu'elle doit se résigner au rôle de minorité. » (T. VIII, p. 290, année 4843.)

Vous serez donc turbulents, vous jetterez le trouble dans le pays jusqu'à ce que le parti catholique se résigne au rôle de minorité. Et quand la fortune le ramènera au pouvoir, H. Goblet et M. Janson se plaisent à nous redire que les libéraux du dehors protesteront contre cette usurpation par des manifestations dans le genre de celles qui ont signalé l'année 1857.

Je ne crois pas ces avertissements comminatoires de bon goût ; je ne crois pas qu'il soit habile de rappeler ce souvenir, et je préviens mes honorables contradicteurs que toutes ces petites menaces sont absolument inutiles; le jour où le parti catholique reviendra au pouvoir, il suivra la voie qu'il s'est tracée, et ce ne sont pas des menaces plus ou moins déguisées qui l'en feront dévier d'une ligne. {Très bien! à droite^

Après avoir revendiqué l'Etat en bloc, voyons comment on l'utilise en détail. Dans une discussion récente, M. Bara revendiquait pour le parti libéral les bénéfices de la charité publique. « Les libéraux, disait-il, ne sont pas organisés pour donner de l'argent comme vous l'êtes ! » Nous devrons faire les frais de la charité pour les pauvres catholiques ; l'Etat se chargera des pauvres libéraux.

M. Van Humbeeck tenait un langage analogue dans la séance du 20 novembre 1878 :

« L'enseignement libre des libéraux sera toujours inférieur à l'enseignement libre des catholiques. C'est précisément une raison pour que l'enseignement de l'Etat satisfasse aux besoins que l'enseignement libre ne peut contenter. i>

L'enseignement de l'Etat sera l'enseignement libéral.

M. Frère-Orban, le 6 du mois dernier, oubliant ce que la gauche a toujours dit de la liberté du professeur, sur laquelle TEtat ne

doit exercer ni pression, ni influence» nous déclarait à son tour : a C'est le premier devoir de l'Etat de combattre cet enseignement (celui de M. Përin), par son propre enseignement. » Il ne suffira pas que l'université libre de Bruxelles se fasse le champion des doctrines libérales, il faudra que l'enseignement officiel se constitue le défenseur des droits naturels de l'homme ! L'argent des contribuables servira à la propagande des doctrines d'un parti.

La révolution de 1830, je l'ai établi un jour, et l'honorable M. Goblet, parlant immédiatement après moi, en est convenu, la révolution de 1830, a été une réaction contre l'intervention de l'Etat dans la direction morale et intellectuelle du pays.

Il semble qu'on ne songe aujourd'hui qu'à réagir contre cette réaction, qu'à revenir aux errements du roi Guillaume. On veut corriger, suivant l'expression de Thonorable M. Van Humbeeck, les erreurs du Congrès national. Nos constituants étaient arriérés; nous sommes en progrès, nous corrigeons leurs erreurs.

Messieurs, ces corrections de prétendues erreurs de 1830 ressemblent fort à des revisions de l'esprit de la Constitution et sont bien de nature à alarmer les catholiques.

Vos tendances ont frappé un grand catholique, que vous citez parfois, le comte de Montalembert; au congrès de Halines, il les déplorait :

« Les progrès de la centralisation, disait-il, ne m'alarment nulle part plus qu'en Belgique. Résistez à outrance aux envahissements de la bureaucratie et de la centralisation.

« Roulez les envahissenents de l'Etat. »

Ce qui le frappait nous frappe plus encore; nous somipes témoins de ces envahissements quotidiens. Et vous voudriez que cette confiscation du pouvoir à votre profit, que cette exploitation du pouvoir sur une large échelle, que cette réaction contre les erreurs de 1830 n'ait enlevé l'adhésion d*aucun catholique à une

Constitution dont on abuse ainsi! Vous voudriez quils coniinuenl tous à avoir en elle la même confiance!

On a beau leur dire qu'on la corrige, qu on redresse ses erreurs. Ces erreurs sont pour eux la vérité; elles sont Tesprit, Tàme de la Constitution.

Vous corrigerez ces prétendues erreurs, et les catholiques n auront pas même le droit d'en témoigner quelque mauvaise humeur! C'est leur demander trop de vertu.

La troisième faute que je dois relever consiste dans les applaudissements que le parti libéral prodigue, — surtout en dehors de cette Chambre, je le reconnais, — à toutes les persécutions dirigées à l'étranger contre les catholiques, et dans son insistance à remettre en question les articles du pacte fondamental auxquels les catholiques tiennent le plus.

Le Cardinal Nina, dans une conversation avec notre Chargé d'affaires, exprime la pensée que beaucoup de catholiques ont été amenés à s'éloigner de plus en plus des idées libérales, par le motif que les mesures hostiles à leur foi sont toujours proposées au nom des principes modernes. (Dépêche du 8 février 1879.)

Il eût pu ajouter à cette considération générale que le langage des libéraux belges en particulier n'est pas de nature à inspirer aux catholiques une grande foi dans la liberté.

Se fait-on scrupule, dans le camp libéral, de critiquer, de dénigrer, de bafouer la révolution de 1830, sa cause — TUnion, — son résultat — la Constitution belge?

M. De Laveleye a écrit, dans une revue anglaise, que «la révolution de 1830 fut une grande erreur » et que, « en la fomentant, le clergé a commis un crime contre la sécurité de l'Europe. » (The fortnightly Review.)

L'association libérale d'Anvers, en 1873, a cru devoir foire traduire cet article et le faire imprimer à 20,000 exemplaires pour le répandre dans le pays entier.

L'appréciation de M. D& Laveleye n*est d'ailleurs pas la première critique de la révolution que les libéraux se soient permise. En inaugurant une série de conférences sur la Constitution, à Gand en 1865« M. Rolin-Jaequemyns exprimait l'opinion que « la Belgique n'avait pas, à charge de la Hollande, des griefs suffisants pour justifier la séparation des deux parties des Pays-Bas ». Il croyait, au contraire, que « sans quelques personnalités ambitieuses ou profondément blessées, la Belgique, avant comme aprèS|les journées de septembre, aurait trouvé plus d'une occasion de s'entendre avec son vieux roi Guillaume, dont les intentions étaient bonnes ». (P. 17.)

De la révolution passons à l'Union.

Voici comme la juge M. Laurent dans ses Lettres dun retarda-' taire libéral à un progressiste catholique (1863) :

« J'appelle cette union &tale ; en effet, je ne connais rien de plus immoral qu'une coalition de libéraux et de catholiques ; elle repose sur le mensonge, elle porte la fraude dans son sein. Quel ignoble spectacle que celui d'hommes comme de Potter, ennemis jurés du catholicisme, fraternisant avec les catholiques! » (Lettre XXXIU.)

Ce n'est pas là le résultat d'un moment d'humeur, c'est une conviction profonde dont, treize ans après, M. Laurent reproduit l'expression dans un article de la Revue de Belgique :

ce Alliance funeste! immorale même! » (T. XXII, p. 34.)

M. Reyntiens, alors membre de la gauche du Sénat, publie, le 15 juillet 1876, un article dans la Revue de Belgique où il est dit que le parti libéral n'a pas compris le danger de l'union. L'écrivain se demande « comment les libéraux pouvaient être assez aveugles pour se &ire illusion sur l'union. Ils se sont trompés et l'on peut regretter que leurs concessions aient été trop grandes ». (T. XXIII, p. 238,242.)

L'arrêté du gouvernement provisoire du 16 octobre 1830, qui

Il 14

supprime les entraves mises à la liberté d'association, n'est pas, au jugement de M. Gérard, ancien auditeur général, « un titre de gloire pour les fondateurs de la monarchie ». « Les membres du Gouvernement provisoire, en s'empressant d'ouvrir les portes de la Belgique au monachisme, ont cédé à je ne sais quelle influence occulte ». {Berne de Belgique^ t. XXV, p. 219.)

La Constitution, qu'est-elle?

« Ce n'est pas un chef-d'œuvre, tant s'en faut », nous dit M. Gérard {Etudes historiques et critiques sur la ùmstUtUian belge, 1869. Introduction.)

D'après M. Laurent, c'est :

a Une folie ». {Bévue de Bdgique^ t. XXVIII, p. 254.)

« L'anarchie et le chaos ». {VEglise et (Etat, t. H, p. 339.)

« Une abdication imprudente et coupable des droits de l'Etat ». (IWd., T. II, p. 337.)

« Un vrai marché de dupes ». {Ilrid., p. 315.)

« Un chef-d'œuvre de duperie ». {Lettres dun retardataire, IX.)

Aussi la Flandre libérale l'appelle-t-elle :

« La grande duperie de 1830 ». (9 janvier 1876.)

Dès 1856, M. Defacqz écrivait :

tf On s'est égaré en consacrant . l'indépendance absolue des deux pouvoirs. » {Revue de Belgique, t. XXV, p. 11.)

Au Congrès déjà il y voyait l'organisation du désordre, mot profondément vrai, au jugement de M. Laurent. {VEglise et tEtat,

M. Goblet, à son tour, esquissant, dans la Bévue de Belgique, un programme de réformes anticléricales, estime que a la combinaison la plus illogique, la plus défectueuse, la plus injuste même est, sans contredit, celle qui prévaut chez nous. Grftce à ce régime, sans précédent dans l'histoire, l'Etat confère à l'Eglise les avantages de l'indépendance, mais ne lui en laisse aucune charge... c'est-à-dire que cette prétendue transaction n'est, en

réalité» — comme M. Laurent le rappelait encore dans une de nos dernières livraisons — qu'une duperie »« . «(Tome XXVIII, page 342.)

Quelques jours après, le 18 avril 1878, la Flandre libérale feit du programme de M. Goblet une appréciation éiogieuse :

« Il n'est pas fort enthousiaste, dit-elle, du système original, mais absurde, inauguré par la Constitution belge pour régir les rapports de l'Etat et des communions religieuses. Quel esprit raisonnable peut encore aujourd'hui se foire illusion sur ce point? Ce système a été le fruit d'une transaction, mais d'une transaction doleuse. »

Quand vous nous montrerez des catholiques marquants décriant, bafouant ainsi la Cionstitution , nous serons quittes; jusque-là vous restez nos débiteurs. {Approbation à droite.)

Dénigrer, bafouer, c'est quelque chose; il y a loin cependant de là à poursuivre la revision du pacte fondamental.

Le parti libéral poursuit-il cette revision?

Nul ne le contestera pour deux points : l'article 47 et l'article 117 de la Constitution.

L'un a foit l'objet d'une proposition formelle, déposée le 15 novembre 1870 par onze membres de la gauche.

L'autre &it partie du programme, adopté, en juillet 1870, par les délégués de quarante-deux associations libérales réunis à Bruxelles en congrès : séparation absolue de lEglise et de l'Etat* Depuis quelques années, on ne devient plus député de Bruxelles sans adhérerpréalablementàla revision de l'article 117.

M. Washer. — Pas du tout. J'ai déclaré que la Constitution était une œuvre perfectible; je n'ai donc fait allusion qu'au cas seulement d'une revision de la Constitution, revision que nos constituants ont prévue. (Rires à droite.)

M. Jaoobs. — MM. Washer et Goblet sont partisans de (a revision de l'article 117. Je veux bien admettre qu'entre Topinion de M. Washer et celle de M. Goblet il y a une nuance. L'un

consentirait à voter la revision immédiate; l'autre la désire, mais veut attendre une occasion propice.

Après avoir reconnu ces deux desiderala, on distingue: il y a, dit-on, revision et revision ; le parti libéral ne poursuit pas la suppression des grandes libertés corutitutiormettes, tandis que le parti catholique, sans réclamer ouvertement leur révision^ les mine par la seule propagation de ses doctrines.

fai réfuté déjà cette accusation ; il me reste à examina si» dans le sein du parti libéral, ne s'élèvent pas des voix de plus en plus nombreuses, réclamant la suppression de nos droits constitutionnels.

Je ne m'occuperai pas de nos vingt-cinq premières années d'existence, bien qu'elles puissent nous offrir des choses curieuses, telles qu'un article du Journal de Liége^ de 1844, qui s'exprime ainsi:

« Si le clergé continue à se montrer absorbant; s'il veut remonter le fleuve du temps, s'il veut continuer à se rendre suspect, à force de se rendre insinuant, tortueux, intrigant, s'il veut persévérer à montrer ses mauvais projets en accaparant les capacités du pays, au prix de leur déshonneur, pour s'en faire des instruments... en vérité, il n'empêchera pas l'avenir de l'acculer dans le terrible dilemme suivant :

« Ou de se voir abattre révolutionnairement, ou de voir anéantir légalement la Constitution qui lui accorde la faculté de mal faire. (Cité par le Journal de Liège du 30 août 1849).

Dans le second quart de siècle, le premier des réformateurs, par ordre de date, est M. Laurent.

Le tome U de son livre UEglise et ÏElat parut en 1862. La revision de l'article 20 de la Constitution y est ouvertement demandée :

« La liberté illimitée des associations religieuses, même sans le privilège de la personnification, même sans la ruse et la fraude

qui en tiennent lieu, est la plus dangereuse des libertés; disons mieux, c'est une liberté inconciliable avec la souveraineté.

ce ...Dès qu'un peuple arrive à la liberté, il expulse les jésuites comme les ennemis naturels de son indépendance... // faudra un changement de Constitution^ c'est-à-dire une révolution légale^ pour défendre TEtat contre la Compagnie de Jésus.

« ...Oui, l'Etat est dans l'impuissance de se défendre contre les ordres religieux, à moins de changer la Constitution. Tout homme sensé avouera qu'un mal sans remède est mille fois plus à craindre que des abus contre lesquels on peut, à la rigueur, se garantir. » (T. II, p. 358 à 361.)

Le gouvernement libéral de l'époque, interpellé par M. Thibaut, ne jugea pas à propos de s'exprimer sur les doctrines de ce livre, mais deux membres influents de la majorité libérale les condamnèrent.

Le 7 mars 1863, M. Pirmez le fit en ces termes:

ff Je n'hésite pas à dire que ces doctrines je les repousse avec la même énergie que je repousse des doctrines aussi contraires à la liberté que je lis dans certains journaux dont je ne rends personne responsable. »

Le 14 mars, H. Devaux disait à son tour :

a Je désapprouve de la manière la plus formelle toute la partie de ce livre qui combat les doctrines politiques sur lesquelles reposent notre Constitution et les libertés qu elle consacre. »

M. Laurent s'attendait à ces désaveux. Il avait pris la précaution d'insérer dans son ouvrage cette phrase:

a Nous sommes le premier, que nous sachions, qui ayons soumis l'œuvre du Congrès à un examen critique ; il est presque superflu de répéter que nous écrivons pour notre compte, en libre-penseur, et sûr d'avance que très peu de nos lecteurs seront de notre avis. » (T. II, p. 447.)

Hais l'apôtre comptait bien ne pas prêcher dans le désert; déjà

alors il avait l'espoir d*ôtre un jour légion et, par une contradiction qui ne faisait que devancer l'heure, il écrivait» une page

avant celle dont je viens de reproduire un passage:

ce Une expérience chèrement payée a ouvert les yeux du parti libéral ; il a fini par se rallier tout entier aux principes de la minorité du Congrès. » (T. Il, p. 446.)

Sept ans se passent, un second examen critique de la Constitution voit le jour. Il est intitulé : Etudes histofiques et critiques sur la CansUiutim belge^ par P.-A.-F. Gérard. Bruxelles, Rozez, 1869.

M. Gérard était alors auditeur général près la cour militaire.

L'auteur, comme son prédécesseur, en veut à la liberté des associations religieuses, il essaye de tourner la Constitution et d'expulser les ordres religieux sans la reviser :

« L'article 20 de la Constitution, écrit-il, ne garantit la liberté de s'associer qu'aux Belges ; les associations composées exclusivement de Belges sont seules à l'abri de toute mesure préventive, de toute intervention de la police. Celles qui relèvent d'une autorité étrangère et qui, membres d'un grand corps dont la tête est à Rome, reçoivent en quelque sorte de l'étranger la vie et le mouvement, ne sont pas des associations belges, lors même qu'un grand nombre de Belges y seraient affiliés. Tels sont les établissements de jésuites et les communautés religieuses en général. 11 n'y a pas d'ordre monastique qui puisse se dire belge.

<c On pourrait donc, sans blesser en quoi que ce fût la Constitution, interdire par une bonne loi ces institutions dont la multiplicité fiait la honte du pays... » (P. 211.)

M. Gérard se rend bien compte de la faiblesse de son argumentation, mais il lui faut l'expulsion des ordres religieux, coûte que coûte, en revisant la Constitution, si possible, en rusant avec elle si c'est impossible. 11 mûrit son idée, il la retourne en tous sens et, le 15 mars 1877, il communique le résultat de ses médi-

tations aux leoteun de la Revue de Belgique. L'article est intitulé : Leê eommunauti9 reUgieuiei ei la CtmsîiîuiiM.

En voici les conclusions :

<( Le remède le plus simple pour échapper à cette éventualité (le joug des moines) serait de modifier la Constitution de 4830; mais on a tant vanté cette Constitution qu'il ne but pas songer, pour le moment, h y porter la main. Avec une majorité vraiment libérale, on trouverait peut-être un autre moyen... Nous ne voyons pas ce qui empêcherait de regarder comme portant atteinte à l'ordre public les associations de célibataires formées dans le but de vivre en commun et de se perpétuer en éludant les lois qui prohibent Tamortissement des biens...

«... Le communisme monacal n'est pas, comme on le suppose, garanti d'une manière absolue par notre Constitution. Avec un peu de bonne volonté... »

M. CkKimaïui. -*- Et beaucoup d'immoralité. (Hilmité.)

V. JaeolMi. *-- « Et une majorité vraiment libérale, je le répète, on pourrait, sans toucher au pacte fondamental, débarrasser le pays de ce qui bit sa honte et prépare sa décadence. » (T. XXV, p. 129.)

Supprimons donc l'article 30 de la Constitution pour les religieux; c'est le remède le plus simple. La revision est^elle pour le moment impossible? Eludons l'article 20 sous prétexte d*ordre public ou en prétendant que cet article n'est pas fait pour eux, attendu que les congrégations religieuses sont des personnes étrangères, quelle que soit la nationalité de leurs membres.

Pour suivre M. Gérard à la recherche du meilleur moyen de chasser de leur pays les Belges qui font profession religieuse, nous avons marché m pau vite ; il fiiut retourner en arrière pour reprendre, par ordre chronologique, les principales publications libérales qui, dans ces d6rQière9 annéas, ont réclamé des mesures restrictives de la liberté des catholiques

La Revue de Belgique, la seule revue libérale belge, donne rhospitalité à la plupart d*entre elles. La dimension des articles qu'elles accueille, la signature qui les suit, leur donne une importance bien supérieure à celle des articles anonymes des journaux quotidiens.

La livraison du 15 octobre 1874 contient un travail de M. Van der Kindere, professeur d'histoire à l'Université de Bruxelles, intitulé : Les erreurs du libéràlisfne. L'une de ces erreurs est la liberté d'enseignement.

(c Le parti libéral, écrit M. Van der Kindere, voit les hommes les plus indignes prendre en mains cet office sacro-saint d'instituteurs de la jeunesse. La Constitution le veut ainsi, je nel'ignore pas ; mais c'est assurément cet article, avant tous les autres, qui demande à être revisé ou, pour mieux dire, interprété d*une bçon plus saine. » (T. XVIII, p. 105.)

H. Van der Kindere veut traiter l'article 17 de la Constitution commeH. Gérard voudrait traiter l'article 20, le reviser si c'est possible,et,si c'est impossible Jui donner une interprétation qui n'exige qu'une majorité vraiment libérale et un peu de bonne volonté.

Le 15 février 1875, M. Laurent propose sinon de rétablir la mort civile des religieux, — l'article 13 de la Constitution s*y oppose in terminis, — au moins de décréter leur mort politique, en attendant qu'on les prive de leur qualité de Belge ;

(c La loi pourrait interdire l'exercice de tout droit politique an clergé régulier. Les religieux et les religieuses sont morts à la vie civile... L'Eglise traite l'Etat comme un ennemi ; que l'Etat traite l'Eglise comme une ennemie. Le jour viendra où il dénationalisera tous ceux qui appartiennent au clergé, à quelque titre que ce soit, séculiers et réguliers, tous sont nos ennemis, qu'ils en subissent la conséquence...

ce Nous ne faisons qu'indiquer ce que le législateur pourrait iaire sans reviser la Constitution. » (T. XX, p. 126.)

Il est réellement effrayant de constater à quel point la passion politique peut troubler la judiciaire; voilà des magistrats, des professeurs qui, n'osant espérer la majorité voulue pour reviser franchement la Constitution, s'ingénient à trouver les moyens de la violer sournoisement et s'évertuent à montrer que tout prétexte suffit pour supprimer les droits des catholiques.

Et vous voudriez qu'une Constitution ainsi interprétée leur inspirât à tous amour et confiance? {Rires à droite.)

Poursuivons :

Le 15 octobre 1875, M. Pergameni convie les libéraux à cesser de « psalmodier chaque jour les litanies de la liberté » ; il les invite à « museler la louve romaine d.

« Par quel3 moyens? se demande-t-il. Suffira-t-il, comme beaucoup le pensent, d'enlever à l'Eglise ce qu'on appelle ses privilèges et de réaliser d'une façon absolue la formule de l'Eglise libre dans l'Etat libre? Nousledisons avec une conviction sincère, ce serait proclamer notre suicide.

a Non, si les libéraux belges veulent sauver leur pays et leurs idées, il feut qu'ils recourent à des moyens plus énergiques ; il faut qu'ils travaillent sans relâche à la suppression des couvents et des ordres religieux, qu'ils arrachent l'enseignement aux mains du clergé, qu'ils arrêtent par des mesures sévères et radicales le développement inouï des miracles, des pèlerinages et des stigmatisées, qui sont un scandale et une honte pour notre pays.

« Quelles seront ces mesures?... La prison, les amendes et le bannissement sont 'des armes légales ; pourquoi ne pas s'en servir?...

« Si nous voulons foire œuvre sérieuse, nous devons oublier les doctrines de 1830 et mettre de côté nos beaux rêves de liberté. » (T. XXI, p. 120.)

Toujours même langage : le but c'est la revision des articles 17 et 20 de la Constitution qui consacrent la liberté d'enseignement

et la liberté d>8soeiatioii ; le moyen, o^est la force, la violence; le prétexte, c'est le saint pnblic.

M. OliB. — * Usée la réponse.

M. ^BMlbm. — Je sais que llionorable M. Olin a lût nne réponse h M. Pergameni dans la même revue. Croyei-voos que nous prétendions quil n*; a que des Laurent» des Gérard et des Pergameni h gauche? Quand vous dtea les articles de nos journaux, prétendei^vous quMls forment tonte la droite? Vous dites que les articles des journaux catholiques qui boudent la Constitution, qui la dénigrent, offrent du danger; nous vous disons: Le danger est bien autre de votre oAté. La Constitution n*y est pas attaquée dans des journaux anonymes où écrivent les premiers venus; elle Test par des hommes considérables et nombreux.

^interromps un moment la liste des écrivains de la Re^ue de Belgique pour rapprocher du nom de M. Pergameni celui de M. Adolphe Prins, aujourd'hui professeur à luniversité de Bruxelles ; ces noms sont associés sur le titre de divers ouvrages fdts en collaboration par ces deux émules, il est juste que je juxtapose l'article de M. Pergameni et une brochure publiée en 4874 par M. Prins sous ce titre: Da Droiti de iwvermHHé de F^t sur l'EgHse en Belgique.

Les deux écrivains sont d'accord pour établir la suprématie de l'Btat sur FEglise, mais, tandis que M. Pergameni croît devoir réviser la Constitution, M. Prins se contente de rétablir Vappel comme fabut qu'il juge compatible avec elle.

Que devient donc l'article 16 de la Constitution?

« L'article 16, répond M. Prins, est tout spécial, il abroge des dispositions du concordat finançais sur la nomination des prêtres et le placet, il ne touche pas aux droits de haute police de l*Etat. »

L'idée de décréter la mort politique du clergé, émise par H. Laurent, en 187K, bit son chemin.

La livraison de la Hevup de Belgique ^ du 15 février 4877, cou-

tient un article de notre collègue, M. Ad. Le Hardy de Beaulieu, dont voici la conclusion :

« Il est urgent de proclamer fermement l'incompatibilité antre les fonctions des ministres des cultes al l'ëlectorat. » (T. XXV, p. 187.)

M. Le Xardy da Baanlian. — Je l'ai dit dans la Chambre.

M. JaeolMi. — Enfin, en février et mars 1878, M. Laurent puplie, dans la Retme^ deux articles sur le livre de H. Minghetti Staio e CUe^a. Il va sans dire que M. Laurent trouve H. Minghetti beaucoup trop libéral. Bcoutons-le; jamais il n'a parlé avec plus de franchise.

« Cest très mal poser la question que de demander quels seront les rapports de l'Etat et de l'Eglise après leur séparation ; il but demander quels sont les rapports entre l'Etat et l'ennemi qui l'attaque. Cest un état de guerre qu'il s'agit de régler; et la solution est très simple. L'Etat se défend contre un ennemi dangereux qui veut le détruire: cet ennemi peut-il réclamer un droit quelconque, ou ce qu'il appelle sa liberté? Ce serait une simplicité inoufe que de fournir à Tennemi des armes pour ruiner l'Etat; or tout droit que l'on accorde k l'Eglise, toute liberté qu'on lui laisse devient dans ses mains une arme qu'elle tourne contre ceux qui ont eu l'imprudence de la lui donner. Il va sans dire qu'il ne peut plus s'agir de salarier le clergé; il vivra comme il pourra, c'est son affaire ; seulement il ne pourra recevoir ni don, ni legs, car il cessera d'être une personne civile, incapable d'acquérir, incapable de posséder quoi que ce soit. Plus de subside pour le culte, cela va sans dire : on ne subsidie pas l'ennemi. Poê de liberté d'asêoeiatian: les forces de l'ennemi se décuplent et se centuplent par l'association. Plu$ de eorporaiiùfu religieuseM: les moines sont les ennemis les plus dangereux» outre qu'ils sont une vraie lèpre. Plus (f écoles religieuses à aucun degré, rien que des écoles laïques, et l'enseignement laïque obligatoire. Enfin

des lois répressives contres les ministres du culte qui abuseraient de leur influence spirituelle pour violenter les consciences et vicier les élections.

(c Voilà ce que doit être la séparation de l*Eglise et de l*Etat si Ton veut se placer dans la réalité des choses, c'est-à-dire si Ton tient compte de la guerre que l'Eglise a déclarée à la société moderne. On criera à la tyrannie! Ces cris ne m'effrayent pas... Ce que Ton appelle tyrannie, c'est tout simplement le droit de défense; je dis plus, c'est le droit commun. (T. XXVIII, p. 135.)

Et, comme s'il craignait de n'avoir pas été assez clair, M. Laurent se répète un peu plus loin :

<c Partout où il y a une église catholique, il y a guerre entre l'Etat et l'Eglise, entre la liberté et la religion. C'est en vue de cet état de guerre qu'il faut limiter et restreindre le droit d'association. L'Etat peut aller jusqu'à défendre les congrégations religieuses en ne les permettant que moyennant une autorisation préalable. Cest le système des lois révolutionnaires, et c'est le bon quand on se trouve en foce de l'ennemi. On criera au despotisme! Ces vaines clameurs ne m'effrayent pas. » (T. XXVIII, p. 255.)

Vous voyez. Messieurs, que rien n'effraye M. Laurent, mais vous comprenez que cela effraye les catholiques.

Quelques semaines avant la publication de ces articles, le 9 décembre 1877, « une légion d'admirateurs », pour me servir de l'expression de H. le professeur Wagener, célébrait le jubilé de H. Laurent, tous partisans de la cause dont on le proclamait « la sentinelle avancée ». « C'est à t homme tout entier », disait H. Wagener, que s'adressait leur hommage ; c*est notamment au lutteur courageux qui ne cesse, même dans la presse quotidienne, de porter de terribles coups à ses adversaires, et « dont le nom devient de plus en plus populaire parmi les partisans des idées libérales ».

Je ne sais si M. le ministre de l'intérieur faisait partie de la

légion et applaudissait l'homme tout entier ; ce que je sais, c'est que» par arrêté royal du 6 octobre 1879, Thomme tout entier était nommé commandeur de Tordre de Léopold.

H. Wagener, l'orateur de la légion, a été nommé administrateur-inspecteur de l'université de Gand; à chacun sa récompense.

Oh ! si M. Malou avait accordé à H. Périn la distinction dont M. Laurent a été l'objet, quel concert de protestations n'aurionsnous pas entendu ! {Rires à droite.)

Ce que conseillent les publicistes libéraux que j'ai cités, les libéraux d'autres pays le pratiquent et beaucoup de libéraux belges l'applaudissent.

C'est encore la Revue de Belgique dont je vais en première ligne invoquer le témoignage.

ce Pourquoi ne pas l'avouer? écrivait M. De Laveleye le 15 janvier 1874, le nombre grandit de ceux qui pensent que la Constitution belge n'a pas trouvé le meilleur système de régler les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Les orangistes ont toujours soutenu qu'avec le régime adopté en 1830, le clergé finirait par l'emporter. Aujourd'hui beaucoup de libéraux croient que l'Allemagne et la Suisse nous donnent un exemple bon à suivre. » (T. XVI, p. 23.)

M. Pergameni est un de ces nombreux libéraux :

« Cette tendance à laisser de côté la liberté dans la lutte sociale se fait jour de plus en plus... L'Allemagne, la Suisse et lltalie nous ont donné l'exemple ; suivons-les si nous voulons être sauvés. » (T. XXI, p. 119.)

A côté de lui vient se placer un autre collaborateur de la Revue^ M. l'avocat Duchaine :

« La coexistence de l'Etat moderne et de l'Eglise romaine, telle que Ta faite le dernier concile, est impossible. L'une de ces institutions est la négation de l'autre. La théorie si séduisante de la séparation de l'Eglise et de l'Etat devient une utopie. ••

« CTesl oe qui a été compris en AUeiâagae ; le jour oii Rome a déployé fton nouvel étendard» tous les esprits libéraux de la nation germanique ont inscrit sur leur bannièrei non plus la séparation de l'Eglise et de l'État^ mais la soumission de KEgUse aux lois de l'Etat, ce qui est tout autre chose. » (T. XX, p. 24.)

M. Gérard, après avoir réclamé un peu de bonne volonté et une majorité vraiment libérale pour expulser les religieux sous prétexte d'ordre public, invoque à son tour les bons exemples de l'étranger : ,

«( L'Italie qui, sous ce rapport, se trouve à peu près dans les mêmes conditions que la Belgique, reconnaît la nécessité de modifier sa législation et d'interdire formellement les communautés religieuses. Cette interdiction existe déjà en Allemagne et en Suisse. La Belgique n'attendra pas sans doute que la France moderne lui donne l'exemple d'un progrès social, a (T. XXV, p. 229.)

a En Allemagne, dit M. Laurent, on appelle cette lutte CuUtirkampf; c'est plus qu'une lutte pour sauver la civilisation ; l'existence même de l'individu et de la société est en jeu. » (T. XXVIII, p. 135.)

« Aujourd'hui, dit enfin M. De Laveleye, le nombre va croissant de ceux qui pensent que la liberté absolue de l'enseignement et de l'association aura pour résultat le despotisme sans limites du clergé. » (T. XXV, p. 11.)

M. De Laveleye cite la lettre où M. Defocqz prophétise qu'on devra bien reconnaître que l'on s'est égaré en 1830, en ne subordonnant pas les cultes à l'Etat, et il y ajoute cette phrase de Y Etoile belge :

« Le nombre des libéraux de l'école de M. Defocqz ne cesse de s'accroître en Belgique. »

VEloile ne fut pas seule à constater cette multiplication des partisans d'un système que le Congrès a repoussé.

Le Prétur$eur du 7 décembre reproduit U lettre de M. Deféoqz et ajoute :

« Quand on considère ce qui se passe aujoUrd*hui , ces lignes ont un caractère véritablement prophétique. »

La Flandre libérale du 8 décembre acte l'aveu de PEtaUe en ces termes:

« Hier encore» tEMle constatait que» gr&ce aux excès des ultramontains, le nombre des libéraux de Técole de M. Defiacqz ne cesse de s'accroître en Belgique. »

U y a même des libéraux aux vastes appétits qui ne se conten* tent pas de si peu.

VOpinim du 3 décembre 1879 contient ces lignes :

« Nous voudrions, pour notre part, la revision de la Constitua tion» Fabolition du Sénat, Fabolition de l'inamovibilité des juges, le principe de l'élection appliqué à la magistrature» la suppression complète des ordres monastiques» la soumission obligatoire du prôtre k l'autorité civile» l'abolition de tous les privilèges accordés au clergé, etc. »

Oh ! droits de l'homme ! Oh! droits naturels» respectables partout et toujours» qu'étes-vous devenus?

Voilà des gens à convertir.

rengage le gouvernement à faire la police de ses amis plutôt que celle de nos journaux ; si grande que soit son activitét elle y trouvera son emploi.

On se demande comment on ose parler des journaux catholiques quand on traîne après soi un pareil bagage. (Très bknl à draUe.)

Avouez, messieurs» que le parti libéral a une large part de responsabilité dans les intempérances de langage d'une fraction de la presse catholique et qu'on chercherait en vain» dans les feuilles qu'on nous oppose» ces provocations directes aux mesures de violence..

Au triple point de vue que j'ai indiqué» le parti libéral a largement contribué à créer une situation qu'il dénonce plus bruyamment que nous, qu'il regrette moins vivement que nous. En s'efforçant sans cesse de placer les catholiques dans l'alternative de rompre avec la Constitution ou avec le Saint-Siège, en absorbant à son profit toutes les influences de l'Etat,. en applaudissant aux atteintes portées dans la pratique aux libertés dont, en théorie, il fait des principes, en discutant à tout propos la revision des articles de la Constitution qui protègent nos droits les plus chers, il a diminué la confiance des catholiques dans notre pacte fondamental, il a amené quelques-uns d'entre eux à discuter à leur tour ce qu'il faudrait mettre à sa place, le jour où il serait dénoncé par les libéraux.

Ceux qui président aujourd'hui aux destinées de l'opinion libérale s'efforcent de réparer une partie de ses Sautes; je m*en félicite hautement. Le Saint-Père s'associe à cette œuvre de pacification; par des déclarations répétées, il Sait appel à tous les catholiques ; il enjoint à ceux qui ont attaqué la Constitution de cesser leurs attaques ; il demande à tous de s'unir pour la maintenir et la défendre.

Cet appel sera entendu, et je me plais à croire que dorénavant ces procès de tendance, ces accusations blessantes et iojustes nous seront épargnés ; il reste assez de terrains où nous sommes divisés pour que sur celui-là nous soyons unis.

Je termine en formulant le vœu qu'il se trouve, sinon un Pape libéral aussi écouté des siens que Léon XIll le sera des catholiques, au moins des hommes ayant assez d'autorité pour persuader à MH. Laurent, De Laveleye, Gérard, Pergameni, Van der Kindere et à la légion qui les suit, que le plus grand service qu'ils puissent rendre à leur pays, c'est de s'abstenir désormais d'y jeter ces brandons de discorde. Que dans le domaine spéculatif de la théorie ils émettent les idées qu'il leur plaira, qu'ils soient

partisans des droits de rhomme ou de la suprématie de TEtat sur TEglise, peu nous importe ! ils sont libres ; il nous suffit que, dans le domaine pratique des faits, ils cessent de provoquer la revision des libertés constitutionnelles qui nous sont les plus chères ; qu'ils cessent d'avoir pour cri de guerre : La liberté des catholiques, voilà Fennemi ! {Applaudissements à droite.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Messieurs, nous venons d'entendre la fin d'un discours en deux actes et un grand nombre de tableaux.

Toutes les parties de ce discours ne sont pas intimement liées entre elles, et la seconde n'est pas la conclusion logique de la première. Je puis commencer Texamen de son discours en le prenant par la fin.

L'honorable M. Jacobs, dans la séance de ce jour, a essayé de justifier quelques propositions qu'il avait énoncées dans votre dernière séance.

Frappé du discrédit, dans lequel son parti est tombé, à la suite de ce qu'il a nommé, par une sorte d'euphémisme, les excès de langage de la presse catholique, il s'est attaché à rechercher qui pouvait bien être responsable de cette situation. C'est un peu nous, a dit d'abord l'honorable membre; nous avons quelques reproches à nous faire, car nous avons peut-être trop multiplié nos protestations d'attachement à la Constitution. Ces déclarations d'amour ont irrité quelques-uns de nos amis ! Singulière atténuation, on en conviendra! Mais les vrais, les grands coupables sont connus depuis longtemps : c'est Voltaire ! c'est Rousseau ! c'est la faute à Voltaire ! c'est la faute à Rousseau ! c'est la faute aux libéraux si les catholiques ont pris en Belgique l'attitude que nous leur connaissons !

Nous n'avons rien négligé, vient de nous dire Thonorable membre, pour rejeter les catholiques hors du giron constitutionnel;

Nous les avons mis dans l'alternative d'opter entre leur foi et nos n 15

insiitutions ! Nous n'avons pas voulu admettre complaisamment la thèse et Thypothèse! Et llionorable membre a bit à ce sujet une longue série de citations, commencée déjà dans votre dernière séance et qui s'est poursuivie aujourd'hui pendant presque toute la durée de son discours.

D'après l'honorable M. Jacobs, j*ai soutenu dans cette enceinte, en 18S6, qu'on ne pouvait aimer et respecter ce qu on était obligé de détester; j'ai trouvé que cette morale n'était pas acceptable. J'ai encore persévéré dans cette opinion en 1878; mais à ces deux époques j'étais dans l'opposition ! Au pouvoir, j'ai tenu un langage différent; j*ai semblé admettre en 1864, lorsque j*ai applaudi aux efforts que faisait le Cardinal Archevêque de Malines pour maintenir les catholiques dans la voie du respect de nos institutions, j'ai semblé admettre alors qu'on pouvait exécrer les principes de la Constitution tout en se proclamant les plus fermes champions de ces principes. En 1879, toujours au pouvoir, je renonce encore à mon appréciation première.

L'honorable membre se trompe : mon appréciation est restée la même; je n'admets pas, ma morale n'admet pas que l'on puisse déclarer détestables et funestes des principes qu'on prétend d'autre part aimer et respecter. Je ne l'admets pas. Si vous trouvez bon de vous déclarer les défenseurs de la Constitution, faitesle; je n'ai pas à scruter les mobiles qui vous guident, je ne vous répudie pas quand vous vous proclamez les défenseurs de nos libertés ; défendez-les pour quelque motif que ce soit, mais n'exigez pas de moi que je trouve conforme à la morale de déclarer détestables et funestes des principes que Ton s'engage à suivre et à maintenir dans la société.

Tous ces discours que l'on a cités, ceux que j ai prononcés, ceux qu'a prononcés mon honorable ami M. Bara et où il a exposé que les droits consacrés par la Constitution sont des droits natu-

rels, tous ces discours ont considérablement contribué à soulever l'indignation de la presse ultramontaine !

Et voilà ce qui explique la situation, voilà ce qui justifie» dans une large mesure, ce débordement de violences, d'injures et d'outrages adressés à la Constitution. N'est-ce pas assez puéril ?

En admettant, d'ailleurs, suivant le raisonnement de Thonorable membre, que les catholiques se trouvaient mis ainsi dans la nécessité d'opter entre leur foi et nos institutions, quel grief peut-on en faire aux libéraux? Ou les catholiques reconnaissaient cette incompatibilité, ou ils la rejetaient.

S'ils la reconnaissaient, ils se plaçaient volontairement en dehors du giron constitutionnel; s'ils la niaient, au contraire, que pouvaient à cela les libéraux et en quoi étaient-ils compromettants?

La deuxième faute reprochée au parti libéral a été de dire sans cesse : l'égalité n'existera pas entre nous ; le Gouvernement est notre domaine ; le pouvoir doit être mis à notre service, confisqué, exploité au profit de nos idées. Et pour justifier cette assertion véritablement bien étrange, on vient de citer l'opinion de M. Devaux qui, en i840, écrivait dans la Reime nationale que les catholiques devaient se résigner au rôle de minorité.

Est-ce que H. Devaux contestait, par hasard, le droit des catholiques d'être majorité s'ils le pouvaient? Il appréciait la situation politique du pays et vous disait à vous, catholiques: Au point oh les choses en sont arrivées, après les conquêtes que vous avez faites, avec les droits dont vous jouissez dans le pays, avec la situation dans laquelle vous a mis la Constitution, vous n'avez plus rien à prétendre, rien à conquérir; défendez-vous, résignezvous à être minorité. Cette appréciation pouvait être discutée ; elle était contestable; seulement, en quoi pouvait-elle autoriser l'at* titude qu'ont prise les catholiques et que nous apprécierons tantôt?

Il ne dépend de personne, il ne dépend d'aucun parti de dire:

Le Gouvernement est à nous; le pouvoir est à nous; c*est le corps électoral qui prononce; c*est lui qui nous a donné alternativement le pouvoir. Le sentiment exprimé par l'honorable M. Devaux résulte d'une appréciation de la situation politique du pays, juste ou erronée, peu importe en ce moment, mais qui ne signifie pas le moins du monde que l'on érige en quelque sorte en principe constitutionnel que les catholiques doivent rester en état de minorité.

Mais vous avez soutenu au sujet de la charité, dit l'honorable M. Jacobs, que la bienfaisance publique devait être sous la direction exclusive du pouvoir civil ; vous avez soutenu la même thèse au sujet des écoles. Mais en quoi ces propositions, qui sont l'évidence même, en quoi l'application qui en a été feite, portent-elles atteinte aux droits des catholiques? Est-ce qu'il est dit quelque part que les catholiques ne peuvent pas s'occuper de bien&isance ou diriger des écoles? La Constitution leur garantit la liberté; ils l'ont complète, absolue; ils en usent et en abusent; et assurément le parti libéral, en soutenant que la bienfaisance publique doit être administrée par les autorités publiques, que les écoles publiques doivent être dirigées par l'autorité laïque, ne porte pas la moindre atteinte aux droits des catholiques.

Enfin, le troisième point, c'est que, depuis quelques années, le parti libéral a accru les défiances des catholiques en applaudissant à toutes les persécutions dirigées contre leurs coreligionnaires à l'étranger et en annonçant, par la voie de la presse, par des écrits, par des discours, l'intention de reviser la Constitution.

L'honorable M. Jacobs énumère ici une série de citations. C'est un écrivain, l'honorable M.DeLaveleye, qui a émis son opinion sur la dissolution du royaume des Pays-Bas ; c'est mon honorable ami et collègue, M. le Ministre de l'Intérieur, qui a aussi exprimé son avis sur le même sujet. Et c'est là un des motifs qui ont mis les catholiques en défiance !

De ce que ces écrivains ont énoncé Fidée qu'il eût été préférable de maintenir une conception du congrès de Vienne, qui avait assurément de grands mérites, qu'il m'est permis de trouver belle, sans que j'aie à apprécier aujourd'hui les causes qui en ont amené la dissolution : je cherche en vain en quoi de telles appréciations pouvaient blesser les catholiques, ou leur inspirer des craintes !

Je ne reprendrai pas une à une toutes les citations qu'a faites l'honorable M. Jacobs. Il a fait appel à M. Laurent, à M. Gérard, à M. Defacqz, à M. Goblet, à la Flandre libérale, à la Revue de Belgique; il a extrait de leurs écrits certaines lignes, certaines opinions, qui peuvent être discutées, controversées, désapprouvées et dont plusieurs assurément sont désavouées par nous, vous le savez.

Mais qu'est-ce que tout cela peut faire à la question qui nous occupe? Quel intérêt cela a-t-il dans le débat? Avons-nous à discuter ici les opinions qui ont été émises? Ne savons-nous pas que le monde est livré aux disputes des hommes? Ce sont des opinions individuelles. Elles ont la valeur que peuvent avoir les personnages qui les émettent, mais elles n'ont d'autre force, d'autre puissance que celle d'une opinion !

Il faut que l'on comprenne bien quelle est véritablement la situation et ce que valent les appréciations en cette matière.

Tai dit quelque part, dans ma correspondance, qu'en Belgique il n'y avait pas de délits d'opinion ; que l'hérésie, qu'elle soit politique ou religieuse, ne constitue pas un crime. Il n'y a en soi rien de délictueux, rien de condamnable, au point de vue pénal, dans l'expression d'un sentiment quelconque sur la Constitution, sur l'application de cette Constitution, sur le désir de la voir réformer. Absolument rien de tout cela ne peut être condamné ! M. Périn a le droit d'émettre les opinions qu'il a exprimées ; M. Laurent a le droit d'émettre les opinions qu'il a exprimées.

Quand on signale l'importance ou le danger de ces opinions, o*est à raison du nombre de leurs adhérents, et, par suite, c'est à raison de leur influence politique et sociale qu'elles peuvent avoir. Et lorsque nous disions : II y a un grand danger* un véritable péril à voir se propager les attaques dirigées contre la Constitution, contre les libertés qu'elle consacre, c'est que ces attaques, qui viennent de M. Périn ou de la presse ultramontaine, ont une origine beaucoup plus haute, et que, étant partagées et propagées

par le clergé belge, on cherche à les imposer aux fidèles comme des articles de foi. Que signifie, au contraire, l'opinion d'un écrivain ou d'un orateur, toujours contredit, et qui ne compte que peu ou point d'adhérents? Ne vous mettez pas en peine de démontrer que ce que tel ou tel écrivain peut dire contre la Constitution, à certain point de vue, M. Périn le peut faire à un point de vue opposé. Le droit n'est pas mis en question. Il n'est contesté en aucune façon. Ce que l'on redoute, c'est le péril résultant de l'influence dont jouissent ceux qui prdchent ou qui enseignent certaines doctrines.

Je rendrai ma pensée plus sensible. Je suppose qu'on signale des opinions républicaines en Belgique, qu'on cite des écrits émanant de républicains, des discours prononcés par eux.

Qui s'en occupera? Quelle valeur cela aura4-il? Qui, dans le pays, se dira : II j a là un danger? Si on s'occupe de ces écrits ou de ces discours, ce sera pour les réfuter.

Mais supposons, par une hypothèse impossible, supposons que l'Eglise catholique déclare que la république est préférable à la monarchie, qu'elle fasse un devoir à ses fidèles de poursuivre la réalisation de cette forme de gouvernement, que le clergé dans le pays propage aussi des idées républicaines? Est-ce que cette situation sera la même que celle qu'aurait créée l'attitude de quelques individualités?

C'est là toute la question, elle n'est pas ailleurs. Vos nom-

breuses citations ne signifient absolument rien. Je dirai même qu'il est peu sérieux de les apporter ici, pour nous prouver que tel écrivain a telle opinion sur la Constitution ou que tel autre en demande la revision.

Tont cela est absolument insignifiant et sans aucune valeur.

Mais ce qui est plus important, ce qui change tout à fait la situation, c'est de voir l'Eglise catholique ériger en dogme la répudiation des libertés publiques.

Là est le péril, vous le savez bien! vous le sentez bien!

L'honorable membre, après avoir annoncé qu'il démontrerait que les libéraux belges approuvaient les persécutions exercées & l'étranger contre les catholiques, n'a pas trop cherché à justifier cette assertion. Il ne pouvait le faire, d'ailleurs, et j'ai le droit de lui dire que le parti libéral .défend ici et défendra partout les mêmes principes de liberté.

Mais le parti libéral belge ne commettra pas la faute de s'ingérer dans les affaires des Gouvernements étrangers et de soutenir que, dans les autres pays, les lois, basées sur un ensemble d'institutions différentes des nôtres, doivent être nécessairement mises en harmonie avec nos propres lois.

Il se gardera bien de faire ce que les vôtres ont fait, de compromettre la Belgique en s'immisçant dans la politique intérieure des autres nations. Vous n'avez pas oublié qu'un Evéque belge, que vous avez dû désavouer, sur notre proposition, il est vrai, à qui vous avez été obligés d'infliger un blâme énergique; vous n'avez pas oublié qu'un Evéque belge a exposé le pays à des complications extérieures en attaquant les chefs des puissances amies et en dénonçant les Dioclétiens qui faisaient subir des persécutions aux catholiques. {Sensation.)

J'en ai dit assez, je crois, sur des questions qui sont parfaitement étrangères à l'objet en discussion. Nous, devrions nous occuper de l'échange de vues, et je crains de n'en avoir pas fini

pourtant avec les hors-d'œuvre qui ont été introduits dans ces débats. Mais avant de les aborder, je dois faire justice d*one expression qui n'aurait pas dû trouver place ici. L'honorable M. Jacobs, qui nous avait accoutumés à plus d*atticisme, a pro* nonce un mot malheureux, qu'il a puisé du reste dans la presse cléricale et qu il a eu le tort d'apporter dans cette Cliambre.

Ce mot, inventé dans les mauvais lieux et que l'Académie française, par une sorte de pudeur, n'a pas encore admis, sert à nommer dans un certain argot, il faut bien le dire, l'acte le plus ignoble, le procédé le plus immonde qui se puisse imaginer : c'est le chantage. (Mouvement.)

L'honorable M. Jacobs a trouvé convenable d'appliquer ce mot à des actes du Gouvernement dans ses rapports avec la Papauté, et je ne sais si roffense n'est pas plus grande encore pour la Papauté que pour le Gouvernement.

La presse qui a mis ce mot en avant a dit que le Gouvernement a fait du chantage vis-à-vis de Léon XIII, en exploitant le désir que pouvait avoir le Pape de conserver une légation belge auprès du Vatican.

Le Gouvernement aurait fait chanter le Pape ! Le Pape aurait fait les déclarations que Ton connaît et qui ont si fort irrité dans certaines régions, qu'elles y ont donné lieu à cette expression : le chantage ; le Pape aurait fait ces déclarations lâchement, je dois le dire, pour conserver un envoyé belge auprès de lui ! Le Pape se serait déshonoré en infligeant un blâme aux Evèques, pour conserver une légation belge auprès du Vatican !

Et l'honorable M. Jacobs, reprenant ce mot, nous dit : Ne continuez pas ce chantage, il ne vous réussirait pas; on ne tient pas tant que cela à avoir une légation belge auprès du Vatican.

M. Jacobs. — Je n'ai pas dit cela; je n'ai pas dit qu'il y eût eu du chantage. J'ai dit, en répondant à M. Mallar, qu'il ne faudrait pas en faire.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Précisément ; c'est ce que je constate, c*est ce que je blàme énergiqueroent. Vous avez ainsi parlé après votre presse qui a dénoncé le chantage. Je signale la valeur de ce mot, et vous voyez qu*il a frappé au delà de nous, plus haut que nous. S'il y avait eu chantage, il aurait fallu qu'on cédât au chantage ; celui qui y aurait cédé, celui qu'on aurait fait chanter, c'est le Pape Léon XIII.

M. Jacobs. — Je n'ai appliqué ce mot à rien de ce qui a été fait. {Bruit à gauche.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vous l'avez appliqué à la conservation d'une légation belge auprès du Vatican.

M. Jacobs. — Vous vous trompez.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Après le langage de votre presse dont vous avez repris l'expression, vous avez dit qu'il ne fallait pas faire de chantage, parce qu'on ne tenait pas tant que cela à conserver une légation belge auprès du Vatican.

M. Jaoobs. — Tai parlé du futur. {AUons donc! à gauche.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vous feriez mieux de retirer cette expression. {Bruit à droite.)

Messieurs, ce mot malheureux était le prélude des leçons que l'honorable membre devait adresser h tout le monde : à ses adversaires, cela va de soi ; aux journaux qui défendent sa politique; à M. Périn qui la contrarie; aux Evéques par voie de prétention, et au Pape lui-même sous forme de sous-entendu. Chacun a reçu sa leçon dans le discours de l'honorable membre.

Tavais signalé. Messieurs, les caractères généraux des attaques dirigées contre nos institutions par la presse ultramontaine. J'avais fait la part légitime qui était due, selon moi, en bonne justice aux catholiques constitutionnels. L'honorable préopinant s'est cru obligé de compiler, de colliger toutes les déclarations

qui ont été feites en ftiveur de nos institutions par des catholiques, à un jour quelconque depuis 1830, non pour en conclure que les catholiques constitutionnels ne les ont jamais attaquées en Beljfique, mais pour en induire que les attaques des ultramondains ne signifient absolument rien, sont absolument sans valeur. Qu*oppose-t-on, dit-il, à cet ensemble de déclarations? — toutes celles qu'il a citées ; il y en a deux colonnes des Annales parlementaires. — On y oppose, dit-il, ce la presse, M. Périn, les brefs de Pie IX. »

L*honorable membre &it bon marché de la presse, quoique cette presse se déclare soumise aux Evéques, prête à se taire ou à parler, selon qu'ils l'exigeront. ^

Il feit bon marché des brefs du Pape adressés à ces journaux, aux plus violents surtout. Il fttit bon marché des déclarations feites publiquement par des Evéques, que certains de ces journaux sont fondés par eux ou avec leur appui, en opposition au Journal de Bruxelles, et cela pour le seul motif que ce dernier, et bien timidement à cette époque, s'était déclaré favorable à la Constitution.

D'après M. Jacobs, ce ne sont Ih que des bachi-bouzouks ; l'honorable membre s'était déjà servi de ce mot autrefois ; il Ta répété maintenant sous une autre forme.

« Les troupes irrégulières, dit-il, peuvent commettre quelques excès sans que les troupes régulières en soient responsables. » Il se fait général en chef des troupes régulières. Quant aux troupes irrégulières qui se trouvent sous la direction des Evoques, il les désavoue. Il ne nomme pas les Evéques, naturellement; mais leurs déclarations sont là; la fondation de leurs

journaux en opposition avec le Journal de Bruxelles est un Mi bien connu. Voilà donc la leçon faite aux Evéques par voie de prétention.

Et que font. Messieurs, les troupes irrégulières? M. Jacobs ne

le méconnatt pas : « On aurait pu faire une collection d'articles regrettables pris dans les journaux qu*il qualifie de la sorte ; ces articles prouveraient peu de chose, dit-il; le voile de tanonyme est comme un masque, un abri derrière lequel on dit des choses qu'on ne diraU pas à visage découvert. »

Et voilà le certificat d'honneur délivré à ces troupes irrégulières, à ceux qui se proclament les véritables défenseurs de la

religion et de la morale ! La leçon est sanglante. On a dit dans cette presse, sous le voile de l'anonyme, sous le masque, ce qu'on ne dirait pas h visage découvert. Eh bien, je trouve l'honorable membre extrêmement injuste pour ses amis, qui ont pourtant la bonté de le défendre et de l'exalter. On ne peut pas les accuser de mettre un masque et de ne pas dire à visage découvert ce qu'ils ont dit dans leurs journaux, en ce qui concerne au moins leur appréciation de la Constitution.

Ceux qui écrivent dans la presse ultramontaine sont aussi des discoureurs; on les retrouve dans les cercles catholiques, ils y tiennent le môme langage; ils se servent des mômes expressions» ils y sont aussi violents que dans leur polémique journalière...

M. Bara, Ministre de la Justice. — Et on leur offre des banquets.

IC. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — ... Et les catholiques constitutionnels les félicitent hautement de leur courage, de leur dévouement, de leur persévérance et de leur talent. Mais comme on ne trouve apparemment aucun moyen de les défendre ici, de justifier l'attitude qu'ils ont prise, on agit à l'égard de la presse comme à l'égard de M. Périn; on jette les éorivains par-dessus bord. M. Périn avait déjà été exécuté par un des amis de l'honorable M. Jacobs. L'honorable M. Jaoobs le rejette à son tour de la manière la plus formelle.

M. Périn devait aussi recevoir sa leçon. M. Périn n'est qu'une

individualité. C'est, comme l'a dit l'honorable M. Thooissen, ao 72"^ de rUniversité de Louvain, ni plus ni moins. M. Périn a beau invoquer les brefs qui lui ont été adressés par Pie IX directemeni ; il a beau invoquer le patronage de M. le Gardinal-Archevéqoe de Malines, qui peut l'apprécier de près» cela est absolument indifférent aux yeux de l'honorable M. Jacobs, et voici l'admonestation qu'il lui envoie : a J'admets qu'un professeur comme M. Périn ferait mieux de se renfermer dans la gravité de son rôle et de s'abstenir d'adresser aux journaux des communiqués destinés à alimenter les polémiques; j'admets qu'il se conformerait davantage aux désirs de Léon XIII en scrutant moins l'avenir; j'admets qu'il pourrait parfois, dans ses communiqués, se servir de termes plus heureux ; mais, à ces réserves près, je ne trouve rien à reprendre à ce qui a tant indigné M. Frère-Orban. »

D'abord, Messieurs, je n'ai pas été tant indigné ; je ne Tai pas même été du tout. J'ai simplement constaté le fait qu'après la déclaration du Pape Léon XIII, M. Périn a manifesté l'intention de continuer d'enseigner à l'Université de Louvain ce qu'il y a enseigné jusqu'ici : les mêmes doctrines, les mêmes diatribes contre la Constitution.

Mais, en présence de la manière de raisonner des honorables MM. Thonissen et Jacobs, je me demande ce que devient lUniversité de Louvain, ce que devient l'unité de l'enseignement catholique. Gomment ! on veut exiger l'intervention du clei^ dans les écoles publiques pour s'assurer que l'enseignement y sera orthodoxe, qu'il sera conforme aux doctrines de l'Eglise ; on veut que cet enseignement soit donc soumis aux prescriptions ecclésiastiques, et voici qu'à l'Université de Louvain, où les évêques sont les maîtres, chaque professeur devient libre d'enseigner comme bon lui semble, que chacun émet simplement ses opinions personnelles, que chacun enfin n'est que le TS""^ du corps professoral !

M. Thonissen. — Tai dit : dans les régions de la science.

M. Delcour. — Dans les matières de libre discussion.

M. Frère-Orhan, Ministre des Affaires étrangères. — Comme le Syllabus^ par exemple. {Rires à gauche.) C'est précisément le cas.

C'est ainsi. Messieurs» que l'honorable M. Jacobs écarte tous les obstacles qu'il rencontre. Nous avons vu ce qu'il a fait de la presse. Nous venons de voir ce qu'il a fait de M. Périn. Nous allons voir maintenant ce qu'il fait des brefs de Pie IX.

Les brefs de Pie IX ! Mais nous ne les comprenons absolument pas. Pie IX était un Pape neutre. {HUarité à gauche,) Le mot y est. Pie IX était un Pape neutre; il ne se prononçait pas sur les questions ardues et qui divisaient, paratt-il, les catholiques de Belgique.

Il a condamné les catholiques-libéraux ! Mais les catholiqueslibéraux ne sont pas sur les bancs de la droite ; c'est sur les bancs de la gauche qu'ils siègent; les catholiques-libéraux sont dans nos rangs ! C'est à ceux-là que s'est adressé Pie IX !

L'honorable M. Jacobs n'a pas ici le mérite de l'invention ; elle appartient tout entière au Journal de Bruxelles.

Mal défendu dans cette enceinte ; battu et persiflé par ses amis de la presse catholique, le Journal de Bruxelles a cru que, devenu vainqueur par suite des déclarations de Léon XIII, il pouvait montrer de la grandeur d'âme : il a expliqué alors que la paix avait toujours régné parmi les cléricaux, qu'il ne prenait pas pour lui les attaques dirigées contre les catholiques-libéraux, qu'il savait où ceux-ci se trouvaient et contre qui ces attaques étaient dirigées. On s'est moqué de cette grandeur d'&me ; on n'a pas voulu l'accueillir. Et l'honorable M. Jacobs a pu penser que nous pousserions la complaisance au point d'admettre que les brefs de Pie IX ne sont pas adressés aux libéraux-catholiques de l'école de Montalembert, mais aux libéraux-catholiques qui peuvent se trouver dans nos rangs !

Tant d'habiletë, tant de tours de force, à quoi teodent-ils?

Ils ne signifient rien ou ils signifient que l'on n'a jamais compté chez nous de plus ardents défenseurs des libertés publiques que les catholiques ; que ceux qui les attaquent ou les ont attaqués ne comptaient presque pour rien dans le pays, qu*il ne valait pas la peine de s'en préoccuper et partant — c'est ici la leçon sous forme de prétention adressée à Léon XIII, — que le Pape a eu par&itement tort de foire des déclarations à ce sujet. Elles étaient inutiles; il devait consulter l'honorable M. Jacobs; il aurait démontré qu'il n'était pas besoin d'imposer silence aux attaques dirigées en Belgique par les catholiques contre la Constitution. C'est vraiment bien ingénieux et d'une vérité qui doit plaire à ceux qui sont engagés dans nos luttes !

Tout le monde n'est pas pourtant du même avis. Léon XIII a eu un précurseur, c'est l'honorable M. Thonissen. Grand honneur pour l'Université de Louvain ! Sous Pie IX, elle avait une sorte de vice-Pape en la personne de M. Périn; sous Léon XIII, elle montrera M. Thonissen comme un précurseur. M. Thonissen n'a pas inspiré Léon XIII; du moins, Thonorable membre s'en défend modestement; mais le Pape et Thonorable membre se sont parfaitement rencontrés non seulement dans l'idée, mais jusque dans l'expression. Or, j*aime mieux cette fois avoir à consulter rhonorable M. Thonissen que l'honorable H..Jacobs, et nous allons voir s'il s'est aussi imaginé, lui, qu'il n'y avait pas en Belgique un parti puissant et dangereux qui attaquait nos institutions nationales.

Voici ce que dit à cet égard l'honorable M. Thonissen : « On a vu s\xrgir dans les rangs des catholiques toute une phalange depubU^ cistes, qui prétendaient quU existe une incan^atibilité radicale entre la Constitution belge et le catholicisme, entre la religion du pays d son organisation politique. On ne se plaçait pas, il est vrai, dans une position révolutionnaire, puisqu'on déclarait qu'on attendait

. les réformes futures du libre assentiment de la nation ; mais, en attendant, on alarmait le pays, on troublait les consciences, on divisait les esprits, on revendiquait pour soi le monopole de toutes les libertés, on attaquait sans pitié les hommes prudents et désintéressés, qui soutenaient qu il n'y avait rien, absolument rien d'incompatible entre leur conscienôe de catholiques et leurs devoirs de citoyens, entre leur foi religieuse et leurs aspirations de Belges, profondément dévoués au pays et à ses libres institutions. On flétrissait notre organisation politique tout entière comme un dangereux produit des passions révolutionnaires du monde moderne. L'attachement à l'œuvre du Congrès de 1830 était devenu, pour certains publicistes exaltés, l'équivalent d'une apostasie formelle. »

Voilà ce que vient de nous dire un catholique, un homme qui est un témoin vivant, un écrivain qui n'a pas encore disparu aujourd'hui et qui siégé à vos côtés. Or, avons-nous parlé dans d'autres termes? Avons-nous montré autrement la nécessité impérieuse de défendre nos institutions? Et lorsque nous avons dit qu'il fallait faire pénétrer, dans l'enseignement public à tous ses degrés, la nécessité de défendre nos libertés publiques, nos institutions nationales, n'étions-nous pas en face d'un véritable danger, que vous cherchez en vain à dissimuler et que l'honorable H. Thonissen avoue et dénonce également aujourd'hui?

Et l'honorable M. Thonissen a exprimé le soulagement qu'il éprouvait depuis que les déclarations que nous avons apportées ont été Eûtes. « Je parlerai, a- t-il dit, au nom de milliers de catholiques belges, qui ont pensé, parlé, agi et, permettez-moi d'ajouter, qui ont souffert comme moi. »

Nous avons eu aussi notre leçon : c'était justice.

Je me suis contredit dans mes dépêches.

Je demanderai d'abord à la Chambre quelle importance de pareilles choses peuvent avoir dans la discussion. Les relever,

c*est se donner le simple plaisir de corriger pour monti'er rétonnante perspicacité dont on est doué. Vous allez en juger.

Dans ma dépêche du 12 novembre 4878, j'ai constaté que les attaques contre nos institutions avaient pris un grand caractère de gravité depuis 1870. J*ai constaté qu'antérieurement nos principes constitutionnels avaient été repoussés par certains catholiques, mais défendus par d'autres; que toutefois» depuis 1870, on avait annoncé résolument l'intention de transformer la théorie sociale en une règle de conduite des fidèles non seulement dans la vie privée, mais dans la vie publique où il fallait en préparer la réalisation.

Est-ce qu'en signalant cette situation j'étais dans le vrai? Incontestablement.

Âi-je besoin de rappeler la grande manifestation des cercles catholiques qui eut lieu à Gand le 24 avril 1874?

On comptait dans cette réunion 44 membres des Chambres belges. Plusieurs d'entre eux ont pris la parole et tous ont été contraints d'adhérer à une adresse dans laquelle on prenait l'engagement de faire prévaloir dans la vie politique les doctrines politiques du Syltabus.

ce Nous voulons servir, disait-on, avec un dévouement absolu,

DANS LA VIE PUBLIQCE COMME DANS LA VIE PRIVÉE, tOUtCS ICS vérités qUC

ces enseignements proclament, et nous réprouvons sans réserve toutes les erreurs qu'ils dénoncent. »

Voilà où on entraînait le parti catholique et même le parti catholique constitutionnel à la face du pays ! Les promoteurs de ces réunions et de ces adresses y imprimaient un caractère qui ne laissait place à aucune équivoque. Ce sont ceux-là mêmes qui combattaient avec le plus d'ardeur dans la presse qu'on essaye de désavouer aujourd'hui. Je ne dis pas que les constitutionnels n'étaient pas victimes de quelque ruse; mais ils étaient réduits à ce point de n'oser plus même protester; on les enrôlait en quelque

sorte malgré eux, et ils étaient réputés avec tous les autres avoir pris rengagement solennel de défendre, dans la vie publique comme dans la vie privée, les condamnations prononcées contre nos libertés.

Le 15 janvier 1879, me plaçant à un point de vue entièrement différent, je montrais Topposition catholique qui se présentait sur le terrain électoral comme parfaitement unie, comme un corps compacte sous la direction des évéques, comme ayant une seule pensée, une seule idée à faire prévaloir, obligée, le jour où elle arrivait au pouvoir, de répudier elle-même les exigences épiscopales.

N'étais-je pas encore dans le vrai? A-t-on oublié la lettre des évêques adressée au cabinet précédent pour lui &ire sommation de commencer à réaliser enfin les espérances de la politique épiscopale? Encore une fois, n'étais-je pas dans la vérité?

Est-il sérieux de chercher entre ces deux situations que je signalais à des époques différentes, me plaçant à des points de vue différents, une contradiction en s*amusant simplement à épiloguer sur des mots?

Mais mes fautes ne s'arrêtent pas là !

J'ai mal &it les citations qui se trouvent dans ma correspondance. Le pays sera sans doute bien satisfait de le savoir. Remarquez que l'on ne conteste pas la pensée que ces citations ont pour but de faire apprécier, mais il faut apprendre au public que j'ai été mal servi par ceux que j'ai chargés de réunir ces citations ! Elles ont été prises dans la Meuse; c'est une abomination! Elles n'ont pas été prises aux vraies sources, dans le Bien public, dans la Gazette de Liége^ dans VÈtudiant catholique^ c'est un crime !

Il y a évidemment un très grand intérêt à signaler au monde...

M. Goomans. — Ce n'est pas un crime, c'est une maladresse.

M. Bara, Ministre de la Justice, -r Nous allons voir cela.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vraiu. 16

ment, la maladresse esl bien grande, prendre un journal plutôt qu'un autre pour en recueillir une citation !

La question est de savoir si la citation est bonne ou mauvaise, si elle est juste, si elle est exacte. Et si Thonorable H. Jacobs pense que nous ayons tant de difficultés à reprendre les citations dans les journaux mêmes, je mets à sa disposition une collection complète de tous les articles du Bien public, depuis 1870 jusqu i ce jour, régulièrement coupés et étiquetés, et des articles de beaucoup d'autres journaux, qui se trouvent dans mon cabinet, et où il pourra contrôler nos assertions.

Mais, Messieurs, ces citations sont parfaitement exactes. Je renvoie, comme preuve, l'honorable M. Jacobs à un article de la Meuu d'hier, qui fait justice complète de ses critiques.

J'ai invoqué YÉtudiant catholique. Il ne &ut pas invoquer un journal &it par des étudiants. Gela n'est pas sérieux, cela n'est pas digne !

Mais l'honorable M. Jacobs sait mieux que moi que YÊtudiant catholique n'est pas un journal fait par les étudiants: c'est un journal fait pour les étudiants, par des gens très experts et très habiles. Il s'agit pour eux d'entretenir ces jeunes gens dans la pensée qui domine leurs études lorsqu'ils sont à Técole. Il s'agit de leur inculquer en dehors des cours ce qu on enseigne dans les écoles catholiques : les attaques les plus directes contre nos institutions.

M. Goomaiis. — Je connais treis ou quatre étudiants qui sont rédacteurs. {HUarité.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il suffit de voir le style des articles essentiels du journal pour se convaincre qu'il n*est pas le fait de jeunes gens. Il suffit de le lire pour être persuadé qu'il est écrit par des homn^es profondément pénétrés des idées qu'ils ont l'intention de faiie prévaloir et qui sont puisées dans l'Encyclique et le Syllabus

M. Goomans. — Gela fera plaisir à ces jeunes gens. {HilarUé.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne sais pas quel plaisir cela fera à ces jeunes gens. Je ne comprends pas. J*entends bien que la droite rit de Tinterruption de l'hono* rable membre. Je n*en vois pas le mérite, interruption) Je veux feire justice de tant d'esprit. En quoi ces jeunes gens peuvent-ils se féliciter d'apprendre que les articles qu'on leur attribue ne sont pas d'eux, mais sont écrits par des gens plus habiles qu'eux, par des gens experts qui connaissent parfaitement la science qu'ils veulent inculquer?

M. Goomans — Vous avez feit l'éloge de ceux qui ont écrit ces articles.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — L'honora** ble M. Jacobs suit mes citations mot à mot; il vérifie les points et les virgules ; les mots omis ou les transpositions faites, tout cela se trouve dans son discours. Pourquoi et à quoi bon? Sans doute une pareille discussion est peu digne de la Chambre, et j'avoue que j'ai quelque honte à m'y prêter. Mais je suis obligé de rencontrer tous ces procédés pour en feire justice, car les allégâtions de l'honorable membre sont destinées à aller ailleurs ; si on les passait sous silence, eh bien , dans d'autres régions, où l'on croit avoir intérêt à porter de pareilles communications» on irait dire : « Voilà comment le Gouvernement travestit la vérité ; voilà comment il impute des crimes à des gens parfaitement innocents. »

Je ne reprendrai pas chacune des citations de Thonorable M. Jacobs ; je vais en prendre une pour montrer, à titre d'exem* pie, les procédés auquel il a recours ; voici comment il s'exprime* à propos du femeux article sur la charretée d'ordures :

« J'arrive à l'article du Bien public de novembre 1877^ celui qui parle de la charrette constitutionnelle dont le Bien public se suppose le cheval.

« Le ohar contient à la fois des droits précieux et des ordures légales et sociales.

« La comparaison pèche sans doute par la forme, mais ce ne sont pas ceux qui parlent de la lèpre des couvents» de la vermine des prêtres qui trouveront à y redire.

« Mieux eût valu s*en abstenir ; c*est votre avis, c*est le mien, mais c'est Fauteur de Tarticle qui le premier a éprouvé ce sentiment.

tt Aussitôt après les lignes reproduites par la Meuse^ le Bien public ajoutait :

« La comparaison n*est pas très noble, nous lavouons, mais « elle nous paraît fidèle... » Puis il Continuait ainsi: ce Voici une (K autre image qui rendra mieux encore notre pensée. » Le journaliste passe donc condamnation sur la forme, et, même quant au fond, c'est la seconde comparaison qui rend le mieux son idée.

« Est-il juste de citer cette infortunée charrette sans ajouter U condamnation prononcée par son. inventeur lui-même au point de vue de la forme, et sans dire qu'une autre comparaison rend mieux sa pensée? »

Vous le voyez : je suis accusé d'avoir altéré la pensée du Bien public; cela est clair, je me suis arrêté dans ma citation au bon moment; je devais aller plus loin et dire qu'il y avait une autre comparaison innocente qui rendait mieux sa pensée. Eh bien,j'ai ici l'article, non celui de la Meuse, mais celui du Bien publie luimême, un de ces nombreux articles que j'ai colligés, et voici ce que j'aurais dû ajouter : je vais tout lire et vous verrez que ce n'est pas moins condamnable ; la pensée reste la même, mais l'expression est peut-être encore moins convenable.

M. Jacobs. — Il serait bien étrange que la Meuse n'eût pas coupé dans l'article le meilleur morceau.

M. FrèreOrban, Ministre des Affaires éU'angères. — Il y a

tant de gens maladroits à vos yeux, tandis que vous-même êtes si habile et si subtil ! Nous le savons ; mais voici donc ce qui n*a pas été cité :

« La comparaison n*est pas très noble, nous Tavouons; mais elle nous paraît fidèle et exprime assez bien les sentiments, très différents de l'enthousiasme et de la fierté, que nous croyons devoir opposer à Texubérante rhétorique des rédacteurs d'adresses.

« Voici une autre image qui rendra mieux encore notre pensée :

<c Le droit chrétien nous représente une rivière claire et limpide, où les poissons vivent et se multiplient comme dans leur élément naturel; surviennent des rouisseurs qui, dans cette eau si belle et si vivifiante, font pourrir leur lin, corrompent et empestent toute la rivière et amènent ainsi la mort d'une quantité de poissons. Comment trouveriez-vous les goujons et les brochets assez mal avisés pour se féliciter de cette situation et pour se proclamer fiers de vivoter dans l'eau corrompue!... Qu'ils n'aient nulle envie d'être accrochés à une ligne ou pris dans un filet pour passer ensuite dans une casserole civilisatrice, on le comprend sans peine. Mais de là à vanter l'eau noire et infecte de la rivière, de là surtout à dénigrer la belle rivière d'autrefois , il y a un abtme que l'aveuglement et la sottise peuvent seules combler. Avons-nous besoin d'expliquer longuement notre apologue? »

Et rhonorable M. Jacobs trouve cela plus noble, plus digne, plus relevé ! Les principes constitutionnels corrompent cette eau limpide et claire du droit chrétien ; on y fait rouir du lin qui l'empeste, on y dépose toute espèce d'infections et de pourritures, c'est-à-dire les libertés publiques.

L'honorable membre veut persuader, sans citer, que cela est mieux que la charretée d*ordures; moi je mets les deux comparaisons exactement sur la même ligne. On aurait encore augmenté la valeur de la citation si on l'avait complétée en y ajoutant ce

que vous considérez comme une excuse, comme une atténuation. Vous n'irez pas porter cette excuse à Rome.

Je vais maintenant quitter toutes ces broussailles pour m*engager véritablement dans la discussion ; je vais examiner quelle est la vraie situation et m*occuper du discours prononcé par ThonorableM. Janson.

Messieurs, les circonstances dans lesquelles nous avons dû proposer la solution de la question qui occupe en ce moment la Chambre étaient assurément bien défavorables.

Les violences extraordinaires, inouïes du clergé semblaient devoir motiver, au premier abord, le rappel de l'envoyé belge auprès du Vatican, bien plutôt que son maintien. Cependant, à mesure que la réflexion s'est faite, que les documents produits par nous ont été lus et commentés, une réaction complète s'est produite au sein de l'opinion, et, chose très rare, on a vu dans des réunions publiques un grand nombre de personnes prendre la défense des actes du Gouvernement. Je les remercie, du haut de cette tribune, du concours qu'elles nous ont prêté dans cette circonstance.

La première impression avait été défavorable, on ne peut le méconnaître; l'honorable H. Janson a conservé cette première impression. Il l'a exposée à la Chambre, dans un langage, d'ailleurs plein de courtoisie, et dont la gravité répondait à la nature du sujet qui vous est soumis. Je reconnais que l'honorable membre n'a pas été injuste envers nous, tout en ayant une opinion complètement différente de la nôtt*e ; sans insister sur le principe, il a reconnu qu'une question d'opportunité pouvait, le cas échéant, en modifier l'application. Il a reconnu loyalement que la Chambre avait autorisé les actes que nous soumettons aujourd'hui à son appréciation.

Nous avons, l'honorable membre et moi, une appréciation de

tous points différente. Je crois qu'il y a de sa part erreur et pré* vention ; il n'aperçoit partout que ruse, artifice, dissimulalionî duplicité. Je conviens que la presse ultramontaine, après la publication des documents diplomatiques, a pris une attitude et a £ait, au nom des évéques , des promesses de révélations ultérieures, qui ont singulièrement favorisé le thème de l'honorable M. Janson. Mais je dois protester contre ces accusations de ruse et de duplicité dues à la presse ultramontaine et qui ont été introduites dans la discussion. Je le fais; Messieurs, non point par convenance, non point par devoir de position, je le fiiis par un sentiment de vérité et de justice.

Ruse, artifice, dissimulation, duplicité, pourquoi? C'est ce que Ton aurait dû nous laisser entrevoir. Si l'on nous disait : Voici ce qui vous a été demandé; voici ce que vous avez abandonné; voici ce qui vous a été arraché grâce à ces moyens que nous déroulons aujourd'hui devant vous, à l'aide des ruses et de la duplicité que nous signalons, je le comprendrais ; mais on ne précise absolument rien. On lance ces accusations sans les étayer de la moindre preuve. Or, on n'a rien demandé et nous n'avons absolument rien donné. Il fiiut donc renoncer à de telles préventions; elles sont injustes; elles se dissiperont, au surplus, à mesure que nous entrerons dans Texamen loyal de ce qui s'est passé entre le Vatican et nous.

Je n'insisterai pas plus que l'honorable M. Janson sur le principe qui est engagé dans ce débat. Il suffit qu'on reconnaisse qu'une question d'opportunité puisse ôtre opposée à son application. Cependant, je ne veux chercher aucun subterfuge pour essayer d'échapper à la situation qui nous est faite. Je l'exposerai dans toute sa vérité, dans toute sa sincérité.

Je ne rappellerai point qu'à Tépoque où, au nom des principes et de l'attitude prise par la papauté, j'insistais avec mes amis pour demander le rappel de l'envoyé belge au Vatican, je ne

rappellerai pas, dis-je, qu*à cette même époque je n'excluais pas une mission de courtoisie. Je ne veux absolument avoir recours à aucun prétexte. Je reconnais que nous avons eu une opinion très nettement formulée contre la conservation d*une mission belge près du Vatican.

Cette opinion, nous lavons maintenue lorsque le Roi nous a fait l'honneur de nous appeler pour nous confier la mission de former un cabinet : le retrait de la légation belge près du Vatican était une des conditions de Tacceptation de cette mission.

Lorsque j*ai conféré avec les nouveaux collègues à qui j'offrais de s'associer à moi, tous nous avons été unanimes pour reconnaître que, dans les conditions où nous étions placés, il n*y avait pas lieu de maintenir un envoyé près du Saint-Siège. Notre opinion s'est modiflée; cela est incontestable. Est-ce réprébensible? Y a-t-il une critique fondée qui puisse nous être adressée de ce chef?

Un changement d'opinion désintéressé est un hommage rendu à la raison. Un changement d'opinion qui s'opère dans des vues inavouables ou pour obtenir une satisfaction personnelle, celuilà peut être critiqué, il peut être condamné.

Mais un changement d'opinion déterminé exclusivement par des raisons d'intérêt public (et l'on ne saurait en signaler aucune autre dans la situation où nous nous trouvons), un pareil changement d'opinion peut et doit être approuvé.

Je dirai plus : ce changement d'opinion n'a pas été volontaire ; il a été en quelque sorte obligé. On nous a fait des déclarations spontanées — j'insiste sur le mot — qui étaient de telle nature, qu'aucun homme raisonnable chargé de la responsabilité des affaires du pays n'aurait voulu les écarter sans les écouter.

L'honorable M. Jacobs a pensé que j'avais indiqué le changement d'attitude du Vatican comme ayant été déterminé par l'avènement du cabinet libéral en Belgique. Il m'a fait l'honneur de

supposer ensuite que je n*aurais pas insisté sur cette opinion, peu compatible avec la dignité du Saint-Père. Je ne sais où rhonorable membre a trouvé que j'avais considéré le changement d'attitude du Saint-Père comme déterminé par l'avènement de l'opinion libérale-au pouvoir.

Je n'ai assurément rien dit de semblable; j'ai constaté, au contraire, que ces déclarations s'étaient produites déjà; j'ai constaté, comme le portent l'exposé que j'ai soumis à la Chambre et la correspondance qui est sous ses yeux, qu'antérieurement à notre arrivée aux affaires, des sentiments de cette nature avaient été exprimés, non pas dans des termes précis, non pas d'une façon catégorique, mais suffisamment cependant pour que l'on pût en tirer profit.

Dans une lettre du 20 mars 1878 — donc avant la formation du cabinet libéral — il y a une énonciation qui se concilie parfaitement avec les déclarations qui ont été faites postérieurement. Seulement le cabinet précédent n'a pas jugé à propos de provoquer des explications, des déclarations nouvelles; il éprouvait sans doute quelque embarras d'avoir à désavouer toute la presse qui le soutenait à la veille des élections.

Le changement d'attitude du Vatican était donc un fait formel, positif, dûment constaté, mais particulièrement caractéristique en ce qui concernait la Belgique.

La papauté avait annoncé seulement en thèse générale l'intention d'établir des rapports meilleurs, plus cordiaux avec les pouvoirs publics, mais spécialement, quant à la Belgique, elle avait pris la résolution spontanée de blâmer les attaques dirigées contre notre Constitution.

Le Pape adoptait donc une politique nouvelle.

 la guerre déclarée partout au pouvoir civil, aux libertés publiques, il voulait substituer une politique conciliante et pacifique.

Ce que cette politique avait encore d*obscur a été clairement défini dans la correspondance que nous avons eu l'honneur de vous soumettre, et les révélations de cette correspondance ont été en quelque sorte un événement européen. Personne ne s'est mépris, en Europe du moins, sur Fattitude nouvelle que voulait prendre le Souverain Pontife. Et pour notre pays, plus que tout autre, ce changement politique avait de Timportance.

Les libertés dont nous jouissons ont pern^is au clergé de développer ici sa puissance d*une façon plus considérable que partout ailleurs.

Dans tous les pays, sans doute, les mêmes tendances du clergé s'étaient manifestées; mais nulle part, elles n'avaient une pareille vigueur, une pareille intensité ; nulle part, elles ne présentaient un tel danger.

Eût-il été raisonnable, je le demande de nouveau, n'eût-il pas été impolitique, au premier chef, de refuser d'écouter le langage qu'on nous tenait alors, sauf à nous-mêmes à suivre la ligne de conduite qui devait convenir aux représentants d'un pays libre I

On a bien voulu reconnaître que, sous ce rapport, nous n'avions pas failli à notre mission; mais les résultats justifient-ils la résolution qu'a prise et que défend le cabinet? Nous n'hésitons pas, quant à nous, à répondre affirmativement, et nous osons croire que tel est aujourd'hui le sentiment public.

Remarquez, Messieurs, que je ne demande pas si ces résultats répondent à ce qui était attendu , sinon par tout le monde, au moins par un très grand nombre de personnes.

Beaucoup ont pensé que, du moment où le gouvernement prenait la résolution de maintenir une légation belge auprès du Vatican, du moment où il pouvait constater ainsi l'opinion exprimée par le Pape, du moment où il en obtenait les déclarations qui ont été faites, et que nous apprécierons dans un instant, la soumission du clergé devait être, sur l'heure, complète, absolue.

Si d'autres ont eu cette illusion, pour notre part nous ne Tavons pas partagée; car une telle illusion prouve que Ton comprenait fort mal la situation. C'était ne tenir aucun compte ni du passé, ni des luttes antérieures, ni des engagements pris, ni des amourspropres à froisser ; c'était enfin ne tenir aucun compte des faiblesses humaines.

Quelles étaient les conditions dans lesquelles notre action avait dû s'exercer? Une lutte formidable, on ne peut le nier, était entamée par le clergé contre les libertés publiques : la Constitution était devenue un objet de mépris et de dérision. L'église comme l'école, les prédications comme l'enseignement, tout concourait à ce but.

La presse, la presse fondée par le clergé, notoirement patronnée par lui, donnait à cette propagande l'impulsion la plus énergique. Le Pape Pie IX encourageait, exaltait jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure, tout ce qu'il y avait de violent dans les attaques dirigées contre nos institutions.

La lutte en Belgique avait pris le caractère le plus âpre, le plus violent, le plus passionné. Jadis, toutes les classes de la société étaient confondues dans la vie ordinaire ; les hommes d'opinions les plus opposées se rencontraient le soir dans le monde, dans les cercles, dans les clubs, dans les estaminets, qui nous tiennent lieu de forum. Ce contact journalier affaiblissait Fâpreté, l'aspérité des opinions politiques divergentes. Le sentiment des convenances, les rapports amicaux tempéraient la violence des passions politiques.

Les catholiques ardents, les catholiques passionnés que nous avons connus n'ont pu tolérer cette situation. Il leur a fallu diviser profondément la société ; partout ils ont provoqué la séparation, tout en gémissant, à l'occasion, sur la rupture de l'Union de 4830.

Les lieux oii l'on se rencontrait pour se délasser ont revêtu un

caractèpe exclusif polilico-reUgieux. Il fallait isoler les calholiques de tout contact avec les libéraux ; il allait fomenter les divisions et les haines dans toutes les classes de la société et jusquau sein de la jeunesse; dans nos villes universitaires, partout on provoqua la constitution de sociétés particulières pour isoler les étudiants catholiques des étudiants libéraux.

Bientôt la violence a remplacé partout Turbanité, et la presse cléricale mit à la mode, ^ Tégard de ses adversaires, le langage le plus offensant et presque toujours le plus grossier.

On nous fit vivre ainsi dans une atmosphère de colère, de haine, d*injure et de calomnie qui soulève le dégoût de tous les cœurs honnêtes.

Jusque dans nos mœurs parlementaires une modification profonde s*est faite. Jadis les nouveaux venus saluaient Iqs anciens. Aujourd*hui, si quelque nouveau membre de la droite arrive ici et s'il pense qu'il est encore utile de . conserver les rapports sociaux habituels avec des collègues qui siégeront avec lui dans la même assemblée, ses amis Tavertissent que les temps sont changés, que la mode n*est plus de foire ces choses-là.

M. Thonissen. — Vous vous trompez.

M. FrèreOrban, Ministre des Affaires étrangères. — Je me trompe! Eh bien, chacun de nous peut constater qu'il en est ainsi.

M. Comesse. — Vous broyez trop de noir. Il ne faut pas charger le tableau.

M. FrèreOrban, Ministre des Affaires étrangères. — Niezvous les faits que je viens d'exposer, les divisions partout fomentées?...

M. Comesse. — Je parle de ce que vous dites à propos des rapports parlementaires.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — Ce que je dis à propos des rapports parlementaires est parfaitement

exact; on le constate tous les jours. Je suis déjà un ancien dans cette Chambre; j'y suis depuis plus de trente-deux ans. J'ai vu ce qu'étaient les rapports autrefois ; je vois ce qu'ils sont aujourd'hui. Ils sont bien différents.

M. Goomans. — À qui la faute?

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne sache pas que ce soient les libéraux qui aient provoqué ces divisions ; je ne sache pas que ce soient eux qui aient créé ces associations» ces cercles où l'on n'est admis qu'à titre de catholique, et pour éviter tout contact avec les libéraux. Ne contestez pas des laits qui sont notoires, que chacun peut constater, qui se déroulent sous les yeux du public.

Un membre a droite. — Et l'Association libérale?

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Une s'agit pas de sociétés politiques, il ne s'agit pas de réunions comme les associations électorales, catholiques ou libérales, et qui sont nécessairement exclusives.

Je parle des cercles d'agrément, des cercles comme ceux qui existaient autrefois et où tous les hommes différant d'opinion se rencontraient. Gela n'existe plus aujourd'hui. Gela ne peut plus exister ; ce serait une espèce d'apostasie, quand on est catholique, de faire encore partie d'une société qui compte dans son sein des libéraux.

Et pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi vous a-t-on inspiré ces idées, pourquoi vous les a-t-on imposées? Parce que les hommes violents de votre parti signalent le libéralisme comme une hérésie et qu'ils déclarent qu'il faut fuir les hérétiques comme on fuit le chancre et la peste. Voilà pourquoi cette situation existe en Belgique, et la division y est ainsi fomentée et exaltée dans le seul but d'éviter toute espèce de contact avec ceux qui ne pensent pas comme vous. G'est ainsi. Messieurs, — et ceux qui y poussent le savent bien, — c'est ainsi que l'on prépare les nations à des

guerres civiles d'autant plus périlleuses qu'elles vienoent s'abri* ter sous le drapeau religieux.

On ne cache pas que toutes ces divisions, toutes ces propagandes ont un but suprême : rétablir dans la société ce que Ton nomme « les véritables lois de la société chrétienne », c'està-dire la suppression des libertés que la Constitution consacre.

Les attaques dirigées contre elles devenaient chaque jour plus violentes et inquiétaient à bon droit ceux qui se préoccupaient de l'avenir du pays.

Eh bien , donc, Léon XIII, spontanément, nous déclare que les attaques contre la Constitution ne recevront plus au Vatican ni appui, ni encouragement. Nous ne voulons pas être porteur de ce message qu'on pourrait aisément faire considérer comme étant un simple acte de courtoisie ; nous disons que si l'on veut réellement essayer de pacifier les esprits, c'est ailleurs et autrement qu'il convient de parler, que c'est par la voie hiérarchique, non par la voie diplomatique, que les intentions du Pape doivent être communiquées au clergé.

Est-ce qu'on refuse de faire cette communication? On nous annonce, au contraire, officiellement, cela est constaté dans la correspondance, qu'à une date déterminée des instructions ont été envoyées aux évoques pour leur notifier quelles étaient, sous ce rapport, les intentions du Saint-Père.

Où est la ruse? Où est la dissimulation? Où est la duplicité? Les journalistes déjà quelque peu avertis, je présume, se rendent à Rome. Us espéraient peut-être, sinon de voir renouveler, sous Léon XIII, ce qui se passait sous Pie IX, d'obtenir tout au moins quelques-unes de ces paroles vagues et générales dont ils pourraient se prévaloir pour continuer la propagande qu'ils avaient regu la mission d'entreprendre. Le Saint-Père leur tient, au contraire, le langage le plus ferme et le plus net, et non seulement il tient ce langage, mais il nous le fait communiquer

officiellement ; il est consigné dans la correspondance diplomatique, alors que ces journalistes avaient eu bien soin de cacher, de celer le discours qu'ils avaient entendu. Encore une fois où est la dissimulation, où est la duplicité?

Mais la soumission, dit-on, n*est pas encore complète; elle n'est pas faite entièrement. N'y a-t-il pas quelque naïveté à s'en étonner? Pour être prêtre ou pour être dévot, on n'en est pas moins homme. Tout en proclamant la soumission la plus absolue aux chefs de l'Eglise, on n'est pas pour cela exempt de faiblesse ni de passions humaines. Le temps, et le temps seul, peut achever l'œuvre qui a été entreprise. Les déclarations du Pape sont expresses, formelles, indéniables. On lui répond, il est vrai, du haut d'une des chaires de l'Université de Louvain, on lui répond : Nous devons désirer ces changements à la Constitution que vous ne pouvez pas approuver, et il convient d'y préparer les esprits. Je le reconnais. Messieurs, cela est exact. Combien de temps ce spectacle nous sera-t-il donné? Je l'ignore assurément.

Mais en quoi nuit-il aux intérêts que nous avons mission de défendre? Au contraire, il met au grand jour les divisions profondes qui existent au sein du parti catholique. Vaudrait-il mieux que celui-ci eût au moins l'apparence de l'unité, ou qu'il pût en apparence se prévaloir d'une approbation du Pape aux mesures de guerre dirigées contre nous?

En quoi d'ailleurs cette situation pourrait -elle modifier notre propre attitude? En quoi sommes-nous arrêtés dans la défense des intérêts qui nous sont confiés?

Que le silence se fasse sincère et loyal ou que la guerre se poursuive ouverte ou cachée, en continuerons-nous moins à défendre nos libertés publiques, à propager par l'enseignement à tous les degrés le respect et l'amour de nos institutions? s N'eist-il pas vrai de dire que bien des gens qui étaient sous le joug en ont été aO'ranchis? J'en ai pour témoignage le langage de

rbonorable M. Thoaissen. On a ramené sur le terrain coastitationnel un grand nombre de catboliques quon en avait écartés; faut-il dédaigner ce résultat?

Mais» dit l'honorable M. Janson, on n'a pas renoncé aux principes ! on n'a renoncé à rien. On n'a pas renoncé aux principes ! c'est une raison pour nous de défendre plus énergiquement encore les nôtres; mais ce n'est pas upe i*aison de repousser ceux qui, s'ils ne les approuvent pas, ont du moins, renoncé à les menacer.

D'ailleurs, Messieurs, il serait évidemment fort inutile d'espérer que le Pape désavoue une doctrine établie par un autre Pape. Il est inutile d'espérer que, quant aux doctrines, Léon XIII soit d'un autre avis que Grégoire XVI ou que Pie IX. On demanderait à Léon XIII de désavouer les doctrines de Grégoire VII, d'Innocent III, de Boniface VIII, de ces grands Papes du moyen âge, qu'il s'y refuserait assurément.

Mais s'il interdit d'agiter ces doctrines, de les livrer aux ambitions et aux passions du jour pour troubler les nations, est-il nécessaire de demander davantage au point de vue politique?

Quel est le but de la papauté en prenant cette attitude, en indiquant la politique nouvelle qu'elle veut pratiquer aujourd'hui? Je l'ignore ; je ne cherche pas à pénétrer ses desseins.

Est-ce une trêve, est-ce une paix définitive? 'L'avenir nous le dira. Faut-il y voir l'indice que, dans les régions élevées où 1 on aspire à la direction morale de la société, on iait maintenant une appréciation plus vraie des nécessités contemporaines? Il serait fort téméraire d'émettre une opinion sur un tel sujet. Ce que je sais, c'est que la direction imprimée à la société religieuse en divers pays semblait engager celle-ci dans une voie bien périlleuse. Notre siècle chemine entre l'incrédulité et la superstition. A mesure que celle-ci s'étend, l'autre grandit. L'heure pouvait paraître opportune de chercher à ramener aux idées religieuses tant d'Ames qui ne demanderaient pas mieux que de s'y aban-

donner; il faudrait, en ce cas, parler au cœur et à la raison des hommes. On éloigne, au contraire, ceux qu'on devrait rallier en renouvelant un paganisme qui révolte le bon sens public.

Et, non contents, à ce siècle épris de liberté, aux hommes de notre temps qui considèrent comme un bien suprême de jouir enfin, de pratiquer en paix des libertés conquises à travers tant de larmes et tant de sang; à ces hommes qui ne sont nulle part plus heureux que là où Ton vit paisiblement sous leur empire, on vient dire, comme pour prononcer le divorce entre la société civile et la société religieuse : Ces libertés que vous aimez, il les faut détester; ces libertés que vous pratiquez, c'est l'hérésie môme, c'est un danger social, il £aut les flétrir et les répudier !

De grands esprits parmi les catholiques n'ont pas pensé que de nos jours on pût servir ainsi la cause des idées religieuses auxquelles, ils étaient dévoués. Us avaient inspiré les sentiments qui animaient le clergé belge en 1830. Ils ont été proscrits soiis le titre de catholiques-libérau^, et ils sont moi*ts dans Timpénitence finale. Est-ce leur pensée qui va revivre?

Quoi qu'il en soit, tandis que nous arrêtions dans sa marche envahissante un clergé passionné, s'attaquant à nos libertés publiques ; tandis qu'à ce point de vue nous obtenions, par nos pourparlers avec le Saint-Siège, des résultats indéniables, une autre question se posait. La question scolaire venait de naître. Quelle fut ici l'attitude de la papauté ?

Le Souverain Pontife a-t-il pris quelque mesure dont le pays ait eu à se plaindre? Il ne s'est associé — et la correspondance diplomatique le fait soigneusement remarquer — il ne s'est associé à aucun des actes de l'épiscopat, ce qui établit une difiérence considérable avec ce qui s'est passé lorsque nous fîmes la loi sur l'enseignement moyen ; à cette époque, la papauté intervint directement dans la lutte en dénonçant les périls que l'on

faisait courir, par cette loi, à la religion catholique en Belgique, n. 17

Au milieu des passions soulevées par le conflit scolaire, Léoo XIII, au contraire, resta impassible» ne s*assodant nullement à aucun des actes du clergé.

Ces passions étaient extrêmes; leur déchaînaient était des plus violents.

Des causes diverses y ont contribué. Je puis croire qne llrritation causée par les déclarations relatives à la Constitution n'a pas été absolument étrangère au caractère qu'a revêtu ToppositioD des évêques à la loi sur renseignement.

Mais d'autres causes encore expliquent ces violences : c*est que la question, sous couleur religieuse, était surtout politique et qu'on a fondé de grandes espérances sur la revision de la législation sur l'enseignement primaire pour obtenir, dans les élections futures, une majorité au profit de nos adversaires politiques.

Hais ces violences, Messieurs, quel en a été le résultat? Ontelles profité à l'opinion de nos adversaires ou nous ont-elles profité à nous-mêmes ? Croit-on que le langage si âpre et si passionné du clergé, mis en regard des conseils de prudence et de modération donnés par le Pape et du blâme infligé par lui aox évêques n*a pas été éminemment &vorable à la cause que nous défendons ?

Ces excès sont sans doute extrêmement regrettables. Us ont agi sur une classe de la population qui n'est pas suffisaumient éclairée pour se défendre ; mais pour ceux-là mêmes la lutte que l'on engage est encore salutaire et conduira à faire luire la vérité. 11 semble que, dans le monde moral comme dans le monde j^ysique, les temps orageux, les éclairs et la foudre sont indispensables pour obtenir un air pur et un ciel serein.

Au milieu des déchaînements inouïs dont nous avons été les témoins, l'attitude du Pape, recommandant le calme, la prudence et la modération, n'a cessé, un instant, d'être la mên^e.

La loi votée, on avait annoncé l'intention de donner des instructions aux évéques pour empéctier que la guerre qu'ils annonçaient comme imminente ne prit un caractère trop irritant. Ces instructions sont arrivées trop tard ! Et l'on se prend à railler à ce propos. On voit là une ruse, une duperie...

L'épiscopat a devancé la papauté. Âh ! la duplicité serait ici possible si depuis lors rien n'avait été &it, si on avait déserté le terrain de la conciliation sur lequel on annonçait l'intention de se placer. Mais ce n'est pas là ce qui s'est passé.

A ces instructions on en a substitué d'autres. Lesquelles? me dit-on. On veut le savoir; il &ut les produire. Et l'on somme le Gouvernement de montrer les instructions données aux évoques; s'il ne le peut, c'est le cas ou jamais de dénoncer les ruses et les arrière-pensées du Vatican.

Mais ces instructions, Messieurs, elles sont écrites dans la correspondance; elles sont attestées par la lettre du 5 octobre 1879.

J'ai eu l'honneur d'exposer à la Chambre ce qui s'était passé lorsqu'il fut constaté que les évéques avaient devancé la papauté au sujet des instructions à donner après le vote de la loi sur l'enseignement primaire.

Dans cet exposé, je résumais ainsi les obsei*vations que j'avais faites à ce sujet :

a Je fis remarquer que le changement de législation n'avait pas radicalement modifié les écoles ; que ces écoles restaient, sous plusieurs rapports, ce qu'elles étaient auparavant ; qu'elles avaient les mêmes maîtres, sortis presque tous ou en grande majorité des écoles épiscopales ; que ce qui était bon la veille dans de pareilles conditions ne pouvait devenir détestable le lendemain; qu'il y avait à distinguer entre école et école, et, dans une entrevue avec le nonce, je faisais remarquer combien il était déraisonnable de proscrire toutes les écoles en masse, au lieu de réserver les rigueurs pour celles dans lesquelles on vien-

drait à constater des actes contraires aux principes religieux, si on se refusait ou si on ne parvenait pas à les £aire cesser... »

Et que répond-on à ceci ?

Ecoutez la dépêche du 8 juillet : « Tai donné connaissance au Cardinal Nina du contenu de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du 1^' de ce mois. Conformément à votre désir et à vos instructions, je lui ai laissé copie de ce document. Immédiatement après avoir reçu cette communication, Son Eminence... » — à qui le nonce avait rendu compte de notre entretien que je viens de rappeler dans ses termes exprès — (c ... Son Ëminence riia annoncé que le moyen suggéré par vous, dans le but de diminuer titUensUé de l'opposition que rencontre la loi sur l'instruction primaire, avait obtenu tapprobation du Pape. »

Et voilà l'instruction, voilà Topinion qu'émettait le Souverain Pontife : ne pas proscrire les écoles en masse, n'appliquer les peines spirituelles qui étaient annoncées que contre les écoles dans lesquelles, en réalité, un enseignement irréligieux continuerait à être donné, malgré les plaintes du clergé.

Telles sont, Messieurs, les instructions dans leur caractère précis et déterminé : ne pas proscrire les écoles en masse. Voilà à quoi se réfère la lettre fameuse du 5 octobre 1879, cette lettre dans laquelle le Pape dit qu'une autre solution serait intervenue si ses conseils avaient été suivis. Et ces conseils qu'il a donnés, les voilà. Des évêques sont implicitement , mais formellement blâmés d'avoir adopté une autre solution.

Le Pape ajoute qu'il engage les évêques — puisqu'ils n'ont pas voulu suivre les conseils qui leur étaient donnés, — qu'il engage les évêques à n'appliquer qu'avec une extrême réserve les mesures contenues dans les instructions adressées au clergé. Cela s'appelle, si je ne me trompe, un blâme dans une forme mitigée; cela s'appelle, si je ne me trompe, la désapprobation des instructions qui avaient été données au clergé.

Est-il indifférent pour le pays que cette situation soit connue officiellement? Nous n'avons pas seulement en Belgique des philosophes, des libres-penseurs. Nous comptons des catholiques et en très grand nombre, et dans les rangs libéraux. Ces catholiques ne sont-ils pas rassurés lorsqu'on peut leur dire, lorsque nous sommes autorisés à leur dire, par la publication de notre correspondance, que le Pape n'approuve pas ce que font les évéques en cette circonstance? Est-il sans intérêt de constater que le Pape et les évoques, s'ils sont d'accord sur les doctrines, diffèrent complètement d'opinion sur l'application ; qu'il existe entre eux une divergence de vues absolue sur la conduite à tenir quant à loi scolaire? Mais je dis que ce résultat est des plus considérables pour le pays.

Que l'on eût préféré que le Pape imposât le silence aux évoques, qu'il empêchât leurs actes, qu'il les interdit, je le conçois. Mais nous ne sommes pas les maîtres de prescrire en ces matières. Je demande si, d'autres résultats ne pouvant être obtenus, ceux-là ne sont pas considérables pour le pays et s'ils ne justifient pas, en les rapprochant des déclarations relatives à la Constitution, s'ils ne justifient pas, dis-je, le maintien de la légation belge auprès du Vatican?

Aussi, Messieurs, le premier effet produit par la publication a-t-il été extraordinairement significatif. L'opinion catholique a été firappée de stupeur. {Interruption à droite.) Et comme j'entends quelques murmures à ce sujet, on me permettra de rappeler ce qui s'est passé.

« Les révélations de la correspondance échangée avec le Vatican ont fait tout d'abord — ai-je dit dans ma réponse à la question posée par la section centrale — une impression vive et profonde. On ne se méprit point, dans les rangs catholiques, sur leur caractère et leur portée. Elles donnaient un démenti catégorique à l'assertion souvent répétée par la presse catholique, que

le Pape approuvait hautement les mesures prises par les érèques au sujet de Texécution de la nouvelle loi sur renseignement

primaire.

ce Aussi, immédiatement après l'exposé bit à la Chambre par le Ministre des Affaires étrangères, de l'état de nos relations avec le Vatican, le Bien publie publiait ce qui suit : « Il s'est échangé à ce propos des communications qui ne se trouvent pas dans le portefeuille de M. Frère-Orban. On assure cependant que la conclusion de cette correspondance ecclésiastique atteste la par&ite entente du Saint-Siège et des évéques et que, le cas échéant, les fidUes en auraient sous les yeux la preuve authentique et irrécusable. »

Le même jour, le Courrier de Bruxelles écrivait :

<K Tout le monde comprendra que ce n'est pas dans une correspondance diplomatique du cardinal secrétaire d'État, cherchant à satisbire M. Frère-Orban, que les catholiques devaient chercher des encouragements à leur œuvre et à leurs sacrifices, n leur suffit de lire à travers les lignes, en tenant compte des difficultés contre lesquelles l'éminent Ministre du Saint-Siège avait à lutter et de savoir que Léon XIII a témoigné directement aux évéques sa reconnaissance de leur zèle pour la défense de t Eglise et sa confiance dans leur sagesse éprouvée. »

VAmi de tOrdre disait de son côté : « Nous croyons pouvoir ajouter que M. Frère-Orban n'a pas toutes les dépêches de Borne; U en existe ailleurs, et ceUes-d, si ton trouve bon de les publier, compléteront peut-être les autres. y>

La Gazette de Liége^ bisant le dernier pas, ne tarda pas à annoncer a de source certaine » que, d'ici à très peu de jours, a paraîtrait un document important émané de Vautorité reUgieuu^ qui, contrairement aux allégations de M. Frère-Orban au s^et de Vépiscopat belge ^ démontrera avec plus de netteté que jamais la parfaite union qui existe sur la question scolaire entre le Saint-Siège et Vépiscopat belge. »

Le même jour, YUnivers publiait la dépêche suivante : « Des documents importants des évéques , relativement au discours de M. Frère-Orban, sont sous presse. »

n n*était guère possible de montrer d'une manière plus significative l'importance des déclarations contenues dans la correspondance diplomatique et Teffet qu'elles avaient produit parmi les catholiques. On affirmait qu*on allait les contredire et les infirmer.

Bientôt des dépêches télégraphiques, datées de Rome, annonçaient « que le cardinal Nina avait envoyé au nonce de Bruxelles des dépêches l'autorisant à déclarer que le Saint-Siège n'a pas suivi d'autre voie et n'a pas tenu d'autre langage que celui de la correspondance diplomatique ».

En reproduisant cette dépêche, les journaux catholiques disaient, à la suite de YUnivers, qu'elle renfermait nombre d'inexactitudes, à dessein de venir en aide au Ministre Frère-Orban.

Le Journal de Bruselles ne suivit pas ses confrères dans cette campagne.

« L'Univers, dit-il, qui ne voudrait sans doute à aucun prix venir en aide au Ministère Frère-Orban, ne devait pas hésiter à publier les renseignements qu'il possède afin de faire justice de cette accusation libérale (?) : le Pape a joué dans cette affaire un double jeu. Nous ne pouvons pas laisser ainsi accuser le Souverain Pontife de duplicité, et le devoir des publicistes catholiques est de faire la lumière sur cet incident, non pas « pour venir en aide au Ministère Frère-Orban, mais pour défendre la papauté contre l'injure nouvelle qu'on lui adresse. »

Ces faits ayant été signalés au Vatican , le secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, M. le cardinal Nina, a déclaré au baron d'Anethan, ce qui ne pouvait d'ailleurs être douteux pour le Gouvernement, a que le langage et les actes du Pape avaient été partout les mêmes. »

Où donc était la ruse, où était la duplicité? Ceux qui accosaient le Saint-Père de duplicité, c'étaient les catholiques, c'était cette presse dont vous venez d'entendre le langage.

Il est impossible d'avoir un aveu plus significatif de l'importance des déclarations contenues dans la correspondance échangée avec le Vatican ; on laissait éclater la révolte de l'orgueil blessé, et l'on aboutissait à fidre une position impossible au Souverain Pontife.

L'aveu significatif et irrécusable que révélait ce premier mouvement, qui était le bon, a été étoufié; on Fa comprimé et on a essayé de donner une autre direction aux sentiments qui avaient fait explosion. On a modifié le système de défense : on a déclaré, et le mot d'ordre a été donné dans cette Chambre, que le Pape et les évoques étaient d'accord sur la doctrine, et que cela sufiBsait ; que le reste était secondaire et de peu d'importance.

Mais le Pape et les évéques sont aussi d'accord sur la doctrine en ce qui touche la Constitution, et si l'accord sur les principes suffit, quelle sera votre situation en présence des déclarations relatives à la Constitution? Direz-vous aussi que cela est insignifiant; qu'il n'y a pas à s'arrêter aux vœux qui ont été exprimés par le Souverain Pontife sur l'attitude à prendre par les catholiques au sujet de la Constitution et des libertés qu'elle consacre? Vous ne l'oseriez pas ! Et comment alors les catholiques pourraient-ils ne pas admettre ce que le Pape a déclaré relativement aux écoles? La situation est identiquement la même. On a tiré de principes justes des conséquences excessives et inopportunes. Les conseils du Pape en ce qui touche les écoles, que l'on aurait dû suivre et qui n'ont pas été suivis, ce qui a amené une solution différente de celle que le Pape désirait, ces conseils ont autant de valeur que les intentions qu'il a manifestées relativement à la Constitution.

Vous ne sauriez vous soustraire à cette situation. Si les inten-

tîons du Pape au sujet de la Constitution appellent la soumission, et vous le proclamez bien haut» ses intentions, ses désirs, ses conseils touchant la question scolaire ne devaient pas être méconnus. Cest pourquoi ceux qui se sont crus lès plus habiles ont toujours cherché à nier un dissentiment sur ce point.

Mais l'honorable M. Jacobs a compris qu'il était absolument impossible de soutenir une pareille thèse. II reconnaît, il avoue que la correspondance diplomatique constate qu'un désaccord a surgi entre le Sain^Siége et l'épiscopat belge.

Ce désaccord, ajoute-t-il, ne porte ni sur les principes, ni sur la nécessité de combattre l'enseignement neutre de l'Etat. Sur ces points essentiels, l'accord est complet, parfait. Le désaccord concerne des mesures d'exécution ; il porte sur les moyens à employer pour combattre l'enseignement de l'Etat. Nous savons qu'un désaccord existe. Rien de plus. Nous ignorons même en quoi il consiste et sur quels points il porte. Par convenance, je ne veux pas, continue-t-il, mêler ce conflit à nos débats. Le Pape et les évêques échangeront leurs vues, et l'accord s'établira.

Je prends acte de l'aveu &it par l'honorable M. Jacobs. Il reconnaît formellement qu'un désaccord existe ; mais il ignore sur quoi il porte. Je vous l'ai dit tout à l'heure. Messieurs, je vous ai montré par la correspondance que ce désaccord porte sur ceci : qu'il ne allait pas condamner en masse toutes les écoles, que le moyen que j'ai suggéré à cet égard avait été approuvé par le Pape; qu'il fallait distinguer entre écoles et écoles, et que ce sont là les instructions qui ont été données. Si elles avaient été suivies, on n'aurait pas tiré de principes justes des conséquences excessives et inopportunes; une autre solution serait intervenue : en un mot, toutes ces excommunications, tous ces relus de sacrements, toutes ces violences morales dont on se plaint n'auraient pas été exercées. Les conseils du Pape ne sont pas suivis, je le sais bien. L'acte en est-il moins grave, dût-on

môme ignorer le texte précis de ces conseils? Nous verrons ultérieurement si Ton ne se soumettra pas.

L*honorable M. Jacobs paraît le pressentir. Le Pape et les évoques, dit-il, finiront par s'entendre; oui, ils s'entendront, c'est-à-dire, je présume que les évéques se soumettront aux désirs du Pape en cette matière.

Quoi qu'il en soit, en dehors de cette enceinte, la presse ultramontaine, continuant à obéir au mot d'ordre qu'elle a reçu, la presse ultramontaine qui avait été stupéfiée d abord par le désaccord constaté dans la correspondance, s'est mise à afiirmer qu'on était d'accord sur tout, partout et sur tous les points. Le Pape Léon XIII publie, par exemple, une allocution relative aux écoles de Rome ; on y trouve quelques phrases générales, on les applique aux écoles belges pour en induire une approbation donnée à l'attitude de notre clergé.

Mais, Messieurs, c*est précisément cette allocution de Léon XIII qui va mettre en pleine lumière la conduite différente de la papauté et de nos évoques en matière d'enseignement. C'est là ce qui éclairera d'une lumière nouvelle la lettre si complète, si formelle du 5 octobre 1879.

Voyons ce qu'a fait le Pape lui-même relativement aux écoles de Rome, comme ce que fait le clergé en Hollande, en Irlande, en Autriche, quant aux écoles de ces pays, et voyons aussi ce qu'on fait chez nous.

En Relgique, les écoles officielles sont proscrites en masse, sans distinction ; ce sont des écoles d'apostasie ! A Rome, aucune proscription de ce genre, sanctionnée par des excommunications, ne frappe les écoles.

En Belgique, les secours de la religion sont refusés à ceux dont les enfants fréquentent les écoles officielles. A Rome, pas plus que dans les autres villes de l'Italie ou en Autriche, aucune peine spirituelle ne les atteint.

En Belgique, Tinstitutear qui foit réciter le catéchisme aux petits enfants est mis au ban de I*EgIise. A Rome, il fait œuvre pie et gagne des indulgences {rires à gauche), en vertu de bulles papales.

En Belgique, Tinstituteur qui ne veut pas renoncer à flaire réciter le catéchisme ne peut pas recevoir l'absolution. A Rome et dans les autres pays catholiques, en Hollande, en Autriche, en Irlande, on Tabsout et on le félicite.

En Belgique, Tinstituteur qui ne renonce pas à faire réciter le catéchisme aux petits enfants ne peut pas obtenir l'absolution pour le sacrement du mariage.

Mais, aux yeux de l'Eglise, le mariage étant un contrat et un sacrement, le refus d'absolution fait croire h celui qui se présente qu'on ne veut pas le marier religieusement; et s'il se plaint, on affirme qu'on n'a pas refusé de le marier, et alors on offre de constater son mariage, non de le célébrer, à l'église, à l'autel, d'une manière honorable; mais de constater ce mariage, comme celui d'un mécréant, d'un hérétique, d'un schismatique. C'est honteusement, sournoisement, dans la sacristie ou au presbytère que la chose se passera. Il faut infliger une humiliation à l'instituteur ou à l'institutrice qui commet le crime de faire réciter le catéchisme. Eh bien , à Rome, rien de pareil ne se passe. L'instituteur n'est pas soumis à cette humiliation et à cette proscription, et il en serait partout comme à Rome si les conseils du Pape avaient été suivis.

A Rome, les doctrines sont les mêmes qu'ici, mais la conduite du clergé y est différente. Que le clergé fasse ici ce que le clergé fait à Rome, et l'on n'entendra aucune plainte de notre part. Gréez des écoles, c'est votre droit et, avec les convictions que vous avez, vous pouvez le considérer comme étant votre devoir. Personne n'y trouvera à redire.

Préférez les écoles confessionnelles aux écoles neutres, c'est

encore votre droit et c'est celui du clergé. Mais molester ceux qui vont aux écoles officielles ; molester les parents des en&nts qui s*y trouvent ; molester ceux qui coopèrent d'une façon quelconque à l'œuvre de ces écoles ; user de violences morales à leur égard ; voilà ce qui ne se pratique nulle part, si ce n'est en Belgique et voilà ce qui est odieux ! (Vive approbation à gauche.)

Je termine. On ne peut méconnaître que, sans toucher d'une façon quelconque aux doctrines, deux politiques sont en présence : celle que le Pape Léon XIII vient d'inaugurer et qu'il essaye de pratiquer, et celle dans laquelle s'est trouvé engagé, sous le long pontificat de Pie IX, tout le clergé de l'Europe.

Les effets de cette politique nouvelle, quels seront-ils dans l'avenir? Jusqu'à quels points modifieront-ils l'attitude du clergé dans ses rapports avec le pouvoir civil? Nous ne voulons rien préjuger à cet égard. Il est permis de croire ou d'espérer que le clergé subira peu à peu les inspirations nouvelles de la papauté. Mais, pour le moment, les résultats que nous apportons justifient complètement l'attitude prise par le Gouvernement dans cette affaire.

Que sacrifiez-vous à la situation nouvelle, à celle que nous avons constatée? Qui sait combien de familles parmi celles des 340,000 enfants qui sont dans les écoles officielles, qui sait combien de familles se sont fortifiées, encouragées dans leur résistance par les déclarations faites par la papauté?

En tous cas, qu'avons-nous concédé; qu'avons-nous abandonné? Quelle est la parcelle de nos droits qui se trouve aliénée? Avons -nous fait une promesse, un arrangement qui puisse gêner d'une façon quelconque l'action du Gouvernement pour obtenir les résultats que nous apportons ? Absolument rien !

Permettez-nous donc de croire qu'en agissant comme nous l'avons fait, nous avons rempli notre devoir, un devoir patriotique. {Marques (^approbation à gauche.)

:. Gomesse. — L'honorable ministre des affaires étrangères a demandé qu'on apport&t dans l'examen de l'échange de vues une complète firanchise, un esprit droit et loyal. Je désire, a-t-il dit, que toutes les opinions se produisent.

Répondant à cet appel, je demande à la Chambre la permissi<m de lui faire connaître quelques-unes des impressions que m'a laissées la lecture des pièces du dossier de cette affaire, qui est, en effet, « sans précédent et est tout à fait exceptionnelle ».

Je dois féliciter d'abord l'honorable ministre des affaires étrangères d'avoir maintenu la légation belge auprès du Vatican.

Cette légation existe depuis 1832 ; elle a été maintenue en 1847, malgré le refus du Saint-Père de recevoir le ministre que le gouvernement de l'époque lui avait envoyé dans le but de traiter la question de l'inamovibilité des desservants ; elle a été maintenue en 1862, à la suite de la reconnaissance du royaume d'Italie; elle a été maintenue en 1870, après l'invasion de Rome et après la suppression du pouvoir temporel.

Ce n'est certes pas par des considérations d'intérêt matériel ou commercial que nous avons, depuis près de cinquante ans, un représentant auprès du Saint-Père. Les frais de cette mission dépassent certainement l'intérêt du capital d'affaires que la Belgique avait à traiter avec les Etats du pape, lorsqu'ils étaient dans leur intégrité ; au point de vue commercial, un simple consul eût amplement suffi. Il est certains Etats qui ont, sous ce rapport, pour la Belgique, plus d'importance que n'en avaient les Etats du pape et auprès desquels nous n'avons pas de ministre plénipotentiaire.

Notre Mission à Rome était justifiée par d'autres sentiments, par des motifs du plus haut intérêt politique, moral et religieux.

Rome , résidence du pape, est un centre politique où s'agitent et s'agiteront longtemps encore les plus hautes, les plus graves, les plus importantes questions.

Malgré la suppression du pouvoir temporel, le Souverain Pontife a conservé son caractère et toute son autorité de chef suprême de l'Eglise ; il reste le guide souverain des consciences catholiques en matière de foi et de mœurs.

D'un autre côté, sa souveraineté a été maintenue avec tous les attributs qui y sont inhérents. La preuve, c'est que plusieurs puissances catholiques conservent leurs représentants auprès de lui et qu'en ce moment même, d'après ce qu'on assure, différentes puissances schismatiques veulent renouer les relations interrompues.

Partout où le Saint-Père a conservé ses envoyés, ses nonces, ils jouissent encore aujourd'hui, sans conteste, de la préséance sur tous leurs collègues du corps diplomatique.

Le royaume d'Italie, loin de s'offenser de la situation que je viens d'indiquer, a prétendu, au contraire, par la fameuse loi des garanties, assurer la pleine indépendance du Souverain Pontife, maintenir intacts tous les droits, toutes les prérogatives nécessaires pour la libre et indépendante administration de la catholicité.

Dans cette situation, ce serait évidemment, au point de vue national, une grave foute politique de nous éloigner de ce centre d'action et d'influence, de cette grande force morale et sociale qui s'appelle la papauté.

J'attends encore qu'on me dise ce que la suppression de nos relations diplomatiques avec le pape pourrait avoir d'utile pour la Belgique, nation presque exclusivement catholique.

Les raisons constitutionnelles tirées de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne me touchent pas plus qu'elles ne touchaient l'honorable M. Rogier en 1872, 1873 et 1875.

La séparation, l'indépendance réciproque de l'Eglise et de TEtat n'impliquent pas leur hostilité.

Cette séparation ne veut pas dire que l'Etat doit être eu guerre

avec l'Eglise, que TEglise est absolument étrangère à l'Etat, que la politique n'a pas à se préoccuper des relations de l'un et de l'autre pouvoir. Il y a des questions où l'Etat et l'Eglise doivent nécessairement s'entendre et s'accorder dans l'intérêt social.

De ce que nous n'avons pas à conclure avec Rome de concordat ou de traité, s'ensuit-il que l'Etat ne doive pas s'occuper de ce qui se passe au sein de l'Eglise? S'ensuit-il qu'à un moment donné, la Belgique catholique, régie par une Constitution qui est, en un certain sens, un vrai concordat tacite, un modus trivendû accepté loyalement de part et d'autre, s'ensuit-il que la Belgique catholique ne puisse avoir les motifs les plus puissants de savoir ce qui se passe à Rome, d'y faire entendre sa voix, d'y feire ses remontrances, d'y donner des explications, même d'y recevoir des conseils, en un mot d'y échanger des vues.

Malgré la prédominance des intérêts matériels et mercantiles, les intérêts moraux et religieux ont conservé, grâce à Dieu, assez d'importance dans notre siècle, pour qu'un gouvernement conservateur, fût-il même libéral, ne s'en désintéresse pas absolument; Je ne veux d'autre preuve de la vérité de ce que je dis ici que l'importance attachée par M. le ministre des affaires étrangères lui-même aux négociations qu'il a entamées avec Rome et dont il nous a communiqué les élémentSi.

Quels qu'en soient les résultats , le fait seul de son existence et l'effet que le gouvernement prétend en tirer attestent, sinon la nécessité, au moins la grande utilité de notre légation auprès du Saint-Siège. Je dis : quels qu'en soient les résultats; car Tutilité du maintien d'une légation diplomatique ne se mesure pas au succès ou à l'insuccès d'une négociation ou d'un échange de vues sur un sujet déterminé.

S'il en était autrement, il n'y aurait qu'incertitude et instabilité dans toutes les relations diplomatiques.

Le maintien de notre légation à Rome est donc, je l'espère,

aujourd'hui définitif dans rintention du gouvernement ; je crois que l'on peut induire cette conséquence du discours que vient de prononcer l'honorable ministre des a£Eaires étrangères. La question constitutionnelle, en efiet, est complètement vidée; elle a été close par la dépêche du 3 mars 1879 et par celle du 28 avril, même année.

II en est de même. Messieurs, de la question scolaire. BUe a été déclarée close par la dépêche du 17 octobre 1879.

Sans doute. Messieurs, les Chambres votent annuellement les budgets ; elles peuvent toujours supprimer la légation auprès du Vatican en rejetant le crédit ; mais la question n'est pas là.

Le gouvernement doit avoir aujourd'hui une opinion arrêtée sur le maintien définitif, sur l'utilité permanente de notre lotion près du Saint-Père.

Un état provisoire, précaire, soumis à un accès de mauvaise humeur ou de mauvais vouloir d'un ministre, serait aussi contraire à la dignité du gouvernement belge et à celle du Souverain Pontife qu'aux usages diplomatiques. J'espère donc que l'honorable ministre des affaires étrangères dissipera toute équivoque sur ce point.

Je le félicite avec d'autant plus de satisiaction d'avoir maintenu la légation que ses antécédents sur la question étaient de nature à faire craindre que ce grand intérêt national ne fût sérieusement compromis. L'honorable ministre, en effet — il le rappelait tout à l'heure lui-même — nous a appris que, sur cette question, il a changé complètement d'avis. Il est cependant l'un de ces hommes qui ne changent pas aisément d'opinion.

11 me souvient que, récemment, dans la discussion sur l'aug* mentation du contingent de l'armée, il disait fièrement dans cette Chambre : » Toujours, au pouvoir, j'ai réalisé et exécuté ce que j'ai dit et promis dans l'opposition. » Or, Messieurs, sur la question actuelle, l'honorable ministre des affaires étrangères s'est

exprimé à différentes reprises, dans cette Chambre, en 1872, 1873 et 1875, dans des termes extrêmement significatifs, qu'il doit trouver aujourd'hui beaucoup trop significatifs.

« Ne pouvant faire ni traité, ni concordat, disait-il, ne pouvant pénétrer dans le domaine religieux sans violer la Constitution, nous ne pouvons avoir d'agent auprès du chef de l'Eglise, car il ne peut être chargé d'aucune mission qui touchei'ait aux intérêts religieux du pays. »

Et ailleurs l'honorable ministre des affaires étrangères disait :

a Une règle fondamentale en droit public interdit de la manière la plus formelle l'existence d'un ambassadeur ayant un pouvoir quelconque de traiter au nom de la Belgique. »

Et ailleurs encore l'honorable ministre disait :

« Quel peut être l'objet de la mission d'un ministre belge accrédité auprès du Vatican? La Constitution nous défend d'intervenir dans les rapports du clergé avec le chef de l'Eglise.

<c Nous ne discuterons pas, en ce moment, cette position ; mais il semble apparent que, quelque forme que l'on veuille lui donner, elle ne peut guère servir qu'à exposer le gouvernement à des embarras quand les catholiques sont au banc ministériel et qu'elle deviendrait un sujet de dérision si les libéraux étaient au pouvoir. »

L'honorable ministre des afiEaires étrangères n'était pas seul de son avis : beaucoup de membres de la gauche partageaient sa manière de voir. L'honorable M. Guillery, président de cette Chambre, me permettra de le citer. Voici ce qu'il disait ici le il mai 1873:

ce Nous ne pouvons maintenir une dépense qui n'est pas seulement inutile, mais qui, par son inscription au budget, constitue une violation de la Constitution. »

L'honorable H. Bara était non moins catégorique :

u. is

(c Nous sommes incompëteats et impuissants en matière religieuse, disait-il.

a Est-ce que quand^le pape fait un acte religieux quelconque, le ministre belge peut avoir à réclamer quand cet acte le contrarie?

« Est-ce que, quand un différend existe au sujet d'une absobt* tUm à donner ou d'une dispense de mariage à accorder, le ministre belge peut aller dire au pape : Vous ferez bien de consentir à ce mariage, de donner cette absolution ? Mais non ; il eat radicalement incompétent en pareille matière. »

Examinant ensuite l'hypothèse où le ministre belge à Rome aurait pour mission de protester contre les exagérations des catholiques, l'honorable M. Bara continuait :

« Je suppose qu'au lieu d'un ministère catholique» il y ait ea un ministère libéral au pouvoir, et que les Belges aillent à Rome tenir le langage de certains catholiques exagérés. Je demande comment serait accueilli par le pape un ministre belge qui irait lui dire : Saint-père» ne croyez pas ce qu'ils vous disent; ils cèdent à une douce maniCi mais ils ne représentent nullement l'opinion dominante en Belgique.

ce Le pape, très probablement, lui dirait : Je ne vous écoute pas; vous parlez au nom de mes adversaires ! Et peut-être agirait-il à l'égard de notre ministre comme le fit jadis son prédécesseur à l'égard de M. Leclercq : il le renverrait. Et de nous, que dirai t-oû? On dirait que nous nous servons de notre ambassadeur pour insulter au saint-père, pour lui faire des remontrances dont il n'a nul besoin. Evidemment, Messieurs, la présence à Rome d'un ministre belge, représentant un gouverne* ment libéral, serait absolument intolérable ; elle y serait tout au moins inutile et pourrait y devenir une source de conflits. »

Et l'honorable M. Bara concluait ainsi :

« Quand on se place sur le terrain des principes et de l'utilité,

il est impossible de voter le maintien d*un ambassadeur à Rome. »

Certes, en présence de ces antécédents, il y avait lieu de craindre que H. le ministre des affaires étrangères ne mtt à exécution son programme d'opposition ; mais je me plais à lui rendre cette justice : peu de temps après son arrivée au pouvoir, il a rejeté le bagage de ceux qu'il appelle « des hommes sans responsabilité ».

C'est de sa part un grand sacrifice d'amour-propre en vue d'un grand intérêt national.

Le chef de parti s'est effacé devant l'homme d'Etat. Cet acte l'honore et nous devons lui en savoir gré. {Hilarité à gauche.)

L'attitude de M. le ministre des affaires étrangères rend, nous devons le reconnaître, sa position vis-à-vis de son parti assez di£Bcile, je dirai même très délicate.

Je compatis à son embarras, qui se trahissait visiblement dans le discours que nous venons d'entendre.

L'honorable ministre des affaires étrangères doit d'abord expliquer son changement à vue; il doit y rallier ses amis, ses collègues, les membres de la majorité; il doit leur faire adorer aujourd'hui ce qu'ils brûlaient hier; il doit se faire pardonner, lui, chef d'un gouvernement libéral, d'une majorité libérale, d'avoir £ait appel à l'intervention du saint-père dans les questions qui nous divisent.

Peut-être même à cet égard, en ce qui concerne la question scolaire, l'honorable ministre des affaires étrangères a-t-il dépassé la mesure, a-t-il été trop loin. Nous le verrons plus tard*.

Puis, à Rome, auprès du chef de l'Eglise, Thonorable ministre

des affaires étrangères, chef du gouvernement d'une nation

catholique, est l'apôtre de la modération, de l'apaisement. Il n'est pas, à Rome, l'ennemi du pape, de l'Eglise, du clergé.

Il serait par trop absurde, qu'on me passe le mot, de demander

au pape d'intervenir dans nos luttes intérieures, sans se mon-

trer, en apparence du moins, animé de bonnes intentions à regard de TEglise catholique et de ses ministres.

f admets ces bons sentiments chez le chef du gouvernement, je crois à sa sincérité et à sa bonne foi.

Mais ici, en Belgique, pour rallier sa majorité, Fhonorable ministre est obligé de courir sus au clergé. Le cléricalisme^ voilà tennemi ! Il est l'apôtre de la lutte et du combat. Nouveau Pierre FErmite libéral, il prêche la croisade de défense nationale contre leç menées du papisme, du romanisme, de l'ultramontanisme.

11 ouvre les bras à ceux qui, comme M. Janson, veulent bien le seconder dans cette lutte. 11 a besoin aussi de ceux qui, comme la Flandre libérale et son école, considèrent la religion catholique comme une religion misérable, dégradée, une véritable peste qu'il faut tâcher, par tous les moyens, d'extirper et de détruire.

Faire face à cette double position, jouer ce double jeu, contenter à la fois le pape et les catholiques d'une part, et de l'autre les tenants de la Flandre libérale, c'est une tâche extrêmement difficile, épineuse, à laquelle succomberait tout autre que l'honorable ministre des affaires étrangères.

• Je dirai franchement que le désaccord moinentané qui se manifeste dans les rangs de la gauche sur la question vaticane m'inquiète pour l'avenir. {Rires à gauche.)

Aujourd'hui, les avancés, qui soutiennent habituellement l'honorable ministre des affaires étrangères, votent contre lui sur cette question.

Ils n'exposent par là le cabinet à aucun péril, car le vote du maintien de la légation belge auprès du Vatican est assuré à ime grande majorité; mais je crains bien que, pour £sdre taire, dans d'autres circonstances, des velléités d'opposition qui se manifestent ici, je crains bien, dis-je, que le gouvernement ne soit entraîné à feire de nouvelles concessions à l'extrême gauche et au radicalisme. {Rires à gauche,)

Peut-être la présentation de la loi sur renseignement nnoyen, faite pendant cette discussion même, est-elle déjà le moyen de prouver à l'extrême gauche quon n'abandonne pas la lutte, qu'on veut la pousser avec vigueur et énergie. {Rires à gauche. — Approbation à droite.)

C'est, comme on le dit parfaitement bien à côté de moi, c'est la rançon du maintien de la légation. {Nouveaux rires à gauche. — Approbation à droite.)

Messieurs, voyons maintenant si les résultats obtenus à Rome sont si considérables que veut bien le dire l'honorable ministre des afiaires étrangères.

Je ne veux pas méconnaître que, sur la question constitutionnelle, l'échange de vues a produit quelque chose.

L'honorable ministre des affaires étrangères, sans le vouloir, a rendu service à la droite de cette Chambre en publiant les déclarations spontanées du saint-père.

Quel était, en effet, le grief qu'on faisait valoir contre nous?

<c L'Eglise catholique, disait-on, menace nos libertés constitutionnelles; les catholiques ne peuvent être à la fois constitutionnels et fidèles aux enseignements des Encycliques et du Syllabus; les catholiques sont des romains, des papistes, des ultramontains ; ils vont chercher leur mot d'ordre, leurs inspirations auprès d'un souverain étranger.

« L'immixtion du pape dans nos affaires, dans notre politique intérieure, c'est un véritable danger public ; il faut donc organiser la défense nationale de notre Constitution menacée ; il fout traiter les catholiques romains en ennemis, il faut les réduire à l'impuissance; il faut les mettre dans l'impossibilité absolue de nuire. »

Messieurs, tout cela s'est dit et répété tant sous Léon XIII que sous Pie IX.

Est-ce que le ministère actuel, qui s'intitule fièrement le minis-

tëre de la défense nationale, ne s'est pas créé au mois de juillet, et le souverain pontife actuel n*a-t-il pas été élu au mois de février 1878? Et lorsque nous discutions la question de la conci- Habilité de nos croyances religieuses avec nos principes constitutionnels, lors de la discussion de l'adresse en 1878, que disais-je à llionorable ministre des affaires étrangères ?

« La guerre déclarée par vous à lultramontanisme, lui disaisje, se justifie d'autant moins que, sur le siège de Pierre, les suffrages du sacré collège viennent d'appeler un souverain pontife que des liens particuliers rattachent à notre pays, un pape qui connaît la Belgique et qui l'aime profondément, qui était aimé et estimé de l'illustre fondateur de notre dynastie, un pape qui, avant de ceindre la tiare, avait écrit des mandements admirables sur l'Eglise et la civilisation ; un pape, enfin, qui tend le rameau d'olivier à ses persécuteurs et qui est à la veille de voir rétablir, dans les pays où elle était troublée, une paix religieuse, solide et durable? Le moment est bien choisi, vraiment, pour inaugurer la guerre religieuse en Belgique ! »

Messieurs, nous avons toujours, en toute occasion, protesté, dans cette Chambre et ailleurs, contre cette accusation odieuse, contre cette accusation que les évéques ont eu raison d'appeler (c inepte et mensongère )>, contre cette calomnie qui tendait à nous représenter comme ne pouvant pas être sincèrement et loyalement attachés à nos institutions. C'était un prétexte menteur pour cacher les violences et les injustices qu'on méditait

Nous vous disions : Vous interprétez mal les Encycliques et le SyUabus; nous pouvons admettre les enseignements de Rome dans leur intégrité sans être gênés le moins du monde dans nos devoirs de citoyens belges, fidèles et dévoués à l'œuvre de 1830.

Nous avons pris part, vous disions-nous, à l'œuvre de 1830. Ce sont les catholiques qui étaient les plus nombreux au Congrès. Nous citions les témoignages de Grégoire XVI et de Pie IX, qui.

loin de désavouer la participation des catholiques aux affaires publiques, les encourageaient et les approuvaient. Nous rappelions que Pie IX s*est exprimé en des termes extrêmement catégoriques sur le devoir, pour les Belges, de se rallier à la Constitution, quand il disait à Tbonorable chanoine De Haerne :

« Vous avez, en Belgique, d'admirables institutions; vous avez une véritable liberté, pas une liberté de nom, mais une liberté de &it; une liberté réelle qui se traduit par des résultats positifs. On en a la preuve dans ces innombrables établissements qu*on a vus surgir comme par enchantement, depuis 1830, en Belgique. »

M. WMber. — En quelle année?

M. Ck>rne8w. -^ En 1846.

M, Wartier.^Ah!

M. Ck>ni00fle. — Nous invoquions les paroles de Rome ; nous vous défiions de citer un mot sorti de la bouche de Grégoire XVI ou de Pie IX, tendant k hire croire aux catholiques qu'ils ne pouvaient pas loyalement rester fidèles au serment qu'ils avaient prêté à la Constitution ; tous les catholiques qui allaient à Rome en sont toujours revenus convaincus qu'ils pouvaient concilier leurs convictions religieuses avec le respect du serment prêté à la Constitution.

Et en Belgique, nous invoquions le témoignage de tous les cardinaux qui se sont succédé sur le siège de Malines, le cardinal prince de Méan, le cardinal Sterckx, le cardinal Dechamps. N'ont-ils pas publié des brochures, écrit des lettres pour démon-* trer que le devoir des catholiques pouvait se concilier avec le respect et l'attachement à nos institutions? Et les évêques, dyns toutes les circonstances où ils ont fait connaître leurs sentiments, n*ont-ils pas dit aux catholiques : Il faut respecter, défendre la Constitution; il faut y être fidèle?

L'évéque de Liège, Mgr de Montpellier, n*a-t-il pas dit : a La Constitution, nous devons la défendre contre les atteintes d*an despotisme persécuteur ; la Constitution est Toeuvre des catholiques ; elle est une nécessité sociale à laquelle on ne peut pas se soustraire sans exposer le pays à des troubles graves que l'Eglise ne peut pas vouloir ? y>

Nous vous rappelions que lorsque, en 1856, la Belgique célébrait le 25* anniversaire de son indépendance, tous les évéques belges étaient groupés autour du Trône, se félicitant avec les grands corps de FEtat des résultats obtenus depuis 1830, et frisant ainsi acte d'adhésion solennelle et publique à la loi fondamentale qui nous régit.

Nous invoquions nos serments, notre loyauté, notre honneur ; nous invoquions notre intérêt, l'intérêt de la religion même, en prouvant que les catholiques étaient intéressés au maintien et à la défense de la Constitution ; qu'ils n'avaient absolument rien à gagner à la renverser.

Rien n'y faisait. « Les temps ne sont pas venus, nous disiezvous. Rome est là; sa politique est lente; elle est patiente; elle est implacable, et à un moment donné elle brisera toutes les résistances et vous fera marcher à sa voix. »

Voilà les griefs qu'on formulait contre nous !

Eh bien, je demande aujourd'hui à l'honorable chef du cabinet : Qu'est-il allé obtenir à Rome? Il y a obtenu la confirmation pleine et entière de toutes nos déclarations, la preuve de leur sincérité, de leur parfaite orthodoxie; non seulement nous pouvons, mais nous devons être profondément attachés à la Constitution belge ; nous ne sommes pas condamnés à la subir, comme vous l'avez toujours soutenu; mais nous devons la défendre comme la meilleure qui convienne à nos mœurs, à notre tempérament, à nos besoins. Elle a ses débuts sans doute; elle ne fait pas à la religion et au bien une part idéale, mais elle leur fait une part assez

belle pour que les catholiques doivent s'y attacher loyalement et sans aucune espèce d'arriëre-pensi^e. Je ne cite pas, Messieurs, tout ce qui se trouve à cet égard dans les dépêches. Ces passages sont connus de tout le monde.

En présence du langage de Léon XIII, il est impossible aujourd'hui de nous accuser encore de méditer le renversement de nos institutions. Rome a parlé; elle a parlé spontanément d'abord; elle avait parlé avant que vous fussiez au pouvoir ; mais vous avez exigé davantage, vous l'avez interrogée, et elle a confirmé avec plus d'énergie, de précision et de clarté les devoirs des catholiques belges. Certes, Messieurs, nous n'avions pas besoin, nous catholiques, de ces déclarations venues de Rome. Nous savions parfaitement que nos convictions politiques pouvaient s'allier avec nos croyances religieuses. Nous n'en avions jamais douté un seul instant.

Nous l'avons affirmé partout, dans cette Chambre et ailleurs, et jamais, je dois le dire, une parole réellement autorisée n'est venue nous dire que nous nous trompions.

Mais, au nom des catholiques belges, je dois remercier le saint-père d'avoir dissipé avec tant de lumière, avec tant de netteté, les équivoques que vous accumuliez pour faire croire que nous ne pouvions pas être à la fois sincèrement catholiques et sincèrement constitutionnels. Je remercie le saint-père d'avoir si nettement tracé la voie que l'immense majorité des catholiques belges n'a jamais cessé de suivre.

Rome a parlé ; la cause est finie ! et c'est l'honorable ministre des affaires étrangères qui se fait lui-même Tinstrument de cette révélation! Il me sera permis de dire, à ce propos, que la Providence a parfois de ces coups {longue hilarité à gauche) qui rappellent cette parole : Salus ex inimkU suis !

L'honorable ministre a brisé dans ses mains l'arme qu'il maniait si bien contre nous. Désormais ce grief vous échappe;

et quand vous viendrez nous parler de guerre civile s'organiaant contre nos institutions, quand vous viendrez nous parler de l'organisation de notre défense nationale, nous serons en droit de vous dire que vous &ites du don quichottisme politique à l'intention des badauds et des niais. (Très bien ! à draiie. — Hilariti à gauche.)

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — Demandez à M. Thonissen.

M. CSomasge. — Je n'ai rien k demander à l'honorable M. Thonissen. Il s'agit de distinguer entre la phase ancienne et la phase actuelle. Vous pouvez dire sur le passé tout ce que vous voudrez, je n'ai pas à y entrer. Mais vous prétendez avoir obtenu de grands résultats à Rome; vous pràtendez que ces résultats doivent être efficaces. Eh bien, je les prends ces résultats; quels sont-ils? Pour nous, ils établissent que nous sommes sincèrement, loyalement, fidèlement attachés à notre Constitution; mais pour vous, ils auront pour effet de vous défendre, à l'avenir, de parler encore de prétendue défense nationale contre nous, puisque Rome, par Torgane du souverain pontife, a déclaré que nous devions rester fidèles et dévoués à nos institutions. (2Y^ bien ! à droite. — HUarité à gaïuihe.) Je ne comprends pas ces rires. Que signiflent-iis?

Je voudrais que ceux qui rient voulussent bien dire pourquoi ils le font.

Je comprends que l'honorable ministre des affaires étrangères soit embarrassé de sa situation. (Nouvelle hilarité à gauche.) Lui, le chef du cabinet de la défense nationale contre les menaces du romanisme et du cléricalisme, produisant les déclarations de Léon XIII, est quelque peu gôné de son succès. Il me feit l'effet de quelqu'un qui aurait gagné un éléphant à la loterie. (HUarité à gauche.) Il recule devant les conséquences logiques, néoessaires, des résultats qu'il a obtenus*

,, ministre de la Juitiee. — Devant réléphant.

M. Ck>meBge. — 11 vous dit bien : « Tai obtenu un résultat considérable, il est énorme ».

M. Bara, ministre de la justice. — Un éléphant !

M. Gomesae. — « Ce résultat dépasse même les limites de la Belgique, o*est un résultat européen... »

M. Bara, ministre de la justice. — Un immense éléphant! (HilarUé)

M. Gomesse. — « ...mais cela ne changera rien à notre politique! Nous continuerons à poursuivre, contre les catholiques, une guerre implacable et sans relâche. »

C'est bien ce quHl a dit. Et pourquoi donc? Ah! c'est que M. Périn a fiait récemment, à Louvain, un discours dans lequel il a &it des réserves et déclaré qu'il continuerait, comme par le passé, à propager par ses écrits renseignement idéal et théorique qu'il considère comme les véritables lois de la société chrétienne. Or, aux yeux de l'honorable ministre des affaires étrangères, M. Périn, c'est la loi et les prophètes; c'est la Bel^ gique catholique tout entière !

Qu'importe le pape ! qu'importent ses déclarations et les déclarations de tous les catholiques belges !

L'honorable ministre, fidèle à une vieille tactique qu'il a fréquemment apportée dans les débats de cette Chambre, aime à créer des incidents. Il s'attache au fiait Périn, il élève l'homme, il grossit le fiait, pour ne pas dire qu'il le dénature ; l'exception devient la règle; il conclut du particulier au général; il bâtit des synthèses sur une pointe d'aiguille, et voilà que, par un mot de M. Périn à Louvain, tout le bénéfice, toutes les conséquences de l'échange de vues s'évanouissent; l'honorable ministre des affaires étrangères doit continuer sa politique absolument comme auparavant; il doit rester armé comme s'il n'avait rien obtenu. Est-ce logique, est-ce sérieux?

et quand vous viendrez nous parler d' .,f AjecUon tirée des contre nos institutiona, quand ■■ . va gauche.) l'organisation de notre défèns ' d'antres professeurs que

vous dire que vous faites d' >«urs qui siègent parmi nous?

tenlion des badauds el def /• Smolders, l'honorable M. Del-

à gauche.) ^•' £st-ce que ces trois membres

H. Frère-Orban, n y/ours été dévoués et fidèles à la Conà M. Thonissen. .^é désavoués par des voix autorisées?

M. CornesBs. - >ns personnelles ont jamais nui h \m M. Thonissen. Il

la phase actuell 'jde l'université de Louvain, et dont un grand voudrez, je n'- . '-y cette enceinte, ne sont-ils pas aussi bons de grands r .'y^toués à nos institutions, à la dynastie, à l'œuvre doivent ôtr /V^ dièves de Liège, de Gand et de Bruxelles? sont-ils? /^^fifo^ peu à l'honorable ministre des aSiires ment, ' ^'^ut je ne comprends pas l'altitude. Le langage de I r doit continuer avec li e son enseignement, coolre

^«^uliats obtenus ne sont que des résultats platoniques.

''^^1 ainsi, c'est donc que vous n'êtes pas allé àRomediiis

y^isée sincère de pacification et d'apaisement.

^<j[es-vous donc allé feireàRome? Dites-nous une bonne

.yel a été votre but en obtenant du saint-père l'expressioa

'^seniimenls?

foas n'avez pas pu espérer, je pense, que si vous continuis

^re politique de guerre et de combat, vous n'avez pas pu espé-

^ de nous désarmer et de nous voir abandonner la IviK,

f«noncer fi ciéer des écoles pour neutraliser la peinicin»

iofluencc du» vôtres, renoncer à combattre une politique foi

travaille îi déoliristianiser la Belgique et qui a jeté la division

parioui.

mais r V'J suffit : la guerre h l'intérieur à nir, fl^i^ contre le clergé, contre son ■

^^ ^ part que vous avez apportée dans cette œuvre de

^ ^ est Tacte d'apaisement que vous avez posé

SL obtenu du saint-père la certitude absolue ^ jQ n'a rien à redouter des catholiques? Je n'en

^ L imaginé la loi récemment déposée sur l'enseignement

nouvelle œuvre de guerre et de combat contre la liberté dignement, {fiirtz à gauche.)

Vous allez encore par là, malgré le déficit, obérer considérablement le trésor public, et cela uniquement pour servir vos passions politiques. {Rires à gauche. — Approbation à droite.)

Votre loi de malheur du 1*' juillet 1879 a été déposée au moment où vous aviez déjà ^btenu les déclarations les plus rassurantes de Léon XIII.

Quelles garanties avez-vous données pour assurer l'efficacité de l'instruction religieuse?

Je vous ai démontré que l'article 4 n'offre que des garanties dérisoires, à l'efficacité desquelles vpus ne croyez pas vousmême. Vous avez dit vous-même que le clergé ne pourrait aller dans vos écoles, que vous ne l'y appeliez que par tactique, afin de défendre plus facilement votre œuvre, de la faire pénétrer plus facilement dans l'esprit des populations. Voilà ce que vous avez fait !

Mais il y a dans votre loi autre chose que des dispositions relatives aux écoles primaires proprement dites ; il y a celles qui sont relatives à vos écoles normales. Eh bien, qu'avez-vous fait pour les écoles normales?

Des membres a gauche : A la question! (Bruit à droite,)

M. Gomesse. — Mais je suis dans le cœur de la question. {Hilarité à gauche.)

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — ... de la question scolaire.

M. €2ome8se. — Je vous démontre en ce moment que, dans l'œuvre de pacification que vous êtes allé entreprendre à Romei vous n'avez absolument rien apporté de votre côté; je vous démontre qu'à la suite des déclarations que vous aviez obtenues, on n'a vu se produire ni l'efficacité des conseils qui vous ont été donnés par le saint-père, ni cet esprit de sagesse, de modération et de prudence que vous conseillez tant aux autres et dont le gouvernement surtout devrait le premier donner l'exemple.

Car enfin, le gouvernement n'est pas la chose d'un parti ; le gouvernement est la chose nationale ; le gouvernement ne doit pas gouverner pour un parti, mais pour la nation.

C'est lui qui, allant à Rome prêcher la paix auprès du pape, demander son intervention...

M. Frère-Orban, minUtre des affaires àrangères. — Je n'ai rien demandé du tout.

M. GomoBse. — ... devrait donner l'exemple de la modération, de la prudence, de la conciliation, et montrer au pays œ qui a été fait pour ramener réellement l'apaisement et le calme dans les esprits. (Très bien! très bien ! à droite.)

Pour en revenir aux écoles normales, les journaux ont cité des faits qui n'ont pas été démentis et qui concernent l'école normale des filles de Fragnée. Ces faits sont d'une gravité extrême et démontrent le véritable esprit qui a présidé à l'œuvre de 1879.

Je lis textuellement :

« Laumônier en a été congédié et avec lui tout enseignement religieux et toutes les pratiques de la vie catholique.

a La chapelle y a été littéralement démolie pièce à pièce, les saintes images proscrites» le confessionnal et l'autel enlevés, le tabernacle et Dieu mis dehors : le sanctuaire où se célébrait la sainte messe et où se distribuait la sainte communion n'est plus qu'une salle d'exercices plus ou moins oratoires.

« Oo a servi dtner gras sans distinction aux élèves : la plupart, il &ut le dire à leur honneur, auraient refusé de toucher à ce repas, et l'on aurait alors pris les noms de celles qui entendaient suivre désormais les préceptes de TEglise, pour les satis&ire — provisoirement sans doute !

« On ne s'est pas contenté de leur mettre en main les livres de morale de M. TiberghieUt ou d'histoire mensongère de H. Van der Kindere, rédacteur de la Revue de Belgique. Une brochure — Un mot de $ympaihie aux instituteun — a été distribuée à ces demoiselles. »

La première partie de cet écrit protestant traite de la confession, pour aboutir à la conclusion suivante :

a li est donc établi pour quiconque veut ouvrir les yeux et lire que Jésus-Christ a donné le pouvoir de remettre les péchés ou de les retenir, à ses apôtres et jamais aux prêtres de Rome ni à aucun autre prêtre; qu'il n'a donné à ses apôtres ni la mission ni le droit de transmettre leur pouvoir; — que les apôtres ne l'ont jamais transmis ; — enfin, que les apôtres ne l'ont jamais exercé comme l'entend Rome. »

Et l'on ajoute en note : « Et que l'on ne vous efi'raye pas par la tradition : la tradition n'a été fabriquée que par le clergé. Elle a commencé comme une petite boule de neige» mais en roulant à travers les siècles, elle est devenue une avalanche capable d'écraser tout ce qui a vie dans l'âme humaine. »

On voit la perfidie ; on va entendre le blasphème :

« D'ailleurs, si vous examiniez l'hostie, dit-il, et le liquide que le prêtre mange et boit à Fautel» vous vous assureriez que c'est toujours, dans le premier cas, de la farine pétrie, et dans le second du vin ; jamais autre chose. Mais ne prolongeons pas la discussion. Croyez-en ce que vous voudrez, etc.! »

Voilà, Messieurs, ce que l'on distribue dans l'école normale des filles de Fragnée.

M. Van Humbeeck, ministre de tinstruction publique. — Vous vous portez garant de cela? .

M. Gomesge. — Je vous dis que ces Êdts ont été publiés dans la presse et qu'ils n'ont pas été démentis.

M. Frère-Orbaa, ministre des affaires étrangères. — Dans votre presse.

M. Van Hnmbeeck, ministre de l'instruction pubUque. — Dans quel journal?

M. Gornesse. — Dans la Gazette de Liège. {Exdamations à gauche.)

M. Jacoba. — Ce n'est évidemment pas dans YEeho du Parlement.

M. Ckimesae. — Ce n'est pas, comme on le dit à côté de moi, dans YEcho du Parlement. Si ces faits sont inexacts, il faut les démentir. Cela n a pas eu lieu jusqu'ici.

M. Van Hnmbeeck, ministre de ^instruction publique. — Mais il faudrait créer des journaux spéciaux pour démentir les vôtres.

M. Gornesge. — A chaque instant vous invoquez la presse, et quand on vous signale dans la presse des fiedts publiés depuis longtemps sans avoir rencontré la moindre contradiction, est-ce que nous ne pouvons pas les invoquer aussi et vous dire : Voilà ce qui se passe ! {Exclamations à gauche.)

Un membre a gauche : A la question !

M. Gornesse. — Je vous a£Srme personnellement que les deux ouvrages de M. Tiberghien se trouvent dans la bibliothèque de l'école normale.

Un membre a gauche : Eh bien?

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — Est-ce qu'on ne peut lire que les livres qui ne sont pas à l'index?

M. Gomegse. — Ces livres sont à l'index.

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — Alors, il fiiut les exclure. (Interruptions à droite.) Ne vous placez pas sur

ce terrain, vous vous exposeriez à un grand ridicule. {Interrup^ lions à droite.)

M. le président. — Veuillez faire silence.

M. Ctomesse. — Vous prétendez...

M. le président — Je vous prie, monsieur Gornesse, de vous adresser au président ou à la Chambre.

M. Gomesse. — Vous prétendez que l'instruction religieuse est parfaitement assurée, que vous prenez toutes les précautions pour empêcher les croyances des jeunes gens d*étre atteintes, et je vous démontre en ce moment que vous mettez à la disposition delà jeunesse de véritables poisons au point de vue religieux; vous empoisonnez, comme l'a dit un jour M. Malou, la source même de l'enseignement, l'école normale.

M. Bara, ministre de la justice. — Est-ce que des ouvrages protestants ne pourraient pas se trouver dans la bibliothèque d'une école normale?

M. Gomesse. — Voilà ce qui se passe dans les écoles normales. Ces écoles sont devenues des pépinières de libres-penseurs et de libres-penseuses, de véritables laboratoires de libéralisme et d^indifférence religieuse. Et vous avez imposé aux communes l'obligation de choisir leurs instituteurs et leurs institutrices dans ces écoles.

Vous avez voulu former les maîtres et les maîtresses à votre façon, leur inculquer vos idées rationalistes et libres-penseuses. Pour y parvenir, vous avez vinculé la liberté d'enseignement et la liberté... du choix des communes. {Très bien! très bien! à droite.)

M. Bara, ministre de la justice. — Voilà de la tolérance.

M. Gomesse. — Et dans l'exécution même de votre loi, quelle

a donc été votre modération? Gomment avez-vous répondu aux

sentiments du saint-père? Mais la dernière discussion a révélé de

la manière la plus éclatante votre violence, vos attentats aux n 19

libertés communales et provinciales, votre hostilité systématique à renseignement libre; à renseignement catholique, auquel vous voulez refuser tout asile, que vous considérez comme un ennemi public que. Ion ne peut favoriser de la &çon la plus indirecte sans blesser Tintérêt général ! Il faut Texclure ; il faut le proscrire.

Aux établissements publics qui veulent vendre ou louer certains immeubles, vous imposez Tobligation d'insérer dans leurs baux ou dans leurs actes de vente que Timmeuble dont il s'agit ne pourra pas servir renseignement libre, sous prétexte que cet enseignement blesse Tintérét général, est contraire aux bonnes mœurs.

Voilà les gages de pacification et d*apaisement que vous avez apportés en échange des jsentiments de modération, de prudence, de sagesse, que vous avez entendu exprimer à Rome.

M. Bara, ministre de la justice. — Aux évoques.

M. Gomesse. — Le péril constitutionnel et social dérivant de la conspiration ultramontaine a complètement disparu. Il ne peut plus loyalement en être question. Mais si vous avez contribué k dissiper tout danger du côté des catholiques, en est^il de même en ce qui concerâe vos propres amis, ceux qui vous soutiennent et qui vous permettent de gouverner, ceux sans lesquels vous ne resteriez pas vingt-quatre heures sur les bancs ministériels? (Rires à gauche.)

Le radicalisme désarme-t-il? La presse libérale montre-t-elie des velléités de modération, de pacification, de trêve?

La Revue de Belgique a-t-elle applaudi aux résultats que vous dites avoir obtenus?

La Flandre libérale a-t-elle changé d*allures? Comment a-t-elle apprécié réchange de vues?

Je pourrais rappeler ici la polémique violente qui s*est engagée entre la Flandre libérale et l'organe ofiicieux de M. le ministre des affaires étrangères. Cette polémique a pris, à certains moments.

des allures tellement vives, qu'elle a rappelé la période de 1870 1 où rhonorable ministre des affaires étrangères envoyait des démentis à Thomme masqué, qui se cachait derrière les colonnes du Journal de Gand.

Vous nous prêchez Tapaisement sur le terrain religieux; mais qu'avons- nous vu depuis quelque temps dans cette Chambre? Est-on jamais allé plus loin dans la guerre &ite au clergé? Dans la discussion du budget de la justice, les orateurs de la majorité qui ont pris la parole n*ont-ils pas réclamé la diminution de la dotation budgétaire affectée au culte catholique? S*est-il élevé une seule voix de vos bancs pour protester contre ces tendances anticonstitutionnelles? Et comment M. le ministre de la justice a-t-il soutenu le clergé? Je l'ai dit dans une précédente discussion : il Ta soutenu comme la corde soutient le pendu ! Et vousmême, monsieur le ministre des affaires étrangères, n*avez-vous pas consacré votre dernier discours à une attaque violente contre le clergé belge?

Concluons, Messieurs.

M. Bara, ministre de la justice. — C*est ça, concluons!

M. Gomesse. — Cette situation justifie la thèse des logiciens de votre parti qui tirent les conséquences naturelles de vos paroles, de votre dénigrement systématique à Fégard du clergé.

Vous nous reprochez d'avoir dans nos rangs M. Périn, et vous vous autorisez des réserves qu'il a faites pour continuer votre prétendue défense nationale contre renseignement libre ; mais, Messieurs, parmi vous n'y a-t-il pas bien d'autres périls à signaler, des périls bien autrement sérieux que le langage de M. Périn? Chez vous, ce ne sont pas des professeurs, des idéologues, des penseurs, des philosophes, espèce peu dangereuse, sans mandat public, qui attaquent la Constitution. Vous avez parmi vous, dans vos rangs, des hommes politiques considérables, actifs, iutel-

ligents» éloquents, qui ont &it des professions de foi profondément hostiles à nos institutions et bien plus inquiétantes que les théories inoffensives de M. Périn.

Lorsque, dans une de nos dernières séances, Phonorable ministre des affaires étrangères parlait de H. Périn, je l'ai interrompu en disant : Mais vous faites élire et vous avez parmi vous des hommes qui ont &it des professions de foi extrêmement compromettantes, qui ont des antécédents d'hostilité envers nos institutions, qui ont parlé des pierres vermoulues de la Constitution ! Qu'avez-vous répondu : « Gela n'a aucun rapport avec la question. 11 ne s'agit pas là d'enseignement.

Si ces paroles ont été dites autrefois, elles Tout été dans des polémiques ou des écrits en dehors de l'enseignement. j>

C'est très vrai, mais elles ont été dites dans des circonstances bien plus graves que daos une leçon, alors que ceux qui les prononçaient briguaient un mandat public, et elles ont été ratifiées par le suffrage du corps électoral, qui a investi de ce mandat celui qui les avait prononcées.

Ai-je besoin de rappeler le langage que tenait l'honorable M. Orts, lorsqu'il faisait la scission d'avec l'association libérale de Bruxelles? 11 signalait cette association comme un foyer dangereux, comme un foyer d'hostilité à notre Constitution.

Et YEcho du Parlement lui-même disait qu'au sein de ce foyer se trouvaient une quantité de gens qui n'oseraient pas signer le programme : pas de république I

Ai-je besoin de rappeler ici le langage tenu par vos propres amis, signalant le danger de l'élection d'un de nos honorables collègues? Nous^ avons vu les membres les plus influents de la députation de Bruxelles se rendre de meeting en meeting pour la combattre !

Un membre a gauche : C'est la troisième édition.

M. Gomesse. — Comment! c'est la troisième édition! Hais

M. le ministre des affaires étrangères n'a-t-il pas &it la centième édition de M. Périn? Il en a parlé à tout propos dans cette Chambre, et en le faisant, il mettait en scène un homme qui n*est pas ici pour se défendre, qui n'est qu'un simple professeur et qui n'est investi d'aucun mandat public! (Très bien! à droite.)

M. Bara, ministre de la justice, — II a un mandat des évêques.

M. Ctomesse. — Et quand vous nous attaquez, quand nous sommes en droit de légitime défense, nous ne pourrions invoquer les déclarations de vos propres amis, leurs professions de foi? nous ne pourrions pas dire que vous-même avez dénoncé comme un danger public la composition actuelle de l'association libérale de Bruxelles, que vous avez considéré l'élection de M. Janson comme un péril, comme rompant définitivement la barrière entre le libéralisme et le socialisme! (Très bien! à droite.)

Vous n'avez rien &it pour réfréner les passions de votre parti; au contraire, ces passions vous les avez favorisées, vous les avez alimentées. {Bruit à gauche. — Vive approbation à droite.)

L'honorable ministre des affaires étrangères a ouvert les bras au nouvel élu, et à la séance du 28 septembre 1878, répondant à ce que j'avais dit de la candidature et de la nomination de M. Janson, il s'est écrié : Cet honorable membre a été élu pour aider le gouvernement à combattre l'ultramontanisme, et nous acceptons son concours avec reconnaissance !

Et vous voudriez, Messieurs, qu'en présence de cette alliance offensive et défensive, conclue entre l'honorable ministre des affaires étrangères et l'honorable M. Janson, pour faire la guerre au clergé et aux catholiques belges, ceux-ci ne soient pas inquiets !

La loi de 1879 a été le produit de cette alliance ; elle a été élaborée sous cette influence par l'honorable M. Van Humbeeck, qui, lui aussi, avait des antécédents de nature à inspirer aux

catholiques les plus vives alarmes, les plus sérieuses inquiétudes. Et vous voudriez que nous ne considérions pas cette loi comme un danger pour les croyances de Timmense majorité des Belges!

Là est le vrai péril de notre situation.

Le radicalisme vous laisse faire, il vous soutient, vous appuie, vous encourage, parce que vous travaillez pour lui !

Ce qui aggrave le péril, c*est Fexemple de la France.

Nous y voyons tout un parti, ayant dans ses rangs ceux qui réclament Tamnistie plénière et ceux qui font des ovations aux communards amnistiés, se réunir pour lutter contre le catholicisme. Vous serez entraînés à tous les excès, et vos tentatives de pacification, couronnées de succès du côté des catholiques, n'aboutiront jamais avec les éléments qui composent votre majorité.

Voilà le vrai péril, il est réel, il est considérable!

Et vous vous étonnez, dans ces circonstances, de ce que beaucoup de catholiques, si dévoués au roi et à nos institutions, éprouvent peu d'enthousiasme pour les fêtes jubilaires ! {Interruption à gauche.)

Il en est question des fêtes jubilaires dans rechange de vues; je puis donc en parler sans sortir de la question. La cause de ce manque d'enthousiasme chez quelques-uns de nos amis, c'est la détestable politique de guerre et de combat que vous pratiquez et qui, à la veille de la célébration de notre anniversaire national, est un véritable anachronisme.

Les élections de juin 1878 vous ont donné le pouvoir; vous Vavez eu un peu par surprise. {Protestation à gauche.) En ce sens que vous ne vous y attendiez pas. Vous avez été surpris vousmêmes de votre succès, voilà le sens de mes paroles.

Vous succédiez à un gouvernement qui, pendant huit ans, avait donné l'exemple de la plus grande modération, un gouvernement qui n'avait compromis aucune existence, qui n'avait brisé

aucun fonctionnaire! qui n'avait soulevé aucune question irritante» qui n avait pas allumé la guerre dans les esprits» qui vous avait même donné cette loi du couloir que vous avie:; demandée et à laquelle vous avez attribué votre succès.

M. Bockstael. — Voilà la. loi de malheur! {Rires à gauche,)

M. Gomes^e, -^ Pas pour vous, tout au moins, puisqu'elle vous a donné le pouvoir.

Succédant à un pareil ministère, à un pareil gouvernement, il semble que votre devoir était d*en continuer les traditions de modération et de sagesse.

Mais non : le calme vous est fatal; il vous faut Tagitation, la lutte. Il semble que plus le gouvernement précédent a été modéré, plus vous voulez vous montrer violents et injustes vis-à-vis de vos adversaires.

Pès votre arrivée, vous annoncez une politique de violence, de réaction et de combat. Vous organise? la défense nationale; vous destituez les gouverneurs et les commissaires d'arrondissement qui vous gênent. (Bruit à ga\i€he.)

Sous prétexte de réprimer les fraudes, vous faites une loi électorale proscrivant les ruraux et les prêtres, (Protestations à gauche,)

Cette première loi ne vous a passbiS; il vous en &ut une seconde sur les foyers...

A GAUCHE : A la question !

If. Cornesse. ^ Malgré le couloir, il vous a fallu des lois d'épuration du corps électoral ! Vous avez maintenu d'un autre côté les fraudes notoires qu'on vous signalait et qui pouvaient vous être favorables.

Vous avez organisé votre ministère de l'instruction publique comme engin de défense nationale contre les menées du cléricalisme.

Vous avez proposé votre loi de malheur et désorganisé l'enseignement primaire officiel.

Vous avez augmeoté les impôts ; tous avez aggravé le coaùngeat de Tarmée ; vous venez de présenter une nouvelle loi de guerre snr renseignement moyen.

Vous avez voulu vous assurer le présent par vos lois électorales et préparer Tavenir par vos lois sur renseignement

Et tout cela en dix-huit mois ! {Bruit à gauche.)

Voilà, Messieurs, la politique que vous avez inaugurée.

Est-ce de la modération? Avez-vous fait quelque chose pour rallier les catholiques à votre politique? Avez-vous bit quelque chose pour raviver les traditions de 1830 et faire renaître Fesprit d'union?

Vous avez réussi à semer dans les consciences et dans les intérêts une agitation comme la Belgique n*en a pas connu depuis un demi-siècle.

Ah! convébez-en, toute votre conduite politique a été telle, qu'elle pouvait décourager un patriotisme moins énergique et moins profond que celui des catholiques. Vous avez tout &it pour qu'ils se retirent sur le mont Aventin, en vous laissant monter seuls au Gapitole pour célébrer les fêtes de l'Union nationale, mot qui est devenu aujourd'hui, à la suite de vos agissements, une amëre et sanglante ironie !

Messieurs, je pourrais vous demander ce que vous avez fait des conseils que vous avez reçus à Rome. Mais vous en avez reçu ailleurs qu'à Rome. Je pourrais vous demander ce que vous faites du programme sorti, à Tournai, d'une bouche auguste.

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — (Test inconstitutionnel ce que vous dites là. Le Roi a parlé sous notre responsabilité. Son langage, c'est notre langage.

M. Ck>me88e. — Tâchez alors de mettre votre conduite en rapport avec votre langage.

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — Je m'en charge.

M. Gornesse. — Êtes-vous animé de cet esprit viril et sage, qui a fondé la nationalité belge» par le rapprochement des partis? Faites-vous des efforts de générosité, de modération et de prévoyance?

Mais, Messieurs, si nous avions fait contre vous le quart, la dixième partie de ce que vous avez pratiqué contre nous depuis dix-huit mois, que de manifestations irréguliëres de la spontanéité foudroyante nous aurions vues ! Je n*hésite pas à dire que le quatrième pouvoir, la rue, Témeute, serait intervenu pour y mettre ordre.

N'avons-nous pas entendu, il y a quelques jours, dans cette Chambre même, promettre à Thonorable M. Malou que le jour où il voudrait réaliser son programme, le jour où il serait revenu au pouvoir, nous verrions la réédition des événements de 1857? Ces mots ont disparu des Annales parlementaires; mais le compte rendu analytique a reproduit textuellement les paroles que nous avons entendues.

M. Gtoblet d*Alviella. — Qu'entendez-vous dire par là?

M. le président. — Pas d*interruption , monsieur Goblet. Vous répondrez quand votre tour de parole sera venu.

M. Gornesse. — Ce n'est pas à vous que cela s'adresse. Tentends dire ce que j'ai dit et pas autre chose.

M. Goblet d*Alviella. — Je vous répondrai.

M. Gornesse. — Mais les catholiques, vous le savez bien, et c'est ce qui fait votre force, ne sont pas des brouillons et des fectieux.

M. Bara, ministre de la justice. — Mais si! mais si!

M. Gornesse. — Ils sont patients et résignés (rires à gauche)^ ils restent, malgré leurs griefs et vos provocations, attachés de cœur et d'âme à la dynastie et aux institutions nationales.

M. Bockstael. — Et nous donc !

M. Gornesse. — Ils ne sont pas le banc de sable dont parlait

Lëopold I*; ils font taire» par patriotisme, leur légitime indignation.

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — On l'entend bien.

M. Comesse. — Ils ont toujours agi de la sorte. En 1848, lorsqu*iIs vous ont tendu la main pour sauver la dynastie et Findépendance nationale, vous avess bien mal reconnu leurs serviees et leur dévouement. Vous les avez accusés d*avoir eu peur, et, à peine Torage était-il dissipé, à peine la tourmente était-elle passée, vous avez recommencé contre eux une guerre implacable et sans rel&che pour essayer de fixer définitivement votre suprématie. Celte fois encore, ils participeront aux fêtes et vous n*ai tiendrez aucun compte. Vous continuerez votre politique implacable. Vous êtes dans les mains et sous Tinfluence du radicalisme, qui vous pousse en avant et qui vous brisera plutôt que de vous permettre de vous arrêter. {Très bien ! à droite.)

Votre échange de vues et les conseils de modération n'aoront produit, en ce qui vous concerne, aucun effet; les résultats en sont pour vous complètement platoniques, complètement inefficaces. (Approbation à droite.)

Monsieur le président, je suis un peu fatigué et je désirerais remettre la suite de mon discours à demain.

M. le président. — Tâchez de terminer aujourd'hui, monsieur Gornesse.

M. Rogier. — Finissons cette discussion.

M. Frère-Orban, ministre des affaires étrangères. — Sur ce thème, on peut parler pendant quinze jours.

M. Comesse. — Je suis fatigué...

Deâ voix a droite : A demain !

M. le président. — Nous ne pouvons prendre l'habitude de terminer les séances k 5 heures moins un quart ; si la Chambre désire que tous les orateurs puissent se faire entendre, il faut

qu'elle consente à siéger un peu plus tard. Avec de petites séances et de longs discours, il serait impossible d*épuiser notre ordre du jour.

Je fais donc appel à la bonne volonté de Thonorable orateur. {Interruptions à droite.)

M. Gomesse. — Il est dix minutes plus tard qu'il n'était hier quand la séance a été levée et je suis un peu £atigué. Je désirerais donc pouvoir continuer demain.

M. le président — Veuillez continuer, monsieur Gomesse

A DROITE : A demain!

M. le président. — L'orateur était disposé à continuer, mais ce sont ses voisins qui l'en ont empêché. Veuillez continuer, monsieur Gornesse.

M. Gomesse. — Monsieur le président, j'invoque le précédent d'hier. Il est un quart d'heure plus tard qu'hier quand Thonorable ministre des affaires étrangères a demandé de remettre au lendemain la suite de son discours. Je vous prie, monsieur le président, de consulter la Chambre.

M. le président. — Si nous consultions le précédent d'hier, nous finirions les séances à 4 heures et demie; mais alors nous ne pourrions pas terminer le débat cette semaine, et si nous le continuions la semaine prochaine, nous ne pourrions pas voter, dans le cours de cette session, des projets de loi qui doivent faire lobjet de nos délibérations. Plus on veut de liberté dans les discussions, plus on doit savoir sacrifier quelque chose pour son opinion et, au besoin, prolonger la séance.

M. Gomesse. — Quand un orateur est fatigué et qu'il demande à remettre la suite de son discours au lendemain, il est sans exemple qu'on le lui ait refusé.

M. le président. — Non, ce n'est pas sans exemple. Ce qui est sans exemple, c'est l'insistance que vous apportez dans votre demande. Je ferai remarquer que l'orateur était disposé à conti-

Daer, mais que ses voisins, par ud procédé que je dois blâmer. Tout empêché de le foire.

Veuillez continuer, monsieur Gornesse.

M. Jacobs. — Je demande la parole.

M. de Zerezo de TctJada. — Ce que Ton accorde aux ans, on ne peut le refuser aux autres.

M. le président. — Il ne fiiut pas mettre la question sor oe terrain. Je regrette que les voisins de ITionorable H. Comesae ne lui aient pas permis de continuer. Maintenant, je puis donner la parole à M. Goblet pour le fait personnel dont il s'agissait tout à l'heure.

M. Ja€ob8. — Je demande la parole sur Tincident.

M. le président. — Il n'y a pas d'incident. La parole est i M. Goblet.

M. Jacobs. — Je demande la parole pour un bit personnel

M. le président. — Monsieur Jacobs, vous aurez la parole tout à l'heure. Actuellement, je la donne à M. Goblet pour un fiiit personnel plus ancien.

M. Goblet d'Alviella. — Tai demandé la parole pour protester contre une insinuation que j'espère ne plus voir se reproduire dans cette enceinte. Précisément à propos des paroles que j'ai prononcées dans la séance du 29 janvier, l'honorable M. Jottrand, qui parlait après moi, a montré comment se formaient les légendes dans la presse et dans le parti catholique ; il a établi comment, après qu'un orateur du parti libéral avait exprimé son opinion, on y attachait une interprétation qu'elle ne comportait pas. Puis, quand l'orateur incriminé avait rectifié, on acceptait pour le moment sa rectification , sauf à revenir ensuite sur l'incident et surtout à répandre au dehors, là où nous n'avons pas l'occasion de répondre, des interprétations qui n'étaient pas conformes à la vérité. Eh bien, cette fois ce n'est pas au dehors que cela se produit; c'est dans cette Chambre.

C'est à la suite de rincident vidé» après que le compte rendu sténographié a été à la disposition de tous les membres de cette Chambre, après que certains membres de la droite sont venus le consulter et ont pu constater la réalité des &its, c'est après cela que H. Cornesse vient encore insinuer que j'aurais alléré le compte rendu.

M. Cornesse. — Mais non ; ce n'est pas à vous que j'ai fait allusion.

M. Goblet d'AlvieUa. — Alors, je vous prierai de nommer celui de nos collègues dont il a été question.

M. Cornesse. — Ce n'est pas de vous qu'il s'agit ; je l'ai dit tout à l'heure de la &con la plus catégorique et je réitère cette déclaration. C'est Thonorable H. Janson qui a fait cette allusion dans son dernier discours.

M. Jacobs. — L'honorable président nous a dit qu'il devait blâmer les voisins de l'honorable M. Cornesse qui l'avaient engagé à remettre son discours à demain, alors qu'il était disposé à le continuer aujourd'hui.

J'ignore à qui M. le président a fait allusion ; ' mais comme je suis un des voisins et l'un des plus proches voisins de l'honorable M. Cornesse, je tiens à af&rmer que celui-ci avait formellement annoncé l'intention de remettre la suite de son discours à demain, et que c'est alors seulement que j'ai fait remarquer qu'il était dix minutes plus tard que l'heure à laquelle la séance d'hier a et levée.

Je me suis borné à constater ce fait à l'appui de la demand de l'honorable membre de remettre la suite de son discours à demain.

Je ne sais pas si M. le président a entendu faire allusion à d'autres que moi.

M. de Zerezo de TctJada. — Je ne puis, en ce qui me concerne, que confirmer les explications de l'honorable H. Jacobs.

nuer, mais que ses voisins, par uo proc-'-fcau que M. Comesse l'ont empêché de le faire. e* « «'« insisté poor U

Veuillez continuer, monsieur Cp 'Oo, fort inoppoituoe seten

M. Jacobs. — Je demande If ^ dix minutes de plus qu'hier.

H. de Zerezo de T«)ada. aisser l'orateur à lui-même et lui ne peut le refuser aux autf -«r avec te président seul. Voilà mon

M. le président. — 1' terrain. Je regrette aw/Me membre insiste-t-il pour la remise lui aient pas permis parole à M. Goble' ,(*"'• monsieur le président.

l'heure. j£ANCE DU 4 MARS 1880.

M. JacobF

-- A la séance d'hier, l'honorable H. ComesM t

M. le pr >

M r hlp* ^ '^^ m'accuser d'avoir altéré dans mon disooDrs

' j -'a'^ " ^^ reproduit aux AnnaU$ parkmmtairet, cer-

. .'ii<fi^ j'avais prononcée et il a été jusqu'à dire qu'une

) //i«it ^^ formulée par moi dans cette enceinte et qu'elle

y'^iTU des Annales parlementairet, ajoutant qu'elle avait été

/^i recueillie et reproduite par le Cot»pte ratdu aiMi%-

^i^Dible que, s'il y a un désaccord entre le CotHfle rend» ■Mque et le texte officiel des Annote* parlementaira, ce soit le ^ oHiciel qui doive prévaloir, puisqu'il est revu par les oraf5, tandis qu'ils ne revisent pas te Compte rendu analgtiqiu. ^ouorable membre en a pensé autrement, et trouvant dans le fyfiple rt'iidu analytique un mot qui n'était pas le mien, il s'en «st gfiparé pour m'atiribuer une menace que je n'avais pas foite et il I insinué ijueje n'avais pas eu le courage de le maintenir dans le texte ofliciel de mon discours.

La Clianibre appréciera ce procédé.

Je liens à constater que le texte de mon discours, tel qu'il a éië recueilli par la sténographie et qu'il a paru dans les Annota

^ part une correction de style assurément fort

^ent conforme à ce que J'ai dit, et j'espère

' ^ reconnaissant la vérité des faits, vou-

essions dont il s*est servi hier.

^^^ ^ 4 avoir eu le droit de dire que, si le parti

.it au pouvoir, réalisait certain programme, il aber dans les mésaventures qu'il a éprouvées

i-on qu'en 1857, le parti catholique a éprouvé des méatures au pouvoir?

Niera-t-on qu'à la suite des élections pour les conseils communaux, il a compris que le pays n'était pas avec lui ?

Niera-t-on qu'il a abandonné le pouvoir à ses adversaires? Niera-tron que ses adversaires politiques ont, à la suite d^élections nouvelles, obtenu dans la Chambre une majorité énorme et ne sera-t-il plus permis, dans le style parlementaire, de dire que ce sont là des mésaventures? S'il était interdit de s'exprimer ainsi, s*il était permis à quelqu'un de prétendre qu'un orateur qui s'est servi de cette expression a fait appel à l'émeute, il en résulterait que nous devrions biffer une page de notre histoire parlementaire. Nous ne renonçons pas à parler de ces mésaventures, et, quand nous en parlons, nul n'est autorisé à donner à nos paroles une interprétation qu'on ne peut leur donner qu'en nous prêtant une altération de texte que nous n'avons pas Faite.

M. Comesse. — Je répondrai deux mots à M. Janson.

Je dois avouer qu'en parcourant le discours de l'honorable membre aux Annales parlementaires, et y trouvant, à certain endroit, un projet prêté à l'honorable M. Malou, sans y voir ce que notre honorable collègue avait dit des événements de 1857, j'ai pensé que ce passage avait disparu aux Annales, Si, en citant les propos tenus par lui au sujet de ces événements, j'ai dit que je ne les avais pas retrouvés aux Annales, ce n'était pas du tout

dans rintention de lui imputer un manque de courage et de Faccaser d*avoir sciemment altéré les Annales parlementaires.

Il n*y avait aucune intention personnelle dans l'observation que j'ai présentée. Elle avait pour but de constater que M. Janson avait réellement dit les paroles dont j'argumentais. Ne les ayant pas trouvées aux Annales^ que je ne recois d'ailleurs pas à Bruxelles, parce qu'elles me sont envoyées à Liège, et que je n'avais pas le temps de lire et d'examiner avec attention, j'ai cherché la preuve de l'existence de ces paroles dans le Con^e rendu analytique.

Voici ce que j'y lis :

a Voilà la cause de toutes les violences épiscopales. Gela promet à M. Malou pour le jour où il voudra réaliser ce programme lorsqu'il sera revenu au pouvoir, une réédition des événements

de 1857. »

J'ai cru entendre exactement le même propos sortir de la

bouche de M. Janson, et j'y avais vu une véritable menace pour

le cas où M. Malou reviendrait au pouvoir et voudrait proposer

le projet de loi qu'il* a annoncé. La version des Annales difière

peu du compte rendu. Elles portent : c< A moins cependant qu'on

ne présente le projet de loi annoncé par l'honorable M. Malou, et

qu'on ne voie se renouveler, à cette occasion, les mésaventures

qu'a essuyées son parti lorsqu'il était au pouvoir en 1857. »

Ce souvenir de 1857 est mauvais à évoquer; je trouve que, sur les bancs de la gauche surtout, on devrait éviter de le faire.

Il est évident que, quand on parle du renouvellement des événements ou des mésaventures de 1857, on peut supposer que Ton a en vue ces émotions contagieuses de la spontanéité foudroyante qui se sont manifestées à cette époque. Ces tristes souvenirs devraient être bannis de nos discussions ; on ne devrait pas surtout les raviver pour menacer un gouvernement d*étre exposé à de semblables manifestations s'il s'avisait de présenter à la Chambre

un projet de loi. L'honorable M. Jaiisou nous dit qu il u a pas entendu faire allusion aux manifestations extraordinaires, aux émeutes, aux mouvements de la rue qui ont eu lieu à cette époque. J*accepte son explication, mais il devra reconnaître aussi que les expressions qui se trouvaient consignées au compte rendu analytique, comme celles qui se trouvaient aux Annales^ justifiaient les observations que j*ai présentées.

M. Janson. — Je ne donne pas à Thonorable membre d'explication ; je n*ai pas à lui en fournir. La pensée que j*ai exprimée est parfaitement correcte et c'est parce que l'honorable membre l'a dénaturée que j'ai dit k la Chambre quel était le sens de mes paroles.

Le mot c< mésaventure » appliqué à cet abandon du pouvoir auquel vous avez été contraint en 1857, par les élections communales, est certainement un mot fort juste. 11 est irréprochable au point de vue parlementaire, et ce mot-là ayant été dit et point un autre, vous n'avez pas le droit de m'attribuer une pensée que le mot ne comportait pas. Quoi qu'il en soit, vous reconnaissez maintenant que vous avez fait £ausse route. J'espère que la leçon profitera et que vous n'introduirez plus dans le débat des reproches du genre de celui que vous m'avez adressé et qui est assurément très immérité.

— L'incident est clos.

Bi. le Président. — La parole est continuée à M. Gornesse.

M. Gornesse. — Messieurs, il me reste à présenter quelques observations sur l'échange de vues en ce qui concerne la question scolaire. Il est impossible. Messieurs, de relever dans celte discussion toutes les erreurs qui ont été accumulées par l'honorable ministre des affaires étrangères dans les dépêches où il fait l'apologie de la loi du l'' juillet 1879.

On peut affirmer en toute vérité que ce n'est pas l'histoire vraie de notre régime scolaire qui a été faite dans ces dépêches ; pour

H. io

me servir d*une expression favorite de Thonorable minisire, c est du roman pur.

Messieurs, tous ceux qui ont suivi nos débats, nos discussions, feront aisément justice des affirmations que Fhonorable ministre des affaires étrangères a consignées dans la correspondance diplomatique, qui est un véritable plaidoyer pro domo; it né leur sera pas difficile de rectifier les erreurs nombreuses, multiples, que rhouorable membre a commises .

C'est ainsi que Fhonorable ministre des alTaires étr^ng'èi-es est allé dire à Rome que la loi de 1842 n'établissait pas d'écoles confessionnelles, qu'elle créait des écoles neutres; (|ue là loi nouvelle établissait pour l'instruction religieuse, sauf 6A ce qui concerne l'inspection et le choix des livres, absolument le même régime que celui qui avait été arrêté dans le règlement de 18i6 par l'honorable comte de Theux, de commun accord avec 1^ évêques; qu'il n'y avait rien été changé; qu'on s'était borné k introduire quelques changements motivés par des scrupules constitutionnels.

Je ne vais pas discuter à nouveau ces divers points. L'opinion publique est suffisamment édifiée à cet égard; Thonorable ministre des affaires étrangères se fait d'étranges illusions s'il s'imagine avoir fait partager à personne ses idées sur ee poiût ; j'en suis convaincu, il croit sincèrement ce qu'il dit, — mais ^rsonne ne le croira.

Messieurs, la position faite au saint-père par le gouyerneitiient belge a été souvent fort délicate : le saint-père, au début des négociations, avec une franchise complète, avait déclaré à Ilionorable ministre des affaires étrangères l'importance capitale qu'il attachait au maintien de la légation belge à Rome. II n'a pas dissimulé que ce serait pour lui une grande douleur^ une bles-* sure saignante de voir la Belgique, qu'il connaît dt qu'il aime, rompre avec lui ses relations diplomatiques.

Le saint-père a vécu longtemps au milieu de nous ; il a pu apprécief et voir fonctionner nos institutions; il a connu notre Rôi enfant; il n*y a pas de pays, enfin, auquel rattachent des liens plus intimes ; et il Fa prouvé pendant toute sà carrière, aussi bien comme archevêque de Pérouse que depuis qu'il est monté sur le trône pontifical.

Le saint-père a déclaré tout cela à Thonorable ministre des affaires étrangères.

Eh bien, Messieurs, je dois le dire, dans les documents diplomatiques je trouve très fréquemment répétées certaines paroles, je dirai certaines menaces qui ont produit sar moi la plus pénible impression, que tous ceux qui ont lu la correspondance doivent certainement comprendre, sinon partager.

Plus d*une fois, l'honorable M. Frère- Orban, connaissant les sentiments intimes du saint-père, à mis au cardinal Nina — qu'on me pasàe Fexpression — le marché à la mairi. Il y a dix, vingt passages, peut-être, des dépêches ministérielles où Thonorable M. Prère-Orban dit au cardinal : Il faut parler, il faut agir, sinon je ne réponds de rien ; la situation devient grave, et si vous n'agissez pas, il me sera impossible de maintenir l'ambassadeur auprès du Vatican.

Cette façon de procéder, je dois le déclarer, me semble une véritable violence morale, une menace sous condition exercée vis-à-vis d'une puissance désarmée, qui n'a, comme on Ta dit, ni bataillons ni canons et à l'égard de laquelle on peut prendre impunément la position que je signale. {Interruption à gauche.)

Je me garderai bien de placer ici le mot qui a tant ému l'honorable ministre des affaires étrangères et contre lequel il s'est élevé avec tant d'indignation, mot qui se trouve, quoi qu'il en ait dit, au Dictionnaire de l'Académie. Mais il m'est absolument impossible d'approuver les nombreux passageé des dépêches diplomatiques où le gouvernement belge a cru devoir prendre cette attitude. {Très bien! à droite.)

Cependant, le moyen na pas eu de succès; il n*a pas réussi. Le saint-père» ou plutôt son ministre, son secrétaire d*Etat n*a pas cessé de déclarer qu'il est complètement d'accord avec les évéques sur la question de principe. Le régime scolaire nouveau est mauvais ; il est détestable ; les évéques ont bien fait de le combattre etd*en paralyser autant que possible les pernicieux effets.

Le pape déplore la lutte soulevée par la présentation et Texëcution de cette loi. Messieurs, nous la déplorons aussi. On peut déplorer une guerre que Ton est obligé de soutenir, on peut déplorer d'être obligé de se défendre; mais ne doit-on pas moins, dans une guerre injuste, et quand on est en légitime défense, ne doit-on pas moins lutter avec énergie et persévérance pour empêcher l'oppression de triompher?

Or, Messieurs, à qui la faute de la situation actuelle? A qui remonte la responsabilité de cette guerre qui existe dans le pays? Est-ce aux évéques? Est-ce à eux qu'on doit la loi de malheur 1 Au contraire, ils ont signalé les bien&its de la loi de 1842; ils ont déclaré qu'elle était excellente; ils ont montré combien ii était dangereux d'y porter la main, et ils l'ont fait, avant la présentation de la loi, dans les mandements que vous incriminez si haut.

Leurs conseils n'ont pas été écoutés. Qui donc a voulu cette réforme? Les avancés, les radicaux, les Loges. {HUarité à gauche.) Ils la voulaient en haine de l'Eglise. (Rires à gauche. — Approbation à droite.) La preuve en a été surabondamment fournie. Cela n'est pas contestable. L'honorable ministre des affaires étrangères a cédé, parce que c'était une nécessité de sa position politique.

Voilà l'origine de la loi ! Si elle ne donnait pas satisfaction ï ceux qui l'ont imposée, la loi de 1879 n'eût pas été votée et admise par eux, ils ne s'en déclareraient pas satisfaits. Ils le sont cependant; pas complètement, je le veux bien, mais ils le sont assez pour pouvoir attendre patiemment la réalisation complète de leur programme; on leur a préparé les voies.

L'honorable ministre des affaires étrangères n*a-t-il pas déclaré, dans le cours de la discussion, que le régime scolaire actuel était la réalisation complète de la sécularisation de renseignement?

La religion, en effet, est bannie des matières obligatoires; Técole est devenue complètement neutre; c'est l'idéal de la firanc-maçonnerie réalisé. Ce qu'on maintient de religion, la place qu'on lui fait, sans qu'il n'y ait plus ni inspection, ni garantie efficace, n'est qu'un moyen de ne pas effaroucher les consciences des pères de famille catholiques.

Ce sont de vaines apparences. Il faut compter avec les préjugés, ne pas brusqueries choses.

Les partisans de la sécularisation absolue sont surtout satisfaits par l'organisation des écoles normales.

Au sujet de ces dernières, on n'a pas voulu admettre le moindre amendement.

Cependant, dans sa correspondance, l'honorable ministre des affaires étrangères a déclaré que si des amendements s'étaient produits, ils auraient été accueillis avec bienveillance et que, probablement, il y aurait été fait droit.

Eh bien. Messieurs, il y a eu un amendement; il s'est produit en section centrale où j'avais l'honneur de siéger; il tendait à permettre de choisir les instituteurs dans les écoles normales officielles et dans les écoles normales privées; — mais il a été rejeté.

Et voilà le gage de pacification qu'on a donné à Rome !

Les évéques ont lutté en restant sur le terrain légal et constitionnel ; ils ont lutté par la plume et par la parole.

Us n'ont fait que leur strict devoir; ils se sont trouvés en communauté complète d'idées et de sentiments avec tous les catholiques belges dignes de ce nom. {Très bien ! à droite.)

Us ont lutté avant la présentation de la loi; c'était un avertis-

sèment dont vous auriez dû tenir compte. Devaient-ils, pou- Yaient41s, la loi étant votée, déposer les laroies? Devaient-ils laisser Tœuvre de rindifférence et du rationalisoie, Toçuvre de la déchristianisation du pays s'accomplir sans obstacle?

Ah ! Messieurs» je n*hésite pas à le dire, et en cela je serai lorj^ane de mes amis de la droite tout entière et de ses commett^ts, après tout ce qui s est passé, après tout ce qui a lété dit ims cette Chambre et au dehors, les évêques, s*ils a'avajjBnt pas pris des mesures énergiques pour empêcher le mal dç se répandre, auraient gravement manqué à )eur mission et mén^ le blâme de tous le3 catholiques ! {Approbation à 4i^oite.)

Messieurs, nous n'avons pas à nous occuper icj des moy^eps puremeat religieux qu'ils ont employés; nous n'allons pas nous immiscer, j'imagine, dans les instructions doujçkées au^ confesseurs, instructions rédigées en latin et destinées spécialement aux ministres du sanctuaire.

(Ces actes exclusivement religieux ne sont pas de notre doni^ne, ni de notre compétence.

I^e saint-père n'a cessé de donner aux évêqueç des conseila de sagesse, de prudence, de modération. Il est adn^irablemeot daos son rôle. Ces conseils, qui laissent les évêques compliètegient libres dans l'appréciation des circonstances qui doivent dicter Ij^Mr .attitude^ lei^r conduite, les règles à imposer ^ux conscience catholiques, ces conseils, les évêques les ont suivis et les si^ivrool à l'avenir, cela ne fait de doute pour personne.

Cela ia)pl|que-t-il que les évêques ont été désavoués et condfamaés*à Rome, qu'u9 profond désaccord existe entre eux et le saint-siége?

L*hauorab]e ministre des afTaires étrangère^ f^t dériver ce blâme, ce désaccord de la dépêche du 5 octobre. Blais^ jSfessieurs, si ce désaccord peut exister à propos de certaines mesures, de certains actes, de certaines conclusions conduites d'une façon

inopportune, il n*en est pas joioins vrai que Thonorable ministre des affaires étrangères a voulu lui donner» dans votre séance d*hier, des proportions beaucoup plus vastes, beaucoup plus étendues .qu*il ne comporte en réalité. Il a prétendu trouver dans la correspondance diplomatique un blâme coipplet de ce que les évéques, condamnant le système même de la loi, avaient déclaré en principe que les écoles étaient piauvaises et n*avaient admis qye des exceptions, pour permettre aux catholiques de les fréquenter.

L*bonorable ministre vous a dit : Mais le pape a condamné les prescriptions des évoques en ce qui concerne la mise en interdit, en n^ss^e, des écoles officielles.

C>st Thonorable M. Frère-Orban qui nous Tai^rme; mais en fournit-il la preuve? Non, absolument pas.

L'honorable miniçtre des affaires étrangères, à propos de cet échange de pièces diplomatiques, se trouve dans une situation réellemeat commode. Il est seul à interpréter les actes venant de Rome; il n*y a pas de tribune à Rome; partant, Thonorable ministre n*a pas à craindre des explications contradictoires qui renverseraient les siennes. La position évidemment n*est pas égale.

L'honorable M. Frère Orban peut se livrer à une série de commentaires sans avoir à redouter même la contradiction ; mais il me semble que, sur le point que j'indique en ce moment, rhonorable ministre des affaires étrangères s*est complètement mépris.

Messieurs, j*ai relu, à ce propos, les documents diplomatiques relatifs à réchange de vues et, à moins de me tromper du tout au tout, ce que je ne pense pas, je constate que, pour ainsi dire, chaque page de cette longue correspondance porte la condnmnation par le saintsie^ge des écoles créées par la loi de 1879.. Je lis, par exemple, dans une dépêche du 8 février 1879 :

« L'influence de l'Eglise ne peut être efficace, si elle se voit privée des moyens pratiques de l'exercer, et le cas pourrait se représenter en Belgique, dans l'hypothèse où le projet de loi sur l'enseignement public récemment présenté aux Chambres serait, tel qu'il se trouve, approuvé et sanctionné. » Je trouve dans une autre dépéche,^elle du 28 avril 1879 : a Sa Sainteté m'a dit que l'instruction chrétienne de la jeunesse était naturellement une de ses principales préoccupations, ({u'elle trouvait nécessaire que cette instruction fût imprégnée des idées religieuses, l'une ne pouvant, sans graves dangers, être séparée des autres. »

Puis, dans une dépêche du 30 du même mois, je lis : « Quant à la conduite que tiendra le clergé après le vote de la loi... (c'était ce qui préoccupait le plus l'honorable ministre des affaires étrangères, parce qu'il fallait empêcher le succès de la campagne que la droite avait conduite contre la loi; on voulait arriver à ce que l'on avait qualifié d'avance de pitoyable avortement), c'est une question », écrit le cardinal Nina, a dont la solution appartient aux évêques. »

Dans une dépêche du 7 mai 1879, on s'exprime ainsi : « Le cardinal m'a répété que la décision à prendre après le vote de la loi sur l'enseignement primaire dépendait des évéques; quelque désagréable que puisse être pour eux l'adoption de cette loi, une fois le fait accompli, il y aura lieu pour l'épiscopat d'examiner ce qu'exige l'intérêt spirituel des familles catholiques, et le saint-siége sera toujours prêt à lui recommander la modération. » Dans la dépêche du 21 juin 4879, nous lisons : ce Son Eminence ne m'a pas dissimulé que le pape avait vu avec déplaisir la présentation de la loi de l'enseignement primaire.

« Le cardinal espère que» dans Tapplicaiion, le gouvernement du Roi usera de ménagements, afin que les principes et les croyances du peuple catholique soient blessés le moins possible.

«e Son Eminence estime que cette condition est indispensable pour permettre au pape de conserver la réserve qu'il s'est imposée non seulement en vue du bien des âmes, mais afin d'éviter en même temps de créer de nouveaux embarras au gouvernement du Roi.

... « Son Eminence m'a autorisé à vous déclarer que le saintsiége emploiera tous ses efforts afin que les catholiques ne prennent pas une attitude capable de troubler davantage les rapports entre l*Etat et l'Eglise, pourvu que, de son côté, il puisse avoir l'assurance de vos dispositions conciliantes auxquelles le cardinal fait appel. »

Dans la dépêche du 24 juin, je lis ce qui suit : a Le cardinal m'a dit qu'il avait lu avec une grande attention le mandement des évéques belges (juin 1879). Son Eminence a a ajouté que quant à la partie dogmatique de ce document, il lui serait impossible d'y trouver rien à redire. L'épiscopat se base sur de nombreuses décisions pontificales qui ont unanimement condamné les écoles neutres. . . Les évéques, en présence de la nouvelle Un, se sont sentis doublement obligés de conserver tintégrité de la foi et des sentiments religieux des fidèles. » Dans la dépêche du 28 juin, voici ce que je lis : ... a Son Eminence n'a jamais, dit-elle, dissimulé le déplaisir que cette législation causait à Sa Sainteté; le saint-siége avait espéré, jusqu'au dernier moment, l'adoption d'amendements qui eussent rendu ce système scolaire moins antipathique aux catholiques. »

Enfin, dans la dépêche du 1^' juillet, voici ce que je trouve : a La partie doctrinale de cette lettre pastorale (mardi 13 juin) est conforme aux principes et aux maximes de l'Eglise catholique appliqués, jusque dans ces derniers temps par le saint-siége, également à d'autres pays. Quant à la partie dispositive, comme elle ne contient pas, pour la fréquentation des écoles, une défense

absolue, mais limitée par de sages et prudentes réserves, on peut la considérer con^me assez piodérée, laissant ouverture à des accommodements pratiques, chaque fois que Téducation Riorale et religieuse des enfants ne se trouve pas mise en péril. »

Il n*y a pas dans cette dépêche la condamnation de ce qu» les évéques ont fait; au contraire, cest la confirmation de la condamnation générale, puisqu'on y parlç d*une défense tempérée par de s^ges et prudentes réserves.

Vous allez voir par la (}épéche suivante que Thonorable ministre s*est trompé complètement lorsqu'il a affirmé qu'il aurait obtenu du saint-siége la condamnation de cette partie des instructions des évéques disant que les écoles officielles sont mauvaises et que ce n'est qu'exceptionn/ellemeq^ qu'elles peuvent être fréquentées. Voici ce que je lis dans une dépêche du 8 juillet 1879 :

a J ai donné connaissance au cardinal Nina du contenu de ta dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du i""' de ce mois. Gonlormémejçit à vot^e désir et à vos instructions, j'ai laissé ^copie d,e ce document. Immédiatement après avoir reçu cette communication. Son Eminence m'a annoncé que le moyen suggéré par vous, dans le ibut de dimin,uer l'intensité de l'opposition que rencontre I9 loi sur l'ensseigneipent primaire, avait obtenu Ji'approbation du pape. »

Quel est le moyen dont il est question dans ces dépêches? L'honorable ministre des affaires étrangères dit : C'est de ne pas condamner en principe les écoles officielles.

Eh bien, Messieurs, vous allez voir que l'honorable ministre ne savait pas lui-même quel était ce moyen qu'il avait suggéré. {Rires à droite.) •

Dans la dépécihe qui a suivi celle de notre ministre à Rome« portant la d^ite du 8 juillet 1879, l'honorable minisire des affaires étrangères s'est demandé : Quel serait bien ce moyen que j'ai suggéré? Veuillez me le dire.

Ecoutez. Voici la réponse de Thonorable ministre des affaires éijrangëres : « Une hostilité ouverte, dirigé^ contre toutes les écoles établirait im tel antagonisxoe entre le pouvoir civil et le ^h^Vgif que la participation de ce dernier aux fêtes serait pour ^insi dire iwp^ssiible.

« U y 0 doQQ Mcu d*iiQ3ister 4'ist^sint pju3 pour qu^ l^s instrjyi^r Uons qiue $9 Saintejt^ A doçfîfé l'ordro d^^nvoyar jaux éyéquçs, r^lativeipant aiix écoles» soient de nature à produire des r4sulr tats efficaces.

a Son l^in9Aee U cardinal Nina ne s*eKp|ique pas à'nruà ipai^J^ ff^éçif^e sur jie c^raclëre de ce9 instrijiciyion^. JËlle di( t)iç9 que le^ moyieps que j*ai sjuggérés dans le bift de diminuer Tinten- $.ité 4e J*oppo3ition qy^Q ren^coAtre la loi sur TiJQStruction prijpairç ont été approuvés par le pape et que dqs in^trvctions .^age^ 09^ été (çopune suite d^ ces propositions) transmises en Belgique, ^n 4e t^mpérjer d^A9 l'exécution Jia riguey^r (jies çlispositious 4m dernier xnandeweii^it-

« il^espère que .qes inst^ructions ^répondront complètement ^ .no.s vjM^ communes .et qu elles seront adoptées sapa restrictiou par

les évéque^. »

jL'honor9Jl)]e miws^re ne savait donc pf^s ^quelles étaient Içs instructions qu il avaijt suggérées et qui étaient admises par le pape. L*a-t-il appris depuis? Cela ne résulte pas des pièces 4iplomatique3 qui nous ont été communiquée^.. La .condamnation 4e \fBL loi .P^ultç encore des dépêches .qui ont suivie np).amment de celle 4u %1 j.uillet 1879.

a U n*est guère facile, en effets ip'<a dit Son jSmiqe^QO^ de calmer d*un trait une lutte aussi ardente que celle q\i*9 proyoqyée la Ic^ s^r renseignement, une des questioos qui touchent .^ux ia|éréts les plus vitaux de FEglise.

« U me semble d'ailleurs q\i*il existe des illusions au sujet de la situation des évéques; on se figure à tort que le saint-père les

considère comme de simples fonctionnaires. Les saines traditions de l'Eglise Tobligent lui-même à de grands ménagements qui honorent aussi bien celui qui les observe que ceux qui en sont l'objet, s

Arrive ensuite la femeuse dépêche du 5 octobre 1879, qui a clos la négociation sur la question scolaire. Eh bien, lisons*la attentivement et voyons si on n'en tire pas un désaveu beaucoup trop étendu et trop large des instructions données par les évêques et de la position qu'ils ont prise dans la question de l'enseignement.

ce Sous le rapport de la doctrine, m'a dit Son Eminence, la lettre des prélats belges est parfaitement correcte; mais les conclusions tirées de principes justes peuvent être conduites d'une manière inopportune et parfois aussi poussées trop loin; il me paraît que c'est le cas ici. »

Quelles sont, Messieurs, ces conclusions tirées de principes justes qui peuvent être conduites d'une manière inopportune ^ parfois poussées trop loin? Je l'ignore. La dépêche est muette à cet égard. Mais il y a des &its qui peuvent l'expliquer. Nous ne i^nnaissons pas tous les &its qui ont pu être portés à Rome. Nous n'en connaissons que deux : celui de Tournai et celui de Visé! Dansle&it de Tournai, il s'agit du refus obstiné opposé par l'ancien évêque à l'admission des élèves d'une école de filles à la première communion.

Ces jeunes filles étaient allées, pour la plupart, faire leur première communion dans des villes étrangères, à Lille, k Gand, à Bruxelles; d'autres, sur le conseil de leurs parents, n'avaient pas fait leur première communion et avaient attendu le retrait des mesures d'interdiction.

Plusieurs élèves qui avaient fait précédemment leur première communion s'étaient vu refuser l'absolution et même de faire leurs pâques ; et un certain nombre de mères d'élèves fréquentant ces écoles s'étaient vu également refuser labsoluiion.

Celaient là des fails d'une gravilé extrême. Déjà le gouvernement précédent avait &it entendre des réclamations au souverain pontife, pour tâcher d'améliorer cette situation, absolument trop tendue; il désirait vivement aplanir ce déplorable conflit.

La révélation de cet état de choses est portée par l'honorable ministre des affaires étrangères à la connaissance du cardinal Nina sur une plainte de notre honorable collègue, H. Crombez.

Nécessairement cette plainte et les commentaires dont l'accompagne M. le ministre des affaires étrangères durent faire sur le cardinal Nina la plus vive impression.

Il avait promis de s'en occuper sans retard, et il avait signalé le &it comme très regrettable; et dans son discours du 18 novembre 1879, l'honorable ministre des affaires étrangères s'exprimait ainsi sur le fait de Tournai :

« A l'heure présente, disait-il, l'interdit est maintenu. Les enEants qui fréquentent cette école ne peuvent pas faire leur première communion, ne reçoivent pas d'absolution; les parents sont molestés de ce chef. Il faut qu'on trouve quelque moyen d'échapper à ces ordonnances épiscopales. Et cependant, la correspondance constate que le pape est intervenu ; qu il a exprimé ses intentions et qu'il y a persisté après avoir entendu les explications de l'évéque. Rien n'y a &it.

« L'évéque de Tournai a montré, dès le début de son épiscopat, le rôle qu'il entendait jouer dans les affaires publiques. Il a fialminé alors son édit fameux donné « hors la porte Flaminienne », qui intimait à un ministre d'Etat, à un ancien ministre, au chef du parti catholique au Sénat, d'avoir à cesser d'empiéter sur les droits de l'Eglise en s'occupant d'un projet de loi sur les cimetières sans la permission de son supérieur ecclésiastique, — preuve, sans doute, de la liberté que les évéques entendent laisser aux laïques, même aux ministres du Roi, s'ils sont catho-

* liques; — M. Tévêqué de Tournai setnble avoir imprégné Tépiscopat tout entier dé son esprit.

a Les revendications politiques du premier mandeiùeût, le programine politique que cet acte renfermé et qu il s'agit d'imposer à la droite parlementaire, est conçu dans le même esprit que redit donné « hors la porte Flaminienne ».

« Les instructions prescrites par les évêques au sujet dé I exécution de la loi sur l'enseignement primaire s'inspirent du même eâiprit et ne sont que deà applicâtionà des résolutioùâ inébrânlablement maintenues à Tournai, malgré les avis du souverain pontife. »

Tel était le langage que tenait et que devait tenir dans ses relations diplomatiques l'honorable ministre dés affaires étrangères. Il y avait identité entre les actes posés par lès évêquês et les actes posés par l'évêque de Tournai. Leurs instructions étaient dictées par le même esprit, par le même sentiiheht. Est-if donc étonnant, en présence de pareilles dénonciations, que lé cardinal ait parlé de conclusions conduites d*une manière inopportune et poussées trop loin, et ne comprend-on pas parfaitement les regrets qu'il exprime?

Il est un autre fait qui a été porté à notre connaissance d'une feçon fort incomplète par llionorable M. Prère^Orban; j'entends parler de celui de Visé. Mais de celui-là on ne parie pas dans les pièces diplomatiques. L'honorable ministre ne nous ai point communiqué la plainte de Tinstitutride, pas plus qde là lettre par laquelle lui-même l'a transmise à Rome. La plainte fut envoyée à Rome, par l'intermédiaire de l'hoiiorable St. Frèr^-Orban, il nous l'a lui-même déclaré; mais à qui fut-elle adre^ée? Nous n'en savons rien. Nous n'en trotivons aucune trace Uù dossier, et l'honorable ministre n'en a parlé que dans son discours du 16 novembre dernier.

Ëh bien, d'après le récit que rhoiiorable M. Frère-Orban nous

a fait de cette plainte, je n*hésite pas à dire que les faits ont été présentés d'une manière complètement inexacte. J'affirme que, dans le cas qui nous occupe, il n*y a jamais eu de refus de mariage. Cependant, c*ést sous ce jour fâcheux que raffaire a été présentée à Rome. Est-il donc étonnant que la conduite prêtée inexactement au clergé dans une plainte envoyée par le gouvernement lui-même, ait pu être considérée comme une conclusion tirée d*un principe juste, mais conduite d'une manière inopportune et poudsée trop loin? Ne conçoit-on pas facilement que lé cardinal ait déclaré quil eût désiré une autre solution, qui se serait produite si les conseils du pâpë avaient été suivis; ne couçoit-on pas qu*il ait exprimé ces regrets?

Quant à moi, Messieurs, je vois là la condamnation des mesures d'application qui ont été prises. Je n'y vois pas le désaveu ou blftme donné aux instructions des évéques. Ces instructions sont parfaitement correctes sous le rapport de la doctrine. Elles contiennent des principes justes que Sa Sainteté ne peut blâmer ni désavouer. Elle recommande le calme, la prudence et la modération. Elle engage Tépiscopat belge à n'appliquer qu'avec une extrême réserve les instructions contenues dans la lettre collective du l*' septembre.

Eh bien, Messieurs, rien de pins sage, de plus légitime que les conseils donnés à cet égard par Sa Sainteté, et je suis persuadé que ces conseils auront été favorablement accueillis par l'épis- Cûpat et quHls lieront scrupuleusement suivis par lui.

Quoi qu'il en soit,* cette dépêche du 5 Octobre, qui a clos lés ûégociations relatives à la question scolaire, est devenue le point de départ de toute une nouvelle campagne entreprise par M. le ministre des affaires étrangères contre l'épiscopat.

L'honorable ministre ne peut pas avouer qu'il a en tort de toucher à la loi de 1842 {rires à gauche)... qu'il s'est ti'ompé dans ses prévisions sur les résultats de cette nouvelle loi, que ces

résultats sont plus désastreux pour renseignement officiel qu il ne Tavait supposé. 11 lui Eaut donc trouver, c'est l'intérêt de son parti qui rexige« il lui £aut trouver quelqu'un sur qui puissent s'exhaler son mécontentement et sa mauvaise humeur; il lui but une victime.

M. Mallar. — Un bouc !

M. Gornesse. — Un bouc* puisqu'on le dit. Eh bien, ce bouc, non de Chatillon mais d'Israël, ce sont les évêques et le clergé. (Rires à gauche.) Messieurs, ce n'est pas moi qui ai jeté ce mot dans le débat.

M. Le Hardy de Beaulien. — Il est venu naturellement. (Rires.)

M. Gornesse. — Ceux qui ont imposé la loi et qui sont la cause du malaise moral qui existe dans le pays, ceux-là sont innocents et irréprochables. Ceux qui l'exécutent de la manière que vous savez, innocents et immaculés !

Les seuls, les vrais coupables, ce sont les évêques et le clei^. 11 faut voir. Messieurs, comme on s'en donne contre ces pauvres évêques et contre ce pauvre clergé. C*est à qui de Thonorable M. Frëre-Orban ou de Thonorable M. Janson leur en taillera et des meilleures! (Hilarité d gauche.)

Ce sont eux seuls qui ont sonné la fanfare de l'opposition contre cette loi de malheur. (Rires à gauche.)

Ce sont eux seuls qui sont la cause de l'agitation où se trouve le pays ! Eux seuls ont provoqué ce grand mouvement d'opposition et de résistance légale au succès de votre loi.

Haro donc sur l'épiscopat ! et en diplomate quelque peu clerc, l'honorable ministre des affaires étrangères, comme le loup de la fable et avec le même succès auprès de ses amis, essayera de démontrer, par sa harangue, qu'il iàut a dévorer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal » ! (HilarUé à gauche.)

Je ne veux pas me plaindre de voir ainsi les ëvêques traduits à la barre de cette Chambre pour y répondre de leurs instructions purement religieuses. {Rires à gauche.) Les évêques ne sont pas ici pour se défendre.

Vous usez peut-être d*un droit en vous ruant sur les évéques, comme la fait M. Janson; cela peut même paraître spirituel, mais cela est peu conforme, d*après moi, aux convenances parlementaires.

On a été jusqu*à les traiter de chiens. {Bruit à gauche.)

Messieurs, en Angleterre, ce pays classique des libertés politiques, lorsque le^ évéques d^Irlande, avec Tassentiment de Rome, jetèrent l'interdit sur les collèges laïques, en les signalant comme des écoles athées, vit-on le chef du gouvernement protestant les attraire à la barre du parlement, les blâmer, les vouer au mépris public et les traîner aux gémonies? Non, Messieurs, le droit des évéques fut respecté, et le gouvernement anglais, au lieu de les dénoncer à l'animadversion des masses, chercha à calmer le conflit et à amener une transaction.

Et dans ce grand conflit de l'Allemagne, oii ont surgi cepen-^ dant entre les évéques et le gouvernement des difficultés énormes, a4-on vu le chancelier de l'empire mettre les évéques en accusation devant le parlement, et leur adresser l'outrage et l'injure? Non, le gouvernement s'est toujours montré respectueux envers cette grande autorité morale qu'on ne devrait jamais attaquer*

M. Jottrand. — Il a fait vendre leur mobilier pour payer les énormes amendes auxquelles il les avait Eait condamner.

M. Gornesse. — 11 a £ait vendre leur mobilier, c'est possible ; mais il ne les a pas insultés.

M. Bara, ministre de la justice. — 11 les a traités de factieuXi

M. Gornesse. — Que sont donc les évéques. Messieurs?

M. De Fré. — Ce sont des citoyens.

M. Tesch. — Ce sont les grands électeurs.

IL ti l

M. Gomesse. ^ Ce sont nos compatriotes qui, après avoir sacrifié toute une vie au labeur {oh S ah ! à gauche)^ ont été placés à raison de leur intelligence, de leurs vertus (prolestolioM è gauche)^ de leur savoir, au sommet de cette hiérarchie catholique, qui ne se recrute que parmi les plus dignes, les plus intelligents et les plus vertueux. {BruyanUs proêutations à gauche.)

Ces protestations et ces rires sont indécents.

Est-ce que, depuis 1830, le corps épiscopal de la Belgique n'a pas tenu une conduite qui le rend digne^ du respect de tous, devant laquelle nous devons tous nous incliner avec déféreaee et respect. {Rirei d gauche.)

Le clergé, de quoi se compose-t-il?

JI se compose d*en£ants du peuple, citoyens comme noua, sortis des classes les plus modestes du peuple et de la beor* geoisie. Ils vont dans les écoles primaires d'abord; ils vont ensuite dans les collèges, dans les petits et grands séminaires, se consacrant k une vie de travail et d*études, à une vie de continence et de privations. {HUarité à gauche. — Drès Hem! à droite.)

Quand ils ont ainsi terminé ce noviciat de Ubeur et d*étttdes, ils s*en vont, sortant du séminaire, simples vicaires, aveo le médiocre, le chétif traitement que leur alloue I^Etat, ^alternent iniirieur à celui du dernier des douaniers, à celui des employés les plus subalternes, des boute-feu, comme on Ta dit, de nos ministères. Ils s*en vont exercer leur apostolat, exercer cette oiission de dévouement,

M. TesGh. ^- Faire les élections.

M. Gomesse. — Vous, libres-penseurs, je ne dis pas athées» je pourrais cependant le dire {hUarUi à gauche)^ vous n^percevez pas le mérite de ce dévouement. Vous ne le connaissez pas. Mais nous, nous le connaissons...

Des membres a gauche : Oui! oui!

M. Gomesse. — ... et nous le respectons avec l'immense majorité du pays. {Très bien! à droite.)

Voilà les factieux et les révolutionnaires que vous dénoncez, les hommes dangereux qu'il £aut combattre.

Je conçois que les démagogues, les révolutionnaires de tout genre, les socialistes, les internationalistes. . .

Des MBMBRES, A GAUGHB. — Los nihilistcs.

M. Gomene. — ... tiennent un semblable langage vis-à-vis du clergé pour démolir l'Eglise, qui est le plus fort rempart contre l'invasion des idées révolutionnaires et subversives ; maïs je ne comprends pas que le gouvernement s'associe à ces diatribes contre le clergé du pays. Cela ne me paraît ni digne ni convenable. C'est une politique dangereuse, antinationale, insensée.

On a accusé les évoques de fiiire de la question scolaire une question de boutique.

M, Tesoli. — De politique.

M. Gomesse. — Je me suis demandé si je relèverais cette boutade de mauvais goût pour la porter jusqu'à cette tribune.

Question de boutique! quand nous voyons le clergé et les catho^ liques s'imposer des sacrifices énormes, donner des millions pour lutter contre les funestes effets de votre loi; quand nous les voyons obligés de fiiire des sacrifices qui soient à la hauteur de ceux que le gouvernement, les provinces et les communes font pour écraser l'enseignement libre!

Messieurs, jamais moment ne fut plus mal choisi pour vouloir isoler les évéquesdu parti catholique ; jamais moment ne fut plus mal choisi pour ramasser cette accusation dans les bas-fonds où l'on eût dû la laisser. Non, les évéques n'ont pas donné l'impulsion dans cette affaire, ils ont bien plutôt été entraînés eux-mêmes {rires à gauehe) dans le mouvement général, dans ce que j'appellerai cette explosion des consfciences catholiques; vous oublies

qu*il y a eu des centaines de milliers de pétitionnaires qui sont venus vous signaler le danger de votre loi.

Un membre a gauche. — Spontanément. {Rires à gauche.)

M. Comesse. — Vous oubliez que ce n'est pas seulement à droite, mais également sur les bancs de la gauche que parmi les hommes sages et modérés on a &it entendre le cri d*alarme à propos de la revision de cette loi de 1842; les avertissements ne vous ont pas manqué; ils vous ont été donnés par vos amis longtemps avant que vous présentiez la loi; ils vous ont été donnés par les Devaux, les Vandenpeereboom, les Rogier, les Lebeau; ils vous ont été donnés par M.Pirmez. L'honorable M. Pirmez ne vous a<t-il pas dit que toucher à la loi de 4842 serait foire une véritable révolution?

Est-ce que par hasard M. Pirmez, comme tous les hommes dont je viens de citer les noms, était inspiré par les évêques? Etaientce les évêques qui inspiraient à l'honorable prince de Ligne son langage et sa conduite lorsque, couronnant sa patriotique carrière, il vous a prédit les conséquences funestes de la loi que vous avez imposée au pays? Non, vous ne parviendrez pas à isoler les évêques dans cette lutte que vous avez si imprudemment provoquée. Vous parlez de Toppression des consciences. Mais est-ce que chacun ne reste pas libre d*étre catholique ou de oe pas l'être, de se soumettre ou de ne pas se soumettre, d obéir ou de résister? il n'y a donc ni contrainte, ni oppression; voudriezvous par hasard rendre l'absolution et la communion obligatoires pour tous? Les évêques n'ont aucune sanction matérielle pour assurer l'obéissance à leurs prescriptions; le refus d'absolution ne prive ceux qui en sont atteints d'aucune fonction, d'aueun avantage pécuniaire, d'aucune dignité.

Au contraire, Messieurs, par les temps que nous traversons, ceux qui rompent avec l'Eglise par peur du libéralisme, ceux qui iésobéissent à l'Eglise et aux évêques et leur jettent la pierre«

sont certains d'obtenir protection et faveur auprès du pouvoir. Us deviennent des héros et des martyrs et ils sont sûrs d'acquérir de bonnes rentes sur le trésor public.

Les évêques, dites-vous, ont &it de la politique! De la politique dans Fécole primaire ! De la politique en soulevant les récriminations et les attaques violentes que nous entendons de toutes parts. Ah ! Messieurs, si les évéques avaient voulu feire de la politique, ils eussent été, à vous entendre, bien imprudents et bien maladroits; ils auraient &it de la politique pour vous et contre nous. Nous leur devrions Texpression de nos regrets et vous Texpression de votre reconnaissance.

En effet. Messieurs, de quoi vivez-vous politiquement à Theure présente? Des instructions des évêques et du prétendu désaccord entre eux et Rome. C'est le thème que vous exploitez. La dépêche du 5 octobre est affichée partout.

Au milieu de rindignation générale que soulèvent votre loi et les scandaleuses mesures d'exécution qui ont été si justement flétries dans la discussion du budget de l'instruction publique, vous allez vous présenter devant le corps électoral en criant à l'intolérance, à la pression du clergé, à l'oppression des consciences !

Si vous n'aviez pas ce thème, qu'auriez-vous donc à dire au corps électoral au mois de juin?

M. d'Andrlmont. — Ce thème est le bon.

M. Gomease. — L'honorable ministre des affaires étrangères, avec une ténacité et une habileté que je me plais à reconnaître, n'est allé à Rome, semble-t-il,que pour tâcher d'obtenir la preuve que les évéques sont désavoués par le saint -père. On est allé chercher à Rome la preuve de la division entre les évêques et le pape. Mais derrière les évêques, on veut atteindre le parti catholique tout entier. Ce ne sont pas les évêques seuls qu'on prétend mettre en cause. On cherche à diviser pour régner. Vous aviez espéré obtenir un désaveu de la campagne conduite par les catho-

liques belges. PTayant pas réussi, voua vous rabattez sur le pré* tendu blâme infligé aux évéques*

On cherche aujourd'hui à jeter la division dans nos rangs; oo cherche à séparer l'épiscopat de la papauté.

La tactique n'est pas nouvelle.

AutrefoiSi quand on montrait de la bienveillance pour le clergé; quand on faisait sonner bien haut les faveurs qu'on lui accordait; quand MM. Lebeau et Hymans demandaient Taugmentation des traitements des vicaires et des curés ; quand on allait demander à Rome Tinamovibilité des desservants contre les évêques, c'était encore la division qu'on cherchait à jeter dans les rangs.

Cette division, on la fomente encore aujourd'hui; c'est, paraît* il, un instrument de règne pour nos adversaires. Mais, au nom de tous mes amis, au nom des catholiques belges, réellement dignes de ce nom, je déclare que cette division, vous ne réussirez pas à l'introduire; nous marcherons, nous, tous unis, la main dans la main, pour résister à vos violences et à votre oppression, pour empêcher le succès de votre loi. {Longé applaudissetnenu à droite.)

M. Gtoblet d*Alviella. — Depuis l'ouverture de cette discus*^ sion, la Chambre présente un singulier phénomène. A première vue, on eût dit que le débat allait s'engager et se poursuivre entre ce petit groupe d'opposants au maintien de la légation belge à Rome, dont un membre de la droite disait l'autre jour : vocti clamantes in deserto^ — et, d'autre part, la majorité du parti libéral et l'unanimité des catholiques.

En fait, il n'en a pas été ainsi : depuis l'ouverture de ce débat, — et pas un seul discours n'y a fait exception, — la question semble s'être posée entre la droite et la gauche. Et la discussion a pris immédiatement les proportions et l'ardeur, — pour ne pas dire la véhémence — habituelles aux grandes discussions entre les deux partis politiques de notre pays.

Et pourquoi. Messieurs? Là raison en est bieil simple : les dissentiments qui peuvent surgir entre nous, membres de la gaii^ che, n*ont, en somme, qu'une portée relative, parce que Tunion qui existe entre les membres de la gauche n*est pas une de cô6 coalitions hétérogènes qui ont airràché ft Thonorable M. Gornesse de si profonds gémissements dans la dernière séance. Mais cette union est une union basée sur des principes ; c*est Tunion de gens qui partent d*un môme point et tendent au même but. Au con^ traire, quand la droite vient apporter à une fraction importante de la gauche le concours de son opinion et même de ses votes, on s'aperçoit bien vite qu'elle part d*un autre principe, tend k un autre but« marche sous un autre drapeau et, pour ainsi dire, parle une autre langue.

Nous avons eu l'occasion d'entendre ici l'écho des prinoipaleê^ opinions non seulement politiques, mais religieuses qui partagent le pays.

L'honorable M. Jacobs est venu nous parler au nom des catholiques toutéourt; l'honorable M. Janson, au nom des libéraux dissidents, libres-penseurs, libéraux tout court, si vous voulez. L'honorable M.Thonissen a fait entendre la note des catholiques^ libéraux, et l'honorable M. de Ghimay la noté des libéraux-calholiques. L'honorable M. Thonissen a même fait plus. Après Un très bel appel à l'Union, à la formation d'un tiers parti, il a ouvert ses bras tout grands dans l'espoir que l'honorable H. dô Ghimay et les autres libéraux-catholiques allaient s'y jeter. Ils ne s'y ëont pas jetés, ils ne s'y jetteront pas, ils s'en garderont bien, et ils auront raison.

A première vue, catholiqUes-libéraUic, libéraUx-catholiques se ressemblent beaucoup ; on dirait la vieille distinction de choux verts et verts choux. Mais, en réalité, ces simples duandes de mots sont séparées par un véritable abtme d'opinions.

Qu'est-ce qu'un libéral-catholique?

C'est un esprit élevé dans la religion catholique, qui tient I y rester, qui tient à la pratiquer, mais qui, en même temps, possède des idées parfaitement arrêtées sur Tindépendance complète du pouvoir civil.

Le catholique-libéral est un esprit qui veut aussi Tindépendance du pouvoir civil, mais qui, toutes les fois où cette indépendance se trouverait en conflit avec les enseignements de l'Eglise, n'hésitera pas à sacrifier ses opinions politiques à ses convictions religieuses.

Les libéraux-catholiques peuvent parfaitement s'entendre avec les libéraux dissidents, parce que sur le terrain parlementaire, sur le terrain législatif, dans le seul ordre de questions qui peuvent surgir ici, tous procèdent du même point de départ et tendent au même but : tous veulent la liberté de conscience et l'indépendance du pouvoir civil. Il en est autrement si vous mettez les libéraux-catholiques à côté des catholiques-libéraux.

On a beau dire qu'il n'y a pas de conflit possible entre l'Etat et l'Eglise, qu'ils n'ont pas plus de rapport que l'Etat et la géométrie. En &it, il y a des conflits incessants, et c'est même sur eux que roule notre politique depuis quarante ans.

Non seulement dans les questions indiquées l'autre jour par l'honorable M. Thonissen comme une conséquence de l'article 117, mais encore dans une foule de questions mixtes, dans la question de l'enseignement, dans la question de la bienfaisance, dans la question du temporel du culte, dans la question du mariage civil ; vous avez en présence le droit de l'Etat et les prétentions de l'Eglise.

II y a donc là un conflit où il faut accorder le dernier mot à l'une des deux autorités en présence.

Laquelle donc aura le dernier mot?

L'Etat, répondent les libéraux-catholiques ; l'Eglise, répondent les catholiques-libéraux.

Voilà la différence et elle est capitale.

En résumé, la formation d*un tiers parti par la conjonction des centres n'est pas plus possible en Belgique que la conjonction de deux satellites qui graviteraient dans deux espaces voisins aux extrémités de deux systèmes planétaires, mais qui ne pourraient se rencontrer sans tomber dans le chaos, parce qu'ils tournent autour de deux axes différents : l'indépendance du pouvoir civil, voilà l'axe du pouvoir libéral ; la soumission à l'Eglise, voilà l'axe du parti catholique, même dans ses nuances les plus modérées.

L'honorable M. Jacobs, dans la dernière séance, a fait le procès, par voie de citations, à un grand nombre de libéraux, à un grand nombre de mes amis, de mes collaborateurs, dans une Revue que j'ai l'honneur de diriger. Je n'ai pas à défendre ici les opinions que ces écrivains ont pu émettre dans le moment où, peut-être découragés par l'importance que l'ultramontanisme prenait dans notre pays, ils ont pu mettre en doute l'efBcacité de la liberté contre les maux qu'ils craignaient. Je pourrais cependant dire que ces écrivains n'ont jamais renié la liberté comme idéal, et que, s'ils ont préconisé d'autres moyens, c'est uniquement à titre temporaire, parce qu'ils pensaient que le pays n'était pas suffisamment mûr pour recueillir les fruits de la liberté.

Ces écrivains, du reste, comme tous les membres du parti libéral, par cela même qu'ils ont la pleine liberté, ont aussi la pleine responsabilité de leurs opinions.

L'honorable M. Jacobs a terminé son discours en nous souhaitant un pape comme Léon XIII. Le parti libéral n'aura jamais de pape, parce que le jour oii il en aurait un, il cesserait d'être luimême, il cesserait d'être le parti du libre examen.

L'honorable M. Jacobs, en faisant ses citations, n'avait d'autre but que d^établir, une fois de plus, ce qu'on appelle à droite l'évo-

lution du parti libéral, et cela pour masquer révolution du parti catholique.

On nie cette évolution ; on prétend que ce que le parti catholique dit aujourd'hui» il Fa toujours dit, et que le pape enseigne aujourd'hui ce que ses prédécesseurs ont toujours enseigné. Ed d'autres termes, que le parti catholique que nous avons devant nous est le parti catholique de 1830.

Ce raisonnement pourrait s'appliquer au parti libéral, qui est resté ce qu'il était en 1830 et en 1846.

Si Ion veut la preuve de l'évolution du parti catholique, il suffit de prendre les discours prononcés au Congrès national par les honorables abbés dont je suis heureux de voir ici encore deux de ses représentants.

On y verra s'ils parlaient de la liberté comme d'une concession faite aux malheurs des temps et non comme un idéal poli* tique.

Lorsqu'on voit qu'en 1850, lorsque le Bien publie a été fondé, il n'y avait pas un seul organe qui défendait en Belgique les théories ultramontainest et vingt-cinq ans plus tard il se trouve que le Journal de Bruxelles, le représentant des idées constitutionnelleSf est seul vis-k-vis de toute la presse catholique qui est devenue ultramontaine, c'est-à-dire que le Journal de Bruxelles se trouve pour ainsi dire dans la quarantaine où se trouvait le Bien public vingt-cinq ans auparavant*

Malgré quelques contradictions que Thonorable M. Jacobs a cherché à découvrir dans certaines dépêches de l'honorable mi* nistre des affaires étrangères, il est incontestable que le parti catholique n'est pas resté ce qu'il était au Congrès national.

Au Congrès, les catholiques étaient d'accord sur l'hypothèsCi en ce sens que tous, b part une ou deux exceptions excentriques^ étaient d'accord sur la nécessité de régir la société moderne par des institutions libérales.

Sur la thèse, au contraire, il y avait désaccord; les uns croyaient et affirmaient que la liberté est le régime politique idéal de la société humaine; d'autres, au contraire, commençaient à dire et à affirmer que la liberté ne peut jamais étrequ*une concession aux malheurs des temps.

Mais cet âge d*or du catholicisme libéral ne dura pas longtemps. Après l'Encyclique de Grégoire XVI commence une seconde période. C'est alors que l'accord s'établit sur la thèse, et les catholiques, peu à peu, en viennent tous à reconnaître que la liberté est une concession aux malheurs des temps, que le véritable régime chrétien, le régime idéal, doit être la suppression des institutions libres.

Le mouvement s'accentue et progresse dans la presse ultramontaine sous Pie IX, elle s'achève par le Syllabus, la proclamation de l'in&illibilité et les fsimeux brefs que le pape aimait tant à prodiguer.

La réaction ultramontaine de cette époque atteint même le domaine de l'hypothèse, et nous voyons peu à peu grandir l'écho de ceux qui prétendent que, môme sur le terrain pratique, il faut attaquer et proscrire la liberté.

Depuis l'avènement de Léon XIII, nous sommes entrés dans une troisième période; l'accord semble s'être parfaitement établi dans le parti catholique, en apparence au moins, sur la thèse et sur l'hypothèse.

Sur l'hypothèse, en ce sens qu'il ne faut plus, dans les circonstances actuelles, attaquer, qu'il faut même défendre, au besoin, les institutions modernes.

Sur la thèse, en ce sens que le parti catholique tout entier est d'accord pour admettre comme idéal politique les principes du Syllabus.

Mais, Messieurs, s'ensuit-il qu'il en a toujours été ainsi? S'ensuit-il que le même accord existait sous Pie IX? Je comprends les

efforts de I*hoQorable M. Jacobs, car comment concilier, en présence du dogme de rin£sdllibilité du pape, les affirmations d^on pape qui dit blanc et d*un autre qui dit noir?

On vient aujourdliui soutenir que Pie IX, pas plus que Léon XIII, n*a attaqué nos institutions. Mais il ne suffit pas de soutenir, il faut prouver.

On nous a dit que Pie IX a gardé la neutralité vis-k-vis de nos institutions; Pie IX encourageait les gens qui attaquaient la Constitution, de même qu'il encourageait ceux qui la défendaient.

Qu'il me soit permis tout d'abord de trouver assez étrange cette double attitude de Pie IX et disant tantôt aux uns : Vous défendez la Constitution, vous avez parfaitement raison. « Je sois oiseau, voyez mes ailes! »

Aux autres : Vous attaquez la Constitution. Vous également, vous avez par&itement raison. « Je suis souris. Vivent les rats... m qui grignotent la Constitution.

Malheureusement, l'histoire ne se contente pas de pareilles apologies. Nous avons des actes qui restent, et je crois inutile de reproduire devant la Chambre l'histoire des différents aetes du pontificat de Pie IX, dont l'esprit et les tendances sont parfaitement connus.

Je crois cependant qu'il convient de relever l'étrange affirmation de l'honorable M. Jacobs que les brefs de Pie IX s'appliquaient, non pas aux catholiques de la droite, mais aux catholiques de la gauche. Pour le prouver, qu'a fait l'honorable M. Jacobs? Il a commencé par passer sous silence les plus compromettants de ces brefs, les brefs à la Croix^ et notamment le bref à M. Périn, où l'on condamne formellement les catholiques qui défendent les principes de notre Constitution, non seulement comme droits absolus, mais comme « nécessaires à la condition présente des choses ».

Citant ensuite un autre bref, il nous a montré la condamnation

— src —

de ceux qui prétendent que, pour bien gouverner un peuple, il feut une législation athée; et il part de là pour nous dire : Ceux qui soutiennent que pour bien gouverner un peuple, i! faut une législation athée, ne siègent pas sur nos bancs à droite ; ils siègent sur vos bancs à gauche.

L*idée de la neutralité de l*Etat et de la législation athée n'est pas neuve. Mais, dans notre histoire, c*est peut-être au Congrès national qu'elle 8*est produite pour la première fois dans les termes mêmes que condamne Pie IX.

Au Congrès national, un membre s*est levé pour dire ces mots:

« En 1831, TEtat doit être athée et ne doit pas plus se mêler des francs-macons que des capucins. »

Et qui tenait ce langage? C'était l'honorable M. Alex. Rodenbach, qui, jusqu'à ses dernières années, a siégé sur vos bancs, où il a occupé une place des plus distinguées.

A la séance de vendredi dernier, j'ai insisté pour que Thonorable M. Jacobs achevât la lecture du bref. Il Ta £siit, et vous avez pu voir que cette pièce, dans son dernier paragraphe, condamnait les catholiques qui assistaient aux enterrements des protestants, à plus forte raison des libres-penseurs.

Dès lors elle vise directement deux anciens ministres qui siègent encore aujourd'hui sur vos bancs, qui ont été honorés, je maintiens le mot, qui ont été honorés des injures de la presse ultramontaine pour avoir assisté à l'enterrement de l'honorable H. De&cqz. Le bref, du reste, vise encore plus directement les enterrements protestants; dès lors, ne firappe-t-il pas tous les membres de la droite qui ont pris part à l'enterrement de Léopold 1^% roi des Belges?

M. Jacobs aime les citations et il a le mérite de ne pas les aimer longues, mais la brièveté nuit parfois à la clarté ; voulant montrer rattachement à la Constitution des membres de la droite, il a cité

notre honorable collègue le chanoine De Haerne. Seulement» il aurait bien pu Csure sa citation complète; il nous a cité une phrase dans laquelle l'honorable chanoine protestait de son attaehraieni à la Constitution belge, parce qu'elle répondait aux besoias de la nation ; mais il aurait pu ajouter que l'honorable membre, après avoir qualifié la Constitution à'arehe sainte, avait dit qn* a die était l'expression la plus vraie des besoins actuels el futun de la nation belge ». M. De Haerne ne voulait pas même bënéfieîer de la clause de revision ; il fermait cette porte laissée ouverte à For* thodoxie catholique pour mettre ses sympathies constitutionnelles d'accord avec son espérance obligatoire en des jours meilleurs.

M. de Haerne. — C'est encore mon opinion ; je maintiens ee que j'ai dit à cet égard précédemment.

M. Ooblet d'Alviélla. — Je suis heureux de l'entendre.

M. Jaeobs. — C'est ce que Léon XIII dit également.

M. Goblet d'AlvieUa. — Une des propositions le plus formellement condamnées par le SyUàbiu, c*eat la suivante : « En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil prévaut. »

Or, quelques mois avant le SyUabus, dans une grande assem* blée qui fit beaucoup de bruit, un membre tint ee langage :

« L'Etat, incompétent en thèse générale, à juger entre les cultes^ les opinions religieuses, demeure juge compétent, quoique non infaillible, de ce qui importe à la paix publique, aux mœurs publiques. Contre tout ce qui porte atteinte à la société civile, il a le droit de légitime défense. »

Et qui parlait ainsi? Etait-ce un membre de h gauche? Non pas, c'était le comte de Montalembert, et j'estime qu'en parlant ainsi il émettait un axiome plus important, plus audacieux même que sa femeuse lettre sur l'idole du Vatican.

Citant le bref du 6 mars 1873| l'honorable M. Jaeobs continue

en disant : Ce n*est pas nous qu'il vise, car ee n*est pas nous qui affectons d'appliquer aux catholiques les plus zélés les noms d'ultrumontains et de jésuites.

Ce n'est pas nous ; ce ne sont pas les membres de la droite, mais ce sont peut-être d'autres autorités quç vous ne récuserez pas. Voici cç qu'on peut lire dans une lettre écrite en 1853 au cointe de Montalembert :

K l4a nouvelle école ultramontaine nous mène à une double idolâtrie : idolâtrie du pouvoir temporel et idolâtrie du pouvoir spirituel, n Et qui profère cette phrase prophétique? Mgr Sibour, archevékiue de Paris. — Vous voyez que quand nous parlons d'idolâtrie et d ultramontanisme, nous sommes en bonne et sainte compagnie.

Nous restons en Belgique. Tai la plus profonde estime — je tiens à le constater publiquement — pour l'honorable M. Thonissen. Je suis profondément convaincu qu'à aucune époque de aa carrière il n*a jamais écrit uqe ligne qui ne fût l'expression exacte de sa pensée. Mais cela n'empéobe pas qu*à un moment donné» l'honorable M. Thonissen n'ait déclaré que la liberté des opinions était une liberté absolue que l'homme tient de la nature. — Léon XIU a pu lui emprunter beaucoup de choses, mais je doute qu'il lui ait emprunté celle-là.

L'honorable |I. Thonissen nous a dit que c'était là Texpression d'une pensée .qui a pu se modifier. J'admets cette explication sans hésitation aucune, mais l'évolution parfaitement sincère qui s'est pratiquée chez lui a correspondu avec l'évolution qui s^est faite dans toute la fraction avancée du parti clérical et que je viens précÂsémeni de signaler ici.

Où donc« continue l'honorable M. Jaodbs, sê trouvent dans le parti catholique ceux qui» d'après l'Encyclique du 6 mars 1873, « afiichent leur dépit contre tout ce qui marque une obéissance

prompte, entière, absolue aux décrets et aux avertissements du saint-siége ».

On pourrait dire qu'ils se trouvent aujourd'hui parmi les évëques, qui font aux avertissements et aux conseils du saint-siége Taccueil que vous savez. Toutefois, ce n'étaient pas eux que Pie IX avait en vue lorsqu'il écrivait son Encyclique ; ceux qu'il avait en vue remontent loin, car dès le lendemain de la fomeuse Encyclique de Grégoire XVI, le rédacteur en chef du Catholique belge n'hésitait pas à qualifier cet acte « d'inconcevable attentat contre la liberté de l'Eglise même ». Est-ce qu'on en dirait autant aujourd'hui?

Un peu plus tard, le rédacteur en chef du Journal de Bruxelles, M. le baron de Haulleville, dans une brochure publiée en 1863 et intitulée Les Catholiques et les libertés constitutionnelles, faisait cette fière déclaration :

<K Comme chef de l'Eglise, le pape n'a pas le droit d'imposer aux catholiques des décisions obligatoires portant sur des sujets politiques; de telles décisions pourraient avoir une grande et suprême valeur intrinsèque ; mais elles ne lieraient aucune âme, car la distinction de l'Eglise et de l'Etat est de l'essence même de la doctrine catholique. »

Vous voyez. Messieurs, l'opposition persister toujours, mais diminuer déjà d'intensité.

Enfin, en dernier lieu, en 1874, le Journal de Bruxelles a fait entendre encore la note de catholique-libéral, note qui, quoique fort atténuée, révèle encore une certaine indépendance d'esprit.

(c Catholiques sincères et convaincus, nous acceptons comme vérités incontestables ce que le saint-père, parlant ex cathedra et s'adressant à l'Eglise universelle, déclare se trouver dans le dépôt de la foi dont la garde lui est confiée. En dehors des décisions ayant ce caractère, concernant les dogmes de la morale révélée, nous ne relevons que de notre conscience et de notre raison, nous

gardant de confondre avec les décisions infaillibles des opinions exprimées sur d'autres matières et dans d'autres documents, opinions auxquelles nous accordons la plus respectueuse attention, mais qui n'enchatnent en rien ni notre liberté d'examen, ni notre liberté d'appréciation. »

Voilà donc les trois étapes.

Dans la première, on combat au besoin le pape ; dans la seconde, on lui refuse de légiférer en dehors des matières religieuses; dans la troisième, on lui dénie encore ce droit, mais on lui reconnaît le droit de définir quelles sont* les matières religieuses; et l'on déclare que l'on se soumettra à toutes les opinions auxquelles il donnera, ex cathedra, le caractère religieux.

Vous voyez. Messieurs, le chemin parcouru. Toutefois, il y avait encore là assez d'indépendance pour justifier les brefs de Pie IX. Aussi, aujourd'hui l'obéissance est entière, absolue; les catholiques défendent aujourd'hui la liberté parce que le pape le leur ordonne, comme ils l'attaqueraient demain s'ils en recevaient Tordre de Rome.

Léon XIII, sur le terrain de l'hypothèse, a désavoué son prédécesseur, mais, au point de vue de la thèse, au point de vue des principes, il serait surabondant de démontrer qu'il professe exactement les mêmes idées, qu'il se sert des mêmes termes chaque fois qu'il parle de nos libertés et même de certaines institutions qui sont aujourd'hui communes à tous les Etats civilisés.

Tout «en ne voulant pas entrer dans cette démonstration qui serait superflue, je ne puis cependant pas m'empécher de vous citer quelques lignes de deux des brefs de Léon XIIL

Le premier est son Encyclique du 28 décembre 1878, où il établit que « si les ordonnances des législateurs et des princes sanctionnent quelque chose de contraire à la loi divine ou naturelle, le devoir et le précepte apostolique proclament qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ».

Ce qui est, me semble-t-il, une excitation directe à désobéir aux lois condamnées par TEglise! (ProtestatiOM à dnnte.)

Il y a quelques jours à peine, n'avons-nous pas vu, dans une Encyclique dirigée contre des institutions qui sont implantées dans nos mœurs, tenir absolument le même langage, à qudques formes près, que Boniface VIII dans sa bulle Vnam sanctam, jugée si compromettante, que des catholiques ont voulu en contester l'authenticité au nom de l'Eglise?

« Le glaive spirituel, disait Boniface VIII, est dans la miin des prêtres, le glaive temporel dans la main des rois et des soldats, mais sous la direction et la dépendance des prêtres. »

N'est-ce point à peu près ce que dit Léon XIII loi*squ'iI s'écrie dans un langage plus embrouillé, mais aussi significatif :

« On ne peut douter que Jésus-Christ n'ait voulu que le pouvoir religieux fût distinct du pouvoir civil et que l'un et l'auire fussent libres et conformes à l'accomplissement de leur mission; il faut toutefois ajouter qu'il est utile à l'un et à l'autre que Tunion s'établisse entre eux et que, dans les questions qui smit communes aux droits et à la juridiction des deux, celui à qui les choses humaitus OfU été confiées doit Justement et rationnelletnent dépendre de cdui qui a la garde des choses célestes. »

C'est-à-dire que l'Eglise a le droit non seulement de décider ce qui rentre dans sa juridiction, mais encore de définir srale quelles sont les limites de cette juridiction. Ce sont là des prétentions évidentes à la souveraineté absolue.

Assurément le pape ne s'exprimera pas avec autant de franchise dans les dépêches diplomatiques, mais je crois que les documents religieux sont nécessaires pour éclairer sa véritable politique.

Je n'insisterai pas toutefois sur ces détails.

L'honorable ministre des affaires étrangères nous dit que les idées théoriques du pape importent peu, que l'essentiel, c'est qu il cesse d'encourager les attaques des catholiques sur le terrain de

la Constitution et les violences du clergé dans lapplication de la loi scolaire.

Je tiens à déclarer qu*à mon avis Tattitude du gouvernement dans cet échange de vues a été parfaitement correcte, que Thonorable ministre des affaires étrangères, comme je Tai &it inaérer au nom de la minorité dans le rapport de la section centrale, ne s'est pas départi un instant de Tattitude que lui commandaient ses principes et sa position.

Ce n*est pas le gouvernement belge qui est allé à Canossa, c'est le Pape Léon Xill qui est venu &ire à la Belgique constitutionnelle, sinon les excuses, du moins les avances de la papauté. Mais lui devons-nous des remerciements pour cela? Pas plus que nous ne devrions être reconnaissants à un négociant qui baisserait ses prix par crainte de perdre sa clientèle en présence de la concurrence.

Le seul résultat obtenu jusqu'ici — et je suis loin d'en contester l'importance — c'est que désormais le libéral qui, tout en conservant ses principes religieux, voudra envoyer ses enfants à l'école communale, pourra invoquer, pour lutter contre les tracasseries du clergé, une autorité morale plus haute : le pape luimême.

On a dit, à droite, que l'échange de vues n'avait eu pour but que de permettre à Gros-Jean d'en remontrer à son curé. N'eût-il que ce résultat, ce serait déjà beaucoup ; il est bon que Gros-Jean soit quelquefois à même d'en remontrer à son curé : c'est le commencement de l'indépendance.

Je ne crois pas toutefois que ce soit là le résultat voulu par Léon XIII, et si nous devons de la reconnaissance à quelqu'un, c'est uniquement à l'honorable H. Frère*Orban.

Je dois cependant ajouter que cette reconnaissance ne peut pas m'entrainer à approuver l'échange de vues.

Les considérations qui, l'an dernier, ont dicté mon vote restent

eniiëres. Au point de vue des principes, il me semble anormal qu'on aille faire appel à une autorité étrangère pour faire rentrer des sujets belges dans le devoir.

Nous voyons d'ailleurs que les résultats de l'échange de vues se réduisent à peu de chose, car les conseils, les plaintes, les récriminations même du pape n'ont' pas réussi à désarmer les violences du clergé.

Hier encore la Flandre libérale publiait les instructions données par l'archevêque de Malines en février dernier, et elles aggravent même les instructions précédentes du mois de septembre. Sans doute, maintenant que le tour est joué, et que les écoles cléricales comptent le maximum de leur population; maintenant qu'on a réduit à l'obéissance les pères de familles qui pouvaient se laisser intimider par Texcommunication, maintenant on peut accorder aux enfants des écoles communales l'autorisation de faire leur première communion, mais en même temps on poursuit avec plus de violence que jamais la campagne qui avait pour but de désorganiser le personnel de l'enseignement public.

La sainte communion, disent les nouvelles instructions pour les confesseurs, doit être refusée même publiquement :

a 1^ Aux instituteurs qui, sans licence spéciale ou dispense, persistent à exercer leurs fonctions dans une école officielle;

« 2^ Aux membres actifs des comités scolaires qui remplissent les fonctions qui leur sont attribuées;

« 3° Aux inspecteurs tant principaux que cantonaux ;

<( 4"* A toutes autres personnes qui apportent leurs soins à fovoriser les écoles officielles activement et publiquement et s'en constituent ainsi les protecteurs et les défenseurs.

(c Néanmoins toutes ces personnes précitées devront être averties d'avance en particulier, oralement et en toute charité. »

Est-ce là de l'apaisement et de la conciliation? Non. C'est le

commentaire des mandements que Thonorable M. Janson est venu dénoncer au pays.

Il est possible que cette agitation cesse peu à peu ; il est même possible qu'elle tombe tout d*un coup, mais ce sera après les élections de juin 1880, quand il plaira au clergé de remiser ses foudres au grenier en attendant une autre occasion de leur faire revoir la lumière.

Devons-nous accepter un pareil apaisement? Devons-nous nous prêter à un pareil jeu? Le pardon des injures est certainement une vertu chrétienne qui est bonne pour les partis comme pour les individus, mais à condition de se trouver devant un désarmement réel, devant un désir sincère et définitif de réconciliation. C'est en vain que nous demanderons de pareils sentiments au clergé qui n'a et ne peut avoir qu'un seul mobile : l'intérêt de sa domination.

Le pape lui-même, quelque sincère que soit son désir de mettre fin aux violences de notre clergé — et je le crois sincère car en somme ces violences compromettent la cause de son Eglise, — le pape ne peut nous offrir qu'une trêve, car il répudierait ses propres dogmes s'il renonçait à l'espoir de voir arriver le plus tôt possible cette unité de foi, cette unité de doctrine chrétienne qui permettra d'établir définitivement le règne du Syllabus.

H. Périn enseigne, et l'honorable M. Jacobs^nous l'a laissé entendre l'autre jour par une singulière coïncidence à l'heure même où des paroles analogues, sinon identiques, retentissaient à la tribune française, par M. Bron, que la réalisation de la thèse est réservée pour l'époque peu probable où l'unité de foi serait rétablie dans la société chrétienne. Qu'importe dès lors si le pape et les catholiques ont un idéal politique qui proscrit les libertés, puisque le jour où cet idéal sera réalisé, c'est-à-dire quand tout le monde sera d'accord sur les principes du christianisme, il n'y aura plus personne qui désire se servir de la liberté.

Mais si nous arrivions, par impossible, à une pareille abdication de la raison humaine, croyez-vous que le lendemain du jour où elle se serait abandonnée à un pareil égarement, la raison humaine ne revendiquerait pas ses droits?

Et alors, contraints par vos principes, vous devriez bien poursuivre, par les mêmes armes de persécution qu*au moyen âge, les revendications renaissantes du libre examen contre Torthodoxie catholique et Tunité de la société chrétienne.

Pour mon compte, je considère comme un des résultats les plus importants de cette discussion la constatation que le parti catholique tout entier est désormais d'accord sur le terrain de la thèse, c*est-à-dire que le parti catholique tout entier est désormais d'accord pour proclamer que son idéal politique réside dans les principes du Syllabtis.

On nous dit : Que vous importe, si dans la pratique, nous nous montrons constitutionnels, si nous restons fidèles à nos libertés?

Savais toujours cru que lorsqu'on avait un idéal, c'était pour chercher à le réaliser et non pour le mettre en poche.

Moi aussi, j'ai mon idéal : c'est la suppression, dans les limites du possible, de l'ignorance, de la misère et du vice, conséquences inévitables de l'imperfection humaine^ cest le développement de l'initiative individuelle dans la sphère de notre activité; c'est, au dehors, la substitution d'un régime juridique & l'anarchie légale qui y persiste entre les Etats civilisés; c'est, à l'intérieur, le développement chaque jour plus prononcé de la liberté de la presse, de la liberté d'association, de la liberté de conscience, de la liberté des cultes, de la liberté d'enseignement, de tous les grands principes proclamés en 1789 et organisés dans la Constitution belge; c'est, enfin, la participation de plus en plus complète au gouvernement du pays de ceux qui ont la capacité nécessaire pour se prononcer avec intelligence et liberté*

C'est, en un mot, le gouvernement du pays par le pays et de rindividu par lui-même.

Cet idéal, je £ais tous mes efforts pour le réaliser, et je continuerai k le poursuivre tant qu'il me restera un souffle de vie.

Que semble &ire, au contraire, de son idéal le parti catholique? Il le proclame bien haut; il Tadmire dans ses Encycliques en mauvais latin. Mais quand il s'agit de le mettre à exécution, il se défend, comme d'une calomnie, de vouloir le réaliser dans nos lois.

Eh bien, permettez-moi de vous le dire, vous valez mieux que vous ne le laissez paraître. Cet idéal que vous professez, que vous avez le droit de professer et de chérir, vous chercherez à le réaliser, fût-ce malgré vous, dans les limites de la Constitution d'abord, et puis au delà de la Constitution, le jour où l'œuvre de Tapostolat aura suffisamment préparé le terrain de la réaction catholique.

Le parti libéral le sait, et voilà pourquoi il n'a pas confiance dans le catholique-libéral. Voilà pourquoi il se méfie des syllabistes constitutionnels autant que des syllabistes ultramontains. Voilà pourquoi il continuera sa confiance à ceux que, seuls, il sait capables, malgré leurs divergences sur des questions de détail, d'appliquer dans l'esprit comme dans la lettre les grands principes de 1830.

K. de Macar, rapporteur. — Messieurs, le champ qui m'est laissé n'est pas bien vaste, et, malgré les nombreuses excursions qu'on a faites en dehors de ses limites, j'y trouve peu de chose à glaner.

J*ai donc moins à discuter qu'à tirer, des faits qui me semblent établis, les conséquences que je crois raisonnables.

Je puis d'abord constater, je pense, que les idées exprimées par la section centrale, et qui dénotent Tapprobation donnée par la Chambre à la politique suivie par l'honorable chef du cabinet, ont été favorablement accueillies.

Il n en est pas toujours ainsi lorsque des thèses modérées sont présentées.

La hardiesse apparente des mesures violentes, et ce sont souvent celles que la logique, poussée à ses conséquences rigoareuses, paraît devoir entraîner, séduit facilement. Il semble que Ton soit plus et mieux de son parti lorsqu'on les préconise, que quand on sVrëte à des solutions mitigées, lesquelles cependant, dans un pays où ce sont les grandes choses qui unissent, les petites seulement qui divisent, ne sont pas les moins efficaces.

Cette fois encore, c*est de la part des logiciens rigoureux de droite comme de gauche que se sont produites les objections que j'ai à rencontrer.

De votre côté, Messieurs, quelques-uns de vos amis, les désavoués, ceux qui parfois ont centriste la carrière si dignement remplie de Thonorable M. Thonissen, ont soutenu qu'il était impossible que le pape consentit à ne pas trouver détestables ces épouvantables doctrines sur lesquelles les pouvoirs constitutionnels s'appuient.

Dire que la papauté, qui pendant des années n'a manqué aucune occasion de condamner, et de flétrir les idées modernes, est amenée aujourd'hui à les recommander aux fidèles comme particulièrement appropriées, dans l'état actuel de la société moderne, aux besoins de la religion, c'était calomnier le souverain pontife.

Messieurs, vos discours ont répondu à ces affirmations; je craindrais d'en diminuer l'effet en y ajoutant quelque chose.

Mais si nous nous trompons, si les idées développées par l'honorable M. Frère sont erronées, si la Chambre, par l'organe de la section centrale, a dénaturé la pensée de la chancellerie romaine, il y a un nonce à Bruxelles. Nous avons auprès du Vatican des agents diplomatiques qui, dans le cours de ces longues négociations, ont fait preuve de caractère, d'intelUgence

et de talent; que celle-ci se prononce, qu'elle &sse connaître, qu'elle laisse soupçonner seulement sa désapprobation.

Je suis si convaincu que nous n'avons rien exagéré, et que nous avons fidèlement interprété la pensée du saint-siége, que j'ose défier qu'il se produise le moindre désaveu.

Quelques-uns de nos honorables amis de la gauche se sont émus du tort que l'on causait aux principes en favorisant, par un antécédent, des transactions entre l'Eglise et TEtat.

Rompre, c'était éviter tout danger.

Puis la question d'utilité, d'opportunité a été contestée.

Qu'ils me permettent de leur redire que, pas plus aujourd'hui qu'hier, la question de principe n'est engagée, que lorsqu'on ne donne ni ne cède rien, il n'y a pas de transaction, enfin que l'honorable chef du cabinet ne paraît pas disposé à aliéner quoi que ce soit des droits de l'Etat.

Il n'existe qu'un échange de vues, un entretien. Rompre cet entretien parce que, dans un mois, ou dans un an, ou dans un siècle, on pourrait être amené à abandonner quelque chose de ce que l'on a, n'est-ce pas céder à un sentiment un peu pusillanime?

La prudence est une bonne chose, mais ne nous trouvons-nous pas ici en présence d'un excès de ce bon sentiment?

En somme, nous ne nous trouvons jusqu'ici à Rome que pour y constater des concessions faites à nos principes, et il n'y a pas été question, il n'y sera jamais question, ainsi que l'honorable M. Gomesse semble s'en être £ait l'illusion, de modifier nos idées politiques en quoi que ce soit.

Reste la question d'opportunité. La fin a-t-elle justifié les moyens? L'absolution, s'il en était ainsi, serait peut-être plus aisée à obtenir. Je le présume après le discours de mon honorable collègue, M. Janson.

Messieurs, à cet égard, cet honorable membre fait seul exception jusqu'ici aux opinions exprimées.

MM. de Ghimay, Thonissen, Mallar, Jacobs et Cornesse ont constaté des résultats sérieux. Il y a sans doute une question de quantum pour chacun d'eux, mais le fiiit lui-même est reconnu par tous.

Et l'honorable H. Jauson lui-môme n'a-t-il pas donné un démenti éclatant à son affirmation téméraire que rien, absolument rien, n'était acquis?

Nous avons acquis d'abord, Messieurs, l'un de ses plus brillants discours dans cette enceinte. Niera-t-il ce résultat, sa modestie l'y condamnera peut-être, mais sur ce point encore, il restera isolé. Il en est un autre. Lorsque l'honorable membre a voulu sauver son paysan de l'action exubérante du clergé, n'a-t-il pas, tout en déclarant son inutilité, invoqué le dissentiment existant entre les évêques et le pape !

Sur ces âmes honnêtes, mais qui ne suivront pas les raisonnements savants de l'honorable membre, ce £adt, aujourd'hui incontestable, reconnu par l'honorable M. Jacobs et par la Chambre tout entière, n'aura-t-il, le croit-il, aucune influence? Je pense, quant à moi, qu'il en aura plus que l'éloqueut discours de rhonorable membre.

Messieurs, je n'ai plus à suivre ni l'honorable M. Janson dans les déductions qu'il a tirées de la correspondance diplomatique, ni rhonorable M* Jacobs dans ces considérations qu'il a émises sur la portée des déclarations du saint-siége.

L'honorable ministre des affaires étrangères s'est chargé de ce soin. Je me borne à dire à l'un comme à l'autre que je ne crois à aucune espèce de duplicité de la part du souverain pontife et que j'ai confiance dans sa loyauté.

Mon intention n*est pas de vous parler davantage de l'influence que les relations avec le Vatican ont pu exercer sur les dissentiments provoqués par la loi du i'^ juillet.

D*honorables amis ont traité la question, et le rapport de la section centrale me semble explicite.

Nous en sommes encore, nous y sommes plus que jamais et nous y resterons, quoi qu'il advienne, jusqu'après les chaleurs de juin, au plus fort de la mêlée, et Ton peut présumer encore que les idées de modération peuvent et doivent gagner du terrain. Je persiste dans cette conclusion.

le demande seulement à l'honorable M. Janson de né pas émettre encore un jugement absolu dès ce moment. Dans l'état exceptionnel où nous nous trouvons, la cause n'est pas encore complètement entendue.

Messieurs, si puissant que soit l'intérêt d'actualité de la question scolaire, je pense, ainsi que l'honorable M. Jacobs, qu'il faut envisager la question de plus haut.

Pour moi, le motif sérieux du maintien de nos relations est la politique inaugurée par Léon XIU.

Un gouvernement, si jaloux qu'il soit de l'indépendance du pays de toute ingérence extérieure, n'est pas nécessairement hostile au catholicisme. Il ne le devient que lorsque celui-ci, envahissant comme toutes les religions puissantes, ne se contente pas du domaine spirituel ou légitime; il se meut et cherche à prendre à l'autorité civile une part de ce qui appartient à celle-ci.

Telle était notre situation en Belgique il n'y a guère de temps, le clergé avait obtenu une abdication partielle, par l'Etat, de ses droits en matière scolaire.

Nous avons dû remettre les choses en état. La loi du l""' juillet 4879 a été votée.

Je suis persuadé que si nos Annales passent à l'histoire, on ne comprendra pas plus dans quelques années les résistances qu'on £ait aujourd'hui à un principe irréprochable au point de vue constitutionnel et qui n'est hostile k personne, que vous n'atta-

quez, au reste. Messieurs, qu en nous faisant on procès de tendance, que nous ne comprenons pas aujourdliui qu'il ait Ma des réfolutions et des siècles pour renverser la féodalité, pour établir la liberté de conscience, les droits de Thomme et Tégalité de tous devant la loi.

La Rome papale a toujours, je le reconnais, ou presque toujours, pratiqué les idées de conquête.

Maltresse des destinées de l'Europe, elle a pu un jour cass^ les empereurs et les rois. Depuis, elle s'est courbée quelque peu sous l'empire du malheur des temps. Sans doute, elle n'a rien perdu de son pouvoir que contrainte et forcée, et ne s'est inclinée que lorsqu'elle ne pouvait faire autrement.

Mais nul ne soutiendra que le pouvoir que revendique aujourd'hui la papauté soit le même que celui qu'elle pratiquait quand elle menait k Ganossa, et si le souverain pontife voulait destituer le plus petit fonctionnaire civil dans n'importe quel pays, je doute qu'il se trouve dans cette Chambre, la plus catholique pourtant de l*Europe, beaucoup de ses membres disposés à lui abandonner ce droit.

Il y a donc eu des transformations dans la politique romaine, si immuable qu'elle soit, comme dans toutes les choses de ce monde.

Elles se sont effectuées devant l'action latente, mais incessante et fatalement irrésistible de l'opinion publique mise en éveil, quoi que l'on fasse, par le développement des idées libérales; non sans résistance, c'est incontestable.

Pie IX a personnifié la politique de résistance. Il y a compromis la splendide auréole du début de son règne, il y a perdu son trône temporel.

Léon XIII peut vouloir personnifier la politique de pacification, la politique du respect des droits de la raison.

Voilà notre justification. C'est la résistance qu'il faut vaincre et

en encourageaDt ceux qui la combatteal, on travaille directement et sûrement au développement de l'idée libérale.

Les partisans du passé sont puissants encore à Rome et je n'oserais assurer à mon honorable ami, M. Thonissen, que son hosanna in excelsis ne lui vaudra pas quelque jour des demandes de ConfUeoVy et je ne puis pas plus nier que M. Janson que la lutte puisse présenter des péripéties diverses.

Mais que cet honorable membre me permette de lui dire que les deux exemples qu'il nous a cités, pour démontrer le peu de constance du Vatican dans les velléités libérales qu'il a pu avoir, sont assez peu probants.

Aux ordonnances de 1828, nous dit-il, ont succédé les ordonnances de 1830.

Hais, entre ces deux dates, il était survenu un changement de système. Polignac avait succédé à Martignac, et le pape pouvait fort bien ne pas accorder ce qu'on ne lui demandait plus.

Quant à l'épisode de la négociation du comte Rossi, M. Guizot constate que les jésuites s'en allaient lentement de France, mais cependant qu'ils s'en allaient, et la preuve que les révérends pères n'avaient que peu de confiance pour leur maintien dans le royaume, c'est qu'ils développaient considérablement alors les collèges de Brugélette et de Fribourg, collèges destinés aux Français surtout. Je pense même que les Belges n'étaient qu'exceptionnellement admis au premier de ces collèges.

Messieurs, je constatais, il y a un instant, que la politique du passé comptait de nombreux partisans dans Rome ; je lisais à ce sujet, il y a peu de jours, dans uji grand journal que j'ai déjà trouvé assez enclin à la satire, mais qui d'ordinaire est des plus sérieux, l'article suivant :

« Un évoque français, Mgr Turinaz, qui depuis deux mois est à Rome, vivant dans l'intimité du pape, et se pénétrant des idées qui dominent au Vatican, vient de tracer, « dans une lettre très

courageuse d, les lignes principales de la politique que Léon Xlil entend suivre aussi bien vis-à-vis des Etats que des partis et de la presse.

« A en juger par le résumé de la feuille parisienne, cette lettre n*est guère qu'un décalque de la correspondance diplonutique échangée entre la curie romaine et le chef du cabinet belge, n y a même des phrases qui semblent textuellement copiées dans les dépêches de notre légation à Rome.

<c Pour que cette lettre « soit très courageuse », il faut que la politique de Léon XlII, mise en lumière par réchange de vues, soit assez mal vue de l*EgIise et notamment des bons pères qui en ont pris la direction sous le pontificat de Pie IX, et eo sont restés depuis, quoi qu'on en dise, les véritables che6*

a C'est assez notre avis, et le passage suivant de la lettre de Mgr Turinaz parait de nature à confirmer notre appréciation :

ce Nous avons entendu dire, dit Mgr Turinaz, que les ressources du denier de Saint-Pierre pourraient diminuer dans des proportions considérables, si le souverain pontife ne suivait pas une ligne de conduite qu'on daignât lui indiquer.,. Cette insanité de l'orgueil et de ces audaces sacrilèges soulèvent notre âme de dégoût. »

On le voit, la lutte entre les partisans du passé et ceux qui croient que le catholicisme peut ne pas être une entrave permanente au développement social et politique en est arrivée à son point culminant.

Léon XllI peut tout.

S*il pense que le salut de la catholicité est dans l'abandon entier de toute ingérence du culte dans les affaires d'Etat, al ce qui se passe en Belgique peut Téclairer, car, ne vous y trompez pas. Messieurs, je ne veux pas pronostiquer ce qui peut i*ésulter, au point de vue électoral ou politique, de la campagne violente que vous avez entreprise, mais ce que j'affirme, c'est qu'au point de vue religieux elle vous est désastreuse. Vous aurez enlevé à la

religion plus d'adhérents que tous les libres-penseurs de Belgique n'eussent pu le faire.

Les premiers actes de Léon XIII, ses sympathies pour les gouvernements libres, semblent dénoter quil ne craint pas trop le principe de la séparation de TEglise et de l'Etat.

S'il en est ainsi, on peut affirmer que les idées libérales auront obtenu de lui le plus puissant appui qu'elles aient reçu depuis un demi-siècle, et tout libéral, sur quelque banc qu'il siège, doit encourager ses efforts.

Oh! je le sais. Messieurs, vous ne partagerez pas tous ce que vous croyez être de généreuses mais trop naïves illusions. La vieille Rome se dresse devant vous avec son passé d'absolutisme et d'intolérance. Un jour ne détruit pas des siècles.

Mais la situation reste-t*elle ce qu'elle était jadis? Rome, pouvoirtemporel, étaitforcément engagée à s'occuper de choses temporelles. Rome, pouvoir purement spirituel, peut ne vouloir que dans le développement, que dans le rayonnement de l'idée chrétienne la puissance qu'elle doit avoir pour accomplir sa mission religieuse.

Elle a renoncé à la coercition pour façonner des catholiques.

Elle peut renoncer bien mieux aux quelques misérables et mesquines protections que telle ou telle législation pourrait lui accorder.

Mais, si je ne m'abuse, si notre vieille honnêteté belge vient échouer contre la paresse traditionnelle de la diplomatie italienne, si l'antique politique des papes l'emporte de nouveau, quel mal aurons-nous fait à notre cause en donnant une fois de plus la preuve que, libéraux, ce n'est pas à la religion que nous en voulons, mais seulement à l'esprit d'envahissement de ses ministres.

Nous les aurons fortifiés, les uliramontains, vous le pensez peut-être, en cessant de les combattre, pendant le temps où ils ne nous auront plus attaqués. Mais notre neutralité sei-a-t-elle

donc désarmée? II faudra veiller avec attention, avec énergie.

Croyez-vous, du reste, que les peuples qui ont goûté de la liberté de conscience, qui Tont pratiquée et qui en ont éprouvé tous les avantages, y renoncent facilement?

Le jour où le clergé aura abdiqué toute immixtion dans le temporel, il aura perdu son autorité en la matière à jamais. Au point de vue religieux, sa force se sera accrue, mais c'est vainement quil chercherait à en user pour reconquérir la domination ; on craint, on hait trop Tintervention cléricale lorsqu'on a su s*en dégager.

Si la province de Liège, Tune de celles où cependant la i-eligion catholique compte le plus de pratiquants, se montre si ferme dans ses convictions libérales, croyez bien que le souvenir du gouvernement des prêtres qu'elle a subi, souvenir profond, transmis vivace de génération en génération, est pour beaucoup dans son inébranlable constance.

Quel est donc du reste, depuis 1789, le peuple (la république de FEquateur exceptée, je pense) qui ait abdiqué une seule des conquêtes réelles qu'il a pu faire contre l'esprit d'envahissement clérical et alors même que les gouvernements étaient dirigés par des hommes qui semblaient à la dévotion du clergé? La restauration elle-même, je le rappelle dans le rapport de la section centrale, a dû s'incliner devant la force de l'opinion publique.

Et croyez-vous que ce soient les peuples ou les ministres seuls qui aient résisté?

Les rois les plus catholiques ont dû le faire. L'histoire est pleine de ces témoignages de résistance. L'Angleterre, la France, TAUemagne, l'Espagne, la catholique Espagne elle-même, plus Philippe II, l'excommunié, ont été obligés de se sauvegarder contre les prétentions sacerdotales.

Je ne veux donner que des preuves récentes à l'appui de mon affirmation. C'est Charles X qui me les fournira. Voici ce que dit

M. de Viel Gastel, auquel j*ai emprunté presque textuellement l'épisode rappelé par la section centrale. (Page 15.)

<K Une circonstance qui semblait pouvoir Tébranler dans cette détermination 9 mais qui, au contraire, l'y affermit, c'est une démarche que l'archevêque de Paris fit auprès de lui au nom des prélats qui, réunis à l'archevêché, avaient, ainsi que je l'ai dit, rédigé une protestation contre ce qu'ils considéraient comme une atteinte portée à l'autorité de l'épiscopat. Le roi, blessé dans le sentiment de sa dignité par une intervention aussi pressante, refusa de recevoir la lettre que M. de Quelen voulait lui remettre de leur part, disant que quatorze évéques ne constituaient pas le clergé de France et que, d'ailleurs, son parti étant pris, il n'aurait pas écouté davantage les représentations de ce clergé luimême.

« Le 17 juin, le Moniteur mit fin à toutes les incertitudes par la publication de deux ordonnances datées de la veille et dont l'une était contresignée par le garde des sceaux, l'autre par le ministre des affaires ecclésiastiques. »

a Dans cette lutte entre le pouvoir civil et le pouvoir spirituel, le roi, malgré sa piété exagérée à d'autres égards, donnait à ses ministres un appui ferme et sincère. Ayant signé les ordonnances, il n'admettait pas qu'on pût désobéir. Le dauphin allait plus loin encore que le roi. Dans un coifSeil où la question était débattue, l'évéque de Beauvais ayant donné lecture d'une lettre offensante qu'il avait reçue de l'archevêque de Paris : « Si j'étais roi , s'écria le prince, l'archevêque coucherait ce soir à Vincennes. »

Ce qui s'est fait alors se ferait encore, et nous aurions en plus cette force considérable, que ce serait plus difficilement qu'au^ jourd'hui que Ton défendrait des intérêts politiques en les mettait sous le couvert de ce qu*il y a de plus sacré : la conscience religieuse.

Je me résume. En agissant comme nous le faisons, nous

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