‹ La Belgique et le Vatican (volume 2)Chapitre 3 sur 16 · DEUXIEME PÉRIODE (1847 A · texte numérisé non relu

DEUXIEME PÉRIODE (1847 A

L'incident provoqué par le refus d'agréation de M. Leclercq était à peine aplani que la Cour de Rome manifesta l'intention de rappeler le Nonce accrédité à Bruxelles. Elle se défendait de prêter à cette mesure le caractère d'une disgrâce, sans déguiser toutefois certain mécontentement à l'égard de son Agent. Mgr de San Marsano ne jouissait pas d'une bonne santé; c'était sans doute, disait-on, le motif qui l'empêchait d'exercer ses fonctions avec l'activité nécessaire et d'informer mieux son Gouvernement. Le Ministre des Affaires étrangères, M. d'Hoffschmidt, prit la cause du Prélat en mains; il fit valoir ses éminentes qualités, son

(I) Dépêche de M. Dechamps, 15 mai 184G.

caractère conciliant et exprima itérativement les regrets qu'il éprouverait de son départ. Par une coïncidence singulière, ce sentiment parut aussi être celui de plusieurs de nos Évoques. « Je ne sais vraiment, disait à notre Chargé d'affaires l'agent de l'Archevêque de Malines à Rome, pourquoi l'on rappelle Mgr de San Marsano de Bruxelles; il est, depuis notre révolution, le seul Nonce qui n'ait pas été hostile à l'Episcopat (i). »

Le Saint-Siège ne revint pas sur sa détermination ; il désigna pour le poste de Belgique Mgr Ferrieri, qui avait rempli à La Haye les fonctions d'internonce et qu'on y regrettait beaucoup. C'était, disait-on, un homme énergique, capable de faire respecter l'autorité qu'il représentait. En présence de ce dessein arrêté, le Gouvernement belge, qui venait d'envoyer à Rome le prince de Ligne avec rang d'ambassadeur, se borna à insister pour que le nouvel Envoyé du Saint-Siège reçût la qualité de nonce et qu'il remplaçât, sans intérim, son prédécesseur (2). On promit de faire droit à cette double demande, et les mesures étaient prises en conséquence, quand la révolution romaine vint forcément en ajourner l'exécution. Le 11 décembre 1848, le Pape, en recevant le prince de Ligne, lui déclara que ses intentions n'étaient pas changées, mais que des difficultés matérielles retardaient le départ de Mgr Ferrieri. On se décida donc à surseoir au rappel de Mgr de San Marsano (3). ^

Cette situation se prolongea toute une année. Ce ne fut que le l**' janvier 1850 que le Souverain Pontife avertit notre Chargé d'affaires qu'il allait rappeler son Nonce et le remplacer par Mgr Gonella. Quelques semaines plus tard, il entretenait de ce choix M. H. de Brouckere qui venait d'ar-

(1) Dépèi:hes de M. dlloflfschmidt, 28 octobre 1848 ; de M. de Meester, 10 novembre 18i8, 17 novembre 1848 (au cardinal Soglia), et 22 septembre 1850.

(2) Dépêches de M. dlloflschmidt, 2 novembre 1848 et 24 juin 1850. (5) Dépêche du prince de Ligne, 11 décembre 1848.

river à Rome, et lui demanda si le Gouvernement belge Tagréait. « J'ai répondu — écrivit à ce sujet notre Ministre — que j'en étais persuadé, mais que je n'avais reçuà cet égard aucune instruction. J'ai ajouté que ce que le Gouvernement désirait avant tout, c'était de trouver dans le représentant de la Cour de Rome des sentiments de conciliation, et de le voir, à l'occasion, prêter son intervention pour prévenir ou terminer les collisions, les différends, qui ne pouvaient manquer de surgir de temps à autre entre le Gouvernement et le clergé ; qu'il tenait aussi beaucoup à ce que le Nonce fît profession de sentiments sages et modérés .quant à l'immixtion du clergé dans les affaires civiles. » — « C'est juste, c'est juste, m'a répondu le Saint- Père. Eh bien! je croîs que l'on sera content de Mgr Gonella (i). * Ce Prélat ne remit toutefois ses lettres de créance que le 4 septembre 1850.

Au cours de ces explications relatives au personnel de la Nonciature, il s'en était échangé d'autres, d'une non moindre importance, au sujet du choix des Ëvéques. Le siège de Bruges était devenu vacant; peu de semaines avant sa mort, le titulaire de ce siège, Mgr Boussen, avait obtenu de Pie IX, par ses vives instances et de l'avis conforme du Nonce, la désignation de M. Malou comme son coadjuteur, avec droit de succession. Le Gouvernement et même une partie de l'Épiscopat ne voyaient pas cette nomination sans regret. Le Ministre des Affaires étrangères en entretint à diverses reprises notre Agent auprès du Saint-Siège. Il demandait qu'on choisit un prêtre modéré, sage, étranger aux luttes politiques, afin de ne pas compromettre l'apaisement qui s'opérait à ce moment dans les esprits. Il faisait déclarer à Rome que le Gouvernement, tout en ne ressentant pas la moindre velléité d'empiéter sur les prérogatives du Chef de l'Eglise, lui saurait gré d'être consulté si l'on croyait pou-

( I) Dépôche de M. 11. de Brouckere, i février I8:>0.

voir le faire. M. d'Hoflfechmidt rappela la situation contestée de Tévêché de Bruges qui ne datait que de 1834, dont la création n'avait jamais reçu la sanction du pouvoir civil et que le choix d'un prélat politique ferait peut-être remettre en question. Il pressa même le départ pour Rome du prince de Ligne , qu'il chargea d'y prendre personnellement en main cette affaire à laquelle il attachait une haute importance (i).

Le Saint-Siège ne contesta pas en principe le fondement de ces observations. Il ne reconnaissait pas, à la vérité, au Gouvernement belge le droit de prononcer la suppression de l'évôché de Bruges, il ne lui attribuait que la simple faculté de retirer les fonds inscrits au budget. Quant à la nomination de M. Malou, le Saint-Père se considérait comme lié en conscience envers l'ancien Evêque de Bruges et envers son coadjuteur : c'était un fait accompli sur lequel il était impossible de revenir. Il ne faut pas voir dans ce fait, disait le prélat chargé de la haute direction des affaires ecclésiastiques, Mgr Corboli-Bussi, un témoignage d'hostilité systématique; en toute autre circonstance, on prendrait très volontiers en considération les observations du Gouvernenement belge quand il s'agit de la nomination des Ëvéques. On suggéra môme l'idée de dresser pour l'avenir une liste des personnes que ce Gouvernement jugerait aptes à remplir ces fonctions importantes; pas plus que lui, le Saint-Siège n'entendait les conférer à des prêtres politiques. « J'ai pu me convaincre, écrivait M. de Meester, que la Cour de Rome persiste à considérer la nomination de M. Malou comme un fait accompli, mais quelle ne veut pas et quelle ne permettra jamais quun Evêque se mêle de politique. Elle sera toujours très reconnaissante quand le Gouvernement du

(1) Dépèches de M. d'Hoffschmidt, 6, 17, â5 et 51 octobre 1848. II. b

lioi lui fera connaître les abus qui pourraient se commettre sous ce rapport en Belgique ()). »

La révolution romaine interrompit ces pourparlers; mais dès son arrivée à Gaëte, le prince de Ligne les reprit dans

ses entrevues avec Pie IX. Les sentiments du Pape comme les vues du Gouvernement belge se reflètent parfaitement dans la dépêche que le prince écrivit à M. d'Hoflfschmidt le 11 décembre 1848 : « Le Saint-Père désire que le Cabinet belge soit bien convaincu qu'il n'y a aucune obstination, aucune arrièrepensée dans cette persistance de sa part. <« Je rends trop de « justice, reprit-il, à votre Ministère qui, pour le bonheur de « la Belgique, s'est trouvé au pouvoir après le 24 février, M pour lui montrer le moindre mauvais vouloir dans nos « relations avec votre bon pays que j'aflFectionne d'une façon ** toute particulière, r» Votre Sainteté peut être convaincue, dis-je à mon tour, que le Ministère a le plus profond respect pour les libertés religieuses dont jouit le clergé belge; jamais la plus légère atteinte n'y sera portée. Il sait que le choix des Evêques appartient exclusivement au Saint-Siège. Mais dans l'intérêt de la religion elle-même, à laquelle libéraux et catholiques sont profondément attachés, les choix sont d'une bien grande importance, surtout dans les circonstances actuelles où l'excitation des passions doit être évitée, pour la tranquillité du pays, par une grande modération de la part des sommités ecclésiastiques ; mon Gouvernement a eu quelque appréhension au sujet de la nomination de M. Malou, comme évêque, dans la crainte de lui voir trop de disposition à se mêler des élections et à jouer le rôle d'un homme politique. Si la décision de Votre Sainteté est irrévocable, j'oserai la prier, soit par l'entremise de son Nonce àBruxelles, soit par lettre particulière, ce qui ferait encore plus d'effet

(1) Dépêches de M. de Meesier, âO octobre, i et 10 novembre 1848.

sans doute, de lui recommander une grande prudence et une grande circonspection sur cette matière. — «« Je m*y engage, «< dit Sa Sainteté, et tout ce' que vous pourrez désirer sera « fait ; Tavertissement lui sera donné d'avance par moi- « môme, ce qui me donnera plus d'autorité, s'il s'en écartait ^ par la suite, pour lui dire : Prenez garde, vous avez été «< averti. »

Les deux incidents qui viennent d'être rappelés forment, avec le refus d'agréation de M. Leclercq, la préface de la mission que M. H. de Brouckere remplit à Rome, dans les premiers mois de l'année 1850. L'Introduction a fait connaître les diverses phases de cette importante négociation dont l'objet principal se rapportait à la loi sur l'enseignement moyen, ainsi que l'événement imprévu qui y mit un terme. Ni le Gouvernement belge, ni son négociateur à Rome ne s'étaient attendus à ce brusque dénoûment : était-ce de leur part défaut de perspicacité ou excès de confiance ? Des documents nouveaux, parmi lesquels il faut signaler en première ligne un rapport étendu du l**" octobre 1850 où M. H. de Brouckere résume toute sa mission, ainsi que la correspondance privée qu'il échangea avec le cardinal Antonelli , démontrent à l'évidence que la confiance témoignée par les hommes d'Etat belges, reposait sur des bases sérieuses, que la Cour de Rome opéra, à la dernière heure, une évolution inattendue, et que l'allocution du 20 mai fut le résultat d'une manœuvre souterraine, qui ne triompha des dispositions antérieures du Saint-Siège qu'à la veille, en quelque sorte, de la tenue du consistoire.

Jusqu'à la date du 15 mai, l'attitude de Pie IX et de son Secrétaire d'Etat, dans toutes leurs communications officielles avec le Ministre de Belgique, est celle de l'abstention, de la neutralité. Us n'approuvent pas la nouvelle loi ; ils partagent les appréhensions du clergé belge ; ils no prennent

aucun engagement formel pour l'avenir ; mais ils déclarent r itérativement qu'ils ne s'associent aucunement à la véhé-

mente opposition dirigée à cette occasion contre le Gouvernement (i). Quelques Prélats allaient même plus loin ; rinternonce à La Haye, Mgr Belgrado, découvrait dans cette vive hostilité « plus (Tesprit de parti que d! esprit religieux i^i). » La Cour de Rome n'avait donc pas de vues arrêtées ; elle ne précisait ni ses griefs, ni ses réserves ; aux représentations de M. H. de Brouckere, qui s'efforçait de la rassurer, elle se contentait d'objecter, qu'après tout la nouvelle législation serait moins favorable à l'Eglise que la situation antérieure. Plus tard, elle devait alléguer un autre motif de son attitude, mais pour le moment elle ne s'avançait pas plus loin. Dans ces conditions, il était clair que le mode d'exécution de la loi devait seul décider de l'intervention ultérieure ou de l'abstention définitive du Saint-Siège. Un accord tacite paraissait acquis sur ce point ; notre Ministre y comptait et le Gouvernement ne cessait de réitérer et de confirmer les assurances les plus formelles de son intention d'apporter, dans l'application de la loi, le principe en demeurant sauf, l'esprit le plus conciliant, le plus sincère désir de ménager les exigences, les susceptibilités même du sentiment religieux. « Ainsi — écrivait le V^ octobre 1850 M. H. de Brouckere — un message du Gouvernement à la main, j'avais annoncé au Cardinal Secrétaire d'Etat le vote de la Chambre et le vote probable du Sénat ; cette communication, reçue avec bienveillance, n'avait donné lieu qu'à des objections qui se rapportaient plutôt à l'exécution de la loi qu'à la loi elle-même, et j'y avais répondu dans des termes qui devaient au moins en atténuer l'importance. Dans cette môme conférence (le 15 mai), Mgr Antonelli.... m'avait

(1; Dépêches de M. H. de Brouckere, 5 et 28 avril, 8 mai 1850. (i) Dépêche du général Wiilmar, 2i avril 1850.

traité avec tant d'obligeance et de bonté, que je fus entièrement rassuré sur les dispositions du Saint-Siège, et que je n'hésitai plus à annoncer au Cardinal mon prochain départ pour la Belgique. Je savais parfaitement qu'un consistoire devait avoir lieu le 20; le 19, je vous écrivis qu'il serait ouvert par une allocution dans laquelle il serait question des affaires d'un autre pays ; mais jamais, je l'avoue, je n'aurais eu la pensée que la Belgique occuperait aussi une place fâcheuse dans cette allocution : je pourrais même m'étayer sur des autorités non suspectes, si j'avançais qu elle ne figurait pas dans une première minute. "

Ces observations, M. de Brouckere les a reproduites avec plus de force encore et d*étendue dans la correspondance privée qui, après la publication de l'allocution du 20 mai, s'échangea entre lui et le cardinal Antonelli (i). La Cour de

(i) L*intérêt historique qu*offre cette correspondance nous engage à reproduire ici les trois documents dont elle se compose; elle fait du reste partie du rapport officiel du 1^' octobre 1850 :

M. H. de Broucliere au cardinal Antonelli.

Bruxelles, le i 5 Juin i 850.

Monseigneur, J*ëtais de retour en Belgique depuis quelques heures, lorsque les journaux m*ont fait connaître Taliocution prononcée par le Très Saint-Père dans le consistoire secret du 20 mai.

J>ssayerais vainement d'exprimer à Votre Eroinence la surprise, la peine que j*ai' éprouvées en lisant le passage de cette allocution qui concerne la Belgique.

Je n*ai pas oublié, Monseigneur, les regrets, les craintes que Sa Sainteté et Votre Eminence elle-même m'ont à diverses reprises témoignés relativement à certains actes du Gouvernement ; je sais que la loi sur renseignement moyen a été particulièrement auprès de moi Tobjet de représentations nombreuses et pressantes : mais j'avais combattu ces regrets, ces craintes, ces représentations par tant et de si bonnes raisons, que j'avais eu droit d'espérer que je ne l'avais pas fait sans quelque succès.

Je m'étais permis d'insister spécialement, Monseigneur, afin que le Saint- Siège, alors même qu'il persisterait dans les sentiments qu'il me manifestait, attendit du moins, pour se prononcer, la mise à exécution de la loi, dans laquelle, je ne cessais de le répéter, comme j'étais autorisé à le faire, le Gouvernement du Roi donnerait de nouvelles preuves de l'esprit de modération

Rome n'a jamais révélé le secret d'un revirement qui, dans les conditions où il s'accomplit, ne pouvait manquer de faire apparaître sa politique sous un jour peu favorable. Plus tard, quand le Cabinet belge avait déjà formulé sa protestation, on

et de conciliation qui Ta toujours guidé. Si aucune promesse ne m*a été faite sur ce point, mes instances m*avaient du moins paru obtenir un accueU de nature à me rassurer pleinement, et j'ai quitté Rome convaincu qu'elles n'avaient pas été vaines.

Je ne me serais surtout jamais douté, Monseigneur, qu'il eût été question de la Belgique dans l'allocution du 20 mai, puisque, le 21 et le 25, j'avais eu l'honneur d'être reçu par Votre Eminence et qu'Elle ne m'avait pas fait la moindre communication k cet égard. Votre Eminence savait cependant que j'étais à la veille de mon départ, et certes, je l'eusse différé, quel que fût l'état de ma santé, si j'avais pu soupçonner le contenu de Talloculion.

Des raisons sérieuses, j'en suis convaincu, ont déterminé Votre Eminence à la réserve dans laquelle Elle s'est renfermée vis-à-vis de moi; mais ces raisons doivent m'avoir été étrangères, car je trouve en moi-même la certitude que je n'avais point démérité de la confiante bonté que j'avais jusque-là rencontrée chez Votre Eminence. A la même époque d'ailleurs, je recevais de Sa Sainteté des témoignages de haute bienveillance qui me pénétraient, qui me pénètrent encore de la plus profonde gratitude . cette coïncidence m'ôte toute inquiétude personnelle. La calomnie y cherchera peut-être un grief contre moi ; trente ans de loyauté me mettent au-dessus de la calomnie. Si j'ai emporté une crainte en prenant congé de Votre Eminence, c'est celle d'avoir parfois poussé le zèle et le dévouement jusqu'à l'importunité.

Le Gouvernement se fera un devoir. Monseigneur, de répondre au passage de l'allocution, mais je n'ai pas pu m'abstenir d'exprimer, en mon nom privé, à Votre Eminence, les sentiments particulièrement pénibles que ce passage m'a fait éprouver.

Je forme les vœux les plus ardents. Monseigneur, pour que les relations entre le Saint-Siège et la Belgique ne se ressentent en aucune manière du différend qui vient de surgir, et que j'ai la conscience d'avoir tout fait pour prévenir.

Je prie Votre Eminence d'agréer avec sa bonté ordinaire les assurances de ma plus haute considération.

H. DE Brouckere.

Le cardinal Antônelli à M. H. de Brouckere.

Rome, le 27 juillet 1850.

Excellence, II m'a été fort pénible d'apprendre l'impression qu'a reçue Votre Excellence peu de jours après son retour en Belgique, en lisant dans l'allocution prononcée par le Saint-Père; dans le consistoire secret du 20 mai dernier, le passage relatif à la Belgique. Pour effacer toute fâcheuse appréhension que Votre Excellence a pu concevoir, ainsi qu'Elle me l'écrit par son honorée du 45 du mois dernier, de ce que j'avais négligé de l'en prévenir, malgré les bonnes relations que j'avais conservées avec Elle pendant tout le temps que j'ai eu l'honneur de l'approcher comme digne représentant de la Belgique, Elle

insinua, à Rome, dans le but de justifier la conduite du Saint- Siège, que les amendements à larticle 8 de la loi, s ils en constituaient une amélioration, avaient été arrachés au Gouvernement par l'opposition parlementaire et qu on ne pouvait

doit me permeUre les explications suivantes. Les actes dont s'occupe Sa Sainteté, dans le consistoire secret, sont réservés naturellement, ainsi que Tindique le nom même. De là il suit que les cardinaux présents au consistoire sont tenus de garder à ce sujet un silence religieux jusqu'à ce qu'il plaise au Saint- Pére de les rendre du domaine public. Or, cela étant arrivé peu de temps après le départ de Votre Excellence, Elle reconnaîtra que dans la posiUon délicate ou je me trouvais vis-à-vis de Taccom plissement d'un devoir sacré pour moi, il ne m'était pas possible de Lui faire anticipativement la communication qu'Elle aurait désirée. Après cet éclaircissement, je croirais superflu d'ajouter d'autres réflexions pour démontrer à la haute sagesse- de Votre Excellence la délicatesse de la circonstance. Aussi je ne doute aucunement que ne disparaissent les plus légères incertitudes touchant les dispositions de mon esprit envers Sa personne spécialement, surtout pour les égards qui d'ailleurs sont dus aux belles qualités dont Elle est douée.

Du reste, je me plais à croire que les choses s'arrangeront de manière à tranquilliser l'esprit du Chef suprême de l'Eglise pour les devoirs qui lui incombent, résultat auquel contribuera puissamment le penchant du Gouvernement de Sa Majesté à seconder l'intérêt religieux du Saint-Père sur un objet d'aussi haute importance, et je ne doute point que Votre sage et efficace coopération n'y contribue.

Je joins à ce sujet mes vœux à ceux de Voire Eminence, à qui ie renouvelle en cette circonstance les protestations d'une considération distinguée.

G. Cardinal Antonelu.

M. IL de Rrouckere au Cardinal Antonelli,

Bruxelles, le 49 août 1850.

Monseigneur, J'ai reçu ces jours derniers la lettre que Votre Eminence m'a fait l'honneur de m'écrire sous la date du â7 juillet en réponse à la mienne du 15 juin. Je remercie très sincèrement Votre Eminence des explications que cette lettre renferme et plus encore des termes si obligeants et si gracieux pour moi dans lesquels elle est conçue.

Toutefois ces explications ne se rapportant qu'à la dernière partie de ma susdite lettre, je demande à Votre Eminence la permission de lui témoigner de nouveau combien j'ai dû être surpris et affligé en lisant le passage de l'allocution du 20 mai qui s'adresse à la Belgique.

Ce passage a principalement en vue la loi récemment publiée sur l'enseignement moyen ; s'il ne s^en explique pas catégoriquement, la note verbale de Votre Eminence, en date du 9 juillet^ rend désormais le doute impossible à cet égard.

Or, comme j'ai eu l'honneur de le rappeler à Votre Eminence par ma lettre du 15 juin, ceue loi a été de ma part, auprès du Saint-Siège, l'objet de nombreuses démarches ; et si je n'ai pas pu me flatter d'avoir réussi dans celles qui avaient pour but de dissiper les îippréhensions qu'elle avait Inspirées ai)

dès lors, y faire un compte sérieux. Le Ministre des Affaires étrangères réfuta vigoureusement cette allégation. Il prouva par la discussion et particulièrement par les discours du Ministre de l'Intérieur, que la formule primitive de la loi

Saint-Sié^e, chose que je n*aî jamais dissimulée, d'un autre côté, j'étais en droit de penser qu'il avait accueilli avec faveur les représentations que je lui avais faites afin qu'il attendit la mise à exécution de la loi pour manifester par un acte quelconque ses craintes et sa désapprobation.

Si je pouvais mettre sous les yeux de Votre Eminence les dépêches successives que j'ai adressées k mon Gouvernement à la suite de chacune des audiences que Sa Sainteté a daigné m'accorder et des conférences que j*ai eu rhonneur d'avoir avec Votre Eminence, je suis persuadé que vous reconnaîtriez, Monseigneur, qu'elles sont irréprochables sous le rapport de l'exactitude et de la fldélité. Chacune de ces dépêches cependant, tout en répétant le déplaisir que le projet de loi sur l'enseignement moyen causait au Saint-Siège, exprimait d'une manière de plus en plus explicite mon espoir qu'il ne s'en expliquerait pas publiquement avant que les mesures d'exécution lui eussent démontré que ses appréciations à l'endroit de ce projet étaient réellement fondées.

Pour ne parler à Votre Eminence que de la dernière conférence que j'ai eue avec Elle sur ceUe matière, c'est le 15 mai que j'ai eu l'honneur de Lui annoncer, une dépêche de M. le Ministre des Affaires étrangères à la main, le vote de la Chambre des Représentants et le vote probable du Sénat. Après avoir donné à Votre Eminence lecture de la lettre du Ministre, j'obtins d'Elle la permission de Lui exposer les diverses modifications que le projet de loi avait subies sur la proposition ou avec l'assentiment du Gouvernement ; je Lui rendis compte du résultat des votes émis sur chacun des principaux articles, je Lui expliquai la portée de l'ensemble de la loi ainsi modifiée, enfin je relevai à ses yeux combien le Gouvernement, pendant tout le cours de la discussion, s'était montré conciliant et modéré. Votre Eminence voulut bien écouter mes explications avec une attention soutenue et Elle ne me cacha point l'impression favorable qu'Elle en éprouvait. Elle me fit cette seule objection que ces explications n'avaient point dissipé sa crainte que la redoutable concurrence qu'allaient faire les établissements du Gouvernement à ceux du clergé ne finit par anéantir ces derniers, ce que Votre Eminence aurait avec raison regardé comme un résultat déplorable. Je lui répondis que telle n'était pas et ne pouvait pas être l'intention du Gouvernement, qui comprenait trop bien la liberté d'enseignement consacrée par notre Constitution et les véritables intérêts du pays pour ne pas désirer lui-même que les parents trouvassent dans le royaume tous les moyens de faire donner à leurs enfants l'éducation la plus convenable à leurs yeux. M'appuyant sur divers passages des lettres que j'avais reçues de

'esprit qui présiderait loi, et je lui donnai l'assurance que le Gouvernement irait en toute chose audevant des vœux raisonnables du clergé pour lui ôter jusqu'au moindre sujet de défiance et pour obtenir son concours, si désirable d'ailleurs, pour la prospérité même de ces établissements.

était Texpression des scrupules constitutionnels du Cabinet, qu elle était motivée par le fait de l'absolue indépendance du clergé en Belgique où « le Gouvernement, la loi même n'a sur lui aucune autorité, y» Mais cette formule n'était pas un

Votre Eminence me promitde rapporter notre entretien au Saint-Père, en me faisant espérer qne Sa Sainteté partagerait la satisfaction qu*EIIe en ressentait Eile-même; puis, instruite par moi de mon prochain départ, motivé par la mort toute récente de mon père et par l'état de ma santé, Votre Eminence voulut bien m'entretenir de quelques affaires particulières et me lire un mémoire qu*Elle avait fait rédiger concernant une difficulté sur laquelle j*avais, longtemps auparavant, appelé son attention.

J'ose le demander à Votre Eminence, quelle impression ai-je dû emporter de cette conférence avec Elle, conférence qui faisait suite à tant d'autres, dans lesquelles des explications non moins franches, non moins satisfaisantes avaient été échangées? N'étais-je pas autorisé à exprimer au Gouvernement, comme je rai fait, la confiance que la Cour de Rome persisterait, jusqu'à nouvel incident, dans le silence et l'abstention qu'EIle avait observés jusque-là, et que ses relations avec la Belgique continueraient à être aussi bienveillantes qu'elles ravalent été à aucune époque ?

Cependant cinq jours après, le 20 mai, mes prévisions, qui me semblaient si bien fondées, étaient solennellement contredites, et le Gouvernement belge était l'objet d'une censure publique, sans que son représentant auprès du Saint-Siège en eût reçu le moindre avis.

J'ai été trop souvent à même d'apprécier la loyauté, la droiture extrêmes de Votre Eminence pour avoir un seul instant pu concevoir la pensée qu'EIle aurait voulu m'induire en erreur dans notre entretien du 45 mai; cette pensée, je la repousserais alors même que Votre Eminence y aurait eu un intérêt que Je ne saurais entrevoir, et que des motifs très plausibles ne me donneraient pas en outre la conviction que la résolution d'insérer dans l'allocution du 20 un paragraphe sur la Belgique est postérieure à la date de cet entretien.

Quel incident s'était-il donc produit entre le 15 et le 20 mai, et pourquoi le représentant de la Belgique, contre lequel il n'existait point de grief personnel, je l'espère du moins, n'en a-t-il reçu aucune information ni avant ni après l'allocution? Je n'essayerai pas de résoudre cette double question; dans mon inaltérable respect pour le Saint-Siège, après avoir rappelé les faits, je m'abstiendrai d'en rechercher les causes, s'il ne juge point à propos de les faire connaître lui-même.

Votre Eminence sait toutefois que je n'ignorais pas entièrement à Rome les démarches que faisaient, dans l'intérêt de leur opinion, de puissants adversaires de la loi sur renseignement moyen.

Quoi qu'il en soit, je supplie Votre Eminence d'être bien convaincue que je conserve et que je conserverai quand même les dispositions, les sentiments que j'ai constamment apportés dans les relations que j'ai eu l'honneur d'avoir avec le Saint-Siège, et qu'il ne tiendra pas à moi que les vœux que j'exprimais à Votre Eminence en terminant ma lettre du 15 juin n'obtiennent une complète réalisation. Personnellement en butte cependant, après l'échec que j'avais essuyé, à des attaques qui, pour être souverainement injustes, n'en avaient pas moins une apparence de fondement, j'ai compris qu'il était de

ultimatum ; ceux qui l'avaient proposée ne demandaient pas mieux que de Taméliorer, si le moyen s en trouvait. « Les amendements étaient tellement dans les vues du Ministère qu'ils ont été rédigés de commun accord avec lui et que c'est en quelque sorte sous sa dictée qu'ils ont été écrits. » Loin de vouloir proscrire de l'enseignement moyen les influences religieuses, le Gouvernement en appelle de tous ses vœux le concours. Des représentations pressantes durent être faites en ce sens au Vatican (i).

L'Introduction^ indiqué le sens général et le résultat des négociations qui s'ouvrirent simultanément vers cette époque à Bruxelles avec TEpîscopat, à Rome avec le Saint- Siège au sujet de l'exécution de la loi de 1850 (2). Les docunients nouveaux qui servent de base à cette étude, permettent d'entrer davantage dans le détail des faits.

La correspondance du Ministre de l'Intérieur avec l'Archevêque de Malines avait commencé le 31 octobre 1850. Le début n'en parut pas exclure tout espoir de succès. Après la lettre adressée, le 13 décembre 1850, par M. Ch. Rogier

mon devoir d'offrir au Gouvernement du Roi ma démission des liautes fonctions qu'il m'avait confiées, el dans l'exercice desquelles, malgré mon zèle et mon dévouement, j'avais eu si peu de succès; ce devoir, je Tai accompli immédiatement après mon retour : j'attends la décision à intervenir en temps opportun.

Veuillez agréer, elc. H. de Brouckere.

Le Secrétaire d'Eui de Pie IX ne parait pas avoir répondu k celle dernière lettre; mais, le 26 octobre 1852,quand le Cabinet, présidé par M. H. de Brouckere, éuil en formation, M. De Meesler écrivait de Rome : « Son Eminence a bien voulu me dire qu'Elle professe une haute estime pour le caractère de M. de Brouckere, et rappelant ce qui s'est passé lors du départ de Son Exceljence, au sujet des paroles prononcées dans le consistoire de cette époque le Cardinal a ajouté qu 11 n'y avait certainement là rien de personnel, et que Son Excellence lui ayant écrit à ce sujet, Il s'était efforcé de motiver la conduite tenue à 1 égard du Ministre du lloi sur le secret absolu el de conscience que la Cour de Rome garde et impose relativement aux allocutions consistorlales».

(1) Dépêche de M. d'Hoffschmldt, M juillet i850 (4) Voir page i.n.

au Primat de Belgique (i), on se flatta un moment d aboutir. Le Ministre des Affaires étrangères communiqua ce document au Nonce ; il écrivit en môme temps à notre Chargé d'affaires pour faire appel aux sentiments de conciliation du Saint-Siège et exprimer le vœu que des instructions conçues dans cet esprit vinssent faciliter l'entente avec l'Episcopat (2). Quelques jours après, le 26 décembre, M. d'Hoffschmidt annonçait lo retour de M. Henri de Brouckere en Italie ; mais il faisait savoir en même temps que ce Ministre, bien qu'il restât officiellement accrédité auprès du Vatican, ne reparaîtrait pas à Rome, tant que les effets de l'allocution du 20 mai subsisteraient. Le Gouvernement insistait pour que le Saint-Siège fît au plus tôt cesser ces effets par un acte public quelconque, témoignant que ses espérances s'étaient réalisées et rendant justice à la droiture des intentiofas des Ministres du Roi. Les négociatiens pendantes avec les Evoques semblaient alors devoir fournir l'occasion prochaine d'une telle déclaration. Aussitôt après, M. H. de Brouckere reprendrait ses fonctions à Rome.

Cette double série de démarches n'amena aucun résultat. La Cour romaine ne doutait pas du sincère désir de nos Évéques d'arriver à un arrangement satisfaisant ; si elle était consultée par eux, elle s'empresserait de prendre l'avis des Congrégations compétentes. Quant à l'irrégularité des rapports diplomatiques, le cardinal Antonelli répondait : << Je désire ardemment que les Evéques de Belgique puissent s'entendre avec votre Gouvernement, et quand cette entente aura eu lieu, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour engager le Saint-Père à faire connaître sous une forme qui puisse être rendue publique que ses espérances se sont

(1) Comparer « La Belgique et le Vatican. » Annexes, p. 575.

(2) Dépêche de M. d'Hoffschmidl, 19 décembre i850.

réalisées, qu'il reconnaît la bonne volonté du Gouvernement belge (i). f*

Une attitude aussi indécise, si peu d'empressement à seconder les efforts du Cabinet de Bruxelles ne lui permirent pas de conserver plus longtemps les espérances qu'il avait un moment fondées sur cette dernière tentative. La correspondance avec l'Episcopat, en se prolongeant, faisait du reste éclater dès lors des antagonismes invincibles. Aux propositions si conciliantes contenues dans la lettre du Ministre de l'Intérieur du 13 décembre 1850,1' Archevêque de Malines répondit en réclamant une part d'intervention dans la nomination des professeurs et dans le choix deslivres scolaires. Les appels du Gouvernement à une intervention pacificatrice dans l'intérêt du rétablissement des rapports réguliers entre le Vatican et la Belgique demeuraient sans écho à Rome. On y feignit un instant d'ignorer la réponse du Prélat. Mis en présence des termes de la réplique que le Ministre de l'Intérieur y avait faite le 25 février, le cardinal Antonelli persista dans son inaction. Le Saint-Siège, disait-il, considérait cette affaire comme intéressant exclusivement le clergé belge, et se refusait à lui donner des instructions (s). La rupture des négociations était alors quasi consommée ; le Gouvernement et l'Episcopat maintenaient respectivement leurs exigences, tandis que la Papauté refusait obstinément de s'interposer. On sut bientôt qu'elle ne s'en était pas tenue à l'abstention, qu'elle avait au contraire encouragé les prétentions des Évêques et appuyé leur résistance.

Le 4 mai 1851, le Ministre des Affaires étrangères informe M. de Meester que, d'après les journaux, le Pape approuvait la conduite de l'Episcopat. Que s'est-il passé ? Si

(1) Dépêches de M. de Meester, 4 et 14 janvier 1851.

(2) Dépèches de M. d^Hoffschmidt, 30 janvier et 17 mars 1851 ; de M. de Meester, Il février, 7 et 11 avril 1851.

le fait est exact, il aggraverait la situation créée par Tallocution du 20 mai. Le même jour, notre Chargé d'affaires recueillait à Rome des indices analogues. J*apprends, disaitil, de bonne source que les Evéques ont soumis au Saint- Siège leur réponse (du 15 mars) à la lettre ministérielle du 25 février et que le Pape y a donné son adhésion. Dans deux dépêches ultérieures du 12 et du 13 mai, ces indications prennent un caractère de certitude. Les Evoques ont demandé et obtenu de pouvoir s'en rapporter à l'avis du Saint-Siège au sujet des écoles mixtes. La décision qu'ils ont prise, est approuvée. Le cardinal Antonelli aurait écrit au Nonce pour louer la haute sagesse de nos Prélats en cette circonstance. La Cour de Home n'a pas fait de déclaration officielle ; mais si nos Éyéques réclament une manifestation publique, ils l'obtiendront. Les démarches de la Légation ne servent de rien. « D'après ce que le Cardinal m'a répondu, conclut M. de Meester^ je dois penser que la conduite tenue par l'Episcopat jusqu'à ce jour est approuvée et qu'il a reçu des instructions pour celle qu'il doit tenir à l'avenir, n

C'est le surlendemain du jour où furent écrites ces lignes, que l'Archevêque de Malines adressait au Ministre de l'Intérieur sa dépêche du 15 mai 1851 qui clôt la correspondance. Ce document déchirait tous les voiles. « Notre conduite dans toute cette affaire y y lit-on, est approuvée par celui qui est le gardien des intérêts religieux et moraux des nations catholiques, et dont le jugement en matière d'instruction et d'éducation religieuse fait foi pour tous les membres de l'Eglise, t

La Cour de Rome faillit ne pas s'en tenir là. Pendant plusieurs mois, la menace d'une nouvelle allocution dirigée contre le Cabinet belge flotta dans l'air. M. de Meester crut pouvoir avertir le Gouvernement que, si les Evéques le demandaient, le Pape élèverait publiquement la voix pour les soutenir. «< Maintenant, dit-il, que l'on sait ici que la

section centrale approuve la conduite du Gouvernement, et que Ton suppose quil en sera de même de la Chambre, on n'abandonnera pas nos Evéques. Il a déjà été question, paraît-il, de parler de leur conduite dans le prochain consistoire; mais si mes renseignements sont exacts, on attendra encore quelques temps (i). » Le Ministère se préoccupa beaucoup de cette éventualité ; il ne comptait plus alors sur le concours de la Papauté pour aplanir les difficultés pendantes; mais il fit savoir à Rome quune nouvelle allocution dans le sens de la première compromettrait davantage tout projet d entente dans Tavenir, et refroidirait de plus en plus des relations ^ que, quant à nous, dit la dépêche du Ministre des Affaires étrangères, nous avons toujours mis tous nos soins à resserrer et à rendre les plus intimes que possible avec la Cour de Rome (2). » Des conseils plus modérés finirent par prévaloir dans les sphères dû Vatican. Quelques jours après la date de cette dépêche et avant même qu'elle ne lui eût été communiquée, le Saint-Siège se décidait à ne pas accentuer davantage son opposition ; il déclara s'en tenir à l'approbation suffisamment explicite, contenue dans la lettre de l'Archevêque de Malines du 15 mars 1851 , afin de ne pas rendre plus difficile l'entente désirée entre le Gouvernement et l'Episcopat au sujet de la loi sur l'enseignement moyen (3). Quant aux relations diplomatiques, elles demeurèrent au même point ; le Pape semblait peu soucieux de les rétablir sur un pied régulier : loin de consentir à modifier les effets de son allocution du 20 mai, il avait paru plutôt disposé à les accentuer davantage.

Cette situation se prolongea pendant plus d'une année ; aucune tentative ne fut plus faite de part ni d'autre pour la

(\) Dépêche de M. de Meester, 18 juillet 1851. (i) Dépêche de M. d'Hoffschmidt, 51 juillet 1851. (5) Dépêche de M. de Meester, 8 août 1851.

modifier, et elle subsistait tout entière à lavènement du Cabinet présidé par M. H. de Brouckere (31 octobre 1852). Ce Ministre tenta, dès son début, de régulariser les relations des deux Cours, mais il y mit les mêmes conditions que son prédécesseur. Il donna, dans ce but, des instructions verbales à notre Chargé d'affaires à Rome ; il lui prescrivit de communiquer au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté la déclaration faite par le Ministre de l'Intérieur à la section centrale de la Chambre, au nom du Gouvernement, sur la question de l'enseignement moyen (i). Si le Saint-Père consent, sur la foi de

(\) DéclaraUon faite par M. Piercot, Ministre de l'intérieur, au sein de la section centrale (Chambre des Représentants, séance du i8 novembre 185a).

« La loi du 1*"' juin 1850 est la règle à laquelle le Gouvernement entend (( invariablement conformer tousses actes, en matière d'enseignement moyen.

(( U estime que ceue loi a consacré les vrais principes sur les droits et les « devoirs de TEtat, dans les questions relatives à Tinstruction publique.

« Elle fait la part du Gouvernement en dégageant la liberté de son action (( sur i'enseigBement civil.

« Elle fait aussi la part du clergé, en appelant son concours à renseigne- (f ment religieux, avec une liberté complète de position et une entière « indépendance dans la direction qu'il croit devoir donner à cet enseigne- « ment.

a Le Gouvernement regrette sincèrement que cette dernière partie de la loi « soit demeurée juqu'à présent sans exécution.

(( 11 déplore que les efforts précédemment tentés et poursuivis avec persé- « vérance de la part du dernier Ministère n'aient pas amené des résultats plus « satisfaisants. Le Gouvernement est convaincu que l'insuccès de ses efforts « ne doit être attribué qu'à des causes indépendantes de la volonté du Minisu tère. »

Interpellé sur la conduite future du Gouvernement dans cette question, le Ministre déclare « qu'il ne dépendra pas de lui que la lacune regrettable dont « il s'agit ne soit comblée. L'exécution de la loi, dit-il, est bien plutôt une « question de fait et de conflance, qu'une question de principes. »

il ajoute (c qu'il ne considère pas les difficultés comme insurmontables, si a le clergé se montre, comme le Gouvernement, animé d'un esprit de sincère « conciliation, si la confiance est réciproque.

« Si des négociations nouvelles doivent se rouvrir, dit M. le Ministre, si on « veut adopter pour règle de conduite le principe que chacun restera maître « chez soi, sans que le Gouvernement intervienne dans l'enseignement reliic gieux, comme le clergé s'absUendra de toute intervention dans l'enseigne- « ment civil, en ce cas, les difficultés seront bientôt aplanies.

tt Ce que je puis affirmer, dit, en terminant, M. le Ministre, c'est que le n clergé trouvera auprès des organes du Gouvernement tous les égards aux- (I quels il peut justement prétendre ainsi que le sincère désir d'arriver à une

ce document, à donner au Cabinet belge une déclaration susceptible d'être rendue publique et portant que les craintes qu il avait manifestées autrefois doivent disparaître en présence des dispositions conciliantes dont le Gouvernement vient de faire preuve, les relations diplomatiques pourraient reprendre leurs cours normal.

Le cardinal Antonelli accueillit assez froidement cette ouverture. Il ne pensait pas que le Pape pût témoigner en ce moment des espérances semblables ; l'abstention du clergé belge n'avait que trop justifié les craintes que le Saint-Siège avait jadis exprimées. La réponse définitive de Pie IX se renferme dans les termes indiqués par son Ministre ; tout au plus, la forme en était-elle légèrement adoucie. « Sa Sainteté ne voyant dans ce moment pas de changement dans la question de l'enseignement moyen en Belgique, ne pouvait par conséquent manifester aucune opinion publiquement. Toutefois le Pape est heureux d'apprendre les bonnes intentions du Ministère, et il espère toujours que la haute sagesse du Roi et le bon sens de la nation finiront par aplanir les obstacles qui empochent l'entente si désirable entre le clergé et le Gouvernement (i). »

Ces communications n'eurent pas alors d'autre suite. Trois mois après, M. H. deBrouckere prenait l'initiative de nouvelles ouvertures. Plusieurs circonstances l'y encourageaient. Le duc de Brabant allait atteindre sa majorité ; l'Archevêque de Malines et les autres Prélats belges venaient de publier à cette occasion des lettres pastorales où ils s'applaudissaient, sans réserve aucune, de l'heureuse situation de la Belgique au point de vue politique et religieux, désavouant ainsi implicitement les craintes qu'ils avaient mani-

« solution satisfaisante, et de faciliter aux ministres de la religion le libre et u plein accomplissement de leur mission. »

Chambre des Représentants, session i 852-55, Documents, T. I*', tï^ 56 p. 52.

(I) Dépèches de M. de Meester, 9 et 14 décembre 1852.

festées à d'autres époques au sujet de la loi de 1850. C était à ce même moment que Pie IX intervenait personnellement pour recommander au clergé français , troublé par des dissensions intestines, la paix, la charité et la concorde, et l'on pouvait se demander avec raison si la portée de ce noble langage, de ces paroles vraiment évangéliques, devait rester circonscrite aux frontières de la France (i). La situation religieuse de la Hollande offrait un argument en sens inverse. Le rétablissement de la hiérarchie catholique en ce pays par un bref souverain du Pape, sans aucune entente préalable avec le Gouvernement néerlandais, y avait provoqué la plus vive irritation. M. H. de Brouckere en prit texte pour signaler la condition exceptionnellement favorable de l'Eglise catholique en Belgique et faire sentir la nécessité de ne pas la compromettre par une attitude hautaine vis-à-vis de l'État. « Vous ne devez pas vous lasser, écrivait-il à notre Chargé d'affaires, de le répéter dans vos entretiens avec Mgr le Cardinal Secrétaire d'Etat; vous devez en même temps faire comprendre à Son Eminence et aux autres personnes influentes que s'il ne se hâte de couper court, par un loyal arrangement, au désaccord actuel, le clergé pour-

(I) A Toccasion de la querelle de 1* Archevêque de Paris, Mgr Sibour, avec V Univers, Pie IX publia une lettre encyclique du 2i mars i855, aux Ëvêques français; on y lit ces paroles remarquables :

a Nous vous exprimons de nouveau combien Nous désirons que vous rejetiez toutes ces discussions et toutes ces controverses qui, vous le savez, troublent la paix, blessent la charité, fournissent aux ennemis de TEglise des armes avec lesquelles ils la tourmentent et la combattent. Ayez donc surtout à cœur de garder la paix entre vous et de la maintenir entre tous, vous rappelant sérieusement que vous remplissez une mijtsion au nom de Celui qui n'est pas un Dieu de dissension, mais un Dieu de paix, qui n* a jamais cessé de recommander et d'ordonner à ses disciples la paix et de la mettre au-dessus de tout. Et en vérité, le Christ, comme chacun de vous le sait, a mis tous les dons et les recompenses de sa promesse dans la conservation de la paix. Si nous sommes héritiers du Christ, si nous sommes enfants de Dieu, nous devons être pacifiques. Les enfants de Dieu doivent être pacifiques, doux de cœur, simples dans leurs paroles, unis d^alTeciion, fidèlement aUachés entre eux par les liens de la concorde. »

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