II. ' r
rait, un de ces jours, avoir à compter ici avec des opinions bien plus exigeantes que les nôtres (i)«.
Toutes ces considérations ne surent émouvoir la Cour de Rome ni la déterminer à se départir de son attitude d*inertie» sinon d'hostilité. Le cardinal Antonelli affectait de louer fort le langage patriotique de nos Evoques à l'occasion du dixhuitième anniversaire du prince royal ; il y voyait une preuve de l'attachement de nos Prélats à la dynastie et aux institutions nationales ; il désirait qu'ils s'entendissent également avec le Gouvernement, mais refusait d'assumer le rôle d'intermédiaire officieux. Cest avec VEpiscopat que les Minisires belges doivent directement traiter au sujet de t exécution de la loi de 1850, et tant qu'un accord n'est intervenu, la situation vis-à-vis de la Cour de Rome reste la même (»). Tous les efforts de notre Chargé d'affaires échouaient devant ce parti-pris. En vain remontrait-il que ce qu'on demandait au Saint-Siège, ce n'était pas une action directe sur le clergé belge, mais une intervention modératrice qui le disposât à la conciliation et lui fît comprendre les dangers d'une opposition systématique à une loi dont l'esprit n'avait rien d'irréligieux ; en vain le Ministre des Affaires étrangères ajoutait-il qu'il était tout disposé à négocier avec les Evoques, mais que ceux-ci ayant reçu en diverses circonstances des instructions sur la conduite qu'ils avaient à tenir, il importait que le Pape se prononçât et secondât, s'il voulait l'entente, les efforts du Oouvernement : le cardinal Antonelli restait inébranlable (3).
Cependant ces démarches multipliées laissaient quelques traces dans les esprits à Rome. Au commencement du mois de mai 1853, le Secrétaire d'Etat avait fini par convenir
(I) Dépèches de M. H. de Brouckere, 51 mars et iS avril i853. (i) Dépêche de M. de Meesler, 18 avril 1853.
(5) Dépêches de M. Van Overstraeten, 4 mai 1855; de M. H. de Brouckere 13 mai 1853.
que la loi de 1850 n était pas ouvertement hostile au clergé et que Timportauce de renseignement religieux dans le système de cette loi était moindre que dans celui de la loi sur Tinstruction primaire (i). A la fin de ce même mois, le Ministre de Pie IX faisait un pas de plus et manifestait Imtention de concourir à une entente dans la mesure de son pouvoir (2). Quatre mois après, aucun résultat nétait obtenu ; mais le Souverain Pontife ne cachait plus que la situation lui paraissait grave; son Secrétaire d*Etat déplorait les violences de la presse catholique, de la Patrie par exemple, au moment où des négociations étaient en cours. « Le Cardinal, écrivait alors M. de Meester, m*a promis d'envoyer le plus tôt possible au Nonce des instructions conciliantes, parce qu'il pense que nos Ëvéques se réuniront encore avant la fin du mois pour discuter les nouvelles propositions du Gouvernement. Toutefois Son Eminence semble toujours craindre qu'il sera difficile de tranquilliser la conscience de tous nos Prélats^ et il ma paru quon pourrait bien donner des instructions qui laisseraient à chaque évêque la faculté d'agir dans son diocèse y selon la situation des choses (3). » Ces paroles révèlent le secret de l'inaction prolongée du Saint-Siège ; ce dernier était tenu en échec par l'Episcopat belge, qui refusait de se dessaisir de la direction exclusive des négociations. Si quelques Prélats manifestaient des sentiments conciliants, d'autres ne déguisaient pas des intentions tout opposées, et les faits ont montré que le chef de ce dernier groupe était l'Ëvéque de Bruges. Le Pape craignit sans doute, en agissant, de n'être pas suivi; aussi, malgré les instances du Gouvernement belge (4), continua-t-il de temporiser, de
(1) Dépêche de H. Van Overslraelen, 4 mai i855.
(2) Dépèche du même, U mai 1855.
(5) Dépèche de M. delfeester, 15 octobre 1855.
(4) Dépèches de M. H. de Brouckere,:25 octobre i853 et 19 Janvier 18o>.
différer Tenvoi au Nonce des instructions conciliantes promises par son Secrétaire d*Etat (i). Des conférences avaient lieu en ce moment à Bruxelles entre les Ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur d'une part, l'Archevêque de Malines de l'autre; le Nonce y prenait part, mais sans instructions spéciales. Le 1 février 1854, le cardinal Sterckx approuvait enfin la convention proposée pour l'athénée et l'école moyenne d'Anvers : cet acte réglait les conditions du concours du clergé pour les établissements placés sous le régime de la loi de 1850. Dès le lendemain, le Ministre de l'Intérieur en donna connaissance à la Chambre ; les commentaires dont cette transaction y fut l'objet de la part des membres tant de la droite que de la gauche, les observations notamment de M. Frère-Orban, montrèrent que si le Gouvernement, en la signant, n'avait évidemment pas cru déroger à l'esprit de la loi de 1850, en fait il concédait au clergé des privilèges que celui ci avait vainement réclamés môme en 1842 («). Cependant la majorité approuva le compromis, et dès le 10 février, le Ministre des Affaires étrangères faisait exprimer à Rome la satisfaction qu'il en ressentait. « Je ne doute pas, disait-il, que nos Evéques ne reçoivent du Saint-Siège une entière approbation et le conseil de persévérer dans les voies de la conciliation où ils viennent d'entrer. » Dans, une dépêche-circulaire du même jour au corps diplomatique belge, il maintient cette appréciation et ajoute: « Je ne sais quelle part a pu prendre la Cour de Rome à la déterminalion de nos Evêques ; j ignore si elle a été préalablement consultée, mais je suis sûr qu'elle applaudira au résultat obtenu, r» Comment eût-elle pu faire autrement après la victoire signalée remportée par le clergé belge? Aussi le
(i) Dépêche de M. de Meester, 4 février 1854.
(2) Voir « TEpiscopat et rinstruction publique » : la Belgique et le Vatican 1. 1*', p. în«^5.
cardinal Antonelli se félicita-t-il de la solution ; il loua beaucoup le Nonce « qui paraît enfin, disait-il, être intervenu activement pour engager le Cardinal Archevêque de Malines à s'entendre avec le Gouvernement du Roi n ; il approuva pleinement la conduite du Prélat et exprima Tespoir que son exemple serait suivi. Il promit de donner des conseils en ce sens, sans toutefois s'expliquer clairement sur la nature des instructions destinées à TÉpiscopat (i). Quelles qu'aient pu être ces instructions, les Evéques ne se séparèrent pas du métropolitain ; le 14 février, ils adhéraient à la convention d'Anvers par une lettre collective adressée au Ministre de l'Intérieur, et le Gouvernement y donnait sa sanction le 5 avril 1854.
La Cour de Rome n'avait donc pas pris de part directe à la conclusion de cet acte ; elle n'était pas allée au delà de l'expression d'un désir général en faveur d'un accord ; elle avait laissé à l'Episcopat l'initiative et la direction exclusive des négociations. Elle avait même fait de cette entente préalable avec les Evéques la règle de ses propres rapports avec le Gouvernement belge. Celui-ci restait sous le coup de la censure qui l'avait atteint le 20 mai 1850, et l'absence d'un ministre régulièrement accrédité à Rome continuait depuis quatre ans d'être la conséquence officielle de l'allocution pontificale. Le Cabinet de 1852 attachait une haute importance à effacer ce fâcheux souvenir, à renouer avec le Vatican des relations régulières ; les ouvertures que dès son avènement il avait faites en ce sens n'avaient eu aucun succès. Aussi longtemps, lui avait-on répondu — et le même langage avait été tenu au prédécesseur de M. H. de Brouckere — qu'un accord ne sera intervenu entre le Gouvernement et le clergé, les craintes dont l'allocution du 20 mai 1850 était l'expression se trouvent justifiées et la situation vis-à-vis de
(i) Dépèche de M. de Meester, 21 février 1854.
la Cour de Rome reste la mâme. Pour que cette situation change, pour que le Saint-Siège en donne acte, il faut qu'un rapprochement préalable s'opère en Belgique entre les représentants de l'Eglise et ceux de l'Etat. Le jour où ce rapprochement fut un fait acquis, le Ministre des Affaires étrangères devait donc se croire autorisé à réclamer du Vatican Texécution de ces promesses, c'est-àdire un acte public qui détruisît l'effet de l'allocution de 1850 et rétablît les rapports diplomatiques sur le pied antérieur.
Tel fut le but de la dépêche adressée le 17 février 1854 à M. de Meester par le Ministre des Affaires étrangères. Après avoir constaté l'adhésion de la Chambre comme de TEpiscopat à la convention d'Anvers, il s'exprime en ces termes : ^ Je n'insisterai pas sur l'importance d'un pareil résultat; il parle assez haut de lui-même. Je ne dirai rien non plus des difficultés nombreuses de la négociation ni des efforts que nous avons dû faire pour en triompher. A quoi servirait-il d'y revenir? Je me bornerai à constater un fait, c'est qu'wn changement heureux vient dCêtre apporté dans la position respective du Saint-Siège et du Gouvernement du Roi,
*^ La loi sur l'enseignement moyen avait ému le haut clergé ; des craintes s'étaient emparées de lui ; elles lavaient, durant plus de trois années, empêché de s'entendre avec le Gouvernement pour l'exécution d'une des dispositions essentielles de cette loi. Ces craintes, jusqu'à un certain point, la Cour de Rome les avait partagées ; elle les avait consignées dans un document devenu célèbre en Belgique, l'allocution du 20 mai 1850. Je ne veux rappeler ni les termes de cette allocution, ni les termes de la protestation qu'elle a provoquée (i), ni le vote de la Chambre des Représentants du
(i) Lettre au Chargé d'affaires de Belgique à Rome du 14 juin 1850.
15 novembre de la même année sur cet incident : ce serait ranimer hors de propos des souvenirs fâcheux ; mais il doit nous être permis, je dirai plus, il nous est commandé par la situation nouvelle oit nous sommes de faire remarquer au Saint-Siège que les appréhensions dont il avait été f organe nexistent plus, et que^ dès lors, le témoignage de ces appréhensions doit disparaître avec elles. Le bon sens comme la loyauté exigent quà sa déclaration précédente y il en ajoute une autre f soiés une forme également solennelle, pour annoncer publiquement quun accord est intervenu et quil s'en félicite.
« Dans son allocution de 1850, le Saint-Père ne s*était pas borné à manifester des inquiétudes, il avait aussi exprimé de la confiance dans Tavenir. Quelle raison pourrait l'empêcher de reconnaître que ses inquiétudes ont cessé et que ses espérances se sont heureusement réalisées, qu'il a lieu, en un mot, d'être satisfait des bonnes intentions du Gouvernement de la Belgique et « de tous ceux qui, dans ce <« royaume, tiennent le timon des affaires f» i
« A Dieu ne plaise que je veuille indiquer au Saint-Père
la conduite qu'il aurait à tenir ; mais, plus que tout autre
peut-être, je dois souhaiter vivement que les dernières traces d'un conflit que j'ai eu la douleur de voir naître soient effacées sans retour. Mes intentions, sont aussi, je n'en doute pas, celles de Mgr le Cardinal Secrétaire d'Etat. Le 13 janvier 1851, Son Eminence,dans un entretien dont vous avez rendu compte (i), s'exprimait ainsi : « Je désire ardemment « que les Evêques de Belgique puissent s'entendre avec « votre Gouvernement, et, quand cette entente aura eu lieu , « je ferai tout ce qui dépendra de moi pour engager le « Saint-Père à faire connaître, sous une forme qui puisse « être rendue publique, que ses espérances se sont réali-
(1) Lettre du Charge (ralTaires à Rome du 14 janvier 1851,
*« sées, qu'il reconnaît la bonne volonté du Gouvernement « belge (i) ».
Rien de plus légitime assurément que cette demande. C'était réclamer un faible retour de la condescendance extrême dont le Cabinet de 1852 avait fait preuve dans ses négociations avec le clergé; le Saint-Siège ne pouvait loyalement décliner une ouverture dont il avait d'avance admis, à diverses reprises, le principe. Cependant le cardinal Antonelli l'accueillit avec beaucoup d'hésitation et de défiance. Il demanda et obtint copie de la dépêche du 17 février; il ne doutait pas que le Saint-Père n'en prît connaissance avec satisfaction; mais, pressé de donner une expression officielle à ce sentiment par un acte non moins solennel que l'allocution du 20 mai, il se dérobait; le moment ne lui paraissait pas venu pour une démonstration aussi importante; Tentente, suivant lui, n'engageait pas définitivement les deux parties; quoiqu'il fût persuadé du contraire, des dissentiments pouvaient cependant encore surgir, et la prudence commandait une grande réserve à Sa Sainteté.
Qu'était-ce à dire? Cette défaite était-elle l'effet de la malveillance ou de l'impuissance? Quoiqu'on ne fût alors qu'à la fin de février, la convention conclue avec le clergé avait du côté de l'Etat un caractère définitif. Le Gouvernement n'était pas allé si loin pour reculer le lendemain devant son œuvre; l'assentiment du Sénat ne pouvait faire l'objet d'aucun doute. Etait-ce donc l'Episcopat qui allait répudier sa signature? Le cardinal Antonelli savait-il que les Prélats
(1) Le 4 septembre 1850, le même cardinal Antonelli avait dit à M. de Meesler : « Son Eminence désire vivement qu'une entente au sujet de la loi sur renseignement moyen ait lieu entre le Gouvernement et le clergé; c'est là un vœu que le Saint-Père a toujours manifesté. A Rome, on fera tout ce qu'il est possilile de faire pour atteindre ce but et, quand on Taura atteint, le Saint-Siège ne se refusera pas de s*applaudir d'un accord qui mettra fin à des dissentiments si regrettables, » Le Cardinal reconnut Texaciilude littérale de cette déclaration. (Dépêche de M. de Meester du H octobre 1850). Voir Introduction, p. u.
belges articuleraient bientôt de nouvelles prétentions, quils n*exécuteraient la convention qu'à leur convenance, que l'Evoque de Bruges surtout n'en aurait aucun souci? Ne trouvait-il pas lui-même l'œuvre viable ou craignit-il que le Pape, en l'approuvant solennellement, ne fût mis dans l'impuissance de faire exécuter par les Evéques un arrangement négocié et accepté par eux? Le caractère péremptoire du refus du Secrétaire d'Etat justifie de telles hypothèses; il ne pouvait toutefois méconnaître ouvertement ses engagements de 1850 et 1851, et c'est pour cela qu'il suggéra d'emblée le moyen terme suivant : aussitôt que le Sénat se serait prononcé sur la convention d'Anvers, le Ministre des Affaires étrangères ferait remettre une note par son Agent ; le Secrétaire d'Etat y ferait une réponse, dont on serait, disait-il, satisfait, et qui pourrait être rendue publique (i).
M. H. de Brouckere repoussa à première vue cette offre. « L'échange de notes dont vous a parlé Mgr le Cardinal Secrétaire d'Etat — écrit-il le 16 mars à M. de Meester — est un moyen évidemment insuffisant. Il ne serait en rapport ni avec les circonstances actuelles, ni avec le retentissement qu'a eu l'allocution du 20 mai 1850. La question n'est point définitivement et entièrement vidée, et, dès lors, il faut user, dit-on, d'une grande réserve. Je pourrais répondre que la question était bien moins édaircie encore, il y a quatre ans, lorsque parut l'allocution ; mais j'aime mieux faire observer que ce n'est point en montrant cette circonspection excessive, tranchons le mot, cette défiance si peu fondée, qu'on parviendrait à faciliter les voies à un accord général et complet. »
Ces représentations restèrent sans effet à Rome. Informé que le Ministre des Affaires étrangères ne se ralliait pas à sa proposition, le cardinal Antonelli dit : « Il ne me reste
(i) Dépèche de M. de Meester, 28 février 1854.
donc i^uH qu*à continuer à engagar le Nonce à faire tous ses efforts pour que les différents Evoques de Belgique tAchent de s'entendre avec Tautorité civile, n Quant à une déclaration explicite, solennelle de la Cour de Rome, il laissa clairement entendre qu il ne fallait pas Tespérer dans Tétat actuel des choses (i).
Cependant de hautes influences s'étaient interposées. A la demande du Gouvernement belge, le Ministre des Affaires étrangères de l'Autriche, le comte de Buol, avait fait des démarches à Rome pour appuyer les vœux du Cabinet de Bruxelles, vœux qu'il trouvait légitimes. Cette intervention officieuse ne détermina pas le Vatican à faire de plus larges concessions; mais elle amena M. H. de Brouckere à se départir partiellement de ses premières exigences. Le comte de Buol, à la suite des explications venues de Rome, l'engagea à accepter provisoirement l'échange de notes proposé par le cardinal Antonelli, sans attacher une importance excessive à la question de forme (s). A ce moment, la convention d* Anvers avait pris un caractère officiel, et elle avait été notifiée directement au Saint-Siège. Quelques jours après, le Gouvernement belge acceptait l'échange de notes diplomatiques. Le cardinal Antonelli, en l'offrant, disait le Ministre des Affaires étrangères, ne fait en réalité aucune concession. (( Je le regrette sincèrement, poursuivait-il; toutefois, par égard pour de hautes influences, je ne repousse pas d'une manière absolue Tidée d'un échange de notes ; je suis môme disposée l'admettre comme un premier pas, comme un acte destiné à être suivi d'une démonstration plus complète et plus satisfaisante (s). »
C'était aussi le sentiment du comte de Buol, qui, d'après
(f ) Dépêche de M. de Meester, A avril 1S54.
(â; Dépêches de M. de Brouckere, 25 février 1854; du comte 0 Sullivan, 8 mars i85i ; du comte de Buol, il avril 1854. (5) Dépêche de M. H. de Brouckere au comte 0 Sullivan, 15 avril 1854.
ks assurances qu'il avait reçues, avait cru pouvoir garantir que le Secrétaire d'Etat du Saint-Père répondrait en des termes « dont le Gouvernement belge aurait toute raison d'être complètement satisfait n. Ce môme homme d'Etat obtint communication préalable de la note belge ; il en approuva le texte et la fit appuyer à Rome ; il considérait également la satisfaction promise comme le point de départ d'une réparation plus éclatante dans l'avenir (i). C'est dans ces conditions et après ces préliminaires qu'eut lieu l'échange des documents. Le 9 mai, M. de Meester remit au cardinal Antonelli la note belge datée de ce jour ; en voici la teneur :
« Le soussigné, Chargé d'affaires du Gouvernement de Sa Majesté le Roi des Belges, a eu l'honneur d'entretenir, à diverses reprises. Son Eminence Monseigneur le Cardinal Secrétaire d'Etat de l'arrangement intervenu entre le Gouvernement de Sa Majesté et l'Episcopat belge -pour l'exécution d'une des dispositions de la loi du l®"* juin 1850 sur l'enseignement moyen. Le soussigné se conforme à ses instructions en appelant de nouveau l'attention du Saint-Siège sur cet objet important.
^ L'arrangement dont il s'agit a rencontré un assentiment dont les amis de la paix publique et de la religion ont lieu de se féliciter.
«( Dans sa séance du 14 février, la Chambre dos Représentants a ^ approuvé la marche suivie et les explications données par le Gouvernement, r
« Dans sa séance du 9 mars, le Sénat a également approuvé « les nouvelles bases adoptées par le Cabinet dans « les négociations avec le clergé et l'esprit de conciliation << avec lequel elles ont été conduites pour amener un arran- «< gement convenable, y*
({) Dépêches de M. de Broackere à M. de Meester, t7 et 24 avril i85i ; — da comte 0 Sullivan, 7 mai 1854.
^ L*accord qui 8*est établi après de si longues négociations, a donc reçu le meilleur accueil et fait naître les plus flatteuses espérances. Déjà des mesures ont été prises pour en assurer la première application, et Ion est fondé à croire que, grâce à une bonne volonté réciproque, cet accord produira dans Tavenir tous les fruits désirables.
« Dès aujourd'hui, il est un point hors de contestation ; c'est que des dissentiments regrettables avaient éclaté et qu'ils ont été heureusement aplanis. Le Souverain Pontife a dû s'en réjouir tout particulièrement dans sa sollicitude paternelle pour une nation qui s'est toujours fait remarquer par son zèle pour la foi.
<< Sa Sainteté aura été heureuse de reconnaître combien le Gouvernement et les Chambres belges ont' sincèrement à cœur les intérêts de la religion et l'autorité morale de ses ministres.
^ D'après les assurances verbales qu'a bien voulu donner récemment Mgr le Cardinal Secrétaire d'Etat, on ne peut douter, en effet, du suffrage que le Saint-Père a accordé à la conduite loyale de la Belgique et de sa disposition à le constater dans un document solennel. Toutefois le soussigné éprouverait une nouvelle et vive satisfaction s'il était autorisé à en transmettre dès à présent l'expression à sa Cour sous une forme officielle, et c'est dans ce but qu'il a Thonneur d'adresser la présente note à Mgr le Cardinal Secrétaire d'Etat, espérant que Son Eminence Révérendissime voudra bien faire part au Saint-Père d'un vœu si naturel et si légitime, et que Sa Sainteté, dans sa haute sagesse, daignera le prendre en considération.
<« Le soussigné saisit cette occasion, etc. »
E. DB Mbestw de Ravbstbin.
La réponse du cardinal Antonelli est du 29 mai ; en voici la traduction :
^ Le soussigné Cardinal Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté a porté son attention empressée sur la note que Votre Seigneurie lui a adressée, le 9 de ce mois, au sujet de Tarrangement récemment conclu pour mettre fin aux difficultés existant entre le Gouvernement royal et TEpiscopat belge, relativement à la loi sur renseignement moven publiée le P^juin 1850.
« Après avoir mis cette note sous les yeux de Sa Sainteté, le soussigné se plaît à répéter à Votre Seigneurie ce qu il a déjà déclaré dès ses premières communications verbales à ce sujet, c'est-à-dire que l'accord conclu constitue un fait fort honorable pour le Gouvernement belge. Dans sa haute sagesse et sa loyauté, ce Gouvernement, appréciant lesjustes observations des autorités épiscopales du royaume, s'est attaché à écarter les obstacles par suite desquels l'instruction publique, dans les établissements d'instruction moyenne de l'Etat, allait perdre le salutaire concours du clergé pour la partie religieuse et morale.
<« Les garanties promises à l'Episcopat à la suite de ses négociations avec le Ministère du Roi sont pour l'auguste Chef de l'Eglise une cause de satisfaction ; il ne met pas en doute que la concorde inaugurée entre le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique touchant la très importante affaire de l'enseignement public ne doive, par le progrès du temps, acquérir la plus grande extension possible, grâce aux rapports continus de bonne intelligence entre les deux parties.
<< Cette confiance du Saint-Père, justifiée par la sanction royale qui a suivi le projet d'arrangement, est encore fortifiée par la grande faveur avec laquelle s'étaient précédemment prononcées dans cette question les assemblées parlementaires du royaume. Il y a donc lieu de concevoir la flatteuse pensée qu'il existe parmi les représentants du royaume des vues uniformes sur la nécessité d'une bonne entente avec l'autorité de l'Eglise, afin d'assurer à l'enseignement public.
SOUS les rapports religieux et moraux, cette direction qui est d*une importance fondamentale au point de vue tant de la religion que de la vraie et solide prospérité des Etats.
tf Le soussigné saisit cette nouvelle occasion pour confirmer à Votre Seigneurie les sentiments de sa considération distinguée. »
G. Cardinal Antonblli.
En recevant, le 9 mai, des mains du Chargé d*afiaires belge la note de ce jour, le cardinal Antonelli lui avait donné l'assurance tf que sa réponse satisferait le Gouvernement f*. Etait-ce là une réponse satisfaisante? Ou le Cardinal se faisait singulièrement illusion sur la portée de ses paroles , ou un nouveau revirement dut s'accomplir pendant l'intervalle dans son esprit. Son langage ambigu et évasif, plein de réticences et de réserves, ressemblait plus à une approbation de la conduite des Evoques que des actes du Gouvernement ; il ne pouvait aucunement seconder les efforts de la politique conciliante de nos Ministres, n'atténuait sous aucun rapport l'impression laissée par l'allocution du 20 mai 1850, et loin d'améliorer les relations diplomatiques, les rendait plus difficiles, plus tendues qu'auparavant. La déception de M. H. de Brouckere fut profonde; il attendit plus d'un mois pour accuser réception du document romain. Quand il s'acquitta, le 7 juillet 1854, de cette tâche, il exprima l'opinion « que le Cardinal Secrétaire d'Etat semblerait plutôt incriminer le passé que rendre hommage au présent; sa note n'envisage la question que sous un seul aspect ; elle répond très imparfaitement au but quon nous avait indiqué, en annonçant qu'elle serait conçue en des termes tels << que le Gouvernement belge aurait toute raison d'en être satisfait » . Je ne juge pas, disait en finissant le Ministre, qu'il y ait lieu d'adresser une nouvelle communication à Son Eminence.
Ce fut la fin de la négociation. Le Gouvernement ne donna
aucune publicité à la note émanée de la chancellerie romaine; il la jugeait insuffisante et inefficace sous tous les rapports. Le Saint-Siège, au cours de ces pourparlers, n'était guère allé loin dans la voie des concessions ; il avait accueilli les ouvertures du Cabinet belge avec une extrême réserve, parfois avec une hauteur peu déguisée et j avait opposé fréquemment des refus catégoriques. Cependant, si peu qu il eût offert, il est manifeste que le cardinal Antonelli avait finalement promis plus qu il n avait tenu. Pourquoi recul at-il? Le motif réel de son attitude ne tarda pas à se révéler. Le Saint-Siège était tenu en échec et paralysé par les divisions de l'Episcopat belge; il savait que, malgré leur adhésion collective, tous nos Prélats ne se ralliaient pas à la convention d'Anvers, que plusieurs d'entre eux ne l'exécuteraient pas, et il craignit de s'engager avec ceux-ci dans une lutte ouverte. Un incident de presse fit le jour sur ce point et montra que le Vatican, tout en approuvant le compromis du 5 avril au sens même où l'entendait le Gouvernement, n'osait pas le déclarer publiquement.
Le 20 mai 1854, la CiviUa caitclica publia, sur la Belgique, un article où elle appréciait l'arrangement intervenu avec le clergé au sujet de l'enseignement moyen. « Les nouvelles bases de cet arrangement, — écrivait la Revue, — sont en somme la plénitude de pouvoir des Evêques de surveiller l'enseignement ecclésiastique dans la nomination des professeurs f l'approbation des livres, etc. Cest là un vrai triomphe pour C Eglise et pour notre Épiscopat, qui s'est toujours montré si zélé et si uni, conséquemment si fort. C'est aussi un bel éloge pour les deux Chambres et pour le Gouvernement de n'avoir voulu faire preuve en cela que d un amour bien entendu de la religion et d'un respect bien dû à notre Episcopat. r
Cette appréciation, qui laissait entrevoir le sens réel et la portée do l'acte du 5 avril, ainsi que le mobile des Evéques
— XLVIU —
en s*y ralliant, ne correspondait nullement, il faut le dire, aux vues du Cabinet belge; ce n était pas ainsi qu'il compre* nait la convention intervenue avec le clergé, et il se préoccupa de ridée que dans les sphères du Vatican on pût Tinterpréter de la sorte. Le Ministre de Tlntérieur fit rédiger à ce sujet une note qu il pria son collègue de faire connaître à Rome par une voie officieuse afin de prévenir tout malentendu, tf Pour juger sainement la convention dont il s*agit — est-il dit dans ce document — il faut se pénétrer de ce principe que Tintervention du clergé dans les athénées et les écoles moyennes de TEtat n'a d'autre objet que tinstruction religieuse à donner aux élèves de ces établissements. La mission des ministres du culte se renferme exclusivement dans ces limites en vertu de l'article 8 de la loi du 1*' juin 1850. En dehors de ces limites, le clergé n'a ni autorité, ni surveillance à exercer dans l'enseignement moyen Cest le
Gouvernement, seul investi par la loi de la direction des établissements d'instruction moyenne, qui les administre, qui nomme tout le personnel étranger à l'instruction religieuse, sans contrôle, sans partage d'autorité avec qui que ce soit. Et il en est de l'approbation des livres destinés à l'enseignement en général comme du personnel. C'est le Gouvernement qui les désigne sans intervention étrangère. 9>
Le 1*^ août 1854, M. de Brouckere transmit ce document à notre Chargé d'affaires. Il le chargea de s'enquérir de la vraie pensée du Saint-Siège sur la convention d'Anvers, sans faire toutefois de démarche officielle, puisqu'il s'agissait d'une mesure relevant exclusivement de la souveraineté nationale. Un entretien avec le Secrétaire d'Etat suffirait au but qu'on se proposait. <« Vous pourrez exposer la manière de voir du Gouvernement du Roi au sujet de la question dont il s'agit, et si des objections venaient à se présenter, déclarer ^que le Cabinet de Bruxelles n'a cessé de s'expliquer à cet égard de la manière la plus précise, aussi bien
via-àrTis de TE^iscopat belge qu*Mifi«n de la Législature «et qu il regarde oomme erronée toute interprétation qui tendrait à 8*écarter de celle qu'il n a cessé de présenter luimême, n
L'entretien prévu dans cette dépêche eut lieu le 14 août. Voici en quels termes notre Chargé d'affaires en rend compte dans une lettre datée du même jour :
^ En parlant aujourd'hui avec le Cardinal Secrétaire d'Etat de la presse en général, j'ai mené la conversation sur l'article de la Civilla oattolica.
« Le Cardinal Antonelli regrette que la presse s'occupe de la question dont il s'agit. Il croit qu'il est de l'intérêt général d'éviter toute polémique sur ce sujet.
« Le Saint-Siège s'est réjoui de l'arrangement intervenu entre le Gouvernement de Sa Majesté et l'Episcopat belge. Il a jugé et interprété cet arrangement d'après son texte, d'après les explications données au sein de la Législature et d'après le rapport fait au Roi, quand ont été publiés les arrêtés qui règlent les conditions du concours de l'autorité ecclésiastique à l'exécution de la loi sur l'enseignement moyen.
<< Le Cardinal désapprouve la mauvaise interprétation qu'on pourrait donner à l'article de la Civilta cattolica. Il m'a paru que Son Eminence voyait avec beaucoup de déplaisir qu'un journal, imprimé à Rome, s'occupât de la question. ^ Evitons, m'a-t-ElIe dit, toutes les discussions à ce « sujet. Supposez que cet arrangement ne plaise pas à un « Evêque belge. Il serait bien facile alors de soulever en « Belgique une polémique. Des deux côtés, la passion s'en « mêlera. L'un dira qu'on ne permet au clergé que d'ensei- « gner le catéchisme, et l'autre que le clergé prend la directe tien de tout l'enseignement.
ék J'espère que dans quelque temps, et si on ne néglige
« pas la prudence, la loi sur l'enseignement* moyen fonc-
« tioanera aussi bien que celle de l'enseignement primaire. » u. d
« Comme je m*étais muni d'un extrait de la note annexée à la dépâche du 1^ août..., j'ai dit au Cardinal que j'avais fait un résumé de la question, et je lui ai demandé la permission de lui en donner lecture.
« Son Eminence na fait aucune observation et a approuvé le contenu de la note ; mais Elle a âni par me répéter : <« évitons toute discussion ; le Saint-Siège ne s'occupe nuUe- <« ment de ce que peut dire la presse ; les explications offi- ^ cielles sont les seules qu'il prend en considération, ce sont « les seules qu'il désire voir respectées et qui lui ont fait •* approuver complètement l'arrangement si heureusement « intervenu, n
« Il me paraît, Monsieur le Ministre , que cet entretien prouve que le Saint-Siège est d'accord avec l'interprétation indiquée par le Gouvernement. S'il évite de montrer publiquement toute sa manière d'envisager la question, je pense que nous ne devons l'attribuer qu'à la crainte de blesser des opinions émises par un ou deux de nos Prélats. Ce ne serait pas la première fois que Rome eût quelque difficulté à faire prévaloir son opinion sur celle de tous nos Ëvéques. ?»
Ainsi le Saint-Siège approuvait complètement la convention, au sens etavec l'interprétation du Gouvernement belge, et il s'était abstenu de le déclarer dans sa note du 29 mai, au risque de compromettre encore davantage ses relations diplomatiques avec la Belgique, parce que plusieurs Évéques belges exigeaient davantage. Tandis que l'Episcopat réclamait, comme condition de son concours, un enseignement catholique homogène ^ le Saint-Siège se contentait de la libre direction de l'enseignement religieux et moral. On se trouvait alors à la veille de la définition du dogme de l'Immaculée Conception ; quatre de nos Prélats se rendirent à Rome : c'était l'Archevêque de Malines et les Evéques de Bruges, de Tournai et de Namur. La Cour de Rome affecta de témoigner au Cardinal Sterckx les plus grands égards ; le Saintr
Père le félicita personnellement au sujet de la convention d* Anvers ; son Secrétaire d'Etat déclarait qu*il avait appris avec bonheur les heureux résultats que le Primat de Belgique en avait déjà recueillis et les espérances qu il nourrissait d*un aplanissement complet des difficultés qui restaient à vaincre. Les Évéques de Bruges et de Tournai n'obtinrent aucun encouragement dans la résistance qu ils continuaient d'opposer au compromis du 5 avril ; quand ils témoignaient le vœu que l'Etat, avant de demander leur concours, éloignât préalablement des établissements d'instruction moyenne les professeurs non catholiques, le cardinal Antonelli répondait que cela n'était pas indispensable, lorsqu'il s'agissait de professeurs enseignant des matières étrangères à l'éducation religieuse. Le Pape lui-même donnait des conseils de modération et n'épargnait pas ses remontrances. L'Archevêque de Malines, de son côté, alla jusqu'à manifester l'opinion « que si Sa Sainteté daignait prononcer quelques paroles pour montrer à l'Europe la joie qu'EUe éprouve de l'état actuel de l'enseignement en Belgique, ces paroles ne pourraient qu'exciter le zèle des deux parties pour en arriver à une entente prompte et complète » . Mais ce pas décisif, le Saint-Père refusa de le franchir. Le cardinal Antonelli persista dans ridée que le moment n'était pas encore venu pour solliciter du Pape ces paroles solennelles. C'était confesser, il ne s'en cachait guère du reste, que la convention d'Anvers demeurait à ses yeux une mesure provisoire, que les Evéques ne se considéraient pas tous comme liés par le pacte qu'ils avaient signé et que le Saint-Siège n'irait pas jusqu'à leur en imposer l'exécution (i).
(I) Dépèches de M.de Meester,H novembre i85i, U et 29 décembre 1851, 10 avril 1855 et 7 mai 1855. Cette dernière dépèche était adressée au vicomte Vilain Xllll, qai répondit qu'en déflniUve, tous les Evoques, quels qu'avaient pu être leurs sentiments particuliers, avaient accepté la convention, et que c*élalt là le point essentiel. (Dépêche du i 7 mai 4855.) Notre Chargé d'affaires
Le 30 mars 1855, le Cabiaet formé par M. H. de Broucker^ prit sa retraite, sans avoir pu obtenir du Vatican aucune ()es concessions qu il avait souhaitées et pour lesquelles il avait consenti aux plus généreuses avances. La Cour de Rome ne le conte&itait pas ; e^le vit partir les ministres de 1852 avec des regrets non moins sincères sains doute que ne Tétait la satisfaction qu elle avait témoignée à leur avènement. Mais se$ boiimes intentions furent stériles; dans le concours qu elle leur prêta, elle n'alla pas au delà des protestatioi^s verbales et se refusa à tout acte iqui aurait pu consolider la position, assurer le succès des tentatives d apaisemeotdu Gouverjaement belge. Le Saint-Siège ne coni^entit pas à intervenir, fdt-ce comme simple pacificateur^ dans les négociations relatives à la convention d'Anvers, afin de ne gêner sous aucun rapport la libre initiative de nos Ë véques ; quand ces négociations eurent abouti etque le Cabinet belge eut fait seul dans ce but les plus larges concessions, le Saint-Siège, bien qu'il se félicitât du résultat, hésita à manifester publiquement son approbation dans la crainte qu'on ne s'aperçût que cette transaction ne satisfaisait pas complètement tous les membres de l'Episcopat (i); quand
répondit, le 27 mai : a Si mes renseignements sont exacts, il eût été bien difficile pour nos prélats de faire autrement; d'après les instructions qui doivetU avoir été envoyées dans le temps d'ici au Nonce à Bruxelles. » La trace de ces instructions ne se trouve nulle part.
{{) « Rome a des contestations religieuses avec les Cabinets de Naples, de Florence, de Turin, de Madrid, de Lisbonne, etc.. etc., etc. Quand le Saint- Siège demande à ces Ca))ineis des libertés pourFEgllse, ils répondent peut-^tre : Cela ne fera qu augmenter les difficultés ; voyez la Belgique. Le clergé y jouit d'une liberté qu'il ne possède au même degré dans aucun des Etats de l'Europe, depuis ceux où règne le pouvoir absolu jusqu'à ceux où dominent les institutions les plus démocraUques, et elle ne parvient pas encore à s'entendre avec l'Episcopat. Voilà pourquoi sans doute Rome a tenu à ce que la convention d'Anvers se fît ; mais, craignant, d'un autre côté, une certaine opposition de quelques membresd'un clergé, qui jouit à juste titre ici de la plus grande considération, voilà ce qui peut avoir engagé le Saint-Siège à ne pas montrer au public toute la joie qu il a éprouvée en apprenant que la convention d'Anvers éuit conclue, était approuvée par nos Evêques et avait reçu une adhésion presque unanime dans nos Chambres. » (Dépèche de M. de Meester,27 mai 1855 )
enfin le Gouvernement, soucieux de rétablir sur un pied régulier ses relations diplomatiques avec le Vatican, se prôtaiti â cette fin, à des arrangements qu'il avait d'abord cru devoir repousser, le Saint-Pèresétônferma dans un silence opiniâtre et refusa, au sujet de l'allocution du 20 mai 1850, cette réparation que le Ministre des Affiaires étrangères ne pouvait se dispenser de réclamer et à laquelle, pour des motifs publics et personnels, il attachait justement une haute importance. Ainsi, sous tous les riapports, cette laborieuse négociation de trois années aboutissait, à Rome comme en Belgique, à un nouvel et complet échec.