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grave et bien plus préjudiciable que Terreur du professeur (i). 9»
Le Gouvernement, en tenant ce langage, se plaçait nettement sur le terrain constitutionnel de la séparation de l'Eglise et de TEtat; il justifiait ainsi son inaction en dépit des sommations ultramontaines. La Cour de Rome ne s expliqua pas; elle parut tout d*abord peu disposée à intervenir dans le conflit. Mais ce n'était pas assez de ce silence pour permettre au Cabinet de 1855 de rester indéfiniment neutre au débat. La presse catholique accentuait de jour en jour ses attaques ; les sentiments des Evéques à Tégard de l'enseignement supérieur de TEtat, encore qu'ils ne les manifestassent point publiquement en ce moment» n'étaient un mystère pour personne. Aussi, dès le mois d'août précédent, le Ministre de l'Intérieur avait-il cru devoir leur donner secrètement une première satisfaction en infligeant un blâme à M. Laurent pour ses publications historiques ; il songeait à retirera M. Brasseur le cours de droit naturel; bientôt il allait porter à la tribune une doctrine nouvelle qui n'était plus celle de la séparation absolue des deux domaines.
Interpellé, le 22 janvier, à la Chambre sur l'incident de Gand, M. De Decker déclara que si M. Brasseur avait nié, dans ses cours, la divinité du Christ, ou proclamé la supériorité religieuse de la réforme sur le catholicisme, il l'aurait destitué sur l'heure. Il ajouta que le Gouvernement n'entendait pas tolérer, dansles établissements de l'Etat , des attaques systématiques contre les principes fondanientatuv des cultes reconnus et spécialement du catholicisme ; mais il protesta d'autre part qu'il ne voulait pas davantage, par une étroite intolérance, énerver le haut enseignement. Le Ministre des Affaires étrangères s'empressa de transmettre à Rome ces paroles de son collègue ; le blâme public, disait-il, qui a
(i) Dépèche du vicomte Vilain Xttti, 8 janvier 4856.
atteint M. Brassear du haut de la tribune sera plus efficace que des mesures de rigueur administrative : c'est une legon sévère pour lui, un avertissement sérieux pour ses collègues (i).
Au moment où le Gouvernement faisait cette demi-concession aux exigences de TEpiscopat, il donnait au Saint-Siège un autre gage de ses sentiments. Tirant le voile de l'oubli sur les incidents de 1850, il rétablissait les rapports diplomatiques réguliers avec la Cour de Rome. Le 28 janvier 1856, M. de Meester était nommé ministre résident auprès du Saint-Père, et le 12 février, il remettait en cette qualité ses lettres de créance. Pie IX aborda alors, pour la première fois, la question de l'Université de Gand; il parut satisfait de l'attitude du Gouvernement, en butte à ce moment aux plus véhémentes attaques de la part des ultramontains à raison des déclarations du 22 janvier. « Je puis donner l'assurance à Votre Excellence — écrivait le Ministre de Belgique — que Sa Sainteté partage entièrement t opinion du Gouvernement de Sa Majesté sur f issue de cette question. Le Saint-Père croit que les partisans de M. Brasseur ne revendiqueront plus cette qualité. Il est heureux de voir qu'en Belgique, comme partout, on blâme géné>ralement les idées antireligieuses du siècle dernier, et oe blAme donné chez nous du haut de la tribune nationale sans soulever un mot de contradiction, n'a fait qu'augmenter encore la bonne opinion que Sa Béatitude a toujours eue de la Belgique (2). »
Ges paroles laissaient, à la vérité, un côtéde la question dans Tombre ; mais la rtserve même que s'imposait à cet égard le Saint-Siège équivalait, par le contraste qu'elle oflfrait avec l'attitude d'une fraction notable des catholiques belges, à une
^*^ Rx5!^î!® î" vicomie vilain XHII. 25 janvier 1856. (2) n^pftchc de M. de Meester, 13 février iSSB.
NL.
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approbation. Ces oomiriunications,, du reste, se bonidrent là. Daos le ooinrant de Tété, le Ministre de Belgique à Rom^ prit un congé ; il y fut remplacé, à titre intérimaire, par M. le baron d*Anethan, qui remplissait à cette époque les fonctions de secrétaire particulier du Ministre des Affaires étrangères. M. d'Anethan arriva à Rome le 3 août et fut reçu le 8 par le cardinal Antonelli qui, dans cet entretien, n'eut que des éloges pour la Belgique et son Gouvernement. Le 14 août 1856, Pie IX reçut à son tour notre Chargé d'affaires. ^ Une chose, lui dit-il, m'a beaucoup affligé : c'est le scandale qui s'est passé à Gand ; il faudra qub jb DONNE DES CONSEILS AUX ÉvÊQUES pour éviter le danger des doctrines pernicieuses qu'on enseigne dans cette Université. L'Université de Louvain est très bonne, mais tout le monde ne peut y aller ; il est déplorable que dans un pays catholique on enseigne de pareilles choses. » — Ces paroles furent dites rapidement et d'un trait. M. d'Anethan représenta que le Gouvernement, tout en déplorant les écarts auxquels Sa Sainteté faisait allusion, devait tenir compte des nécessités constitutionnelles. « Je sais, répliqua le Pape, que votre Ministère est animé de très bonnes intentions et je désire qu'il réussisse à prévenir le retour de semblables scandales (\). "
A la solennité de la circonstance près, cette apostrophe ne le cédait guère à la fameuse allocution du 20 mai 1850 ; elle, n'était certes ni moins vive dans les termes, ni surtout moins imprévue. Que s'était-il passé? Le 12 février. Pie IX se déclarait satisfait de la conduite du Gouvernement belge et le lui faisait savoir. Il n'est guère téméraire de supposer que les Ministres du Roi prirent soin de faire arriver aux Evéques le sentiment exprimé par le^ Saint-Siège. Aussitôt les prélats se mirent en report avec Rome pour en solliciter
(1) Dépèche de M. d*Attethafi, 15 âOût iS56.
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ime déclaration contraire* et ils Tobtinrent (i). Qoand le Pape dit : « il /Suivra que je donne des conseils aux Evéques,» il parlait an futor d*un fait accompli ; il avait écrit, dès le 28 juillet, à TEvéquede Gand,et celai-ci pablia, le 8 septembre 1856, apparemment de sa propre autorité, la lettre pontificale conçue en ces termes :
« Vénérable Frère. . . Nous louons, comme elle le mérite au plus haut point, la mesure si prudente et si sage que tous avez prise en exhortant les curés de votre diocèse à avertir, avec force et persévérance, les parents des dangers très graves auxquels sont exposés leurs fils en fréquentant l'Université de Gand. Et il nous a été très agréable d*apprendre par vos mêmes lettres qu'une mesure semblable a été prise par nos Vénérables Frères les Evêques de Tournai et de Bruges. Nous sommes intimement persuadé que votre très grande sollicitude pastorale et votre vigilance vous exciteront de plus en plus à redoubler d'attention, de soins et d'efibrts pour employer tous les moyens afin que les ravages de cette peste effroyable n'infectent et ne détruisent pas votre troupeau. Enfin Nous saisissons très volontiers cette occasion, etc. »
PibIX.
Après le discours du 22 janvier, la droite n'avait point protesté à la Chambre. MM. de Theux, Dumortier, de Mérode avaient gardé le silence. Mais la presse catholique s'était immédiatement soulevée contre l'attitude du Cabinet. Elle avait traité les explications du Ministre de l'Intérieur de distinctions subtiles, ses réserves de soi-^iscmt constitution-
(I) « Noos avons folt on exposé fidèle à N. S. Père le Pape des dangers de nos jennes diocésains et des mesures prises par Noos pour sauvegarder la doctrine catholique, «dlandemeill de TÉvèque de Gand,S septembre 1856.) — « Ce danger, qui a effrayé nos vénérables collègues. Son Eminence le Cardinal Archevêque de Matines et Leurs Grandeurs Mgr TEvèque de Tournai et Mgr TEvèque de Gand, a été signalé à ratteniion du Souverain Pontife. » (Mandement de TEvêque de Bruges, IS septembre iS56. Comparer page txm.)
nelles. La Patrie de Bruges y avait vu une énormité; elle qualifia de pierre de scandale les paroles prononcées par M. De Decker et annonça qu* il les expierait sans doute par de cruels remords. Le Pape avait tacitement approuvé ee discours en février ; en juillet, il adoptait la thèse et jusqu'au langage des Evéques et de leur presse.
En face de la sortie consignée dans la dépêche du 15 août de M. d*Anethan, le Gouvernement ne crut pas avoir à s'expliquer ni à se défendre. Le Pape d'ailleurs y annonçait des intentions pour l'avenir, il n'avouait pas un acte accompli ; on pouvait donc attendre. La publication de la lettre du 28 juillet devait, dans ces circonstances, produire une impression fâcheuse, qu'aggrava encore le commentaire de TEvéque de Gand.On eût pu mettre le Saint-Siège en contradiction avec lui-même en opposant son langage du 12 février à celui du 28 juillet ; on eût pu marquer Tétonnement que devait faire naître le silence gardé le 8 août par le Secrétaire d'Etat qui à ce moment encore, dans son entretien avec M. d'Anethan, ne trouvait rien à reprocher à la Belgique, n'articulait pas l'ombre d'une plainte contre nos Ministres. Ce mouvement était trop naturel pour ne pas se produire, mais il ne prévalut pas; M. Vilain XIIII prit un autre parti et voici la lettre caractéristique qu'il adressa de sa main à notre Chargé d'affaires :
Bruxelles, le' 16 septembre 1856.
14 Mon cher baron. Vous trouverez dans les journaux d'aujourd'hui une lettre pastorale de M. TEvéque de Gand.
^ Vous ne parlerez de ce document à personne, vous ferez comme si vous l'ignoriez ; vous ne prendrez aucyin air contraint et désobligé; au contraire, montrez- vous libre de toute préoccupation et plus disinvoUo que jamais.
<« Si le Saint-Père ou ie cardinal Antonelli vous questionnent et vous demandent ai je vous ai écrit quelque chose
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à Foccaftion de^ cette letti'e pastorale, voqs répcM&ez simplement : (hn, le vicomte Vilain XIIII ma éciHt que tEvêque de Gand semblait un peu vif^ mais qu'il n avait fait qu'use^des droits que Im donne la Constitution^ et que celi ne regarde pas le Gouvernement,
« Vous ferez du reste remarquer au Saint-Père ou au Cardinal, s'ils entament ce sujet, combien la Constitution belge assure au clergé une position libre et indépendante. J'avais l'honneur, en 1832, d'énumérer au pape Grégoire XVI, près duquel j'étais accrédité, tous les avantages, toutes les garanties que le clergé trouverait dans nos institutions : mon pronostic est devenu une réalité. Le clergé émet ses jugements doctrinaux avec une plénitude de liberté qu'on chercherait en vain autre part, et, sans que jamais l'ombre d'un conflit puisse s'élever, le Gouvernement remplit, de son coté, avec la plus complète indépendance, les devoirs que lui imposent la Constitution et les lois du pays.
*^ Recevez, mon cher baron, l'expression de mon affeétueux dévouement.
« Vilain XIIII ».
Un post-scriptum ajoutait, non sans une pointe d'ironie : « Le cardinal Antonelli doit avoir considéré la question du même point de vue que moi, puisqu'il ne vous a den dit du billet que Sa Sainteté a adressé à M. l'Evêque de Gand, le 28 juillet dernier. Si Son Eminence y eût entrevu un coté politique ou gouvernemental, Elle n'eût pas maiiquéilevous en parler. »
C'était habilement tourner la difficulté en rétorquant contre Rome le principe constitutionnel de la sépat^àtioii de l'Eglise et de l'Etat. C'est sur ce même terrain que, non sans restriction ni d^illance, il est vrai, allait bientôt se placer le Ministire de l'Intérieur par sa circulaire du 7 octobre où il revendiquait ^ tocrte la plénitude de son indépendance de
ministre constitutionnel. » Dans Tintervalle, la campagne entreprise par rÉpiscopat s'était accentuée. Le 18 septembre, l'Ëvéque de Bruges avait lancé une lettre pastorale qui confirmait le mandement de l'Evéque de Gand et compromettait l'Archeyéque de Malines dans le conflit en invoquant le mandement publié par celui-ci le 8 avril, et dirigé en partie contre l'Université de Bruxelles. Reprenant un mot appliqué déjà par la Patrie au discours du 22 janvier de M. De Decker, Mgr Malou qualifia de vraie pierre de scandçUe l'enseignement de l'Université de Gand.
Des attaques aussi véhémentes, aussi généralisées dans leur but, déconcertèrent le Saint-Siège et ne laissèrent pas que de l'embarrasser. Le 23 septembre, le cardinal An tonelU, iafiiS un entretien avec M. d'Anethan, lui dit spontanémen/t qu'il venait seulement d'apprendre la publication du mandement de l'Ëvéque de Gand, mais qu'il n'avait pas encore eu le temps de le lire. Il parut tenir à faire savoir à Bruxelles qu'il ignorait qu'une publication de ce genre dût avoir lieu. Bientôt on ne cacha plus que le Pape avait écrit à l'Evéque de Gand sans consulter son Secrétaire d'Etat (i). *^ Il ne m'est plus permis de douter, écrivait quelques jours après M. d'Anethan, qu'on n'ait été surpris à Rome, dans les régions du gouvernement, par la publication de la lettre pastorale de Mgr Delebecque. La lettre du Saint-Père ne contenait qu^ l'approbation de la ligne de conduite tenue ju^quici par l'Evéque ; le Saint-Père n engageait pasàrecourir 4 une plus grande publicité. De plus, on a trouvé que si l'Evoque jugeait convenable de faire connaître sa condamnation, il eût dû se borner à condamner les doctrines des deux professeurs et ne pas étendre ses censures à tout l'enseignemeat donné dans son diocèse. L'abstention du journal officiel, qui publie presque tous les actes importants des Evéques,
(4) Dépêches de M. (TÂnethan, 24 el 2fi septembre 4856.
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me parait significatif. Je ne doute pas qu*on n*eût préféré voir rÉvé^ue s'abstenir de publier cette lettre pastorale dans la forme du moins que Sa Grandeur a jugé bon d'employer (i). »
Quand M. d*Anethan recevait ces confidences , il est à remarquer qu'il navait pas eu à faire spécialement usage de ses instructions du 16 septembre. Sans doute on voulait prévenir une réclamation diplomatique, une démarche officielle du Gouvernement belge. Cette démarche n'eut pas lieu en effet; mais, le 3 octobre, quand le Ministre de Belgique fut venu reprendre son poste à Rome, il y fit connaître les intentions du Cabinet de Bruxelles en déclarant au cardinal Antonelli que les changements projetés dans le corps professoral de rUniversité de Gand iVauraient plus lieu désormais. Le Secrétaire d'Etat du Pape confirma, dans cet entretien, qu'il avait ignoré la correspondance échangée entre le Saint-Siège et l'Évoque de Gand ; il déplorait cet incident survenant au lendemain de la conclusion de la convention d'Anvers. On avait été effrayé à Rome même des effets proliables du mandement de Mgr Delebecque, et l'on ne s'y expliquait pas comment ce prélat avait pu prêter une telL» portée à la lettre pontificale (2).
A la suite de l'entretien du 3 octobre, le Ministre de Belgique s'attendait à être appelé bientôt chez le Secrétaire d'Etat pour recevoir des explications ; c'est chez le Souverain-Pontife lui-même qu'il reçut l'invitation de se rendre» Dans sa conversation avec Pie IX, il rappela le langage tenu le 12 février par Sa Sainteté, langage qui, par sa préci-
(t) Dépêche de M. d*Ânethan, 29 septembre 1856.
(i) Dépêche de M. de Meesler, 5 octobre 1856. — Un prélat attaché au Vatican disait, à ce sujet, à notre Ministre : a Mgv. Delebecque a fait bouillir ce billet (du Pape) dans du Champagne et s'est procuré ainsi tant de mousse qu*i> en a aspergé toutes les instituUons belges et a ainsi détruit le but pour Uquel il parait que le billet a été écrit. »
sion, aurait dû, semble-t^il, prévenir tout malentendu et empêcher surtout TEvôque de Gand de jeter le blâme sur tout renseignement de TEtat. Pie IX répondit : » L'Évêque de Qand m'avait envoyé depuis longtemps un rapport développé sur l'enseignement donné à TUniversité de Gand et m'avait en môme temps consulté sur les mesures à prendre pour empêcher que de mauvaises doctrines ne se propageassent dans son diocèse. J'ai laissé ce rapport pendant plus de deux mois sur ma table; plus tard, prbssé d'y répondre, je me suis enfin décidé à faire écrire par Mgr Fioramonti le billet qui a été publié. Un pape ne pouvait pas faire d^autres réponses aux questions qui lui étaient soumises. L'Évêque de Gand a donné trop de développement à son épître; jb le rbgrbttb. »
M. de Meester fit observer ici que l'Évoque de Gand n'avait fait assurément que se servir de son droit constitutionnel; mais que plus ce droit était étendu, plus il convenait d'apporter à son exercice de la prudence et de la discrétion. Il rappela, à cette occasion, les paroles d'un autre évéque belge au cours des négociations relatives à la convention d'Anvers. « La loi sur l'enseignement moyen serait bonne que je m'y opposerais. J'ai fait tant de sacrifices pécuniaires pour fonder des collèges dans mon diocèse que je ne puis permettre qu'ils soient moins fréquentés par la concurrence qu'on veut leur faire. » S'autorisant d'un tel langage, M. de Meester demanda si le Pape ne croyait pas devoir envoyer quelques conseils paternels à Mgr Delebecque. << C'est impossible pour le moment «, répliqua Pie IX; « il faut du temps; le temps calmera l'orage, et alors nous verrons. On doit seulement être bien persuadé d'une chose, c'est que le Pape ne veut se mêler en rien de tout ce qui concerne l'administration des autres Etats. Mais, a continué le Saint- Père, je viens encore d'écrire à vos Évêques; une circulaire doit leur être arrivée dans ce moment ; eUe est confi-
deniielley mais ai elle devient aussi publique, 4}ue ya-t««n dire? quel effet va-trelle produire? J'engage les Évéquee belges à fonder autant quil est en leur pouvoir des classes de philosophie dans leurs collèges, f»
Notre Ministre rassura Sa Sainteté ; le Oouvememe»t belge admettait la liberté d enseignement et ne craignait pas la diffusion des lumières ; mais peut-être tous nos Prélats ne seraient-ils pas du même avis, témoin la répugnance qu'ils avaient manifestée naguère à laisser les Jésuites faire concurrence à rUniversité de Louvain.
Au sortir de cet important entretien qui caractérise sous tant de rapports la nature des relations entre TÉpiscopat belge et le Saint-Siège, M. de Meester vit le Secrétaire d*Ëtat qui s'empressa de lui déclarer qu'il n'avait guère eu plus connaissance de la seconde lettre du Pape à nos Évêques que de la première. Il ne cacha pas Timpression que ce qu'il y aurait de mieux à faire pour Rome en ce moment, dans l'intérêt même de la religion, ce serait de modérer nos prélats; on n'en disconvenait pas. « Le Cardinal, comme d'ailleurs le Saint-Père aussi, voit très bien cette nécessité. Mais Rome ne fait pas ce quelle veut dans certains diocèses belges. On lui répond : Nous sommes sur lés lieux ; c'est à nous à apprécier la situation (i) r* .
La conclusion de cette longue dépêche est aussi le dernier mot de la négociation de 1854 au sujet de la convention d'Anvers. « Je pense pouvoir assurer que le Saint-Siège dé-
(1) Aux remontrances du cardinal Ântonelli, qui lui représenlalt la nécessité de s'entendre avec le pouvoir civil, un de nos prélats les plus militants répondit un jour : « C'est Topinfon de Votre Eminence, ce n'est pas la mienne. » Dépêche de M. de Meester du Si juiu 1857, rappelée le i28 décembre 1858. — Le 26 décembre 4878, TEvèque de Liège écrivait, en son nom comme au nom de ses collègues dans l'Episcopat à Mgr Dumont : a Nous avions toujours cru qu'un désir du Pape avait pour vous, comme pour nous, la force d'un ordre, » Â toutes les époques, il y a eu loin des paroles aux aclM.
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plore frivetnent la lettre pastorale de Gand^ mais il ne croit PAS POUVOIR LB dire PUBLIQUEMENT. Jo su^s presque convaincu que le Nonce a reçu ou recevra des instructions qui» il faut Tespérer, pourront contribuer un peu à rétablir le calme au milieu de Tagitation si maladroitement et si injustemAnt provoquée (i) ».
Quelles que dussent être ces instructions éventuelles, qu* elles fussent ou non écoutées par nos Évéques, le Ministre des Affaires étrangères s'empressa d'approuver pleinement l'attitude et le langage de son Agent ; en même temps il prenait plus fermement position sur le terrain de la séparation des deux pouvoirs, où il s'était placé dès le début de la crise. La circulaire du 7 octobre, adressée par le Ministre de l'Intérieur aux autorités académiques, avait alors vu le jour ; M. De Decker s'abstenait d'y faire mention des mandements épiscopaux; mais il reconnaissait que l'enseignement supérieur devait être indépendant du dogme, non toutefois sans réserves, puisqu'il opposait à la liberté d'opinion du professeur la liberté de conscience de l'élève, dont les droits devaient être sauvegardés. La distinction était subtile ; l'expérience a prouvé à quel point elle était dépourvue de toute valeur pratique. Ce résultat avait été prévu et annoncé d'avance à la Chambre (2). Le vicomte Vilain XI III au surplus, ne jugea pas à propos de communiquer à Rome la circulaire du 7 octobre. ^ Je ne vous ai pas, écrivait-il à notre Ministre, signalé d'avance ce document, car c'est un acte purement politique et spontané du Gouvernement dont vous n'aurez pas à vous entretenir officiellement avec le Saint- Siége. Il résulte suffisamment des principes que j'ai posés dans ma correspondance avec M. d'Anethan et dans mes
(i) Dépêche de H. de Meester, 9 octobre 4856. (2) Voir « rEpiscopat et rinstraction publique » : la Belgique et le Yatkan, p. 590 à 595.
conversations avec vous, que je regarde l'action du Oouver-: nement comme enlièrement libre dans cet ordre d*idées, et que par conséquent je ne dois nul compte à Rome de la pièce à laqueUeje viens de faire allusion (i). y»
Ces paroles 9 qui accentuaient le système énoncé dans la dépêche du 16 septembre, n'étaient pas arrivées à Rome que M. de Meester confirmait, à la suite d'une entrevue avec le cardinal Antonellt, l'envoi à Bruxelles d'instructions destinées à aplanir les difScultés créées par les lettres pastorales des Evéques de Gand et de Bruges. « Dans tous mes entretiens, je vois, disait-il, combien on désapprouve la vivacité de nos deux Prélats ; mais je remarque en même temps combien Rome a peu de pouvoir en Belgique pour mettre un frein, même qtumd elle le juge nécessaire^ à cette grande liberté accordée par la Constitution au clergé. Je crois que le Saint-Siège n'ignore pas le tort fait à la religion par le zèle outré qui se développe chez nous. "
Ces lignes portent la date du 15 octobre 1856; elles rap* pellent d'une manière frappante les termes désormais célèbres de la dépêche du 5 octobre 1879. C'est là un trait général et commun qui se retrouve à toutes les phases de cette histoire. L'Évéque de Gand, apprit-on depuis, avait reconnu ses torts ; Rome espéra qu'on serait plus prudent à Tavenir (s); mais les événements démentirent bientôt une nouvelle fois sa confiance. Après le retrait du projet de loi sur les fondations charitables, le déchaînement inou! de la presse ultramontaine contre le Gouvernement belge arrachait derechef au Secrétaire d'Etat du Saint-Père un humiliant aveu. « Le Cardinal, écrivait, le 28 juillet 1857, notre Ministre, déplore amèrement ces excès d'une presse qui devrait au moins donner le bon exemple ; mais avec notre
(1) Dépèche du vicomte Vilain XUII, H octobre 1856.
(2) Voir Introduction, p. lxvu. *
liberté, dit-il, il ne peut y porter remède. Il m'a fait comprendre que quand le Nonce fait des observations à certains Prélats, ils répondent quiLs ne rédigent pas ces articles qui ne font pas le mal quon leur attribue! « Cette déclaration, qui ne devait pas rester isolée, achève de caractériser Tattitude du Saint-Siège à Tégard du Cabinet de 1855. La Cour de Rome voyait s'avancer cette réaction qu elle avait redoutée dès le début, qu une démarche imprudente du Pape avait peut-être accélérée, et elle luttait vainement à présent contre le âot déchaîné des passions ultramontaines dont les Ministres belges pouvaient aisément n'être pas les victimes uniques.
L'expérience faite pendant ces deux dernières années exerça, sur la nature des rapports ultérieurs qui existèrent entre la Belgique et le Saint-Siège, une influence considérable. L'impuissance du Vatican avait été trop évidente, son appui avait paru trop illusoire, pour que de longtemps on pût être tenté d'y avoir recours. Le principe de la séparation de TËglisc et de l'Etat pénètre dès lors de plus en plus dans la politique pratique ; le programme formulé par M. VilainXIIII est adopté par ses successeurs et prévaut sans réserve pendant les treize années que l'administration libérale resta au pouvoir. Les instructions remises en 1859 par M. de Vrière à M. Carolus, accrédité à la fin de cette année auprès du Saint-Père, sont remarquables à ce point de vue. Le Ministre de Belgique fera connaître à l'occasion la pensée du Gouvernement au sujet de l'intervention de la Papauté dans nos affaires politiques ou de l'immixtion du clergé dans les luttes électorales des partis ; il pourra manifester éventuellement des regrets du tort que de semblables agissements font chez nous à la religion elle-même, mais il s'abstiendra de formuler des plaintes ou des réclamations, d'autant plus que tous les efforts en ce sens des Cabinets antérieurs ont été absolument
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stériles. Le Ministre des Affaires étrangères adoptait la pensée générale de la lettre écrite le 16 septembre 1856 par le vicomte Vilain XlIIl à M. d'Anethan, et l'insérait textuellement dans ses instructions. Un tel programme, en excluant toute espèce d'initiative « soit pour chercher à prévenir, soit après l'événement pour exprimer ou surprise ou mécontentement yf , allait donner à notre représentation à Rome un aspect nouveau ; la mission politique devenait insensiblement une mission de courtoisie. Jusqu'en 1870, elle n'eut plus, en effet, d'autre caractère. C'était l'acheminement vers sa suppression même. Celle-ci devait s'imposer le jour où son impuissance absolue apparaîtrait enfin à tous les yeux, le jour où il serait démontré à toute évidence que sur ce terrain de l'enseignement, théâtre d'incessants conflits entre l'Etat et l'Eglise, la Papauté, tout en annonçant l'intention d'exercer une influence modératrice, ne pouvait obtenir des Evéques qu'ils consentissent à tolérer en Belgique cette séparation, si mitigée qu'elle fût, des deux domaines, qui y est de droit constitutionnel, et à appliquer à noâ écoles laïques le régime suivi par le clergé catholique dans la plupart des autres pays de l'Europe et pratiqué à Rome même par le Souverain Pontife.
Bruxelles, le 15 Juin 1881.
LA
deuxième: partis.