‹ La Belgique et le Vatican (volume 2)Chapitre 9 sur 16 · SESSION DE · texte numérisé non relu

SESSION DE

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

(Séance du 12 novembre 1879.)

M. d'Elhoongne. — Je prends la parole, par motion d*ordre, pour adresser une interpellation à Thonorable Ministre des Affaires étrangères.

Je demanderai à l'honorable chef du cabinet s*il entre dans les intentions du Gouvernement de donner à la Chambre des explications sur rétat des relations du Gouvernement belge avec le Vatican, et s'il entre dans les convenances et dans les intentions du Gouvernement de faire connaître à la Chambre les éléments ou les résultats de la correspondance qui a éié échangée entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège.

Je n'ai pas besoin d'ajouter, Messieurs, que cette interpellation n'est dictée par aucun sentiment de défiance. Loin de là ;

j*obéis au sentiment tout contraire, et s*il devait y avoir des raisons pour le Gouvernement d'ajourner des explications que la Chambre et le pays attendent, je n'insisterais pas.

Je crois cependant qu'il est utile que le Gouvernement, quelle que soit la réponse qu'il ait h faire, réponde aux légitimes préoccupations du pays.

J'ai dit.

A GAUCHE : Très bien !

M. Frère -Opban, Ministre des Affaires étrangères. — Messieurs, je consens volontiers à donner h la Chambre les explications réclamées par l'honorable membre sur l'état de nos relations avec le Vatican.

S'il entre dans les coavenances de la Chambre de fixer mardi prochain pour m'entendre, je suis entièrement à sa disposition.

A GAUCHE : Très bien !

M. le président. — L'interpellation de M. dïllhoungne serait placée en tête de l'ordre du jour de la séance de mardi prochain. (Adhésion.)

Il en sera ainsi.

La Chambre désire-t-elle siéger avant mardi ?

De toutes parts : Non ! non ! à mardi !

M. le président. — Ainsi donc, après avoir épuisé notre ordre du jour, nous nous ajournerons à mardi. (Adhésion.)

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

(Séance du 18 novembre 4879.)

Explications du Gouvernement au sujet de Tinterpellation

de M. d'EIhoungne.

M. le président L*ordre du jour appelle les explications

du Gouvernement au sujet de Tinterpellatioa de M. d^Elhoungne.

La parole est à M. le ministre des Affaires étrangères.

M. Frère- Orban, Ministre des Affaires étrangères. — (Voy. son discours, tome P, page 172).

M. Malou — L*heure de la séance est trop avancée pour que je puisse encore répondre aujourd'hui à l'honorable Ministre des Affaires étrangères. Je lui demanderai seulement si nous aurons, aux Annales de demain, son discours ou du moins une partie des pièces.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ferai tout ce qui dépendra de moi, mais c'est fort difficile.

M. Malou. — Je prierai la Chambre de me permettre de faire demain une réponse provisoire et sommaire sur quelques points, et d'ordonner ensuite l'impression des pièces. Nous pourrons discuter alors d'une manière approfondie.

M. Jottrand. — On pourrait ordonner cette impression tout de suite.

M. le président. — Si le Gouvernement consent à communiquer toutes les pièces, la Chambre peut en ordonner l'impression. M. le ministre des Affaires étrangères y voit-il quelque inconvénient?

M. Frére-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne m'y oppose pas.

M. Janson. — Je demande la parole.

M. le président. — La Chambre voudra sans doute ordonner l'impression des pièces ?

Voix diverses : Oui ! oui !

M. Jauson. — Je demande la parole.

M. le président. — Vous aurez la parole dans un instant, monsieur Janson. S'il n'y a pas d'opposition, l'impression des pièces est ordonnée. (Adhésion.)

La parole est à M. Janson.

M. Janson. — J'avais demandé la parole précisément sur la question de l'impression des pièces.

M. le président. — La Chambre vient d'ordonner cette impression.

M. Janson. — Parfaitement, monsieur le président ; mais j'avais demandé la parole et j'aurais désiré l'obtenir avant cette décision.

M. le président. — Y faites- vous opposition ?

M. Janson. — Non ; mais j avais à faire une réserve très nécessaire à mon point de vue.

J'appuie la demande de l'honorable M. Malou, ayant pour but d'obtenir la communication des pièces.

En effet, il est évident qu'il est impossible d'apprécier à première vue, à l'improviste et en quelque sorte au pied levé, une correspondance diplomatique, surtout émanant de la cour pontificale. Nous devons examiner de près de pareilles pièces. J'appuie donc, à ce point de vue, la demande d'impression des pièces ; mais je fsiis mes réserves quant à la question de principe qui est engagée dans le débat, et je tiens à ce qu'on n*infère pas de l'appui que je donne à la demande de communication des pièces, que j'abandonnerais le principe, c'est à dire que j'approuverais, soit directement, soit indirectement, les négociations qui ont été engagées et encore moins la continuation ultérieure de ces négociations.

Il y a, dans ce débat, deux questions : une question de principe, qui reste aujourd'hui ce qu elle était hier ; et une question d'opportunité, qui consiste dans l'application du principe. Nous avons à examiner s'il y a lieu actuellement d'appliquer le principe. Nous discuterons cette question après avoir lu la correspondance ; mais je tiens à déclarer dès à présent que j'estime qu'il est plus que jamais opportun et nécessaire d'appliquer le principe.

M. le président. — Il est évident que l'opinion de chacun est réservée. La Chambre, en ordonnant l'impression des pièces, n'engage l'opinion de personne ; elle veut seulement permettre à chacun de s'éclairer.

La parole est à M. Malou.

Voix DIVERSES : Non ! non ! A demain.

M. le président. — Vous préférez parler demain ?

M. Malou. — Oui, monsieur le président.

M. le président. — La suite de la discussion sera donc renvoyée à demain.

(Séance du i9 novembre i879.)

Suite de la discussion relative à l'interpellation de M. d'Elhoungne. (Voy. le compte rendu de cette séance, tome V\ page 237 à 295.)

vm

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

(Séance du 17 décembre 1879.)

Extrait da rapport ftdt, au nom de la section centrale (i)»

par M. de Maoar.

Messieurs,

La section centrale, chargée de l'examen du projet du budget du Ministère des Âflaires étrangères pour Texercice 1879, constatait, dans son rapport à la Chambre, ,à quel point l'attitude de l'honorable Ministre des Affaires étrangères au sujet de la Légation belge près le Saint-Siège avait attiré l'attention du public. Il s'agissait — toutes les opinions étant réservées — de conserver provisoirement le statu quo. Des explications furent demandées, dans la limite toutefois de la discrétion réclamée par les usages diplomatiques. L'honorable Ministre communiqua confidentiellement à la section centrale les parties principales de l'échange de vues qui avait été poursuivi entre le Gouvernement et le Saint-Siège peu après l'avènement au pouvoir du nouveau cabinet, et la section centrale, après avoir rendu hommage au langage digne, énergique et strictement constitutionnel tenu par M. Frère-Orban dans cette correspondance, ne lui marchanda point sa confiance. « L'avenir nous dii^a, ajouta-t-elle, (c si nous n'avons eu que de généreuses illusions ; mais, quel « que soit le résultat obtenu, ce qui restera acquis, ce sera la (c tentative loyale feite en vue d'empêcher que, sous le couvert (( de la religion, l'on ne dénature non seulement nos intentions,

(1) La section centrale, présidée par M. Guillery, était composée de MM. de Macar, d'Andrimont, Goblet d'Aivielia, Van Iseghem, de Zerezo de Tejada et de Ciiimay.

« mais encore nos lois et nos institutions. Nous sommes perce suadés que, lorsque tous les faits seront mis en lumière, le « pays applaudira à la politique suivie par son Gouvernement. »

La section centrale statuait ainsi, en connaissance de cause, sur la question de savoir si le cabinet serait autorisé à poursuivre son échange de vues, sous la réserve d'en juger les résultats lorsque la communication officielle pourrait en être faite à la Chambre.

Cette question fut résolue affirmativement par six voix contre une : le membre opposant motiva son vote en se déclarant « hostile à toute espèce de relations diplomatiques officielles « avec la Cour de Rome ».

La continuation de ces relations, auxquelles l'honorable membre dont il s'agit se déclarait hostile en principe, fut donc expressément autorisée par la section centrale dont l'opinion à cet égard fut presque unanimement confirmée par la Chambre.

Nous sommes appelés aujourd'hui, Messieurs, à nous prononcer sur le fait même des négociations auxquelles nous avons donné, au mois de mars dernier, notre adhésion. Ce qu'il importe d'apprécier actuellement, c'est le résultat acquis: il s*agit de savoir « si nous n'avons eu que de généreuses illu- « sions » ou bien si le pays, mis au courant des faits, peut en toute confiance « applaudir à la politique suivie par son Gouvernement ».

Constatons d'abord avec satisfaction que l'appréciation de la section centrale de Tannée dernière sur l'attitude prise par le chef du cabinet vis-à-vis du Vatican a été unanimement ratifiée par Topinion publique. Ceux-là mêmes qui ont contesté l'importance des résultats obtenus ou l'opportunité des négociations, ont rendu hommage au langage ferme et digne du Ministre des Aiïaires étrangères défendant nos lois et nos libres institutions.

La presse libérale européenne presque tout entière a décerné

des éloges à Thonorable M. Frère-Orban, et a reconnu Tincontestable importance des résultats moraux et politiques obtenus par lui.

En Belgique, par des causes diverses, la môme unanimité ne s*est point manifestée.

L*irritation causée par les excès du clergé pour entraver Texécution de la loi scolaire a fait perdre de vue Tobjet principal, à Torigine, des pourparlers qui ont eu lieu et a engendré des appréciations divergentes.

Dans le parti libéral, les uns prétendent que rien ou presque rien n'est acquis; d'autres soutiennent que la guerre acharnée entreprise par le clergé au nom de la foi religieuse, contre la loi du pays, doit perdre son principal mobile lorsque le chef suprême de TEglise, au nom de laquelle on pousse à la désunion de la nation, vient dire à ses représentants : Vous allez trop loin, je vous recommande le calme, la prudence, la modération.

Parmi les catholiques, les divergences d'opinions ne sont pas moins sensibles. Si les uns, d'accord en cela avec quelques libéraux, soutiennent que non seulement la doctrine des évéques au sujet des écoles neutres a été approuvée par le Pape, mais aussi qu'aucune divergence sérieuse n'existe entre les Evéques et la Papauté, et qu'au surplus il n'y a pas à tenir compte des conseils que donne celle-ci en dehors du domaine purement religieux, d'autres reconnaissent que, quant à l'application, le Pape est en dissentiment complet avec les évéques ; ceux-là se rallient à la pensée du Saint-Siège et estiment que la guerre actuellement poursuivie par le clergé est dangereuse et pour la religion et pour le pays.

Lorsque, il y a quelques mois, le cabinet fut autorisé, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, à continuer les pourparlers engagés, la seule question ouverte était relative aux attaques dirigées contre nos institutions.

Plusieurs dépôches de notre chargé d'affaires, M. Reusens, constatent que le Pape Léon XIII, qui semble vouloir inaugurer d'ailleurs une politique de calme et d'apaisement, a spontanément réprouvé ces attaques et déclaré qu'elles ne recevraient plus au Vatican ni appui, ni encouragement. (Dépêche du 20 août 1878.) « C'est un pacte », a dit le Souverain Pontife en parlant de notre Constitution, « il faut qu'il soit loyalement observé, et puisqu'il « a donné aux Belges un demi-siècle de paix, je ne vois pas les a raisons pour y apporter des changements ou même pour les a désirer. » (Dépêche du 13 septembre 1878).

Le Gouvernement n'a pas voulu toutefois accepter de simples déclarations, ni se charger de les produire comme étant l'exprès* sion de la pensée du Saint-Père. Ce n'était, en effet, a ni dans a cette forme, ni de cette manière que les paroles rapportées pouvaient produire quelque effet ». Il fallait pour cela que le chef de l'Eglise ftt entendre sa voix « ailleurs et autrement ». Il y aurait alors « une situation réellement nouvelle ; le clergé ce cesserait de répudier et de flétrir les institutions libres, et l'on a pourrait espérer bientôt la pacification des esprits ».

Tel est le sens et la portée des dépêches, successivement adressées par le Ministre des Affaires étrangères au chargé d'affaires à Rome et dans lesquelles il expose, sous son véritable jour« avec une élévation et une fermeté de langage auxquelles il faut rendre un légitime hommage, la situation fbite au pays par la polémique violente et révolutionnaire de la presse catholique, fondée et soutenue par les Evêques, et les entreprises incessantes du clergé contre les libertés qui nous sont si précieuses.

Dans tout le cours de cette discussion, l'honorable Ministre n'a pas cessé un seul instant de maintenir intact le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat; il n'a rien cédé, rien compromis, et cette énergique attitude, dont le Vatican doit avoir été

vivement impressionné, a fiait obtenir au Gouvernement une satisfaction sérieuse.

Le Nonce apostolique reçut, en effet, Tordre de foire savoir aux Evéques et à tous les catholiques belges « que le Pape ne ce peut approuver en aucune manière que Ton attaque la Gonstic( tution belge ni même qu'on y demande une modification de « quelque nature qu'elle soit, et cela par la raison que si la (€ Constitution contient des articles non conformes à la doctrine (€ de l'Eglise, elle n*en renferme pas moins des avantages aux- (c quels le Saint-Siège attache le plus grand prix ».

Ce n'étaient plus là de simples déclarations ; c'étaient des actes se révélant par des instructions formelles transmises par la voie hiérarchique à l'Episcopat et aux catholiques ; et pour mieux accentuer cette attitude toute différente de celle de son prédécesseur, le Pape manifeste encore ses intentions dans ses entretiens avec le Baron d'Anethan, comme le constate la dépêche de la légation du 28 avril 1879.

a On s'est figuré à tort, dit le Saint-Père, que le chef de €< TEglise était hostile à la Constitution belge. Je n'ai cessé de « répéter que vos institutions sont appropriées au caractère « de la nation. J'ai éié à même d'étudier la mise à exécution de ce votre Constitution et j'ai reconnu qu'elle sauvegarde les droits (c des catholiques. Ce serait aller à rencontre des vues du Saintce Siège que d*attaquer ou de blâmer votre pacte fondamental, ce Les catholiques doivent y être soumis sans arrière-pensée, ce J'espère que cette question est définitivement résolue et que ce plus un catholique ne la soulèvera. »

La presse catholique reçoit, de son côté, des avertissements analogues, et c'est le Pape lui-môme qui, dans une audience accordée à M. Reusens, fait connaître en ces termes le langage qu'il a tenu aux journalistes catholiques :

ce Je désire l'apaisement en Belgique, et, récemment encore.

€( j*ai eu l'occasion de m*exprimer dans ce sens auprès des délé*- « gués d*un groupe de la presse catholique belge.

« Ces Messieurs, à peine arrivés à Rome, ont instamment tf sollicité d'être reçus par moi: ils désiraient un conseil du « Pape au sujet des discussions que soulèvent certains articles a de la Constitution.

« J'ai accédé à leur demande, et voici ce que je leur ai dit, (c après avoir iait ressortir les avantages qu'assure au Saintce Siège l'œuvre du Congrès belge de 1830 : « Les œuvres des « hommes ne sont pas par&ites : le mal se trouve à côté du « bien, l'erreur à côté de la vérité. Il en est ainsi de la Constitu- « tion belge : elle consacre quelques principes que je ne saurais « approuver comme Pape; mais la situation du catholicisme en a Belgique, après une expérience d'un demi-siècle, démontre <c que, dans l'état actuel de la société moderne, le système de c< liberté établi dans ce pays est le plus favorable à l'Eglise. Les a catholiques belges doivent donc non seulement s'abstenir <c d'attaquer cette Constitution, mais ils doivent la défendre. »

Ainsi donc, voilà la Papauté qui, pendant des années, n'a manqué aucune occasion de condamner et de flétrir les libertés modernes, amenée aujourd'hui à les recommander aux fidèles comme particulièrement appropriées, « dans l'état actuel de la Société moderne », aux besoins de la religion. Voilà les Evoques avertis que la question constitutionnelle ne peut plus même être soulevée, et la presse catholique rappelée à l'ordre.

Ces résultats ne sont-ils pas considérables? Nous croyons qu'il est impossible d'en nier la haute importance, de contester qu'au point de vue constitutionnel et national un grand résultat n'ait été obtenu. Il dépasse les limites de la Belgique; il marque une politique nouvelle de la Papauté, et c'est ainsi qu'il a été compris en Europe.

Mais tandis que cette question, d'un intérêt supérieur pour le

pays, se trouvait résolue comme on vient de le rappeler, une autre, la question scolaire, était soulevée et signalée pour la première fois à Tattention du Vatican par la dépêche de l'honorable M. Frère-Orban du 26 février 1879.

Le Gouvernement, en reconnaissant que Tidéal de TEglise catholique, comme celui de toutes les Eglises, est nécessairement récole confessionnelle, a fait remarquer au Vatican qu'on ne pouvait se placer au point de vue de cet idéal, nulle part réalisé d'ailleurs, pour juger sainement la réforme de notre enseiment. Nos principes constitutionnels peuvent seuls servir de base à nos lois ; l'école publique doit donc être accessible aux élèves de toutes les communions religieuses. L'enseignement religieux peut en être absolument exclu ou bien un local dans Técole peut être mis à la disposition des pères de famille et des ministres des cultes pour que les enfants y reçoivent à des heures déterminées l'enseignement religieux de la communion à laquelle ils appartiennent.

Ce dernier système, loyalement exécuté, ne peut être hostile à aucun culte ; aussi l'honorable Ministre proteste-t-il avec la plus grande énergie contre les déclarations des Evêques accusant le Gouvernement d'avoir chassé de l'école le prêtre, la religion et Dieu.

« Certes, dit-il, en terminant sa dépêche du 26 février, il est (( permis de préférer la loi de 1842 à celle qui est en projet ; il « est légitime de la défendre avec vigueur ; on comprendrait (c certaine exagération dans les attaques contre les innovations c( proposées ; mais l'attitude violente des Evêques et du clergé, (( excitant les populations à une sorte de révolte par les moyens c( que je viens de faire connaître, contre le projet d'introduire c( dans notre législation un principe qui est en pleine vigueur (( depuis très longtemps dans un pays voisin sans avoir suscité <( la désapprobation du chef de la catholicité, une telle attitude

« crée une situation sur la gravité de laquelle on chercherait ^ vainement à fermer les yeux. »

En 1850, lors de la discussion de la loi sur renseignement primaire, la Papauté avait publiquement condamné le projet du Gouvernement. A la différence de ce qui s*était passé alors, le Pape Léon XIII avait gardé d'abord une prudente réserve au sujet du conflit survenu en Belgique à propos de renseignement primaire : aucun acte public n'avait été posé par le Vatican. Cette attitude était déjà significative.

Cependant, en présence de la violence des mandements épis^ copaux, le Gouvernement pensa qu'une attitude purement pas* sive ne pouvait suffire.

Le cardinal Nina se récria à la pensée de devoir intervenir auprès des Evéques. « Nous avons déjà, dit-il à M. Reusens, (c donné au Gouvernement royal une grande preuve de notre <c désir de ne pas aggraver le conflit, en ne venant pas en aide « aux Evoques ; mais paraître désapprouver môme indirectement « et quant à la forme, quelque regrettable que puisse être cette tt forme, la ligne de conduite des prélats belges, nous ne le « pouvons pas. »

a Cela est impossible, exprimez-vous ainsi auprès de M. le « Ministre des Affaires étrangères. »

Mais le Pape, consulté à son tour, émit une opinion différente de celle de son secrétaire d'Etat, et reconnut la nécessité d'une « action du Saint-Siège, ayant pour but de calmer les esprits et « d'inspirer des sentiments de modération ».

Il y avait là, de la part du Saint-Siège, un acte formel. De plus, des instructions furent transmises aux Evéques au sujet de l'exé* oution des mandements épiscopaux, mais ni les conseils, ni les avis, ni les instructions du Saint-Siège ne furent suivis par les Evoques.

C'est ce qui ressort à toute évidence de la dépêche du 5 octo-

bre 1879 : Le Pape ne peut, d*après ce document, désapprouver les Evêques au point de vue de la doctrine ; mais il reconnaît qu*ils ont tiré de principes justes des conséquences « inopportunes et excessives ». Une autre solution serait intervenue « si les conseils du Pape avaient été suivis » ; au surplus, les Evéques ont agi c( dans la limite de leur droit strict et sous leur propre rescc ponsabilité ». Mais les mesures qu ils ont adoptées, contrairement aux conseils, aux avis, aux instructions du Souverain Pontife sont telles que « Sa Sainteté qui ne peut ni blâmer, ni désap- €( prouver les principes sur lesquels ils se basent se croit pour- « tant obligée d'engager TEpiscopat belge à n'appliquer qu'avec « une extrême réserve les instructions contenues dans la lettre (c collective du 1^ septembre », ce qui montre à quel point le Pape les trouve <c inopportunes et excessives ».

Du Pape aux Evéques, de telles déclarations ont une signification de nature à exercer une grande influence sur les catholiques. Mais quelle que soit l'importance que Ton veuille y attacher, il n'est pas possible de méconnaître qu'elles ont acquis une bien plus grande valeur par l'autorisation donnée de les livrer à la publicité : plus on les lira, plus on les commentera et plus on se convaincra de leur haute portée; elles difièrent essentiellement, non sous le rapport de la doctrine, mais quant aux applications de cette doctrine, des actes que l'on reproche à l'Episcopat; et, qu'on veuille bien le remarquer, la doctrine est ici hors de cause ; ce sont les applications seules qui doivent être envisagées au point de vue politique. Les Evéques ne sont point blâmés pour avoir émis contre la loi du 1^' juillet ine condamnation doctrinale, mais bien pour avoir jeté sur les écoles officielles un interdit général que rien ne peut justifier et de l'avoir sanctionné par des mesures « inopportunes et excessives ».

A mesure que le pays comprendra le caractère marqué du désaccord qui existe sous ce rapport entre la Papauté et TEpis-

copat, la résistance aux exigences et aux violences du clergé s'accentuera davantage. Les conséquences de nos pourparlers avec le Saint-Siège sont loin de s*être toutes produites. L'action de la publicité est lente en Belgique, alors qu'une opinion a intérêt à ne pas la laisser s'exercer ; cette fois, en outre, son essor a été arrêté par les divergences qui se sont manifestées sur l'efficacité des résultats obtenus.

La publication de la correspondance diplomatique est survenue lorsque les partis étaient au plus fort de la mêlée, à un de ces moments où la voix du chef ordonnant la retraite est étouQée par le tumulte et les clameurs de la lutte, où la réflexion par conséquent est difficile. Aussi peut-on présumer sans témérité que les idées de modération peuvent et doivent gagner du terrain, et que cette nation belge si calme, si réfléchie, si peu disposée en tout temps à suivre des idées excessives de quelque côté qu'elles viennent, saura cette fois encore arrêter les entraînements et les violences que la colère d'un parti a provoquées au premier abord.

Les agitations que nous traversons n'ont rien d'absolument nouveau.

Sans remonter bien haut dans l'histoire, nous trouvons en France une situation qui offre des analogies réellement frappantes avec la nôtre.

En 1828, le clergé de France attaquait les ordonnances du 21 avril sur les écoles primaires et celle du 10 juin sur les petits séminaires (laquelle excluait les corporations non autorisées) avec une violence que nos Evoques n'ont peut-être pas dépassée.

Les persécuteurs de la religion étaient alors l'Evoque de Beauvais, Martignac et Charles X.

Suivant ce que rapportent les historiens de la Restauration à qui nous empruntons ces détails, les ordonnances étaient représentées comme prouvant un parti pris d'opprimer la religion; on montrait le christianisme ébranlé dans ses fondements et la France

livrée à tous les crimes si les actes décrétés pouvaient s'accomplir. La presse catholique, d'une véhémence singulière, dénonçait a l'athéisme légal » et des Evêques prodiguaient k leurs adversaires les qualifications « d'athées, de matérialistes et de révolutionnaires ». La défense par le Ministère des mesures qu*il avait cru devoir prendre était représentée comme « une œuvre astucieuse, pleine de venin et de haine mal déguisée, propre à réjouir l'impiété et à lui fournir, sous de fousses apparences de modération, les moyens d'anéantir le culte de Dieu ».

L'émotion fut grande lorsque le bruit se répandit qu'il venait d'arriver de Rome une lettre du Cardinal Bernetti, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, qui engageait les Evéques à cesser leur opposition.

De même qu'en Belgique aujourd'hui, une grande partie du clergé refusa de s'incliner et essaya de nier d'abord Texistence de la lettre du Cardinal Bernetti ; puis on en contesta la portée ; on prétendit que loin de donner tort aux Evéques, elle leur donnait raison ; et lorsque l'affectation du doute devint impossible, on dit que le Cardinal Bernetti n'était pas le Pape et que les Evéques ne pouvaient se courber devant « une dépêche diplotique » émanée d'un laïque. Le Cardinal Bernetti, en effet, comme son prédécesseur le Cardinal Consalvi, n'était pas prêtre. La Gazette de France déclarait a qu'il était faux que le Pape eût condamné le Mémoire des Evêques ».

Le 25 septembre 1828, le Cardinal de Latil, archevêque de Reims adressa à ses suffragants une lettre dans laquelle il leur annonçait que « le Roi avait daigné lui &ire communiquer les c< réponses de Rome, relatives aux ordonnances du 26 juin, et a rayant invité à en donner connaissance, il avait l'honneur « d'informer que Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans a réserve des Evéques de France envers Sa Majesté, ainsi que de « leur amour pour la paix et tous les autres véritables intérêts

a de la religion, a bit répondre que les Evoques doivent se cou* « fier en la haute piété et la sagesse dii Roi pour Texécution des « ordonnances et marcher d'accord avec le Trône ».

La lettre du Cardinal de Latil porta au comble l'irritation des journaux de la droite. Les conseils du Pape furent très mal accueillis. « On a foit de toute cette affaire, dit la Quotidienne^ a un vrai caquetage diplomatique ; on a traité les Evoques comme a on ne voudrait pas traiter la dernière des corporations... On « a &it parler le Saint-Père qui n'a rien dit. On a opposé « Mgr Bernetti à toute une Eglise de quatre-vingt Pontifes. Un « laïque a suffi pour détruire l'autorité du corps épiscopal tout a entier. »

Invité à envoyer au Ministre des Affaires ecclésiastiques, les informations nécessaires pour l'exécution des ordonnances, le Gardinal-Ârchevéque de Toulouse, M. de Glermont-Tonnerre répondit :

a Monseigneur,

(c La devise de ma famille, qui lui a été donnée par Galixte II « en 1120, est celle-ci : Etiamsi omnes, ego non. C'est aussi celle tf de ma conscience.

ce J'ai l'honneur d'être, etc. »

Les conseils de modération du Pape produisirent néanmoins peu à peu leur effet. Cependant quelques personnes s'opiniâtraient à penser que le Cardinal Bernetti avait, dans sa lettre, dépassé les intentions du Pape. On disait môme que Léon XII était mécontent de l'usage que l'on avait fait de cette lettre, quelle qu'elle fût ; mais cette assertion n'était pas plus fondée que toutes celles auxquelles le parti ultra-religieux avait déjà eu recours pour détourner ou pour éluder le coup si inattendu qui venait de le frapper. Dans un entretien que M. de Chateaubriand,

ambassadeur de France à Rome, eut alors avec le Saint-Père, il attribua le calme qui commençait à se rétablir, aux lumières et à la modération du Chef de TEglise. Le Pape répliqua : « Tai Cl conseillé de faire ce qui me semblait raisonnable. Le spirituel « n'était point compromis par les ordorïfiances. Les Evêques c( auraient peut-être mieux fait de ne pas écrire leur première c( lettre... il faut le leur pardonner. Ce sont des hommes pieux, « très attachés au Roi et à la monarchie. Ils ont leur faiblesse, « comme tous les hommes... le Cardinal Bernetti... n'a écrit que c( ce que je pensais et ce que je lui avais recommandé d'écrire. »

A la fin, le Pape fut écouté. Le Clergé se résigna; les Evêques cessèrent tour à tour toute opposition; le Cardinal de Clermont- Tonnerre lui-même fit sa soumission. C'est ainsi que les conseils de Léon XII finirent par être suivis. Faut-il penser qu'il n'en sera pas de même des conseils donnés à nos Evêques par Léon XIII et que ceux-ci, après la proclamation du dogme de l'infaillibilité, se montreront moins dociles aux avis et aux conseils du Pape que ne le furent, il y a un demi-siècle, les Evêques gallicans en France?

En tous cas, n'est-il pas d'une sage politique d'attendre, avant de conclure, que les irritations aient eu le temps de se calmer et que la publicité, si récente encore, donnée à la correspondance diplomatique ait pu produire ses efiets sur le public et le clergé ?

Nous avons essayé. Messieurs, de rechercher impartialement l'état de l'opinion publique. Dans un pays comme le nôtre, on ne saurait contester l'influence légitime que, suffisamment éclairée, elle doit exercer sur nos résolutions. Nous croyons sincèrement que l'on a attaché un moment à la question de la suppression de notre Légation près du Saint-Siège une importance que celle-ci ne comporte pas. Aujourd'hui que le Gouvernement, autorisé à poursuivre les pourparlers qui étaient engagés, a obtenu du

Souvemin Por^e de&.dëclaiiations et des actes quir de l'aveiide juges impartiaux, étrangers à nos luttesi intestines, ont Is^.plus grande importance, proclamer qw ïw était : résolu. . dtavwçe h supprimer la Légation en livrant lacorrespondance à la publicité^, serait ua acte que le . Gouvernementi ne saurait jioyalement

Certains adversaires du maintien de la Légation ont été.oonr duits.à nier tout résultat pratique à rechange de vues qui a été poursuivi» A leur avis « on n*a.rien obtenu ». Ce n'eiA plus là, qu'on veuille bien, le remarquerii une qu.estion.de pnincipe; Q*^st une appréciation de laits^ et nous pepsoins que le sentiqieat qu'elle exprime est fprt isolé. Nous, comprenons cependant très bien que, de bonne foi, toute autre considération à part, onvréclame la suppression de laXjégation, sinon pour mettra un terme aux extravagances du clergé, au n^pins pour lui marquer la répro];)ation qu'elles inspirent au pajs^, Telle a été, au premier abord, «i nous ne npusi trompons, l'opinion dominante. ,

Mais à notre avis» . le Qioyen serait sans efiicacitén et cette manifestation d*ppinioa aurait de plus le tort; grave 4*sttteindre le chef de l'Eglise catholique ad moment x>b il montrer un esprit conciliant et pacifique. . i

Nous pensons donc pouvoir conclure. Messieurs, qu'en tenant compte des précédents et de la circonstance que les effets des bonnes dispoiûtions manifestées ne se sont pas encore pleinement produits^ il serait tout^à.la fois inji^ste et impolitique de ne pas laisser suivre . son cours régulier à ce. qui a été commencé : une solution brusque, presque brutale, ne serait pas conforme aujourd'hui au sentiment public. ^ •.

11 fout rems^rquer au surplus qu'il s'agit d'une affaire dans laquelle les questions de principe sont en quelque sorte inévita** blement réservées; car le vote du budget est annuel : chaque

année les Chambres et le pays seront appelés à juger de. la u 4

situation; il n'y aura jamais rien d'irrévocable et de définitif; Tutilité seule servira de règle de conduite. Si, malgré le bon vouloir manifesté par la Papauté, il est ultérieurement constaté qu'aucun bien ne résulte de nos rapports avec elle, la Chambre aura toujours la pleine liberté d'apprécier les circonstances et de prendre les résolutions qu'elle jugera conformes à l'intérêt public.

Telles sont les considérations qui déterminent votre section centrale» Messieurs, à vous proposer, par six voix contre une, le maintien de notre Légation auprès du Saint-Siège.

Le membre opposant rappelle que Tan dernier déjà il s'est prononcé en section centrale contre toute espèce de négociation avec le Vatican.

Sans contester la portée des regrets manifestés par le Pape au sujet de Tattitude des Evéques, tout en reconnaissant que dans

réchange de vues soumis aux appréciations de la Chambre, ie Ministre des Affaires étrangères ne s'est pas départi du langage commandé par ses principes et sa position, mais considérant que le seul résultat de nos relations diplomatiques avec le Saint- Siège peut étrô de favoriser éventuellement des transactions entre l'Etat et TEglise sur le terrain politique, ce membre persiste dans sa manière de voir et refuse toute allocation pour le traitement de notre Ministre près du Vatican.

Voici les réponses qui ont été transmises par l'honorable Ministre aux questions qui lui ont été posées par le section centrale au sujet des relations diplomatiques engagées avec le Vatican.

D. M. le Ministre des Affaires étrangères a-t-il reçu communication du rappelât de la Propagande dont il est question dans la dépêche du Ministre de Belgique près le Saint-Siège en date du 8 juillet 1878?

R. Non.

D. Le Ministre des Affaires étrangères a-t-il pu obtenir connaissance des instructions aux Evéques dont il est parlé dans cette môme dépêche ?

R. Les révélations de la correspondance échangée avec le Vatican ont &it tout d'abord une impression vive et profonde. On ne se méprit point, dans les rangs catholiques, sur leur caractère et leur portée. Elles donnaient un démenti catégorique à Tassertion souvent répétée par la presse catholique, que le Pape approuvait hautement les mesures prises par les Evéques au sujet de Texécution de la nouvelle loi sur renseignement primaire.

(c Aussi, immédiatement après l'exposé foit à la Chambre par le Ministre des Affaires étrangères de l'état de nos relations avec le Vatican, le Bien publie publiait ce qui suit: a II s'est échangé « à ce propos des communications qui ne se trouvent pas dans le « portefeuille de M. Frère-Orban. On assure cependant que la ce conclusion de cette correspondance ecclésiastique atteste la « parfaite entente du Saint-Siège et des Evéques et que, le cas ce échéant, les fidèles en auraient sous les yeux la preuve authen- <x tique et irrécusable. »

Le même jour le Courrier de Bruxelles écrivait :

c< Tout le monde comprendra que ce n'est pas dans une corce respondance diplomatique du Cardinal Secrétaire d'Etat, c< cherchant à satisfaire M. Frère-Orban, que les catholiques ce devaient chercher des encouragements à leur œuvre et à leurs ce sacrifices. II leur suffit de lire à travers les lignes, en tenant ex compte des difficultés contre lesquelles l'éminent Ministre du ce Saint-Siège avait à lutter et de savoir que Léon XIII a témoigné ce directement aux Evéques sa reconnaissance de leur zèle pour la a défense de FEglise et sa confiance dans leur sagesse éprouvée. »

VAmi de tOrdre disait de son côté : « Nous croyons pouvoir ce ajouter que M. Frère-Orban n'a pas toutes les dépêches de Rome;

<r il en rtùtetùlleurg, et telles^ei^ si fonflrotiée bonielespubUer, a éomplèterùnt peut^lre les ûuîrés. t»

La Gazette de Liège, faisant le dernier pa9«> ne tarda pas à annoncer ^ de source eertaine y^ que c< d*ici à trèspeu de^jotrs» (c patnUraituii document important émané de TauiarUé religieuse^ « qui, conirairemeni aux aUégaliàns de ilf; Frire^ban au sujet de « tEptscopi^ belge, démontrera avéà plus de netteté que jamais la u parfaite uimn qui existe sur la question scolaire entre le Saini^ ti Siégeât TEpiseopat belge y>.

le même jour YUnivers publiait la dépêche suivante ^ ^ Des <c documents importants des Evéques relativement au discours ce de M. Frère^rban sont sous presse. »

11 n'était guère possible de montrer d'une manière plus sigoificative rimpottance des déclarations coiUeniie& dans la correspondance diplomatique et l'effet qu'elles avaient produit parmi les catboliqueSi On affirmait qu^on allait les contredire et les infirmer.

Bientôt des dépêches* télégraphiques» datées de Rome^ annonçaient « que le Cardinal Nina avait envoyé au Nonce* de Bruxelles « des d^éches l'autorisant à déclarer que le Sidfit- Siège n'a pas « suivi d'autre voie et n'a pas tenu d'autre langage que celui de « la correspondance diplomatique ». i

En reproduisant cette dépêche , les journaux catholiques disaiehty à la suite de V Univers,^ « qu'elle renfermait nombre d'inexac- « titudes à dessein de venir^en aide au Ministère Frère-Orban. »

Le Journal de Bruxelles ne suivit pas ses confrères dans cette campagne.

ce L'Univers, dit-il, qui ne voudrait sans doute à aucun prix, « venir en aide au Ministère Frère-Orban, ne devrait pas hésiter a à publier les renseignements qu'il possède afin de fiûre justice « de cette accusation libérale (?) : le Pape a joué dans jcette « affaire un double jeu. Nous ne pouvons pas laisser acc«iser ce aiiîsi le Souverain Pontife de dupliciiéi et le: devoir des publi-

«.ciste6< catholiques eat de isdre la lumière sur cet incident, non <c pa&ff(pour venir- 'enaido.au Ministère Frère-Orban », mais pour a jdéfendreJaPapauté. contre l'injure nouvelle qu'on lui adresse.»

Ces faits ayant été signalés au Vatican, le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, M. le Cardinal Nina, a déclaré au baron d'Anethan, ce qui ne pouvait d'ailleurs être douteux pour le Gouvernement, « que le langage et les actes du Pape avaient été partout les « mêmes ».

Aucune publication n'a été faite qui vint infirmer ce qui a été communiqué à la Chambre. « La déclaration » de M. le Cardinal Archevêque de Malines laisse subsister sans aucune réserve les £sûts attestés par la correspondance diplomatique.

Il reste donc vrai que, d'accord* sur la doctrine, le Pape n'a pas cessé de donner aux Evêques des conseils de calme, de prudence et de modération ; qu'une autre solution serait intervenue (c si les conseils du Pape avaient été suivis » ; que les Evêques ayant agi, à la vérité, suivant leur droit strict, mais sous leur propre responsabilité, ont tiré de principes justes, des conséquences « inopportunes et excessives », à ce point que « Sa (t Sainteté engage l'Episcopat belge à n'appliquer qu'avec une c( extrême réserve les instructions contenues dans la lettre collec- « tive du i*' septembre ».

Le Ministre des Affaires étrangères n'avait donc aucune raison de chercher à obtenir, autrement qu'elle ne lui avait été donnée, la connaissance des instructions envoyées aux Evêques et dont le caractère résulte clairement de la correspondance. Il n'avait nul motif de supposer que ces instructions pussent être en contradiction avec les déclarations officielles, et en admettant que les convenances lui eussent permis de raisonner dans cette hypothèse offensante et d'agir en conséquence, il n'aurait atteint aucun résultat utile, car les personnes qui mettent en suspicion les documents publiés et les veulent détruire en insinuant qu'il

existe « des contre*Iettres ou des instructions oontradictoires », auraient pu continuer à soutenir que les instructions communiquées dans de telles circonstances ne sont pas celles qui auraient été réellement envoyées.

D. L'échange de vues s'est-il continué après les dernières dépêches mentionnées au dossier?

R. « Il n'y a à attendre pour le moment que les effets de publi- « cité donnée à la correspondance et les résolutions de la €( Chambre. »

Le Rapporteur, Le Président,

B**" De Macar. J. Gdillerî.

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

(Séance du 26 février 1880.)

Bisoussion du budget du ministère des aifbires

étrangères.

M. le Président. — L'ordre du jour appelle la discussion du budget des affaires étrangères.

M. A. de Gbimay. — Messieurs, j'ai fait partie de la section centrale qui a examiné le budget des affaires étrangères, et je tiens à motiver mon adhésion aux conclusions de Thonorable rapporteur, M. de Macar, qui propose le maintien de la Légation belge auprès du Vatican.

La Belgique, Messieurs, a eu le privilège de voir se produire pour elle l'une des premières et des plus éclatantes manifestations de l'influence bienfaisante que le Pape Léon XIII s'est donné pour mission d'exercer dans le domaine des choses politiques.

Notre pays, profondément remué et troublé par des dissen-

sions que le clergé 8*efforçait de pousser aux plus déplorables extrémités, a entendu la parole du Saint-Père s*élever contre cette ardeur batailleuse du clergé.

Il semblait que l'antagonisme entre les dogmes catholiques et les principes sur lesquels notre Congrès national a fondé le régime politique qui fait la gloire et le bonheur de la libre Belgique dût être accepté comme article de foi par les fidèles de l*Eglise catholique, sous peine d!hérésie, et voilà que la parole souveraine du chef de TEglise catholique affirme que cet antagonisme n'existe pas.

Je trouve. Messieurs, dans ce qui suit et qui fait partie de la correspondance dont Fexamen nous est soumis, la première preuve de ce que j'avance :

Le Pape, au cardinal Nina, rapporté par M. Georges Reusens, s'exprime ainsi :

« Sa Sainteté l'avait autorisé, de la manière la plus absolue, à me donner l'assurance que les attaques contre les institutions nationales ne recevraient au Vatican ni appui ni encouragement^ et que le cardinal Franchi, en me parlant comme il l'avait fait quelques jours avant sa mort, avait exprimé non seulement une opinion personnelle, mais celle du Pape lui-même.

<c Léon XIII avait ajouté qu'il désirait que le même langage fftt encore tenu aujourd'hui par son nouveau Secrétaire d'Etat ; que lui-même d'ailleurs « déjà en différentes circonstances, avait recommandé aux catholiques le respect et l'obéissance aux lois de leur pays ; que cette recommandation « il l'avait faite d'une manière spéciale aux catholiques belges, parce que leur régime politique est des plus favorables au développement des intérêts de la religion. Enfin, le Pape avait résumé sa pensée par ces mots : « Ces attaques font du tort à la Belgique^ elles en font aussi à l'Eglise ; il faut donc les desapprouver et les blâmer» » {Gfirr. dipl, lettre n"" 5, p. 4.)

▼oioi^.MessiearSi d*autre» preuves à l'appui daée qiie je vieiis

Le Pape à M. Georges Reusens : ,.•> .^.■.

«'<3'«Bt unpaoteé ~a4^1dii (le Pape; parle de la Gmistkutlon i>elge)é ^^ il &ut qu'il epit loyalement. ^aervé, et puisqo'il a donné aux- Belges undemi^-siècle de paix, je- aa yoîA pas les rai* sons >pb»r y apporter des changements ou même pour les dérà? rèr»' » (Gorrv.rf^. #^l6ttre 11^6, p. 4.)

l,e€k»riinÊi,NmaàM.GeopgesReuieni:-

« Son Eminence déplore que la défense des intérét&dé l'Bgiîse soit entisagée comme «a acte d'hostilité emrers^lepaysvet «lie le déplore surtout au point <le'vue de la confosiondeiS' idées 'qaî pourrait en naître dans l'esprit des masses» desquelles" en arrive-? raîenlft'peiisep*k[u^-èn »e sauvait être à la foisboBcalholiquéet bon citoyen. » {Corr. dipl, lettre n* 9, p. 6.) » -^ ..a.,.. . .. ' LePapeàM.'tebaranétAnethan: '

«Je' sans charmé, m'a dit le Saint4^ère,' de vous- revoir après uiie>sivloDgue absence;* jo •constate avec satisiaotton «que la benne entente' entre votre Geavemeaiefii et le Saint-Siège' est rétablievOh* s'était figuré h tort que le chef de l'Eglise était* hostile à la Constitution belgei Je n'hicessé de répéter- qee ves institua fiions soiM appropriées au caractère de la nation^ raiétéè tAême d'éludÂerila misée exéeutioa 4e votre GoastitutieQ et j'ai ^reconnu qa'elle sauvegarde les 'droits des>cathoIiques.'Ce serait aller à rencontre des vues do Saiot-Siége que d'attaquer ou debUtaser votre pacte loadamentaK Les catiholiques doivent y /être eoumis saes: errière^pensée. J'espère que ceCte question est définitive* mentrésduev et qee plus un catholique ne la soulèvera» Je ne puis que confirmer les déclarations feitesi ce sujet par monSecrétaîre d'Etat. » (€0t. dipL, lettre n* 32^ p» 22v) ^

On-préchait 4a croisade Ml fiillait effrayer les coâsciences*, diviser les iamilles, semer les haines et leslnéflaBoes,.iiiorimîner'

\es iptemionSii .user e( sibus^r 4^ res3(>urcai& du jQuvo^swe: et du presljige à^ Tappatotet^ pour yiUpep^erJw UWï;au?^^ . I^'^nt^pinsje âta|t çQ(i4uitQ.9ve6 u4e4elIie.YiQljenp6;4Q:P9S9iQa

pQli(|q]uei.qu'am foad du sentiment public qui sW indignait* m trouva, à un certain moment, lacoavictÎPA qu<iin ch3rcbaità.$U3r:

cUerJa gwr«. civile î : >../

Rappelons le mouvement national d*où est aarjtie,.co0)ma une mesure de sûreté publique, devenue urgent^. 1% ^'éforme dei la \Ioi 4^ 1^2...Mai8 r^pelQns-iv>u3 aussi,, ^.npua.ea7!4i^iass$iot,. le çatoe qui.a'e9t bit .daw le pays, le joui: .où. le. blftme. du .Vatican ^t venu frapper ceux, qui se. targuent de,.7^Ie>^^ieuxet ne savent pas pratiquée la aïoid.érailioa,.!^ tolérancie.k cbaxiité obré^

. ^e aais^.bien.itueUe sera leur réponse.. H faut. sauvée le;Gal.hQs liciame.i Le.c«llM>Uoisiw est; per4u. 3i> no»», déa^mooal! . > > i

..Qar.>o*eatun ^j^eçitaQle étrange que >cea.deui[.partif. politiques* qui s^aoQordent.pQur prétendre que le^aenUment religieui^ s'éteûMi que la. religion cathoUquei ae ffieurt» et. qu'eUe.ne. ae^maimiendra

qu'à la condition qu'on lui prête main-forte. ,,,*

D'un côté, l'Episcopat et ses.cbdmpiQpa,.4e\raMtrç»Ml*é(y)le politique don^ les .tendanoea s'inspirent d'idéeif.iaatireligiauses. ...J'admets quecetteécola politique. est.&incère» msds/son erreur

Le. sei^timent. religieux est aussi yivafit au jourd!hui; 4}ue Jamais

etle progrès idu.sièderaffersmit en. répurant. . ...o

.L'immense, majorité idu paya xeate. fidèle Jl. l'Eglise calhofique; Les^ioleoe^sâf l!Epi8efl4[>at.la.désaleni, o^ais elle .garde sa foi

.£es.. violences,. ces. attaques dirigées .par. te clergé . contre .les principes politiques^ : qu'un, peuple .n'abandonne plus . après. . Les avoir connus et pratiquéis;\ inquiétaient.. dans uSa foi . religieuse rimmeose majorité de notre /pays,, lorsque la.voôx .du SaintrPère

est venue la rassurer, en donnant hautement raison au sentiment national, qui croit et veut croire qu*on peut accepter et aimer, sans restriction ni arrière-pensée, notre Constitution tout entière, en restant fidèle aux dogmes catholiques et soumis à la discipline légitime de l'Eglise catholique.

Voici, Messieurs, les dépêches dont les termes viennent confirmer ce qui précède :

Le Pape à M. Georgei Reusens :

« Les œuvres des hommes ne sont pas parfiiites : le mat se trouve à côté du bien, Terreur à côté de la vérité. Il en est ainsi de la Constitution belge : elle consacre quelques principes que je ne saurais approuver comme Pape, mais la situation du catholicisme en Belgique, après une expérience d'un demi-siècle, démontre que , dans l'état actuel de la société moderne , le système de liberté établi dans ce pays est le plus iavorable à l'Eglise. Les catholiques belges doivent donc non seulement s'abstenir d'attaquer cette Constitution, mais ils doivent la défendre. » {CorreMpondanee diplomatique, Annalef parlemerUaireê^ lettre .n"" 26, page 20).

Le Pape à itf . Georgee Reusenê :

« Les catholiques, a dit Sa Sainteté^ doivent respecter les lois de leur pays, et ils le doivent surtout lorsque ces lois, comme la loi fondamentale chez vous, sont favorables à' l'Eglise. Votre Constitution est un contrat^ un pacte loyalement consenti partons; tous sont donc obligés à la maintenir et h la défendre. Au reste, le Pape et les catholiques ont en Belgique des libertés et des droits importants : je nomme directement vos Evoques et je gouverne l'Eglise belge sans entraves. Ce sont là des avantages considérables que je n'ai pas dans les pays concordataires, ni dans bien d'autres. » {Corr. dipL lettre n^ 3, p. 3).

Le Cardinal Franchi à M. Georges Reueenê :

« Dans ma dernière entrevue avec le Secrétaire d*Etat, Son

Eminence, en me parlant de la récente polémique de nos jour* naux, m'a dit qu elle déplorait et désapprouvait les attaques dirigées contre nos institutions nationales par certains écrivains catholiques. » {Corr. dipl.^ n"" 4, p. 3.)

Maintenir ou supprimer la Légation belge auprès du Vatican n*est pas une question de droit de gens, ni une question de théologie ou de philosophie.

Nous avons à tenir compte du sentiment religieux qui est dominant dans notre pays et des influences qui peuvent Tégarer ou le diriger dans sa vraie voie.

Nous avons vu s*acharner contre nos institutions ceux qui menaient chez nous la campagne désespérée dont Pie IX avait donné le signal contre toutes les manifestations du progrès scientifique et du progrès politique.

Un pays ne subit pas impunément de pareilles secousses^

Les convictions religieuses ébranlées ou détournées de la vraie lumière, le Ëinatisme soulevé contre les institutions de la patrie belgCi la vie nationale en proie à la désunion !

Savons*nous jusqu'où serait allé le mal sans cette heureuse intervention du Saint-Père ?

Et si les communications diplomatiques avaient été rompues entre notre gouvernement et le Vatican, le Vatican serait resté muet.

L'attitude de l'Episcopat est là pour le prouver.

Notre pays n'aurait pas assisté à ce spectacle, qui marquera dans son histoire : La Papauté désavouant les anathèmes lancés par l^Episcopat contre les institutions de la libre Belgique et condamnant les excès politiques du clergé.

Le passé nous montre le Pape Pie IX se repentant trop tôt, hélas ! de ses aspirations libérales, et nous fournit les Encycliques du 15 août 1832, du 8 octobre 1864, les xix* et xz* canons des conciles oecuméniques de 1870.

— ÔO —

iL'allocuttùn pontifioftlip de j^ÎD 1^74, où le Pape IX prononçMf ces «pBreljes fameuses c -:.■•• ..#.,>

«'Geque je crains ,.€*eeteeUemaIlieureiisepoHliquet^ liber ralisme-catholique, qui est te véritable fléàu. v)»w;> .. .>::,;.:;..

Le bref apostolique du 6 inar* 1873 flétr^nt les doctciûes qu'on appelle oniholiques^ibérale»' qui poussent les «sprjts au respect ou tout au moins à la tolérance des }qm les f lus iniqu^^ cosine: s'il n'étail pas écrit «q^'oa ne pept* paa- servir deux maîtres

a* la roiSr* ' • •'"'"' *"■ • ••/ ■ '■"• ».•..! ' . .» . / ...^ •» : H ni . .,i.it I,,;.:;

Le bref du 8 mai 1877 envoyé à la fédération de» eerele«:^tliOK lîqiies 'de >Beifk|86 dont les membres «e montrent remplis d'aVBrsliofi^dÀr'fês principes.catholiqus^libéraux. ^^ '•' • • : ...i ......

«SnfiD,^ te^'bref' adressé à Mi< Périn'Où # est dit^*^ quete^ liberté de conscience, la liberté des cultes, ;ia liberté de. la; presse et* «autres libertés 'décrétées i* la ika du ' siècle/ 'daraier par • les^ révolutieii'aafires, ont été oonstamiDent' réprouvées par

Rappelez-vous, Messieurs, reffarement du clergé le jour.ob apparurent' lîes' documents diplomatiques*,* - qui devaient rassui^er si complètement les consciences en Bélgiqiie. Le'bruit'sei^andit toutrfabordqu'il yavaïtunecoKTRE-LETTRE'; •

• • Oue «si le ' Pape -^ avait échangé des vues avec notre Ministre des Affaires étrangères , il avait ouvert son cœur aux Evoques !

• On annonçait I-apparition de documents confidentiels qui donneraient un démenti aux documents diplomatiques.

i Letriomphepour ceux qui veulent être sincèrement fidèles à la Constitution et en même temps à l'Eglise était si inattendu,

qii*è peine pouvaient-ils y croire ! '

A. ceux que la sentence du Vatican venait frapper au milieu de leurs intrigues et de leurs emportenients, il fut aisé de propager le bruit qui faisait douter de cette sentence souveraine.

I • I J It

• Linsinualion éMâ fau&se. Elle calomniait le Pap^^ ha cofUr^lettre n'existait pas.

• LesmenéespoUfiques de V Episœpat étaient coisdâmnées sans appel et sans atténuation possible. ; > >

Tous les actes de Léon XIU, depuis sou ayènament,' attestent la droiture et la fermeté de rintervention dont notre pays a recueilli les^preœiers bien£iits«

: Le maintien de la Légation belge auprès. du Vatican, c*est le recours au Pape qui reste ouvert.

« Oevioos^nous y renoncer ? .

Je ne vois là qu'une question qui est», me seinb|e-t-i|, du domaine exclusif delà politique. . . , . '.r Nous avons vu le ministère âtC servir de )a façon ]a plus.heureuse d'un moyen gouvernemental dont nous, pouvons apprécier l'utile efficacité et dont je n'aperçois ni les dangers, ni les inconvénients. ...>'.■:..,

Messieurs^ que devait flaire le gouvernement en préseqce . de déclarations aussi inattendues^ aussi formellea ? . ...

Devait-il se retrancher derrière une résolution irrévocablement prise, opposer une fin de nourrecevoir- absolue basée sur l'attitude menaçante du clergé?

Devait-il pour sauvegarder le principe de la doctrine seule fermer l'oreille à des déclarations si nouvelles, iQçonn^es jusqu'alors dans la correspondance aveci la curie romaine ?

Devait-il, malgré tout, refuser de surseoir à la suppression de la Légation beige auprès du Vatican?

MBSSlEtlRS, JB NE LE PENSE PAS.

. Je crois que le gouvernemeat a bien fait de prendre jàçie d'un langage ai nouveau et de croire que les négociations pouvaient, dans oertaines circonstances données, ^tourner à. l'avantage 4e ia chose publique.

Mais, messieurs, j'ai hâte d'arriver à cette iDépéchb du 5 octpbrb

1879, qui résume à elle seule toute Timportance de cette longue négociation.

Elle en consacre Futilité, elle affirme d'une manière éclatante le résultat immense obtenu.

Si le Pape ne peut désapprouver les Evéques au point de vue de la doctrine, dit cette dépêche, il reconnaît qu'ils ont tiré de principes justes des conséquences inopportunes et excessives.

Une autre solution serait intervenue si les consbu^s du pape

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