‹ La Belgique et le Vatican (volume 3)Chapitre 5 sur 21 · PIRES ACCUSATIONS DES ADVERSAIRES DU SAINT-SIÉGB · texte numérisé non relu

PIRES ACCUSATIONS DES ADVERSAIRES DU SAINT-SIÉGB

Or, Messieurs, le saint-père ni le cardinal Nina, n'ayant ni approuvé ni improuvé, cette charge à fond dirigée contre le cardinal Nina et le saint-père porte complètement à faux et tombe dans le vide, comme les accusations qu'elle renferme.

— Mais achevons l'analyse de la dépêche du 23 septembre.

(c Le cardinal Nina, continue le baron d'Anethan, m'a également entretenu de la publication faite par la Germania, »

Dans cet entretien on voit que le cardinal Nina connaissait, lui, le texte des instructions épiscopales et savait que la Germania l'avait donné exactement.

a Son Eminence, continue le représentant belge, m'a dit que les instructions données par les évéques étaient destinées à rester secrètes; qu'elles sont le corollaire d'un avis donné par Pie IX, sur leur demande, aux évéques d'Amérique. — Ces conséquences tirées d'un acte du saint-siége l'ont été individuellement par chacun des chefs de diocèse sous sa propre responsabilité, »

Encore une fois que signifie ici cette observation?

Cette observation est exactement la même que celle que nous avons examinée plus haut; incontestablement elle a la même portée : elle signifie simplement que les évéques agissant ainsi n'ont pas engagé la responsabilité du saint-siége, celui-ci n'ayant pas à intervenir dans les actes que les évéques peuvent poser librement d'après les saints canons.

— ce Rien, dans ces décisions, continue le cardinal, ne peut être incriminé sous le rapport de la doctrine » (le seul point de vue auquel le saint siège ait le devoir de les apprécier, suivant ce que vient de déclarer le baron d'Anethan) ; « leur opportunité et leur forme seules peuvent être mises en question. Toutefois Son Eminence a évité de se prononcer sous ce rapport. Elle a ajouté

que les conseils de modération n*ont pas fait défaut de la part du saint-siége, qui n*a cessé de recommander la ptudence et le respect envers les autorités constituées. »

Doue, Messieurs, en résumé, le cardinal Nina, en pleine connaissance de cause, a déclaré ici que les mesures prises par Tépiscopat sont irréprochables au point de vue de la doctrine, et il s*est abstenu de se prononcer sur Yopportunité et sur la forme^ déclarant que seules elles peuvent être mises en question. C'est tout.

— Mais, Messieurs, nous avons sous la main un commentaire plus autorisé, le commentaire le plus autorisé possible, des dépêches du 23 septembre et du 5 octobre 4879. 11 se trouve parmi les pièces publiées du dossier Dumont : c'est la Communication de S. £. le cardinal Nina à S. E. le cardinal Dechamps, datée du 3 octobre 1879. Vous constaterez là si le cardinal Nina et le saintpère ont usé de fourberie et de duplicité, ont faussé leurs engagements, ont tenu deux latigages, ont joué double jeu, suivant le vocabulaire diplomatique libéral.

Voyons-y d'abord ce qui concerne la dépêche du 23 septembre :

« Le saint-père en recevant de Votre Eminence, écrit le

cardinal Nina, le texte des instructions à donner (le projet d'instructions) aux curés dans les divers diocèses, a cru, comme Votre Eminence s'en souviendra, devoir remettre à sa prudence et à celle de ses suffragants le soin d'arrêter définitivement les résolutions à prendre à ce sujet. »

Peut-il être établi d'une manière plus formelle qu'en efl'et, comme le saint-père l'a déclaré au baron d'Anethan « les résolutions prises à ce sujet » l'ont été par les évêques individuellement et librement, sous leur responsabilité propre, sans injonction ni responsabilité du saint-siége? Peut-il être plus clairement démontré qu'une simple constatation de ce fait n'implique nullement une signification de blâme? « Le saint-père, continue le cardinal

Nina, s'est confié pleinement à la science et au zèle des prélats pour la défense de la religion et le salut éternel du troupeau confié à leurs soins. »

Mais les conseils de modération, de prudence, de charité, dont il est fiait état dans la dépêche du 23 septembre, n ont-ils pas cessé? Absolument pas : c< Le saint-père a rappelé à tous combien le saint-siége tient à cœur que les affaires de l*EgIise soient traitées avec cette charité et cette modération qui empêchent les ennemis du catholicisme de trouver dans la conduite des prélats une occasion quelconque de la combattre avec plus de force. » Et tout le reste de la note porte à la modération, comme nous le verrons plus loin.

Voilà, bien vérifiées, la parfaite exactitude et la sincérité de la dépêche du 23 septembre et aussi sa portée.

— Mais continuons l'analyse de la note du 3 octobre; elle servira de préface et éclairera de sa lumière la fameuse dépêche du 5 octobre, si étonnamment travestie dans les discours et les dépêches de l'honorable H. Frère.

Le cardinal Nina, qui connaissait les mesures prises par les évêques, à la suite des avis et des conseils du saint-père, s'exprime ainsi :

« Je ne doute pas que Votre Eminence, aussi bien que ses collègues, aura considéré les diverses difficultés que les mesures prises pourraient rencontrer dans la pratique et les conséquences qui pourraient en résulter.

« Néanmoins, le saint-siége recevant de diiïérents côtés et de personnes de diilérentes classes certaines observations relativement aux instructions données aux curés dans cette matière de l'instruction publique, je crois qu'il ne sera pas inutile de les faire connaître à Votre Eminence,... afin que Votre Eminence et ses collègues en apprécient la portée et ne les perdent pas de vue dans l'application des mesures adoptées.

a Beaucoup de personnes représentent au saint-père que si les instructions données aux curés viennent à être mises en pratique sans que la rigueur en soit tempérée, celles-ci ne pourraient manquer d'être trouvées inopportunes et inefficaces; peut-être feraient-elles haïr TEglise et constamment elles seraient pleines de péril.

« Les liaisons qu'on allègue à l'appui de ces assertions sont les suivantes: on mande avant tout l'inopportunité des mesures par l'examen des circonstances de la situation actuelle. » Suit l'exposé des raisons et des circonstances, en un mot, l'exposé d'une situation de fait, telle qu'elle apparaissait encore alors à ceux qui adressaient ces considérations au saint-siége, l'exposé d'une situation de fait de nature à faire croire que la distinction entre écoles et écoles était moralement praticable, en raison de garanties solides et durables qu'on comptait rencontrer sur le terrain d'un certain nombre d'écoles officielles.

Mais, à Rome, déjà depuis quelque temps, on se trouvait devant des exposés plus ou moins divergents, où les éléments de fait n'étaient pas déterminés d'une manière absolument concordante. Or, comme, sur le terrain des intérêts et des devoirs religieux, les évéques connaissent mieux que tous autres les circonstances des lieux et des personnes, que seuls ils sont absolument compétents pour connaître de l'existence ou de \2i probabilité du danger spirituel et que ce sont eux qui, devant Dieu et devant l'Eglise, ont la responsabilité des dangers à courir s'ils peuvent être évités, — à Rome, on ne contredit naturellement pas le jugement et les décisions des évêques; en présence de ces exposés, plus ou moins divergents, Ton se borna — sans énoncer l'opinion du saintsiége sur la situation de fait — l'on se borna à recommander à l'épiscopat la prudente application des mesures déjà prises aux cas particuliers très divers qui pourraient donner lieu à tolérance.

Aujourd'hui, en Belgique, comme k Rome, toute illusion est devenue impossible : nous ne sommes plus devant des prévisions; nous sommes en présence de foits qui s'accomplissent tous les jours. Nos évéques les avaient prévus, tous nous les expérimentons.

Les agissements du pouvoir et de toute Tadministration, qui liait une guerre à mort à tout ce qu*il y a de catholique sur le terrain scolaire, a mis tous les vrais catholiques d*accord.

A Rome, entre temps, on continue à recommander la modération dans toute retendue que les circonstances peuvent comporter.

Lie cardinal Nina terminait sa communication par ces mots : « Ces considérations... je prie Votre Eminence de vouloir bien les considérer dans sa sagesse : elles pourront lui être utile, ainsi qu*à ses collègues, pour la prudente application des instructions communiquées aux curés Sans amoindrir ^énergie avec laquelle ils ont combattu les maux graves qui menacent les écoles publiques, les évéques verront ainsi comment ils pourront tenir compte de ces conseils de douceur qui tranquillisent jusqu*à un certain point les esprits agités en maintenant, parmi tous les fils de l*Eglise, cette unité de pensée et d'action qui est si nécessaire les jours de lutte. »

Nous le demandons, où, en tout cela, y a-til implicitement ou explicitement désapprobation des mesures prises, blâme pour les instructions données aux curés, « désaveu clairet formel? » Il y a simple recommandation d'appliquer lesdites mesures avec la réserve que peut comporter la situation de fait, dépeinte ici sous des couleurs... de plus en plus altérées depuis; avec la prudence que commandait la disposition d'esprit de certains catholiques; avec les tempéraments qu'autorise la confiance de voir modifier avantageusement la loi, avant qu'elle n'ait pu sortir toutes ses funestes conséquences si justement redoutées.

Dans la dépêche du 5 octobre, il n*y a pas plus de désapprobation, pas plus de blâme quici.

Dépêche deflRome, 5 octobre 1879.

Cest sous Tempire de ces idées, de ces impressions et de ces espérances, que le cardinal Nina eut, le 3 octobre, sa fameuse conversation avec le ministre de Belgique, dont celui-ci rend compte dans sa dépêche du 5.

Le cardinal s'exprima ainsi :

c( Sous le rapport de la doctrine, la lettre des prélats belges est parfaitement correcte. »

Qu'est-ce que cette doctrine? Elle est énoncée nettement dans les mandements, dans l'instruction pastorale et absolument con forme à celle professée par le saint-siége.

Quelle est la doctrine du saint-siége? Nous la trouvons consignée, par le saint-siége lui-même, dans Tinstruction donnée aux évêques d'Amérique au sujet des écoles publiques neutres :

« Les écoles publiques qui sont soustraites à tintervetition de tEglise sont, pour les catholiques, éminemment dangereuses (etiam ex sepericuli plena). L'enfance et la jeunesse y courent manifestement danger de perdre la foi et les mœurs. Ceux qui, sans motifs suffisants et sans les précautions requises, y envoient leurs enfants, sont indignes de recevoir tabsolution au tribunal de la pénitence, s'ils persistent opiniâtrement dans leur faute. » Les autres dispositions sont les corollaires du même principe.

La même doctrine est mise dans tout son jour dans la dépêche du cardinal Nina, du 3 mai 1880 :

(c La nouvelle loi, d'après la doctrine catholique, doit être absolument réprouvée, parce qu'elle expose par sa nature même la jeunesse au danger de perdre la foi et la morale et qu'elle porte une grave atteinte aux prérogatives de l'Eglise et aux droits les plus sacrés des pères de famille. Cette loi étant donc en opposi-

tion absolue avec les principes et les prescriptions de TEglise, il en résulte, comme une cotiséquence nécessaire, qu*il ne peut et ne pourra jamais être licite h aucun catholique de coopérer formellement à Fexécution de cette loi et que tous ceux qui persistent à le faire deviennent, par ce fait même, incapables de participer aux bienfaits de la vie catholique, surtout en ce qui concerne le sacrement de la pénitence.

(c n peut néanmoins arriver, dans les cas particuliers, qu'un catholique, pour des raisons graves, tout en ne coopérant pas formellement h l'exécution de la loi et en observant les conditions nécessaires, puisse, sans trahir sa conscience, prendre part de fait à ces écoles, ou en qualité de mattre ou en qualité d*élève ou autrement. »

Cette doctrine, nous la trouvons encore toute lumineuse dans la dépêche du cardinal Nina, du 8 juin 4880 :

cr M. Frère se demande si le saint-siége, en condamnant la participation aux écoles neutres de la part des catholiques, « s*est incliné devant un dogme catholique. »

« Le saint-siége condamne les écoles dans lesquelles les jeunes gens peuvent courir des dangers au point de vue de la foi et de la morale. Quant aux éléments de fait, c'est-à-dire à Vexistence ou à la probabilité du danger, c'est aux évéques qu'il appartient d'en juger. Vobligation d^éloigner le danger de perversion est non seulement un dogme de la morale catholique, mais aussi un principe de la morale naturelle, devant lequel tous doivent s'incliner. »

Voilà la doctrine enseignée par le saint-siége, partout et toujours, sans exception, quoi qu'on en dise; voilà la doctrine fidèlement et sagement professée par l'épiscopat belge.

levons prie, monsieur le président, de me permettre de continuer mon discours demain. J'en ai encore pour trois quarts

d'heure.

M. le président. — La parole est continuée à M. Struye.

M. Struye. — Messieurs, continuons l'examen de la dépêche du 5 octobre; nous Texaminerons sans rien omettre :

« Sous le rapport de la doctrine, a dit Son Eminence, la lettre des évéques est parfaitement correcte; mais les conclusions tirées de principes justes vEuwEm être conduites d'une manière inopportune eiparfois aussi poussées trop loin; il uEparatt que c'est iecas ici. »

Que résulte-t-il de ce passage?

D'abord qu'il paraît au cardinal que « les conclusions tirées, dans la circulaire, de principes justes peuvent y avoir été conduites », traduites, formulées en sentences concrètes d'une manière inopportune. Ainsi, au cardinal Nina, il paraissait encore alors, et surtout, sans doute, en suite des considérations graves relatées dans la communication du 3 octobre, qu'il pouvait ne pas être opportun d'avoir déclaré défendues toutes les écoles officielles, sans ajouter qu'éventuellement aucunes pourraient être exceptées en raison d'une situation de fait favorable, bien établie. Cette sentence si absolument générale n'était pas encore pour lui complètement justifiée et expliquée, comme elle le lui fut plus tard par l'observation des faits et gestes de l'administration scolaire et par l'étude attentive des documents parlementaires et autres.

Que résulte t-il, en second lieu, du passage cité?

Qu'il paraît au cardinal Nina que « les conclusions tirées de principes justes n peuvent, aux termes de la circulaire, « ^tre parfois poussées trop loin x . Ainsi probablement paraissait excessive, aux yeux du cardinal, la disposition qui, sans prévoir la possibilité de cas exceptionnels, défendait de la manière la plus absolue à l'instituteur officiel, quel qu il fût, d'enseigner le catéchisme.

Ainsi probablement lui paraissait également excessive ia disposition portant que les instituteurs dûment dispensés par l'autorité ecclésiastique ne pouvaient absolument, en aucun cas, être autorisés à donner renseignement dans^ne école où se trouveraient d'autres instituteurs n'ayant pas pris devant Pautorité ecclésiastique les mêmes engagements qu'eux.

Eh bien, au pied de la lettre le cardinal avait raison : ces deux dispositions et quelques autres se trouvent formulées d'une façon plus précise et plus correcte dans l'édition nouvelle des Instructions pratiques, datée du 14 juin 1880, et, dans la préface de cette édition, le cardinal Dechamps fait observer que les modifications introduites dans le texte sont conformes à la pratique suivie dès le principe.

De tout le passage cité il n'y a donc à déduire et à retenir que ceci :

Il semblait, il paraissait au cardinal Nina que le texte primitif des instructions pouvait renfermer quelques sentences inopportunes et pouvait aussi donner lieu parfois h certaines applications indues des défenses et des peines y décrétées, défenses et peines déclarées d'ailleurs par lui « parfaitement correctes » au point de vue a de la doctrine catholiqtie ». Rien de plus, rien de moins.

— Nous avons déj5 vu plus haut, dans la lettre du nonce adressée au cardinal Dechamps et datée du 7 juillet 1879, quelle était la sentence considérée en ce moment-là au Vatican comme inopportune et éventuellement excessive, sentence inscrite depuis dans les instructions.

A Rome, tout en proclamant que les écoles officielles, placées sous le régime de la loi nouvelle, doivent être « présumées irréligieuses jusqu à preuve du contraire », alors on était d'avis qu'il était opportun de déclarer, en termes exprès, dans les instmctions à donner, que si, <f malgré la nouvelle loi^ Y une ou l'autre école » était démontrée « ne présenter réellement aucun danger ni pour

la foi ni pour les mœurs des enfants, cette école-là devait échapper à la condamnation générale » et que la fréquentation de cette école-là « ne pouvait être interdite aux parents sous péché mortel ; » mais bien la fréquentation de toutes les autres écoles officielles ».

— Nous expliquerons plus loin pourquoi les évéques ne purent pas inscrire cette déclaration.

Or, au 5 octobre, le cardinal Nina, faute d*une connaissance assez complète des dispositions du gouvernement belge et de son administration scolaire, croyait cette déclaration opportune, parce qu'il partageait, parce qu* « il avait la conviction », lui, cardinal Nina, qu en fait bon nombre d*écoIes officielles pourraient échapper aux conséquences naturelles et perverses de la loi et être maintenues, en fait, sous l'action et la surveillance de TEglise, comme cela se voit dans plusieurs autres pays où un système scolaire, plus ou moins analogue à celui de la loi, a été introduit.

Et ce fut en conséquence de cette conviction toute personnelle que le cardinal Nina fit les observations qui précèdent et aussi celles qui suivent, à savoir qu'il ne peut que manifester « ses regrets, car le saint-siége a fait tout ce qui dépendait de /ut, en recommandant, à plusieurs reprises, le calme, la prudence et la modération ». Le cardinal dit qu'il eût désiré une autre solution, qui se serait produite, « fen ai la conviction, dit Son Eminence, si les conseils du pape avaient été suivis ».

Quels avaient été les conseils du pape et en quoi consistait cette autre solution désirée par le cardinal Nina?

« Le cardinal eût désiré une autre solution », nous l'avons dit, autre que celle où il n'est pas tenu compte de l'éventualité problématique d'une distinction à faire entre écoles et écoles, distinction parfaitement admise en théorie, mais généralement reconnue aujourd'hui impraticable; distinction qui, d'après le saint-siége, nous l'avons vu, ne pouvait jamais reposer que sur la preuve et la garantie de l'absence de tout péril pour l'éducation religieuse

— Blet morale, dans telle ou telle école; mais distinction qui ne peut nullement se fonder, quoi qu*en dise Thonorable M. Frère, sur Tabsence de preuves qu'au sein de Técole il se passe des actes irréligieux, actes qu'on se refuse ou que l'on ne parvient pas à faire cesser. — Aux yeux du saint-siége, suivant les déclarations citées, nos écoles primaires officielles doivaU étre^ en raison de la loi de 1879, présumées irréligieuses jusqu'à preuve du contraire; elles ne peuvent pas être présumées religieuses et catholiques. — Cest en ce sens, et nullement dans le sens de M. Frère, que la distinction entre écoles et écoles avait été conseillée antérieurement par le pape et proposée comme solution de la question scolaire.

Et la conviction présente du cardinal Nina portait sur Tidée qu'il avait, d'après des rapports reçus et d après des assurances itératives, qu'^ fait on rencontrerait des écoles primaires où Ton pourrait sérieusement croire que les dispositions de la loi qui rendent les écoles dangereuses ou mauvaises pour les catholiques ne seraient pas appliquées, conformément au désir notoire des populations, conformément aux sentiments catholiques de certains instituteurs, grâce au bon vouloir du gouvernement et de l'administration scolaire. Hais bientôt le cardinal Nina, nous allons le voir, perdit cette illusion.

« Du reste, ajoute le cardinal, les évéques ont agi dans la limite de leur droit strict et sous leur propre responsabilité. »

Encore une fois ici, le cardinal fait une simple observation qui n implique aucun blâme, observation qui constate tout simplement la distinction de la juridiction épiscopale et de la juridiction papale.

c( Sa Sainteté ne peut ni blâmer, ni désavouer les principes sur lesquels les évéques se basent. Elle peut seulement engager répiscopat belge à n'appliquer qu'avec une extrême réserve les instructions contenues dans la lettre collective du 1*"' septembre. »

Nous avons vu une recommandation tout à fait analogue dans

la communication adressée, le 3 octobre, par le cardinal Nina au cardinal Decbamps. Le secrétaire d*Etat, pas plus daprès la relation du 5 octobre que d'après la communication du 3, ne propose de rapporter les mesures prises : elles sont régulièrement et légitimement prises. Quant à leur nature, les défenses portées et la sanction pénale y attachée, la privation de sacrements, sont conformes à « de nombreuses décisions pontificales » (dépêche du 24 juin 1879), « aux principes et aux maximes de l'Eglise catholique, appliqués, jusque dans ces derniers temps, par le saintsiége, également à d'autres pays » (note du 1*' juillet 1879); a elles sont le corollaire », c'est-à-dire la conséquence nécessaire et évidente, « d'un jugement rendu (judido) par Pie IX, sur leur demande, aux évéques d'Amérique » (dépêche du 33 septembre 1879) ; tous les actes postérieurs du saint-siége les confirment non seulement en tant que doctrine, mais comme pratique.

La réserve recommandée ne se rapporte donc pas à la nature de la sanction pénale. Mais la recommandation de réserve se rapporte seulement à l'application de la sanction aux cas particuliers, qui sont extrêmement divers et peuvent donner lieu à plus ou moins de rigueur, à plus ou moins de tolérance vis-5-vis des individus.

C'est sur quoi portaient notamment les graves observations consignées dans la communication du 3 octobre 1879. Et vu la concordance de date de cette communication et de l'entretien, dont la dépêche du 5 octobre fait un rapport sommaire, il est évident que c'est sous l'impression de ces observations et en vue de la situation de fait y exposée, que le secrétaire d'État a parlé et a émis l'opinion que le saint-siége pourrait engager l'épiscopat à n'appliquer qu'avec une extrême réserve les instructions.

C'est, du reste, la recommandation que nous avons déjà relevée dans la communication citée, où le saint-siége préconise à la fois l'énergie et la modération, le zèle et la prudence, une attention

sage et charitable à tous les éléments de fait qui pourraient affecter la situation légale des écoles publiques, et déterminer une tolérance favorable aux individus en cause, là où ne seraient pas à craindre les conséquences naturelles de la loi, loblitération ou la corruption de la foi et de la morale catholiques.

— « Le gouvernement du Roi, de son côté, a dit Son Eminence, en empêchant que les écoles prennent une direction anticatholique et en veillant à ce que l'enseignement qui y sera donné ne blesse pas la conscience des fidèles » (c'est à-dire en concourant à y établir une situation de fait tout autre que celle que l'application du régime de la loi doit fatalement y produire); « le gouvernement contribuei-a à améliorer la situation » c'est à-dire à permettre à l'autorité ecclésiastique d*user d'une tolérance de plus en plus large.

Voilà bien, Messieurs, la vraie portée, la véritable signification de toutes les déclarations, y comprise celle du 5 octobre, et de toute l'action du saint-siége au cours de l'échange de vues; telle elle résulte des textes et de leur contexte. Tout est d'une marche uniforme, tout est sincère et loyal, tout est concordant et harmonique.

Une simple divergence dopinion s'y manifeste à un moment donné, elle est telle que nous l'avons exposée; elle n'est pas telle que l'honorable M. Frère l'a définie, le 3 mars 1880, en ajoutant aux instructions papales de juillet 1879 un paragraphe imaginaire, un paragraphe contraire à la nature des choses et contraire à tous les documents connus.

Non, l'honorable M. Frère n'a pas pu dire avec raison et avec justice, le 3 mars : « Si le pape et les évéques sont d'accord sur « les doctrines, ils diffèrent complètement dopinion sur ï application; « il existe entre eux une divergence de vues absolue sur la conduite et à tenir quant à la loi scolaire. »

Non, l'honorable M. Frère n'a pas pu dire avec raison et avec

justice, le 9 mars, que la lettre du 5 octobre 1879 signifiait qu* « il ne fallait pas frapper d*excoaimunication » (terme impropre, excessif, le refus de sacrements n*implique pas Texcommunication) ce qu'il ne fallait pas frapper d'excommunication ceux qui envoient leurs enfants dans les écoles primaires officielles ou ceux qui y coopèrent d'une façon quelconque. Voilà le sentiment du pape, nettement manifesté », s*écriait M. Frère, en imputant aux évéques d'excommunier en bloc sans discernement, sans distinction, sans réserve, aveuglément et arbitrairement; alors que les évéques déclarent incapables de recevoir efficacement le sacrement de pénitence seulement ceux qui se maintiennent obstinément dans des conditions et des dispositions qui, le saintsiége renseigne, rendent le refus du sacrement et légitime et nécessaire.

Non, rhonorable M. Frère n'a pas pu dire avec raison et avec justice, le 9 mars encore : « Voilà le blâme infligé aux évéques, (c et je ne pense pas qu'il y en ait eu jamais de plus nettement Il caractérisé : « Vous avez tiré », dit le pape (M. Frère le prétend deux lignes plus haut), « vous avez tiré des principes justes, « sur lesquels j'étais d'accord avec vous, des conséquences excèsa sives et inopportunes. » Les populations catholiques n'ont-elles c( pas le droit de dire aujourd'hui à leurs prêtres qui les acca- « blent, les molestent, les violentent, n'ont-elles pas le droit de c( leur dire : Ce que vous faites est excessif et inopportun? » Eh bien, non, elles n'ont pas le droit de le dire, pas plus que vous, monsieur Frère, parce que tout cela constitue une imputation des plus graves et nullement justifiée.

— Messieurs, voici ce qui confirme absolument l'exposé que j'ai fait de la divergence (f opinion qui a existé un moment entre le saint- père et les évéques belges et qui s'est complètement effacée depuis. Nous trouvons cette divergence définie dans la correspondance même du secrétaire d'Etat :

« Le saint-père, qui n'avait rien de plus à cœur que de pacifler les esprits, appréciant les assurances réitérées de ï envoyé du Roi et espérant que le gouvernement trouverait le moyen d'éloigner complètement des écoles publiques tout ce qui pouvait justement offenser la conscience des catholiques, tourna sa pensée vers les moyens de modérer autant que possible Tàpreté de la lutte. C'est pourquoi on fit comprendre à l'épiscopat que, tout en admettant que le nouveau système scolaire dut être condamné en lui-même, il pouvait néanmoins arriver, grâce aux assurances qu'on avait reçues, que telle ou telle école fût soustraite aux dangers quon redoutait^ et, dans ce cas, il devenait possible d'admettre en fait une certaine distinction entre écoles et écoles, de sorte que, tout en maintenant la défense générale de les fréquenter et de les soutenir, on pouvait, dans la pratique, user de quelque indulgence eu faveur uniquement des écoles qui, au point de vue catholique, n'auraient inspiré aucune inquiétude. »

Suit le résumé des réponses faites par l'épiscopat :

c( L'illustre épiscopat belge reconnut en principe la sagesse de ces conseils. Mais, tout bien considéré, il estima que cette distinction, qui pouvait être admise en théorie, ne pouvait pas se réaliser dans la pratique ; car, bien qu'il pût arriver qu'une école restât exempte pendant quelque temps des dangers du nouveau système, ce fait exceptionnel et contingent ne pouvait être, à son avis, que transitoire et incertain, en raison des prescriptions de la loi, et en tenant compte de f audace et de ia violence des partis hostiles à tÊglise. » (Dép. du 3 mai 1880.)

— Pourquoi les évéques n'ont pas admis cette proposition de distinguer entre écoles et écoles, nous le trouvons encore indiqué en deux lignes du Mémorandum du 10 juillet 1880 : ce II y a impossibilité de distinguer entre les écoles, après la nouvelle organisation que la loi vient d'y introduire en Belgique. »

En effet, le moyen de constater l'innocuité de telle ou telle

école manque; les représentants de l'autorité ecclésiastique sont absolument exclus des classes, le prêtre y est sans accès. Il n'y a que la confiance personnelle que pourrait mériter l'un ou l'autre instituteur qui pourrait être une garantie momentanée, mais extrêmement précaire. Car, pour mériter la confiance de l'Eglise, l'instituteur ne pourrait évidemment pas appliquer à son école le régime pernicieux de la loi.

Or, ne pas défendre son école, alors que notoirement cest pour celte raison là quon ne la défend pas, c'est dénoncer l'instituteur au gouvernement, à l'administration scolaire; c'est provoquer sa destitution et son remplacement, du jour au lendemain, par un instituteur n'offrant pas les mêmes garanties et rendant, par conséquent, l'interdiction de son école nécessaire.

Aussi, du moment qu'à Rome on eut une notion exacte et de tout le système de la loi et de l'esprit qui avait présidé à sa présentation et à son adoption ; quand on y eut constaté, sur documents authentiques, l'action que la franc-maçonnerie a eue sur les dispositions de la loi; quand ou eut pris connaissance des déclarations anticatholiques de l'organe de la section centrale; des organes du gouvernement et des orateurs les plus influents de la majorité; quand on vit les agissements administratifs des différents départements ministériels, — toute divergence d'opinion s'effaça, et l'autorité ecclésiastique comprit, à Rome comme en Belgique, que des dispenses individuelles étaient seules opportunes, moralement et pratiquement possibles.

Cette notion exacte et vraie des dispositions du parti libéral ici au pouvoir; celte notion exacte et vraie du régime de la loi, on l'acquit évidemment à Rome, dans une mesure plus complète, entre le 5 octobre et le 11 novembre 1879. et ce fut sous cette impression juste et vraie que le secrétaire d'Etat écrivit sa dépêche du il novembre.

Dépêche simplement explicative, qui fût retirée pour éviter la rupture des relations diplomatiques, il est vrai, mais retirée avec cette réserve expresse et formelle, comme le nonce le signifia à M. Frère, au moment même du retrait, avec cette réserve qu'elle n'est retirée qu' « afin que le sea-étaire dEtaî puisse de nouveau en EXAMINER LA RÉDACTION ct v faire disparaître toute cause de malentendu et d'équivoque ». Or, comment fait-on disparaître les malentendus et les équivoques? Evidemment par plus de clarté. Ce qui prouve bien que tout ce qu'il y avait de clair dans la dépêche n'était nullement désavoué, anéanti, et que ce n'était nullement le contraire de ce qui s'y trouvait qui devait ou pouvait être tenu pour vrai. Telle fut bien cependant l'affirmation de M.Frère ici, au mois d'août dernier, et ailleurs!

Le cardinal Nina était loin d'avoir blâmé, le 5 octobre, les évêques; mais il avait, dans les limites que nous avons constatées, marqué entre lui et l'épiscopat belge une divergence d'opinion qu'aux yeux du public il était très facile d'exagérer. Or, mieux informé sur la situation de fait, toute divergence d'opinion avait pris fin. De plus. Son Eminence avait conscience que, quoique ayant maintes fois invoqué les principes qui dominent la question d'enseignement, — pour le public, à qui ni les procèsverbaux de ses entretiens, ni ses notes n'avaient été destinés, — ces principes n'étaient pas suffisamment mis en lumière. Ce fut pour cela que le ci^rdinal Nina écrivit sa dépêche du 1 1 novembre. Il voulait éclairer, aux yeux de tous, le chemin qu'il avait parcouru; y faire voir, sous leur vrai jour, toutes les démarches qu'il avait faites, tous les actes qu'il avait posés, toutes les relations qu'il avait eues avec le gouvernement belge et l'épiscopat belge. Il le fit parfaitement, fidèlement, loyalement. Pas un mot de la dépêche du 11 novembre 1879 qui ne soit en plein accord avec tout ce que le secrétaire d'Etat avait jamais déclaré et manifesté dans sa correspondance. Point par point, le lecteur

ailentif retrouve tout. 11 n*y a qu'un seul point de fait nouveau à y relever, c'est que la divergence d'opinion qui était constatée dans la dépêche du 5 octobre a cessé d'exister. Après les explications données dans cette dépêche, impossible de prétendre encore qu'un désaccord, qu'un désaveu, qu un blâme, qu'une désapprobation soit tombée du saint-siége sur l'épiscopat belge.

L'ingérence du saint-siége, dans le cas dont il s'agit, s'était bornée à des suggestions et à des conseils de prudence et de modération dans l'application pratique des instructions. « Et, en eiïet, dit la dépêche, ces conseils ont été écoutés par les évêques, qui se sont appliqués résolument à les suivre conformément aux inlentions du saint-siége et suivant ce qui leur était dicté par leur conscience. »

Dans l'intention du saint-siége, ces conseils avaient toujours été subordonnés, dans leur exécution, à l'appréciation de la^t^uation de fait — dans laquelle seule ils pouvaient avoir leur raison d'être — et cette appréciation, le saint-siége l'avait laissée, comme il le déclara itérativement, aux évêques qui, étant sur les lieux, connaissent mieux que tous autres les circonstances de fait qui touchent à Tordre spirituel.

Le cardinal, parlant du point sur lequel il y a eu controverse, s'exprime ainsi : « D'ailleurs, quelles que soient les appréciations particulières qu'on puisse faire au sujet des dispositions contenues dans la circulaire, il est certain que personne n'a jamais songé à rien imposer aux évêques. L'expression d'une manière de voir n'est point un ordre ni une désapprobation du jugement porté par d'autres, surtout dans le cas présent, où il était impossible de ne pas reconnaître que les évêques sont plus en mesure de savoir ce qui est opportun, gvkce à la pleine connaissance qu'ils ont des circonstances, des lieux et des personnes. »

— Mais ces déclarations si justes, si vraies, si importantes, si rationnelles et si absolument irréprochables de la dépêche du

11 novembre, démontaient toute la machine que M. Frère avnit dressée contre Tépiscopat.

De là, la sommation adressée au Vatican d*avoir à retirer immédiatement cette dépêche trop bien justifiée; de la retirer sous peine de rupture immédiate de toute relation. C'était une sommation absolument arbitraire. Car en vain chercherait-on à prouver la moindre contradiction entre cette dépêche et les précédentes, et notamment avec celle du 5 octobre.

Les dépêches subséquentes du saint-siége, 3 mai et 8 juin, Texposé du 10 juillet, la dépêche circulaire du 25 juillet 1880, toutes pièces écrites à la lumière des faits contemporains qui faisaient éclater, tous les jours davantage, les dispositions radicalement hostiles de la loi et Fanimosité sectaire de ceux qui président à son application; toutes ces pièces montrent qu*nux yeux du saint-siége, la conduite tenue et les mesures prises par les évêques sont de plus en plus justifiées et que sur tous les points Tuniformité de vues du saint-siége et de Tépiscopat est de plus en plus parfaite.

Le 3 mai, après avoir exposé les très graves raisons alléguées par les évêques pour justifier leur ligne de conduite et leurs procédés généraux dans Tapplication de la sanction pénale, le cardinal Nina dit en termes exprès : « Si une divergence d*opinion a pu exister pendant quelque temps entre le saint-siége et les évêques sur Tapplication plus ou moins rigoureuse et sur ropportwiité des prescriptions relatives à la nouvelle loi sur renseignement, il n y eut jamais un désaccord véritable et substantiel. » Nous Tavons démontré.

Le 8 juin, le cardinal Nina dit :

« Si LE SAINT-SIÉGE CRUT D*ABORD qu'ou pourrait admettre des distinctions, eti fait, entre école et école, il apprit ensuite, par les INFORMATIONS AUTORISÉES dos évêques, que cette distinction en Belgique ne pourrait se faire. »

Le 10 juillet 1880, dans le mémorandum, on lit : « Le 10 mai dernier, le saint-père écrivit au roi des Belges que le saintsiége a donné des conseils de modération, et, quoi qu'on ait pu dire à rencontre, ils ont été bien appréciés et bien accueillis par les évêques ». Telle est la parole du pape même.

Plus loin, dans le mémorandum, ou lit encore que « de Rome étaient toujours venus des conseils pratiques de prudence et de modération dans lapplication des peines; que les évêques les avaient accueillis avec déférence et docilité et avaient prouvé qu'ils les suivaient en accordant, dans les circonstances spéciales, de nombreuses dispenses et en adoptant des tempéraments convenables. »

On y lit pour conclure :

« De tout ce qui précède découlent évidemment les conclusions suivantes :

<c 4"" Les conseils de modération et de ménagement donnés par le saint-père ont été, comme toujours^ reçus avec respect par les évêques, et mis à exécution dans la mesure que comportaient

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