‹ La Belgique et le Vatican (volume 3)Chapitre 7 sur 21 · L. GARD. Nina · texte numérisé non relu

L. GARD. Nina

AFIN QUE So?i EmINENCB PUISSE DE NOUVEAU EN EXAMINER LA RÉDACTION ET Y FAIRE DISPARAITRE TOUTE CAUSE DE MALENTENDU OU d'ÉQUIVOQUE. »

M. Bouvier. — Voilà la condamaation !

M. Comesse. — Ainsi, Messieurs, était motivé le retrait provisoire de la dépêche du 11 novembre. M. Frère s'en déclara satisfait; il renvoya le 15 la copie au nonce, sans demander de plus amples explications, ajoutant :

« J'espère que l'on réussira à faire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque» et le mieux sera de renoncer à faire quoi que ce soit qui pût avoir même la simple apparence d'une contradiction avec les déclarations consignées dans la correspondance officielle. » {Hilarité à gauche.)

M. Bara, ministre de la justice. — Vous lisez ce passage important entre les dents !

M. Comesse. — C'est dans ces conditions que s'ouvrit, le 18 novembre, le premier débat sur rechange de vues.

Malgré la dépèche du 11 novembre, quoiqu'il connût parfaitement la pensée de Rome, M. le Ministre des Affaires étrangères, qui avait son plan de campagne, qui avait ses vues de parti et ses projets politiques, l'honorable Ministre des Affaires étrangères n'en affirma pas moins catégoriquement qu'au moment oii il parlait, il y avait désaccord entre le pape et les évéques» que le premier désavouait et blâmait ouvertement les seconds.

Et toute la presse libérale du pays de faire chorus et d'affirmer le désavœu et le blâme. Et les associations libérales de s'empresser de foire afficher partout la dépêche du 5 octobre pour prouver que le pape désavouait les évéques et que les catholiques étaient condamnés à Rome.

Dans la séance du 3 mars, M. le Ministre des Affaires étrangères disait encore :

« Si le pape a cru devoir intervenir auprès des évéques pour leur donner des conseils de ealme, de prudence et de modération,

cest qu'apparemment, il ne les trouvait ni prudents, ni calmes, ni modérés.

« L'acte du 5 octobre est le document dans lequel le Vatican lui-même a résumé Yétat des dissentiments entre Tépiscopat belge et le pape. Sous le rapport de la doctrine, les évéques sont corrects ; mais des principes justes ils ont déduit des conclusions inopportunes et excessives. Quel blâme voulez-vous plus formel?

« 11 ne s'agit pas de la forme des mandements, il s'agit du fond.

« 11 y aurait eu une autre solution du conflit, si les conseils du pape avaient été suivis. C'est le cardinal-secrétaire d'Etat qui l'affirme.

a Les évéques ont agi sous leur propre responsabilité. C'est encore le secrétaire d'Etat qui le déclare.

c( Enfin, les instructions des évéques sont telles, que le pape les engage à ne les appliquer qu'avec une extrême modération.

« Ne faut-il pas que la situation soit jugée bien sévèrement pour que le pape s'exprime ainsi? »

Et plus loin :

c< Essayer d'agiter le pays comme on l'a fait, user des moyens odieux que l'on a osé employer contre ceux qui veulent fréquenter les écoles communales, cest ce qui a été blâmé. »

Eh bien, je le demande à la Chambre, je le demande à tous les hommes de bon sens : l'attitude de M. le Ministre des Affaires étrangères vis-à-vis de la Chambre et du pays a-t-elle été correcte, après avoir eu connaissance de la véritable pensée du saint-siége?

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — 11 avait connaissance de ma pensée aussi.

M. Gomesse. — Du tout.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — Je la lui

avais déclarée.

M. Gomesse. — ...A mots voilés. Il fallait prendre acte de

cette dépêche; au lieu de vous contenter de ce retirait provisoire et momentané, vous deviez conserver cette pièce, puisqu'elle contenait la pensée vraie du saint-père. Le silence gardé sur cette dépêche du 11 novembre et sur son retrait provisoire imposé par une menace, n'était-ce pas vis à-vis du parti libéral lui-même et de la majorité, n'était-ce pas une véritable mystification !

Cette dépêche n'était pas retirée définitivement, elle n'était retirée que provisoirement; elle devait un jour apparaître. Elle révélait en tous cas les intentions de Rome au moment où elle était écrite. Pourquoi n'en pas prendre acte? Pourquoi ne pas en conserver la copie et agir en conséquence? On avait de plus les lettres du pape au Roi, dont le sens était clair et significatif, et que l*honorable Ministre des Affaires étrangères devait connaître.

L^honorable M. Frère ne peut donc expliquer d'une manière satisfaisante, selon moi, au point de vue de la vérité gouvernementale, au point de vue de ce qu'il devait à son parti, au point de vue de ce qu'il devait à la Chambre et de ce qu'il devait au pays, le rôle qu'il a joué dans cette circonstance.

Il ne peut accuser le pape de duplicité et de fourberie, car en imposant le retrait de la dépêche, il se serait rendu complice, il serait même l'auteur de l'ignorance dans laquelle tout le monde s'est trouvé du véritable état des choses au mois de novembre 1879 et au mois de mars 1880.

Il semble, à entendre l'honorable Ministre des Affaires étrangères, qu'on aurait fait un abus en publiant la dépêche retirée. Mais cette dépêche retirée n'a été produite qu'au mois d'août, en état de légitime défense, par Rome, pour se laver des reproches excessivement graves contenus dans les diverses circulaires de l'honorable Ministre des AfTaires étrangères.

Et pourquoi donc. Messieurs, cette pièce ne pouvait-elle pas être produite? D'oii vient cette extrême austérité dont on fait preuve à l'égard d'un document retiré provisoirement et dont la

seule remise avait pour consé(]uence de vous éclairer sur les dispositions de Rome et de bannir de votre esprit les illusions que vous y aviez feit pénétrer? D*oii vient cette austérité, quand nous voyons le parti libéral et le gouvernement lui-même ne pas hésiter à tirer parti de pièces sorties des mains d'un homme qui, s*il n*est pas en état d'aliénation mentale, fait le plus scandaleux abus des confideAces intimes qu'il a reçues et dont il n'était que le dépositaire. (Interruption,)

Ou révoque de Tournai est en état d'aliénation mentale, ou il ne l'est pas. S'il est en état d'aliénation mentale, on commet une action criminelle en abusant de la faiblesse d'un malheureux insensé; et s'il est dans la lucidité de son esprit, il commet, lui, une action indélicate, malhonnête, infâme, dont ceux qui abusent des pièces sorties de ses mains se rendent les complices.

Des membres a droite : Très bien !

M. Cornesse. — Et pourquoi cette austérité à propos de la production du document du il novembre 1879 ? Est-ce que ceux qui ont lu notre histoire ne se souviennent pas que, dans une occasion solennelle se rattachant encore à l'enseignement, — il s'agissait précisément de la loi d'instruction primaire — on a vu en Belgique un gouvernement, dont faisait partie M. le Ministre des Affaires étrangères, exhumer la minute d'une circulaire où figurait un passage bâlonné qui n'avait pas été envoyé, et jeter ce passage en pâture â la malignité publique pour servir les intérêts et les passions de son parti. {Très bien! à droite.)

Messieurs, on a parlé dans cette affaire de contre-lettre. Mais la contre-lettre, c'est la dépêche du 11 novembre. Cette contrelettre, mais c'est vous qui l'avez reçue, c'est vous qui en étiez nanti. Si elle n'a pas vu le jour alors, c'est par l'effet de votre volonté, cest par vos ordres. Vous auriez été le complice du Vatican, s'il y avait eu un coupable. Car enfin votre prétention n'allait pas, j*imagine, jusqu'à interdire au pape de correspondra

avec les éyéques et de les initier, au besoin, à ce qui se passait 'entre Rome et vous.

Eh bien, je fais une supposition. Je suppose que cette dépêche qui vous a été envoyée ait été communiquée officieusement aux évéques ou à quelqu'un qui pouvait la rapporter aux évéques. La dépêche n'était-elle pas alors connue?

Cette dépêche du 11 novembre était la pièce capitale; votre devoir était de la fournir; vous avez manqué h toutes les règles, je le répète, vis-à-vis de la Chambre, vis-à-vis du pays et vis-à-vis de votre majorité même, en imposant Tobligation de la retirer et en venant soutenir que, malgré son contenu, le pape avait désavoué et biftmé les évéques, qu'il continuait à le faire.

Aussi le nonce apostolique, dans sa magnifique dépêche du 20 juin 1880, a-t-il pu fiaire avec raison ce reproche poignant auquel il sera impossible à l'honorable Ministre des Affaires étrangères de répondre : « Lorsque, à différentes reprises, Votre Excellence a exposé devant les Chambres belges la marche et les résultats des négociations, elle savait que les conséquences attribuées par elle aux paroles de Son Eminence le cardinal secrétaire d'Etat ne répondaient ni à la pensée ni aux intentions du saint-père. »

C'est bien là le jugement définitif de la conscience publique et de l'histoire.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est ce que nous verrons!

M. Gomesse. — Aussi les journaux libéraux ne s'y sont pas trompés.

Permettez-moi de vous citer un extrait de deux articles dp journaux libéraux indépendants.

C'est d'abord le Nord qui s'exprime ainsi :

a Du reste, quoi qu'il en soit des versions parvenues au gouvernement belge, antérieurement au 11 novembre, sur les décli|-

rations du saint-siége, la dépêche qui portait la date de ce jour exposait clairement et dune façon absolument authentique l'atti^ tuile du Vatican dans la question scolaire. C'était en quelque sorte la première manifestation personnelle de la curie romaine. Jusque-là on ne connaissait les sentiments de cette dernière que par les détails transmis par M. d'Anelhan sur ses entretiens avec le secrétaire d'Etat. Dans la dépêche du 11 novembre» au contraire, le cardinal Kina prenait personnellement la parole; ce document était signé de son nom; c'était une démonstration d'une authenticité incontestable et échappant à toute possibilité de désaveu des dispositions du saint- siège, et c'est précisément de celte dépêche que M. Frère-Orban refuse de tenir compte? il ne veut pas en recevoir communication officiellement, dans l'espoir apparemment qu'il suffirait de supprimer cette pièce pour supprimer du même coup la situation dont elle était l'expression.

(( L'honorable ministre s'inspirait évidemment, en agissant ainsi, des sentiments les plus louables. Il reconnaissait l'utilité du maintien des relations diplomatiques avec le saint*siége et il voulait éviter une rupture. Mais pour cela il lui paraissait indispensable, en présence de la résistance organisée par l'épiscopat contre la nouvelle Ipi scolaire, de pouvoir démontrer l'existence d'un désaccord entre le pape et les évéques; la preuve de ce désaccord, il croyait l'avoir trouvée dans certaines déclarations que M. d'Ânethan lui avait transmises; la dépêche du 11 novembre venait renverser tout ce plan, en témoignant hautement de l'union existant entre le Vatican et l'épiscopat, et M. Frère a pensé qu'en exigeant le retrait de cette dépêche, il n'en arriverait pas moins à ses fins.

« Et, en effet, dans le discours qu'il a prononcé à la Chambre quelques jours plus tard, il a parlé du prétendu désaccord comme si la communication du 11 n avait jamais existé. Le Ministre a attribué au retrait de la dépêche une portée qu'elle ne pouvait avoir.

C'était là une simple formalité, voire même une pure fiction diplomatique, qui ne pouvait rien changer au fond des choses. Du moment où le saint-siége constatait, avec la netteté d'expression qu'on rencontre dans la note du 11, qu'il était d'accord avec Tépiscopat, cette entente devait un jour ou l'autre se manifester publiquement et c'était s'exposer à une inévitable déception, que d*espérer que la fiction du retrait de la dépêche de novembre pourrait indéfiniment empêcher la réalité de se faire jour. »

Voici ce que publiait à son tour la Flandre libérale :

a ...Dès le 11 novembre, le cardinal écrivait à M. Frère-Orban une lettre nette, précise, catégorique, où il déniait tout désaccord entre le pape et les évêques, où il approuvait clairement, pleinement toute la conduite de l'épîscopat. Dès le 11 novembre 1879, M. Frère-Orban a donc su que son interprétation de la dépêche du 5 octobre était erronée.

a En présence de ce fait indéniable, n'est-il pas évident que le gouvernement belge a été averti de son erreur et que s'il y a persisté, ce n'est pas la faute du cardinal? Il est impossible de ne pas se demander pourquoi le Ministre y a persisté, pourquoi il n'a pas voulu voir la vérité qui s'offrait à lui? pourquoi il n'a pas communiqué au parlement et au pays cette vérité si simple, si claire?

ce M. Frère, on le sait, quand le nonce vint lui apporter la dépêche explicative du cardinal Nina, exigea le retrait de cette dépêche. Cétait une maladresse^ on le voit aujourd'hui. En la retirant, le pape nannulait pas Vexplication elle-même; il conservait cent manières de la rendre publique, de la porter à la connaissance des fidèles. Etjpuis l'explication même passée sous silence, M. Frère- Offrait au moins la savait, lui. En possession de cette dépêche du 5 octobre, où il avait vu un blâme pour l'épiscopat, il savait dorénavant et de source certaine, que le pape n'avait pas blâmé, ne voulait pas blâmer les évêques, qu'il les approuvait au con-

traire. Le but du cardinal Nina était donc pleinement atteint. /( pouvait laisser M. Frère s'arranger à sa guise avec sa majorité et son parti. Lui avait prévenu le chef du cabinet belge.

« Comment celui-ci a-t-il pu, malgré cela, tenir au parlement le langage qu*il lui a tenu? Par quelle opération d*esprit est-il parvenu - dans des intentions que nous ne suspectons pas — à faire abstraction de la révélation que lui avait apportée la dépêche du 11 novembre? à en faire abstraction assez complètement pour parler, lui sachant, comme s'il ne savait pas? C'est un problème sur lequel M. Frère donnera certainement des explications au parlement.

« Ces explications montreront qu'il a cru agir dans l'intérêt du pays, nous n'en doutons pas; mais nous craignons qu'au surplus elles ne persuadent personne de la sagesse de sa conduite. On peut retirer une demande, une prétention. Mais retirer une interprétation, qu'est-ce que cela signifie? Après avoir lu le texte de la dépêche du 11 novembre, M. Frère savait le sens de celle du 5 octobre. Il ne dépendait plus ni du nonce, ni de personne de rétablir dans son esprit Terreur qui y avait existé. La preuve matérielle de cette erreur pouvait disparaître; elle eût disparu sans la publication du mémorandum. Mais effacer de la pensée du Ministre la vérité que cette preuve avait fait jaillir, Dieu lui*même n'aurait pu faire ce miracle.

« Puis, nous le craignons aussi, M. Frère-Orban nn prouvera jamais qu'il ait eu raison de ne pas donner à la Chambre et au pays' connaissance de la dépêche du 11 novembre et de la situation vraie. La connaissant, ni la Chambre, ni le pays n'eussent hésité à rompre les relations avec le pape et ils eussent bien fait. M. Frère a eu tort de se substituer à eux, de trancher la question seul, comme l'aurait pu un souverain absolu, de la trancher contrairement à la raison et à la nature des choses. »

M. le président. — La parole est continuée à M. Cornesse.

M. Cornesse. — Messieurs, j'ai démontré hier qu'en présence de la dépêche du 11 novembre 1879, la loyauté et le devoir envers la Chambre et envers le pays interdisaient à l'honorable Ministre des Affaires étrangères d'interpréter la dépêche du 5 octobre comme contenant l'aveu d'un désaccord substantiel et persistant entre le pape et les évêques, l'aveu que le pape avait voulu blâmer les évêques.

II n'y aurait duplicité et fourberie que si le pape avait voulu vous faire croire qu'il désavouait et blâmait les évêques, tandis qu'en secret il les encourageait. Or, Messieurs, on vous a dit, on a dit au gouvernement, avant qu'aucune publicité fût donnée aux documents : Vous ne pouvez en tirer la conséquence d'un désaveu ni d'un blâme. Et quant à l'excitation dont Rome se serait rendue coupable, tous les documents de l'échange de vues protestent contre un pareil reproche.

Mais je suppose, Messieurs, que la dépêche du 5 octobre eût été adressée à l'honorable Ministre des Affaires étrangères dans la pensée de lui signaler un désaccord existant entre Rome et répiscopat,et dans le but de lui signaler un certain blâmé infligé par le saint-siége aux évêques. C'est une simple supposition que je fais. L'honorable M. Frère devait-il, dans ce cas-là même, se conduire comme il la fait?

L'honorable Ministre avait pour but de pacifier, a La mission d'un gouvernement, a-t-il dit, est la paix et non la guerre. »

Eh bien, en dénonçant avec éclat dans cette Chambre cet antagonisme prétendu entre le pape et les évêques, l'honorable cher du cabinet employait il le moyen le plus efficace d'arriver à un rapprochement, â une paix durable? N'était-ce pas plutôt le

pioyen d*aigrir la lutte, de la passionner, dexciter les plus légitimes, les plus respectables susceptibilités?

À quoi bon cet éclat à la tribune? Pourquoi ces affiches placardées partout? Cette façon d*exploiter un prétendu désaccord, un blâme imaginaire, n*indiquait-elle pas, dans l'intention de rhonorable M. Frère, la résolution de poursuivre avant toutThumiliation et le déshonneur de Tépiscopat belge?

Est-ce ainsi que devait procéder un gouvernement sage, cherchant loyalement le retour h une situation tranquille?

Ne devait-il pas, au contraire, attendre du temps l'efficacité de l'intervention modératrice du saint-siége?

Messieurs, il ressort à toute évidence de l'ensemble des documents, que la pensée constante du Vatican a été de pacifier, de modérer lé conflit scolaire.

La modération, la prudence, la sagesse, il les conseillait aussi bien au gouvernement qu'aux évéques. Ce rôle, il l'a rempli loyalement, fidèlement.

Au gouvernement il signalait les dangers et les conséquences désastreuses de la loi. II disait que, si le projet était voté tel qu'il était présenté, ce vote rendrait la pacification religieuse difficile; il recommandait au gouvernement d'empêcher que les écoles officielles ne prissent une direction anticatholique, direction inévitable, en présence de l'organisation des écoles normales, et de veiller à ce que l'enseignement ne blessât pas les consciences des fidèles.

S'adressant aux évéques, sans empiéter sur leurs attributions et sans vouloir diminuer leur compétence, Rome donnait l'ordre au nonce de leur transmettre des avis, des conseils, des instructions inspirées précisément par l'intention de rétablir la paix religieuse, par le bien des âmes, et aussi par le désir d'être agréable au gouvernement.

De la correspondance avec les évéques, dévoilée depuis la

suppression de la légation, remarquez-le bien, il résulte que le saint-siége allait, dans cette voie de pacification, bien plus loin qu'il ne le disait dans la correspondance diplomatique.

Le saint-père disait plus qu'il ne disait à notre ministre à Rome; il faisait plus que le nonce n'était chargé de dire au gouvernement; cette conduite n'est évidemment pas de la duplicité; ce n'est pas de la fourberie, ni de la tromperie vis-à-vis du gouvernement belge. 11 n'y avait pas double jeu ; et cette conduite honorable, correcte, loyale, ne justifie assurément pas la rupture des négociations, elle la condamne d'une façon complète.

Du 18 novembre, jour du dépôt des documents diplomatiques, au mois de mars, époque de la discussion du budget des affaires étrangères, aucune dépêche n'est échangée. Il n'y eut d'échangés entre le gouvernement belge et le Vatican que les télégrammes de novembre, dont j'ai eu Thonneur de parler et qui avaient pour objet le retrait provisoire de la dépêche du 11 novembre.

L'honorable M. Frère-Orban s'est déclaré satisfait de ces télégrammes» et il s'est bien gardé de réclamer alors de plus amples éclaircissements sur les intentions du saint-siége.

Au mois de décembre, nous voyons paraître la déclaration du cardinal-archevêque de Malines h l'effet de proclamer qu'aucune espèce de désaccord sérieux n'existait entre Rome et l'épiscopat, que l'accord le plus complet existait entre eux.

L'honorable M. Frère-Orban, en présence de ce document, ne juge pas à propos de parler et de réclamer de nouvelles explications. 11 se tait.

Le pape prononce un discours dans lequel il affirme Tunion profonde du saint-père avec l'épiscopat de tout le monde catholique. Dans les circonstances spéciales où se trouvait la Belgique, cela avait évidemment une signification. L'honorable M. Frère- Orban encore une fois se tait, il ne demande pas d*explications.

Arrive la discussion* du budget.

L*honorable M. Frère subit Tassaut de Thonorable M. Jansoii et lui répond dans les termes que je rappelais hier. Le budget est voté le 9 mars par la Chambre, le 13 mars par le Sénat; la légation est maintenue.

Chacun devait penser que le provisoire était devenu définitif et qu*à coup sûr Finitiative de la suppression de la légation ne viendrait pas du gouvernement lui-môme.

Entre le mois de mars et le 7 avril, il ne se place plus d'incident nouveau. La correspondance diplomatique est close; il n'y avait pas lieu de la rouvrir.

Cependant la situation s'était singulièrement aggravée pour l'honorable Ministre des Affaires étrangères : le vote d'une partie des membres de la gauche qui l'avaient soutenu n'avait été obtenu qu'à l'aide d'une violente pression.

La question de cabinet avait dû être posée; les associations libérales avaient été réunies et la conduite de Thonorable Ministre des Affaires étrangères y avait été assez sérieusement blâmée. — A Anvers même, le président de la fédération libérale fut presque hué par ses amis politiques parce qu'il avait pris la défense de l'honorable chef du cabinet; et toute la presse libéi*ale tenait alors un langage qui prouvait combien le parti libéral était mécontent de l'attitude prise par l'honorable Ministre des Affaires étrangères.

Permettez- moi, à ce propos, de rafraîchir les souvenirs de la Chambre. Je citerai quelques extraits des critiques dont l'honorable Ministre des Affaires étrangères avait été l'objet dans la presse libérale.

Je citerai dabord la Chronique, dont le correspondant de la Meuse a dit un jour « qu'elle avait le mérite de représenter d'une façon très exacte l'élément le plus bruyant de l'opinion, de refléter comme une glace les impressions de ce public frondeur qui, le soir, entre deux verres de bière, discute les destinées du

— Immonde et qui, ne recevant aucun mot d'ordre, apprécie tout au gré de son indépendance. »

« Nous sommes donc fort à Taise, •— disait la Chronique, — pour nous attrister sur la volte-face lamentable qui flétrit, à son déclin, la carrière de cet homme d'Etat et scandalise ses amis.

« Tous les gestes olympiens, tous les bêlements éplorés, tous les mouvements mélodramatiques du monde ne changeront rien à ce âût...

K Epuisez-vous en distinctions, en arguties, en poses académiques de toutes sortes, — vous n'en avez pas moins « tourné casaque » — comme on dit vulgairement. Et l'humiliant suprême de cette humiliation, c'est que, dit-on, vous tournez casaque par ordre...

« Vous donnez là. Monsieur le Ministre, un spectacle par ordre qui n'est pas à votre bénéfice. Charitablement, je vous en avertis... »

La Chronique avertissait M. Frère-Orban que « l'opinion publique se manifestait à cet égard avec une telle puissance, un tel ensemble, que vouloir lui résister ce serait plus que de l'aveuglement, ce serait de la révolte. »

a Pour nous, déclare-t-elle, organe de l'opinion libérale avancée, notre ligne de conduite est toute tracée : nous aurons à combattre énergiquement, au mois de juin prochain, la réélection do tous les députés de la gauche qui auront fait bon marché des principes pour soutenir le ministère dans sa réaction contre le sentiment du pays... »

Je fais grâce à la Chambre de certaines autres injures adressées à l'honorable Ministre des finances.

Plusieurs membres a Gàur.HE : Non! non! Lisez! (Interruption.)

M. CSomesse. — C'est un journal libéral qui parle.. (/nt^nn^tion.)

M Willequet. — Lisez malgré cela; vous obtiendrez une dispense après ! (Hilarité.)

M. Bouvier. — Un journal bafoué tous les jours par la presse cléricale.

M. Gornesse. — Si je fais ces citations au sujet desquelles je n'ai pas à exprimer mon opinion (oh! oh! à gauche)^ c'est pour prouver la volle-fece opérée par Thonorable Ministre. — Je continue :

« Avant de céder, disait la Flandre libérale, il faut que Timpo»sibilité de faire autrement soit bien démontrée. La gauche se déconsidérerait aux yeux du pays si elle subissait sans résistance une violence aussi injustifiable. Et qu'elle ne l'oublie pas, ce n*est pas seulement sa liberté d'aujourd'hui qui est en jeu , c*est sa liberté dans tavenir. Ceux qui l'ont amenée au point où elle est, qui usent pour la forcer des moyens que nous savons, ceux-là n'hésiteront point à renouveler une tactique si facile. C'est ce qu'il ne fout pas. »

El la Gazette de Petrus disait :

« Le Ministère, — nous le savons, -^ a refusé d'entrer dans ses vues. Qu'il y prenne garde! Il joue gros jeu. S'il s'imagine avoir l'opinion publique avec lui, il se trompe. Ses meilleurs amis déplorent profondément son attitude, et sa popularité, s'il persiste, en recevra une atteinte dont elle ne se relèvera jamais.

« Eh! mon Dieu, nous ne lui faisons pas un crime de vouloir maintenir un représentant de la Belgique auprès du pape. Les trois quarts des libéraux ne sont pas de son avis : peut-être ontils tort. Ce qui est blâmable et inadmissible, c'est que, faute de les convaincre, on recoure à la violence, en les menaçant, s*ils résistent, d'une crise ministérielle qui, dans les circonstances actuelles, pourrait entraîner la chute du parti libéral tout entier, n

Voici maintenant le texte d'un article de YIndépendance :

« La situation faite h la gauche par cette déclaration du minis-

1ère a un caractère douloureux, presque tragique, on chercherait vainemeot à le dissimuler, et chacun se fait une idée des cruelles souffrances qu*éprouvent les collègues de M. le président du conseil.

« Si encore il y avait moyen de se faire illusion sur les résultats acquis !

a Mais non, personne n*est dupe. Tout le monde comprend qu'à la suite d*un échange de vues qui n'a été ni une négociation, ni un traité, ni un concordat, ni un marché, nous allons tout donner^ — tout ce quon voulait, — sans avoir rien obtenu.

ce Personne n*est dupe, et il faut que tout le monde soit complice.

Au sein même du cabinet, il existait des tiraillements.

L*honorable Ministre des Affaires étrangères se voyait donc à la vieille d*étre débordé, de perdre aux yeux de son parti tout prestige, toute influence.

De là, Messieurs, la résolution de rouvrir les négociations terminées. Cette réouverture était évidemment le prélude de la rupture. Et je vais en fournir immédiatement la preuve.

L'honorable M. Frère reprend donc, le 7 avril 1880, l'échange de vues après une interruption de six mois.

Pour expliquer cette reprise de l'échange de vues, l'honorable M. Frère n'hésite pas à^ se mettre en opposition manifeste, en opposition complète avec tout ce qu'il avait déclaré devant cette Chambre.

Il explique à sa manière son silence pendant six mois. « Ce n'est pas, — dit-il dans sa dépêche du 7 avril, — que les résultats de l'échange de vues parussent pleinement satisfaisants. Loin delà.

« Hais au point où aboutissaient, à la veille de l'ouverture de la session législative, les explications intervenues des deux côtés, il semblait utile, avant de les poursuivre, d'en constater les effets

pratiques.

a La publication de la correspondance devait nous permettre, dit-iU de faire une double expérience. II fallait s'assurer d'une part de Timpression que ces actes produiraient sur lopinion du pays, de laccueil que leur réservait la représentation nationale; il fallait constater, d'autre part, l'attitude que croirait devoir prendre le clergé catholique, en présence des déclarations officielles émanées du saint-siége. Cette épreuve est teiminée aujourd'hui ; rien ne s'oppose désormais à ce que l'échange de vues soit repris dans les conditian$ nouvelles qui en résultent à la fois pour le saint-siége et le gouvernement du pays. »

L'intervalle n'était pas long entre le 13 mars et le commencement d'avril.

Rien de nouveau ne s*était produit depuis le mois de mars; aussi la dépêche du 7 avril, qui, évidemment, avait été arrêtée depuis longtemps dans l'esprit de l'honorable M. Frère-Orban, celte dépêche n'invoque que des faits et des documents qui existaient et qui étaient parfaitement connus lors du vote du budget par la Chambre et par le sénat.

Les instructions du cardinal du 33 février 1880, les déclarations du cardinal du mois de décembre 1879, la dépêche du 20 avril 1879, celles du 30 avril, du 29 juin, du 1«' juillet étaient parfaitement connues. Le langage de la presse catholique affirmant que le pape n'avait ni blâmé, ni désavoué les évéques, était connu depuis longtemps, il avait fait l'objet des dépêches de novembre.

Les mandements des évêques avaient paru, l'attitude de la droite était connue depuis les débats parlementaires.

D'autre part, l'honorable M. Frère-Orban savait bien que les évéques ne s'étaient pas ralliés h son système et n'étaient pas disposés à aider au succès de la loi. Il l'avait reconnu lui-même.

Où étaient donc les conditions nouvelles dont parlait l'honorable Ministre des Affaires étrangères? II n'en existe absolument aucune;

il n*y avait de nouveau que les dispositions de Thonorable Ministre lui-même, qui avait décidé, par nécessité politique, de chercher — qu on me permette cette expression — une véritable querelle d*Allemand.

Aussi est-il étrange de Tentendre dire : « Les actes et le langage que je viens de constater chez Tépiscopat prouvent que celui-ci (il n'y avait jamais eu le moindre doute à cet égard) interprète dans un sens diamétralement opposé l'attitude du saintsiége. »

Messieurs, qui en avait donc jamais douté? L'honorable M. Frère moins que personne.

Seulement, il a tiré de là des conclusions nouvelles bien différentes de celles qu'il en avait déduites dans la discussion parlementaire. 11 reprend, te 7 avril, te langage de l'honorable M. Janson et de M. Couvreur, qu'il avait si énergiquement combattu.

Ecoutez, Messieurs, on dirait que les arguments sont empruntés aux discours de l'honorable député de Bruxelles :

« Que faut-il conclure de là? Ou bien que l'accord affirmé existe réellement, ou bien que tout repose ici sur une équivoque que le Vatican seul peut dissiper. »

L'équivoque n'était née que du retrait imposé de la dépêche du 11 novembre.

Vient après cela la menace; la raison du plus fort : « Si l'accord existe ou si rien n'est fait pour que l'équivoque s'évanouisse et que la voix du souverain .pontife soit écoutée, il y aurait à redouter les suites inévitables de la lutte ouverte et directe engagée entre l'Etat et l'Eglise, et le gouvernement s'efforcerait vainement d'arrêter plus longtemps les conséquences d'une situation dont la responsabilité, à coup sûr, ne pourrait lui être imputée. » *

Cet à coup ràr. Messieurs, est charmant en présence de la

politique inaugurée en 1878 et poursuivie depuis contre le clergé avec une énergfé et une ténacité réellement implacables.

a Ces conséquences, continue la dépêche, seraient graves et multiples; elles atteindraient directement le clergé dans ses intérêts matériels et modifieraient essentiellement la position dont il a joui jusqu'ici. »

Après ces menaces, grosses d'orages et de mesures réactionnaires, vient le salut obligé à la Constitution, à la liberté des cultes et à la liberté de l'enseignement, « ces dogmes fonda* mentaux du droit public que nous avons promis, dit l'honorable Ministre, de maintenir et que nous maintiendrons à toute épreuve. »

« Mais, » continue-t-il, — il y a un mais comme dans la comédie des Faux boiislwtnmes, — « mais les garanties constitutionnelles ne vont pas au delà du droit commun; elles n'impliquent ni n'imposent aucune de ces situations privilégiées, de ces faveurs spéciales dont la loi ou la puissance executive ont si libéralement doté le culte catholique. »

Que le clergé se rassure cependant; le vœ victis n'ira pas trop loin ; il ne sera pas appliqué avec trop de rigueur, dit l'honorable Ministre, comme si l'on pouvait s'arrêter dans la voie où l'on s'engage, comme si la pente sur laquelle on glisse ne doit pas nécessairement entraîner aux abîmes! Comme si, sous prétexte d'enlever des privilèges et des faveurs on ne menace pas de porter atteinte à la liberté et aux droits acquis les plus légitimes!

a Certes, — continue l'honorable Ministre, — aucune mesure de persécution ni d'oppression n'est à craindre en Belgique. Nos mœurs comme nos lois les répudient; mais — toujours le mais, — mais ce serait en fausser l'esprit, en dénaturer le caractère que de compter, en toute éventualité, sur le maintien indéfini d'un régime de faveur auquel ne correspondrait, chez ceux qui en profitent, aucun ménagement, aucune retenue, aucun respect envers

Vautorité civile ni les pouvoirs de TEtat. Le gouvernement ne saurait toujours être à même de résister à la pression d un mouvement d*opinion qui gagne de jour en jour en étendue comme en intensité et qui réclame des mesures db^ représailles contre un clergé qui, après s*étre mis au-dessus des lois (!!!), serait mal venu à se plaindre qu*on lui fit sentir les conséquences d*une situation créée, maintenue, aggravée sans cesse par lui-môme. »

Il y aurait beaucoup à dire, Messieurs, sur cette phraséologie ronflante et comminatoire. {Murmures à gauche.)

M. Bouvier. — G*est très bien dit.

M. CSomesse. — C'est le clergé, n*est-ce pas? qui a créé la situation : c'est lui, c'est évident, qui a fait la loi de malheur, cette loi néfaste qui sème la division dans le pays, la ruine dans les communes, et qui cause bien aussi quelque peu d'insomnie au gouvernement! Il se met au-dessus des lois, le clergé, parce qu'il use des libertés constitutionnelles, parce qu'il se sert par nécessité des armes spirituelles, les seules qu'il ait à sa disposition, parce que, d'accord avec les pères de famille, il s'impose d'immenses sacrifices et s'expose à d'énormes inconvénients pour maintenir la foi des populations et sauver les Simes {rires à gauche) que les inspii*ateurs de la loi avouent avoir voulu arracher h l'Eglise. {Rires à gauche.)

Messieurs, vous riez parce que je dis que le clergé veut sauver les âmes? {hUerruptions à gauche)

Mais s'il n*avait pa$ ce mobile, il ne serait plus le clergé. {Interruptions à gauche,)

N'est-ce pas le but essentiel et la raison d'être de sa mission ?

M. Bara, Ministre de la Justice. — C'est le cadet de ses soucis !

M. Gomesse. — Mais passons sur ce point, car en ce moment je ne discute pas, j'expose, j'analyse la dépêche de l'honorable ministre du 7 avril 1880, le préliminaire de la rupture des négociations.

L*honoi*able ministre, après ce que je viens de lire, change de ton ; il se fait — qu'il me permette d'employer cette expression — il se fait bon apôtre.

M. Frère^Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est en situation !

M. Gomesse. — Pour lui, la dépêche du 11 novembre n*a jamais existé; cest pour lui lettre morte; il veut conserver à tout prix la conviction qu'il s'est formée envers et contre tous, et dont il a besoin pour maintenir sa position vis-à-vis de son parti.

Ecoutez ce qu'il a l'assurance de dire sérieusement au cardinal Nina :

a Peut-être, objectera-t-on, que le point de départ de cette argumentation est lui-même inadmissible, que le langage du saint-siége a été suffisamment clairi que le gouvernement belge n'a pu s'y méprendre, qu'il ne saurait subsister le moindre doute au sujet du blâme catégorique infligé par le pape aux évéques à raison de leur attitude dans la question scolaire. Tel a toujours été mon sentiment personnel; j'y persiste encore à cette heure, et c'est parce que j'ai cette conviction que j'ai pu prendre devant le parlement la responsabilité du maintien ultérieur de nos rela* tiens diplomatiques avec le Vatican. »

Tout cela, Messieurs, en présence de la dépêche du 11 novembre, des lettres du pape au Roi, et de tous les autres documents dont je viens de parler, de la déclaration du cardinal Dechamps et du discours prononcé par le pape !

Et, partant de cette prémisse, qu'il sait être inexacte, en pré*^ sence de la dépêche du 11 novembre, l'honorable M. Frère-Orban continue :

^ « Mais si telle est, comme je le crois, la vraie situation, il faut que toute équivoque disparaisse, il faut que la parole du saint*» père cesse d'être interprétée dans deux sens absolument con*traires, d'une part par l'organe du gouvernement, de l'autre par

le chef de la hiérarchie catholique en Belgique. Une déclaration explicite de cette nature ne suflSrait même plus aux exigences du moment. Ce serait peu que le pape accentuât son dissentiment au sujet de la conduite du clergé belge» s'il ne prenait en même temps la résolution positive de s*en faire obéir. »

C'est là du neuf; c'est le contre-pied de ce que Thonorable M. Frère-Orban n'avait cessé de dire le 18 novembre et le 3 mars. Nous sommes loin aussi, bien loin de ce que Thonorable Minis*tre des Aflaires étrangères écrivait au commencement de l'échange de vues. 11 avait bien fait du chemin le 7 avril depuis le 22 septembre où il disait :

« La Constitution a séparé l'Etat et les Eglises ; elle a interdit à l'Etat d'intervenir dans la nomination et dans l'installation des ministres des cultes, dans les actes et les rapports des supérieurs spirituels avec les subordonnés ou les fidèles»

a Nous ne nous croyons pas autorisés à entrer en discussion sur un pareil sujet.

a L'abstention est pour nous un devoir. »

L'honorable ministre n'admettait aucune objection ; il ne voyait aucune difficulté, de la part du saint-siége, pour agir dans le sens qu'il indiquait.

« L'opinion publique, disait-il, n'admettra jamais la réalité de l'impuissance du chef de la hiérarchie catholique en face de subordonnés qui se plaisent à exalter à la fois son omnipotence et leur propre soumission.

« Le blâme le plus sévère que pourrait formuler le saint-père à l'adresse des évéques serait sans valeur aux yeux du pays, s'il n'était suivi d'un changement réel, d'un apaisement sensible dans la conduite du clergé.

« 11 importe qu'on ne se fasse aucune illusion au Vatican.

« Si la situation actuelle se prolonge» l'opinion du pays proclamera hautement que c'est que le pape n'aura pas voulu la mo^

diner. Alors disparaîtra le dernier frein qui retient encore les pouvoirs publics sur la pente des représailles. Le gouveroement n*eDtrera dans cette voie que forcé et contraint ; il regrettera les dures nécessités que la crise, en s*aggravant, rend chaque jour plus inévitables. »

Le gouvernement belge posait donc des conditions qu*il savait être impossibles, inacceptables; il menaçait, il intimidait pour les obtenir.

Cette dépêche du 7 avril n*est évidemment pas l'ouverture d*un nouvel échange de vues; c'est le prélude à une rupture bruyante; c'est le point de départ nouveau d'une politique de guerre et de combat, d*une politique de représailles, de persécutions et d'oppression contre l'Eglise catholique et ses ministres. L'alternative posée par l'honorable ministre des affaires étrangères est formelle : ou le pape imposera au clergé la volonté de l'honorable M. Frère et se fera obéir, ou les relations seront rompues et l'ère des représailles commencera.

Voilà lextrémité à laquelle l'honorable M. Frère-Orban, mécontent de l'insuccès des écoles officielles et du succès des écoles catholiques... {Exclamatiofis et rires à gauche.)

M. Bouvier. — II est beau le succès!

M. Gomesse — ... était arrivé au mois d'avril! H fallait que le pape abaissât sa mission divine devant les exigences de l*honorable M. Frère ; il fallait qu'il blftmàl les évéques de leur opposition à la loi et, du même coup, tous les catholiques belges qui sont en communauté d'idées et de sentiments sur cette question qui est, avant tout, une question religieuse.

Mais ce n'est pas tout.

M. Bockstael. — Malheureusement !

M. Gomesse. — Dans cette dépêche du 5 juin, l'honorable M. Frère, augmentant ses prétentions, déclare que le maintien d'une légation belge près le Vatican n'était possible et ne pou-

vait, à certains égards, paraître utile qu'aussi longtemps que le saint-père non seulement restât étranger aux luttes suscitées en Belgique par le clergé, mais encore a employât sa haute influence k modérer cette lutte, à pacifier les esprits, à les ramener aux vraies exigences de la situation. Il n*en est plus de même du moment que le pape prend fait et cause dans le conflit et encourage la résistance à des mesures prises par TEtat dans Texercice de ses droits les plus légitimes. »

Ne résulte-t-il pas clairement de là que, suivant l'honorable M. Frère-Orban, si les devoirs du saint-père Tobligeaient à approuver la résistance que les catholiques, dans un cas déterminé, opposeraient à telle ou telle mesure lésant leurs droits ou leurs croyances, cela suffirait pour déterminer la rupture des rapports diplomatiques. Aussi, Messieurs, le cardinal Nina a-t-il eu parfaitement raison de dire :

« Les relations entre le gouvernement belge et le saint-siége ont eu un caractère tout nouveau qu'on n'a peut-être jamais rencontré dans l'histoire de la diplomatie européenne.

« En vérité aucun gouvernement, même parmi les plus puissants de l'Europe, ne s'est jamais présenté devant le saint-siége avec de pareilles prétentions, jamais aucun gouvernement n'a mis à un prix aussi dur la continuation des rapports officiels avec le chef auguste de l'Eglise. Il n'est pas possible d'expliquer une manière d'agir si inusitée sans admettre dans celui qui l'adopte le dessein persévérant de trouver à tout prix un prétexte de rupture. »

Ce que je viens de dire fait assez prévoir quelle pouvait être la réponse de Rome aux prétentions exorbitantes formulées par l'honorable Ministre des Affaires étrangères.

Le 3 mai, le cardinal Nina répond à M. le Ministre des Affaires étrangères et dissipe le malentendu regrettable dans cette question grave et délicate.

« J avais, dit le cardinal Nioa, dans cette dépêche, averti moimême spécialement M. le ministre à l'occasion des dernières discussions parlementaires. »

C'était une allusion directe à la dépêche du 11 novembrc(^ qui n'avait pas encore paru et que l'honorable Ministre des Affaires étrangères supposait probablement ne pas devoir être mise au jour.

Le cardinal Nina met dans sa dépêche distinctement en relief le jugement uniforme du saint-siége et de l'épiscopat belge sur la nouvelle loi scolaire.

Cette dépêche est une réponse péremptoire à tous les arguments invoqués par Thonorable M. Frère et elle éclaircit complètement la situation dans le sens de la dépêche du il novembre

Le 10 avril, parut dans un journal de la capitale la lettre do saint-père au cardinal Dechamps. Cette lettre a donc été connue postérieurement à la dépêche de l'honorable ministre du 7 avril que je viens d'analyser.

Dans ce document du 2 avril, Léon XIII félicitait l'épiscopat de l'inielligence et du zèle qu^il avait mis à empêcher ou du rooin» à atténuer « les conséquences désastreuses de la nouvelle loi scolaire qui est complètement opposée aux principes et aux pres«criptions de l'Eglise catholique. » Ce langage était conforme à ce qu'avaient révélé les documents publiés par M. le Ministre des Affaires étrangères lui-même en novembre 1879.

Le Vatican, avant la publication des documents, ne s'était jamais prononcé sur la loi par esprit de condescendance à l'égard du gouvernement, mais comme le gouvernement lui-même avait jugé convenable à sa politique de publier tous les documents, le saint-père était évidemment en droit, conséquent avec ce qu*il avait toujours dit dans les documents diplomatiques, de déclarer alors ce qui rendait exactement sa pensée.

Llionorable Ministre des Afl'aires étrangère», qui avait cependant connaissance de la dépêche du 11 novembre, voulut voir dans ce langage du saint-père et dans la dépêche du cardinal du 3 mai, « une évolution très prononcée de Tattitude que le saintsiége avait gardée jusque-là à l'égard du gouvernement belge »

« G*est évidemment, ajoute-t-il, pour couvrir ce changement de front, que Son Eminence le secrétaire d'Etat déclare six mois après le dépôt de la correspondance diplomatique, que les actes ont été mal compris, que le saint-siége ne saurait accepter les conclusions qu'on a voulu tirer de l'échange de vues. »

Six mois après le dépôt, dit-on, et avant ce dépôt, le 11 novembre, le cardinal avait dit la même chose et on n'avait pas voulu l'entendre!

L'honorable Ministre des Affaires étrangères, cela va de soi, ne pouvait souscrire, en aucune manière, à une telle appréciation et il se mit à soutenir que les conséquences par lui tirées des actes diplomatiques étaient claires et formelles.

L'honorable ministre payait d'audace ; il comptait que la dépêche du 11 novembre ne viendrait pas au jour.

La dépêche du 18 mai est une nouvelle édition de ses discours dans la partie historique.

Je ne puis le suivre dans cet exposé, qui n'est qu'une répétition de ce qui a été dit précédemment. Cela m'entraînerait trop loin.

L'honorable M. Frère-Orban n'attendit pas la réponse qui devait être faite à sa dépêche du 18 mai. Son parti était pris, et dès le 5 juin il adressa au ministre à Rome une dépêche déclarant que « l'échange de vues était terminé ». « La conclusion qui se dégage des faits constants s'impose d'elle-même, ajouta-t-il : c'est le rappel de la légation auprès du saint-siége. Vous voudrez bien en informer le cardinal Nina et prendre vos dispositions pour quitter Rome aussitôt que vous aurez fait cette notification. »

Tout était donc consommé à ce moment. La réponse du 8 juin, les dépêches qui ont suivi ne pouvaient modifier cette résolution définitive» elles n*offrent qu'un intérêt de polémique.

Les dates ont ici une importance capitale. L'honorable M. Frère- Orban tenait beaucoup à ce que Jes élections du mois de juin se fissent sur cette assurance d'un blftme, d'un désaveu formel des évêques par le pape.

Il se plaint» en effet, dans la dépêche du 5 juin, de la publicité donnée à la lettre du saint-père au cardinal Dechamps et à la substance de la dépêche du cardinal Nina du 3 mai.

(c Par ces publications, dit-il, dont elle accentuait la signification, elle voulait agir sur l'opinion publique à la veille des élections. Le gouvernement n'a pas cédé à la tentation de répondre à ces provocations, dont le sens politique n'échappait à personne. »

Impossible, Messieurs, de dévoiler plus clairement les préoccupations politiques^ les préoccupations de parti qui n'ont cessé de diriger Thonorable Ministre des Affaires étrangères, dans tout le cours de l'échange de vues.

Dès le 7 avril, l'honorable ministre s'était décidé à rompre. Il le devait « aux nécessités de sa politique », comme il l'a reconnu lui-même ; il avait eu « à vaincre bien des résistances » pour ne pas briser plus tôt.

La rupture s'imposait donc à lui comme une nécessité de son maintien au pouvoir. La légation de Rome devait êti*e sacrifiée aux exigences de son parti.

Il tenait à cet égard à se donner, vis-à-vis des siens, les apparences d'avoir agi spontanément, en toute liberté, sans pression parlementaire ou électorale.

Mais d'un autre côté, il considérait comme essentiel au succès de la lutte électorale qui allait avoir lieu, de laisser subsister l'équivoque, le malentendu, depuis longtemps dissipé, d'un désac^

cord persistant entre Rome et Tépiscopat, d*un désaveu, d'un blàme infligé aux évéques.

Le thème était beau : oppression des consciences, violences exercées par un clergé fanatique, sous la direction d'évéques passionnés, condamnés, désavoués par le saint-père?

Cétait splendide à la veille des élections.

Aussi, quoique dès le 7 avril, la rupture fût décidée dans Tesprit de Thonorable Ministre des Affaires étrangères et qu'après la dépêche du 3 mai du cardinal Nina elle fût inévitable, voyonsnous rhonorable M. Frère patiemment attendre avant de se prononcer.

Il écrit de nouveau, le 18 mai, une longue dépêche sans conclure. Cette dépêche exigeait, comme je Tai déjà dit, une réponse qui était annoncée de Rome. Celte réponse, on ne l'attend pas, on craint qu elle ne vienne troubler les combinaisons qui sont arrêtées, et Ton s'arrange de manière à avoir rompu avant les résultats des scrutins électoraux du 8 juin, mais de manière aussi que le pays ignorât complètement les documents officiels, irrécusables, attestant que le prétendu désaccoi*d entre le pape et les évêques ne subsistait que dans l'imagination de Thonorable M. Frère et que l'union la plus parfaite existait sur la question scolaire à tous les degrés de la hiérarchie catholique.

Tout cela est tenu absolument secret, assolutamente segreto, je le répète. (Rires à gauche.)

Cette attitude de l'honorable Ministre des Affaires étrangères était-elle correcte? N'était-il pas de son devoir d'éclairer le pays, en matière aussi grave, à la veille des élections de juin, de ces élections qui devaient décider du sort du gouvernement et dont l'importance exceptionnelle était signalée dans cette Chambre par l'honorable Ministre des Affaires étrangères lui-même.

Pourquoi donc, Messieurs, du moment que la situation que rhonorable M. Frère-Orban avait prétendu exister en novembre

et en mars était radicalement modifiée, pourquoi ne Tavoir pas dit au pays à la veille du scrutin? Pourquoi lui avoir caché la rupture consommée? Pourquoi avoir mis la lumière sous le boisseau et caché la vérité? Ah ! c est qu*on redoutait le jugement de la nation sur cet acte déplorable. (Rires à gauche.)

M. Toumay. — La lutte du 15 juin en est la preuve.

M. Gomesse. — C'est à propos de celte lutte qu'il y a eu une tactique de la part du gouvernement. Sa décision était irrévocablement arrêtée le 5 juin. Pour peser sur les scrutins de ballottage, on a eu Tair de suspendre l'exécution, on a entretenu. de nouveaux rapports avec Rome et Ton a laissé même le nonce paraître aux fêtes ; on lui a témoigné publiquement de véritables sympathies; de sorte. Messieurs, que l'interruption de l'honorable M. Tournai est tout à fait maladroite.

Oui, le gouvernement, à raison précisément des scrutins de ballottage qui devaient avoir lieu à Bruges et à Namur, a de nouveau joué une comédie électorale, afin que le corps électoral pût être dans l'incertitude quant à la résolution définitive qu'il prenait. {Interruptions à gauche.)

M. Bara, Ministre de la Justice. — Vous l'avez fait connaître aux électeurs.

M. Gomesse. — Allons donc! (Rires à gauche.)

Du reste, en fait de stratégie électorale, le gouvernement et l'honorable M. Bara, en particulier, est capable de très bien remplir son rôle; il s'y connaît parfaitement. (Bruit.)

M. Bouvier. — Dites cela aux évéques!

M. Gomesse. — En présence de ce système voulu par le chef du cabinet, en présence des précautions prises pour que la vérité ne fûi pas connue avant les élections, ne suis-je pas autorisé à dire que rhonorable M. Frère-Orban a induit volontairement le pays en erreur, qu'il l'a trompé, et que les élections de juin se sont faites sur uneéquivoque, volontairement et sciemment maintenue?

M. Bara, Ministre de la Justice. — Nous verrons en 1882!

M. Gomesse. — Ainsi, Messieurs, il résulte des documents publiés , de leur examen attentif et impartial que Thonorable M. Frère-Orban a mystifié la Chambre, mystifié ses propres amis, mystifié le pays... {rires à gauche.)... en forçant Rome à retirer la dépêche du il novembre dont copie lui avait été remise.

Plus tard, quand tout malentendu avait disparu, il a laissé se faire les élections sous le bénéfice d'une double équivoque, laissant supposer, d'une part, que le statu quo était maintenu pour la légation du Vatican, et que, d'autre part, le pape désavouait et blâmait les évéques.

La rupture n'est nullement justifiée par l'attitude du Vatican. Cette attitude a été d'un bout à l'autre correcte^ irréprochable, bienveillante, paternelle, cherchant constamment à paciHer, à diminuer l'intensité du conflit, l'âpreté de la lutte.

L'intervention du saint-siége a été efiicace sur la question constitutionnelle; elle a été éminemment utile dans les conflits scolaires; elle y a produit d*heureux fruits, et si on n'avait pas brisé ces relations avec Rome on pouvait espérer, de l'intervention du saint-siége, de nouveaux efforts et de nouveaux résultats pour amener à la Jongue un apaisement dans le pays...

M. 'Willeqiiet. — A la longue !

M. Gomesse. — Il fallait le temps; il fout toujours le temps. Un changement ne s'opère pas du jour au lendemain, et ce n'est pas en décrétant la paix qu'on la produit ; il faut savoir l'attendre de la patience et du temps.

Cette rupture ne s'explique que par des considérations de parti, par des nécessités de tactique politique; c'est un nouvel acte de faiblesse et de condescendance arrache à Thonorable Ministre des Affaires étrangères par les intransigeants de la gauche dont il est le très humble serviteur; c'est le signal dune ère nouvelle de

violeoces, de représailles religieuses, indignes d*une nation caibolique, en plein xix* siècle.

Nous venons de célébrer le cinquantenaire de 1830, mais que nous sommes loin des idées, des principes et des tendances de cette époque glorieuse ! {Très bien ! à droite.) 4830-1880, ces deux dates ont été partout rapprochées dans la période de nos fêtes. Ce rapprochement était une antithèse choquante, et cette antithèse s*est incamée à mes jeux en deux hommes que nous avons vus, côte à côte, dans cette enceinte, lors de la séance mémorable du 16 août dernier.

L*un de ces hommes, qui représentait 4830, était le survivant du Congrès national, le magistrat éminent qui nous a tous émus par ses accents élevés, patriotiques, et par Téclatant hommage qu*il rendait à nos libertés constitutionnelles. En entendant ici llionorable M. Leclercq, je me rappelais d'autres paroles prononcées par lui dans une autre circonstance.

c( La Belgique, disait-il le 26 février 1841, est foncièrement catholique : cest le catholicisme qui la distingue nationalement. Et ce caractère, il est heureux qu elle Tait, parce qu*à Fintérieur il forme pour elle un lien, une des plus grandes forces de cohésion de la société, un modérateur qui prévient ce que pourraient avoir de dangereux nos principes de liberté et nos institutions politiques, si un esprit de religion et un profond sentiment du devoir n animaient toute la nation et ne retenaient la société dans les limites hors desquelles elle cesse d*être ; parce que pour Textérieur, il est un gage d*ordre et de stabilité qui étouffera peu à peu les préventions que notre révolution a pu inspirer. Ce caractère, nous devons le conserver précieusement. Nous ne pouvons le perdre, sans nous perdre avec lui. »

M. Bockstael. — Cest pour cela qu'on ne voulait pas de M. Leclercq à Rome!

M. Gomesse. — Si on ne Ta pas voulu à Rome, ce n'était pas

à cause de lur, mais à cause du ministère dealers et de la politique qu'il entendait lui faire pratiquer. (Exclamations à gauche.)

M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères, -;- Les motifs du refus d'agréaiion portent que « les antécédients de ce personnage n'offrent pas assez de garanties au saint-siége ». {Vive approbation à gauche.)

M. \7illeqaet. — Répondez à cela!

M. Gomesse. — Gela n'atténue en rien la portée de mes observations. M. Leclercq nous a rappelé quelles étaient les idées des libéraux de 1830, qui, avec les catholiques, ont créé et consolidé nos institutions nationales; il nous a montré ces hommes considérant la religion catholique comme la sauvegarde de lexistence de la Belgique.

Et à côté de M. Leclercq, je voyais, dans cette enceinte, au banc ministériel, un autre homme politique^ le ministre de Tinstruction publique qui est appelé à diriger Téducation de la génération nouvelle.

Invinciblement, le langage tenu par lui en 1864 me revenait en mémoire, par opposition à celui que je viens de vous rappeler.

c< Oui, disait-il, un cadavre est sur le monde. {Rires à gauche.)

a II barre la route du progrès; ce cadavre du passé, pour rappeler par son nom, carrément, sans périphrases, c*est le catholicisme.

« Oui, le catholicisme est un cadavre. G est ce cadavre que nous avons aujourd'hui regardé en face. Et si nous ne Tavons pas jeté dans la fosse, nous Tavons soulevé du moins de manière à l'en rapprocher de quelques pas... G'est un grand résultat. »

Ainsi parlent et agissent les ministres de 1880. Ainsi agit une

politique qui détruirait la Belgique au dedans et au dehors, qui

la conduirait à sa perte, si la nation, lasse et inquiète, n'y mettait

prochainemeni bon ordre. {A droite : Très bien! très bien!)

M. Berge. — La droite n'est pas satisfaite du retrait de notre m. il

ministre auprès du Vatican ; elle se plaint même très amèrement. Gela ne nous étonne pas et, cependant, quoi de plus naturel, de plus logique, de mieux justifié que ce retrait? L'histoire de nos relations diplomatiques justifierait à elle seule la mesure qui i été prise si elle n*était commandée par les événements politiques qui se sont accomplis en Europe ; si elle n*avait été imposée au gouvernement par la nécessité de foire respecter les droits de Fautorité civile et de sauvegarder la dignité nationale!

On parlait tout à l'heure de 1830. On établissait un rapprochement entre cette époque et la nôtre. Eh bien, je vais aussi me permettre d*en faire un.

La révolution de 1830 et la Constitution qui en est sortie avaient incontestablement proclamé ce grand principe de la se-* paration de l*Eglise et de TEtat. C*est à cette époque que Ton entendait des voix autorisées déclarer qu il ne devait plus y avoir rien de commun entre l'Eglise et l*Etat.

c( Plus de concordat, disait M. Notbomb, le 22 décembre 1830; deux pouvoirs qui n*ont rien de commun ne peuvent négocier entre eux. »

Or, Messieurs, on doit convenir que deux pouvoirs qui n*ont plus rien de commun et qui ne peuvent négocier entre eui doivent logiquement rompre toute espèce de négociation et ne plus avoir de négociateurs.

On n*a pas appliqué d*une manière rigoureuse ce principe parce que Ton a trop oublié les idées de 1830, et qu*on s*en est écarté en trop de circonstances. L*esprit de 1830 a été altéré, nous y revenons aujourd'hui. (Oh! oh! à droite.)

Oui, cest parce que Ton a méconnu les principes de 1830 qu'il est résulté dans nos relations avec ce que Ton appelle Tau» torité religieuse des conflits et des controverses incessants.

 peine avions -nous librement proclamé les principes féconds de la Constitution que ses principes étaient ouvertement attaqués

par la papauté dans son Encyclique de 1832 ; aussi a-t-on vu les hommes les plus modérés, des hommes appartenant à l'opinion catholique, mis à l'index par la cour de Rome parce qu'ils avaient approuvé les principes constitutionnels qui nous régissent. N'at-on pas vu un catholique, le vicomte Vilain XIIII, dans l'obliga- Uoo de quitter Rome, oix il n*était plus toléré, parce qu'il avait des principes trop libéraux? .

Les relations diplomatiques ont ainsi été rompues. Et qui 8*e8t lamenté à cette époque, lorsque ces relations diplomatiques o£Bcielles ont été interrompues entre la cour de Rome et la Belgique? A-t-on entendu à la Chambre des lamentations, l'expression de regrets? Est-ce que M. de Muelenaere ou M. de Mérode ont fait entendre un mot pour exprimer leur désolation? Pas le moins du monde.

L'incident n'a soulevé aucune tempête.

On comprenait cette rupture, on ne la regrettait pas, on la regardait comme une conséquence inévitable.

La papauté avait cru qu'on viendrait s'incliner devant elle ; mais point du tout. Les catholiques de cette Chambre, d'accord avec les libéraux, faisant respecter le droit de la nation, ne s'inclinèrent pas devant le chef de la papauté.

En 1835, le pape, voyant qu'on ne venait pas à lui, fit des propositions, il fit entendre qu'on pouvait s'arranger, qu'on ne se montrerait plus aussi rigoureux, et l'on vit alors le pape demander le rétablissement des relations diplomatiques.

Croyez-vous que dans le pays, dans la presse, au sein de cette Chambre on a salué cet événement avec allégresse, comme un bonheur extraordinaire?

Mais pas du tout! On s'en est ému fort peu, et on justifiait la mesure qui consistait à rétablir notre ministre à Rome à raison des intérêts politiques et commerciaux.

Voilà les considérations qu'on faisait valoir : il était bon d'avoir

un ambassadeur à Rome, puisqu*il y avait des jialionaux qui pouvaient avoir quelque intérêt commercial dans la question; or, à cette époque, ne Toublious pas, le pape n'était pas dans la situation où il est aujourd'hui; c'était alors un souverain; mais ceux qui combattaient le rétablissement d une ambassade objectaient que les Etats du pape avaient fort peu d'importance. Cependant les relations furent rétablies et l'ambassadeur désigné, ce qui n'empêcha point le conflit de continuer, M. Vilain XIIII n'ayant pas été agréé par la papauté. C'était cependant un homme bien modéré, mais le pape voulait autre chose ; il lui fallait un homme tout dévoué à l'Eglise et non pas un patriote pénétré des principes constitutionnels.

Arrivons à 1839.

L'honorable M. Fleussu prononce dans cette enceinte les paroles suivantes :

« Pas besoin d'un ministi^. Comme puissance temporelle, les Etats du pape n'ont pas grande importance ; comme pouvoir spirituel, nous n'avons rien à démêler avec le pape. Notre clergé est émancipé, il n'a de contact avec le gouvernement que par le budget. Nous ne pourrions pas même faire un concordat avec le pape. Aussi, il me semble inutile d avoir à Rome un ministre plénipotentiaire; un simple chargé d affaires suffirait pleinement. »

Pourquoi suffisait-il? Etait-ce pour pourvoir aux nécessités de la direction des âmes? Pas le moins du monde : « Pour chercher en Italie des débouchés pour nos produits, » (Hilarité!)

Est-ce qu'on entendit, à cette époque, des protestations dans cette Chambre contre ces paroles? Point du tout.

On ne songeait nullement alors aux grands « intérêts moraux et religieux » dont on vient nous entretenir aujourd'hui. MM. Dumortier et De Lehaye ne protestaient pas, ils donnaient leur approbation au langage de M. Fleussu.

L'année suivante, la même question se présentait encore devant

la Chambre. Plusieurs orateurs prennent la parole pour combattre renvoi d'un ministre belge à Rome et pour demander un simple chargé d'affaires pour sauvegarder les intérêts commerciaux.

Enfin, le 3U août 1846, un événement important se produit. Cest le gouvernement du pape qui fait savoir à la Belgique que seuls l'Autriche, la France, l'Espagne et le Portugal ont droit d'accréditer des agents diplomatiques ayant rang d'ambassadeur. D*où il résulte que, pour être agréable à la papauté elle-même, Id Belgique ne devait pas envoyer d'ambassadeur^ A cette époque un ministre accrédité paraissait lui déplaire beaucoup !

Survient alors l'événement qui a. été cité tout à l'heure si mal à propos par l'honorable M. Gornesse, Tincident de M. Leclercq. M. Leclercq était déjà à cette époque un homme estimé de tous, ancien procureur général prés la cour de cassation, il avait, avec dignité et talent, présidé à la direction du département de la justice ; ^ncien membre du Congrès national et de la Chambre, il avait fait preuve d'une extrême modération. M. Cornesse en faisait encore l'éloge tout à l'heure.

Eh bien, cet homme si pariait, on n'en voulait pas k Rome ! Le pape Pie IX a refusé de le recevoir comme ambassadeur, et cependant Pie IX à cette époque passait pour une pape libéral !

Voilà où nous en étions en 1847 dans nos relations avec la cour de Rome.

M. Verhaegen signalait alors ces procédés comme peu compatibles avec la dignité nationale.

En 1850, un événement important se produit. C'est la loi sur l'enseignement moyen. Les évêques protestent à l'avance contre la loi ; ils déclarent que c'est une déclaration de guerre à la religion et s'opposent par tous les moyens au vote de la loi, et la cour de Rome, bien loin de feire taire les évêques, les encourage dans cette guerre.

Les événements survenus de 1852 à 1855 ont eu pour consé-

quence la suppression de l'envoi d*un ministre plénipotentiaire près du pape.

En résumé, pendant les vingt-cinq premières années de notre indépendance, nous voyons que, sans protestation de la cour de Rome, sans protestation des membres de la droite de cette assemblée, il s'écoule dix-sept à dix-huit années pendant lesquelles nous n'avons pas été représentés par un ministre accrédité près du pape.

En 1856, Pie IX, suivant en cela l'exemple de Grégoire XVI, condamne nos institutions. Il déclare que la raison doit être la servante de la foi.

En 1864, il lance des anatbèmes nouveaux, sous forme de $yllabtts, proclamant qu'il n'y a de religion d*Etat possible que It religion catholique; condamnant complètement tous les principes qui ont fait la gloire de la révolution' de 1830. Et alors on a vu se former des associations catholiques ayant pour but de défendre les principes du Syllabus, et de les faire triompher dans les élections. Ces associations catholiques sont l'objet de marques de considération et de déférence de la part de la papauté.

En 1870, la situation se trouve singulièrement modifiée par les événements européens. Le gouvernement italien devient maître de Rome. Jusque-là, la papauté était parvenue à se maintenir à Rome, grâce à la protection des baïonnettes étrangères, grâce k la protection de l'armée autrichienne ou de l'armée française. Elle s'était protégée aussi à l'aide d'une armée de mercenaires. Hais, à partir de 1870, la situation change et la papauté perd toute espèce d'autorité temporelle par la délivrance du peuple romain.

C'est à partir de ce moment que la Belgique a sa double représentation : une représentation auprès du roi d'Italie et une représentation auprès du chef de l'Eglise catholique. Situation bizarre, singulière, contraire évidemment aux principes.

Cependant on cherche à expliquer la chose. Le ministère ca-

tholique de celte époque, par l'organe de M. le Ministre des Affaires étrangères, nous dit qu'il y a des intérêts moraux et religieux à sauvegarder; c'était une- thèse nouvelle, car jusque-là il n'avait pas été question d'intérêts moraux et religieux; on en parle depuis 1870, on n'en parlait pas autrefois.

C'est qu'on ne pouvait plus parler d'intérêts commerciaux pour justifier l'existence d'un ministre accrédité auprès du souverain pontife.

N'étant plus souverain temporel, le pape n'avait plus droit à une ambassade; il fallait chercher un autre prétexte pour maintenir les relations diplomatiques et on l'avait trouvé dans la défense des intérêts moraux et religieux.

En 1873, cette situation étrange, singulière, embarrassante, pleine de périls, est signalée au sein de cette Chambre, et l'honorable M. Frère nous disait que la présence de cet ambassadeur devait être une cause d'embarras sous un ministère catholique, un sujet de dérision lorsque les libéraux seraient au pouvoir.

C'était tracer, dès 1873, quelle était sa pensée à l'égard de la présence d'un ministre auprès du Vatican.

En 1875, arrive la discussion relative aux pèlerinages; ces pèlerinages qui venaient de prendre un développement extraordinaire dans le pays, et y jetaient le trouble, ces comédies indignes et ridicules, où, sous prétexte de défendre la liberté du pape et de s'intéresser à sa santé, on faisait de la politique et où l'on criait : A bas les libéraux ! où l'on faisait de la propagande en faveur des cercles catholiques politiques !

On se servait de ces pèlerinages comme moyen d'action ; c'était une façon commode d'intimider les populations, de faire rentrer de l'argent dans la caisse du denier de Saint-Pierre.

On parlait de la paille humide du Vatican...

M. BoelnUaal —Elle doit être séchée maintenant! (Rires.)

If. Berge. — On errait les populations, on les fanatisait ;

c*était un moyen de faire arriver la clieûtële et de placer une marchandise qui commençait k se démoder! (Rires à gauche.)

On attaquait, sous prétexte de manifestations religieuses, nos institutions nationales ; on minait tout ce qui a fait la force et rhonneur de la patrie ; on discutait ce qui devrait être à l'abri de toute discussion : nos principes constitutionnels les mieux établis, ces principes sur lesquels on était d'accord en 1830 et pour lesquels on avait Mi la révolution. On réclamait, au nom de la religion, des modifications constitutionnelles ; on allait jusqu'à demander Tabolition des dispositions obligeant la célébration du mariage civil avant toute espèce de cérémonie religieuse. On allait plus loin. On poussait la témérité au point de compromettre nos relations avec des puissances voisines et amies. Aussi une déclaration solennelle se fit entendre au banc ministériel. L'honorable M. d'Aspremont-Lynden disait que jamais l'idée d'avoir un représentant auprès du saint-père n'avait été une protestation contre la reconnaissance du royaume d'Italie, et il ajoutait que s'il avait besoin de produire un argument en faveur de l'existence d'un ambassadeur auprès du Vatican, cet argument serait celuici : c'était pour faire savoir au pape qu'il ne devait pas penser que tous les Belges partageaient la même manière de voir que ces pèlerins qui venaient apporter leur obole.

Telle était la protestation partie du banc ministériel, et cela par l'organe d'un ministre appartenant à l'opinion cléricale.

Lors des fêtes nationales, le 16 août, le clergé, loin de s*associer à l'élan patriotique, a cru bien faire, en vue probablement de favoriser quelque manœuvre électorale, de s'abstenir de participer à ces manifestations de la patrie. Cela était, d'ailleurs, conforme aux résolutions prises par les cercles catholiques du pays. Les cercles catholiques du pays s'étaient constitués, on le sait, pour propager et défendre les principes du Syllabus et travailler à la revision de la Constitution dans ses dispositions fon-

damentales. Ces cercles catholiques réunis à Bruxelles avaient décidé de ne point participer aux fêtes. Ainsi s*affirme une fois de plus la solidarité du clergé et des cercles catholiques politiques. {Bruit et protestations à droite.)

Le clergé prétend que ni lui, ni ses amis ne peuvent s'associer à l'exécution de la loi sur renseignement primaire qui blesse les consciences catholiques.

Ce motif, rappelé par Thonorable M. Woeste, est certainement très sérieux. J'ai trop souvent combattu en faveur de la liberté de conscience pour ne pas accorder une très grande valeur à tout ce qui touche à cette liberté. Cependant, il ne faut pas aller trop loin dans cette voie; et il ne faut pas perdre de vue que si les droits de la conscience doivent être respectés, la loi, elle aussi, a droit à quelque respect; et que, si l'on s'engageait dans la voie qui nous est indiquée par l'honorable N. Woeste, on pourrait arriver à des conséquences fort extraordinaires.

C'est ainsi qu'en matière d'inhumations, par exemple, on pourrait voir des catholiques, sous prétexte de liberté de conscience, prétendre se faire enterrer, non dans les cimetières communs, mais dans les églises. Tels autres pourraient prétendre à être enterrés dans leur couvent, toujours sous prétexte de liberté de conscience. Eh! Messieurs, ce ne sont point là de pures hypothèses : nous avons vu ces infractions à la loi; nous avons vu des évéques, au mépris de la loi, enterrés dans des églises, sous prétexte du sentiment religieux et de la liberté de conscience.

On a vu des enterrements nombreux se faire à l'intérieur des couvents, contrairement aux prescriptions de la loi, probablement parce que la conscience des défunts l'exigeait ainsi. Demain nous verrons un juge catholique se refuser à appliquer la loi, parce qu'il s'agira d'un coreligionnaire politique. Il dira : Cet homme, ce prêtre, je le reconnais coupable; mais ma conscience

de catholique m'oblige à m'incliner devant ce qui est la loi du catholique.

Les délits ou les crimes commis par un prêtre ne peuvent pas être de droit commun; il faut les foire juger par des tribunaux ecclésiastiques, j'obéis à la voix de ma conscience, et j'acquitte.

Vous pourriez ainsi, sous prétexte de respecter Tes droits de la conscience, vous refuser à l'application de toute espèce de loi votée par les Chambres ! Il foudrait en conclure que si en réalité la conscience des catholiques s'oppose si souvent à l'exécution de la loi, on ne pourrait jamais leur confier l'exécution des lois. Si, au contraire, la conscience des catholiques leur permet de respecter et d'appliquer les lois, alors ils sont très mal venus aujourd'hui de nous dire qu'ils sont obligés de foire opposition à l'exécution de la loi de 1879, de par leur conscience de catholiques. Ils ne peuvent pas sortir de là.

D'ailleurs, l'attitude du clergé, véritablement inexplicable, lors de nos fêtes dernières, justifiait incontestablement à elle seule la mesure prise à l'égard du Vatican. Cette mesure n'avait cependant pas besoin d'être justifiée par une circonstance quelconque. Elle se justifiait d'elle-même, et si les relations diplomatiques ont été continuées entre la Belgique et la cour du Vatican, c'est par pure tolérance! Il ne s'agit pas ici de question de droit! Et il n'j a pas eu dans la rupture la moindre surprise. Ne l'avait* on pas annoncée depuis longtemps? Est-ce que les déclarations foites au sein de cette Chambre, les votes émis par la gauche n'avaient pas caractérisé la situation? L'idée de la surprise ne peut exister que dans l'esprit de ceux qui ne veulent absolument pas comprendre.

Le retrait de notre envoyé était indiqué par l'excellente raison que le pape n'est plus roi. C'est une sorte de souverain ayant en» core, au point de vue nominal, quelques prérogatives, absolu^

ment comme le roi Pomarë en a aussi. {Hilarité à gauehê.) Mais il n'exerce plus aucune souveraineté réelle.

Ah! je le sais bien, on n'admet pas les faits accomplis; on n'admet pas que le pape ne soit plus mattre dans ses Etats; on ne reconnaît pas le royaume d'Italie.

Voilà la vérité. Et cela est tellement évident que l'honorable H. Cornesse n'a pu justifier la présence d*un ambassadeur à Rome, au Vatican, qu'en regrettant la reconnaissance du royaume d'Italie.

Nous avons été témoins de ses regrets et il n'a feit en cela que suivre Texemple donné par la presse de son parti. On lisait, en effet, dans le Journal de Bruxelles l'articulet suivant le 5 janvier 1878:

a En allant k Rome, on sait comment les auteurs du royaume d'Italie ont commis la faute, plus grande qu'un crime, de mécontenter les nations catholiques et d'effrayer les consciences. La situation qu'ils se sont créée à eux-mêmes est intolérable, et s'ils veulent consolider leur œuvre, quils quittent au plus tôt la ViUe éternelle. x>

Le Ministre des Affaires étrangères du cabinet précédent s'est bien gardé de transmettre le conseil au roi d'Italie par voie diplo* ma tique.

Voilà quelle était l'injonction du Journal de Bruxelles à l'adresse du roi dltalie.

Aujourd'hui, nous entendons le même langage; on va même plus loin. L'honorable M. Cornesse, député au parlement belge, regrette que le pape n'ait pas eu 500,000 hommes pour écraser la Belgique. {Hilarité à droite. — Protestations de M. Cornesse,)

M. Wasseitfe. — C'est une plaisanterie.

M. Berge. — Vous avez justifié parfoitement votre allégation, vous avez dû que si le pape avait eu 500,000 hommes, on ne l'aurait pas outragé comme on l'a fait, on aurait plus d'égards pour lui.

M. Ck>rne88e. — Napoléon avait recommandé à son ambassadeur h Rome de traiter le saint-père avec les mêmes égards que s*il disposait d'une armée de 500»000 hommes.

M. Berge. — Quelles que soient vos paroles, c'est toujours la force brutale que le pape aurait eue à sa disposition qui lui aurait permis de soumettre la Belgique. {Bruit et protestations, à droite. — Oui! oui! à gauche.)

M. Ck>me8se (fait personnel). — Je ne puis permettre qu on mette en doute mon patriotisme, au point de supposer que j'aurais dit être au regret que le pape n'eût pas 500,000 hommes pour déclarer la guerre à la Belgique. On ne peut me prêter une pareille opinion qu'en dénaturant ce que j'ai dit.

Il suffit d'énoncer une pareille absurdité pour que le bon sens public en fasse justice, et si je proteste immédiatement, c'est pour qu'elle ne trouve pas cours dans certaine presse.

M. le président. — Laissons cet incident. J'engage M. Berge h rentrer dans le débat.

M. Berge. — Je suis heureux de constater que M. Gornesse regrette ce qu'il a dit... {Bruyante interruption à droite.)

M. Gornesse. — Je ne regrette pas ce que j'ai dit, Je regrette l'interprétation erronée... {La voix de t orateur se perd au milieu du bruit.)

M. le président. — N'insistons pas, Messieurs. M. Gornesse a le droit d'interpréter sa pensée : l'interprétation doit être acceptée comme l'explique l'honorable membre.

M. Gornesse. — Je proteste contre le système de M. Berge. Il n'est pas permis de travestir à ce point la pensée d'un collègue.

M. le président. — Veuillez ne pas m'interrompre. Je disais que l'honorable M. Gornesse a le droit d'interpréter sa pensée. Il déclare avoir dit que, si le pape avait eu derrière. lui une armée de 500,000 hommes, on n'aurait pas osé agir comme on l'a fait.

Tel est largument qui fait partie de la discussion. {Marques d^ adhésion.)

Plusieurs membres : G*est la même chose.

M. Berge. — ^admets l'explication telle qu elle est donnée et je dis que la dignité nationale obligeait la Belgique à foire ce qu'elle a fiait.

Nous ne saurions pas conserver des relations avec une puissance qui s'ingénierait à battre en brèche nos institutions et qui interviendrait ainsi dans nos affaires intérieures. Mais si Ion a toléré pendant si longtemps les agissements de la curie romaine, c'est précisément parce qu elle n'était pas une puissance temporelle, car jamais la Belgique n aurait pu supporter une pareille attitude de la part d'un autre gouvernement.

Plusieurs membres : Très bien !

M. Berge. — On a agi avec modération, avec commisération et voilà que, loin de remercier le gouvernement de cette attitude modérée, on récrimine et on lui adresse des injures.

Nous avons entendu regretter hier bien amèrement la publication de documents qui ont singulièrement éclairé le pays sur les agissements du clergé catholique.

Je comprends ces regrets. On n'aime pas qu'on dévoile des intrigues, qu'on fesse connattre les secrets, les menées ténébreuses et jésuitiques du clergé, négociant dans l'ombre, faisant double jeu et se servant de la fourberie.

Je sais bien qu'on n'aime pas qu'on montre des gens préchant la morale d'un côté et pratiquant la corruption de l'autre ; parlant au nom de la vérité éternelle pour mieux répandre le mensonge.

Mais ce qui est vrai, c'est qu'il est fort heureux que ces documents aient été publiés. Il ne convient pas que l'équivoque se maintienne; il faut que l'histoire soit en possession de documents officiels qu'on aurait voulu cacher.

L'honorable M. Cornesse nous disait que de deux choses l'une :

OU bien révéque Dumont est fou« ou bien il ne l'est pas; que, dans le premier cas, on a tort de se servir de documents qui viennent d'un insensé et que, dans l'autre cas, c'est un acte déloyal de la part de l'évéque de Tournai.

Mais je retourne l'argument et je lui dis : ou l'évéque est fou et alors vous avez pris le fou pour un oracle et vous avez fait usage des conseils, de l'autorité et de l'argent d'un insensé ; ou bien l'évéque n'est pas fou et dans ce cas, s'il n'est pas fou, ce qu'il

fait, c'est une grande leçon donnée au point de vue de la moralité publique, car il inflige à ses anciens alliés une flétrissure méritée en dévoilant leur rôle. Il était sincère, honnête, dévoué, généreux ; on l'a délaissé à un moment donné, quand on ne pouvait plus l'utiliser au profit du parti catholique. Il dénonce cette conduite ; c'est son droit. II est bien libre de défendre son honneur contre ses ennemis.

Je comprends parfaitement que la publication de ces documents gène certaines personnes. Mais je ne reconnais pas le droit de venir déclarer que la publication de ces documents serait un acte déloyal.

Car, si réellement pareil acte était déloyal, que dire de certains membres de la droite qui sont venus ici se servir de documents particuliers, de documents maçonniques, qu'ils ont trouvés dans la mortuaire d'un beau-père ou qu'ils se sont procurés on ne sait comment ; documents dont ils ont fait usage dans cette assemblée et dans leur presse? Comment caractériser la publication de documents maçonniques par M. Neut; comment qualifier la production de pièces plus ou moins exactes présentées par M. Woeste, documents qui n'avaient rien d'ofiiciels et n'étaient que des épreuves?

Comment qualifier enfin cette publication dans la presse cléricale, dans le Courrier de Bruxelles, de certains projets, de certaines études à l'état d'épreuves, n'ayant jamais paru, n'ayant par

conséquent pas encore reçu l'approbation de leur auteur, mais qu'on livrait par anticipation à la publicité? Quand on a cela dans son passé, on n*est pas dans le droit de se plaindre de ce qui arrive plus tard.

M. \7o6ste. — Je demande la parole pour un fait personnel.

M. Berge. — L'honorable M. Van Wambeke disait un jour : Chacun son tour, ce n'est pas trop ! Eh bien, oui, chacun son tour, et maintenant on publie les documents des évoques comme vous avez publié les documents de la firanc-maçonnerie.

M. Thonissen. — Ce nest pas M. Van Wambeke qui a dit cela.

M. Berge. — Si ce n'est pas M. Van Wambeke, c'est un autre député d'Alost : M. Liénart ; le mot vient toujours d'AIost. (On rit à gauche.)

Le clergé s'était insurgé. 11 avait essayé, k la suite de la présentation du projet de 1879, de soulever le pays. Le gouvernement a répondu par un acte d'énergie et il a droit à des félicitations.

Si le clergé avait, au contraire, pris une attitude plus modeste, les relations avec Rome auraient peut-être continué. Gela eût été ficheux; car c'était une situation contraire aux principes, contraire k l'esprit de la révolution de 4830.

On cherche à justifier l'attitude hostile des cléricaux contre la loi de 1879 en nous disant que les libéraux, de leur côlé, ont été hostiles à la loi de 1842.

D'accord; le parti libéral a combattu la loi de 1842; mais estce par les mêmes moyens? Pas le moins du monde. Au point de vue politique, la loi de 1842 a été combattue au sein des assemblées électorales, au sein des Chambres, dans la presse, partout. Oui, la loi de 1842 a été combattue et votre droit est de combattre la loi de 1879 de la même manière. Ce droit est absolu indéniable. Mais les libéraux, occupant des fonctions publiques,

qu ont-ils fait? N'ont-ils pas appliqué loyalement la loi de 1842, malgré toutes les répugnances qu'ils avaient de l'appliquer? Se sont-ils insurgés contre la loi? Jamais; on peut citer les hommes appartenant à l'opinion libérale la plus accentuée qui, lorsqu'ils siégeaient au scindes conseils communaux, lorsqu'ils étaient écbevins de l'instruction publique, appliquaient la loi de 1842 d'une manière correcte et loyale. Ils en demandaient au debors, dans des assemblées publiques, l'abrogation, mais lorsqu'ils étaient administrateurs, ils se souvenaient de leur devoir et ils savaient l'accomplir jusqu'au bout. (Très bien, à gauche.)

Depuis un certain temps, on s'aperçoit qu'il y a une certaine détente dans l'opposition à la loi.

C'est que le parti clérical cède lui-même devant l'impopularité de son opposition. Il nous avait prédit, lors de la loi de 1879, que le pays allait se soulever; on avait étalé devant nous des monceaux de pétitions et on nous promettait qu'un nouveau Pierre l'Ermite allait soulever une croisade nouvelle.

Cet appel au pays est resté absolument sans écho.

On a essayé d'excommunier les populations, et cette excommunication n'a produit aucun résultat.

Aujourd'hui, Thonorable M. Woeste vient même nous déclarer qu'on peut obtenir l'absolution, bien qu'on envoie ses enfants à l'école communale, bien qu'on appartienne à l'enseignement officiel. {Rires à gauche.)

Tout ce qu'on avait dit ne subsiste donc plus?

La réalité, c'est qu'on a deux poids et deux mesures; c'est que, lorsqu'on est en présence de quelqu'un qui est assez riche pour payer les sacrements, on les lui accorde. {Protestatious à droite. — Oui! oui! à gauche.)

Lorsqu'on est vis-à-vis de quelqu'un qui peut se défendre, on lui accorde encore l'absolution ; mais le pauvre, mais le malheureux qu'on peut intimider, ah! à celui-là on la lui refuse; on use

de ces moyens de pression et d'intimidation ; c'est une des armes dont on se sert vis-à-vis des populations pauvres.

Mais quand le clergé sent le danger de s'en servir contre certaines personnes, il s'abstient prudemment de le faire. {Approbation à gauche.)

On nous a parlé du désintéressement extraordinaire du clergé. Essayez de réduire les indemnités accordées aux membres du clergé, nous dit-on, il restera inébranlable comme un roc; il ne se laissera pas intimider.

Et cependant, le clergé a singulièrement baissé le ton depuis quon a retiré l'ambassadeur. pi;ès la cour du pape.

il voit qu'il a vis-à-vis de lui un gouvernement qui est bien décidé à faire respecter l'autorité civile. Il ne lui en a pas fallu davantage pour comprendre. 11 est assez singulier de venir nous parler du désintéressement du clergé, lorsque, au contraire, nous voyons le but intéressé qu'il poursuit partout. En 1849, quand il s'est agi de diminuer le traitement de l'archevêque de Matines, traitement de 30,000 francs, pour le réduire à 21,000 francs, la papauté est intervenue d'une façon active; elle se lamentait sur cette diminution de traitement, alors qu'eu définitive, une question de dignité nationale était encore en cause, puisqu'il était impossible d'accorder plus de traitement à un fonctionnaire de TEglise qu'à un ministre d'Etat. Laissons donc de côté ce prétendu désintéressement du clergé.

En réalité, le clergé n'est jamais satisfait, et [s'il est mécontent de la loi de 1879, il n'a fait que répéter ce qu'il avait déjà dit en 1850.

A cette époque, le dépôt du projet de loi sur l'enseignement moyen était dénoncé par lui comme une déclaration de guerre que l'on faisait à la religion; c'étaient des lamentations à n'en pas finir et toutes les exagérations de langage du clergé en 1879 et en 1880 ne dépassent pas en réalité ce qu'il disait en 1850 et

même eo 1842; car cette loi de 1842, pour laquelle on verse aujourd'hui des larmes de crocodile, cette loi de 1842 qui semblait faire tout le bonheur de l'opinion cléricale, vous savez fort bien qu'elle a été combattue par les caiholiques imbus des bons pnncipes du SyUabus. Ils ne voulaient pas de la loi de 1842 et pourquoi? Parce qu'elle n'allait pas assez loin dans le sens de la réaction, parce qu'elle ne permettait pas aux évéques, au clergé de nommer lui-môme les professeurs.

Cette prétention des évéques a fait lobjet d'une circulaire du 26 janvier 1843. Comme on n'en a pas tenu compte,^ est-ce que celte prétention ne s'est pas reproduite par la lettre du 28 décembre 1844 adressée au Roi lui-même? Vous le voyez donc : la loi de 1842 ne lui donnait pas satisfaction, même sous un ministère Nothomb; il se lamentait alors; il s*est plaint en 18S0; il s'est plaint en 1879, et il y aura encore des plaintes dans l'avenir.

En 1845, la difficulté de traiter avec le clergé était mise eo évidence par un homme qui appairtenait ouvertement à l'opinion cléricale. M. Dechamps lui-même a déclaré qu*^ l'intérieur les principales difficultés que rencontrait le gouvernement venaient de ses relations avec le clergé et avec les évéques. Or, si ces relations sont déjà si difficiles sous un ministère catholique, ne doivent-elles pas être absolument insupportables lorsque c'est un ministère libéral qui est au pouvoir? Et l'on comprend que le gouvernement agit sagement en cherchant à rompre ces relations qui constituent un embarras et sont une cause de désagréments même pour des catholiques comme M. Dechamps. Au surplus, le sentiment du pays a prouvé.que le gouvernement avait bien fait.

On a revisé la loi de 1842; les élections générales ont eu lieu ; et qu'ont répondu les électeurs? Us ont renvoyé ici une majorité plus forte que celle qui avait voté la loi. Le corps électoral a été appelé à se prononcer dans différents arrondissements, à Ath, à Soignies, à Thuin, àWaremme, à Gand, en dernier lieu; et qu'a-

t-il fait? Est-ce que, saisi d*un monvement d'indignation, il a envoyé, dans cette enceinte, pour remplacer des libéraux décédés, des représentants de Topinion cléricale, ultraroontaine, pour venir demander le retrait de la loi scolaire?

Nullement! partout où il y a lutte, les libéraux ont vaincu ; ailleurs, comme à Gand, les catholiques ont même reculé, ils n ont pas affronté le scrutin, certains d'avance que Tarrondissement gantois répondrait par son vote qu'il approuvait la loi de 1879; que le gouvernement avait eu raison de la présenter.

En parlant tout à l'heure des élections de juin 1878, on a prétendu qu'on avait retardé à dessein la rupture des relations avec le Vatican. Mais les élections ont eu lieu après le vote de la loi de 1879.

L'électeur qui votait savait parfaitement à quoi s*en tenir sur la portée de son vote. Or, Fimportance de la loi scolaire est bien autrement grande, et bien autrement une question à la portée des populations et du corps électoral que l'existence ou la non-existence d'un ambassadeur auprès du Vatican. D'autant plus que ces populations, si elles ont étudié un peu l'histoire politique, savent que, pendant un grand nombre d'années et sous des ministères cléricaux, cet ambassadeur n existait pas et que si, on a pu s'en passer si longtemps quand le pape était roi, à plus forte raison peut-on s'en passer aujourd'hui que le pape n'est plus rien du tout. (HUarité à gauche.)

Vous en arriverez à accepter la loi de 1879 comme vous avez bien dû accepter la loi de 1850, que vous n'avez pas revisée lors de votre passage aux affaires. On enverra des instructions secrètes au clergé atin de lui conseiller d'être conciliant et vous verrez le clergé se transformer complètement; il deviendra doux comme un agneau, afin peut-être de se ménager plus facilement l'entrée dans la bergerie. On acceptera l\ loi de 1879, cette loi de malheur, faute d'autre chose, vu les malheurs du temps. On

cherchera seulement à contrecarrer 1 application de la loi, quand on le pourra sans danger. On Taccepterâ, au contraire, là oii la lutte n'est pas possible. Ou aura ainsi un double jeu qui commence déjà, mais nous aurons soin de veiller pour éviter toute surprise.

Vous avez déclaré avec beaucoup d'emphase, croyant beaucoup nous gêner, que le gouvernement était aujourd'hui l'esclave du radicalisme. Non ! Il n'est véritablement que l'esclave du devoir et il est le serviteur des principes qu'il défend.

Est-ce bien à vous qu'il appartient d'adresser de pareils reproches d'esclavage alors que l'on sait combien vous êtes les élus des évéques, combien vous êtes leurs sei-viteurs, combien les documents établissent l'alliance étroite qui existe entre les représentants de la nation et les évéques !

L'on sait que les évéques vous tracent la voie à suivre, comment ils indiquent quelle doit être la ligne politique dont il convient de ne pas vous écarter.

M. Bouvier. — Le plan !

M. Berge. — Et lorsque certains d'entre vous arrivent à s'éloigner un jour de la route qui a été tracée, on voit l'intervention immédiate des évéques se permettant alors d'exprimer leur opinion dans les termes qui ne sont pas toujours agréables pour ceux qui sont l'objet de ces gronderies. {Hilatilé à gauche.)

Ah! je le sais bien, en venant représenter le gouvernement comme étant l'esclave devant obéir au parti radical, on cherche à semer la désunion dans nos rangs. C'est cette union qui vous gêne et vous seriez heureux de refaire la situation de 4870.

En effet, lors des luttes électorales, vous commencez déjà le jeu, vous oubliez déjà la loi de 1879, comme vous oublierez demain la question du Vatican pour ne plus vous souvenir que des questions d'intérêts matériels. On ne parle déjà plus que d'expropriations, de subsides accordés, de tracés de chemins de fer.

toutes questions entièrement étrangères aux « intérêts moraux et religieux » qui intéressent si vivement Thonorable M. Woeste; ce sont les questions matérielles qui feront Tobjet de votre programme de combat; ce sont elles qui serviront à faire les élections prochaines. Vous essayerez de diviser Topinion libérale, non pas en déployant franchement votre drapeau» vous ne le déploierez pas, vous avez déjà commencé à le mettre en poche ; ce drapeau sera caché soigneusement. Vous pourrez conspirer dans Tombre, mais, en réalité, vous n*oserez pas proclamer vos principes parce que vous savez que le pays ne les accepterait pas.

Vous espérez semer la division parmi nous ! Vain espoir ! Vous n y réussirez pas !

Dans la lutte qui va se poursuivre, la victoire flnale sera de notre côté ; elle y sera parce que nous marchons loyalement, honnêtement au combat; parce que nous ne -cherchons pas à dissimuler quelles sont nos tendances, parce que nous appliquons avec sincérité les principes qui ont été défendus par nous dans cette assemblée.

La victoire finale nous appartiendra parce que nous combattrons Terreur et les préjugés et la servitude de la pensée.

La victoire finale nous appartiendra enfin, parce que nous avons pour nous la justice et la vérité et parce que c*est dans nos rangs qu'on trouve les véritables défenseurs de la liberté; non pas de cette liberté apparente, mais bien de la liberté réelle; non pas de cette liberté dans les mots, mais de cette liberté qui doit assurer le respect des droits imprescriptibles de la conscience humaine. (Applaudissements à gauche.)

M. Woeste (fait personnel). — L'honorable préopinant, re'produisant une assertion que j*ai déjà eu l'occasion de relever, vient d'insinuer que j'aurais trouvé dans la mortuaire de mon beaupère certains documents maçonniques et que je les aurais publiés.

J*affirme de nouveau que je n'ai trouvé dans la mortuaire de

mon beau-père aucun document maçonnique et que je n'en ai publié aucun. Je mets donc l'honorable membre au défi de justifier son insinuation. J'ajoute que si j'avais trouvé dans la mortuaire de mon beau-père des documents secrets, je ne me serais pas permis de les publier.

M. Berge — Je n'ai pas mis M. Woeste en cause. J'ignore s'il a trouvé des documents maçonniques dans la mortuaire de sou beau-père. Ce qui est certain, c'est qu'il a produit ici des documents maçonniques qu'il n'a pu se procurer qu'à une source pe%JL correcte, car ces documents étaient confidentiels.

M. Woeste. — Dans la discussion électorale du mois de no vembre 1876, j'ai lu certains documents maçonniques qui avaiei été publiés par tous les journaux en 186S ou en 1863 et qi étaient depuis lors tombés dans le domaine public.

Autre chose est de publier des documents confidentiels ; auti chose est de faire usage de documents tombés dans le domaii public. C'étaient, au surplus, des circulaires adressées à toute^^ les loges maçonniques, et qui ne présentaient donc rien de con^ mun avec des lettres confidentielles.

— L'incident est clos.

M. de Moreau d'Andoy. — L'honorable M. Berge a fait un résumé, une analyse de l'introduction publiée récemment par l'honorable M. Frère, dans laquelle il prétend retracer nos relations historiques avec le Vatican depuis 1830.

Celte histoire peut avoir un côté assez intéressant; il serait peut-être curieux de l'examiner dans cette enceinte et d'en fieiire l'objet d'un débat spécial. Mais cela ne me semble pas être en situation aujourd'hui, et ce n'est pas la question qui nous préoccupe.

L'honorable ministre a-t-il bien fait de supprimer actuellement, pour les motifs qu'il donne, la légation auprès du saint-siége? Les accusations qu'il lance contre Iq Vatican sont-elles justes,

soDt-elles vraies? N'est-ce pas lui, au contraire, contre qui on pourrait retourner les accusations qu'il adresse si bénévolement il la curie romaine?

Là est le fond du débat, là est la question que Thonorable M. Berge a eu soin de ne pas aborder.

Il y a, dans le discours de M. Berge, certains passages de haute fantaisie qu'il importe de relever immédiatement.

L'honorable membre disait que dans des réunions de cercles catholiques, on a examiné le point de savoir s'il n'était pas opportun de changer la Constitution ; il disait même qu'il y aurait eu coalition en vue de modifier notre charte fondamentale.

J'ai l'honneur de faire partie des cercles catholiques; j'ai l'honpeur de voir souvent des membres de ces assemblées, et je dois dire que cette question n'a jamais été soumise à leur examen. Dans les cercles catholiques, au contraire, on a toujours trouvé dévouement à notre charte fondamentale et toujours on a exprimé le désir de la conserver telle que nous l'ont léguée nos constituants.

M. Berge. — Et le mariage civil?

M. de Moreau d'Andoy. — Ce ne sont pas les cercles catholiques qui se sont occupés de cette question, mais quelques individualités.

M. Bara, Minisire de la Juslice. — Et le banquet de Gand? Et la réunion des cercles à Namur?

M. de Moreau d'Andoy. — Jamais les cercles catholiques ne se sont montrés hostiles à la Constitution, bien au contraire, et je défie l'honorable Ministre de citer un mot prononcé dans nos réunions de Namur qui puisse prouver son assertion.

M. Bara, Minisire de la Juslice. — C'était la réunion des cercles catholiques. {Bruil à droile.)

M. de Moreau d*Andoy. — L*honorable préopinant a fait un reproche au clergé de ne pas avoir assisté aux fôtes de 1880.

Mais si le clergé n y a pas assisté, cest certaiDement que cela ne lui était pas possible, c*est que le gouvernement a fiait tout ce qu* il a pu pour qu il n'y assistât point.

Ce n'est qu'à contre-cœur qu'il a dû renoncer à célébrer avec nous l'union de 1830. {Rires à gauche.)

Mais comment le clergé aurait-il pu assister à cette fête, lorsque la veille du jour où on la célébrait, le gouvernement rompait avec le Vatican et décapitait en quelque sorte la hiérarchie ecclésiastique en supprimant la légation?

L'honorable Ministre, d'ailleurs, ne rendait-il pas la présence du clergé absolument impossible lorsqu'il disait, le 15 juillet 1879 : « Une hostilité ouverte dirigée contre toutes les écoles établirait un tel antagonisme entre le pouvoir civil et le clergé, que la participation de ce dernier aux fêles serait pour ainsi dire impossible. »

Voilà l'avis du chef du cabinet. Et vous voulez, après cela, que le clergé fête à côté de nos ministres cinquante années d'indépendance et de prospérité dont il peut remercier Dieu dans ses temples?

L'honorable M. Berge a encore fait un aveu qui établit d'une manière certaine que le clergé ne pouvait assister aux fêtes.

La suppression de la légation avait pour but, dit-il, d'ouvrir les yeux au clergé, afin qu'il sache qu'il se trouve en présence d'un gouvernement prêt à le contraindre de courber l'échiné devant la loi de malheur. L'honorable membre avait l'air d'insinuer que le gouvernement était en présence du clergé pour l'opprimer et pour le combattre. Et après cela, en donnant à la rupture avec le saint-siége la signification que lui donne l'honorable membre, comment donc le clergé pouvait-il assister à nos fêtes de 1880?

L'honorable membre disait aussi : Mais la rupture était indiquée. La rupture, tout le monde savait qu'elle devait se faire. La rupture était une nécessité.

J'en conviens, dès son arrivée aux affaires, en 1878, Thonorable chef du cabinet déclarait ne pouvoir continuer nos relations diplomatiques avec le Vatican. Cette menace, cependant, il ne la mettait pas immédiatement en exécution. Pourquoi ne le faisaitil pas, puisque cette rupture était nécessaire, puisqu'elle était indiquée, puisqu'elle était le résultat des principes libéraux? D'après moi, en voici le motif.

Pour l'honorable ministre, la rupture comme conséquence immédiate, nécessaire, des principes libéraux ne suffisait pas à sa politique.

Il fallait n'arrêter cette mesure, résolue depuis longtemps, qu'après avoir essayé par de savantes manœuvres, oii se complatt si bien Tesprit délié de notre premier Ministre, de se servir de la papauté contre nous, quitte, si elle s'y refusait, à l'accuser de fourberie et de duplicité.

La question constitutionnelle en fournit tout naturellement une première occasion. C'était une bonne aubaine. N'était-il pas possible de rencontrer dans quelques appréciations de Léon XIII sur notre charte fondamentale un prétexte de le déclarer l'ennemi de nos institutions et de donner une forme rajeunie à cette vieille accusation que l'on ne peut être à la fois bon catholique et citoyen belge? Les réponses si nettes, si fermes, si satisfaisantes du pape sur ce sujet déjouèrent le plan de M. Frère-Orban. Comment, après s'être modestement intitulé le défenseur de la société moderne, rompre avec un pape qui veut l'observation loyale de notre pacte constitutionnel et ne voit aucune raison pour en demander le changement ?

Cette occasion perdue, il devait en surgir bientôt une autre. Pour des œuvres semblables on n'est jamais à court de moyens.

Les catholiques blessés dans leurs consciences, frustrés dans leurs droits constitutionnels par un projet de loi scolaire, dont les origines et le but ne se révélaient que trop, tentèrent de loua-

bles efforts pour en préserver le pays, et, la faute consommée, ils n'épargnèrent rien pour en atténuer les funestes effets.

Dans cette lutte, le clergé fut à la hauteur de sa mission. Ne pourrait-on pas obtenir de la mansuétude de Léon XIII, si respectueux pour Tautorité civile, si désireux de maintenir ses relations avec la Belgique, ne fût-ce quune apparence de blftme contre Tépiscopat, lancé, pour la conservation de la foi, dans une lutte ardente qui toujours ne mesure pas ses coups? Ainsi Ton jetterait la désunion dans le parti catholique, au moment où il a le plus besoin d*étre uni. Ce plan était habilement conçu, j*en conviens.

D'une part, une loi nouvelle, difficile à saisir pour ceux, — ils sont nombreux, — qui sont peu accoutumés au langage légis latif ; l'affirmation mille fois répétée par les mille voix de la pu blicité libérale qu'il n'y a rien de changé, la loi elle-même momen tanément violée par le gouvernement, pour dissimuler à no populations son caractère irréligieux et les mieux séduire.

D'autre part, des sévérités ecclésiastiques inconnues jusqu'ici en Belgique, des interprétations parfois erronées et contradictoires de principes justes; conséquence inhérente à une situatioi^ nouvelle que rien ne préparait, l'incertitude, le trouble jeté dans tant de consciences placées entre leur intérêt et leurs devoirs religieux, tout contribuait à donner plus de retentissement et d'effet à la nouvelle d'un désaccord quelconque entre la papauté et l'épiscopat. Que tel ait été le plan de l'honorable Ministre, il serait superflu de l'établir, on en trouve la preuve dans presque chacune de ses lettres.

Enfin, arrive la fameuse dépêche du 5 octobre, il se croit en possession du but désiré, il s'en va répétant partout cupy;xa, j'ai trouvé : les termes sont peu précis, les expressions peu claires, ce n'est là qu'un résumé sommaire d'une longue conversation ; qu'importe! à défaut d'un blâme en due forme, on a des mots

équivoques, des lambeaux de phrases que Thabileté saura adroitement grouper et sur lesquels on pourra échafauder tout un système de prétendu désaccord, et M. Frère de triompher. Dès le 17 octobre, peu de jours après la réception de la dépêche susdite, il écrit à Rome pour prendre acte des déclarations qu'il prétend y trouver, pour bien noier ce que nous contredirons tout à rheure, qu'elles ne font que reproduire celles qui se trouvent dé']k inscrites dans les pièces précédentes et pour affirmer que la publication de la correspondance diplomatique confondra ces journaux catholiques qui affirment, comme une vérité, que le saintpère a vivement approuvé l'attitude énergique prise par Tépiscopat contre la loi de malheur.

Voilà donc Fhonorable ministre en possession de ce qu*il cherche depuis plus d'un an ; il affirme que l'échange de vues a abouti, il a trouvé assez de mots équivoques, assez de propos interrompus pour donner quelque vraisemblance h la nouvelle d'un désaccord entre l'épiscopat et la papauté, et pour jeter, entre les affirmations mensongères de ceux qui soutiennent que rien n'est changé et les sévérités nécessaires du clergé, un nouvel élément de trouble, d'incertitude et de scandale.

Il a tout un discours prêt pour exalter son triomphe et chnnter ses louanges. La presse libérale fait déjà pressentir quel coup de massue il va asséner sur la tète de l'épiscopat; rien ne manque à la mise en scène, tout est avec soin préparé, quand arrive la dépêche du 11 novembre qui, sans détour, sans phrase, loyalement vient renverser tout l'échafaudage dressé par M. Frère. Pompée ne vit pas avec plus d'émotion ses plans déjoués à Pharsale, mais ce que ne put faire Pompée, M. Frère le fit; Pompée ne pouvait supprimer les légions de César, M. Frère pouvait supprimer la lettre du cardinal Nina, et c'est ce qu'il fit.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Moi ?

M. de Moreau d'Andoy. — On ne voit pas s'évanouir d'un

coup, au moment où elles sont prêtes à se réaliser, des espérances caressées depuis longtemps, sans tenter un suprême effort; la dépêche du 11 novembre compromet tout! Qu'elle disparaisse. D*autant plus que son auteur n*a pas pour la soutenir les légions de César! Ce qui ne veut pas dire que je voudrais qu'il eût 500,000 hommes pour venir faire la guerre à la Belgique. {Rires à droite.)

M. Bouvier. — 11 ne manquerait plus que cela !

M. de Moreau d'Andoy. — Tout ce qui s*e$t fiait autour des dépêches du 5 octobre et du 11 novembre montre encore surabondamment que M. Frère recherchait par l'échange de vues un mot de blâme du pape à l'adresse de l'épiscopat et des catholiques . belges. Peut-être, la curie romaine, trop confiante dans les paroles de notre premier Ministre, n'a-t-elle pas aperçu assez tôt ce que l'on espérait d'elle?

Pouvait-elle, du reste, supposer que M. Frère, après avoir maintes fois constaté l'accord de la papauté et de l'épiscopat sur la doctrine, pût se prévaloir de certains dissentiments de détails qui, dès lors, ne pouvaient présenter ni valeur ni consistance?

A vrai dire, le saint-siége a pu être dérouté. L'honorable M Frère a une manière qui lui est propre d'entendre le mot doctrine. Il le définit dans sa communication du 28 juin 1880; je cite littéralement : « Ce que j*ai admis, écrit-il, c'est que le pape, comme chef de TEglise, devait être d'accord avec l'épiscopat au point de vue doctrinal, c'est-à-dire : préférer les écoles confessionnelles catholiques à des écoles laïques ou neutres ! »

Que la morale indépendante du gouvernement puisse se définir une préférence, je le comprends, mais qu'une doctrine soit une préférence, c'est là ce qui dépasse toute imagination. Ce qui pour d'autres est l'ensemble des principes incontestables sur lequel repose soit un système, soit une croyance, pour M. Frère, n'est qu'un ensemble de préférences. On conviendra que le saint-

siège ne devait point s attendre à cette nouvelle philosophie. Nous avions la morale indépendante, nous aurons la doctrine des préférences.

Voilà avec quoi Ton formera des générations fortes, morales et intelligentes !

L'honorable Ministre a dû se trouver bien enserré pour essayer de se sauver par une semblable tangente. Et en fait, il Tétait. Je le disais tout à l'heure, avant cette définition singulière que je viens de rappeler et qui date du 28 juin, le saint-siége pouvait ne pas pressentir que ce que l'on attendait de lui c'était le désaveu de l'épiscopat, puisque M. Frère avait, en plusieurs circonstances solennelles, reconnu l'accord de Rome et des prélats belges sur la doctrine. Evidemment, si l'on est d'accord pour reconnaître que (V la loi nouvelle est absolument condamnable comme exposant par elle-même la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs », il faut bien admettre les conclusions que les évéques en ont tirées, à savoir : « qu'il ne peut ni ne pourra jamais être permis à aucun catholique de coopérer formellement à l'exécution de cette loi et que, par suite, tous ceux qui persistent à le faire se rendent par là même incapables de participer aux bénéfices de la vie catholique, spécialement en ce qui concerne le sacrement de la pénitence. »

La question est donc de savoir si l'accord existe entre l'épiscopat et la papauté sur la doctrine telle que je viens de la formuler? Cet accord existe, M. Frère le reconnaît lui-même dans sa dépêche du 18 mai. Voici comment il s'exprime : <^ Le cardinal nous dit qu'au point de vue de la doctrine catholique la nouvelle loi est absolument condamnable, comme exposant par ellemême la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs. »

« Cette déclaration sur l'uniformité des principes théologiques qui guident en cette matière le pape et les évêques n'a rien d'imprévu; elle se retrouve, quoiqu'on d'autres termes, dans

maintes communicatioDs antérieures du saint-siége; le gouvernement belge ne Ta jamais contestée, au contraire, il Ta publiquement reconnue au Parlement comme dans sa correspondance. »

Rien de plus net, le chef du cabinet Tavoue ; Taccord existait sur ce point entre la papauté et Tépiscopat, ei il n'a jamais cessé d'exister. Pour Tépiscopat comme pour la papauté, la loi nouvelle est absolument condamnable comme exposant par elle-même la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs. Dès lors, si la foi de lenfant esl mise en péril, Técole peut-elle ne pas être condamnée? Si le système scolaire ne garantit pas suffisamment Téducation religieuse de Tenfant, Técole peut-elle ne pas être prohibée?

Ni M. Frère, quelque puissant qu'il soit, ni le pape lui-même ne peuvent rien changer à ce principe, c'est la loi morale naturelle et chrétienne. Et il est étrange d'entendre M. Frère accuser la papauté de changement d'atiitude.de revirement inouï, de céder aux injonctions de l'épiscopat, parce que le principe doctrinal admis, à savoir que la loi est absolument condamnable et qu'elle expose par elle-même la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs, le saint-siége en tire, comme l'épiscopat, la conséquence logique qu'aucun catholique ne peut coopérer à l'exécution de cette loi et qu en persi$tant à le faire il se rend incapable de participer aux avantages des sacrements. Cette conclusion sort du principe comme l'effet immédiat de la cause, et un esprit aussi judicieux que celui de M. Frère ne peut nier que ce soit là la conséquence impérieuse du principe qu'il reconnaît commun à l'épiscopat et à la papauté.

Rien donc déplus précis, sous ce rapport, que le passage cité de la dépêche du 18 mai; l'accord doctrinal y est affirmé et bien spécialisé. Que cet aveu ait gêné M. Frère, je le comprends ; aussi, dans sa lettre du 28 juin s'eilorce-t-il de donner le change : « Jamais, dit-il, je n'ai pu avoir Tidée d'admettre que la loi du 1*' juil-

let sur rinstructioD primaire fût dans son principe immorale et impie. » Personne ne songe à vous attribuer cette pensée, pas même le cardinal Nina, et vous ne lui attribuez cette intention que pour foire dévier le débat. Vous continuez : « Ce thème était celui de fépiscopat. » Sans doute ! Vous ajoutez : « Ce n*était pas même jadis celui du saint-siége. » Ah! vous avez dit le contraire dans votre dépêche du 8 juin, lorsque vous avez reconnu Taccord sur la doctrine. Cela vous gêne? Là, vous étiez dans le vrai ; ici, pour échapper aux rigoureuses déductions du cardinal, qui ne foit que s*appuyer sur vos propres déclarations, vous essayez d'échapper par la tangente, et vous définissez la doctrine : une préférence !

L'honorable ministre n'est pas plus heureux quand il en vient à préciser Tobjet du dissentiment entre le saint-siége et Tépiscopat. D'après lui, Léon XIII ne voulait pas la proscription en masse des écoles établies sous le régime de la loi du 1"'' juillet; il n'admettait donc point les dispositions prises par le haut clergé dans les lettres pastorales du 12 juin et dans les instructions du i^ septembre.

Que M. Frère ait suggéré au saint-père l'idée de ne condamner qu'isolément les écoles et de ne frapper que celles où la foi et les naœurs seraient en danger, il Faf&rme, nous sommes heureux de le croire; mais que le saint-père ait adopté son idée et qu'il ait cherché à Timposer à l'épiscopat belge, plutôt que tout autre, c'est ce que nous mettons sérieusement en doute. Je ne nie pas que Léon XIII ait foit soumettre cette solution à Texamen des prélats du royaume et qu'il leur ait communiqué tous les motifs qui pouvaient militer en foveur de son adoption ; je sais que, si elle eût été possible, il se fût réjoui de satisfaire au désir de notre gouvernement.

Mais cette solution n'était ni logique ni pratique, comme je

rétablirai tout à Theure. Disons d'abord que TEgiise n'est pas une monarchie absolue, c'est une monarchie tempérée, les évéques ne sont pas des préfets ou des gouverneurs auxquels on impose, selon l'usage libéral de M. Rolin et de ses amis les républicains de France, des ordres tout faits et des formules iie varietur. Le saint-siége n'a cessé de le dire.

« Les évéques, fait il écrire le 17 mars par M. Reusens, les évéques sont indépendants, ce n'est que dans des cas exceptionnels et dans les circonstances les plus gi^ves, que le pape leur adresse des observations, j'en conviens. » Je n'ignore pas que les arguments de M. Frère, commentés par M. Reusens, sont si convaincants, si entraînants, si irrésistibles, comme le lui dit notre chargé d'aflaires, que le saint-siége consent à intervenir, non pas pour désapprouver, pour blâmer, pas même pour adresser des observations, mais uniquement pour calmer les esprits et inspirer des sentiments de modération. C'est une concession, mais il ne s'agit pas là de conseiller une solution.

La dépêche du 30 avril reproduit la même pensée : « Quant à la conduite que tiendra le clergé après le vote de la loi, c'est, a dit le cardinal au baron d'Anethan, une question dont la solution appartient aux évéques. » Et, le 7 mai, il le répète encore : « La décision à prendre, après le vote de la loi sur l'enseignement primaire dépend des évéques. » Le 27 juillet, poussé par M. Frère, qui voudrait que le pape flt plus, il répond :« U me semble d'ailleurs qu'il existe des illusions au sujet de la situation des évéques; on se figure à tort que le saint- père les considère comme de simples fonctionnaires. Les saintes traditions de l'Eglise l'obligent lui-mcme h de grands ménagements, qui honorent aussi bien celui qui les observe que ceux qui en sont l'objet.

Il n'y a donc pas à se faire illusion, le pape laissera décider les évêquej^ Il n'a cessé de le dire. Nous sommes d'accord sur les principes, dès lors la solution de la question d'application et

d^opportunité appartient au corps épiscopal qui, de droit divin, a lautorité sur la partie du troupeau confiée à ses soins et est seul responsable de ses actes devant Dieu. Sans doute le saintsiège veut une décision mûrement réfléchie; pour Tobtenir, peutêtre feit-il valoir devant les prélats belges les arguments fournis par M. Frère.

Je veux bien l'admettre, mais jamais il n'impose sa volonté, jamais il ne conseille une solution comme la meilleure, c'est à ceux qui vivent dans notre milieu social, religieux et politique et peuvent le mieux connaître l'esprit de nos lois, en apprécier les tendances, en prévoir le résultat, que TEglise laisse le soin d'appliquer les principes et d'en tirer les conséquences; la papauté n'intervient que dans des cas exceptionnels et dans les circonstances les plus graves, lorsque la doctrine ou les mœurs sont compromises.

L'action de la papauté était donc nécessairement bornée, mais ne l'eùt-elle pas été, que le système de ne condamner que les écoles ob l'on a constaté en fait un péril pour la foi et les mœurs n'eût pas prévalu quand même.

On l'a examiné, on devait l'examiner. Ce système avait le ton d'abord d'être illogique, parce que l'école neutre, organisée par la loi, est, d'après la doctrine de TEglise et le simple bon sens, un danger permanent pour la jeunesse qui la fréquente. Ensuite il était d'une réalisation impossible. Commetit l'autorité ecclésiastique serait-elle informée des tendances impies de telle ou telle école, tandis qu'elle n'a pas le droit d'y mettre le pied? A qui se fier pour ces dénonciations souvent entachées de partialité et d'exagération? Quel caractère vexatoire ne vont pas dès lors revêtir ces décisions ecclésiastiques prises nominativement contre telle école et tel instituteur, alors que l'école voisine et l'instituteur qui la dessert sont, à l'insu du clergé, plus détestables encore? En principe comme en fait, cette solution eût été III. iTi

une faute que la papauté n*eût pas plus commise que Tépiscopat. Cette solution avait les sympathies de M. Frère, nous n'en sommes pas surpris.

En eifet, de deux choses lune, ou le clergé se fût évertué à surveiller sérieusement les écoles et il eût rencontré d*inextricablés difficultés et soulevé d'implacables haines, ou, en face des impossibilités pratiques, il se serait découragé, laissant Timpiété et Terreur régner en maîtresses dans nos écoles; Tune et Tautre de ces hypothèses ne servait pas mal la politique de ceux qui ont inventé et fait voter cette triste loi scolaire.

Le clergé, ce sera son éternel honneur, a su déjouer ce plan;

a pris, à contre-cœur sans doute, la seule résolution pratique, la seule que commandait la situation créée au pays par une loi scolaire toute faite d'oppression, d'impiété et de haines.

Monsieur le président, avec votre permission, je désire continuer mon discours demain.

M. le président. — La discussion sera continuée demain.

M. le président. — La parole est continuée à M. de Moreau

d'Andoy.

M. de Moreau d'Andoy. — Je le disais hier en terminant : le saint-siége n a pas blâmé Tépiscopat pour avoir, dans la lettre pastorale du 12 juin et dans les instructions du !•' septembre, consacré le système de la condamnation en masse des écoles, de préférence à celui qui consisterait à ne condamner que celles où, en fait, on reconnaît un danger pour la foi et les mœurs. Ce système, disais-je, n'est ni logique, ni pratique.

Examinons maintenant les arguments fournis par l'honorable ministre. Il les puise dans la dépêche du 1*' juillet, écrite tout entière de la main du cardinal Nina et dans celle que lui envoie le baron d'Anethan le 24 juin précédent. 11 prétend y trouver la

preuve qu*à Rome on ne voulait pas de la condamnation en masse des écoles.

Et d*abord, qu'est-ce que Thonorable Ministre entend par condamnation en masse? Evidemment la défense foite par les lettres pastorales aux parents d'envoyer sans nécessité leurs enfants aux écoles officielles, et à tout catholique de concourir par des acles spontanés au maintien de ces écoles. Quelle est la nature de cette défense? Est-elle absolue? Nullement; elle est limitée par des réserves. Voilà ce que Ton ne saurait nier.

Prenons maintenant la dépêche du 1^' juillet. Vous vous en souvenez, M. le cardinal y apprécie la lettre pastorale du 12 juin, qui organise le système de la condamnation en masse.

Après avoir approuvé la partie doctrinale, il ajoute : ce Quant à la partie dispositive de la lettre pastorale du 12 juin 1879. comme elle ne contient pas, pour la fréquentation des écoles officielles, de défense absolue, mais limitée par de sages et prudentes réserves. » C*est bien eela, et oii peut-on voir une contradiction ici entre le saint-siége et l'épiscopat? Le cardinal approuve et la règle générale et l'exception. — « La décision des évéques laisse ouverture, dit-il plus loin, à des accommodements pratiques, chaque fois que l'éducation morale et religieuse de l'enfant n'est pas mise en péril »; d'où M. Frère conclut que si le cardinal déclare que la défense laisse ouverture à des accommodements pratiques chaque fois que l'éducation religieuse et morale de l'enfant n'est pas mise en péril, c'est que cette éducation n'est pas forcément menacée par le principe même de la loi !

Forcément? Non, s'il en était ainsi, aucun tempérament ne saurait être admis; mais depuis quand, je vous prie, est-il permis de conclure de l'existence des exceptions à l'inutilité de la règle générale? De ce qu'il est des cas où les enfants peuvent fréquenter les écoles officielles, vous voulez déduire que pour le cardinal

louies les. écoles sont bonnes et qu'il est Tadversaire de la condamnation en masse. Singulière logique !

Cette importante dépêche du l"*' juillet est une de celles qui condamnent le plus M. Frère et montrent le mieux que l'accord entre Tépiscopat et la papauté ne peut être rompu à propos de la question scolaire.

Celte qui lavait précédée et où M. d*Anethan rend compte de rappréciation du cardinal sur la lettre-mandement du 12 juin, n*est pas plus favorable à la thèse de M. Frère.

A propos de ce document, notre honorable Ministre fait jouer un singulier rôle au secrétaire d*Ëtat de Sa Sainteté. Il aurait lu la lettre des évéques sans y rien comprendre.

Pour lui, nous dit M. Frère, Tinterdit ne parait pas justifié dans le cas présent, et la nouvelle législation scolaire ne lui semble point devoir entraîner ipso facto, par sa nature, l'excommunication de tous ceux qui participent à son exécution; d'où, laisse conclure M. le Ministre par un de ces savants sous-entendus dont il a Tart : Son Eminence Nina n* a rien compris à la lettre pastorale et en blâme quasi à son insu toute la partie dispositive ! Nous nous permettrons seulement de faire observ^er à M. Frère que le cardinal ne dit pas un mot d excommunications. Les excommunications n*out été inventées aue par les libéraux. Quant à l'interdit proprement dit dans le sens technique de ce mot, il n'existe pas davantage.

M. Frère-Orban, Minisire des Affaires étrangères. — Dans le sens théologique.

M. de Moreau d Andoy. — Le secrétaire d*Etat de Sa Sainteté a donc pu dire en toute vérité et en parfaite connaissance de cause (< qu*il fallait tenir compte de ce que les prélats belges n'avaient pas jelé l'interdit sur les écoles officielles, comme bon nombre de catholiques lauraient désiré. » Cette déclaration ne contredit point la lettre pastorale et n'implique point la désappro-

bation de ce que M. Frère appelle la condamnation en masse. Le cardinal a donc parfaitement compris la pièce incriminée, il approuve Tépiscopat d'avoir, par une mesure générale, sujette à exception, laissé ouverture à tous les tempéraments que permettront les circonstances.

Du reste, Messieurs, avant que Fhonorable Ministre ait songé à fiaire sortir de la dépêche du 24 juin ce qui ne s*y trouve certainement pas, voici comment il appréciait lui*méme ce document dans sa lettre du )''' juillet : « Votre dépêche du 24 me rend compte de l'impression que la lecture du mandement collectif a faite sur Son Eminence. Sauf des réserves quant à la forme — et encore très confidentielles — sur ce que l'on nomme les vivacités de certaines expressions, le cardinal estime que quant à la partie dogmatique de ce document, il lui serait impossible d'y trouver rien à redire. »

Ainsi donc ce document du 24 juin 1879, qui devait, le 18 mai 1880, servir de preuve à M. Trëre pour établir un désaccord entre la papauté et l'épiscopat, il le considère, le 1""' juillet 1879, peu de jours après sa réception, comme trop favorable au système adopté par les prélats belges, attendu qu'il ne renferme que quelques réserves, très confidentielles encore, sur la forme. S'il ne renferme que quelques réserves sur la forme, oii donc l'honorable Ministre y trouve-t-il que le saint-siége soit opposé h la condamnation en masse qu'établit et organise le mandement en question, et qui fait le fond même de cette pièce? Puisque le cardinal n'y critique, sotto voce toutefois, que la forme, comment peut-on dire qu'il préconise un système opposé à celui qui y est défendu? C'est le contraire qui est la vérité, et certainement l'honorable M. Frère du 18 mai 1880 avait perdu de vue celui qui écrivait onze mois plus tôt, le 1^' juillet 1879.

J'entends M. Frère me dire : Mais le moyen suggéré par moi a été adopté à Rome, et ce moyen était de ne pas condamner les

écoles en masse. Adopté à Rome? C'est-à-dire que Ton a peut-être promis à Rome de soumettre la solution désirée au jugement de répiscopat, mais on n*a pu ni -Fadmettre ni Timposer. Ne le niez pas, cette solution était si bien, comme le diamant brut, enfermé et caché que vous-même vous ne la connaissiez point, et vous écrivez, le 15 juillet, au cardinal qui venait de vous dire que le moyen suggéré par vous avait obtenu l'approbation du pape ei qu'il ferait l'objet d'instructions aux évéques; vous écrivez au cardinal, dis-je : « Son Eminence ne s'explique pas d'une manière précise sur le caractère de ces instructions. Elle dit bien que les moyens que j ai suggérés... » Les moyens, il y en avait donc plusieurs? décidément, M. Frère manque de mémoire; a ... que les moyens que j'ai suggérés dans le but... », sans doute de ne point frapper les écoles en masse? Nullement; « ... dans le but de diminuer l'intensité de l'opposition que rencontre la loi sur l'instruction primaire... », phrase bien générale en présence d'une promesse si importante et si formelle! « ... ont été approuvés par le pape, et que des instructions sages ont été transmises en Belgique... », afin de revenir sur le principe consacré par le dernier mandement peut-être? Aucunement; «... afin de tempérer dans l'exécution la rigueur des'dispositions du dernier mandement. »

Comment! dans la dépêche du 5 octobre, vous glanez les lambeaux de phrases pour en tirer des déclarations dont vous faites état parce qu'elles sont favorables à votre système, et ici, alors que, selon vous, vous auriez obtenu du pape un blâme de la condamnation en masse, vous n'en prendriez pas acte, vous vous contenteriez de quelques phrases équivoques et générales?

A qui donc le ferez-vous croire? A personne, et c'est heureux pour vous, car ce serait là plus qu'une faute, et je vous épargnerai l'injure de croire que celte faute vous l'ayez commise.

Tout donc concorde à établir qu'il y a eu entre le 8aint*8iége et

répîscopat un échange de vues sur les mesures à prendre pour écarter du peuple catholique les dangers que fait courir à la foi et aux mœurs le nouveau régime scolaire. On a discuté ces diverses mesures et Ton a fini par tomber d*accord sur le mode de leur application générale. Si la dépêche du 5 octobre semble mieux rentrer dans le système d attaque de M. Frère, il faudrait cependant établir, autrement que par des propos interrompus et des phrases détachées, que le cardinal visait, non les faits spéciaux qui lui étaient rapportés, et inexactement rapportés quoi qu*en dise M. Frère, mais bien les instructions du mois de septembre et la conduite générale de Tépiscopat dans la question scolaire. Or, jusqu à présent, cette preuve n'a pas été faite par Fhonorable Ministre.

Hier, Tbonorable M. Berge, pas plus que M. Frère, n*a fourni cette preuve. Il a montré que, d'après la doctrine libérale belge, cette doctrine que nous savons hostile au catholicisme, la légation auprès du Vatican devait être supprimée : mais il n*a pas établi que rbonorable Ministre des Affaires étrangères ait bien fait de prendre cette mesure comme il Ta prise, et quand il Ta prise. Cest là ce qu'il aurait fallu démontrer.

L'honorable Ministre affirme bien, le 17 octobre, que les décla* rations reproduites entre guillemets dans la dépêche du 5 ne contiennent rien qui ne se retrouve dans les déclarations antérieures ou qu'on ne puisse déduire nécessairement de celles-ci, mais il se garde bien d'en fournir la preuve et, en fait, elle n'est pas facile à £aire, cette preuve.

Si Ton rapproche, en effet, la dépêche du 5 octobre, en lui attribuant le sens que lui donne M. Frère, de celles des 24 juin, i*' juillet et 23 septembre précédents, on y trouve d'étranges contradictions. Dans ces dépêches, nous l'avons vu, le saint-siége apprécie la lettre pastorale du 12 juin, suivie, comme corollaire, des instructions du 1" septembre. Y blàrae-t-il Tépiscopatî Y dé-

clare-l-il qu'une autre solution eût été préférable? Nullement. 11 approuve même la partie dispositive et ne concède pas facilement que la forme peut-être laisse à désirer; et Ton voudrait que ce même saint-siége, après avoir applaudi à la doctrine de Tépiscopat, après n'avoir rien trouvé à redire aux dispositions prises en conformité de cette doctrine, ait taxé, le 5 octobre, d'exagération ces mêmes dispositions, qu'il ait fait au haut clergé le reproche' de n'avoir pas suivi ses conseils et de proscrire en masse lès écoles !

Certes si tel était le sens de cette dépèche, on eût pu justement alors accuser la papauté de changement d'attitude, de revirement inouï, maïs vis-à-vis des pièces précédentes, vis-à-vis de la dépêche retirée du 11 novembre, vis-à-vis des déclarations si nettes et si naturelles du cardinal Nina qu'il ne s'était agi dans ces conversations succinctement reproduites que de cas spéciaux d'application, il est certain aujourd'hui que le saint-siége n'a visé aucune lettre pastorale, aucune des dispositions générales prises sous sa responsabilité par répiscopat,et que toujours sa conduite a été logique, loyale et uniforme.

Comment, du reste, en adoptant l'interprétation de l'honorable M. Frère, le saint-siége aurait-il pu dire, dans cette même dépêche du 5 octobre, que les évêques avaient agi dans les limites de leur droit strict?

S'ils ont agi dans les limites de leur droit strict, c'est-à-dire si les principes ont été respectés et si de ces principes ils n'ont pas fait sortir des conséquences erronées (et leur droit strict ne peut être autre chose), qui est-ce qui autorisait le saint-siége à les blâmer, et aurait-il pu commettre, même par condescendance pour le pouvoir civil, la faute de les désapprouver pour des actes collectifs dont la partie doctrinale, comme la partie dispositive, était irréprochable? Donc l'interprétation donnée par l'honorable M. Frère à la dépêche du 5 octobre est erronée et en contrâdic-

lion avec les déclarations antérieures du saint-siége, quoi qu*en puisse dire l'honorable Ministre dans sa lettre du 17 octobre.

M. Vrére-Orhosï^ Ministre des Affaires étrangères, — La dépêche du 17 a été lue à M. le cardinal Nina.

M. de Moreau dAndoy. — Parfaitement.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Elle n'a soulevé aucune réclamation de la part de M. le cardinal Nina.

M. de Moreau d'Andoy. — Je ne le nie point. Cela prouvet-il qu'il Tait approuvée? Où est la pièce qui le constate?

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il aurait fallu que le cardinal Nina me le dit.

M. de Moreau d'Andoy. — Il vous l'a dit le 11 novembre.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Du tout. Il n'a pas contredit la dépêche du 17 octobre.

M. de Moreau d'Andoy. — On ne peut mieux la contredire qu'en affirmant l'accord complet entre la papauté et l'épiscopat ^ comme il le iaXi dans la dépêche du 11. Nous allons voir du reste cette dépêche retirée.

Mais s'il est quelqu'un qui ne pouvait accepter cette interprétatalion et qui surtout ne pouvait l'inventer, c'est bien l'honorable M. Frère, qui se trouvait en présence de la dépêche du 11 novembre. Celle-là était bien faite pour le désabuser. Certes, jamais, dans les fastes de la diplomatie, on n'a vu histoire semblable à celle de la dépêche retirée du 1 1 novembre. Voici en quels termes l'honorable ministre ordonnait au baron d'Anethan de demander au saint-siége le retrait de la dépêche du 1 1 :

« Une note du cardinal, dont le nonce vient de m'entretenir, dit que, d'après une conversation qu'il a eue avec vous, j'entends faire usage de votre correspondance particulière. Cela est contraire à la vérité. Demandez des explications. Si la note est maintenue, le retrait de la légation est inévitable. Cette note est opposée aux déclarations faites et donnerait lieu à une accusation de duplicité. Réponse immédiate. »

Ce que M. Frère met surtout en relief dans ce télégramme» c*est le fait, dont laccuse le cardinal, de songer à faire usage d'une correspondance privée. Cette accusation était si grave, elle était si bien de nature à entacher Thonneur de Thonorable Ministre qu il proteste et qu'il a raison de protester. Un Ministre du roi ne peut être Tobjet d'une semblable accusation. Cette accusation relevée, l'honorable Ministre indique qu'elle en serait la conséquence si la dépêche n'était pas retirée : retrait viévitable de la légation. Mors seulement il ajoute : « Cette note ^st opposée aux déclarations, etc. »

Et que répond le baron d'Anethan? « L'assertion sur mon langage concernant la publication de la correspondance particulière, est absolument fausse. Le cardinal le reconnaît. La note sera retirée, éventuellement rectifiée. » Pas un mot des équivoques et des malentendus.

Si donc la dépêche du 11 a été retirée, c'est que d'abord elle contenait une accusation qu'il était de la loyauté du saint-siége de * faire disparaître, c'est qu'ensuite M. Frère la trouvait en contradiction avec les déclarations précédentes, et que cette équivoque ne pouvait pas durer. Franchement était-il possible, dans de telles circonstances, de ne pas céder au vœu de l'honorable Ministre? Pouvait-on même songer qu'il donnerait à ce retrait un caractère qu'il n'avait pas et qu'il abuserait du mot « non avenue » pour prétendre effacer jusqu'au souvenir même de la dépêche du 11 novembre?

Oui, le nonce reçoit Tordre de retirer la dépêche, il la déclare non avenue. Non avenue? Ce mot est-il expliqué par son auteur? Lisez ce télégramme du 15 novembre :

15 novembre 1879.

Monsieur le ministre,

Je prie Votre Excellence de considérer comme non avenue aia communication d'hier, et, par conséquent, de vouloir bien me

renvoyer la copie de la dépêche du cardinal secrétaire d'État, afin que Son Eminence puisse de nouveau en examiner la rédaction et y faire disparaître toute cause de malentendu ou d^équivoque. Je saisis loccasion de vous renouveler, etc.

t S. Arc. de Nicée, N. A.

Est-ce donc pour disparaître à tout jamais ou pour subir une modification radicale que la dépêche du 11 est déclarée non avenue? Aucunement, c*est pour lui donner une nouvelle rédaction et dissiper toute cause de malentendu et d'équivoque.

Ce non avenue sur lequel s'appuie aujourd'hui M. Frère pour excuser son inexplicable conduite, il ne lui attribuait pas le 15 novembre 1879, au moment où il en prenait connaissance, la portée qu*il lui donna plus tard pour les besoins de la cause.

Ce même jour, le 15 novembre, en renvoyant au nonce la note en question, il s'exprime ainsi : « J^espère que l'on parviendra h faire disparaître toute cause de malentendu et d'équivoque. »

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Continuez, il ne fout pas scinder les dépêches comme cela.

M. de Moreau d'Andoy. — Je suis loin de m'y opposer. {Rires à ganche.)

M. Gornesse. — Elle a été suffisamment lue.

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est ce que vous avez fait aussi.

M. Gornesse. — On l'a déjà lue cinq ou six fois.

M. le Président. — Pas d'interruptions. {Interruptions nonvelles.) Pas d'interruptions, Messieurs.

M. Gornesse. — C'est M. le Ministre des Affaires étrangères qui interrompt.

M. le Président. — Je réclame le silence. Et, puisque l'on semble désirer que je m'explique sur ma manière de présider, je dirai que je comprends que M. le ministre, quand on discute sa

politique, ait une observation à présenter, et je comprends qu alors il puisse y avoir un colloque, lorsque Torateur l'autorise.

Mais je n*admets pas que des tiers viennent se mêler à la dis* cussion qui dégénérerait ainsi en tumulte; dans ce cas, il est de mon devoir d'intervenir.

M. de Moreau d*Andoy. — Je suis prêt à condescendre au désir de l'honorable Ministre; voici la dépêche :

« DOCUMENT in.

« // Ministro degli A/fari Ester i al nunzio apostolico.

« 15 novembre 4879.

c( Monseigneur,

« J ai rhonneur de mettre sous ce pli la copie de la note de Son Eminence le cardinal Nina que vous m'avez communiquée hier. J'espère que l'on réussira à faire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque, et le mieux sera de renoncer à faire quoi que ce soit qui pût avoir même la simple apparence d'une contradiction avec les déclarations consignées dans la correspondance officielle. Je saisis cette occasion pour exprimer de nouveau à Votre Excellence les assurances de ma très haute considération.

« Frêre-Orban. »

Voilà la dépêche que je mets loyalement sous les yeux de la Chambre. En quoi inflrme-t-elle mon assertion, à savoir : que pour l'honorable Ministre lui-même la dépêche du 11 ne devait pas à jamais disparaître; qu'elle restait en sa substance et que la forme seule devait changer! {Très bien ! à droite.)

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est le contraire qui est exact.

M. de Moreau d*Andoy. — Pour lui, pour l'honorable

M. Frère, le M. Frère du 15 novembre t879, la note n*était pas anéantie, elle (levait revêtir une forme nouvelle, une nouvelle rédaction. Est-il un homme qui hésiterait à reprendre une lettre s'il était averti qu'elle donne lieu à des malentendus de nature à compromettre une affaire à laquelle il tient beaucoup? Mais ce que nul ne ferait, c*est, avant que la rectification ait été matériellement opérée, attribuer à son interlocuteur une manière de voir qu'on sait ne pas être la sienne? Le 15 novembre, la dépèche du 11 est retirée pour en faire disparaître Taccusation que notre Ministre compte se servir publiquement d*une correspondance privée, et pour dissiper toute cause de malentendu ou d'équivoque; on est d*accord pour lui donner une forme nouvelle, et, le 18 novembre, deux jours après, avant même que la dépêche du 15 ait pu être examinée à Rome, Thonorable Ministre vieut ici, dans cette enceinte, en face du pays, affirmer absolument le contraire de ce que pense le saint- siège et de ce qui est écrit dans la note du 11 novembre.

Voilà le £ait qu « aucune finesse de langage, aucune distinction subtile, aucun artifice politique » ne pourra jamais excuser. Si, au moment où nous discutions, en 1879, réchange de vues, la communication du 11 novembre fut apparue là sur le mur de cette Chambre, comme le Mane, Thecèl, Phares du roi de Babylone, qui eût été frappé de stupeur, ou de Topinion catholique que M. Frère espérait désunir par la découverte d'un désaccord inadmissible, ou de l'honorable Ministre mis tout à coup en face de la vérité qui le condamnait ?

Ils avaient donc raison ces journaux lorsqu'ils soutenaient que Ton ne nous montrait pas tout, qu'il existait d'autres déclarations que Ton nous cachait soigneusement et qui prouvaient l'entente parfaite entre la papauté et l'épiscopat. Ils avaient raison, M. Frère ne pouvait l'ignorer, et il vous souvient pourtant avec quel air de souverain mépris et en quels termes de dédaigneuse supériorité il

les accusa de mentir à la vérité. Leur seul tort, c'était de connaître d*instinct les faits comme je viens de les rappeler à ta Chambre.

11 est très édifiant de relire les dernières dépêches de l'honorable M. Frère à la lueur de la note si précise du 11 novembre. Le 7 avril 1880 il écrit :

a 11 importe que toute équivoque disparaisse. Peut-être m*ob« jectera-t-on que le langage du saint-père a été suffisamment clair, que le gouvernement belge n'a pu s'y méprendre, qu'il ne pouvait subsister le moindre doute au sujet du blâme catégorique infligé par le pape aux évéques, à raison de leur attitude dans la question scolaire. Tel a toujours été mon sentimetit personnel! » Que pensez-vous de ce sentiment personnel de l'honorable Ministre après la dépêche du 1 1 novembre ! ! ! {Rires à droite,)

Il n'est pas moins curieux de le voir feindre un étonnement tout naïf devant la communication romaine du 3 mai, qui ne fait que reproduire avec plus détail la dépêche retirée du 11 novembre.

Dans ce langage qui lui est tout à fait personnel, il reproche au cardinal Nina de n'avoir pas parlé plus tôt, d'avoir laissé subsister des équivoques. En vérité, ceci est trop joli! Eût-on préféré que le saint-siége publiât la dépêche du 11 novembre, au lendemain de ce fameux discours prononcé le 18 du même mois par l'honorable M. Frère? Quel coup de théâtre et comme le cabinet actuel en serait sorti meurtri ! Cette manière de faire n'est pas celle du saint-siége.

M. Bara, Ministre de la Justice, — Elle est jolie, celle-là! {Rires à gauche.)

M. de Moreau d'Andoy. — lia nettement fait connaître sa pensée dans des lettres au Roi, dans des dépêches, dans des télégrammes; il peut se taire. On travestit sa manière de voir, on lui fait dire ce qu'il na point dit. 11 n'est ni de sa dignité, ni de la mansuétude de son caractère sacré de contredire le gouverne-

ment et de lui créer de nouvelles difficultés. 11 a foi dans Tintelligence des catholiques, qui sauront facilement démêler la vérité de Terreur.

M. Bara, Ministre de la Justice. — Laisser courir le mensonge !

M. de Moreau d*Andoy. — Obligé de répondre à Son Eminence le cardinal Decbamps, la lettre qu'il écrit ne voit le grand jour de la publicité qu*à son insu, et ce n*est que contraint et forcé par les accusations les plus graves et les attaques les plus injustes qu'il se décide à parler et à révéler au public les incroyables manœuvres de notre gouvernement. — La conduite tenue par le saint-siége dans cette circonstance est la seule digne de la haute mission sociale et de sa clémente longanimité. {Interruption à gauche.)

M. Frère, qui reproche, le 18 mai 1880, au saint-siége de navoir pas parlé plus tôt, de ne l'avoir point fait immédiatement après la publication du discours du 18 novembre, redoutait beaucoup à cette époque que le saint-père ne se prononçât. Aussi, à la nouvelle que les journaux catholiques vont publier des pièces pour établir l'accord entre la papauté et Tépiscopat, l'honorable Ministre voit surgir devant lui le spectre de la dépêche du 11 novembre. Il veut prévenir le coup et il télégraphie à Rome le 2 1 novembre.

a Suivant les journaux catholiques, Tépiscopat va publier des pièces pour constater Taccord complet avec le pape. S'il y a double jeu, l'effet sera désastreux pour la papauté. Retrait de la légation. Demander explications et avertir. » Le double jeu, Tho norable Ministre savait très bien où il était. Le droit de la papauté était sans doute alors de parler; elle pouvait faire connaître la situation réelle et publier les télégrammes des 14 et 15 du même mois ; M. Frère le sent très bien et il veut parer le coup en fermant la bouche au cardinal par la dépêche du 21. Ainsi donc, ce cardinal à qui on reproche de n'avoir rien dit à la

suite du discours du 18 novembre, on a eu soin de prendre des précautions pour qu il se taise.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pour qu'il se taise! Je Finterpelle pour qu*il parle.

M. de Moreau d*Andoy. — Vous Tinterpellez pour qu*il approuve votre interprétation de la dépêche du 5, ce qu*il ne veut pas faire.

Cependant le télégramme que répond le secrétaire d'État de Sa Sainteté à Tultimatum du chef de notre cabinet en dit encore trop pour ne pas effaroucher ses légitimes inquiétudes. Ne va-t-on pas trouver là un démenti donné à ses affirmations? Il le craint et il se garde bien de publier ce télégramme du 23 novembre dans 1 exposé des motifs de son budget. On le discute pendant plusieurs séances de fin février au commencement de mars, et il ne dit rien de cet important document. Est-il cependant sans valeur? Jugez-en, le voici :

« Le cardinal répond : Le ministère prétend-il que le pape ferme la bouche aux évéques obligés de se défendre? Le cardinal refuse d'en dire davantage. »

On ne pouvait, avec plus de laconisme, renverser tout Téchafaudage de M. Frère. Si le saint-père se refuse à fermer la bouche aux évéques, s*il ne peut obtenir d'eux qu'ils cessent d attaquer les écoles officielles, si, la loi votée, ils n'en continuent pas moins à la déclarer immorale et impie, l'échange de vues n'a abouti à rien, la légation doit être immédiatement supprfmée.

il y a encore une autre dépêche qu'on aurait dû communiquer à la Chambre au mois de février ou à la section centrale. C'est celle du 31 décembre...

M. Frère- Orban, Ministre des Affaires étrangères, — Vous ne lisez pas toutes les dépêches télégraphiques.

M. de Moreau dAndoy. — Je lis la dépêche entière telle qu'elle est.

[. FrèreOrban, Ministre des Affaires étrangèies. — Mais lisez celle qui suit.

M. de Moreau d*Andoy. — Soyez tranquille. Je parle maintenant de cette dépêche et je vous . donnerai ensuite celle à laquelle vous faites allusion.

Mais dans mon argumentation je rencontre encore...

M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Mais vous ne pouvez isoler les télégrammes. Lisez-les complètement.

M. de Moreau d*Andoy. — Pour satisfaire au désir de Thonorable Ministre, je vais lire le télégramme qui suit.

M. Comesse. — Vous argumentez comme vous le voulez.

M. de Moreau d*Andoy. — Voici ces télégrammes :

« Bruxelles, le 23 novembre 1879.

« Il ne peut être question de fermer la bouche à personne.

11 fout savoir si on a pu écrire aux évoques le contraire de ce

qui a été écrit au gouvernement. Voilà ce qu*on lit dans la presse

catholique. La presse catholique dit-elle vrai? Voilà ce quil faut

demander.

« Frère-Orban. »

:. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Et la réponse?

M. de Moreau d*Andoy. — lA réponse, je vais vous la donner. Elle ne prouve absolument rien.

M. Bouvier. — Pour vous.

M. de Moreau d'Andoy. — Et le cardinal répond en ces

termes :

« Rome, le 24 novembre 1879.

€( Le langage du saint-siége, dans ses actes, a toujours été le même. Comme Tépiscopat, il désapprouve la loi dans ses principes; il a constamment recommandé le calme, la prudence et la

modération.

« d'Anetiian. »

Le cardinal pooTaii41 parier aulremeni? Est-ce là approuver rioierprétation donnée par M. Frère an sentiment du saint-siége dans son discours du 18 novembre?

M. Frère-OrtMui, Mimisire des Afinres étrangères. — Cétait le moment de lire la dépêche du 11 novembre.

M. de MoTQftn d'Andoy. — Du tout. La dépêche dont je parle ne dit rien de celle du 1 1 novembre, et ne Tannule pas.

Si ce télégramme du 23 novembre eût été publié avant la dis* cussion du budget du ministère des affaires étrangères, les mem* bres de lexiréme gauche eussent dû mettre le ministère en demeure de rappeler notre ministre auprès du saint-siége.

Vous n*avez pas parlé à la Chambre de la dépêche du 11, et je viens vous Caire le reproche aussi d avoir caché le télégramme du 23 novembre oii le cardinal déclare « ne pouvoir fermer la bouche aux évéques obligés de se défendre », et aussi la dépêche du 31 décembre, où je lis : « Jamais, a dit le pape au baron d*Anethan, cette désunion entre le pape et Tépiscopat dont parlent certains journaux n*a existé; je suis uni, complètement uni dans la foi, avec tous les évéques. Il n'y a qu un berger et un troupeau. »

Voilà des documents que Thonorable Ministre aurait dû fournir loyalement à la Chambre et qui étaient de nature à changer sa décision. 11 ne Ta pas fait. 11 a maintenu, malgré tout, la légation. Pourquoi !

Pourquoi? Parce qu'il faut, coûte que coûte, continuer ses relations avec le Vatican jusqu'aux prochaines élections. Cela ne peut se faire qu'à l'aide de ce que nous appellerons par euphémisme une équivoque. On doit compter avec le parti avancé, qui imposera le retrait de la légation s'il connaît l'état réel de nos relations avec Rome. D'autre part, tant d'hommes indécis sur le caractère de la loi scolaire n'étaient-ils pas disposés à abandonner le cabinet et à lui refuser l'appui de leur vote s'ils avaient connu

le complet accord dn saint-siége et de notre épiscopat. Rien ne prouve mieux cette préoccupation de notre Ministre des Affaires étrangères que le rapprochement des dates.

Les honorables MM. Woeste et Gornesse ont déjà établi ce rapprochement dans leurs excellents discours ! Je veux y revenir pour répondre à une interruption qui leur a été faite. L'honorable H. Frère cesse tout échange de vues à dater du 23 novembre, mais le 7 avril, il est temps de dresser ses batteries, les élections ont lieu dans deux mois, et l'honorable Ministre se met en mesure de préparer la rupture qu'il fera à son heure. Le 5 juin, trop tard pour que la nouvelle nous arrive avant le 7, jour des élections, M. le baron d'Anethan reçoit l'ordre de notifier à M. le cardinal Nina que la légation belge auprès du saint-siége est rappelée.

La journée du 8 n'est pas décisive, il reste deux ballottages dans des chefe-lieux de province; l'honorable Ministre se tait, il fBiit faire le silence autour de lui, et ce n'est qu'après la journée du 15 qu'il autorise la publication de la nouvelle. Oui, à Namur, le 15 juin, la nouvelle de la suppression de la légation romaine est annoncée par une affiche. Mais est-ce le gouvernement qui bit cette affiche, est-ce lui qui publie la nouvelle? Nullement, c*est un comité politique qui apprend la rupture par une voie quelconque et la publie. En quoi cela iniirme-t-il notre assertion? Pour l'honorable Ministre, la question du retrait.ou du maintien de notre nationale et respectable légation auprès du saint-siége n'était donc plus qu'une manœuvre électorale. Et voilà comment l'on traite, au milieu de nos fêtes jubilaires, une ancienne institution conservée à travers les temps, et chère à nos cœurs de catholiques et de Belges ! {Très bien! à droite.)

Nous en avons dit assez pour que l'on puisse apprécier la conduite tortueuse et tout au moins équivoque de notre gouvernement; jetons un coup d'œil rapide sur celle du saint-siége. Nous

la trouverons calme, sage, toujours semblable à elle-même, empreinte du vif désir de rétablir la paix. Le pape promet d'intervenir auprès des évoques, non pour leur imposer une solution, mais pour que, au milieu de la lutte ardente où ils combattent pour la conservation de la foi, ils n'oublient point les devoirs de la charité et le respect dû aux autorités civiles.

c< L'Eglise doit aux pouvoirs constitués l'entière force de son influence », dit le cardinal le 8 février 1879 au comte Reusens, ce mais, ajoute-t-il, cette influence ne peut être efficace si l'Eglise se voit privée des moyens pratiques de l'exercer, et le cas pourrait se présenter en Belgique dans l'hypothèse où le projet de loi sur l'enseignement primaire, récemment présenté aux Chambres, serait tel qu'il se trouve approuvé et sanctionné. » Voilà le gouvernement belge averti dès le début des vues échangées sur la question scolaire. L'influence à laquelle vous faites appel, nous ne pouvons en user en votre faveur si vous votez la loi scolaire.

Et plus loin : « Nous ne pourrions nous opposer à ce que les catholiques prissent fait et cause contre les lois qui menacent leurs croyances. » Peut-on être plus clair? Et encore toujours dans cette même dépêche : ce Fidèle à notre principe, dit le saintsiége, nous considérons comme un devoir d'appuyer les pouvoirs établis, toutes les fois qu'ils ne paralysent pas la liberté et les droits imprescriptibles de l'Église. » Le 20 avril, le cardinal déclare « qu'il ne saurait trouver ni illégale ni subversive l'attitude du clergé dans la question de l'enseignement, et cela par la raison que cette attitude s'est renfermée dans les limites constitutionnelles ».

Ce que M. le ministre est obligé de reconnaître lui-même dans sa réponse; mais il est instructif de voir M. Frère, ce puritain du libéralisme, rappelé au respect de la Constitution par l'homme auprès duquel, la veille encore, il venait se plaindre des attaques dirigées contre notre charte fondamentale. {Approbation à droite,)

Nous trouvons encore dans cette dépêche Timportante déclaration suivante :

a En présence du projet de loi, les catholiques ont le droit et le devoir de faire connaître et de défendre leurs convictions morales et religieuses. » Dans une de ses lettres, M. Frère rapporte ce passage, mais, par inadvertance sans doute, le mot « devoir », qui n*est pas- de minime importance, y est omis.

C'est dans cette dépêche, je pense, que M. Frère veut voir un quasi-engagement du saint-siége de faire, au moment de Texécutîon de la loi scolaire, ce qu'il a fait en faveur de la Constitution. « Vous n'approuvez pas absolument tout dans la Constitution, et cependant vous exigez que l'on s'y soumette, vous pouvez faire de même pour la loi scolaire, vous n'en acceptez pas le principe, vous pouvez en tolérer l'application. » Singulière théorie, rapprochement plus singulier encore! La thèse de M. Frère revient 2i dire : Condamnez abstractivement tout le niai que vous voulez, seulement gardez-vous bien d'en condamner la pratique. Quel rapport y a-t-il entre la loi scolaire et la Constitution ?

La Constitution est la loi qui établit la forme du gouvernement et consacre les libertés politiques et civiles des citoyens, la loi scolaire organise simplement l'enseignement libéral. Tandis que l'Eglise prêche toujours le respect du régime établi et dès lors des constitutions, elle n'a cessé de condamner l'enseignement neutre ou maçonnique.

La Constitution belge contient d'excellentes choses, à côté d'autres qui peuvent paraître moins bonnes; la loi scolaire est absolument mauvaise.

La première consacre le meilleur régime que le milieu social actuel comporte; la seconde le plus mauvais système d'éducation que puissent rêver l'indifférentisme et l'irréligion.

Notre charte fondamentale a été faite avec la participation active des catholiques; la loi scolaire a été dirigée contre eux.

Il n'y a donc aucune analogie entre ces deux choses ; et la conduite du pape ne saurait être la même devant la loi de 1879 que devant notre Constitution. Cela saute aux yeux.

Mais j*en reviens à ma démonstration. La papauté a agi avec unité et sagesse.

M. d*Anethan retourne à Rome; quelle est la première parole du pape? Sa Sainteté a dit « que Tinstruction chrétienne de la jeunesse était naturellement une de ses principales préoccupations, qu'elle trouvait nécessaire que cette instruction fût impré^ gnée des idées religieuses, Tune ne pouvant sans grave danger être séparée des autres. »

Le saint-père trouve nécessaire, notez le mot, que l'instruction de la jeunesse soit imprégnée d'idées religieuses; vous créez des écoles neutres, vous étiez averti d'avance de l'attitude que prendrait la papauté.

11 n'y a donc point moyen de le nier, la papauté n*a jamais caché sa désapprobation du nouveau régime scolaire, elle a toa^ jours manifesté le vif déplaisir qu'elle en ressentait. Plus d'une fois elle a nettement revendiqué pour les catholiques le droit et le devoir de s'opposer au péril que ce régime fait courir à la foi et aux mœurs, elle a sans cesse rappelé qu'après le vote de la loi, il appartenait à l'épiscopat seul d'appliquer des principes sur lesquels pape et évêques étaient d'accord.

Longtemps, par condescendance pour le gouvernement, le saint-père s est abstenu de stigmatiser publiquement la loi ; de bonne foi, il cherchait à calmer les passions, à conseiller à tous le calme, la prudence, la modération. Tout en approuvant la doctrine de répiscopat et les dispositions prises par lui, il n'a cessé d'insister pour que l'on adoucit, autant que faire se peut dans la pratique, la rigueur des principes.

Il promet de grand cœur son intervention, il veut s'employer à aplanir, autant que le lui permet son devoir, les difficultés que

rencontre le gouyernement; il n'hésite pas, à la condition toutefois, condition qui se retrouve dans plus d'une dépêche, à la condition toutefois que le gouvernement exige de tous le respect dû à la religion de l'immense majorité des Belges, à la condition aussi que dans l'application de la loi le gouvernement use de ménagement, afin que les principes et les croyances du peuple catholique soient blessés le moins possible. Gomment le gouvernement, après le vote de la loi, devait-il agir pour correspondre au désir de Sa Sainteté? Tout différemment qu'il ne l'a £ait.

Pour faire taire les légitimes susceptibilités des hommes religieux, il devait favoriser la liberté d'enseignement au lieu de Tentraver ; il devait mesurer l'intervention de l'Etat sur les besoins réels de l'instruction et non d'après les caprices absorbants du monopole; il devait ordonner à tous les fonctionnaires la neutralité la plus complète et le respect des consciences. Au contraire, le gouvernement s'est jeté dans la lutte; malgré la loi et malgré les libertés constitutionnelles, il impose à l'instituteur l'enseignement du catéchisme, il interdit à toutes les administrations publiques les actes les plus licites, du moment où ils peuvent favoriser l'enseignement libre; il crée partout des écoles sans élèves ; il nomme des instituteurs sans diplôme, que les communes payent pour le plus grand avantage du cabaret voisin {tires à gauche); il contraint les catholiques à faire les frais de deux enseignements, un enseignement officiel sans élèves et un enseignement confessionnel qu'ils ont le droit et le devoir d'établir pour leurs enfants.

M. Bockstael. — Ce sont les prêtres qui obligent les catholiques à payer pour les écoles.

M. de Moreau d'Andoy . — Les mesures illégales elles-mêmes ne sont pas épargnées pour arrêter dans son expansion le magnifique essor de la liberté. Sont ce ces mesures dont l'honorable M. Berge voulait parler hier quand il félicitait le gouvernement

de respecter et de défendre la vraie liberté, et lui promettait de ce chef longue vie et longue durée? Féliciter le cabinet de son amour pour la liberté, lui qui multiplie les mesures oppressives, qui détruit Tautonomie communale, qui veut étouffer la viQ provinciale et qui ne sait quels moyens inventer pour supprimer la liberté de conscience et d*enseignement. Ah ! de semblables félicitations ne peuvent être que de Tironie et du persiflage! {Très bien! très bien ! à droite.)

M. Bouvier. — Et que font vos curés?

M. de Moreau d*Andoy. — Tous ces faits et beaucoup d'autres n*ontiIs pas détruit la condition indispensable à laquelle le saint-siége subordonnait la réserve qu'il avait gardée dans Fespoir de voir améliorer la situation? On ne peut £aire état ni de la doucereuse circulaire de M. Van Humbeeck, contredite par les faits, ni de Tamendement voté in extremis pour interdire à Tinstituteur de parler contre les religions, amendement sans sanction, parfaitement illusoire. Depuis le vote de la loi, la guerre aux catholiques a repris de plus belle; rien n'arrête notre gouvernement; la question de légalité ne Tinquiëte guère et au lieu de chercher à calmer les esprits, il n'est pas d'actes qu'il ne pose, de discours qu'il ne tienne pour les surexciter davantage encore; et pour appliquer une loi de malheur, nous avons un gouvernement de haine ! (Vive approbation à droite.)

Dans cette situation le saint-père pouvait-il se taire? Sa conduite n'a-t-elle pas toujours été franche, loyale, irréprochable, et les tristes expressions qui sont sorties de la bouche de l'honorable Ministre, et qui étaient un signe de dépit et d'impuissance, ne le condamnent-elles pas mieux que ne pourraient le faire les dissertations les plus savantes ?

Le saint-siége, comme l'insinue M. Frère, a-t-il sur la question scolaire deux poids et deux mesures et condamne-t-il ici ce qu'il tolère ailleurs? A cette assertion de M. Frère, nous pouvons nous

contenter d'opposer la réponse très përemptoire du cardinal dans sa dépêche du 8 juin.

M. Woeste a, du reste, répondu Tautre jour à cette objection avec cette supériorité que vous lui connaissez. (Rires ironiques d gauche.) Si vous aimez mieux, avec cette supériorité que vous subissez. (Oh! oh! à gauche. — Très bien ! à droite.)

J'ajouterai que les instructions des évéques belges ont été copiées littéralement sur celles que le saint-oiUce a envoyées aux évéques d'Amérique et qui sont en vigueur dans cette partie du monde. Un traité de théologie enseignée dans les grands séminaires américains, et dont je tiens des extraits à la disposition de l'honorable ministre, prouve, si la chose pouvait être contestée, que la fréquentation des écoles officielles et l'appui que les catholiques pourraient leur donner, y sont punis, là comme ici, de la privation des sacrements.

Dans les pays soumis à la même législation scolaire que la nôtre, vous trouverez les mêmes peines, mais nulle part,' sauf en Hollande peut-être, et avec d'importantes différences toutefois dans l'enseignement normal, vous ne rencontrerez aucun système qui soit aussi manifestement rationaliste et athée.

M. Olin. — Cela prouve qu'ils sont tous les mêmes.

M. de Morean d*Aiidoy. — C'est justement ce que je veux établir.

L'honorable Ministre des Affaires étrangères, toujours pour faire ressortir les contradictions du saint-siége, l'accuse d'avoir inventé pour la Belgique un crime nouveau, celui d'enseigner le catéchisme aux petits enfants.

Pour enseigner le catéchisme, il Ëiut la missio cafwnica, c'est vieux comme le catéchisme. Peut-on enseigner dans vos écoles sans l'autorisation de l'honorable M. Van Humbeeck, et sans une preuve de capacité? Le crime de donner l'enseignement du catéchisme, sans l'autorisation de l'Ordinaire, n'est nouveau que pour

l'honorable M Frère. Il ne connaît donc rien de la lutte cmlisatrice qui s'est passée à nos portes. Là aussi, la misrio eananica a joué un rôle important.

Je me souviens, à ce propos, d*une histoire édifiante que Von me pardonnera de rapporter ici. A Xanten, il existe une école noiv maie d'institutrices. Le 5 novembre 4878, le directeur fit venir une de ses élèves et lui intima Tordre d'aller donner la leçon de catéchisme à l'école primaire. La jeune fille s'y refusa, déclarant qu'elle ne pouvait donner ce cours sans l'autorisation de ses sq-" périeurs ecclésiastiques.

Le directeur l'expulsa de l'établissement pour sa désobéissance et chargea une de ses compagnes de donner la leçon. Celle-ci hésite d'abord et finit par céder. Après quelques jours, elle vient retrouver le directeur pour l'informer qu'en conscience elle ne pourrait continuer à enseigner le catéchisme. Elle eut le même sort que la première. Quinze autres jeunes filles successivement sollicitées par le directeur lui opposèrent le même refus formel et toutes les quinze furent expulsées.

M. Jottrand. — On avait stylé ces jeunes filles à l'avance.

M. de Moreau d'Andoy. — Le crime n'est donc pas si nouveau que veut bien le dire l'honorable M. Frère et pour ne pas le commettre, pour ne pas donner la leçon de catéchisme sans Tautorisation de l'Ordinaire, plus d'un instituteur, plus d une institutrice ont renoncé courageusement en Allemagne à la carrière de l'enseignement officiel.

M. Washer. — Par Tinfluence des prêtres.

M. de Moreau d'Andoy. — Ici encore point de contradiction, et cette assertion du chef du cabinet^ pas plus que ses asserticms précédentes, ne légitime l'aventure qui est allée courir à Rome.

Que reste-t-il de celte équipée de notre Ministre des Affaires étrangères au sein de la Ville éternelle? Ce qu'il en reste, je le dis avec douleur, c'est un amoindrissement national. Dans de Ion-

gaes dépêches longuement motivées, vous avez &it ressortir aux yeux de l'Europe nos luttes intestines. Par les termes dont vous vous ôtes servi, par votre peu de mesure, vous avez montré jusquob allait votre irritation de parti, comme elle s*empare devons pour vous aveugler et vous faire refuser toute justice à vos adversaires. Tandis que, par des fêtes publiques, la nation voulait affirmer devant le monde entier son unité, sa richesse, sa force; tandis qu'elle était fière de montrer ce que peut un petit peuple, uni dans la paix et le travail, vous êtes venus la contredire et lui donner par vos dépêches, vos accusations, vos injustices, un démenti formel. {Très bieiU à droite.)

Avez-vous enlevé ainsi à nos fêtes leur véritable caractère? Ah ! non ! non. Ces fêtes, c est la nation qui les voulait, c'est la nation qui les a faites; vous n'y étiez pour rien. La nation y venait célébrer ce que vous voulez détruire : l'union de 1830. (Proiestations à gauche. — Approbation à droite.)

Mais qui pourra effacer le tort que vous nous avez fait aux yeux de l'étranger? Le pays ainsi divisé ne devient-il pas trop souvent une source de convoitise? Sans doute, j'en ai la conviction, tous, au jour du danger, nous nous retrouverions sous la même bannière, enlaçant de nos bras et de nos courages le fier Lion belge ; mais de gt^àce, pourquoi étalez-vous au grand jour, avec complaisance, nos faiblesses, pourquoi appelez-vous les tempêtes?

Ah! il pèse sur nous une lourde, une passionnée et, dès lors, inconsciente, compromettante et terrible responsabilité. Lamartine disait de la diplomatie belge qu'elle est tortueuse et amphibie. 11 la taxait avec une sévérité trop française, mais s'il eût connu la diplomatie libérale de M. Frère, n'eûtil pas dit d'elle qu'elle était passionnée et, dès lors, inconsciente de ses actes et malhabile? 11 nous faudra bien du temps pour nous relever aux yeux de l'Europe, bien de la prudence et de la sagesse pour faire disparaître les signes d'une division dont on a fait trop d'étalage

et qui ne peut que diminuer votre prestige. {Applaudissements à droite.)

M. Janson. — Messieurs, je n*ai pas l'intention de faire un long discours ; s*il est nécessaire, ainsi que Tont £ait les honorables orateurs de la droite, de recourir à toutes les subtilités de la dialectique la plus habile, pour justifier la diplomatie romaine du grave reproche que l'honorable Ministre des Affaires étrangères a formulé à son adresse, il suffit, à mon sens, de quelques considérations très simples et très décisives pour démontrer que la mesure prise par le gouvernement était, ainsi que le dit le projet d'Adresse, commandée par son honneur, sa loyauté et sa responsabilité devant le pays.

Messieurs, à propos de cette question de la légation belge auprès du Vatican, il a surgi l'année dernière dans le sein de la gauche une dissentiment, et j'ai été de ceux qui déjà alors ont prétendu que le jeu de la papauté n'était pas franc, n'était pas sincère; qu'en réalité elle encourageait sous main les résistances que, dans des documents officiels, elle semblait blâmer. Ce désaccord passager a disparu et je m'en félicite. Nul plus que moi ne désire que la gauche soit forte et unie pour seconder le gouvernement dans les œuvres qu'il a entreprises et dans celles qu'il persévérera à entreprendre, j'en ai le ferme espoir, pour réaliser les aspirations du parti libéral.

Je ne rentre donc pas dans une controverse qui est épuisée et je me borne à prendre acte des faits accomplis et à féliciter le gouvernement de la mesure qu'il a prise. Mais, Messieurs, si je prend la parole, c'est pour m'étonner du rôle de l'opposition. H semblait, en effet, qu'elle eùl une tâche toute naturelle, tout indiquée ; c'était de prendre devant la Chambre, devant le pays, la défense de la politique de l'épiscopat, qui, aujourd'hui, paraitil, est la politique même de la papauté. Ce terrain du combat, le vrai terrain du combat, a été complètement déserté. A entendre

nos honorables contradicteurs, il n*y a jamais eu entre Tépiscopat et la papauté que des nuances, des divergences d'appréciatioâ qui se sont bientôt effacées, mais, en définitive, la campagne qui a été entreprise contre la loi scolaire a reçu Tentiëre approbation de Léon XIII.

Et c est ainsi que nos honorables contradicteurs ont Tillusion de croire qu'ils vont faire admettre par le pays que le rappel de l'ambassadeur belge auprès du Vatican est une mesure désastreuse au point de vue de la politique intérieure du pays; bien plus, un acte profondément regrettable au point de vue de notre politique étrangère, à telles enseignes que, suivant le dernier orateur que nous venons d'entendre, la Belgique se serait en quelque sorte compromise aux yeux de l'Europe. Etrange, incroyable illusion, en vérité! Rapelons très sommairement, quelques dates suffiront, quelles ont été l'attitude et les menées de l'épiscopat depuis l'avènement du parti libéral au pouvoir; montrons quelles ont été les entreprises perturbatrices du clergé; et quand nous les aurons mises en lumière, demandons-nous, si, en admettant par hypothèse l'accord par&it et constant de l'épiscopat et de la papauté, il était possible que le gouvernement fit autre chose que ce qu'il a fait.

A peine le ministère était-il constitué, à peine le roi avait-il annoncé que désormais, conformément aux principes constitutionnels, l'enseignement public donné aux frais de l'État serait placé sousla surveillance exclusivedu pouvoir civil, que la tempête s'est déchaînée.

La Chambre connaît tous les incidents et toutes les péripéties de cette lutte furieuse et insensée dans laquelle le clergé et l'épiscopat se sont jetés tète baissée dans le fol espoir de ressaisir le gouvernement du pays. — Nous avons eu d'abord la lettre pastorale du 7 décembre 1878, et le fameux programme de l'épiscopat. — Nous avons vu alors que non seulement il rêvait d'empêcher le parti libéral, arrivé au pouvoir, d'accomplir la réforme

de la loi de 1842, mais quil avait le cœur gros de rioertie, de lapathie du ministère catholique qui venait de disparaître, quil se lamentait sur sa tiédeur, sur son inaction, sur son indifférence pour les revendications épiscopales. Et nous avons appris bientôt que, si le ministère catholique était resté debout auxéiecUoos de 1878, répiscopat n*eùt pas tardé de lui signifier un consUium abeundi !

Puis est arrivée la fameuse prière politique : Des écoles sans Dieu et des instituteurs sans foi, délivrez-nous, Seigneur !

Bientôt après a suivi la célèbre croisade préparée par le mandement collectif du IS juin 1879. Le pape l'ignorait alors, disaitr il ; c'était pour lui une surprise, une chose inattendue. Aujourd'hui il parait qu'il a béni les armes de ces croisés d'un nouveau genre ! !

Enfin, j'arrive au dernier acte de cette campagne, le plus triste, le plus insensé, le plus coupable ; j'arrive aux instructions du clergé du l*'"'. septembre 1879.

Voilà ce qu'il fallait justifier. 11 fallait montrer à la Chambre, au pays, que les mesures prises par l'épiscopat, à cette occasion, étaient chose bonne, louable, irréprochable ; il fallait surtout justifier la papauté de les avoir approuvées et ratifiées ; il fallait établir que ces instructions du l^*" septembre 1879 avaient été acceptées par la conscience publique ! Mais cette œuvre était impossible, parce que la conscience publique s'est fait jour dans lenquéte scolaire, et qu elle s'est révoltée contre cette morale nouvelle de rÉglise, érigeant en péché mortel, comme Ta dit rhoDorable M. Woeste, le fait du père de famille qui envoie ses enfants aux écoles publiques. Voilà la tâche qu'il fallait entreprendre et vous l'avez désertée. {Très bien ! à gauche.)

Mais, messieurs, le clergé ne s'est pas borné à susciter ainsi dans le pays — il l'espérait du moins, — les explosions du bnatisme; il a fait plus.

La Chambre se rappelle que, dans les instructions du 1^' septembre, il y a certaines exceptions dictées exclusivement par rintérét de l'Église. Exception en ce qui concerne l'instituteur, qui doit être soumis au service militaire s'il abandonne l'enseignement de l'État ; exception en faveur de l'instituteur sur le point d'obtenir sa pension. Ce sont des exceptions qui ont été admises dans un intérêt exclusivement budgétaire. Ces exceptions sont toutes subordonnées à une condition essentielle, et c'est ce qui est très grave. Pour qu'elles soient admises, voici ce qui est nécessaire : « L'instituteur, le bourgmestre et le conseil communal doivent offrir des garanties dont on peut conclure avec sécurité que la loi ne sera pas en fait appliquée, malgré Tinfluence des comités scolaires. »

Cest-à-dire que les instructions du l'*" septembre établissent des exceptions à l'excommunication générale, à la condition que les administrations provinciales et les administrations locales deviennent complices de la violation de la loi ! Et c'est ainsi que nons avons vu ultérieurement des bourgmestres, des échevins, des conseillers communaux, des membres des députations permanentes s'ingénier à entraver et à paralyser l'exécution de la loi. C'est le clergé qui a fomenté cette révolte, cest lui qui l'a instiguée, qui la inspirée, c'est lui qui en supporte la responsabilité et, s'il est vrai que le clergé était d'accord avec Tépiscopat, que l'épiscopat était d'accord avec Léon XIII, Léon XIII est responsable devant le pays et devant l'histoire de cette lutte qui, s'abritant sous le masque hypocrite de la résistance légale, n'a d'autre but que d'empêcher l'exécution de la loi et de la volonté du pays ! {Applaudissements à gauche.)

Et après avoir établi la complicité de Léon XIII et de l'épiscopat pour atteindre un pareil but, la droite s imagine avoir prouvé qu'il fallait continuer nos relations diplomatiques avec le Vatican.

En vérité, c'est à n'y pas croire !

Vous savez, Messieurs, jusqu'où des fonctionnaires qui ont prêté serment à la Constitution et aux lois ont été dans cette voie déplorable, où les évéques les ont entraînés. 11 est certes permis, en présence d*une situation pareille, de formuler un vœu ; c*est que cette résistance de certains fonctionnaires à Texécution de^la loi, cette connivence coupable qui existe entre eux et le clergé soit réduite à Timpuissance.

L'honorable M. Dewandre Ta dit au Sénat, dans cette assemblée essentiellement modérée : Si vous, gouvernement, vous n'êtes pus suffisamment armé pour faire respecter la loi, deman* dez-nous des armes nouvelles : nous vous les fournirons ! Je m associe entièrement aux paroles de l'honorable sénateur. (Vifs applaudissements à gauche,)

M. Bouvier. — Oui ! la loi avant tout.

M. Van den Steen. — La liberté avant tout en fiait d'enseignement et cela d'après les principes constitutionnels.

M. Janson. — Nous voulons, pour le clergé, le droit commun, tout le droit commun, rien que le droit commun, mais nous examinerons s'il y a lieu de créer, au profit du clergé, une liberté nouvelle, celle de calomnier et de diffamer publiquement du haut de la chaire l'enseignement donné aux frais de l'Etat.

Quoi qu'il en soit, il fallait démontrer aux populations la légitimité de ces proscriptions, de ces anathëmes, de ces excommunications dont le clergé s'est servi pour terroriser les consciences et peupler les écoles.

Quel que soit le talent de l'honorable M. Woeste, il ne suffit pas qu'il se lève dans cette assemblée et vienne nous dii*e : Telle chose est un péché mortel. Nous ne sommes pas ici au confessionnal ; nous ne sommes pas ici une assemblée de théologiens et il est impossible de justifier ici de pareilles inepties.

M. Woeste. — Je n'ai rien dit de semblable.

M. Janson. — Je vous convie à démontrer que fréquenter

une école publique c'est, ainsi que l'avoue M. Struye, un péché mortel.

M. Struye. — Je n'ai pas fiait cet aveu. Vous travestissez ma pensée et mon langage.

M. Janson. — Nierez-vous que Tépiscopat a inventé un nouveau péché mortel ? Mais les instructions du 1^' septembre en font foi; essayez donc de justifier cela ; mais non, vous ne le tenterez pas, parce que vous n'égarerez jamais la conscience publique au point de lui faire croire que des pères de famille seront damnés pour avoir envoyé leurs enfants dans une école apprendre à lire et à écrire !

Ces choses-là ne se défendent pas. Vous ne les défendrez pas. Je l'espère pour vous. {Hilarité à gauche.)

Vous ne les défendrez pas du reste parce que vous ne le pouvez pas, car vous aussi vous avez parlé autrement et ailleurs.

Lorsque, l'année dernière, je mettais la droite en demeure d aborder ce sujet, elle a gardé un silence imperturbable, et il a suffi que cette question fût soulevée, pour que la droite se dérobât à toute discussion.

Je me demandais, à cette époque, quelle était la raison de ce silence. Je le connais aujourd'hui.

C'est que dans un certain monde, ob nous n'avons pas accès, le monde des cardinaux, des évéques, des théologiens et des prêtres, le monde de la curie romaine, en un mot, la droite d'ici devient la gauche et y tient exactement le langage que nous tenons dans cette assemblée ; elle blâme ce que nous blâmons ; elle Ûétrit ce que nous flétrissons.

Je veux parler de la circulaire adressée par le cardinal Nina au cardinal Dechamps. C'est un document tiré du dossier Dumont.

Je sais bien que M. Cornesse a essayé, en quelques mots, de

mettre en doute l'authenticité de ces pièces, mais il ne réussira

pas; s'il veut bien me faire le plaisir de prendre connaissance du m. I f>

dossier que je possède, je lui montrerai la photographie des documents authentiques qui sont déposés chez un notaire. {HilariU.)

M. Coraesse. — Vous avez donc de bien bons rapports avec ce monde-là aujourd'hui !

M. Janson. — Il ne s agit pas de cela. Il s'agit de savoir si les documents dont je parle sont authentiques; leur authenticité est certaine ; du reste, ce n'est pas moi qui a ouvert ici le dossier Dumont, c'est vous. Ne vous plaignez donc pas si j'en extrais des pièces qui vous mettent dans un cruel embarras.

Nous verrons, dans la circulaire dont s'agit, quel est le langage que tenaient à la curie romaine, au sujet des instructions du 1"^ septembre, des hommes éminents de votre parti, n'écoutant que leur bon sens et leur raison, parlant à cœur ouvert et n'hésitant pas à juger aussi sévèrement que nous les fameuses instructions du 1*' septembre.

Voici la lettre du cardinal Nina, datée du 3 octobre 1879, qui nous apporte l'écho des protestations indignées qu'ont soulevée dans vos rangs les instructions du l""" septembre 1879.

(c Néanmoins, le saint-siége recevant de divers côtés et de personnes de diilérentes classes certaines observations relativement aux instructions données aux curés dans cette matière de Tinstruction publique, je crois qu'il ne sera pas inutile de les faire connaître à Votre Émineuce, afin qu'elle puisse les avoir sous les yeux et, si elle le trouve convenable, les communiquer à ses collègues, afin qu eux aussi en apprécient la portée et ne les perdent pas de vue dans l'application des mesures adoptées.

(c Beaucoup de personnes représentent au saint-père que si les instructions données aux curés viennent à être mises en pratique sans que la rigueur en soit tempérée, celles-ci ne pourraient manquer d'être trouvées inopportunes et inefficaces; peut-être feraient-elles haïr FEglise; à coup sûr elles seraient pleines de périls. »

Écoutez bien ! Peut-être elle serait haïe ! Prédiction qui s*est pleinement réalisée* car nous avons rencontré dans les campagnes, dans les villages les plus obscurs, d*humbles paysans qui ne demandaient qu*à rester dans l*Eglise et que l'Eglise avait rejetés hors de son sein, et l'affection qu'ils portaient autrefois à l'Eglise s'est transformée en une indifférence que la haine a bientôt remplacée.

La lettre continue ainsi :

« Il ne parait donc pas aux auteurs de ces observations qu'il y ait lieu d'adopter des remèdes héroïques auxquels on pourrait peut-être recourir si la cause de l'instruction catholique était désespérée, mais qui, employées aujourd'hui, pourraient au contraire ruiner les conditions favorables de l'état de choses actuel.

(c Ils ajoutent que la menace du refus des sacrements aux désobéissants, en masse, ne servirait à rien vis-à-vis des hommes ou indifférents ou hostiles; que pour les vrais catholiques, elle ne serait pas nécessaire, les avertissements qu'on leur a déjà donnés, et qu'on pourrait répéter et préciser suivant les circonstances, étant suffisants. Quant aux tiëdes et aux incertains, on prévoit qu*en présence de la fragilité de la nature humaine, et tenant compte spécialement du tempérament des Belges, ils trouveraient, pour la plupart, dans la menace, un prétexte pour n'en tenir aucun compte, et seraient ainsi perdus pour l'Eglise.

« Us considèrent ensuite le caractère odieux de la mesure même de la proscription en masse, sans distinction des circonstances du lieu, circonstances qui sont très différentes les unes des autres. »

Ainsi, messieurs, ces lignes sont écrites par des personnes qui portent à l'Eglise le plus vif intérêt ; qui ont pour elle un dévouement sans bornes, et que disent-elles ? Ces proscriptions en masse ont un caractère odieux !

Voilà le mot de la situation, mot profondément vrai; l'enquête

scolaire ratteste ; mot qui prouve que la gauche a eu raison, lorsque, du haut de cette tribune, elle a dit ce que la droite est allée dire à Rome.

Quels sont, messieurs, les auteurs des appréciations transmises aux évoques par le cardinal Nina ? Quels sont ceux qui ont vu si clair ? Quels sont ceux qui ont apprécié les choses comme nous les apprécions ?

Messieurs, je n'ai pas vu la pièce que le cardinal Nina avait sous les yeux, et d*où il a extrait les passages que je viens de lire, mais je n'avais pas vu non plus la contre*lettre dont je dénonçais l'existence il y a quelques mois, alors que je disais, dans une assemblée politique, que j'étais aussi certain de son existence que si je l'avais vue. Et cependant la contre-lettre existait! Le dossier Dumont l'a mise au jour.

Eh bien, je ne sais pas quel est le rédacteur de cet écrit ; mais je suis certain que l'honorable M. Malou ne le désavouera pas {hilarité à gauche), qu'il ne désavouera pas les sentiments qu'il exprime, et qu'en définitive, raisonnant, comme je le disais, au point de vue du bon sens, au point de vue de la conscience publique, c'est lui qui transmettait à Rome ces justes, ces légitimes observations.

Dans tous les cas, ceux qui tenaient ce langage n'appartenaient pas à la gauche; ils appartenaient à la droite. Eh bien, je leur demande de se lever et de répéter ici le langage qu'ils ont tenu à Rome. Je leur demande de s'unir à nous pour flétrir les manœuvres du clergé, pour flétrir ces excommunications en masse qui ont rejeté du sein de l'Eglise des milliers de fidèles. Qu'ils le fassent, et s'ils ont ce courage, ils pourront dire qu'ils n'ont pas peur d'être grondés par les évéques, qu'ils sont réellement le parti catholique, le parti conservateur, et non pas le parti ultramontain !

Nous savons maintenant la raison du silence que la droite gar-

dait ici pendant qu'elle parlait ailleurs. Les remonstrances ont été accueillies avec un suprême dédain. Dans sa lettre du 16 octobre 1879, le cardinal Dechamps se regimbe contre ce jugement si sévère, mais si juste, et ils s'exprime ainsi :

« Nos politiques inopportunistes, si on les eût écoutés, auraient bit avorter le mouvement catholique belge, dont les résultats sont admirables, et ce sont ces résultats qui irritent M. Frère-Orban et les frères des loges maçonniques. »

Ainsi, ceux qui tenaient ce langage que j'ai rapporté étaient traités d'inopportunistes, et le cardinal Dechamps n'admettait pas qu'il fût possible à la papauté de tenir compte de leurs protestalions et de leurs conseils. Et pourquoi ? Parce que le plan que Tépiscopat avait organisé n'avait pas un but religieux; il avait un but politique, et exclusivement politique.

L'épiscopat savait très bien que la foi des enfants n'était pas en péril; qu'il ne s'agissait pas de sauver leurs âmes, mais, en exploitant le Êinatisme des populations qu'il surexcitait, l'épiscopat s*imagiuait les amener au scrutin dans des dispositions d'esprit qui leur auraient fait croire que leur religion était menacée ; et pour le leur persuader, il fallait inventer ce péché mortel dont a parlé l'honorable M. Woeste.

M. Woeste. — Mais ce n'est pas moi qui ai parlé de péché mortel, ni qui l'ai défini; j'ai cité une lettre du nonce. Voilà dix fois que vous répétez la même chose.

M. Janson. — D'après vous, alors, ce n'est pas un péché mortel! {Hilarité et applaudissements à gauche. Bruit à droite.) •

Tâchez donc de nous donner un cours de théologie. (Bmit.)

M. Woeste. — Je ne suis pas un Père de l'Eglise comme vous! Je le répète, je me suis borné à citer une lettre du nonce !

M. Janson. — L'honorable M. Woeste dit qu'il n'est pas un Père de l'Eglise; l'honorable membre a cependant toutes les qualités requises qu'il faut pour l'être, quand il vient nous entretenir

ici de péchés mortels et d'autres questions d*un ordre purement religieux ! {Rires à gauche.)

11 reste acquis que les volontés épiscopales ont triomphé de toutes les résistances; aussi je suis autorisé à.dire que Fépiscopat a la prétention de diriger la politique de la droite, que cette prétention, il la revendique hautement, fièrement, qu il n admet pas la moindre contradiction à ses idées dominatrices, et que son système consiste h exploiter le fanatisme des populations dans un but électoral.

Le pays a répondu à ce défi; le pays, par un verdict récent, a condamné les manœuvres de tout genre, qui. ont été mises en œuvre par le clergé, dans Tespérance d'arriver à conquérir le pouvoir !

Et aujourd'hui que ces manœuvres ont échoué, aujourd'hui que la majorité est fortifiée, aujourd'hui que les paysans se sont révoltés contre leurs curés, l'Eglise est bien près de leur donner en masse l'absolution du péché mortel qu'elle a inventé il y a un an et h les recevoir à bras ouverts dans son sein! Nous assistons à ce spectacle bien singulier, qu'aussi longtemps qu'il y avait une légation à Rome et un nonce à Bruxelles les instructions étaient maintenues dans toute leur rigueur; aujourd'hui que l'ambassadeur est revenu et que le nonce est parti, les instructions sont, à ce qu'il paraît, singulièrement atténuées! Heureux résultat du rappel de notre ambassadeur, dont je ne puis trop me féliciter! {Hilarité à gauche.)

.C'est l'honorable M. Woeste qui nous a appris que les rigueurs d'autrefois ^ont atténuées ; que des tempéraments y sont apportés. Si elles sont atténuées, c est apparemment qu'elles étaient exagérées; c'est qu'elles étaient excessives. Or, depuis six mois là presse épiscopale tout entière soutient que ces instructions sont l'application pure et simple de la doctrine de l'Eglise; qu'il n'y avait rien à y changer, ni rien à y modifier.

Tarrive maintenant à ma conclusion; nous savons quelle a été la politicpie de Tépiscopat. Vous nous dites aujourd'hui qu'il était parfaitement d accord avec la papauté ; vous nous dites que la papauté l'approuvait, qu'elle lencourageait ; mais alors quelle est donc la conséquence à en déduire? Est-ce que nous allons conserver des relations diplomatiques avec un souverain qui n'existe même plus, alors que ce souverain est le chef avéré d'une agitation fomentée dans le pays, pour susciter contre l'exécution de la loi l'opposition et les résistances de ceux-là mêmes qui ont pour devoir de concourir à son exécution?

Evidemment, dans l'hypothèse où vous vous placez, la rupture de nos relations diplomatiques avec le Vatican serait pleinement justifiée, mais cette hypothèse n'est même pas la vraie.

Il est certain, en effet, qu'il y a eu un double langage de la papauté, un langage consigné dans les documents officiels communiqués à la Chambre et un autre langage consigné dans les documents adressés aux évoques. 11 y a notamment, à cet égard, la fameuse lettre du cardinal Dechamps, du 17 juin 1879. II n'y a pas d'explication possible. Voici ce qu'elle dit:

ce La lettre pastorale collective, telle que vous l'avez reçue, est hautement approuvée par le saint-père, mais Sa Sainteté veut que cela reste absolument secret {iissoltUamente segreto), »

Sa Sainteté, entendez-vous bien? c'est-à-dire que pendant que, dans les documents diplomatiques, le cardinal Nina disait qu'il ignorait la circulaire du 12 juin 1879, qu'il regrettait sa publication, dans un document secret destiné à rester confidentiel, il était dit qu'au contraire la circulaire des évéques avait été approuvée et louée par le saint-père; il est vrai que le cardinal de Halines, fort embarrassé de la publication de cette correspondance, a fait apparaître un personnage fantastique et imaginaire qui dans la lettre en question remplace le saint-siége. Seulement ce monsieur qui est arrivé de Rome exprès pour dire que le

saiDt'père approuvait la drcohire, est un personnage anonyme, inventé après coup pour couvrir le saini-siége et mystifier le cardinal Decbamps! L'expression est pitoyable. Je reconnais que le cardinal s*est trouvé dans une situation difficile, embarrassée. II a cherché à disculper Léon XUI ; mais il n*a réussi qu*à mettre plus en évidence toutes les ténébreuses intrigues de la diplomatie pontificale.

Je dis donc que si la thèse de la droite était vraie; 8*il était vrai que Tépiscopat a toujours été d*accord avec le saint-siége, la mesure prise par le gouvernement se justifierait; et je dis qu'étant démontré que le saint-père a joué un double jeu, qu'il a tenu un langage dans la diplomatie, un autre dans sa correspondance secrète avec les évéques, non seulement la mesure se justifie; elle s'impose, et je crois que l'honorable rapporteur du projet d'adresse a eu raison de dire qu'elle était commandée par l'honneur, par la loyauté, par la responsabilité du gouverne* ment.

L'honneur du gouvernement! Gomment l'honneur du gouvernement resterait-il intact si, après avoir engagé des négociations de ce genre, après y avoir apporté tant de longanimité et de patience, après avoir cru, à un moment donné, aboutir à un résultat que la diplomatie romaine venait retirer à la dernière heure, — comment, dis-je, son honneur resterait-il intact, s^l continuait des relations diplomatiques ainsi frappées de stérilité, dans lesquelles il est démontré que la bonne foi et la droiture ont fait défaut du côté du Vatican?

La loyauté du gouvernement ! mais Thonorable Ministre des Affaires étrangères n'a-t-il pas dit qu'il abandonnait momentanément les principes qu'il avait défendus dans l'opposition, parce qu'il crQyait que cet abandon était recommandé par l'intérêt du pays, et que le jour où il reconnaîtrait que cet intérêt n'est plus en cause, il n'hésiterait pas à revenir à son ancienne manière de

voir. Eh bien, la loyauté du gouvernement resterait-elle intacte si, étant démontré aujourd'hui que ce but n'a pas été atteint, le gouvernement persistait à affirmer l'existence d'un résultat chimérique, pour avoir l'air d'avoir réussi, en ayant la certitude d'avoir échoué !

Je dis que le gouvernement devait agir comme il l'a fait ; je l'en félicite et l'en remercie. 11 ne faut pas, en politique, s'obstiner opiniâtrement dans une opinion déterminée, quand il est avéré qu'elle est erronée ; il ne faut pas se rendre l'esclave d'un système préconçu, quand l'intérêt du pays démontre qu'il est nécessaire dentrer dans une voie nouvelle. 11 faut, comme l'a fait l'honorable Ministre des ÂlTaires étrangères, quand la nécessité d'une politique nouvelle est évidente, il faut savoir s'y résigner, dût-il en résulter un léger froissement d'amour-propre, et je me hâte d'ajouter que l'amour-propre de M. le Ministre des Affaires étrangères n'a rien eu à souffrir, parce que la mesure qu'il a prise est si évidemment conforme à la dignité nationale, que tous nous serons d'accord, à gauche du moins, pour voter le projet d'Adresse qui nous est proposé.

Taurais terminé si, à propos de cette Adresse, il ne me paraissait utile et opportun de dire quelques mots de la ligne politique qui semble devoir être suivie dans la situation qui nous est faite. Le gouvernement aurait pu interdire au clergé l'entrée des écoles. Il ne l'a pas fait, et il se trouve que c'est le clergé lui-même qui a fermé la porte qui était restée ouverte; c'est lui qui nous a apporté la solution radicale! L'a-t-il fait parce que la religion était en péril? L'a-t-il fait parce qu'il fallait sauver les âmes des enfants? Mais non ! C'est l'honorable M. Struye qui nous l'a dit.

La Chambre se rappelle encore l'émotion extraordinaire qui s'est emparée de l'honorable membre à la suite de la publication qui avait été faite de son discours dans le Compte rendu analytique. Je me demandais moi-même comment il était possible que

les rédacteurs du Compte rendu eussent travesti sa pensée au point d'amener chez lui une indignation pareille à celle qu*il a ressentie. Eh bien, vous savez quelle en était la cause. Le Compte rendu analytique faisait dire à M. Struye ceci :

« La guerre acharnée fiaite au dogme catholique s'est poursuivie sans rel&che, au nom de la loi de malheur. »

Eh mais, c'est ce que les curés répètent tous les jours, e'est ce qui fait le fond de tous les discours que nous entendons, et cependant l'honorable membre de s'indigner et de rectifier comme ceci :

<c Le mot d'ordre est d'éviter cela; et la loi le défend. »

II paraît que le mot d*ordre est très bien observé. Puis il continue ainsi :

« Je ne les ai pas attaquées dans leur situation de neutralité apparente, et c'est en raison du caractère de neutralité qui leur est imposé par la loi, qu'elles sont condamnées par TEglise. »

Ainsi, voilà ce que l'honorable membre reconnaît; Taveu est précieux et bon à retenir, je voudrais qu'il fût affiché dans toutes les communes du pays !

M. Struye. — Je n'ai pas à rectifier mes paroles.

Mon langage est parfaitement exact. Les apparences, ai-je dit, sont dans le sens de la neutralité. Je n'ai pas déclaré que les écoles ofTicielIes fussent neutres en eflet. Mais les écoles publi« ques, fussent-elles complètement et parfaitement neutres, encore seraient-elles inacceptables pour le père de famille catholique. Sa conscience demande des écoles où le dogme catholique domine et pénètre tout l'enseignement.

M. Janson. — Je prends votre idée telle que vous l'avez exprimée. Vous dites ceci :

(c Je n'ai pas attaqué les écoles publiques sur ce point-là parce qu'elles n'en sont pas là généralement et actuellement. »

Donc l'école est neutre, dont la loi est respectée; dono toui

vos prêtres qui disent qu'ils veulent sauver les Ames des enfants disent une chose quils savent n*étre pas vraie. {Très Mail à gauche.)

M. stroye. — Me permettez-vous de dire quelques mots?

M. Janson. — Je vous permets de m*iuterrompre au cours de mon discours et je vous répondrai séance tenante. {Interruption.)

M. le président. — Monsieur Struye, vous n*avez pas la parole. Vous avez déjà interrompu Torateur une fois, je vous prie de le laisser continuer !

M. Struye. — Je ne voulais dire que quelques mots.

M. Janson. — Pour ma part, j'écoute toujours avec infiniment de plaisir Thonorable membre; car il a pour spécialité, dans cette Chambre, de formuler les vraies doctrines de TEglise. C'est quelque chose de très important que le langage d'un membre qui a comme lui autorité pour parler au nom de l'Eglise et pour exposer sa doctrine et ses appréciations. {Bruit à droite; hilarité à gauche.)

Je disais donc que le clergé a fermé la porte que le gouvernement lui avait ouverte et qu'il s'est lui-même interdit aujourdliui de rentrer dans l'école primaire. 11 a décrété la solution radicale.

Un ancien usage existait, contraire aux principes constitutionnels, c'est celui en vertu duquel la Chambre s'associait aux cérémonies publiques d'un culte déterminé. Les évéques se sont abstenus de paraître aux fêtes nationales ; la Chambre a répondu, et elle a bien fait, en rentrant dans la vérité constitutionnelle.

Est-ce tout? Non pas. Voici la conclusion qui se dégage de la situation que le clergé a créée. Elle a été formulée en termes d'une netteté et d'une précision admirables par l'honorable Ministre des Affaires étrangères. C'est, si je puis m'exprimer ainsi, une esquisse générale des destinées ultérieures du parti libéral et la

formule de son programme, sans que cependant les détails soient indiqués:

« Certes, dit l*honorable ministre, dans sa dépêche du mois da?ril, aucune mesure de persécution ni d*oppression n*est à craindre en Belgique. Nos mœurs comme nos lois les répudient; mais ce serait en forcer Fesprit, en dénaturer le caractère que de compter, en toute éventualité, sur le mainiien indéfini cTtcit régime de faveur auquel ne correspondrait, chez ceux qui en profitent, aucun ménagement, aucune retenue, aucun respect envers Tautorité civile et les pouvoirs de l'Etat. Le gouvernement ne saurait toujours être à même de résister à la pression d'un mouvement d'opinion qui gagne de jour en jour en étendue comme en intensité et qui réclame des mesures de représailles contre un clergé qui, après s'être mis au-desbus des lois, serait mal venu de se plaindre qu'on lui flt sentir les conséquences d'une situation créée, maintenue, aggravée sans cesse par lui-même. »

Aussi quand les honorables membres de la droite disent que le gouvernement est prisonnier des radicaux, ils se trompent; ils devraient dire qu'il est le prisonnier des cléricaux ; ce sont eux qui, par leurs actes, leur langage, leurs excès de tout genre, provoquent les solutions dont ils se lamentent.

Le gouvernement ne peut avoir une autre politique que celle qu'il a affirmée d une manière si ferme et si décidée, en réponse aux revendications hautaines de l'épiscopat et de la papauté; il faut que tous, clercs ou laïques, soient ramenés au respect et à lobéissance dus à la loi. {Applaudissements à gauche.)

Un mot encore. 11 y a pour le clergé un régime de faveur, disait le Ministre des All'aires étrangères. Voyons si le clergé peut prétendre à ce que ce régime de faveur soit maintenu.

Le clergé a des établissements spéciaux qui s'appellent sémi« naiies; ils ont été établis par le concordat à la condition de n*être pas dotés par l'Etat.

Est-ce que l*Etat va continuer à subsidier les séminaires et în accorder des bourses aux séminaristes?

Comment ! le clergé dont la droite exalte les richesses» richesses dont je ne veux pas en ce moment rechercher les sources, le clergé possède des trésors suffisants pour organiser une instruction primaire dans toute retendue du pays, et il n'aurait pas de ressources pour subventionner son enseignement purement confessionnel?

Plus de régime de faveur, plus de subsides pour les séminaires, plus de bourses pour les séminaristes, dit Topinion publique, à laquelle Thonorable Ministre des Affaires étrangères doit prêter une oreille attentive et qui exerce sa légitime influence sur la politique du gouvernement.

Les séminaristes sont exemptés du service militaire, et de pauvres paysans doivent servir dans larmée en lieu et place de ces séminaristes.

G*est un régime de Saveur. Il faut le supprimer.

Et le budget des cultes? 11 est ce qu*il devait être il y a trois ans; mais l*Eglise catholique ayant rejeté de son sein le tiers de ses fidèles, est-il nécessaire que le budget des cultes reste aussi considérable, alors surtout que le clergé emploie la plus grande partie de son temps à Êiire de la politique et rien que de la politique?

Réduction du budget des cultes, dit Topinion publique; le maintenir tel qu'il est, ce serait créer, au profit du clergé, un régime de faveur.

Je passe à un autre ordre d'idées.

Le 4 mars 1870, intervint une loi transactionnelle sur les fabriques d'église. Le gouvernement assura aux fabriques d*église une situation toute spéciale en vertu de laquelle, si elles ne demandent pas de subside, elles ne devront pas rendre de comptes.

Nouveau privilège, car il nexiste pas une seule personne civile dont le patrimoine soit soustrait au contrôle de l'autorité administrative.

Nous avions pu avoir jusqu'ici la certitude morale que les ressources des fabriques d*église servaient aux besoins du culte. Qui nous dit qu'elles n'alimentent pas le budget d'instruction cléricale? Il nous faut porter de ce côté les investigations et le contrôle de l'Etat; et il faut que les ^briques d^église, comme toutes les autres personnes civiles, soient soumises à Tautorité de la loi. Plus de régime de faveur pour les fabriques d'église! (Vive approbation à gauche.)

Enfin, est-il possible aujourd'hui de ne pas exiger que l'instruction donnée par TEtat devienne absolument gratuite? (Tràs bien ! à gauche.) C'est le résultat inévitable de la concurrence qui est faite par le clergé, qui essaye par tous les moyens de peupler ses écoles, sans exiger de ses élèves une rétribution, et cela tandis que des administrations communales, hostiles à la loi, s'efforcent de diminuer arbitrairement le nombre des élèves ayant droit à l'instruction gratuite !

Et, Messieurs, quand nous voyons d'un côté le clergé recruter ses élèves à l'aide de moyens comminatoires, à l'aide du refus d'absolution et de l'oppression des consciences, hésiterons-nous, législateurs, à déclarer l'instruction obligatoire, en la sanctionnant, par des moyens légaux, dignes et honorables?

C'est ainsi. Messieurs, que j'arrive k la conclusion de mon discours, conclusion qui, je le pense, est absolument inattaquable.

Vous vous plaignez, messieurs de la droite, de solutions radicales. Vous avez tort, car elles sont strictement constitutionnelles; mais, du reste, vous en avez pris l'initiative et la responsabilité, — et aussi longtemps que vous serez, à votre point de vue, aussi radicaux que vous l'êtes, et Dieu sait à quel point vous

Télés, nous aussi, nous serons radicaux, autant que nous le sommes, et nous appliquerons rigoureusement, dans toutes leurs conséquences, les principes constitutionnels. (Applaudissements à gauche.)

SÉANCE DU 30 NOVEMBRE iSSO.

M. le président. — La parole est à M. le Ministre des Aflaii-es étrangères.

M. Frère-Orbaiiy Ministre des Affaires étrangères. —Messieurs, j'avais pensé qu*un membre de la droite se serait levé aujourd'hui pour répondre au discours de l'honorable M. Janson. Cependant, aucune demande d'inscription n'ayant été faite, j'ai conclu du silence gardé par l'opposition qu'on désirait me voir prendre la parole. {Marques ^assentiment.)

Je défère à ce désir.

J'ai écouté avec une attention soutenue, avec le plus grand calme, les discours des orateurs de la minorité.

Les accusations les plus graves, les accusations les plus violentes ne m'ont pas été épargnées. Elles n'ont pas eu la vertu de m'émouvoir.

Je les connaissais d'ailleurs et l'opposition n'a pas eu d'autre pdue que de les prendre dans la presse épiscopale.

Peut-être s'est-on vu obligé de les portera cette tribune... de peur d'être grondé (i) ! {Hilarité à gauche.)

Si l'on avait osé faire des remonstrances, dire tout haut son sentiment intime, fût-on le plus ancien serviteur du parti catho-

(1) « Depuis que Monseigneur de Liège, après avoir grondé le directeur de la Reime, comme fat grondé M. Woeste, s*y est abonné, le directeur examine mieux sa conscience. Oui, faisons ainsi : grondons, mais encourageons les bommes qui veulent se dévouer à la bonne cause. » {Lettre de Mgr Dechamps aux Evéqies, 8 février 1876.)

— gaélique, fùt-oo un ancien Ministre, fût-on un Ministre d*État, on sexposait i être traité de « pédagogue » (1).

Si Ton arait eu la prétention d'adopter une autre politique que celle des Evéques, il fallait s attendre, tombant sous le coup dun suprême dédain, h être raillés sous le titre de ce meneurs de la droite » (2), et dénoncés comme des « inopportunistes (3) qui auraient « tout perdu si on les eût écoutés ».

Il n'y a, en effet, quune politique bonne à pratiquer, c'est celle des Evéques. Cette politique-là est naturellement douce, charitable, pleine d'onction chrétienne ; elle a. pour but de faire régner la paix dans les es|)rits et dans les cœurs ; car elle s'inspire avant tout de ces mandements remplis de mansuétude que vous connaissez, elle s'inspire de ces petits écrits destinés « à faire rugir a les libéraux et faire gémir les catholiques-libéraux » (4).

Me voilà donc accusé, par ordre peut-être, — et dans l'espoir sans doute de me faire rugir, — d'être l'esclave des radicaux ! {JRxTtz à gauche.) Mais si je suis l'esclave des radicaux, aux yeux de l'opposition je suis doublé d'un Machiavel !

J'étais modéré autrefois, selon l'opposition, mais j'ai cessé de l'être.

(i) .... (( J'ai constamment combattu, depuis que je suis Evêque, les prétendus conciliateurs, les catholiques-libéraux, toujours prêts à sacriûer nos droits, comme le malheureux Baron d'Anethan vient encore de le prouver dans le misérable article qu'il vient d'insérer dans le Jowmal de Bruxelles, Il se constitue la pédagogue de TEpiscopat. » {Lettre de Mgr Dechamps à Mgr Dumont, ii septembre i878.)

(â) « 11 serait cependant utile de prévoir dès à présent à quelles mesures il faudra recourir afin que nous puissions instruire et diriger les fidèles aussitôt après la présentation du projet ministériel et empêcher les meneurs de la droite de compromettre la situation. » (Lettre de Mgr de Liège à Mgr Dumoiit, du 7 décembre 1878.)

(5) « ...Il n'y a qu'une chose à faire : Maintenir fermement tout ce qui a été fait ; nos politiques inopportunistes, si on les eût écoutés, auraient fait avorter le mouvement catholique dont les résultats sont admirables. » {Lettre de Mgr Dechamps à ses suffragauts, i6 octobre 1879.)

(i) « Je vous adresse une brochure qui fera rugir les libéraux et gémir les catholiques-libéraux, etc. » (Mgr Dechamps à Mgr de Monlpellier, ^4 novembre 1877.)

Je me suis laissé enchaîner par amour du pouvoir, par le désir ardent de conserver un portefeuille que je n'ai pas possédé assez longtemps !

On oublie qu'il y a vingt-cinq ou trente ans déjà» l'honorable M. Dechamps me représentait comme un adepte de Mazzini et de Robert Blum» à raison des opinions que j'avais exprimées, — opinions qui n*ont pas varié depuis, — sur l'enseignement religi 3UX dans les écoles.

On oublie que tout récemment, reprenant un thème analogue, un honorable membre a passé dans les rangs de la droite en acceptant un portefeuille, afin de dénoncer au pays et de combattre ma politique violente en matière cléricale !

Me voilà donc redevenu un homme modéré pour les nécessités de tactique des membres de la droite, mais réduit en servitude.

Les honorables membres ont choisi, avec une habileté incomparable, il faut le reconnaître, le moment où il convenait de me représenter comme étant devenu l'esclave des radicaux. Ces abominables gens m'ont imposé la revision de la loi de 1842; ces abominables gens m'ont imposé la rupture avec le Vatican !

Messieurs, dans ma carrière politique, déjà bien longue, serait-il possible de trouver deux questions qui me soient plus personnelles, qui se soient en quelque sorte plus incarnées en moi que les questions agitées en ce moment et à propos desquelles on vient de parler de mon esclavage ? Certainement non !

En 1842, au sein du Conseil communal de Liège, qui examinait une pétition relative au projet de loi sur l'enseignement primaire, j'ai émis une première fois mon opinion sur ce sujet. J'ai demandé alors — et l'idée a paru extrêmement hardie pour cette époque, — j'ai demandé pourquoi on ne séparait pas renseignement de la morale de l'enseignement de la religion.

Cette opinion, — qui semble aujourd'hui dans nos débats

presque un lieu commun, — on la discuta, on l'attaqua forte-

ment dans cette Chambre, désignant spécialement le Conseil communal de Liège qui avait osé Texprimer.

Le projet de loi est voté ; je persiste dans les attaques que j*avais dirigées contre lui.

Le Congrès libéral s'assemble en 1846. Ten formule le programme et j*y insère la clause relative à la revision de la loi de 1842 en demandant Torganisation d'un enseignement public à tous les degrés, sous la direction exclusive de Tautorité civile.

Peu après j'arrive au pouvoir. L'opinion libérale accomplit le premier de ses engagements en votant la loi de 1850 et en y inscrivant le principe de la sécularisation de renseignement.

Un projet de loi pour la revision de la loi de 1842 est préparé dès ce moment, arrêté et imprimé en épreuve. Mais le vote de la loi sur renseignement moyen parut avoir exigé un effort trop grand pour qu'on pût^ntreprendre la revision de la loi sur l'enseignement primaire.

La majorité nous fit défaut; la réforme fut ajournée. Toutefois je n'ai pas un seul moment, depuis lors, abandonné le principe de la revision de la loi de 1842, et le jour où une majorité se déclare prête à me suivre et à la voter, j'en fais immédiatement la proposition. Et dans quelles conditions? En y inscrivant l'article 4, combattu par ceux qu'on appelle les radicaux.

Voilà comment je suis leur esclave en matière d'enseignement primaire !

Et quant à nos relations avec le Vatican, tout le monde ne sait-il pas que j'ai été le premier à soulever cette question dans cette enceinte? N'est-ce pas moi qui, immédiatement après la suppression du pouvoir temporel, ai soutenu qu'il était peu en harmonie avec nos principes constitutionnels, de conserver plus longtemps une Légation auprès du Souverain Pontife ? N'en ai-je pas proposé alors la suppression ?

Et lorsque plus tard, étant redevenu ministre, je suis amené à

proposer, à décider moi-même la suppression de la Légation avec le Vatican, après des négociations que nous apprécierons dans le cours de cette discussion, on m'accuse d'être également en ce point Tesclave des radicaux ! {Rires à gauche.)

Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, qu'il est des ridicules auxquels on ne devrait pas s'exposer ?

Mais si l'esclave s'évanouit, le Machiavel subsiste.

À force de ruses, d'artifices, de perfidies, de duplicité, de fourberies inconnues jusqu'alors, Machiavel a obtenu que le Pape lui livrât les Évéques ; il a obtenu que, pendant de longs mois, —juste le temps nécessaire pour préparer et£aire les élections, — il pût montrer, par tout le pays, les Évêques en dissentiment avec le Souverain Pontife, blâmés par lui, et le Souverain Pontife exprimant des regrets solennels que ses conseils n'eussent pas été suivis.

Puis bientôt, par une combinaison savamment méditée, profondément calculée, Machiavel a dénoncé la rupture des relations, à la veille des élections, mais ni trop tôt, ni trop tard, juste pour que le pays ne pût pas connaître la rupture de ces relations ; et Machiavel a l'audace de venir déclarer que, s'il a agi de la sorte, c'est qu'il ne voulait pas que l'on pût l'accuser d'avoir subordonné cette résolution au résultat des scrutins qui se préparaient. 11 ne voulait pas qu'on pût lui dire, de la part de la gauche, si la lutte avait tourné contre le parti libéral : « Vous avez laissé subsister une situation que vous deviez faire disparaître, que vous vous étiez engagé à faire disparaître, le jour ob vous auriez la certitude qu'il était impossible de continuer les relations avec le Vatican. » Il n'a pas voulu qu'on pût lui reprocher, de la part de la droite, d'avoir spéculé sur le résultat des élections, de ne s'être prononcé que lorsque les électeurs avaient parlé.

C'était assurément là une combinaison très savante, très pro-

fonde, c'était le comble de lliabileté. Et cette habileté qu*on croyait ne pouvoir être dépassée, le fiit encore. On ne songe pas à tout. Les calculs de Machiavd avaient été âablis sur la supposition que, les élections Eûtes, tout était dit. Il n'en fut pas ainsi ; on n'avait pas prévu les ballottages. Cétait là un danger nouveau. Mais Machiavel n'était pas k bout de ressources. Il sut encore parer à la difficulté; et la curie romaine prit elle-même le soin de l'aider dans cette entreprise de la manière la plus débonnaire.

Vous ne l'ignorez pas. Messieurs, aussitôt la dénonciation de la rupture £sdte au Vatican, on réclama, disant que la réponse à ma dernière dépêche n'était pas encore parvenue.

Je suspendis donc immédiatement la dénonciation de cette rupture au Nonce, voulant ainsi lui laisser le temps de me remettre la dépêche annoncée de la part de la curie romaine. Le tour était accompli, et les ballottages se firent au profit du parti ministériel. Cependant, quand on me £ait un reproche d'avoir attendu la réponse du Saint-Siège et empêché de la sorte que l'on connût la rupture des relation^, on oublie un peu que l'on a fait afficher à Namur, au moment du ballottage, que la Légation auprès du Vatican se trouvait supprimée.

Mais ce sont là des détails aux yeux des honorables membres de la droite, qui semblent avoir fait la gageure de démontrer que la finesse, l'habileté proverbiales de la diplomatie vaticane ne sont plus aujourd'hui qu'une tradition perdue. Cette diplomatie a été jouée par moi; et pour me servir des termes mêmes dont on s'est servi à droite, — J'ai mystifié la curie romaine, j'ai mystifié la Chambre, j'ai mystifié le pays et surtout mes amis. Il n'y a que mes adversaires qui ont la modestie de croire qu'ils n'ont pas été mystifiés. {Rires à gauche.)

Ah ! si j'avais été un mystificateur de bon ton, on m'absoudrait peut-être. Si j'avais joué les gens les plus fins qui soient au monde, avec les grands airs d'un prince de Talleyrand, qui

n avait pas été évéque pour rien, on se déclarerait peut-être satis&it Mais j*ai manqué d'urbanité; j*ai manqué à toutes les convenances !

Et pour le mieux prouver, on me prête des discours que je n'ai pas tenus; on emprunte à la presse et on apporte résolument dans cette enceinte des appréciations de certains journaux, et, par loyauté assurément, on insinue que je dois en être rendu responsable. On prend des lambeaux de phrases, des mots isolés dans les dépêches publiées et écrites par moi après la rupture, on altère la pensée qui a dicté ces expressions ; et l'on croit avoir ainsi justifié les imputations injurieuses qu'on m'adresse ! {Très bien ! à gauche.)

Cest à peine si l'on s'aperçoit que, dans le cours de cet échange de correspondances avec le Secrétaire d'État de Sa Sainteté, j'ai été, il &ut bien le dire, accablé de compliments, et cela à cause du ton même de mes dépêches; on en trouve encore certaines traces dans les pièces qui ont été publiées. Hais je suis forcé d'avouer que j'ai supprimé beaucoup de ces compliments, les trouvant vraiment trop flatteurs, et croyant devoir y renoncer dans une publication Êiite par moi-même.

On ne craint pas de dire. Messieurs, que, m*abaissant au rôle d'un homme qui insulte une femme, j'ai insulté un vieillard sans défense. On ne craint pas d'affirmer, contrairement à la vérité, que j*ai traité de fourbe le Souverain Pontife. On s'écrie que je n*aurais pas eu l'attitude que j'ai prise en cette affaire si j'avais eu à traiter avec un souverain ayant 500,000 hommes derrière lui.

Messieurs, je crois pouvoir dire que, dès qu'il s'agissait de défendre le droit et la dignité du pays, je ne me suis jamais préoccupé de savoir quelles étaient les forces dont pouvaient disposer ceux vis-à-vis desquels je me trouvais! {Très bien! à gauche.) Les archives des chancelleries européennes, qui sont autorisées, elles, à se prononcer en pareille matière, pourraient.

aussi bien que nos propres archives, en témoigna et me faire rendre complètement jostioe! (SensaiUm.)

Aussi me crois- je autorisé à dédaigner les imputations outrageantes dirigées contre moi, aussi bien quant au fond que quant à la forme, à raison de la politique que j*ai suivie dans cette affaire. Biais je comprends. Messieurs, que, sous le rapport des convenances et de la forme, les honorables membres de Topposition, qui ont appris le beau langage et les belles manières dans les mandements épiscopaux et dans la presse épiscopale, puissent se croire autorisés à m'enseigner les règles de la civilité diplomatique! {Hilarité à gauche.)

Une chose me touche pourtant : quelque flatteuse que puisse être pour mon amour-propre Topinion des membres de la droite qui prétendent que, dans cette affaire, j'ai habilement joué la diplomatie vaticane et mystifié le monde enfîer, je répudie hautement de pareilles appréciations (Approbation à gaticlie.) Taime mieax montrer que mon attitude a constamment été correcte, droite, franche et loyale. (Très bien! à gauche.)

Vous savez quel était Tétat de la question au moment où se sont engagés les pourparlers avec le Vatican. Nos opinions étaient connues ; elles avaient été exprimées à diverses reprises ; nous avions soutenu l'inutilité d'une Légation auprès du Souverain Pontife ; notre résolution était prise : c'était une des bases de la constitution du Cabinet, et pourtant l'on assure aujourd'hui que je cherchais un prétexte pour supprimer la Légation du Vatican!

Au moment où cette Légation allait être supprimée, on prend l'initiative d'ouvertures pour nous montrer les services que le chef de l'Eglise peut rendre au pays.

Sous l'inspiration de l'Episcopat, des assauts continuels étaient livrés à nos institutions par l'enseignement et par la presse. Le Pape annonce spontanément sa volonté de faire cesser ces atta ques. Nous hésitons à entrer dans la voie où l'on veut nous

engager ; mais n*ayant en vue que le bien public» la pacification des esprits, nous ne refusons pas, après mûre réflexion, de prêter Toreille aux ouvertures qui nous sont faites.

Chose remarquable! En faisant ces ouvertures aux hommes qui dirigeaient le Gouvernement belge, on savait parfoitement quels étaient leurs sentiments, quelles étaient leurs opinions. Nous étions en quelque sorte des programmes vivants. Nous avions fait connaître nos intentions et dans l'opposition et en prenant la direction des affaires. Aucun doute ne pouvait subsister sous c8 rapport : on savait avec qui Ton traitait (il gauche : Oui ! oui !) Les déclarations qui nous étaient faites étaient d'autant plus significatives.

Notre désir sincère, loyal, de coopérer à l'œuvre qu'on annonçait vouloir entreprendre se révèle à des signes qui ne trompent point. Nous étions engagés, mes collègues et moi, et moi plus qu'aucun autre, sur cette question; nous avions de plus engagé notre parti. Nous acceptons néanmoins et résolument la situation fort difficile de rompre des engagements publiquement contractés; nous acceptons résolument cette tâohe, non moins délicate et périlleuse surtout, d'amener nos amis politiques à nous suivre dans une pareille évolution.

A peine arrivés au pouvoir, nous nous exposions à diviser notre propre parti sur une question, à propos de laquelle nous avions rallié nos amis. Nous devions affronter des attaques qui ne pouvaient que nous affaiblir sans nous apporter aucun profit.

Nous ne pouvions accepter, — tout homme de bonne foi le reconnaîtra, — une pareille situation que parce que nous avions conçu l'espérance de faire chose utile au pays.

Les pourparlers s'engagent dans cette disposition des esprits.

Deux phases distinctes les caractérisent.

Dans la première phase Léon XIII apparaît comme voulant pratiquer une politique différente de celle de Pie IX.

Je ne parle pas, — qu'on Fentende bien, — je ne parie pas de la foi, des doctrines, des principes; il est clair que là-dessus Léon XIII est et devait être d*accord avec ses prédécesseurs.

Je ne parle que de la politique proprement dite.

A la guerre acharnée que Pie IX faisait aux catholiques libéraux parce qu'ils se déclaraient attachés aux institutions libres, Léon XIII paraît vouloir substituer la défense d'attaquer la Ck)nstitution et enjoindre de l'aimer et de la défendre. Il cherche à «imposer silence à la presse épiscopale qui chaque jour outrageait nos institutions.

Il ne se borne pas à des déclarations dans des entretiens privés avec les agents du Gouvernement comme pouvaient l'avoir Eut ses prédécesseurs.

Nous faisons observer que si l'on veut que de pareilles déclarations aient quelque e&cacité, elles doivent se manifester « ailleurs et autrement » ; le Souverain Pontife nous Eût dire alors officiellement que des instructions dans oe sens ont été données aux Evéques.

Au milieu du conflit scolaire qui éclatait sur ces entre&ites, — et tout homme sérieux ayant quelque esprit politique savait qu'il devait naître inévitablement; on le savait à Rome, tout le monde devait le savoir ; il n'y a guère que l'honorable H. Gomesse, qui pouvait supposer le contraire, — au milieu du conflit scolaire qui éclate bientôt après, le Souverain Pontife s'abstient complètement de s'unir aux Evéques et il se £ait officiellement, vis-à-vis du Gouvernement belge, un mérite de son abstention.

Bien plus : il déclare donner sans cesse des conseils de calme, de prudence et de modération. Il va plus loin : la loi votée, les Evéques préparant les mesures d'exécution, le Pape déclare formellement approuver le moyen que J'avais suggéré, de ne pas condamner les écoles en masse, de réserver les rigueurs pour celles où serait donné un enseignement irréligieux ou bien au

sujet desquelles le clergé aurait des motifs légitimes de réprobation à invoquer, motifs que Ton ne pourrait ou que Ton ne voudrait pas faire disparaître.

Léon XIII donna des instructions, je pourrais dire aujourd'hui donna des ordres dans ce sens. II ne fut pas écouté. Ses plaintes, ses regrets furent exprimés dans cette lettre fameuse du 5 octobre 1879, qui résume les déclarations successivement faites dans la correspondance.

Cette première phase, qui se clôt par la lettre du 5 octobre, explique et justifie pleinement l'échange de vues, les relations maintenues avec le Vatican.

La seconde phase s*ouvre le 3 mai 1880 pour aboutir à la rupture.

Dans la première partie de la négociation, le Pape apparaît en dissentiment avec les Evéques, non pas assurément sur la foi, non pas sur les principes, sur les doctrines, mais sur la politique, sur l'application.

Dans la seconde partie, le Pape se proclame complètement, entièrement d'accord avec les Evéques aussi bien sur les principes que sur l'application.

Dans de semblables conditions, nos relations avec le Vatican étaient-elles encore possibles, la rupture n'était-elle pas imposée?

Pour combattre sur ce point nos conclusions, que peuvent dire nos adversaires? Gomment peuvent-ils contester la nécessité de la rupture avec le chef même qui suscitait l'opposition à la loi, et sanctionnait la révolte du clergé?

On en est réduit à prétendre que l'accord a toujours existé; que, du premier au dernier jour, le Souverain Pontife approuvait les Evéques dans les mesures qu'ils ont prises; que si, par événement, pendant les pourparlers, certains dissentiments se sont élevés, ils ont été bientôt aplanis, et que l'harmonie n'a cessé de régner.

Si cette assertion était exacte, qu'en faudrait-il conclure? Une seule chose; c'est que la rupture aurait dû être faite beaucoup plus tôt, c'est que l'ensemble de ces négociations n'a été qu'une illusion dont tout le monde a été victime ; on croyait que le Pape intervenait utilement, à un degré plus ou moins appréciable, mais qu'il intervenait enfin, se mettant entre les Evéques et nous, essayant de pacifier, faisant des efforts pour arriver à une solution qui pût satisËdre le Gouvernement.

Erreur, dit l'opposition, du premier au dernier jour de réchange de vues, Taccord a été par&dt entre le Vatican et l'Episcopat. II aurait donc fallu ne pas négocier, et, dès le premier jour, nous arrêter dans la voie où nous nous engagions; telle serait, je le répète, la seule conclusion à tirer de cette appréciation des faits.

Mais cette appréciation est-elle exacte? Je n'aurai nulle peine à vous convaincre du contraire.

L'opposition fait des efforts surhumains pour essayer de nous démontrer en commentant les dépêches après les avoir scindées, en glanant quelques mots par-ci par-là dans ces dépêches, que nous étions dupes de notre imagination en croyant au désaccord.

L'opposition estime que ce travail a été mal fait par la curie romaine, par la Secrétairerie d'Etat; elle estime que les explications fournies par son Eminence le Cardinal Nina, dans la correspondance qu'il a échangée avec moi, n'ont pas été suffisamment claires ; elle reprend en sous-œuvre un travail déjà fait.

Serai-je condamné, à mon tour, à reproduire les dépêches que j'ai adressées au Secrétaire d'Etat du Saint-Siège, pour vous démontrer que l'on fait œuvre téméraire en niant le dissentiment?

N'y a-t-il donc pas quelque autre moyen de porter la lumière dans les esprits, et de faire en sorte qu'une controverse sérieuse à ce sujet ne puisse subsister un seul instant?

Je crois» Messieurs, que ce moyen existe, et qu*il est inutile que je me livre à une longue compilation de textes pour infirmer la thèse de l'opposition. J'invoque le jugement de la Chambre; j'invoque l'opinion des Evoques eux-mêmes publiée par lapresse épiscopale immédiatement après que la correspondance avait été mise sous les yeux du public ; j'invoque le sentiment universel exprimé par la presse des deux mondes sur le caractère des documents que les publicistes étaient appelés à apprécier; j'invoque l'absence de toute contradiction de la part du Saint-Siège pour essayer de détruire» pour effacer, pour affaiblir d'une façon quelconque par un acte public l'impression universelle ; j'invoque enfin aujourd'hui la preuve écrite, émanée de la curie romaine, constatant que des dissentiments graves, dés dissentiments profonds, maintenant niés, ont existé en effet entre le Pape et les Evoques sur ce point fondamental, à savoir les moyens à employer par le clergé à l'égard des écoles officielles.

La Chambre n'a pas oublié qu'elle voulut bien m'accorder, tout au début de cette affaire, un vote de confiance, d'absolue confiance, sur la simple annonce que des négociations se poursuivaient, qui permettaient d'espérer quelque résultat utile pour le pays. Après ce vote, un an se passe, et le moment vient ensuite d'éclairer la Chambre sur le firuit de ces négociations.

Dans la séance du 18 novembre, je soumets à la Chambre l'exposé complet de cette affaire» et certains points ayant été contestés par l'honorable chef de l'opposition, je m'explique de nouveau dans la séance du 19. Quels étaient les éléments de cet exposé? C'étaient des extraits de dépêches. Je fus sobre de commentaires.

On pouvait contester les inductions que je formulais, mais chacun ayant les pièces sous les yeux était en mesure de les apprécier.

J'induisais des dépêches soumises à la Chambre que le Souverain Pontife n'avait pas été d'accord avec les Evêques ; qu'il ne

les avait pas approuvés; qu'il blâmait, par conséquent, implicitement et même foimellement ceux qui n'avaient pas voulu suivre ses conseils. — Mais j'eus le plus grand soin de répéter partout, en une foule de circonstances, que, sur la foi, sur les principes, sur la doctrine, l'accord était absolu, complet, que le dissentiment portait exclusivement sur des questions d'application.

Je précise encore que le point capital, fondamental dans mon esprit était celui-ci : point de condamnation en masse des écoles, condamnation réservée aux écoles où l'on constaterait quelque chose dont le clergé eût à se plaindre.

Dans Tune de nos discussions où je caractérise ce point, rhonorable chef de l'opposition nie que le Pape ait approuvé le moyen indiqué par moi : je l'affirme et je défie hautement tout démenti à ce sujet. (Interruption de M. Mabu.) Lorsque j'expliquai en quoi consistait le dissentiment et que j'affirmai que le Pape n'avait pas voulu la proscription des écoles publiques en masse, vous me fîtes l'honneur de m'interrompre pour me dire : Le Pape n'a pas dit cela. A quoi je répliquai : Le Pape a ainsi parlé ; je laffirme et j'attends un démenti sur ce point. Voilà ce que j'ai dit alors; je parlais ainsi d'après la connaissance que j'avais de la situation et de ce que m'avait dit le Nonce apostolique.

Après l'exposé du 18 novembre, toutes les pièces furent publiées.

Plusieurs mois s'écoulent, remarquez-le bien, avant que la discussion soit reprise.

Les pièces, durant ce temps, sont soumises à un véritable débat contradictoire dans le public et dans la presse. La discussion s'ouvre devant la Chambre : nouveau débat contradictoire ; la Chambre se prononce et maintient la"" Légation auprès du Vatican.

Je demande à tout homme sérieux si l'on peut soutenir un instant qu'un seul membre de la gauche eût pu voter pour le

maintien de notre Légation auprès du Vatican si l'on avait su alors ou si Ton avait pu conclure des documents publiés que le Pape était entièrement, complètement d'accord avec les Evéques?

Eh bien. Messieurs, voilà, contre le thème actuel de Topposition, une première preuve et je dirai une preuve irrécusable résultant de la manière dont ces documents ont été appréciés, non pas par moi, mais par la Chambre elle-même.

U était impossible d'ailleurs que la Chambre ne reçût pas cette impression à la simple lecture de la dépêche du 5 octobre, sans commentaire aucun, ce Les conséquences tirées de principes justes peuvent être inopportunes, excessives ; une autre solution serait intervenue si les conseils du Pape avaient été suivis. Nous ne pouvons qu'exprimer des regrets, les Evêques ont agi sous leur propre responsabilité; leurs instructions nous paraissent excessives, mais nous les engageons à les appliquer avec une extrême modération; » voilà ce que l'on trouve dans la dépêche du 5 octobre.

Est-ce l'accord, l'approbation, ou n'est-ce pas, au contraire, un blâme implicite qui ressort de tous les termes de cette dépêche?

Cest donc à raison des bonnes intentions manifestées par le Souverain Pontife, à raison de l'espoir que l'on conserve de voir les conseils donnés aux Evéques conjurer un conflit déplorable dans le pays au sujet des écoles, c'est à raison de cela et à raison de cela seulement que la majorité se décide à voter le maintien de la Légation.

Je crois pouvoir défier toute contradiction sur oe point.

La lecture des documents diplomatiques va-t-elle faire un autre effet sur les principaux intéressés, sur les Evêques? Ces documents sont à peine publiés, l'exposé parait à peine dans les ilmud^ parlementaires qu'immédiatement toute la presse épiscopale, en vertu d'un mot d'ordre, déclare qu'à cêté de la correspondance diplomatique il y a une correspondance ecclésiastique

et que cette correspondance ecclésiastique inflrme la correspondance diplomatique.

Qu*est-ce à dire» sinon que la correspondance diplomatique trahit un dissentiment grave entre le Pape et les Evéques?

On l'avoue, les Evéques Tavouent; que veut-on de plus? mais le sentiment des Evéques, si décisif qu*il soit, n*est pas isolé. Les documents sont publiés; ils sont répandus dans le monde entier, et la presse des deux mondes, s*exprimant par ses organes les plus autorisés, porte sur les pièces qu'elle est appelée à examiner un jugement qui confirme le nôtre.

De toutes parts, Messieurs, on loue le Souverain Pontife, on blâme les Evéques ; on proclame dans l'univers entier que le Pape inaugure une politique nouvelle, qu*il veut l'apaisement des esprits ; que par ces motib il refuse de suivre les Evéques belges dans la voie qu'ils ont adoptée à l'égard des écoles publiques.

Les philosophes ou libres-penseurs, comme ceux qui sont dirigés par les véritables intérêts de la religion, pour peu qu'ils aient d'esprit politique, aspirent à voir disparaître du terrain politique les questions religieuses qui ne semblent plus de notre temps, et tous, d'une voix unanime, applaudissent aux efforts faits par le Souverain Pontife pour diriger la politique papale dans une voie nouvelle dont des hommes assurément non suspects espërentK des conséquences incalculables ». On dirait, Messieurs, une aurore nouvelle qui se lève comme à l'avènement de Pie IX, et il semble que de toutes parts on crierait volontiers encore au Souverain Pontife : Courage, Saint-Père, courage!

A cette démonstration universelle, qui se produit dans toutes les langues, sous toutes les latitudes, à la même heure, à Paris comme à Berlin, à Londres comme à Vienne, que répond donc le Vatican?

11 peut d'un mot dissiper les illusions, si ce sont des illusions ; il peut d'un mot empêcher qu*on n'oppose le Pape aux Evéques. II

garde le silence le plus absolu, et confirme ainsi, d'une maniëi'e éclatante, l'opinion qui s'est spontanément formée partout à la suite de la publication de la correspondance diplomatique.

On ne bit rien pour atténuer cette impression universelle.

n eût été téméraire de le tenter, car des révélations qui se sont produites depuis ont prouvé que des actes émanés de la curie romaine confirmaient la correspondance diplomatique.

Lorsque l'on dégage, dans cette correspondance, les principes relatife aux écoles pour chercher la conclusion pratique à en tirer, on découvre aisément que tout porte sur les moyens auxquels les Evéques auraient recours pour empêcher la fréquentation des écoles officielles. Le mandement du mois de juin faisait craindre des mesures violentes, des mesures rigoureuses. Le Vatican avait promis de donner des instructions, mais ces instructions arrivèrent trop tard.

On a voulu voir là un calcul, une ruse, un moyen employé pour nous égarer, pour nous bercer de vaines espérances. On raillait à ce sujet.

Le Gouvernement demanda des explications. Je fis des représentations ; j'exposai l'injustice qu'il y aurait à condamner les écoles en masse, et le Cardinal Nina me fit déclarer officiellement ce qui suit : « Le moyen que vous avez suggéré a été approuvé par le Pape. »

On m'affirme à diverses reprises que les instructions à donner par les Evéques aux curés seraient fondées sur ce principe que je viens de rappeler, celui que j'avais indiqué moi-même. Vous savez. Messieurs, la déception qu'engendra à cet égard la publication des instructions du 1^' septembre 1879.

Ces instructions prononçaient la proscription en masse, elles édictaient les mesures les plus violentes, les plus criantes injustice à l'égard de ceux qui, de près ou de loin, contribuaient à la fréquentation des écoles officielles : les parents, les enfants,

les instituteurs, les membres des comités scolaires, tous étaient atteints par ces instructions implacables qui devaient à bon droit soulever Tindignation publique.

En présence de cette attitude de TEpiscopat, on ne crut pas à la sincérité des déclarations qui nous avaient été faites à Rome. Il £aut le reconnaître, Tévënement était de nature à inspirer ce sentiment de défiance.

Eh bien, Messieurs, la loyauté nous oblige à déclarer bien haut aujourd'hui que le Pape avait tenu sa promesse : il a fait ce qu'il avait annoncé. Il a fait mieux que de donner des conseils, il a donné des ordres. Il n*a pas été obéi. Une lettre du Nonce, du 7 juillet 1879, à M. le Cardinal Archevêque de Malines, le prouve au plus haut degré d'évidence.

Voici cette lettre :

a 7jaUletl879.

« En réponse à la lettre que Son Eminence m*a fait l'honneur de m'adresser le 5 courant, je crois devoir lui soumettre les considérations suivantes :

a i"" Je n'ai rien négligé pour bien faire connaître à Rome la situation créée par la nouvelle loi sur l'enseignement primaire et j'ai lieu de croire que cette situation est parfaitement connue par Son Eminence le Cardinal Secrétaire d'Etat;

ce 2® A l'heure qu'il est, je me trouve en présence d*un ordre formel qui n'admet pas de réplique : Il Santo Padre stima necessario^ etc.. Raccommando alla signoria Vra di partecipare guesto ordine del Santo Padre al E"® Arcivescovo di Malines (1).

ce 3® Je trouve très juste (c'est un Archevêque, c'est un prêtre qui parle, et il parle au nom du Pape) et très conforme aux

(1) Le Saint-Père estime nécessaire, etc. Je recommande à votre Si'igneurie de communiquer cet ordre du Saint-Père à Son Eminence TArchevéque de Malines.

réponses des congrégations romaines le priacipe dont ii s'agit : c'est-à-dire que seulement les écoles où existe un danger vrai et réel pour la foi ou les mœurs des en&nts sont dignes d'être condamnées, de sorte que si, malgré la nouvelle loi, l'une ou l'autre école, placée dans n'importe quelles circonstances, ne présente réellement aucun danger, ni pour la foi ni pour les mœurs des enfants^ cette école-là doit échapper à la condamnation générale, et la fréquentation d'une pareille école ne peut être interdite aux parents sous péché mortel;

« 4* Ce principe, étant juste en lui-même, peut très bien être énoncé dans le préambule, par exemple, des instructions qu'il s'agit d'adresser au clergé ;

« 5"* Si rien n'empêche que ce principe soit énoncé, il y a, d'autre part, une grande utilité à le foire : A. pour mieux faire connaître que ce que nous réprouvons dans les écoles officielles, ce n'est pas le caractère d'officielles, mais le caractère d'irréligieuses que nous avons lieu de présumer en elles jusqu'à preuve du contraire... »

Des membrks a droite : Ah ! ah !

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est très bien, ces Messieurs sont sauvés, il n'y a plus de dissentiment ! (On rii.)

ce ... fi. pour donner au Cardinal Secrétaire d'Etat, dans la défense qu'il poursuit de la conduite des Evéques vis à vis du Gouvernement belge, un élément plus clairet un fondement solide.

a &* Distinction foite entre la défense sotis péché mortel et

texhortation paternelle; personne ne contestera qu'il est sage et

même nécessaire de se servir de tous les moyens de persuasion

pour empêcher la fréquentation des écoles qui, tout en étant

aujourd'hui bonnes, sont destinées à devenir mauvaises; mais

est-il nécessaire^ est-il permis de prononcer hic et nunc la défense

sous peine de péché mortel quand, en fait et malgré la loi, Técole

reste bonne et irréprochable sons le rapport moral et religieux? « Dans l'espoir que ces considérations feront mieux connaître à Son Eminence Tétat de la question, etc.

«S... Archevêque deNicée, Nonce apostolique. »

M. Maloa. — Ne peut-on combler les lacunes qu'il y a dans la pièce imprimée ?

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il y a une lacune?

M. Maloa. ^- a Le Pape juge nécessaire... » il y a des points et l'on ne sait pas ce que le Pape juge nécessaire.

S'il y a une photographie de cette pièce, on pourrait peut-être la reproduire.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J*ignore s'il existe une photographie de cette pièce ; mais il est bien clair que ce que le Pape estime nécessaire, c*est ce qu'indique le Nonce apostolique.

M. Maloa. — Je ne sais pas.

M. Frëre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Gomment vous ne savez pas ! Allons donc ! Tâchons de dissiper cette petite équivoque.

M. Maloa. — Je demande qu'on la fesse disparaître.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Eh bien, je vais tâcher de la dissiper.

c( Je me trouve en présence (Sun ordre formel qui n'admet pas de réplique. » Est-ce clair?

«Le Pape estime nécessaire... » Quoi, dit-on? Ce que le Nonce va exprimer :

« Je recommande à Votre Seigneurie de communiquer cet ORDRE h TEminentissime Archevêque de Malines. »

Voilà la formule de l'ordre.

Voici maintenant ce qui doit être exécuté :

« Je trouve très juste et très conforme aux réponses des congréya' tions romaines le principe dont il s agit, cest-à-dire que seulement les écoles oii existe un danger vrai et réel pour la foi ou les mœurs des enfants sont dignes détre condamnées. » Donc, pas de condamnation en masse des ëcotes.

Un membre a gauche : II n'y a pas de lacune.

M. Frère-Ôrbaaii Ministre des Affaires étrangères. — Il n*y en a évidemment pas.

Le Nonce fait part du mandat qu'il a reçu. Il indique ce qu'il y a à &ire; il est porteur d'un ordre qu'il doit nécessairement communiquer.

M. Jottrané. — L'archevêque a bien su ce qu'on lui ordonnait, puisqu'il a dit aussitôt qu'il ne pouvait pas, le faire !

M. Frère-Oriian, Ministre des Affaires étrangères. — Mais c'est d'une clarté désespérante... pour l'opposition!

« n Sanio Padre stima necessario, etc. Raccommando alla signoria Vra di partedpare questo oroine dd Santo Padre al E^^ Arcivescovo di Matines. »

Le Nonce reproduit en italien les propres paroles qui lui ont été adressées pour bien montrer que c'est un ordre formel qu'il a reçu.

M. Bara, Ministre de la Justice, — Le Secrétaire d'Etat du Saint-Siège a lu les pièces ; s'il y avait une erreur, il n'aurait pas manqué de la rectifier.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — On a eu évidemment le temps de rectifier. Le Nonce lui-même vous aurait assurément donné des armes, s*il y avait eu possibilité d'en trouver.

Du reste, nous allons voir que l'on a parfaitement compris Tordre reçu, mais qu'on n'a pas voulu s'y soumettre.

Voici ce que répond incontinent à cet ordre M. le Cardinal-

Archevêque de Malines. Sa réponse se trouve consignée dans une lettre à Mgr de Montpellier, évêque de lAég^:

ce Son Excellence Mgr le Nonce m'écrit qu'il se rend chei vous... »

Avant que l*Evéque de Liège reçoive le Nonce, le Cardinal- Archevêque veut donc qu'il soit averti de son sentiment, à lui, sur la communication qui a été fidte.

ce Nous ne pouvons pas dire a que les écoles officielles ne sont a pas toutes indistinctement condamnées » — non, nous ne pouvons pas le dire, car nous avons justement condanmé le système scolaire de la nouvelle loi, le système de la neutralité ou de l'indifférentisme. Les écoles de ce système sont donc généralement condamnées par le Saint-Siège et par nous. Mais, d'après les instructions du Saint^iége, nous pouvons tolérer que des catholiques fréquentent exceptionnellement ces écoles : l"* dans certaines circonstances, et 2^ à certaines conditions qui font disparaître l'indifférentisme, le système même de la loi. Nous ne pouvons servir M. Frère et la Franc-maçonnerie en allant plus loin. »

M. de Macar. — Voilà l'explication!

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Et j'espère maintenant que l'honorable M. Malou aura également compris. {On rit.)

M. Malou. — Tout, excepté la raison des points noirs.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ils sont naturels dans la lettre. Ils ne peuvent point ne pas y être, à moins d'exiger que le Nonce transcrive toute la lettre qu'il a reçue.

« Non, nous ne pouvons pas dire « que les écoles officielles ne sont pas toutes indistinctement condamnées. »

Voilà ce qu'on répond au Pape. Le Souverain Pontife doit savoir s*il est permis de distinguer entre les écoles, s'il est permis de

ne pas les condamner en masse; le Pape, qui a qualité pour statuer sur ces points, a exprimé nettement son opinion, mais M. le Cardinal- Archevêque de Malines répond : « Ce serait favoriser les œuvres de M. Frère-Orban et de la Franc Maçonnerie ; nous ne pouvons pas les suivre; nous ne pouvons pas aller jusque-là. »

M. Bouvier. — Le Pape est prisonnier des Evéques.

M. le Président. — Pas de colloques, Messieurs.

M. Frère-Orl>an, Ministre des Affaires étrangères. — Ceci, du reste, va être accentué bien davantage et va devenir d une clarté irrésistible, même pour nos honorables adversaires. (Rires à gauche.)

M. TEvêque de Liège écrit à son tour à M. l'Evoque de Tournai en suite de la communication que lui avait foite M. le Cardinal Dechamps.

Eux aussi ont eu sous les yeux la lettre du Nonce qui indiquait la volonté du Souverain Pontife et ils n'éprouvent aucun besoin d'interpeller au sujet des points.

Ecoutez comment parle Mgr de Montpellier :

a Son Eminence me charge de vous Inviter en son nom à vous réunir chez Elle, à Malines, dimanche prochain, au matin. Cette réunion de l'Episcopat est urgente. Pour vous en faire connaître l'objet et comprendre l'importance, je crois devoir vous donner communication d'une lettre de Mgr le Nonce à Son Eminence et d'une autre que m'adresse Son Eminence et à laquelle je me rallie quant au fond. Mgr le Nonce est venu me voir samedi dernier et me faire part des instructions qu'il a reçues de Son Eminence le Cardinal Nina. Mgr Doutreloux et moi, nous nous sommes efforcés de faire comprendre à Son Excellence que la forme qu'on nous propose est inacceptable, et que nous ne pouvons faire que des protestations de modération, »

Que des protestations de modération! {Rires à gauche,) 11 faut

que Ton se contente de cela : nous ferons des protestations de modération ! Mais quant à vouloir, avec le Pape, distinguer entre les écoles, ne pas les proscrire en masse, cela est inacceptable, disent nos Evéques... soumis. {Rires à gauche.)

M. Bouvier. — Ce sont des radicaux.

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — a La lettre que Mgr le Nonce vient d*adresser à notre vénéré métropolitain prouve que nous ne Tavons pas convaincu et que ces protestations ne suffisent pas pour répondre au désir du Saint- Père. Dans cet état de choses, j*ai cru devoir en référer à Son Eminence. De là, notre convocation à Malines. Quand nous serons réunis, je vous donnerai lecture d*une lettre que m*écrit à ce sujet, de la part du Saint Père, Mgr Gzasky. Elle est de boit pages in-4% partant, trop longue pour être copiée ici... »

Est-ce clair cela? {Hilarité à gauche.)

Ce que le Saint-Père nous propose par Tintermédiaire do Nonce, nous ne pouvons l'admettre à aucun prix; — nous refusons d*y souscrire.

Et remarquez, Messieurs, que cette intervention de Léon XIII ne se borne pas aux communications qu*il fait au Nonce: il craint qu'étant souvent en contact avec les Evéques il n'ait plus sur eux une autorité suffisante pour bien faire pénétrer dans leur pensée le désir qu'il a de voir adopter la solution proposée.

Un bomme éminent, chargé des afTaires de la secrétairerie d'Etat, au commencement de l'échange de vues, Mgr Gzasky, aujourd'hui Nonce à Paris, écrit de son côté, dans le même sens au nom du Pape, aux Evéques de Belgique. Et aucun résultat ne peut être obtenu ! Les Evéques sont intraitables, ils ne veulent pas se soumettre aux opinions, aux désirs, aux conseils, aux ordres du Pape. De là, Messieurs, cette lettre fameuse du 5 octobre 1879, qui maintenant s'explique admirablement, dont tous les termes ont été pesés, comptés, mesurés et s*appliquent très directement

à la situation dévoilée par cette lettre aujourdliui livrée à la publicité, tombée dans le domaine public, par un bonheur, on peut le dire, vraiment providentiel. La lettre du 5 octobre 1879 est la conséquence légitime, fiatale, inévitable de la situation dans laquelle les Evoques avaient mis le Souverain Pontife.

Il a £adt tout ce qu'il a pu, il a donné des conseils de modération, ces conseils ont été dédaignés ; le Pape ne peut plus qu'exprimer des regrets ; il déplore l'insubordination des évéques, mais il ne peut aller au delà. Voilà la situation que les Evéques ont faite au Pape devant le monde.

Mais savez-vous quels sont ceux qui ont puissamment contribué à ce que le Saint-Siège résumât ses sentiments dans la Ëimeuse lettre du 5 octobre i879, où il exprime ses regrets amers, où il déclare « qu'une autre solution serait intervenue si ses conseils avaient été suivis d? Ce sont les membres de la droite.

Inquiets des résolutions qu'ils savaient prises par les Evéques, ils font, de leur côté, des efforts réitérés auprès d*eux pour les engager à la modération.

On n'a eu aucun égard pour « les meneurs de la droite ». On les a repoussés impitoyablement. Voyant leur intervention sans effel de ce côté, ils s'adressent directement au Souverain Pontife.

L*honorable M. Malou ne le niera pas.

M. Maloa. — Non certainement pas !

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Eh bien, j'espère, et cela lui fera honneur, qu'il publiera les lettres qu'il a écrites à ce sujet.

M. Malou. — Ça, c'est une autre affaire. (Rires.)

M. Bouvier. — Assoîutamente segreto. {Hilarité à gauche)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Mais nous en connaissons déjà quelque chose et par ce que nous savons on peut juger ce que Ton croit devoir cacher.

Le Souverain Pontife Léon xni, entendant ces plaintes, ces gémissements de la droite, dont nous connaîtrons tout à Theure les termes et le caractère, se sentant ainsi soutenu, faut un suprême et dernier effort près des Evèques de Belgique.

Des voix non suspectes lui ont dit le danger de la situation, non pas au point de vue des libéraux, mais au point de vue des catholiques; non pas au point de vue de la majorité, mais au point de vue de Topposition qui se déclare compromise et à jamais perdue...

Voix a droite : Oh !

M. Frère-Orban. — Ministre des Affaires étrangères. — ...Gela est écrit. L*opposition est à jamais perdue si elle entreprend la défense des mesures prises par TEpiscopat.

Voici, Messieurs, ce que le Cardinal Secrétaire d*Etat écrit au Cardinal-Archevêque de Malines sous la date du 3 octobre 1879 :

ce Le Saint-Siège recevant de différents côtés et de personnes de différentes classes certaines observations relativement aux. instructions données aux curés dans cette matière de l'instruc* tion publique, je crois qu'il ne sera pas inutile de les feire con* naître à Votre Eminence, afin qu'elle puisse les avoir sous les yeux, et, si elle le trouve convenable, les communiquer à ses collègues, afin qu'eux en apprécient la portée et ne les perdent pas de vue dans l'application des mesures adoptées.

c( Beaucoup de personnes représentent au Saint-Père que si les instructions données aux curés viennent à être mises en pratique sans que la rigueur en soit tempérée, celles-ci ne pourraient manquer d'être trouvées inopportunes... »

C'est la droite qui le dit.

€( ... et inefficaces; peut-être feraient-elles haïr l'Eglise et constamment elles seraient pleines de périls. » Cest la droite qui le dit.

c( Les raisons qu'on allègue à Tappui de ces assertions sont

les suivantes : on démontre avant tout Finopportunitë des mesures par Texamen des circonstances de la situation actuelle.

a On se rappelle que la lutte soutenue par les catholiques au an sein du Parlement et au dehors, avant que la loi ne fût votée, a eu un très heureux résultat, puisqu'on est parvenu à déterminer un changement de Topinion publique en leur faveur après le vote de la loi; l'élan des fidèles pour établir des écoles libres a dépassé toutes prévisions raisonnables... »

On reconnaît ici l'honorable H. Malou.

«... La sympathie et le concours des populations leur sont assurés, de telle sorte qu'on prévoit, dès à présent, que les écoles catholiques seront fréquentées et prospères. Il ne parait donc pas aux auteurs de ces observations qu'il y a lieu d'adopter les remèdes héroïques auxquels on pourrait peut-être recourir si la cause de l'instruction catholique était désespérée, mais qui, employés aujourd'hui, pourraient, au contraire, ruiner les conditions favorables de l'état de choses actuel.

« Ils ajoutent que la menace de refus des sacrements aux désobéissants en masse ne servirait à rien vis à vis des hommes ou indifférents ou hostiles; que, pour les vrais catholiques, elle ne serait pas nécessaire, les avertissements qu'on a déjà donnés et qu'on pourrait répéter et préciser, suivant les circonstances, étant sufiisants. Quant aux tièdes et aux incertains, on prévoit qu'en présence de la fragilité de la nature humaine, et tenant compte spécialement du tempérament des Belges, ils trouveraient pour la plupart, dans la menace, un prétexte pour n'en tenir aucun compte, et seraient ainsi perdus pour l'Eglise.

« Ils considèrent ensuite le caractère odieux (c'est la droite qui parle) de la mesure même de la proscription en masse {sensation à gauche), sans distinction des circonstances, de lieu, qui sont très différentes les unes des autres.

a II font observer que, pour le moment, beaucoup d'écoles

officielles et communales sont dirigées par des institatenrs et des institutrices caiholiques, qui, tout en a*ayant pas de plus vif désir que d*obéir à l'Eglise et de yi?re d*accord avec leur curé, non seulement en écoutant ses préceptes, mais encore ses conseils, souhaitent néanmoins de conserver le poste qu*ils occupent et avec le revenu duquel ils soutiennrat leur femille.

c( Obligés aujourd'hui à donner tous leur démission, quoique beaucoup d'entre eux soient placés sous la surveillance de bourgmestres catholiques disposés à protéger Tinstruction religieuse dans les écoles placées sous leur autorité, obligés de sacrifier leurs intérêts, ils pensent que ce serait difficile à tolérer et rendrait l'Eglise odieuse. » {Sensation à gauche.) C'est la droite qui le déclare.

a Ils ne redoutent pas de moindres périls de la sévérité des peines comminées. lis disent que les écoles communales sont encore bonnes dans nombre de petits villages où le libéralisme n'a pas encore pénétré et que les maîtres catholiques, en étant une fois sortis, y seront remplacés par de mauvais instituteurs, lesquels, si peu fréquentée que pourrait être leur école, n*en feraient pas moins un grand mal en répandant, parmi les enfants qui leur resteraient, des doctrines perverses. Us ajoutent que les mesures rappelées ci- dessus détermineraient peut-être dans Topinion du monde une forte réaction contre le parti catholique, les malveillants en abuseraient et en retireraient de la force à notre détriment; la haine contre l'Eglise se raviverait, pourrait devenir plus venimeuse et générale et ses ennemis en tireraient avantage.

c( Pour le moins, la discorde serait partout semée parmi les catholiques, et on tâcherait d'en faire peser la responsabilité sur le clergé. On craint particulièrement que le parti parlementaire catholique puisse en être ébranlé et que les députés, embarrassés de défendre les mesures prémentionnées, se trouveraient dans la pénible alternative ou de se perdre en essayant de justifier de

mesures qu'il serait peut-être politiquement difficile de défendre ou de Us blâmer en suivant le cours de (opinion. » {Rires à gauche). C'est la droite elle-même qui prononce la sentence!

a On signale aussi le danger de représailles de la part des ennemis de TEglise contre elle. »

Quand j*ai signalé ce danger de représailles, j'ai fait une menace, j*ai commis un acto inconvenant à l'égard de Léon XIII ! Mais quand vous le signalez, ce danger, c'est un acte innocent, c'est un avertissement.

Cest un avertissement... comme était le mien.

J'ai dit dès le 7 avril : Prenez-y garde ! Vous allez provoquer des représailles. Eh bien, cette terrible menace, vous l'avez exprimée avant moi.

Et de quel poids ne devait pas peser dans la balance l'intervention si énergique, si fortement caractérisée des membres de la droite, du parti catholique, des en&nts soumis de l'Eglise ! On citait les noms des personnages importants de la Chambre des réprésentants et du Sénat, qui s'étaient associés à cette démarche auprès du Souverain Pontife.

Le Vatican, Messieurs, ainsi averti de l'état de l'opinion publique, crut devoir alors marquer sa position, indiquer nettement son attitude et il arrêta le résumé de ses déclarations contenues dans la dépêche du 5 octobre 1879.

Le même jour, retenez-le bien. Messieurs, le même jour où le Cardinal Nina remettait à M. le Baron d'Anethan, revue, corrigée, méditée, lexpression de la pensée du Souverain Pontife, le mène JOUR, 3 OCT0PRE, il écrivait au Cardinal Dechamps la lettre que je viens de vous lire!

Cest donc vous, membres de la droite, qui avez suscité la lettre du 5 octobre 1879. C'est vous, on peut le dire, qui avez permis qu'elle fût écrite, pour résumer en termes clairs et précis les intentions du Souverain Pontife. C'est lorsque le Pape a été

frappé de cette intervention de votre part, qu*il a chaîné son Secrétaire d*Etat de préciser et de résumer les déclarations éparses dans la correspondance, en leur donnant ce caractère d'évidence qu'elles revêtent dans la lettre du 5 octobre 1879.

La lettre du Cardinal Nina au Cardinal Dechamps, comment fut-elle accueillie par l'Episcopat belge?

Le Cardinal-Archevêque de Malines écrit, le 16 octobre, une circulaire à ses suffragants :

« Monseigneur,

c( La lettre ci-jointe de Son Eminence le Cardinal Nina, Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté, m'est arrivée ici pendant que j'étais en tournée de confirmation.

« J*y ai répondu en faisant remarquer à Son Eminence :

<c 1® Que les dernières instructions pratiques adressées aux confesseurs n'ajoutent rien à nos lettres pastorales collectives que le Saint-Père a lues et a louées;

ce 2^ Que les instructions pratiques au clergé étaient nécessaires pour prévenir l'application trop rigide et universelle du principe posé par le Saint-Siège, et pour faire connaître les exceptions admises, à certaines conditions, par la lettre de la congrégation de la Propagande aux Evêques des Etats-Unis;

ce 3^ Que nos catholiques inopportunistes, si on les eût écoutés, auraient fait avorter le mouvement catholique belge dont les résultats sont admirables. »

Ils sont admirables, grâce aux excommunications! {Hilarité à gauche.)

c( i"* Ce sont ces résultats qui irritent... » (on n'a pas dit cette fois qui font rugir) «... qui irritent M. Frère-Orban et les loges maçonniques.

« Enfin, qu'il n'y a qu'une chose à faire : maintenir fermement

TOUT CE QUI s'est FAIT. »

L'auteur de cette lettre savait bien queis étaient ces politiques inoppartunistes qui avaient écrit au Pape, et je pense même qu'ils avaient eu le soin et la loyauté de se faire connaître à M. TArehevéque de Matines. L'honorable M. Halou, dans la publication qu'il fera, j*espëre, de la correspondance, donnera toutes ces pièces, et je pense qu'il sera grandement approuvé par l'opinion publique.

« Vos Grandeurs remarqueront que Son Eminence le Secrétaire d'Etat ne dit rien comme de lui-même; qu'il se borne à citer les objections de nos inopportunistes d'ici, qui recommandent la modération. Hais j'ai fait remarquer à Son Eminence :

ce 5"* Qu'ils ne donnent jamais la formule pratique de ce qu'ils appellent la modération et que je les défie de la donner sans renier : a. les enseignements du Saint-Siège; b. les documents venus de Rome sur cette question, et c. l'évidence elle-même.

a Gomme cette lettre de Son Eminence le Cardinal Nina est écrite pour nous tous, je crois que W. GG. feront bien d'y répondre de leur côté. »

Et voilà le mot d'ordre donné.

Le dernier espoir était donc évanoui. Nous étions à la veille du grand jour de la publicité. En présence de la résistance opini&tre de TEpiscopat, qui n'avait rien cédé, ni à ses adversaires, — ce que l'on peut comprendre à la rigueur, ce qui cependant n'est pas toujours d'une bonne politique, — ni au Gouvernement soutenu par les conseils du Pape, ni à ses amis dédaigneusement repoussés comme des iuopportunistes qui ne savent ce qu'ils font, — on ne put se dissimuler à Rome que la situation allait devenir extrêmement grave. Convaincue sans doute subitement que seul TEpiscopat était dans la bonne voie, que tout le monde était aveugle, excepté lui, — la Secrétairerie d'Etat se- décida à £aire une tentative suprême pour essayer de détourner les effets que devait produire la publication de la correspondance diplomatique.

Cest aiors que Yon me fit une communication singulière, inattendue, le 14 novembre 1879; c*est alors, comme on le sait, qu intervint la dépêche qui fut aussitôt retirée.

M. le président. — Nous pourrions suspendre la séance pendant un instant.

M. Frère Orban, Minisire des Affaires étrangères. — Je le veux bien. Monsieur le président.

— La séance est suspendue à 4 heures moins 5 minutes, et reprise à 4 heures 5 minut^.

. M. le président. — La parole est continuée à H. le Ministre des Affaires étrangères.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Messieurs, rembarras que l'on éprouvait au moment où Ton écrivit cette dépêche du 11 novembre 1879 est manifeste; on élait obligé de chercher un prétexte pour me récrire; elle est si peu en situation, si peu amenée par les circonstances, qu'il &ut exprimer d*avance pourquoi on me l'adresse subitement trois ou quatre jours avant la date fixée pour la discussion dans cette Chambre du budget des affaires étrangères.

M. Malou. — Pour Tinterpellation. '

M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Le jour était fixé pour Tinterpellation. Je devais faire Texposé le mardi 18. Le jour était fixé et le 14 novembre on vient me faire cette communication fort inattendue et qui n*était pas en situation. {Interruption de M. Malou).

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne comprends pas.

M. le présidents — Pas d'interruptions et pas de conversations.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J*aime assez à entendre ces petites conversations et même les interruptions pour y répondre à Tinstant.

M. Malon. — La lettre dont vous parlez est datée du 11, et si mes souvenirs sont fidèles, l'interpellation de Thonorable H. d'Elhoungne n*a été annoncée que le lendemain. On ne pouvait pas le savoir à Rome.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il ne s*agit pas de savoir si on le connaissait è Rome. Le Nonce du Pape savait ici que le jour de Finterpellation était fixé au mardi 18.

M. Malou. — Il ne pouvait savoir quel jour. On avait écrit le 11.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Le Nonce le savait; le Nonce n'était-il pas présent? Je ne comprends pas l'argument qu'on veut tirer de cela.

M. Malou. — Vous ne devez pas comprendre.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — G*est une interruption pour le seul plaisir de faire une interruption.

Je disais donc, Messieurs, que l'on éprouvait un grand embarras à faire cette communication qui était si peu en situation ; il fallait y chercher un prétexte, et voici en quels termes commence la dépêche : « Dans un entretien que j'ai eu avant-hier avec M. le Baron d'Anethan, j'ai pu me convaincre que, lors de la prochaine présentation è la Chambre des documents relatifs à la question bien connue de l'enseignement, M. Frère-Orban avait rintention de faire aussi usage de la correspondance particulière échangée entre lui et le Baron d'Anethan. »

Je pouvais, d'un mot, faire tomber celte supposition en disant : Il ne peut être question de faire usage de lettres particulières dans les explications que j'aurai à donner à la Chambre. Je ne produirai aucun document non destiné à la publicité.

Mais si j'avais agi de la sorte, j'aurais manqué de franchise ; j*aurais feint de ne pas voir ce qu'on voulait me faire comprendre dans cette lettre. Pas de subterfuge, pas de faux-fuyant! Je carac-

térise immédiatement cette communication; je déclare, à la simple lecture qui m'en est faite, que c'est une tentative de rétractation ; aucun doute n'est possible à ce sujet.

Je le dis au Nonce, Messieurs ; je le dis d'ans des termes qull a lui-même reproduits; et voici le télégramme qull adresse à Son Eminence le Cardinal Nina, après m'avoir entendu :

<c rai lu à M. Frère-Orban la dépêche du 11 courant et lui en ai donné copie; Timpression produite est désastreuse. »

Messieurs de la droite, qui aimez quelque peu à scinder cette dépêche pour n'y point voir ce qui s'y trouve en réalité, vous avez retenu ces paroles.

Pour l'honorable M. Gornesse, savez-vous ce que cela signifie? Je n'ai pas &it connaître ma pensée ; je ne l'ai &it connaître que d'une manière voilée. Je dis que de pareils procédés ne seraient point admis même dans une enceinte beaucoup moins solennelle que celle-ci. {Très bien! à gauche.)

Je continue :

(( Il persiste a qualifier ce document comme étant en CONTRADIG-

tion avec les déclarations officielles antérieures, a moins que la dépêche ne soit retirée, au moins provisoirement, il est décidé à annoncer mardi au parlement la rupture complète des rapports diplomatiques. Télégraphiez si je dois provisoirement retirer la dépêche. »

De mon côté, je télégraphie au Baron d*Anethan : « Une note du Cardinal, dont le Nonce vient de m'entretenir, dit que, d'après une conversation qu'il a eue avec vous, j*entends faire usage de votre correspondance particulière. Cela est contraire à la vérité. Demandez des explications. Si la note est maintenue, le retrait de la Légation est inévitable. Cette note est opposée aux déclarations faites et donnerait lieu à une accusation de duplicité. Réponse immédiate. »

Voilà commentée parle en termes voilés! {Hilarité à gauche.)

Je m'arrête un instant sur ce mot de duplicité. C'est la première fois et la seule fois qu'il paraît dans ces documents.

(Test sur lui que l'on se fonde pour m'adresser certaines imputations offensantes et pour prétendre que j'aurais traité le Pape de fourbe. Vous voyez quelle est la façon de raisonner de nos honorables adversaires. Dire et avertir que si une pièce est maintenue, elle donnera lieu à une accusation de duplicité, ce n'est pas dire que celui qui fiiit cette communication est un fourbe.

11 peut se tromper et mal apprécier, il est bon qu'il soît averti.

Aussi, ma dépêche, telle qu'elle est, passe sous les yeux de H. le Cardinal Nina. Y trouve-t-il une imputation blessante? Voit-il dans cet avertissement une offense? Proteste- t-il? En aucune fiiçon. Eclairé précisément par la manière franche et loyale dont je m'explique, il donne incontinent l'ordre au Nonce de retirer sa dépêche.

S'il y avait eu une imputation blessante, peut-on admettre qu'il se serait courbé devant cette imputation, sans réclamer ni protester?

Cest donc un avertissement que je donnais. Prenez garde ! disais-je, si vous maintenez les termes de votre dépêche du 11 novembre, ceux qui les liront pourront croire à de la duplicité. Aussi, messieurs, la dépêche est-elle retirée, et vous savez dans quels termes; on la retire sans observations, sans protestations ni verbales ni écrites, ni alors ni depuis, ni de la part du Nonce ni de la part de qui que ce soit.

Le Nonce m'écrit : « Je prie Votre Excellence de considérer comme non avenue ma communication d'hier et, par conséquent, de vouloir bien me renvoyer la copie de la dépêche du Cardinal Secrétaire d'Etat, afin que Son Eminence puisse de nouveau en examiner la rédaction et y faire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque. »

lo

Et dans quels termes ai-je» moi, de mon côté, renvoyé cette dépêche au Nonce!

« rai Thonneur de mettre sous ce pli la copie de la note de Son Eminence le Cardinal Nina que vous m'avez communiquée hier. J*espère que l'on réussira à £aire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque, et le mieux sera de renoncer à faire quoi que ce soit qui pût avoir même la simple apparence (Tune contradiction avec les déclarations consignées dans la correspondance officielle.

c( Je saisis cette occasion pour exprimer de nouveau à Votre Excellence les assurances de ma très haute considération. »

Voilà mes déclarations... toujours en termes voilés, suivant l'honorable M. Cornesse.

Je maintiens donc de la manière la plus formelle ce qui avait été dit antérieurement.

On m'a reproché d'abord d'avoir refusé de recevoir cette dépêche. Je ne l'ai pas refusée. Je l'ai si bien reçue, que je l'ai restituée. {Rires à gauche.)

On a dit ensuite et on répète que j'ai obligé le Pape à retirer cette dépêche. Quel moyen, je vous prie, avais-je pour faire retirer cette dépêche?

Mais, dit-on, par la menace du rappel de la Légation.

Â-t-on pensé, en déduisant cet argument, à l'outrage qu'on adresse au Souverain Pontife?

Comment! on savait, — on laffirme, l'opposition l'accentue, — que je voulais exposer à la tribune le dissentiment entre le Pape et les Evêques et le blâme infligé à ceux-ci. Il est écrit dans la correspondance qu'on savait que j'allais produire le blâme du Pape aux Evêques et que j*allais publier les dépêches d'où il résulte que le Pape exprimait ses regrets que ces conseils n'eussent pas été suivis.

D'après le système de l'opposition, j'allais faire un exposé faux

H mensonger, contraire à la pensée du Souverain Pontife; j'allais livrer les Evéques aux attaques les plus violentes de la presse libérale, et, sachant que j'allais le faire, le Pape aurait alors retiré sa fameuse dépêche qui devait proclamer la vérité!

Ainsi, sachant que j'allais &ire un mensonge qui devait nécessairement compromettre les Evéques placés sous ses ordres, le Pape a consenti à retirer sa dépêche ! Il s'est fait mon complice !

Et on impute au Pape d'avoir commis cette ignominie pour un plat de lentilles, pour ne pas perdre la Légation belge auprès du Vatican !

Une pareille hypothèse n'est-elle pas réellement honteuse? Est-il possible, ayant quelque respect pour le Pape, de tenir un semblable langage?

C'est la plus grande puissance morale qu'il y ait dans le monde, d'après vous, qui aurait joué un pareil rôle !

Hais, dites-vous, la dépêche a été retirée provisoirement. Gens habiles! {Rires à gauche.) Vous vous arrêtez ici. G est phrase par phrase, mot à mot qu'il faut vous arracher les dépêches telles qu'elles sont, afin de vous empêcher d'en altérer l'esprit.

La dépêche a été retirée provisoirement, mais c( pour en faire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque ».

Qu'est-ce que cela signifie? S'il y a malentendu ou équivoque, sur quoi portent-ils?

Sur le point de savoir si les déclarations de la correspondance diplomatique ont le sens que je leur attribuais. Je persiste à soutenir qu'elles ont ce sens et l'on me répond : Retirons provisoirement.

Cela ne veut-il pas dire qu'on affirme, qu'on maintient les déclarations de la correspondance diplomatique, puisque, s'il y a DQalentendu ou équivoque, on veut le faire disparaître?

On s'exposait à une accusation de duplicité. Mais quelle excuse pourrait-on jamais invoquer pour avoir retiré la dépêche de peur

de cette accusation? Si celle-ci n'était pas fondée, pourquoi donc retirer la dépêche? Si on Ta retirée, c*est que Ton a reconnu que Taccusation devait se produire, qu'il était impossible de mettre l'harmonie entre la dépêche du 11 novembre et les déclaratioos contenues dans les correspondances antérieures et qu*oa ne voulait pas s'exposer à un reproche aussi grave.

Aussi, comme je viens de le mettre sous vos yeux, voici quelle fut ma réponse : « J'espère qu'on réussira à faire disparaître toute cause de malentendu ou d'équivoque. »

Et ici mes adversaires s'arrêtent encore; il me faut de nouveaa leur arracher, mot à mot, toute la phrase suivante, qui caractérise précisément ma pensée : a Et le mieux sera de renoncer à fiûre quoi que ce soit qui pût avoir même la simple apparence d'une contradiction avec les déclarations consignées dans la correspondance officielle. »

On n'ignore donc pas ce que je pense ; je l'ai dit et répété hautement, sans détours. On sait que je maintiens toutes les déclarations de la correspondance diplomatique et que j'entends m'en prévaloir. On sait que je dois parler quatre jours après devant la Chambre, et Ton avoue que l'on savait ce que je devais dire; aucun doute n'est possible. Les documents d'ailleurs parlaient d'eux-mêmes. Et l'on garde le silence le plus absolu!

Après m'avoir entendu donner ainsi au maintien de la dépêche sa véritable portée, après m'avoir entendu exprimer ma pensée, le nonce reste muet et n'essaye nullement de me démontrer mon erreur; il ne cherche pas à expliquer la dépêche du 11 novembre en présence des déclarations antérieures. Non ! il ne le tente pas, il garde le silence le plus absolu. On savait comment je devais parler. Je l'avais annoncé. Je donne des explications à la Chambre. Je lis les pièces, c'est le moment de parler encore. On se tait. Pas de réclamations sur mon langage. Pas un mot, pas une observation, même amicale, même confidentielle !

Bien plus, Messieurs, la presse épiscopale se prononce immédiatement, elle déciare qu*il y a une correspondance ecclésiastique qui démentira la correspondance diplomatique; elle en aflSrme Texistence.

Est-ce que je garde le silence devant une pareille affirmation produite en vertu d*un mot dordre par toute la presse cléricale?

Ah! si la dépêche du 11 novembre a quelque sens et quelque valeur, comprenez-vous quelle audace il aurait fallu de ma pan pour interpeller le Vatican, pour lui dire : Expliquez-vous ! Et dans quels termes ai-je demandé ces explications? Dans quels termes ai-je sommé le Vatican de s'expliquer sur le sens de la déclaration produite par la presse épiscopale?

Le 21 novembre — je ne perds pas une minute, pas une seconde, — j'écris :

« Suivant les journaux catholiques, l'Episcopat va publier des pièces pour constater l'accord complet avec le Pape. S'il y a double jeu, Tefiet sera désastreux pour la Papauté. Retrait de la Légation. Demander explications et avertir. »

Voici la réponse qui m'est faite le 21 novembre :

a J'ai essayé vainement de trouver le Cardinal aujourd'hui. Avertissement donné. Rendez- vous demain matin. »

Le lendemain, je reçois la dépêche suivante :

« Le Cardinal répond : Le Ministère prétend-il que le Pape ferme la bouche des Evêques obligés à se défendre? Le Cardinal refuse d'en dire davantage. »

Et je réplique :

a II ne peut être question de fermer la bouche à personne. Il «c fout savoir si on a pu écrire aux Evêques le contraire de ce a qui a été écrit au Gouvernement. » (J'affirme donc ce qui a été écrit au Gouvernement.) a Voilà ce qu'on lit dans la presse catholique. La presse catholique dit-elle vrai? Voilà ce qu*il faut demander. »

Et Ton répond que « le langage du Pape a été partout le même. »

(Tétait assurément le moment de s'expliquer, de me dire : Mais vous avez eu sous les yeux la dépêche du 11 novembre.

N*était-ce pas le moment, si même on ne voulait pas faire appel à cette dépêche, parce qu'elle avait été retirée et déclarée non avenue (et il tombe sous le sens qu'il n*est ni légitime, ni loyal, de produire une pièce qu'on a déclarée non avenue), — n'était-ce pas le moment de me dire, après le langage que j'avais fait entendre à la Chambre et au pays : Nous ne sommes point d'accord?

Vous avez parlé de dissentiments qui n'existent pas ; vous avez parlé de regrets, de blâme, et de tout cela il n'y a rien !

On se tait; on garde le silence le plus complet; on laisse subsister mon langage ; les déclarations invoquées sont maintenues par le Vatican lui-même.

On s*étonne ingénument, après cela, que j'aie parlé comme je Tai fait le. 18 novembre et dans la discussion suivante. Mais d'abord, Messieurs, qu'ai-je dit le 18 novembre? Vraiment, à entendre les honorables membres de l'opposition, on devrait croire que, dans cette séance et dans la discussion ultérieure, j*ai dit quelque énormité. C'est là que devrait être mon crime. Mais on a oublié d'en fournir la preuve. Pas une seule citation n'a été faite par des adversaires qui cependant aiment tant à citer! {Rires à gauche.) On n'a pas apporté ici le moindre document pour établir Ténormité que j'aurais commise. Et en fiait il était impossible de rien produire. J'ai lu les dépêches de la correspondance diplomatique que tout le monde a pu lire après moi, les Evêques compris.

Il n'y avait donc absolument rien à reprendre dans les explications qui avaient été données.

Supposez que Ton veuille contester certaines appréciations, certaines déductions que j*ai tirées des termes de la lettre du

5 octobre. On peut discuter cette appréciation ; on peut soutenir que j'ai eu tort d*en inférer un blâme, soit; mais le document est là, ce document que la Chambre, TEurope, la presse du monde entier ont jugé de la même façon, établissant parfaitement le dissentiment entre le Pape et les Evéques.

Mais, me dit-on, vous auriez dû faire connaître la dépêche retirée; et on s*empare, à ce sujet, d'inculpations passablement injurieuses de certain organe de la presse libérale. On perd de vue que cet organe voulait à tout prix la suppression de la Légation auprès du Vatican. Son raisonnement était celui-ci : Si Ton avait produit la dépêche du 11 novembre, la Légation était renversée; tout était fini.

A la rigueur, Messieurs, je puis comprendre, de la part de ce journal, non pas cet argument, mais ce reproche qu'on me fait d'avoir maintenu la Légation, quoique j'eusse reçu cette dépêche. Delà part de l'opposition qui voulait le maintien de la Légation, c*est une chose vraiment inconcevable! Supposez donc que j'eusse produit cette dépêche, que je l'eusse annoncée à la Chambre après qu'elle avait été retirée et déclarée non avenue. Mais alors la question eût été jugée ; il n'y avait plus de discussion possible ; la Légation était supprimée par le fait même. Est-ce là ce qu'on cherchait? Est-ce là ce que voulait l'opposition?

Cette dépêche, je ne pouvais, ni la produire, ni en parler, ni même y faire la moindre allusion sans manquer à l'honneur. Je me serais fait mettre au ban de toutes les chancelleries européennes si, une dépêche de ce genre ayant été déclarée non avenue et retirée, j'étais venu m'en prévaloir devant cette Chambre. (Très bien l à gauche.) Si j'en avais parié, si j'y avais fait la moindre allusion, si je l'avais seulement laissé soupçonner, on n'eût point manqué de m'accuser d'avoir provoqué directement le retrait de la Légation. Bien plus, on m'aurait accusé d'avoir livré le Pape à une accusation de duplicité que j'avais moi-même

formulée d'avance. Je ne pouvais donc faire un usage quelconque de cette dépêche.

Mais, Messieurs, l'opposition est tellement aveuglée dans cette aiïaire qu'elle ne s'arrête pas pour si peu.

D*après elle, je devais taire la dépêche, mais parler en conséquence de la dépêche. {Rires à gauche.) Et voici son raisonnement, emprunté, du reste, à l'organe libéral qu'on a cité : Aucune puissance au monde ne peut foire que la dépêche n'ait pas existé; aucune puissance au monde ne peut faire que vous ne l'ayez lue, que la pensée qu'elle exprime n'ait frappé votre esprit.

Je trouve la morale qui inspire une pareille argumentation bien étrange en vérité. Votre code des négociations contient un principe admirable au chapitre des dépêches retirées! On formule dans une négociation une prétention ou une interprétation; ladversaire contredit cette prétention ou cette interprétation. Si elle est maintenue, la négociation échoue; on la retire; mais, quoique retirée, quoique déclarée non avenue, c*est la prétention ou l'interprétation abandonnée qui subsiste et celui qui l'a formulée, puis retirée, a le droit de s'en prévaloir à son gré, à son heure, quand il lui plaît, pour l'opposer à celui qui en a imposé le retrait !

Un tel système. Messieurs, n'est pas seulement absurde, il n'est pas seulement odieux, il est insensé !

Quelle sécurité pourrait donc exister dans les affaires, dans la vie publique ou dans la vie privée avec le jeu des dépêches retirées? Quoi de plus immoral qu'une pareille prétention?

Deux interprétations sont en présence.

En vertu de quel procédé, de quel principe de justice et d'honnêteté veut-on que ce soit l'interprétation retirée qui sub« sisteet l'interprétation maintenue qui disparaisse?

En vertu de quel principe d'honnêteté veut-on que celui qui a maintenu sa prétention, son interprétation, ses déclarations.

fasse un acte malhonnête en persévérant dans son attitude, tandis que celui qui a déclaré sa prétention, son interprétation retirée, non avenue, fasse un acte que l'honneur avoue en s'en prévalant? (Très bien! à gauche.)

Je vais essayer de rendre ma pensée plus saisissante, si c'est possible, par un exemple.

Je suppose que dans cette Chambre, au milieu d'une discussion, un membre de l'assemblée, appréciant, discutant des actes, les interprétant, dise à son adversaire : Si vous maintenez une pareille interprétation, je vous tiens pour un malhonnête homme. Le président l'arrête sur-le-champ et lui dit : Je serai obligé de vous rappeler à l'ordre si vous maintenez une pareille imputation.

L'auteur de cette agression se rejette sur un malentendu, sur une équivoque, il n'entre pas dans ses intentions de la maintenir, il retire son imputation et la déclare non avenue.

Bientôt après il la reproduit en une autre circonstance; on proteste. Eh ! sans doute, dit-il, sous le coup du rappel de la Légation..., je veux dire sous le coup du rappel à l'ordre (on nï), j*ai déclaré qu'on devait considérer mon imputation comme non avenue; mais il n'y a aucune puisisance au monde qui puisse fiaire ^ue mes paroles n'aient pas été prononcées, il n'y a aucune puissance humaine qui puisse Caire que l'appréciation que j'ai faite de la conduite de mon adversaire ne subsiste pas : on sait que c*est un malhonnête homme.

Que dirait-on en pareil cas entre gens d'honneur r

Et voilà cependant, Messieurs, la thèse de l'opposition ; elle soutient qu'on peut impunément reproduire ce qui a été déclaré non avenu; que ce n'est pas ce qui a été maintenu qui est vrai, que c'est ce qui a été retiré qui peut être invoqué.

Mais, Messieurs, le Saint-Siège i^'est bien gardé de reproduire la dépêche du 11 novembre,

Des discussions ont lieu dans cette Chambre, de longues discussions, après qu'elle avait été communiquée* puis retirée par le Nonce, et celui-ci, après m'avoir lu, ne me foit aucune communication, ni verbale, ni écrite, ni amicale, ni confidenuelle, pour m*engager à modifier, devant la Chambre, à atténuer mon langage.

Jamais, en aucune circonstance, le Saint-Siège ne s'est prévalu de la dépêche du 11 novembre.

Le Ministre de Belgique est à Rome; il voit le Cardinal Secrétaire d*Ëlat, il voit le Pape lui-même; pas un mot de réclamation ne lui est adressé.

Après mes discours, après mon langage dans les discussions, après l'appréciation faite dans le monde entier des débats de cette Chambre, pas un mot. Rien!

J'ai publié, dans le volume qui vous a été remis, les lettres du Baron d*Anethan, de novembre à avril, constatant ses rapports avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté et avec Sa Sainteté ellemême.

On a essayé de me faire un crime de cède publication gênante; on reprocherait volontiers au Ministre belge à Rome d*avoir, eu acquit de son devoir, comme un galant homme, rendu compte de ce qu'il apprenait au sujet de nos affaires, d*avoir répété ce qu*il avait ouï dire, des bruits de ville et de salons, de nature à foire apprécier la situation véritable au Ministre avec lequel il avait à correspondre. On lui en a £ait un grief parce que cette publication contrarie les adversaires, les membres de Topposition. Leur organe s'en plaint.

J'ai publié ces lettres, qui sont officielles, parce qu'elles donnaient des renseignements utiles à connaître sur l'attitude de certains Cardinaux, au nombre desquels plusieurs avaient été Nonces en Belgique, unis à Fauteur du Syllabus^ dont l'opinion n'était pas suspecte.

M. Wœste. ^- Le Cardinal Bilio n*est pas Fauteur du Syllabus.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Il n*eAt pas l'auteur du Syllabus, dites-vous. Vous êtes plus instruit que d'autres sur ce sujet ; je ne veux pas vous contredire.

M. Bouvier. — C'est un Père de l'Eglise. {Hilarité.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ce qui est certain, notoire, connu de tous, c'est que les Cardinaux Bilio, Ledochowsky, Oreglia, Cattani, sont au nombre des intransigeants; c'est l'extrême. gauche au Vatican. {Rires à gauche.)

On n'apprenait donc rien de nouveau. Vous savez par d'autres révélations que, d'après l'opinion du Cardinal Cattani (1), qui exprimait son sentiment sur les affaires de Belgique, il n'y avait que trois Evéques qui fussent réellement bons et solides, voulant et sachant foire exécuter leur volonté, et le Cardinal Dechampan'y était pas compris. Jugez! {HUarité à gauche.) Les autres avaient encore trop de tiédeur.

Les diplomates marrons qui sont embusqués dans la presse pour prétendre que de pareilles lettres n'auraient pas dû être publiées, se trompent singulièrement sur les droits d'un Gouvernement et les devoirs d'un diplomate en pareille circonstance.

Donc, Messieurs, en aucun cas on n'a invoqué, à Rome, la dépêche du 11 novembre.

On ne l'a pas invoquée lorsque j'ai adressé ma lettre du 7 avril au Vatican; on ne l'a pas invoquée en me répondant le 3 mai, quoi qu'en ait dit H. Cornesse; on ne l'a pas invoquée non plus lorsque la rupture fut annoncée à Rome; on ne l'a pas fait davantage dans la dernière dépêche du 13 juin du Cardinal Nina.

(1) a Ceux qui, parmi les Evéques belges, ont le courage de combattre à visage découvert le catbolicisme-libëral, ce sont, personne ne l'ignore, Messeignenrs de Liège, de Namur et de Tournai ; les autres ne sont pour moi que des pesci in barile. n (Lettre de Mgr Catlam, ancien Nonce à BruxeUet^ à Mgr de MantpeUier, 12 juiUet iS7G.)

Maintenant, pourquoi, dans quelles circonstances, dans quel but la dépêche du H novembre, retirée, déclarée non avenue, a-t-elle pourtant été publiée, en disant toutefois qu'elle navait aucun caractère officiel? G*est ce que j*aurai l*honneur de faire connaître à la Ghanobre, si elle me permet de continuer dans la séance de demain. {Vive approbation à gauche.)

M. le président. — La parole est continuée à M. le Ministre des Affaires étrangères,

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Messieurs, ainsi que la Chambre a pu s*en convaincre par les preuves décisives, j*ose dire irréfutables, que j*ai données dans la séance d*hier, le Saint-Siège n*a pas songé un seul instant, même après la rupture de nos relations, à invoquer contre moi la dépêche du H novembre 1879, dépêche retirée, déclarée non avenue.

Jeudi, rhonorable M. de Moreau a cherché à expliquer cette situation incompréhensible, si cette dépêche a la moindre valeur. A Ten croire, je m'étais dérobé à la discussion, j'avais cherché à échapper à la contradiction en suspendant toute espèce de communication avec le Saint-Siège, depuis la lettre du 17 octobre, dans laquelle j'avais pris acte — et vous savez dans quels termes — des déclarations contenues dans la lettre fameuse du 5 octobre 1879, jusqu'au moment où j'ai repris la correspondance le 7 avril, c'est-à-dire six mois après.

L'honorable membre a vu là une habileté de ma part, voire même une espèce de calcul de parti.

Et d'abord, rien ne s'opposait à ce que le Saint-Siège parlât. Il pouvait s'expliquer.

Non seulement, — je le répète en passant, — le Saint-Siège avait été sommé de s'expliquer immédiatement après la déclara-

lion faite au nom des Evêques par la presse épiscopale, mais il pouvait parler à son heure, quand il le voulait. Non seulement le baron d'Anethan n'avait pas quitté son poste, il était en relations constantes avec le secrétaire d*Ëtat, à Rome, il était même reçu en audience par Sa Sainteté. En outre, le nonce était à Bruxelles, à côté de moi, et il pouvait parler.

On s*est tu.

Après le 7 avril, d'ailleurs, on était dégagé de toute réserve ; je provoquais des explications; on pouvait parler et m'opposer h dépêche du 11 novembre.

Ou ne le fit point.

Mon silence pendant six mois, ce silence qui a paru avoir quelcjue chose de mystérieux pour l'honorable M. de Moreau, est parfaitement naturel.

Je croyais sincèrement que la publicité qui allait être donnée à la correspondance diplomatique produirait un certain eflet et sur le public et sur les Evêques eux-mêmes; j'espérais que l'action du Souverain Pontife s'exercerait avant tout sur TEpiscopat.

Mais mon silence n'a été mystérieux que pour Thonorable H. de Moreau. Cet honorable membre a cru apporter à la Chambre une véritable découverte. Or, Messieurs, au mois de décembre 1879, la section centrale du budget des Affaires étrangères me posait cette question : « L'échange de vues s'est-il continué après les dernières dépêches mentionnées au dossier ? »

Je répondis : «Il n'y a à attendre pour le moment que les effets de la publicité donnée à la correspondance et les résolutions de la Chambre. »

Voilà le mystère.

Messieurs, au point oii les choses en étaient, je devais, en effet, attendre que les Chambres se fussent prononcées sur la question de savoir si elles entendaient maintenir une Légation auprès du Vatican.

La discassioQ s'ouvre, et à la fin du mois de mars 1879, la la Chambre se prononce; la Légation est maintenue.

Mais les espérances que j*avais conçues ne s'étaient pas réalisées : les violences épiscopales n'avaient bit que s'accroître pendant cet intervalle.

Je reprends ma correspondance. Le 7 avril, j'écris cette dépêche que vous connaissez et dans laquelle j'expose la situation et ses dangers.

Le iO avril, — et voilà comment s'ouvre la nouvelle phase,

— le 10 avril, M. le cardinal-archevêque de Malines envoie au Courtier de Bruxelles une lettre qui lui a été adressée par le Pape et d'où il infère une approbation de tous les actes de l'Episcopat. Le Courrier publie la lettre.

« C*est là, s'écrie-t-il aussitôt, un démenti de plus opposé à cette légende libérale d'après laquelle le Pape se serait borné à condamner en principe la loi de malheur, et aurait désapprouvé les mesures de résistance légale et de préservation nécessaire, adoptées par nos Evéques. »

Eh bien, messieurs, c'était là une lettre privée, non destinée à être publiée. Ce n était pas un bref du Pape, rédigé dans le style des brefs, en latin ; c'était une lettre particulière écrite en italien, et le Saint-Siège, remarquez-le bien, s'est défendu d'avoir contribué à donner de la publicité à cette pièce.

M. Bara, ministre de la Justice. — Voilà un second M.Dumont.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Peutêtre pourrait- on voir là l'abus des lettres privées dont on se

plaint.

Enfin, le 3 mai, arrive la dépêche du Saint-Siège, dans laquelle aucun ménagement n'est plus gardé. On y déclare, et non plus dans les termes équivoques — que je n'avais pas voulu admettre

— de la dépêche du 11 novembre, on y déclare, sans réserve aucune, se rallier entièrement aux actes des Evêques.

Leurs mandements politiques les plus agressifs, leurs instructions les plus étonnantes, pour ne pas dire les plus extravagantes, —j'y serais autorisé par le sentiment que la droite a exprimé sur ces instructions, — reçoivent l'approbation entière et complète du Souverain Pontife.

Et pourquoi, messieurs, a-t-on pris cette attitude? On Ta prise, cela me paraît indubitable, parce ce qu'on a pensé qu'à la veille des fêtes qui allaient se célébrer, le Gouvernement n'oserait pas rompre avec le Vatican. (Vive approbation à gauche.)

Voilà comment on a déclaré cette fois qu'on couvrait entièrement l'Episcopat !

Hais on se trompait. Nous connaissions assez le pays pour être bien convaincus que nous n'avions pas un seul instant à hésiter en face d'une semblable attitude. {Très bien ! à gauche,)

Certes, le pays eût été heureux de nous voir arriver à la pacification au sujet de la question scolaire ; mais, j'en suis également persuadé, le pays était déterminé à accepter et a accepté très virilement la guerre que l'on déclarait.

J'étais profondément pénétré de cette vérité, et je l'avais dit

longtemps à l'avance, que si le clergé s'abstenait de paraître aux

fêtes, il resterait isolé dans le pays. Et l'événement m'a donné

raison : le clergé est resté complètement isolé au sein du peuple

catholique belge ! Tout le monde a pris part à nos fêtes malgré

l'abstention des Evêques, et quoique leurs organes fussent, sans

exception, opposés à ce que l'on participât à ces fêtes. (Vive

afprobatian à gauche,)

Le jour. Messieurs, où l'accord complet du Pape et des Evêques a été constaté dans la lutte dirigée contre la loi, il n'y avait évidemment de notre part qu'une seule mesure à prendre ; i était impossible de ne pas rompre immédiatement nos relations

avec le Vatican {Très bien! à gauche) nos relations qui non

seulement n'étaient plus utiles, mais qui étaient hostiles. {Appro-

batim à gauche.) Le Vatican se mettait à la tète de la résistance à la loi, et il approuvait, il encourageait, il excitait les Evéques dans cette lutte. Gomment pouvoir dès lors nudntenir des rapports avec lui?

Et chose inouïe. Messieurs, que Ton croira difficilement, par quel motif nous obligeait-on à rompre? Qu'avait demandé le Gouvernement et que lui refusait-on? En vain le Nonce apostolique a-t-il essayé, en partant, de couvrir d*un vernis grandiose Tacte du Saint-Siège. En vain nous a*t-il dit que « c'était le devoir du Saint-Siège et que ce serait son honneur devant Thistoire de n avoir pas abaissé sa mission divine à une transaction dont le prix eût été la foi des jeunes générations et peut-être d'un peuple entier ».

S'il en était ainsi, Messieurs, le Saint-Siège n'aurait pas rempli son devoir dans les autres pays ; il aurait abaissé, partout ailleurs qu'en Belgique, sa mission divine, car tout ce que le Gouvernement belge a demandé, et rien de plus, c'est que les écoles officielles ne fussent pas proscrites en masse, — et le Pape y avait acquiescé ; ce que le Gouvernement belge a demandé, c'est que les Evéques ne fussent pas autorisés à créer et à maintenir, en matière scolaire, une règle exceptionnelle pour la Belgique ; ce qu'il a demandé, c'est que les catholiques qui font usage chez nous des écoles ofTicielles ne fussent pas traités autrement ou plus rigoureusement qu'ils ne le sont sous des législations analogues, aux Etats-Unis, aux Pays Bas, eu Irlande, en Autriche, en Italie, à Rome même, sous les yeux du Souverain Pontife. {Oui! oui! à gauche.)

On ne Ta pas voulu; plutôt que d'accorder ce que nous demandions, on a mieux aimé troubler les familles, semer partout les haines et la discorde, séparer les femmes des maris, susciter la révolie des enfants contre leurs parents, refuser le sacrement de niui iuge à nos instituteurs et à nos institutrices, ne consentir

quà constater les mariages hoDteusement, dans les sacristies, comme s'il s*agissait de schismatiques, et laisser sur tous les points du territoire se pratiquer ces £aiits si odieux et si scandaleux, constatés par la presse, révélés dans l'enquête scolaire et qui sont, j'ose le dire, stigmatisés par tous les honnêtes gens. (Vive (g>probatUm à gauche)

A cet égard, Messieurs, nous avons les aveux de Topposition; elle a parlé sur ce sujet comme nous-mêmes; elle a qualifié les instructions épiscopales comme nous les avons qualifiées; elle les a bl&mées commç nous les avons blâmées, dans les mêmes termes.

Que Ton prenne la lettre de Son Eminence le Cardinal Nina à ''Archevêque de Malines, et on y retrouvera, pour ainsi dire identiquement, les critiques dirigées par nous contre les instructions épiscopales. C'est là qu'il est écrit que « de pareils actes ne sont propres quà rendre tEglise odieuse (1). » (Nouvelle approbation à gauche.)

Oh cherche vainement à justifier de pareils actes, qui resteront sans excuses; on cherche vainement à expliquer de pareilles aberrations, qui ne se sont produites qu'en Belgique, précisément parce que le clergé y jouit d'une position unique dans le monde, et non dans les autres pays où existent des législations scolaires semblables à la nôtre.

La curie romaine, quoique y ayant été invitée, n'a pas tenté de justifier cette exception; mais ses avocats dans cette enceinte ont essayé de le faire. L'honorable M. Woeste a cru devoir vous dire que ces rigueurs s'expliquent, — ces rigueurs qu'il a blâmées, qu'il a condamnées — il a cru pouvoir vous dire qu elles s'expliquent, parce que notre législation scolaire n'est pas comparable à celles des pays étrangers.

(r. Lettre du Cardinal Sinn à F archevêque de Malines, 31 octobre 1879.

L'honorable membre s*est assurément trompé : aux Etats-Unis, en Irlande, en Angleterre, aucun enseignement religieux dogmatique ne peut être donné dans l'école ; — en Autriche, en Italie, l'enseignement religieux est facultatif; on peut se dispenser de le suivre. En Belgique on peut dire qu'il fait partie du programme en vertu de la loi ; car il est laissé aux soins des familles et des ministres des cultes, et dans l'école un local est réservé pour y donner cet enseignement. Où est la différence qui doit expliquer des mesures réservées pour les Belges seulement ? Et n'est-ce pas la condamnation prononcée contre toutes les écoles officielles non seulement d'Amérique, mais d'Irlande et d'Autriche que vous invoquez pour condamner la loi scolaire belge ?

Arrière donc tous ces vains subterfuges pour excuser ce qui est inexcusable ! Oui, ce sera un sujet d'étonnement pour les contemporains, ce sera un plus grand sujet d'étonnement encore dans Tavenir, de voir que le Pape lui-même n'a pu obtenir que les catholiques belges fussent traités par les Evéques belges comme le sont les catholiques romains par l'Evéque de Rome, dans une situation identique ! {Rires à gauche.)

Gela restera absolument incompréhensible, et c'est à notre Episcopat qu*il faudra faire remonter la responsabilité d'une telle situation.

Aussi, Messieurs, n'ai-je pas entendu, de la part de l'opposition, un seul mot, un seul argument pour prouver que je ne devais pas rompre avec le Vatican.

Quelle que soit l'hypothèse à laquelle on s'arrête, que l'on considère le Pape comme étant d'accord avec les Evéques, ou qu'on admette qu'il n'a pas pu faire prévaloir sa volonté, il n'y avait plus pour nous aucune raison de négocier plus longtemps avec le Souverain Pontife. 11 n'y a eu, à cet égard, qu'une seule insinuation. L'honorable M. Woeste a dit que les instructions des Evéques avaient été modifiées. On s'est même aventuré — mais

le terrain était pea sAr — jusqu'à insinuer que le baron d'Anethan m*avait, sans doute, donné communication de ces modifications.

Je déclare n'en avoir eu aucune connaissance, si ce n est par un journal libéral, après que la rupture avait été notifiée au Vatican, et, si je ne me trompe, presque au moment même où je notifiais à la nonciature que toutes relations avaient cessé entre nous. U est donc impossible que ces instructions inconnues, ignorées, pussent^ exercer la moindre influence sur les résolutions du Gouvernement.

M. Maloa. — G*est une erreur de fait.

M. Frère-OrlMUi, Ministre des Affaires étrangères. — Si vous voulez bien me la signaler?... Je suis prêt à répondre.

M. Malon. — Je le fiorai.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je pense qu il n'y a ici aucune espèce d'erreur de fait. Je n'ai pas connu ces instructions avant la notification de la rupture au Vatican. Si on prétend le contraire, qu'on en apporte la preuve.

Mais, Messieurs, je veux être très franc : si ces instructions ai*avaient été connues, si elles m'avaient été communiquées officiellement, elles n'auraient pu, en quoi que ce soit, modifier la manière de voir du Gouvernement.

Nous aurions été accueillis par un éclat de rire universel si nous étions venus, dans cette enceinte, demander le maintien de la Légation en nous prévalant des instructions modifiées des Evèques, en prétendant que, par ces belles modifications, qui sont vraiment dérisoires, nous avions obtenu complète satisfaction ! Nous aurions produit un effet admirable, en mettant ces instructions nouvelles en regard des dépêches qui ont précédé la rupture et où Ton affirmait cet accord complet entre TEpiscopat et le Pape sur tout ce que les Évêques avaient fait ! {Rires à gauche.)

Messieurs, je ne veux pas abuser du temps de la Chambre en comparant les instructions du i*' septembre à celles du mois de juin suivant... je crois que les secondes datent de juin, donc à une date qui est aussi celle de la rupture.

M. VToeste. — * Elles ont été arrêtées le 14 mai.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je ne suis pas aussi instruit de ces choses que vous. {Hilarité à gauche.) Je ne suis pas admis à Malines comme vous... même pour y recevoir des pensums. (Bruyante hilarité à gauche.)

M. Bouvier. — Pour être grondé!

M. Woeste — Je demande la parole pour un fait personnel. {Nouvelle hilarité à gauche.)

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Mais, Messieurs, je me ferais d'ailleurs scrupule d*enlever une consolation à l'opposition. Je ne serais pas étonné le moins du monde qu'elle crût devoir se contenter des modifications apportées aux instructions du i""' septembre. Elle se complaira dans l'idée qu'elle est victorieuse des Evêques, qu'elle les a amenés à capituler; elle se persuadera que les Evêques ont fini par venir baiser la mule des « meneurs de la droite », qu'ils se sont inclinés devant <( les inopportunistes, qui auraient tout perdu si on les eût écoutés »! {On rU.) Elle fera entendre peut-être que c'est grâce aux « meneurs de la droite » qu'on a décidé notre indomptable Archevêque à cesser de « maintenir fermement tout ce qui a été fait », alors que quelque temps auparavant, quand le Pape le priait d'accueillir ses idées pacifiques, sa réponse hautaine était : « Nous n'avons qu'à maintenir les instructions qui ont été données. » Mais vis-à-vis des ce meneurs de la droite », c'est autre chose !

Nous laisserons. Messieurs, à nos adversaires cette petita satisfaction d'amour-propre.

Mais comme ces instructions, même modifiées, maintiennent.

de Taven de tout le monde, la proscription en masse des écoles officielles, comme elles maintiennent les persécutions contre nos instituteurs et nos institutrices, contre tous ceux qui participent d'une manière quelconque à Texécution de la loi scolaire, comme elles continuent à livrer tout ce monde aux violences d'un clergé fanatisé, nous laisserons à l'opposition le soin de se déclarer satisfaite, mais quant à nous, nous déclarons hautement que nous ne le sommes pas! {Très bien! à gauche.)

Ces secondes instructions, qui ne nous étaient pas connues, je le répète, au moment de la rupture, n'étaient donc pas de nature à nous Élire revenir sur la résolution que nous avions prise.

Il ne reste plus rien d'ailleurs, Messieurs, de tout ce qui avait été déclaré la première fois dans la correspondance diplomatique. L.e langage tenu au sujet de la Constitution et auquel nous avons pu attribuer quelque valeur, ce langage se réduit aujourd'hui à celui que tenaient Grégoire XVI et Pie IX, les auteurs des encycliques de 1832 et de i864.

Rien n'est changé dans l'enseignement du clergé au sujet de nos principes constitutionnels ; rien n'est changé dans ses écoles! Nous avons l'aveu d'un personnage important, l'un des chefs de Tultramontanisme en Belgique, qui était allé prendre le mot d*ordre à Rome, nous avons l'aveu, dis-je, de la manière dont il faut, h l'avenir, interpréter la défense d'attaquer la Constitution, et Tobligation de l'aimer.

a La ligne suivie par les catholiques purs, écrit-il, peut être déclarée bonne. »

La date de cette lettre est bonne à retenir; elle est du If février 1879.

c< On nous conseille de mettre le plus possible de modération dans la forme, d'éviter les attaques directes contre la Constitution ; mais on nous encourage à ne laisser passer aucun fait particulier

produit par les fameuses libertés, sans l\ttaqubr, sans montrer le VENIN DE SON ORIGINE (i). » {HUorité à gauche,)

Nous savons donc, Messieurs, que l'heure n'est pas venue pour nous de renoncer à défendre nos institutions, que l'heure n*est pas venue de déserter la défense nationale que nous avons entreprise ! {Approbation à gauche.)

Mais, si la rupture ne peut pas être autrement combattue par les honorables membres de l'opposition, l'honorable M. Wœste a découvert qu'ailleurs on nous avait condamnés.

Le Nonce que vous avez renvoyé, dit-il, a été agréé à Vienne; quand la Belgique cesse ses relations avec le Vatican , dit-il encore, de grandes puissances les renouent : la Russie a conclu un accord avec le Saint-Siège, et, dans un pays voisin, un Ministre des Affaires étrangères a ouvert des négociations avec lui.

Singulier argument ! Est-ce que jamais le Gouvernement belge a eu la prétention de croire qu'un Nonce avec lequel il a dû rompre ses relations devait être abandonné par la cour de Rome et ne plus trouver d'emploi? D'ailleurs le Nonce dont vous parlez était nommé à Vienne bien avant la rupture des négociations ; les dépêches diplomatiques que vous avez sous les yeux le prouvent.

Est-ce que quelqu'un a jamais pu croire un seul instant que, par cela seul que le Gouvernement belge rompait avec le Saint- Siège, l'Europe devait rompre avec le Saint-Siège?

L'honorable M. Woeste se trompe d'ailleurs sur la nature et rimportance des relations qui ont eu lieu entre certaines puissances étrangères et le Vatican dans ces derniers temps.

C'est ainsi que le Journal officiel de l'empire russe, qui avait connu par la presse Topinion que vient de rééditer llionorable M. Woeste , a eu soin de déclarer qu'on se trompait , et il a signalé à quoi se réduisait l'importance des communica-

(1) Lettre de M. de ViUcrmnnt à M. Périn du \ \ (émer «879.

lions qui avaient été échangées entre la Russie et le Saint-Siège. Et quant au Ministre des Affaires étrangères du pays voisin auquel on a fait allusion, je ne sais s'il a bien à se féliciter d*avoir entrepris des négociations avec la cour de Rome. (On rit.) Mais, Messieurs, à bout de moyens d'attaque, on m'accuse d'avoir manqué à toutes les convenances diplomatiques : j'ai « chassé » le Nonce; je l'ai a renvoyé brutalement ». Ces mots sont jetés sans cesse dans la discussion.

On me reproche d'avoir méconnu les règles suivies en cas de rupture de relations diplomatiques, on m'impute d'avoir manqué d*égards envers le Nonce et de lui avoir envoyé ses passeports dune manière inusitée et inconvenante.

La Chambre se souvient que lorsque la rupture fut notifiée au Vatican, on se plaignit que je n'avais pas assez attendu une réponse à ma dernière communication. Je consentis à conserver des relations officielles avec la Nonciature à Bruxelles, afin de permettre de recevoir régulièrement la réponse annoncée.

Mais dans le même temps, des révélations furent faites, qui compromettaient gravement le Nonce et jetaient une lumière singulière sur nos relations avec le Vatican.

Je pouvais, Messieurs, m'emparer incontinent de ces révélations, les ajoutera nos griefs, incriminer le Nonce apostolique, et faire de tous ces actes un motif de plus de rupture.

Je m'en abstins, d'abord pour ne pas aggraver la situation, et je dirai aussi par considération pour le Nonce avec lequel j'avais si longtemps entretenu des relations.

Le Nonce ne me tint aucun compte de cette réserve. Dans la réponse qu'il fit à ma communication, le 29 juin 1880, il ne craignit pas de m'adresser une offense inqualifiable que je devais relever et que j'ai relevée avec indignation.

a Lorsque, à différentes reprises, m'écrivit-il. Votre Excellence a exposé devant les Chambres beiges la marche et les

résultats des n^odations» die savait qae les coDséqoeQces attribuées par elle aux paroles de Son Eminence le Cardinal Secrétaire d'Etat ne répondaient ni à la pensée ni aux intentions du Saint-Père. »

Je protestai immédiatement avec énergie contre une pareille imputation. « C*est là, disais-je, une assertion produite en désespoir de cause, qui n*a pas même pour elle un indice de vraisemblance et qui est démentie d'avance par toute la correspondance.»

Et comme le Nonce apostolique, au mépris de toutes les convenances, s'était permis en même temps d'attribuer la résolution du Gouvernement à des considérations de politique intérieure, j'ajoutais : « Je n'aurais pu reconnaître à Votre Excellence, dans la qualité diplomatique qu'elle avait hier, le droit de juger ce qui peut convenir à la politique du pays; je laisserai à l'opinion publique le soin de décider si aujourd'hui, et surtout après les révélations contenues dans de récentes publications qui touchent de près Votre Excellence et jettent un jour étrange sur la négociation suivie avec le Vatican, vous étiez autorisé. Monseigneur, h essayer de transformer en concession accordée à un parti, uu acte devenu inévitable par le fait du Saint-Siège et qui se trouvait commandé par les susceptibilités les plus légitimes de l'honneur et de la dignité du Gouvernement. » (Très bien! Très bien ! à gauche.)

Le Saint-Siège a omis de publier cette lettre à la suite du Mémorandum qu'il a adressé au monde entier. (Long murmure ironique à gauche.) Il a eu ses raisons sans doute pour ne point éveiller la curiosité sur les révélations auxquelles cette lettre fiait allusion. Mais, tout en s'abstenant de la publier, il mit alors au jour, pour la première fois, la dépêche du il novembre qu'il avait retirée, qu'il avait anéantie, qu'il avait déclarée non avenue. C'est là, j'ose le dire, un procédé inconnu jusqu'à ce jour dans l'histoire diplomatique.

Il est vrai que la pièce n'a pas été produite comme officielle ; elle n*a pas été produite comme faisant partie des documents de la négociation. Au contraire : en la publiant à la suite du Mémorandum^ on a soin de faire remarquer qu'elle n'a pas de caractère officiel ; on la livre pourtant et pourquoi ?

Cest parce que le Nonce apostolique a poussé ici le zèle jusqu'à la témérité. Irrité de l'échec qu'il venait de subir, il a lancé contre moi l'imputation que vous connaissez et à laquelle il faillait essayer de donner quelque moyen de justification. Voilà pourquoi l'on a commis cet abus scandaleux d'un acte retiré, d'une pièce déclarée non avenue !

Mais, Messieurs, on peut voir aujourd'hui que cette infraction à toutes les règles, à toutes les habitudes diplomatiques a été une manœuvre bien malhabile, qui nuit à ceux-là seuls qui l'ont employée.

Je retourne l'arme contre le Nonce lui-même et je lui dis: \ou8, qui vous abritez aujourd'hui derrière cette pièce pour essayer de justifier votre injure, — vous saviez que je vous ai sirrêté au moment oh le Vatican tentait de se rétracter ; — je ^oos ai averti que l'on courait au-devant d'une accusation de duplicité si l'on produisait cette dépêche, et vous l'avez retirée, ^ous l'avez déclarée non avenue. Vous saviez que moi, au contraire, j'ai maintenu, dans leur intégrité, les déclarations contenues dans la correspondance diplomatique. Vous saviez, après m'avoir entendu parler au momentoù j'allais publier les dépêches, quel était le caractère que je leur attribuais ; — vous n'avez ni protesté, ni réclamé. Vous saviez que lorsque les Evoques ont affirmé ce que l'on prétend déduire aujourd'hui de la dépêche du li novembre, je vous ai sommé de vous expliquer, et que vous n'avez pas osé produire votre accusation. Vous saviez qu'en présence d'attaques formidables dirigées contre l'Episcopat, à raison des déclarations contenues dans la correspondance diplo-

matîque, voas avez gardé un silence compromettant, un dleoce coupable, si la dépêche du 11 novembre avait encore la moindre valeur à vos yeux.

Ces circonstances et d'autres encore que je ne veux plus rappeler montrent combien Tôflense était inqualifiable et combien on a abusé ici d*une dépêche déclarée non avenue.

La conduite du Nonce apostolique h mon ^ard était. Messieurs, absolument sans excuse. Il était le dernier qui pût tenir le langage qu*il a tenu : c*est lui qui m'avait remis la dépêche déclarée non avenue; c'est devant lui que je l'avais qualifiée; j'ai son aveu dans la dépêche qu'il a lui-même adressée au Cardinal Nina : a M. le Ministre des Affaires étrangères persiste à qualifier ce document comme étant en contradiction avec les déclarations officielles antérieures... L'impression produite est désastreuse. » Et il ose me dire à moi : Vous saviez ! Cest lui qui savait (mmeurs à droite); oui, c'est lui, il faut le dire, qui en imposait, lui qui n'avait pas songé un seul instant à élever une protestation ou une réclamation, à essayer de concilier, dans son entretien avec moi, la dépêche avec les déclarations antérieures, lui qui, ni à cette époque ni plus tard, en aucune circonstance, n'a prétendu qu'il avait le droit de se prévaloir vis à vis de moi de la dépêche du il novembre, c'est donc lui qui savait que j'avais le droit de parler comme je l'ai fait.

Une provocation aussi blessante, se produisant dans de telles conditions, me déliait de toute réserve vis à vis du Nonce apostolique. C*est pourquoi, dans ma dépêche du 30 juin, je n ai pas hésité à signaler les révélations qui venaient d'être faites et qui le compromettaient.

Il était prouvé que, en violation du droit des gens, au mépris de tous ses devoirs diplomatiques, le Nonce avait trempé dans des actes de la plus haute gravité dirigés contre le Gouvernement auprès duquel il était accrédité. II était prouvé que ces mande-

ments épiscopaux si violents sur lesquels il gémissait auprès de moi, qu'il r^ettait auprès de moi comme collectifs, parce que dans des actes de ce genre ce sont toujours les violents qui remportent; il était prouvé^ dis-je que ces mandements, il y avait collaboré ! Il était prouvé qu'il avait même supplié l'un des Evéques récalcitrants de vouloir avec les autres y apposer sa signature ! (Sensation profonde.) Je vais vous rappeler un document qui l'établit, Messieurs, d'une manière invincible.

Ob ! je le sais ! on voudrait m'arréter ici en me disant : Vous empruntez ce document à des pièces qui ont été livrées à la publicité par suite d'un abus qu'il faut condamner : ce sont des lettres privées qui n'étaient pas destinées à voir le jour et par conséquent vous ne pouvez pas vous en prévaloir.

Messieurs, Gicéron nous a appris tout ce qu'on peut dire sur l'usage des lettres privées. On connaît ses véhémentes apostrophes adressées à Antoine pour l'abus qu'il avait foit de ses lettres en les divulguant. Je sais que Gicéron a parlé sur ce sujet avec une telle éloquence que, je puis le dire, sans offenser l'honorable M. Cornesse, les arguments de l'orateur romain l'emportent quelquepeu sur ceux de notre honorable co\lèg\xe,{Rires à gauche.) Mais, je l'avoue, Gicéron n'a pas trouvé le dilemme de Thonorable M. Cornesse. {On rit.)

Ou bien, dit l'honorable membre de la droite, ces documents ont été livrés à la publicité par un fou, et alors vous abusez de l'état malheureux d'un homme qui ne sait ce qu'il fait; ou bien ils sont publiés par un homme sain d'esprit qui, dans ce cas, commet une infamie dont vous vous rendez le complice en invoquant des documents qu'il a livrés à la publicité !

Gicéron n'aurait évidemment pas trouvé cela. {HUariti prolongée à gauche.)

Messieurs, j'admets que l'on discute l'usage qui peut être fait d'une lettre privée entre celui qui Fa reçue et celui qui l'a écrite;

on peut apprécier, selon les circonstances, si celui qui use de semblable document est excusable ou ne Test point lorsque ayant à se défendre dans une situation difficile, périlleuse, où sa vie et son honneur se trouvent engagés, il fait usage vis à vis des personnes qui Tattaquent ou qui Tabandonnent de lettres quil a reçues d'elles.

Je ne me prononce pas sur cette question. M. Woeste. — Vous avez raison. {Rires à gauche.) M. Frère-Orban, Ministre des Affaires àrangères. — Je crois que vous eussiez eu raison aussi d*user de la même réserve. {Nouveaux rires.) Mais quand, par une cause quelconque, des documents de ce genre sont tombés dans le domaine public, il est évident que chacun a le droit d'en user et de les invoquer. {Protestations à droite.)

Mais, Messieurs, vous n'y pensez pas! Oubliez-vous que Thistoire vraie se fait le plus souvent avec les secrets révélés, les traités secrets, les correspondances secrètes, les mémoires secrets qui sont publiés à un moment donné ?

M. Gornesse. — Il n'y a d'exception que pour la dépêche du 11 novembre.

M. Bara, Ministre de la Justice. — Elle était retirée. M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je constate qu'il y a eu là une contravention aux règles diplomatiques et je la blâme ; mais, à un autre point de vue, je ne me plains pas, croyez-le bien, de ce que cette dépêche du 11 novembre ait été publiée ultérieurement; cette publication malhabile a démontré combien ma conduite a été droite et correcte; elle m'a permis de prouver que je n ai pas fléchi un seul instant, et que, constamment, j'ai maintenu le même langage, que j'ai parlé devant le Nonce comme j'ai parlé a la tribune. {Interruption à droite.) La publication de la dépêche du 11 novembre, c'est un triomphe pour moi ! {Rires à droite. — Applaudissements à gauche.)

En vérité. Messieurs de la droite, vos rires m^étonoent : vous croyez donc que vous m'avez bien accablé avec cette dépêche du i 1 novembre? et vraiment cela ne fkit guère honneur à votre bon jugement!

Vous pouvez, par nécessité d'opposition, essayer de Ëiire croire aux badauds du dehors que du moment où on m'avait envoyé une certaine dépêche je devais en tenir compte, quoi qu'il advint. (Rires à gauche.)

Il est possible que cette théorie paraisse admissible dans les régions pour lesquelles vous parlez ; mais pour les gens sensés cela ne peut paraître sérieux un seul instant, et permettez-moi de penser que pas un de vous, à droite , ne pourrait y croire. (ftires à droite. — ApplaudissemenU à gauche.)

M. Comesse. — Ce sont les badauds de la Flandre libérale.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vous discuterez cela avec la Flandre libérale si cela vous convient.

M. Comesse. — Cest vous qui avez dit cela.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Vous êtes assez riche pour me prêter beaucoup de propos, nous savons cela. {Rires à gauche)

Messieurs, je rappellerai un exemple récent pour faire mieux saisir l'usage que l'on peut faire de documents tombés dans le domaine public d'une façon quelconque Lors du pillage des Tuileries, une foule de documents, de lettres privées, émanées de nombreuses personnes, de personnages marquants, de princes, etc., ont été livrés aux investigations publiques. On en fit ce qu'on a appelé la Revue rétrospective ; on a publié tous ces documents.

Eh bien, s'il fout en croire l'honorable M. Comesse, tous ceux qui ont fait usage de ces pièces sont complices du pillage des Tuileries. {Hilarité à gauche.)

Voilà la valeur de votre argument.

M. CSomesae. — Vous me le prêtez; gardez odui-Ui pour vous !

M. FrèreOrbaB, Ministre des Affaires iirflngères. — Je ne vous le prête pas le moins du monde. Je qualifie votre dilemme et de votre dilemme ainsi qualifié, je suis convaincu que vous ne sortirez pas.

Gela dit. Messieurs, sous forme de parenthèse, voici la lettre qui constate que le Nonce a manqué gravement à ses devoirs d'ambassadeur, et a violé, vis à vis de nous, le droit des gens.

<c Permettez au Nonce apostolique qu'il vienne joindre ses instances à celles qui vous sont arrivées de Liège ces jours derniers.

« Je n*ai pas besoin. Monseigneur, de m'expliquer davantage pour vous faire comprendre Fobjet et le but de cette lettre.

« Ayant lu la pièce rédigée à Liège, elle m*a semblé très digne à tous les points de vue. »

Et vous savez, Messieurs, que ce premier mandement était purement politique, qu'il contenait les incriminations les plus graves à la charge du Gouvernement actuel et même à la charge des membres de la droite parlementaire qui, selon les Evêques, n'avaient pas rempli leurs devoirs pendant qu'ils étaient au pouvoir.

Eh bien, le Nonce écrit à TEvéque : « ayant lu la pièce rédigée à Liège, elle m'a semblé très digne à tous les poirUs de vue. Quand même j'eusse été d'une opinion différente , l'avis unanime des cinq vénérés prélats qui ont adhéré aurait suffi , je l'avoue firanchement, à me faire douter de mon propre jugement. Et, dans ce doute, le grand, le vital principe de l'union et de la concorde m'aurait tracé tout naturellement la voie à suivre.

c( Rien n'est plus à cœur de notre Saint-Père que cette union de TEpiscopat, dans les temps si difficiles que nous traversons. Vous vous rappellerez, Monseigneur, que Sa Sainteté en faisait

une recommandation toute particulière aux Evêques de la Belgique, dans une lettre d*il y a quelques mois. Or, Tunion n*est pas possible en pratique sans £aire de temps en temps le sacrifice de Tune ou de Tautre opinion personnelle.

ce Ainsi, je suis certain d'être, cette fois-ci, le fidèle interprète des vrais désirs du Saint-Père, en vous engageant. Monseigneur, à adhérer au projet qui a déjà mérité l'approbation de tous vos vénérés collègues (1). »

Quelqu'un dira-t-il dans cette enceinte, — et j'avais donné rendez-vous sous ce rapport à l'honorable M. Woeste, — quelqu'un dira-t-il que de semblables actes sont réguliers et doivent être approuvés, qu'ils ne sont pas contraires au droit des gens, au devoir d'un ambassadeur? Quelqu'un le soutiendra-t-il? Je ne le pense pas.

Je puis donc m'abstenir de puiser à pleines mains dans l'histoire ancienne et moderne, pour vous démontrer quelle est la gravité de l'acte commis en cette circonstance par le représentant du Saint-Siège.

Or, Messieurs, ayant de tels griefe contre le Nonce apostolique, quels sont les procédés si blâmables auxquels j'aurais eu recours envers lui?

Tai employé, à son égard, la formule ordinaire en cas de rupture des relations diplomatiques, ni plus ni moins.

J'ai fait ce qui avait été accompli dans des termes analogues peu d'années auparavant encore par la Suisse, au moment où elle envoyait ses passeports au Nonce apostolique accrédité auprès d'eUe.

La Suisse, qui n'avait pas d'agent diplomatique auprès du Vatican, avait cependant conservé, même après la suppression du pouvoir temporel, un Nonce auprès d'elle. Celait alors

(i) Lettre du Nonce à Mgr VEvêque de Toui-nai du {9 décembre 1878.

Mgr Agnozzi qui occupait ce poste. Mais tout à coup parait une allocution papale dans laquelle on attaque une loi que vient de faire la Suisse, et où Ion dénonce comme coupable un acte du Gouvernement fédéral. C'était « si je me rappelle bien, Texpulsion de Monseigneur Mermillod. Incontinent, en présence de Taltitude que le Pape prenait dans cette circonstance, le conseil fédéi*al adresse ses passeports au Nonce apostolique.

Pour abréger je ne lis pas en ce moment la formule dans laquelle ces passeports furent remis; je Tinsérerai aux Annales (1),

(1) Note à Monseigneur Agnozzi, Chargé à* affaires du Saint-^i^/^e, en Suisse.

(Du 12 décembre 1873.)

Le conseil fédéral a reçu, le 8 de ce mois, parla Légation de la Conrédéntion suisse auprès de S. M. le roi d'Italie, communication do texte officiel d'un document inlitulé « Epistola Enq/cUca » que Sa Sainteté le Pape Pie H a adressé, en date du 21 novembre 1875, aux Patriart^hes, Primats, Archevêques et Evêqucs de TEglisc catholique.

Si ce document, qui a reçu en Suisse la publicité complète à laquelle hU donne droit la liberté de la presse, se bornait à promulguer sur des questioiis de doctrine ou de dis<;ipline ecclésiastique les décisions do Souverain Pontife de TEglise romaine, le conseil fédéral n'aurait point h s'en occuper. Il a re»peclé jusqu'ici et il s'efforcera toujours de faire respecter la liberté de croyance des diverses confessions. Par les propositions qu'il a foites il y plusieurs mois déjà à TAssemblée fédérale pour le règlement constltutioniiel des questions ecclésiastiques, il a prouvé, ainsi que M. le Chargé d^affaires do Saint-Siège lui-même Fa reconnu dans un entretien récent avec le présidiot de la Confédération, qu'il est animé à 1 égard de tous les coites d*an esprit de justice et d'impartialité.

Mais l'Encyclique Etsi multa luctuosa^ du âl novembre 1875, renferme et précise à l'égard de diverses autorités légitimement constituées en Suisse, et de certaines décisions que ces autorités ont régulièrement prises, des accusations de la nature la plus directe et la plus grave.

Au nombre de ces accusations figurent celle d'avoir violé la foi publique (obstante etiam data publiée fide), et celle d'avoir, par l'expulsion d'un prêtre du territoire suisse, commis un acte honteux et plein d'ignominie pour ceux qui l'ont ordonné comme pour ceux qui l'ont exécuté (fieda et indicora mandait' tibus atque exequentibus).

Bien que le pouvoir temporel des Papes n'existe plus, le conseil fédéral avait cru devoir maintenir jusqu'ici des rapports diplomatiques et officiels avec le Sainl-Siége. 11 l'a fait par égard pour le Souverain Pontife et sa situation présente, par considération personnelle pour le Chargé d'affaires actuel du Sainl-Siége à l'esprit conciliant duquel il se plaît à rendre hommage, et par respect pour les sentiments religieux des catholiques suisses.

Mais puisque, au mépris de ces relations et des égards qui en sont la conséquen<!e élémentaire, le P.ipe profère avec éclat contre les autorités suisses et

on pourra ainsi juger, en la comparant avec la lettre que j'écrivis au Nonce, si je me suis conformé aux règles habituelles de la diplomatie en cette matière.

Il est vrai, Messieurs, que, sous le coup de Toflense qui m'avait été &ite, j*ai un jour qualifié durement , dans cette Chambre même, les actes du Nonce apostolique; je le reconnais.

Hais, je le demande, y a-t-il dans la langue un autre mot que celui dont je me suis servi alors pour qualifier Tacte en face. ^.^^ duquel je me trouvais?

N'oubliez pas les faits.

Il s'agissait de l'un de ces mandements les plus agressifs, lel* plus violents contre le Gouvernement, de l'un de ces mandements politiques qui ont fait l'objet de mes plaintes ultérieures dans

teors actes des accusations ^ves et répétées, il est du devoir et de la dignité da conseil fédéral de reconnaître qu'âne représentation diplomatique perroanente du Saint-Siège en Suisse est devenue inutile.

Le conseil fédéral a en conséquence Thonnenr de porter à la connaissance de Monseigneur Âgnozzi, Chargé d'afTaires du Saint-Siège en Suisse, et de rinviter à porter à la connaissance de son Gouvernement qu'à dater de ce gon et par le frit du Saint-Siège la Confédération suisse ne peut plus recon- Diiire le Chargé d'affaires do Pape comme représentant diplomatique accrédité auprès d*dle.

" Le cooseU fédéral prie Monseigneur Agnozzi de bien vouloir lui faire connaftre la date à laquelle U se propose de fixer son départ. Il prendra les nesores nécessaires pour que. Jusqu'à ce moment, le Chargé d'affaires du SaintrSi^ Jouisse de tous les égards qui sont dus à son caractère diplomatique*

Eu exprimant à Monseigneur Âgnozzi le regret qu'il éprouve de devoir prendre la détermination qui fait l'objet de la présente note, le conseil fédéral saisit cette occasion pour l'assurer de sa considération distinguée.

Berne, le 12 décembre 1875.

Au nom du conseil féd<^ral suisse :

« Le président de la Confédération,

Ceresole.

Le chancelier de la Confédération,

SCHIESS.

Monseigneur Agnozzi répondit, le 2! janvier 1874, à la note du conseil fédéral en protestant contre la mesure qui venait d être prise et déclarant qu'il attendait pour quitter la Suisse que ses passeports lui eussent été remis.

Les passeports ont été remis deux jours après avec une courte noie.

On voit que c'est exactement la marche qui a été suivie par le Gouvernement belge.

toute la correspondance diplomatiqpie. Le Nonce y avait collaboré; il avait excité Fun des Evéques récalcitrant à le signer.

Vous savez quel était naturdlement» nécessairement, son lan* gage en réponse à mes plaintes lorsque ce mandement fut publié; vous savez quelle était la mission de paix qu*il déclarait avoir à remplir auprès de moi.

Le Nonce avait donc commis un acte qui, en d'autres pays et en d'autres temps, aurait pu motiver son arrestation et son ^pulsion immédiate. (Oh! oh! à droite.) Certainement, et l'on se serait même prévalu de l'exemple des Papes pour agir de la sorte!

Eh bien, comment pouvais-je nommer cet acte? Pouvais-je l'appeler une finesse diplomatique? (Rires à gauche.)

Messieurs, écoutez La Bruyère sur ce point :

« La finesse est l'occasion prochaine de la fourberie; de Fune à l'autre le pas est glissant; le mensonge seul en fait la différence; si on l'ajoute à la finesse, c*est fourberie. » (Rires à gauche)

Le mensonge y était. Gomment donc aurais-je nommé la chose? (Rires d gauche.) J'étais, dès lors, excusable d'avoir prononcé le mot. Je me trouvais, du reste, en état de légitime défense, car, vous ne l'avez pas oublié, j'étais accusé d'avoir altéré la vérité. Mais je me demande si l'indignation que l'on a manifestée ^ propos de ce mot n'est pas un peu une indignation de commande!

Il me paraît, en lisant les révélations qui ont été faites, que, dans certaines régions, entre amis, les chers et vénérés seignem qui se font des protestations de respect et de dévouement ne se gênent guère pour dire d'un haut dignitaire de l'Eglise qu'il est un homme à double face (1). (Rires à gauche.)

Mais, Messieurs, j'ai commis d'autres actes abominables, suivant

(1) (( II (le Pape) regrette surtout que le Cardinal de Matines agisse parfois avec irop de mollesse et ressemble à un homme qui a detuc faces (c'est son expression), tandis qu'il faudrait en avoir une seule. » {Lettre du itère Séraplàn à Mgr Dumont, ijuin 1876.)

l'honorable M. de Horeau. Tai compromis le pays gravement en révélant à l'étranger les divisions qui existent entre nous; ces divisions, les étrangers ne les auraient jamais connues si je n'avais pas rompu nos relations avec le Vatican. {Hilarité à gauche.) L'honorable M. de Moreau en est-il bien sûr? Il me semble cependant que l'opposition n'a pas été plus violente depuis cette rupture qu'elle ne l'était auparavant et que l'étranger — si l'étranger veut bien s'occuper de nous et lire nos journaux — pouvait connaître nos divisions sans qu'il fût besoin pour cela du retrait de notre ambassadeur auprès du Saint-Siège.

Hais c'est la loi « de guerre et de malheur » qui a occasionné tout le maU qui a créé toute la situation dans laquelle nous sommes ! C'est elle qui a provoqué ces actes si graves, si exceptionnels des Evêques !

Je ne pense pas. Messieurs, qu'il faille trop regretter d'avoir va les Evêques à l'œuvre dans leur opposition à une loi. Je soupçonne que cette opposition n'était que le prélude de l'exécution d'un plan général et que toute cette combinaison savante, ayant un objet plus étendu, pourrait bien échouer en même temps que l'opposition dirigée contre la loi scolaire.

Vous n'avez pas oublié, sans doute, certains mandements des Evêques de Liège et de Namur dénonçant les libéraux et les associations libérales, les proscrivant et déclarant qu'on ne pouvait plus être enfant soumis de l'Eglise si Ton participait à quelqu'une de ces associations, ou si l'on votait pour les libéraux. C'était l'excommunication qui commençait.

Vous savez. Messieurs, que le bourgmestre d'un de nos chefslieux de province a été excommunié à raison de sa qualité de libéral et pour sa participation à une association libérale. 11 8*agîssait d'infliger des peines ecclésiastiques à tous ceux qui ne suivitiient pas les ordres du clergé en matière politique.

Eh bien, Messieurs, je crois que la répulsion qu ont fait naître

— seules mesures prises par le clergé en matière scolaire rengagera k renoncer à des tentatives de ce genre* qui finiraient par soulever le pays tout entier contre lui. (Très bien! à gauche.)

Il renoncera à pratiquer un système qui bientôt eût été se généralisant; on n'eût pas tardé à frapper des mêmes peines tous ceux qui se seraient montrés dévoués à la Constitution; les magistrats qui n'auraient pas donné gain de cause à l'Eglise... {Protestations à droite.) Ne niez pas, on en a vu des exemples. Les libéraux catholiques auraient été sous le coup de ces menaces, en attendant le tour des catholiques libéraux.

C'est pour ne négliger aucun moyen d'action que vous avez va le parti du clergé si ardent à demander qu'on lui concède le droit de régir, d'administrer, selon son gré, les cimetières, par exemple, afin qu'il ait entre ses mains une arme pour punir ceux qui contreviendraient à ses ordres, même en matière politique; c est pour cela que l'on demandait au ministère catholique une loi qu'il n'a pas osé faire ; c'est pour cela qu'on a cherché ardemment à obtenir l'impunité des menaces proférées au confessionnal pour obliger les pénitents à se soumettre aux ordres du clei^, même en matière politique ; nous n'avons pas oublié les tentatives faites dans ce but au sein de cette Chambre par un Ministère dévoué au clergé. {Approbation à gauche.)

En combattant celte politique cléricale qui n'a d*autre but que l'asservissement des populations au joug du clergé, nous soulevons les colères d'une faction ardente et puissante, d'autant plus vive que nous résistons avec succès, soutenus par l'opinion publique. L'honorable M. Woeste se console en songeant que nous ne sommes pas éternels. Vous vous souvenez de sa péroraison :

ce L'honorable Ministre des Affaires étrangères, vous a-t-^il dit, a eu des prédécesseurs. Ils ont passé. Qu'il continue donc à lancer contre la Papauté ses analhèmes impuissants; il passera, et la Papauté demeurera. » {Hilarité à gauche.)

D'abord, que Ilionorable M. Woeste me permette de le lui £siire remarquer, je n*ai lancé aucun anathëme contre la Papauté. Il n*eQ trouvera pas la moindre trace, ni dans la correspondance diplomatique, ni dans les discussions auxquelles nous nous sommes livrés.

Celte assertion téméraire était inutile pour Teffet de Tantithëse dont il a voulu m'accabler.

Hais celte antithèse est quelque peu boiteuse. Opposer un homme, dont la vie est naturellement limitée, à une institution, qui, si elle n*est pas éternelle (car ayant eu un commencement, elle peut avoir une fin), a du moins une existence dont le terme ne peut être assigné, c'est se livrer à un jeu d'esprit que le bon sens ne saurait approuver. {Rires à gauche.)

L'honorable membre ne pouvait pas dire que les Ministères des Affaires étrangères passeront et que la Papauté demeurera, car j'imagine qu'aussi longtemps qu'il y aura sur le globe des nations policées, il y aura des Ministères des Relations extérieures, ce qui promet à ceux-ci une existence qui ne sera pas moins longue que celle de la Papauté. {Rires à gauche.)

Une antithèse aussi malheureuse que celle de l'honorable membre devait naturellement succomber.

Mais je comprends toutefois ce que l'honorable membre a voulu dire. 11 a voulu, sans doute, exprimer que l'Eglise était éternelle; mais pourquoi ne s'en est-il pas tenu à lantithèse traditionnelle des Papes et que Pie IX formulait naguère en ces termes: « Combattons! chers enfents, et ne craignons rien. Rippelez-vous que les ennemis de Dieu passent et que TEglise reste. » Et pourquoi l'honorable membre a-t-il parodié Pie IX? {HUarUé à gauche.)

La foi papale à ce sujet est puissante et rien ne paraît pouvoir l'ébranler.

L'histoire rapporte que lorsque le roi Victor Emmanuel se fut

résolu à envahir Rome* il envoya H. de San Martino porteur d*une lettre au Saint-Père pour lui expliquer ses intentions. — Vous n'entrerez pas, répondit Pie IX , convaincu que la Sainte Vierge viendrait à la Porta Pia arrêter les envahisseurs. — Noos n'entrerons pas? répliqua M. de San Hartino, mais Votre Sainteté considère-t-elle que nous avons tant d'artillerie, tant d*in&nterie» etc. ? Comment nous empécherez-vous d'entrer? — Vous n'entrerez pas, répondit Pie IX, convaincu que le miracle se ferait.

Cependant sur ce mot: «Vous n'entrerez pas », et au moment oii M. de San-Martino allait se retirer, le Pape le rappela et loi dit avec son fin sourire et son esprit enjoué : a Ceci n'est pas de rinfaillibilité ! » {Rires à gauche,)

Et, en effet. Messieurs, le miracle ne se fit pas.

Je ne sais si d'autres miracles attendus se feront dans l'avenir; ce que je sais, c'est que, jusqu'à ce jour, l'Eglise n*a jamais récupéré ce qu'une fois elle a perdu. L'Eglise a possédé l'empire du monde que les Romains avaient conquis. Un grand schisme, occasionné par des motifs futiles et si subtils qu'ils nous paraissent à peine croyables aujourd'hui, a fait perdre à l'Eglise des millions de fidèles. Ils ont continué à rester séparés d'elle. La révolte du xvi^ siècle, provoquée par des abus devenus intolérables, a enlevé à la Papauté une grande partie des peuples qui lui restaient soumis. Us n'ont plus désormais reconnu son autorité.

Il y a trois siècles seulement, les Etats catholiques demeurés en union avec la Papauté, envoyaient encore des ambassadeurs aux conciles de TEglise. Le dernier concile assemblé au Vatican a consacré définitivement la séparation de l'Eglise... et des Etats, cette fois; et c'est au milieu de l'indifférence générale des peuples que le dogme de l'infaillibilité papale a été proclamé.

La papauté avait une puissance temporelle qu'elle avait exercée en maltresse et souveraine. Le mécontentement des peuples qu'elle gouvernait fut tel que, durant un demi-siècle, elle ne put

se mainteoir qu'à Taide des asmées étrangères. Les gouvernements européens, même les schismatiques, voyant les dangers qu'un tel état de choses faisait courir à la paix de l'Europe, durent intervenir, sans égard pour la souveraineté et l'indépendance du Pape-Roi, dans le but de convier cette puissance temporelle k se réformer.

Elle était irréformable et, le jour de la chute du pouvoir temporel, il ne s'est trouvé aucun Etat en Europe qui songeât même à le défendre.

Naguère, Messieurs, l'Eglise restait au moins maîtresse de la direction de l'enseignement dans les Etats catholiques. Elle fut ensuite associée seulement sous ce rapport à la puissance publique et aujourd'hui, partout, même dans les contrées où le catholicisme a conservé le plus de fidèles, l'enseignement séculier ne relève plus que de l'autorité civile.

L'Eglise catholique veut aujourd'hui entreprendre de reconquérir tout ce que l'esprit moderne lui a enlevé. Elle réclame l'empire et attend le miracle qui doit le lui rendre.

Mais asservie par « la secte fanatique et servile » que Nontalembert dénonçait au monde catholique, elle annonce que, le jour où elle sera victorieuse, elle ravira aux peuples les libertés qui leur sont chères. Elle indique ici même de quelles armes elle saura se servir et quel but elle poursuit; elle veut qu'on sache, dès à présent, quelle sera impitoyable et que les cris de la conscience publique révoltée ne l'arrêteront pas. (Sensation.)

Elle montre, suivant l'expression aussi de MoiUalembert, « qu'elle a des crocs et des griffes » dont elle saura faire usage, et, soutenue par une cohorte de prétoriens journalistes qui se donnent la mission de rendre l'Eglise « épouvantable (1) », elle croit ainsi préparer l'heure de son triomphe.

(I) « Le Courrier de Bruxelles, écrit le Journal de Bruxelles du 25 octobre 1880, a dépensé beaucoup de talent à rendre l'Eglise épouvantable. »

En attendant» sous rimpulsiqp des Evoques belges que la droite elle-même a jugés « dont elle ne saurait défendre les œuvres sans se perdre à jamais, suivant son aveu, l'Eglise a chassé de son sein, sous nos yeux, d*innombrables fidèles qui n'y rentreront plus. Ah! sans doute, Messieurs, il Ssiudrait des miracles pour assurer le succès d*une pareille cause; mais, à mon tour, j'ai la foi inébranlable que ces miracles. Dieu ne les accomplira pas. (ApplaudmemenU prolongés, à gauche.)

M. Woeste {fait personnel) — Messieurs, l'honorable H. Frère, à l'exemple de tous les orateurs de la gauche qui ont pris la parole dans celte discussion, a dit tout à Theure que j'allais recevoir des pensums à Malines, faisant ainsi allusion à une lettre confidentielle de 1876, du cardinal de Malines, lettre dans laquelle celuici a écrit qu'il m'aurait grondé.

J'ai l'honneur, Messieurs, d'avoir avec le cardinal de Malines des relations déjà anciennes et qui comportent, dans l'appréciation des hommes et des choses, une grande franchise de langage.

Quand j'ai eu connaissance, par les journaux, de la lettre confideniielle du cardinal de 1876, j'ai cherché dans mes souvenirs et dans ma correspondance à quoi elle pouvait faire allusion. Je n'ai rien trouvé.

J'ai écrit au cardinal de Malines, qui se trouvait en ce moment à Rome, et je lui ai demandé l'explication de cette lettre. 11 m'a répondu qu'il ne se rappelait rien.

M. Washep. — Des cabrioles !

M. Woeste. — Ce que je puis dire, ce que je puis affirmer, c est qu'après comme avant la lettre du cardinal de Malines de 1876, j'ai suivi absolument la même ligne de conduite politique.

Un membre a gauche : C'est tout ?

M. Bouvier. — Pauvre garçon ! {Rires à gauche.)

M. Jacobs. — Messieurs, le discours que la Chambre vient

d'entendre inaugure, s'il m'est permis d'emprunter une expression au vocabulaire artistique, la troisième manière de M. Frère- Orban.

La première est celle des discours de novembre 1879 et de mars 1880, alors que, plein de respect et de déférence pour Léon XUl, M. Frère semblait prêt à pousser ce cri qu'il rappelait bier : Courage, saint-père !

La seconde, radicalement opposée, se reflète dans les dépêches du mois de juin, les circulaires de juillet et d'août et dans le discours du 6 août ; c'est là que M. le Ministre des Affaires étrangères formulait des accusations de duplicité, et dénonçait une politique dépourvue de franchise et de droiture.

Depuis hier, l'honorable Ministre a adopté une manière intermédiaire ; la lecture du dossier Dumont l'a éclairé et la loyauté l'oblige, nous dit-il, à reconnaître que le pape lui a tenu parole, qu'il a même été au delà de ce qu'il avait promis ; il ne se serait pas borné à donner des conseils, il aurait intimé des ordres. Il ne se serait pas borné à le Ëiire par le canal du nonce accrédité en Belgique, Mgr Vanutelli, il l'aurait fait encore par l'entremise de Mgr Czacld ; pape, secrétaire d'Etat, nonce, tout ce qui tient à Rome a loyalement agi, au moins jusqu'au 3 mai 1880; les évêques belges sont seul coupables, ils ont Ëiit preuve d'une obstination invincible, et le pape, par faiblesse, a fini par céder; il a profité de la veille des fêtes jubilaires pour changer d'attitude, pensant que le gouvernement ne romprait pas avec lui en un pareil moment. Le calcul n'a pas réussi, l'attitude nouvelle du saint-siége a nécessité la rupture.

Le mouvement de recul qui caractérise cette troisième manière de M. Frère est assurément méritoire; il est assurément louable, bien qu'il ne soit pas de nature à nous satisfaire, encore moins à nous faire oublier ce qui a précédé. Ce n'est pas dans les journaux, c'est dans la bouche et sous la plume de l'honorable

Ministre que nous avons rencontré des accusations blessantes à radre3se du saint-siége. Les journaux ont pu les exagérer, mais après tout ils n'ont été que des échos. {Rires à droUe.)

IjSl suppression de la légation belge auprès du saint-siége» décrétée au nom des principes libéraux» n'aurait provoqué de notre part qu'une protestation. Sa suppression, basée sur la duplicité du saint-siége, est un sanglant affront infligé à tous les catholiques. Il nous touche tous; il nous donne le droit et nous impose le devoir de montrer que rien, mais absolument rien ne justifie de pareilles accusations, que tout homme ayant quelque sentiment de justice doit se les interdire et M. le Ministre des Affaires étrangères plus que personne.

C'est notre droit de juger ici la conduite du gouvernement, la façon dont il a rompu avec le saint-siége et démontrer que la formé qu'il y a mise, où plutôt l'absence de forme qu'il y a mise est hautement blâmable. {Approbation à droite.)

Les actes du gouvernement forment le véritable objet du débat.

Un changement radical s'est produit dans l'attitude du gouvernement vis-à-vis du saint-siége, sans qu'aucun changement se produisit dans le personnel gouvernemental. Il me semblait naturel que l'un ne se flt pas sans l'autre.

Je m attendais à voir M. Frère céder la place à M. Janson et tenir au Roi ce langage : « Sire, c'est aux clairvoyants, c'est aux perspicaces, ce n'est pas aux aveugles et aux dupes qu'appartient la direction des affaires publiques. Gouverner c'est prévoir. Voilà l'homme qui a tout prévu ; il est le premier ministre indiqué. »

Permettez-moi de rafraîchir quelque peu vos souvenirs et de vous rappeler que M. Frère a abouti, au mois de juin, aux conclusions que M. Janson avait tirées dès l'origine. Alors, l'honorable M. Janson prêchait dans le désert; depuis on lui a fait amende honorable ; on a emboîté son pas; on s'est mis à sa remorque; lui seul aurait vu clair; lui seul aurait bien jugé le pape et le nonce.

Parlons du nonce d*abord. Le 19 mars 1879» H. Janson reproche au nonce d*avoir, au cours des négocialions» présidé une assemblée générale de la société de Saint-François-Xavier, société qui, dit-il, poursuit un but politique.

« L'ambassadeur du saint-siége ne devrait pas présider de semblables réunions, car c'est là se mêler de politique. »

M. Frère lui répond immédiatement, et voici son langage :

a De ceux qui ont été désignés comme provoquant cette agitation, je dois excepter le nonce accrédité auprès du gouvernement belge dont Thonorable préopinant vient de parler.

« Je dois rendre hommage ici publiquement à fesprit élevé conciliant^ modéré, dont il n'a cessé de fiiire preuve depuis que j'ai eu l'honneur d'être en relations avec lui. . a II n'a pas cru faire une démonstration politique et il s'est empressé de protester auprès de moi contre cette pensée.

ce Je devais cette justice au nonce accrédité auprès de nous et je la lui rends. »

Un an se passe, et voilà M. Frère qui porte sur le nonce le même jugement que M. Janson ; il qualifie même la lettre du nonce du 19 décembre 1878 avec plus de sévérité que M. Janson n'en avait montré le 19 mars.

ce J'attends avec impatience, dit-il, le moment où vous vous lèverez pour défendre la fourberie dont a fait preuve dans cette circonstance l'agent du saint-siége accrédité auprès de lui.

« Oui, j'attends que vous entrepreniez de justifier les actes de l'agent diplomatique accrédité auprès du gouvernement belge et qui fomentait l'agitation dans le pays, qui conspirait, qui collaborait à des mandements épiscopaux dirigés contre les actes et la politique du gouvernement et destinés à provoquer le trouble et l'agitation dans le pays. » (6 août 1880.)

Cette conduite du nonce, dont M. Frère ne s'est pas douté avant que le dossier Dumont ne la lui révélât, M. Janson la

devinait depuis plus d'un an. Admirez sa perspicacité! (Rires à droite). M. Boulier. — Il connaissait les jésuites ! M. Jacobs. — Et M. Frère les ignore probablement ! Passons du nonce au saint-père.

Lors du débat de novembre 1879» Thonorable H. Frère s'exprime en ces termes :

« Les catholiques ont en face d*eux, aujourdliui, un pape qui cherche à pacifier les esprits. Il serait injuste de ne pas tenir compte des difficultés qu'il rencontre, des efforts louables qu'il a fiaits dans l'intérêt de la paix. »

L'honorable H. Frère remercie le saint-père de l'abstention dans laquelle il se renferme. Il communique à la Chambre l'espoir qu'il base sur les dispositions du pape. Il en attrad des résultats européens.

La publication des pièces est ordonnée par la Chambre et la discussion remise à quelques mois. Elle reprend en février dernier.

M. Janson y intervient; il n*a pas besoin de se livrer, comme M. Frère, à de nouvelles études historiques pour se convaincre de rinutilité de l'échange de vues, il en sait assez pour formuler la philosophie de l'histoire, pour prédire ce qui doit arriver, pour prophétiser l'inutilité absolue de la légation.

M. Frère ne le croit pas à ce moment, plus tard il lui donnera raison.

Écoutez ce que disait M. Janson le 26 et le 27 février 1880 :

c( Les enseignements de l'histoire attestent que de pareilles négociations sont nécessairement condamnées à ne pas aboutir.

€(... Ils doivent éveiller notre défiance et nous empêcher d'admettre facilement que la papauté, derrière laquelle se trouvent les jésuites, désarme et veuille sincèrement la paix, la conciliation.

(( Que rencontre-t-on dans ces négociations (avec la papauté)?

Un langage équivoque, un langage à double entente, des affirmations contradictoires. . .

«... La diplomatie romaine donne une série de raisons qui ne résistent pas à Fezamen.

« ...Notre législation n*a obtenu que des promesses follacieusesy mensongères. »

M. Frère répond le 3 mars, et sa réponse est une protestation :

« Nous avons, l'honorable membre et moi, une appréciation de tous points différente. Je crois qu'il y a de sa part erreur et prévention ; il n'aperçoit partout que ruse, artifice, dissimulation, duplicité... je dois protester contre ces accusations... je le fois, non point par convenance, par devoir de position, je le fais par un sentiment de vérité et de justice. »

Avant que quatre mois soient passés, H. Frère aura donné complètement raison à H. Janson ; il parlera comme lui de duplicité, de politique dépourvue de firanchise et de droiture.

Cest sa seconde manière. (Rires.)

Une voix a gauche : Gela se passe toujours ainsi.

M. Jaeobs. — Non, cela ne se passe pas toujours ainsi; il est de gens qui voient ou croient voir, il en est d'autres qui prévoient, et puisque gouverner c'est prévoir, il faut admettre la supériorité de ceux qui devinent les choses de loin sur ceux qui De les voient que lorsqu'elles sont arrivées.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — De telle sorte que vous me reprochez de ne pas avoir cru à la duplicité du Vatican ?

K. Jaeobs. — Je vou ( reproche d'y croire maintenant, après avoir été dans le vrai lorsque vous n'y ajoutiez pas foi ; mais il faut bien reconnaître que, si cette duplicité avait été réelle, M. Janson aurait été plus perspicace que le gouvernement.

En résumé et en me plaçant au point de vue libéral, M. Janson a tout prévu, tout deviné. M. Frère a été dupé, joué, berné.

mystifié. Mais alors, qui, de Taveugle ou du clairvoyant, est le plus capable, et le plus digne de présider aux destinées du parti libéral ? {Ajq>robation à droite.)

Je rends à l'honorable M. Janson cette justice qu*il triomphe avec modestie. Il a remercié Thonorable M. Frère, il Fa félicité de son revirement, il lui a donné Tassurance que son amour-propre n'aurait pas à en souffrir. U Ta pris en quelque sorte sous sa protection. Je ne parle que de M. Frère des mois de juin, juillet et août, M. Frère de la seconde manière. Je viens à mon tour défendre M. Frère de 1879 et des premiers mois de 1880, M. Frère de la première manière.

Je veux démontrer que l'honorable Ministre se calomnie aujourd'hui et qu'il n'a été ni aussi joué, ni aussi berné, ni aussi mystifié qu'il voudrait nous le foire croire.

La question que nous discutons n'est pas celle de savoir s'il fallait rompre avec le saint-siége ? Vous eussiez pu rompre au lendemain de l'avènement du parti libéral en invoquant vos engagements.

Il s'agit de savoir si l'on a eu raison de rompre comme on a rompu, c'est-à-dire d'une façon blessante pour le saint-siége ?

Établissons nettement la situation avant de la juger.

Léon XIII tenait, sans doute, au maintien delà légation belge; aux raisons générales, applicables à toutes les légations, se joignaient des raisons spéciales tirées de TaOection particulière que l'ancien nonce de Grégoire XVI porte à la Belgique.... (Rires d gauche,)

Je trouve ces rires inconvenants. {Hilarité à gauche et applaudissements à droite.) Quand un pape déclare qu'il porte une afiection particulière à la Belgique, répondre par des ricanements à cette déclaration, c'est répondre à un bon procédé par un procédé de mauvais goût {Approbation à droite.)

Une voix : Nous avons pu juger de son affection.

M. Jaeobs. — En effet, pas plus tard qu'hier, M. Frère a reconnu ici que, pour pacifier les esprits le pape a fait tout ce qu'il avait promis ; il a même dit qu'il avait fait davantage ; venir, au lendemain de ces déclarations, dire ironiquement : c< Nous avons pu juger de son affection d, c'est ajouter un second mauvais procédé au premier, en réponse à une série de bons procédés.

M. Bara, MinUtre de la Justice. — C'était dans un intérêt politique qu'il agissait et pas autrement.

M. Jaoobs. — Vous ne pouvez nier le service et vous n'êtes pas bon juge du mobile. Le pape^ tenait au maintien de la légation, mais ce maintien est le très petit côté de la question.

Ce qui préoccupe avant tout Léon XIII, c'est l'idée de montrer, par des faits, que l'influence morale du saint-siége sur les fidèles est, pour les gouvernements temporels, un précieux concours. Cette préoccupation le domine depuis qu'il est arrivé sur la chaire de saint Pierre.

U en parle au baron d'Ânethan dès l'audience où celui-ci lui remet ses lettres de créance ; plusieurs dépêches de notre légation en témoignent ; elle fait l'objet d'une circulaire du cardinal Nina aux nonces apostoliques, reproduite dans Tune des dépêches de M. Reusens ; le bref à l'évêque de Tarentaise, reproduit dans le Livre gris, insiste encore sur ce point ; Léon XllI y revient sans cesse, il tient à prouver aux puissances qu elles ont intérêt à vivre en bonne harmonie avec l'Ëglise.

Léon XIII est décidé à faire dans ce but tout ce qui sera compatible avec son devoir.

Ne nous occupons que de la Belgique, ne prenons que les grands faits ; laissons le changement qui s'est produit dans l'évêché de Tournai, ce changement dont on était reconnaissant à gauche quand il venait d'avoir lieu et qu'on serait tenté de reprocher au saint-père aujourd'hui.

Un membre a gauche : Son maintien nous eût rendu service.

K. JaeolM. — D*accord« mais lorsque le changement eut lieu» la presse libérale, se plaçant à un point de vue plus élevé que rinterrupteur, approuvait cette révocation nécessaire.

Voyons ce que le saint-siége a £edt pour la Belgique, voyons comment il a tenu à démontrer Futilité du concours moral du saint-siége.

Le premier fidt, le £edt capital est celui qui touche à la question constitutionnelle. U semblait que ce fût là une question vidée.

Le saint-père, dans un entretien que M. le baron d*Anethan a rapporté dans sa dépêche du 28 avril 1879, dit : a J'espère que cette question est définitivement résolue. » Le rapport de la section centrale, rédigé par M. de Macar, s'exprime de même : « Cette question, d'un intérêt supérieur pour le pays, se trouve résolue. » Et M. Frère, dans son discours du 18 novembre, dit à son tour : « Ce point est réglé. »

L'on est bien d'accord : ce point est vidé.

Ne nous y fions pas; il suffira d'une pièce du dossier Dumont pour tout remettre en question. Ce document, qu'on appelle « le rapport de Villermont », écrit avant que son auteur ait vu le saint-père (cela résulte du contexte de la pièce), nous apprend que ïon a tenu à M. de Villermont tel et tel langage; on lui a conseillé d'éviter les attaques directes contre la Constitution belge, mais « on Ta encouragé à ne laisser passer aucun &it particulier produit par les fameuses libertés sans l'attaquer et sans montrer le venin de son origine. »

Je regrette que ce rapport, si tant est que c'en soit un, ne soit pas plus complet, qu'il ne reproduise pas l'entretien de M. de Villermont avec le saint-père. S'il a eu soin de rapporter au saintpère le langage que M. On lui a tenu, je suis persuadé que Léon XIII lui aura répondu : C'est Léon XIII qui est le pape, ce n'est pas M. On, ce n'est pas cet anonyme, ce personnage mas-

que; c'est moi qui gouverne l'Eglise, et je déclare, malgré Topposition de quelques-uns, malgré les difficultés que cela peut me susciter de la part de quelques autres, je déclare, comme je Tai toujours fait, que les Belges ont le devoir de défendre et daimer leur Constitution.

Question vidée et, assurément, service rendu à la Belgique. C'était là aussi l'impression de M. le Ministre des AfTaires étrangères à l'époque où il se félicitait de ce succès diplomatique.

Le second service rendu se rapporte à la participation aux rCètes de 1880.

Le pape engage les quelques catholiques qui boudaient les fêles y prendre part. Il est inexact de prétendre, comme M. Frère le isait tantôt, que l'épiscopat ait fait opposition aux fêtes natio- :xiales. Vous savez les raisons qui l'ont empêché dé participer i\ ^ne cérémonie où il devait se rencontrer avec les ministres. Mais, 3)our éviter ces interprétations fausses, il a eu soin de célébrer <les TeDeum dans toutes les églises à l'occasion des fêtes jubilaires, montrant ainsi qu'il s'associe aux fêtes du peuple belge comme les catholiques laïques s*y sont associés.

Le troisième ordre de service se rapporte à la question de l'enseignement primaire. Le gouvernement, de nouveau, fait appel au concours du saint-siége; que se passe-t-il? Une double concession vous est faite : spontanément, le saint-siége, vous concède son abstention; plus tard, sur votre demande, il vous donnera son concours modérateur.

L'abstention spontanée est actée dans plusieurs dépêches. Celle du 8 février 1879 constate « la réselrve que, dans Tiniérêt de la pacification des esprits, le saint-siége s'est imposée ; en présence du conflit au sujet de l'enseignement, aucun acte public n'a été posé ». Celle du 17 mars porte : « Nous avons donné une grande preuve de notre désir de ne pas aggraver le conflit en ne venant pas en aide aux évéques. » Et, le 30 avril, le gouvernement belge

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écrii à son tour qu'il « verrait avec un vif déplaisir que Toq se servît du nom et de Tautorité du saint- siège x>.

L'honorable M. Frère, à la suite de M. d*Anethan, déclare cette abstention significative, surtout en regard de Tallocution de Pie IX en 1850; M. Frère en a remercié le pape publiquement» témoignant ainsi du prix qu*il attachait au service rendu.

L abstention, c'est déjà beaucoup, le gouvernement belge demande davantage au saint-siége : il lui demande d*agir ; le cardinal Nina refuse d*abord (cela ne se fait, eu égard à Tindépendance des évéques, que dans des circonstances graves); plus tard, cédant au sentiment personnel du saint-père, le secrétaire d*Etat revient sur son refus et consent à exercer une action modératrice sur Tépiscopat belge.

Cette action ne pouvait être publique; c*eût été le moyen de tout compromettre. Quand on veut obtenir des concessions *de quelqu'un, ce nest pas coram populo qu'il faut les lui demander.

C'est donc une action discrète que promet le saint-père; elle se reflète dans un grand nombre de dépêches.

L'action du saint-siége s'est traduite par de constants conseils de modération, puis par des instructions au sujet de l'application pratique de la condamnation doctrinale des écoles neutres.

Voilà ce que vous avez obtenu.

Au point de vue de la Constitution, satisfaction complète.

Au point de vue des fêtes, même résultat.

En matière scolaire, abstention d'abord, puis action modératrice par voie de conseils et d'instructions.

Qu'avez-vous donné en échange? Rien, absolument rien.

Vous avez tout obtenu; vous n'avez rien donné, et vous êtes dupes !

Est-ce parler sérieusement?

Qu'avez-vous à reprocher au saint-siége? En quoi vous a-t-on dupé?

Commençons par la période qui s'étend jusques et y compris la lettre du 5 octobre 1879.

Hier Thonorable M. Frère a reconnu que, pendant toute cette période, le saint-père non seulement a tenu la parole donnée, mais a été au delà des promesses faites. Il semble donc qu*il n*y ait aucun reproche à adresser au saint-siége.

La presse n'accepte pas les concessions que nous fait M. Frère; celui-ci est d'ailleurs revenu tantôt sur un acte de cette période, la lettre du nonce à Tévéque de Tournai en date du 19 décembre 1878; d autres se prévalent aussi de la lettre adressée le 17 juin 1879 par le cardinal Decbamps à ses suflragants, celle dite assolutamente segreto. Force m'est donc d'en dire quelques mots.

Avant d'aborder l'examen de ces documents, rendons-nous compte des rapports qui doivent exister entre le pape et ses agents diplomatiques d'une part, et les évéques de Belgique d'autre part.

Chef de TEglise universelle, le pape ne peut rester étranger h aucun intérêt religieux, et assurément Téducalion de la jeunesse est l'un des premiers intérêts de ce genre. Préposés au gouvernement d'une partie de l'Eglise, les évêques doivent être en rapports suivis avec le pape au sujet des intérêts religieux. Us ne sont évidemment pas tenus en lisière, mais, d'autre part, le pape ne leur jette pas non plus la bride sur le cou. Est modus in rébus.

Le gouvernement belge sait que ces rapports existent; il ne songe pas à le trouver mauvais; il songe, au contraire, à les utiliser dans l'intérêt de l'apaisement des esprits, de la solution des questions scolaires qui nous divisent.

Le gouvernement n a jamais pensé, en réclamant l'intervention du saint-siége auprès des évêques, que cette intervention ne serait pas sincère; que le saint-père, pour plaire à l'honorable M. Frère, se bornerait à critiquer ce qui, dans les actes des évê-*

ques, lui parattrait critiquable, sans louer, sans approuver ce qui, dans ces mêmes actes, lui paraîtrait bon et louable. La condition essentielle pour qu* une intervention fût efficace, c*est donc qu'elle fût sincèrer que le pape fit connaître aux évèques tous ses sentiments favorables ou défavorables.

Il ne suffisait pas que Tintervention f&t sincère, il fallait pour réussir quelle fût discrète; il fallait que, de part et d*autre, on ne pût se prévaloir des approbations du saint-père . Il ne fallait pas que rhonorable M. Frère pût se prévaloir immédiatement du regret qu'on pouvait lui exprimer. Il ne fallait pas que les évèques, de leur côté, pussent se prévaloir publiquement des approbations que certains de leurs actes auraient obtenues. Le saintpère avait promis, en effet, au gouvernement qu'il n'y aurait pas d'acte public de sa part; qu'il ne jetterait pas le poids de son nom, de son autorité dans la balance; dès lors...

M. Bara, Ministre de la Justice. — Quelque chose dans les nuages.

M. Jacobs. — Rien ne devait rester dans les nuages. Mais quand on sert d'intermédiaire et qu'on veut ménager les amourspropres pour assurer le succès, on convient d'agir avec discrétion.

M. Bouvier. — C'est cela : on ménage la chèvre et le chou!

M. Jacobs. — Le gouvernement est-il le chou ou la chèvre de de M. Bouvier? (Rires à droite.)

Discrétion de part et d'autre, telle fut. Messieurs, l'attitude admise par le gouvernement, acceptée par le gouvernement, reconnue comme correcte par le gouvernement, convenue entre lui et le saint-siége.

Je vous ai cité tout à l'heure les dépêches par lesquelles le saint-père s'engageait à ne point poser d'actes publics, à ne pas venir en aide aux évèques, à ne pas jeter son nom dans la balance, c'est-à-dire à ne pas permettre aux évèques de publier les

approbations que tels ou tels de leurs actes peuvent recevoir du saint-père ; voici la contre-partie, la réciprocité : pendant le cours des négociations, H. Frère ne pourra pas plus se prévaloir des satis&ctions qu'il obtiendra.

La dépêche du 8 février 1879 insiste a sur la convenance de ne pas ébruiter Faction du saint-siége » ; celle du 17 mars constate que le secrétaire d*Etat désire le secret absolu sur cette action; enfin, la dépêche du 8 juillet exprime le même désir.

Voilà donc Tattitude dont on convient, sur laquelle le gouvernement tombe d*accord avec le saint-père : de part et d*autre on ne se prévaudra pas des actes du saint-père.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Jusqu'au jour où je publierai les lettres.

M. Jacobs. — Parfaitement, jusqu'à la clôture de l'échange de vues, de fiait jusqu'en novembre 1879, date à laquelle les pièces ont été publiées ; mais celte date est postérieure à la lettre du cardinal archevêque de Malines du 17 juin 1879, où se trouve Vassolutamente segreto.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — On n'aurait jamais osé publier cette lettre ; les lettres échangées devaient, au contraire, être publiées.

K. Jaoobs. — Peu importe qu'on eût osé ou qu'on n'eût pas osé publier une pièce que, ni l'honorable membre ni moi ne connaissons, je démontre en ce moment qu'il était convenu entre vous et le saint-siége que, au moins jusqu'en novembre 1879, on garderait le secret le plus absolu, aussi bien sur ce que le pape déclarait aux évêques que sur ce qu'il déclarait au gouvernement belge. Voilà l'attitude, absolument correcte, acceptée par vous. Dès lors, n*était-il pas indispensable, sous peine de manquer à la parole donnée, au programme admis de commun accord, que le pape recommandât le secret aux évêques, non seulement en ce qui concerne son appréciation du mandement

collectif de juin 1879» mais à propos de toutes ses communications? Gela était nécessaire, parce que cela était convenu avec M. Frère-Orban.

M. Janson. — Ce n*est donc pas le personnage venu de Rome dont a parlé larchevéque de Malines.

M. Jaoobs. — Je n*ai pas reçu la lettre; je ne puis donc dire qui Ta envoyée. Mais que le pape écrivit directement ou qu*il se servit d*un intermédiaire, dignitaire romain ou autre, la règle à suivre était la même. Qu'aurait pensé Thonorable M. Frère si les évéques avaient publié une approbation du saint-père et que le pape s*en fût excusé en disant : Quand j'écris moi-même, j'observe nos conventions, mais je me suis servi d*un intermédiaire et dès lors elles ne me lient plus?

Les mêmes règles doivent régir les deux cas. La recommandation du secret est donc absolument correcte; il ne pouvait être procédé autrement.

II n'y aurait de reproche à adresser au saint-siége que si Ton parvenait h démontrer — et l'honorable M. Frère s'est défendu hier de le prétendre — qu'il aurait tenu aux évêques, pendant la période qui nous occupe, un langage opposé à celui qu'il tenait au gouvernement belge. L'honorable M. Frère n'avait pas besoin de puiser dans le dossier Dumont pour se former une conviction h cet égard; la correspondance officielle suffit pour disculper le saint-siége de ce reproche.

Jamais Rome n'a blâmé la lettre pastorale du 19 juin 1879, pas plus qu'aucun autre acte de l'épiscopat.

Quand M. Frère s'est plaint de la première lettre pastorale collective, celle de décembre 1878, le cardinal Ninc s'est contenté de dire que la question constitutionnelle y était traitée de la manière la plus sage; il a refusé de s'expliquer sur le reste.

Quand M. Frère se plaint de la lettre du 19 juin, le cardinal Nina lui répond en en approuvant la substance.

Le 24 juin, M. d*Anetban écrit que, réserve faite sur la forme, le cardinal Nina ne trouve rien à redire à la partie dogmatique, et que le dispositif lui permet d*espérer des tempéraments dans Tapplication.

Le i^ juillet, le secrétaire d*Etat écrit lui-même au nonce que a la partie doctrinale est à l'abri de toute censure et qu'on peut considérer comme suffisamment modéré le dispositif qui contient une défense limitée par de sages et prudentes réserves )>.^

C'est bien là une approbation. Cela est si clair, que Tbonorable M. Janson s'est étonné de ce que le gouvernement eût accepté ces déclarations sans rompre.

On doit s'étonner bien plus de voir ceux h qui Ton a parlé si nettement se dire trompés.

Le secrétaire d'Etat déclare le 24 juin, écrit le 1*' juillet qu'il approuve la substance de la lettre pastorale; dès lors, je vous le demande, où peut être la mauvaise foi que l'on s'obstine h chercher dans Yassolutamente segreto dont on a fait une sorte de « tarte h la crème » que les journaux libéraux servent à leurs lecteurs en toutes occasions?

Pourquoi eût-on recommandé le secret aux évoques le 45 juin de ce qu'on déclarait à M. d'Anethan le 24 juin, de ce qu'on écrivait au noi\ce le 1^' juillet?

La seule explication possible, c'est qu'on voulait rester fidèle h la promesse faite de ne pas jeter dans la balance le poids de l'autorité du saint-père.

On a fait une dernière objection sur ce point.

Mais, a-t-on dit, le 21 juin le cardinal Nina interpellé par M. d'Anethan lui a déclaré qu'avant de s'exprimer au sujet de la lettre pastorale il devait la connaître! Voyez! dit-on, la ruse, la finesse, voisine de la fourberie! Le cardinal prétend qu'il doit préalablement connaître le mandement, or il le cotinnissait déjà !

L'honorable M. Woeste a fait à l'objection une réponse péremp-

toire. Le projet de mandement avait été retourné en Belgique avec rindication d'une modification à opérer. On ignorait à Rome si cette modification avait été fiaite et si, de leur propre chef, les évèques n'en avaient pas introduit d'autres. {BnUt à gauche.)

La plus vulgaire prudence commandait d'attendre le texte définitif avant de porter un jugement

Je suppose que M. le Ministre de l'Intérieur reçoive du gouverneur de la Flandre occidentale un projet de proclamation rédigé en prévision d'un vote du conseil provincial ; le gouverneur demande l*avis de son supérieur sur le projet qu'il lui soumet.

M. Rolin-Jaequemyns répond à M. Heyvaert : Ce projet n'est pas mauvais; je vous engage néanmoins à y apporter certaines modifications. Quelques jours après, le président du conseil provincial arrive tout en émoi demander au ministre s'il approuve la proclamation du gouverneur.

Le ministre, à qui M. Heyvaert n'a plus écrit, répond : Je dois d*abord connaître le document; je vais le faire venir de Bruges.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — II dirait qu'il connaît le document et qu'il a indiqué des modifications.

M. Jacobs. — 11 dirait tout au plus qu'il connaît un projet et qu*il doit s'assurer si ce projet a été suivi, mais il serait parfaitement correct en se bornant à répondre à son interlocuteur : Je demanderai immédiatement la pièce et m'exprimerai après réception.

M. RoUnJaequemyns, Ministre de l'Intérieur. — Et je le Itrésumerais conforme à mes instructions.

M. Jacobs. — M. Rolin-Jaequemyns a des procédés administratifs si corrects que le cardinal Nina s'empressera, j'en suis sûr, d*a1lor h l'école chez lui quand loccasion s'en présentera.

M. Bara, Ministre de la Justice. — Cela vaudrait bien le voyage.

M. Jacobs. — J'arrive au second document, celui dont l'honorable Ministre des Finances a parlé dans la séance d'aujour-

d*hui, la lettre du nonce à l*évéque de Tournai en dale du 19 décembre 1878.

Pour Tapprécier il fout ne pas oublier ce qu'était Tévéque de Tournai. H. Frère va vous le dire :

« L*évèquc de Tournai a montré, dès le début de son épiscopat, le rôle qu*il entendait jouer dans les affaires publiques; il a formulé alors son édit fameux, donné hors la porte Flaminienne...

ce II semble avoir imprégné Tépiscopat tout entier de son esprit... (18 novembre 1879.) »

(c L'évèque de Tournai a répudié plus d*une fois la loi de 1842 parce que telle était sa fantaisie (19 novembre 1879). »

La loi de 1842 était en ce moment une loi existante; sa revision était annoncée, elle n*était pas encore proposée.

Le pape, les évéques, les catholiques, à de rares exceptions près, désiraient son maintien.

11 était utile et légitime de montrer cette unanimité ; elle pouvait peser d'un certain poids dans la balance.

L'évèque de Liège prépare une lettre pastorale collective en faveur du maintien de la loi. Tous les membres de Tépiscopat y adhèrent, sauf Tévéque de Tournai qui, pour me servir de l'expression de l'honorable M.Frère-Orban,a la fantaisie de répudier une fois de plus la loi de 1842.

Le rapport de M. de Villermont, dont il était question tout à l'heure, rapport d'après lequel cette lettre n'aurait pas été approuvée à Rome et même n'y aurait pas été trouvée forte, ce rapport reflète l'idée de ceux qui encouragent l'évèque de Tournai : « On aimerait à voir nos évèques plus hardis à se mettre en avant et moins prompts à se ranger autour du cardinal en isolant l'évèque de Tournai. »

Ce que l'évèque de Tournai reproche à ses collègues groupés autour du cardinal, c'est de ne pas montrer asse^ de hardiesse, de se contenter d'une législation imparfaite,

Ne pouvant vaincre la résistance de Tévëque de Toamai, ses collègues s'adressent au nonce et lui demandent d'intervenir pour ramener Tunité dans Tépiscopat; c'est alors que le nonce écrit la letlre du 19 décembre i878, après en avoir référé à Rome.

Le nonce échoue.

Les évéques s adressent alors directement à Rome pour demander que le snint-père intime à Tévéque de Tournai Tordre de signer la pastorale. Le secrétaire d*Etat refuse de donner cet ordre .

Enfin, sur de nouvelles instances de Tévëque de Liège, celui de Tournai cède et signe.

En quoi la démarche infructueuse du nonce constitue-t-elle une fourberie, une conspiration, un complot?

Quel est son mobile?

Il vous le dit dans une letlre du i2 août i880. Léon XIII est préoccupé de la nécessité de ramener Tunité dans Tépiscopat belge. Une dépêche de noire légation, en date du 24 avril i878, atteste que le saint-père, mécontent de Tévéque de Tournai, est décidé î\ établir une unité complète de vues et d'action dans les membres de Tépiscopal.

L'évéque de Tournai n'en tient aucun compte. Le nonce, qui ronnatt la préoccupation du pape, intervient au nom de Tunité de répiscopal; c'est le seul point dont il se préoccupe.

Mais, nous dit-on, s'il s'était borné à invoquer cette considération, l'uniié indispensable de l'épiscopat, et d'en faire l'application h la loi encore existante de 1842, nous n'aurions pas grand'chose h dire.

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pardon! pardon! Je n'admets pas qu'un ambassadeur puisse faire cela...

M. Jacobs. — Nous verrons tout à l'heure.

M. Prère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ni vous non plus, vous ne défendrez pas cette letlre.

JaeObs. — Il n*en est pas moins vmi que le principal grief consiste en ce que, dans cette lettre, il est dit que le mandement des éTêques est digne à tous les points de vue. C'est, dit-on, une ^ipprobation donnée à tout le mandement, et, par conséquent, à toutes les attaques qu'il contient.

Messieurs, ce mandement remplit sept colonnes d*un grand journal; Tintroduction s occupe d*un grand nombre de questions ^anciennes, antérieures à l'arrivée du nonce en Belgique, question la charité, question des bourses d'études, etc. Le nonce, dans sa lettre du 12 août 1880, nous dit : J'ai poutre eu tort de ne pas attacher d'importance aux détails du manmmit,de m'ëtre préoccupé exclusivement de la question d'union ntre les membres du clergé et de la loi de 1842. Je savais comien le saint-siége tenait à l'union des évëques; je savais aussi D'il tenait à la loi de 1842; je n'ai songé qu'à cela. j^

Ce qui démontre la sincérité de ce langage, ce qui démontre ^^e Fapprobation, bien que donnée en termes généraux, doit être restreinte, pro subjectâ materiâ, au seul objet en discussion, c'est ^e le nonce en a préalablement référé à Rome, sans même envoyer à Rome le texte du mandement.

Qu*il en ait référé, cela résulte d'une lettre de Mgr de Mont-

pdlier, en date du 26 décembre 1878, et qu'il n'ait pas envoyé à

Borne le texte du mandement, cela résulte de la même lettre qui

aoïKMiee l'envoi du mandement à Rome après l'échec du nonce.

S^ en a référé à Rome sans y envoyer le mandement, c'est

fM bieo certainement il n'attachait pas d'importance à ces détails

cl ie préoccupait exclusivement de l'union de l'épiscopat sur le

^ I0RWI du maintien de la loi de 1842.

Yoiik rexplication du nonce.

Je comprends que vous souteniez que le nonce a eu tort ; qu'il

one imprudence ou un acte de légèreté, qu'il aurait

lût de ne pas intervenir, comme M. Janson soutenait qu'il

aurait mieux fait de ne pas présider rassemblée générale de la société de Saint-François Xavier.

Qu*avez-vous répondu alors à Thonorable M. Janson?

Vous lui avez dit :

Le nonce proteste contre Tinterprétation que vous donnez à son acte ; j'accepte les explications du nonce; j*ai toujours reconnu en lui un esprit élevé, conciliant, loyal; j'accepte les explications de cet honnête homme. Ce que vous avez fait alors» faites-le au même titre aujourd'hui.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Assurément pas !

M. Jâcobs. — Assurément, vous devez avoir foi dans sa parole aujourd'hui, autant que vous y avez eu foi lorsqu'il vous a dit qu'en présidant l'assemblée générale de la Société de Saint- François-Xavier il n'avait pas cru faire acte politique.

M. Frère Orban, Ministre des Affaires étrangères, — 11 ne s'agit pas de sa parole; il s'agit d'un fait qui est une violation du droit des gens !

M Jacobs. — il s'agit de savoir s'il s'est préoccupé des attaques contre le gouvernement belge contenues dans le mandement lorsqu'il a engagé l'évéque de Tournai à le signer, ou bien s'il s'est placé uniquement au point de vue de l'unité de l'épiscopat et du inaintien de la loi de 1842?

Sans doute vous pouvez prétendre encore que, même au point de vue exclusif de l'uniié de l'épiscopat, il devait s'abstenir; mais ici j'oppose M. le Ministre des Affaires étrangères à lui-même : un nonce ne devrait pas se mêler des choses de ce genre; mais le vicomte Charles Vilain Xllll, ministre belge à Rome, se mêlait de critiquer vivement l'administration temporelle du gouvernement pontiPieal.

C'est l'honorable M. Frère qui nous le dit :

(( On sut alors, Iisons«nous dans l'introduction du Livre gris.

que le principal grief du gouvernement pontifical contre notre ministre consistait dans... les jugements rigoureux émis par lui, à Tépoque de sa première mission, sur l'administration temporelle des Etats romains. »

M. Bara, Ministre de la Justice. — Il ne s'agit pas de cela ici! M. Jaoobs. M. Vilain XIIII se permettait donc de juger avec rigueur l'administration du souverain auprès duquel il était accrédité; le nonce, dans Tintérét de l'unité de l'épiscopat, se permet de conseiller à un évéque de ne pas faire bande à part, de s'nssocier à ses collègues sur le terrain du maintien de la loi de 1842.

M. Frère-Orban, Ministre des A/faires étrangères, — On a i^efusé d'agréer M. Vilain Xllll.

M. Jacobs. — Vous le reprochez en eO'et au gouvernement {pontifical.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je constate le fait.

M. Jacobs. — Vous le constatez pour critiquer le gouvernement pontifical. Quiconque lira votre exposé historique y verra l'un de vos griefs. Vous critiquez le gouvernement pontifical, «t vous faites de même! Je me trompe, le gouvernement pontifical a reçu M. Vilain XIlIl malgré ses jugements rigoureux. Supposons même que vous ne critiquiez pas la conduite du gouvernement romain. Ma conclusion sera celle-ci : il peut y avoir eu, de la part de l'un comme de la part de l'autre, quelque imprudence, quelque légèreté; mais si le nonce n commis un acte qu'a commis le noble vicomte Vilain XIIII, dont la loyauté et la droiture étaient proverbiales, assurément le nonce n'est pas bien coupable.

L'honorable ministre devrait d'autant moins insister sur ce reproche qu'il reconnaît que, pendant toute la période postérieure, le nonce a loyalement prêté son concours au saint-siége

et au gouvernement pour aplanir les difficultés existantes en Bel-gique. Supposons qu'en effet, Tun de ses actes laisse à désirer, ne soit pas correct en diplomatie, quelle importance peut avoir un acte isolé quand vous attestez vous-même que Tensemble de sa conduite — la lettre du 7 juillet i879 en témoigne — a été marquée au coin de la loyauté?

Le nonce est soumis au jugement de la diplomatie : quel est-il?

Eh bien, ce nonce qui quitte la Belgique, suivi d*une accusation de fourberie, est agréé comme ambassadeur par la première cour de TEurope; il va représenter le saint-siége auprès du successeur des empereurs d'Occident.

Il avait été désigné précédemment, dites-vous ; il ne Tétait que d*uue manière provisoire, et si, depuis lors, il avait commis uu acte de fourberie, rien n*empéchait de revenir sur une telle agréation.

Dans quelques mois, nos souverains se trouveront h la cour d'Autriche; ils y trouveront Mgr Vanutelli entouré de la considération et de Testime qu il mérite.

Les différentes thèses successivement soutenues par Thonorable M. Frère ont cela de commun qu'elles représentent le pape comme blâmant d*abord les évéques, puis, à un moment donné, s inclinant devant leur volonté! La vérité est que le pape n'a jamais blâmé; mais qu'il a toujours modéré; il ne s'est jamais départi de cette attitude.

il n'a jamais blâmé les évéques belges. Nous l'avons vu pour les différentes lettres pastorales collectives, nous allons le voir par les instructions pratiques. Mais, auparavant, exposons pourquoi il n'a jamais blâmé, pourquoi il ne pouvait blâmer les évéques.

Au point de vue catholique, celui du pape comme des évéques, récole neutre est, en principe, dangereuse, mauvaise, condamnable. « Qui aime le danger y périra », est une maxime catholique depuis dix-huit siècles.

La dépêche du 17 mars parle des « conséquences fâcheuses » quaura la loi pour TEglise; celle du 28 avril rapporte que le sain^père estime « qu*il est nécessaire que Finstruction de la jeunesse soit pénétrée d'idées religieuses; on ne sépare pas sans grave danger, dit le pape, renseignement religieux de renseignement profane. »

Les 21, 26 et 28 juin, le pape et le cardinal secrétaire d*Etat expriment le déplaisir que leur cause le vote de la loi ; le nonce est chargé de le faire connatire à M. Frère. Enfui, le 31 août, le pape écrit au Roi pour le prier d*empécher les effets désastreux de la loi.

M. Frère est d*accord avec nous que, sous le rapport des principes, il ne pouvait pas y avoir de divergence.

Veuons-en aux conséquences à tirer des principes.

Si récole neutre est mauvaise, sa fréquentation est, en thèse générale, un mal. Si, en principe, Técole neutre est un danger, on ne peut s*y exposer. La règle générale sera donc nécessairement la prohibition. L'autorisation sera Texception.

Le mal peut être grave ou léger ; il peut constituer un péché véniel ou un péché mortel, la peine peut être forte ou faible, c'est là une question de mesure dont nous ne sommes pas juges.

Dans l'appréciation de la tolérance ou de la sévérité à montrer, il faut tenir compte des circonstances et partir de cette règle que, si Ton gouverne bien de loin, on n'administre bien que de près. Les évéques, qui sont sur les lieux, seront meilleurs juges des détails d'appréciation que le pape qui est loin. Le confesseur sera meilleur juge que l'évéque, mais le confesseur tiendra compte des avis des évèques, comme ceux-ci tiendront compte de ceux du pape.

Ces règles de bon sens sont celles que trace Léon XIII, nous les trouvons dans toute la correspondance.

Léon Xin dit :

17 mars 1879 : « Les évèques sont indépendants, et ce n*est que dans des cas exceptionnels et dans les circonstances les plus graves que le pape leur adresse des observations. »

30 avril : « La conduite que le clergé tiendra après le vole de la loi est une question dont la solution appartient aux évèques. »

7 mai : Même déclaration.

27 juillet : « Les évèques ne sont pas de simples fonctionnaires; les saintes traditions de TEglise obligent le pap>eàde grands ménagements. »

5 octobre : « Les évèques ont agi dans la limite de leur strict droit et sous leur responsabilité. »

Voili^ les réserves que fait constamment le saint-père lorqu*on lui demande d*agir sur les évèques. Et vous voudriez qu*un blâme eût suivi des réserves aussi répétées! Avouez que cela n*est pas vraisemblable ! Le saint-père ne s'est pas borné à des réserves, il a refusé catégoriquement de blâmer. J*invoque la dépèche du k^

17 mars 1879.

Le cardinal y énonce deux points. Le saint-siège ne peut agir; Z-

il peut encore moins blâmer.

11 est revenu sur le premier point, c'est vrai; il a reconnu la nécessité d*une action du saint-siége pour calmer les esprits; il n'est jamais revenu sur le second.

Jamais il ny a eu de blâme! Quant aux lettres pastorales, il n*y a pas même de divergence d'appréciation à leur égard, sauf au sujet de la forme.

Mais je reconnais que, pour ce qui concerne l'application des instructions pratiques, il y a eu, — on appellera cela comme on on voudra, je ne tiens pas aux mots — une divergence d'opinion, un dissentiment, ou un désaccord; à Rome on tient à la première de ces expressions, disons donc : une divergence iC appréciation. Divergence, dissentiment n'implique pas blâme. Quand je ne par-

viens pas à persuader inoa iuterlocuteur, je ue ine crois pas aulo- >"isé à le blâmer, foule de l'avoir convaincu. Sur quoi a porté la divergence d'appréciation? La lettre de Mgr Vanutelli du 7 juitlet i879 et la dépêche du *^fdîiial Nina du 3 mai 1880 vonl nous l'apprendre.

Les évéques et le pape sont d'accord que les écoles neutres doivent être l'objet d'une condamnation générale. Les évéques et *® pape sont d'accord qu'il peut être apporté des exceptions à ^^lle règle. La divergence portail sur la nature de ces exceptions. Les évéques belges croient qu'il ne doit être apporté à la règle ^^e des exceptions individuelles; le pape pensait à ce moment que l^ou pouvait foire porter l'exception sur des écoles entières. ^*^^ la portée du dissentiment.

^o iisulions la lettre du 7 juillet 1879. ^^ Si, malgré la nouvelle loi, écrit le nonce, l*une ou l'autre ^^^^^ ue présente réellement aucun danger, cette école doit ^"^^l^per à la condamnation générale, et la fréquentation d'une telle ^^^*^ ne peut être interdite aux parents sous peine dépêché ^^*"*"^1. » Il fout se borner, par des exhortations paternelles, à ^^11 aider de les fréquenter, ^^^ttons en regard la dépêche du 3 mai 1880 :

• ,. Pour pacifier les esprits, le saint-père lit entendre à

*^^^copat que, encore que la nouvelle organisation fût par elle-

•-^c condamnable, il pouvait arriver ... que ïune ou f autre école

j^^^t exempte de danger. Dans ce cas, il devenait possible, en

^ de faire quelque distinction entre école et école et, toit en

t*ENANT FERMEMENT LA DÉFENSE DE LES FRÉQUENTER ET DE LES SOt-

•^*^, on aurait pu user d'une certaine indulgence dans la pra-

^^e en faveur des seules écoles dont il n'y avait rien h craindre

t^oint de vue catholique. »

^cilà donc la seule divergence qui a existé entre le pape et les

^^vjues. De là h un blâme, il y a loin.

ui i'i

Léon XIII (^ ,.vi>' les discours qu'il a prononcés ^^^fs

17 mars ' ' ]Jpé sur la portée du dissentiment. ^^^

que dans ., />^i'd» ne paraît pas grave; elle Test cepef* ^

graves f ^ > • .'^//sforme l'exception en règle.

30 .'*''''. une entremie avec le notwe, disait-il le 18 novem-^ ^

la le ''^ieûs remarquer combien il était déraisonnable de •

A'^V,A;fites les écoles en masse, au lieu de réserver les ' f\Lfpon^ celles dans lesquelles on viendrait à constater des J^\^/itraires aux principes religieux, si on refusait ou si on ^/tansiit pas à les faire cesser. »

/,jonorable M. Frère, on le voit, transforme la règle en excep-

^n et Texception en règle.

£a regard de sa conversation avec le nonce, il place la dépêche in 8 juillet, dans laquelle il est dit :

« Le moyen suggéré par vous, dans le but de diminuer Tintensité de Topposition que rencontre la loi scolaire, a obtenu l'assentiment du saint-père. »

Or, dit-il, le moyen que je suggérai était précisément de ne condamner qu'exceptionnellement, de ne défendre la fréquentation des écoles neutres que lorsque, au point de vue religieux, elles laisseraient à désirer.

Ce n'est pas en novembre 1879 que M. Frère-Orban a porté le déli d'apporter un désaveu de cette interprétation du désaccord, il ne s'est avancé à ce point qu'à la séance du 9 mars 1880.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je n'ai pas cité de date.

M. Jacobs. — Non, mais comme l'honorable Ministre plaçait cet épisode h un endroit de son discours où il était question delà discussion du mois de novembre, j'ai cru comprendre qu'il prétendait avoir pris celte attitude accentuée dès le mois de novembre.

Nous voilà d'accord.

Lldée de faire de la condamnation Texception, de la réserver K)ur les seules écoles qui, après réclamation du clergé, comme e disait Thonorable M. Frëre-Orban, continueraient à être irréligieuses, cette idée ne figure nulle part dans la correspondance officielle.

Uhonorable M. Frère n*a jamais jugé à propos de l'écrire à flome; dès lors, il est impossible que la dépêche du 8 juillet soit une réponse à la solution imaginée par M. Frère.

La dépêche du 8 juillet répond à une dépêche du i^' juillet envoyée par M. Frère et qui était lue au cardinal Nina par M. le l>aron d'Anethan dans l'audience même dont, le 8 juillet, il rend X)mpte.

Or, Messieurs, l'honorable Ministre des Affaires étrangères ûdique-t-il sa solution, son moyen dans la dépêche du 1®' juillet? !n aucune façon ; voici la conclusion de sa dépêche :

^ ... Il serait impossible de comprendre que ce qui a pu être éclaré par le saint-père au sujet des attaques dirigées contre la institution ne puisse également se foire en ce qui touche à la ^1 sur renseignement primaire, ou tout au moins qu'on ne puisse Inscrire, à ce sujet, aucun tempérameut sérieux et efficace... »

On veut, en effet, à Rome apporter un tempérament à la crise Claire, et la dépêche du 8 juillet, empruntant à celle du i'^'juil- Bt une de ses expressions, déclare que le saint-père a devancé le lésir de M. Frère et que « des instructions très sages ont été ^Qsmises en Belgique afin de tempérer, dans l'exécution, la igueur des dispositions du dernier mandement ».

Ce qui montre encore plus nettement peut-être la vérité de mon ffirmation, c'est que l'honorable M. Frère, lorsqu'il reçoit la déêche du 8 juillet, ne sait pas bient^e qu'on veut dire: « S.E. le irdinal Nina, écrit-il, ne s explique pas d'une manière précise ir le caractère des instructions qu'il a envoyées. » Eh bien, si était M. Frère qui les lui avait dictées...

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pas dij tout.

M. Jacobs. — Si citait le moyen suggéré par lui, sa solution qui avait reçu l^approbation du saiut-père, il saurait mieux que le nonce el le secrétaire d*Etat ce qu'il avait fait accepter au saint-père.

Je comprends qu'il y ait eu un malentendu. Les mots condamnation des écoli's en masse peuvent s'interpréter dans deux sens. L'honorable M. Frère pouvait admettre que ne pas condamner les écolus en masse voulait dire les accepter toutes, sauf celles où l'on se livrait à des attaques contre la religion. La secrélairerie d'Etat pouvait croire, de son côté, que ne pas condamner les écoles en masse signifiait : condamner toutes les écoles sauf celles dans lesquelles les conditions religieuses existeraient de Eût.

Quoi qu'il en soit du malentendu, il est certain aujourd'hui que la divergence d'opinion entre le saint-siége et les évoques ne portait pas, comme M. Frère Ta cru, sur la règle à suivre en pratique envers les écoles neutres.

Le pape et les évoques sont complètement d'accord à cet égard: il faut les condamner. Le dissentiment portait exclusivement sur les exceptions h apporter à la règle, sur le point de savoir si les exceptions devaient être individuelles et spéciales, ou si elles pouvaient être globales, porter sur des écoles entières. Voili tout le dissentiment.

Si la Chambre le permet, je continuerai demain.

M. le président. — La parole est continuée à M. Jacobs.

M. Jacobs. — Hier, j'ai indiqué en quoi consiste la divergence d'appréciation qui a existé, pendant une certaine période, entre le saint-siége et Tépiscopat belge. Nous allons voir aujourd'hui si jamais cette divergence a engendré un blâme. Mettons-

jhe du blâme; ce sera sans succès; impossible .ir.

mars 1879, le cardinal Nina le refuse catégoriquement. Paraître désapprouver, même indirectement, la ligne de con- ^▲uUe des évêques, nous ne le pouvons pas. » Non jwssumus, A quel moment se serait-on écarté de ce refus péremploire? Assurément, ce n'est pas le i" juillet, lorsque le secrétaire d'Etat écrit au nonce : « La partie dispositive du mandement collectif du 19 juin est suffisamment modérée. >> Ce n est dans aucune autre dépêche antérieure au 5 octobre 1879. Je défie qu*on en cite une. Vous ne trouverez ni le mot, ni la chose dans aucune dépêche antérieure.

Cest sur la dépêche du 5 octobre quon se rejette, c'est là qu*on prétend rencontrer le blâme.

Je réponds d*abord que cela est impossible, par la raison que celte dépêche, ainsi que M. Frère l'écrivait le 17 octobre et le ■^pétait le 19 novembre, n'est qu'un résumé des dépêches anté- '*îeures. Or, le résumé peut-il contenir un blâme si les choses 9ue 1*00 résume n'en contiennent pas?

Examinons néanmoins le texte de la dépêche du 5 octobre : « Les conclusions tirées de principes justes peuvent être conduites d'une manière inopportune ou parfois aussi poussées trop *^în. Il me paraît que c'est le cas ici. » 11 paraît! 11 semble! Est-ce ^"•tisi qu'on blâme? Je n'ai jamais vu employer pareille formule '^Oor infliger un blâme. Continuons :

«Le cardinal le regrette... Il eût désiré une autre solution ^^i se serait produite, il en est convaincu, si les conseils du t^pe avaient été suivis. »

Il eût désiré! Est-ce là une formule de blâme? S'exprime-t-on ^vec cette réserve quand on veut blâmer?

M. Frère-Orban. Ministre des Affaires étrangères. — Est-ce ^insi qu'on approuve?

M. Jacobs. — Non certes, aussi je ne prétends pas trouver dans cette dépêche une approbation de l'épiscopat; je recherche en ce moment si elle contient un blâme comme vous Tavez déclaré et je ne Ty trouve pas.

La conclusion de la dépêche va nous fixer ; c*est là que nous trouverons le blâme s'il existe.

« Sa Sainteté ne peut ni blâmer ni désavouer les principes sur lesquels les évêques se basent. Elle peut seulement engager répiscopat belge à n'appliquer qu'avec une extrême réserve les instructions du 1" septembre. »

Voilà donc la conclusion : J'engagerai les évêques belges k user d'une grande modération dans l'application.

Peut-on sérieusement prétendre que cette exhortation constitue un blâme?

L'honorable Ministre des Affaires étrangères affirme le blâme, le cardinal le nie ; M. Frère a trouvé un moyen de vider ce différend : rapportons-nous-en, a-t-il dit, au sentiment universel, au jugement de ropinioii publique, de la Chambre belge, de la presse.

Après avoir proposé ces juges, l'honorable Ministre a affirmé qu'ils lui donnaient raison, mais il a oublié d'en fournir la preuve.

Je vais combler celte lacune de son discours et citer quelques appréciations.

D'abord la presse : s'il est des journaux, dont la voix puisse faire autorité, ce sont surtout les journaux belges, ceux qui s'impriment sur les lieux, théâtres du conflit. Les journaux français, qui vous parlent de l'évêque de Mons, pour ne citer qu'une de leurs étourderies, ne sont pas bons juges dans nos affaires.

Prenons le Nord, journal qui n'a rien de clérical. Il imprime, le 18 juillet dernier, que la dépêche du il novembre n'est pas en désaccord avec les déclarations antérieures, donc avec la dépêche

du 5 octobre, mais avec « les conclusions trop optimistes que H. Frère avait cru pouvoir en tirer ».

La Flandre libérale, journal devenu suspect aux yeux de M. Frère, bien qu'il soit un adversaire fanatique de tout ce qui est catholique, la Flandre libérale éprouve la même impression, le la cite :

« Nous n'avons jamais vu entre la célèbre dépêche de M. le baron d'Anethan et les actes de nos évêques la contradiction absolue que M. Frère signalait... M. Frère s'efforçait de montrer, dans les paroles attribuées au cardinal Nina par M. d*Anethan, un blâme, une condamnation de la conduite des évêques. Elles étaient à nos yeux trop vagues, trop susceptibles d'équivoque, trop insaisissables dans leur généralité, pour être interprétées ainsi. Le cardinal Nina affirmait d'ailleurs que les évêques avaient agi sous leur responsabilité, que Sa Sainteté n'entendait ni blâmer, ni désavouer les principes invoqués par eux. »

(c Lors donc que récemment on accusait le pape d*avoir condamné les évêques en parlant à M. Frère, tandis qu'il les encourageait en secret, cette accusation ne nous paraissait pas justifiée. »

Voilà le jugement de la presse. Le libéralisme ne récusera pas ce témoignage car il a élevé la Flandre libérale presque à la hauteur d'une institution.

L'impression de la Chambre? Demandez à M. Janson ce qu'il pense de la dépêche du 5 octobre. 11 déclare, le 27 février 1880, qu'il n'y trouve ni promesses, ni engagements, ni blâme. Le pape, d'après lui, a parlé pour ne rien dire.

C'est à M. Frère lui-même que je vais demander quelle fut l'impression universelle.

Il l'a décrite dans sa dépêche du 7 avril 1880 : « Au sein des Chambres comme au dehors, l'impression première que produisit

la publication de la correspondance avec le saint-siége ne fut rien moins que favorable; on trouvait les déclarations du Vatican peu précises, ses conseils peu pressants, ses instructions nullement impératives ; on doutait de leur efficacité, on n*en espérait guère plus d'effet dans Tavenir qu'on n'en constatait au moment même. »

Telle fut l'impression vraie. Nul n'y vit un blâme, on trouva ^^«r^^ les déclarations peu précises, les conseils peu pressants. De ^Cït Taveu de M. Frère, l'opinion publique n'y vit pas un blâme.

C'est lui qui, enflant les résultats de son échange de vues, a, ^ is par ses commentaires, ajouté à la dépêche du 5 octobre ce qui ia^pq ne s'y trouvait pas et accrédité l'idée de blâme. C'est sous son^vo» patronage qu'elle a fait son entrée dans le monde.

Le cardinal Nina s'est plaint de ces commentaires.

« M. le Ministre, écrit le cardinal dans le Mémorandum dimm b di 10 juillet, tira de l'échange de vue des déductions que le saint — 3 m-misiège devait repousser comme étant sans fondement et souverai — i^ finement injurieuses à l'épiscopat belge. »

M. Frère se défendit d'avoir fait ces commentaires; voici sas-^ sa réponse, extraite de la circulaire du il juillet:

(r Le discours du 18 novembre 1879 était un simple recueil d dépêches dont le langage était (usez concluant par ellespour qu'il fût inutile d'y ajouter le moindre commentaire, conclusions, contre lesquelles on proteste si amèrement aujour — ^* ^^' d'hui, c'est Yopinion publique qui les a déduites. »

Mettez, je vous prie, cette dépêche du 17 juillet en regard de ^*-^^ celle du 7 avril que j'ai lue il y a un instant et vous constaterez une contradiction absolue entre elles.

Le 7 avril, M. Frère affirme que l'impression première est nulle; qu'on ne trouve dans la correspondance rien de précis, rien de pressant; et le 17 juillet il déclare, au contraire, que tout commentaire était inutile, la correspondance étant assez concluante

pour que Topinion publique en ait sur Theure déduit les conclusions. Admirez la logique de M. Frère !

C*est lui, disais-je, qui a inventé le bl&me, non pas dans son discours du 18, — ce discours n'est qu'un recueil de dépêches,— mais dans sa réplique du 19 lorsque, répondant à M. Malou, et emporté par l'ardeur de la réplique, il oublia les résolutions prises la veille et introduisit dans cette enceinte l'affirmation catég'orique : Le pape blâme les évéques.

Voici les termes dont il s'est servi :

a Si le pape a cru devoir intervenir auprès des évéques pour l^ur donner des conseils de calme, de prudence, de modération, ^*est que, apparemment, il ne les trouvait ni calmes, ni prudents, ^^imodéréx... Sous le rapport de la doctrine, les évéques sont Corrects; mais, de principes justes ils ont déduit des conclusions inopportunes ou excessives. Quel bldme voulez-vous plus formel ? l-iorsque les catholiques liront celte correspondance, ils comprendront que l'opposition que Ton a faite h la loi est empreinte ci'une exagération tout à lait condamnable...

a Essayer d'agiter le pays, comme on a tenté de le faire, user de ces moyens odieux qu'on a tenté d'employer contre ceux qui veulent fréquenter les écoles communales, c'est Id ce qui a été blâmé , c*est là ce qui sera condamné, réprouvé par tous les hommes sensés. »

Et l'honorable membre viendra nous dire qu'il n'a pas fait des commentaires, qu'il s'est borné à une simple lecture de pièces ! Les commentaires étaient de trop ; M. Frère Ta reconnu lui-même en se défendant le 17 juillet, d*en avoir fait.

Le pape avait consenti 5 ce que d'aucun côté on ne se prévalût de son autorité. Il consentait à ne peser dans aucun des deux plateaux de la balance; il consentait à se renfermer dans un rôle d'abstention. Quand fut venu le moment de communiquer la correspondance à la Chambre, lorsque M. Frère put feire connaître

Taclion modératrice du saint-siége, il était de son devoir de ne pas l'exagérer et de n'y rien ajouter de son cru.

Agir autrement, c'était fatalement provoquer une réaction. Il était aisé de prévoir que les commentaires de M. Frère étaient de naturaà compromettre l'œuvre pacificatrice du saint-siége.

Le cardinal Nina en fait la remarque dans sa dépèche du 8 juin 1880 :

« Il était dès lors trop facile de prévoir que la dénonciation faite, du haut de la tribune, d'un antagonisme entre le saint-siége et les prélats belges, ne manquerait pas d'aigrir la lutte et d'exciter davantage les susceptibilités des catholiques. »

J'ai dit. Messieurs, que Thonorable M. Frère a inventé le blâme; il l'a au moins importé dans cette enceinte, car, au dehors» soit par suite d'indiscrétions, soit autrement, il avait eu pour avantcoureur une bonne partie de la presse libérale.

L Indépendance du 25 octobre 1879 racontait que le pape ne dissimulait pas le mécontentement que lui causait l'attitude de l'épiscopat belge; le Journal de Liège, dans les articles immédiatement reproduits par tEcho du Parlement, ajoutait que le pape gémissait des extravagances de nos évéques, qu'il les désapprouvait. L'Echo du Parlement a reproduit ces articles le 29 octobre et le 3 novembre, ils doivent figurer dans le Journal de Liège de la veille.

La presse libérale donnait la note; la presse catholique y répondit par des dénégations.

Dès que ce prétendu blâme fut mis en avant par la presse libérale et confirmé par l'honorable M. Frère, une triple protestation s'éleva en Belgique : la protestation des journaux catholiques, celle de l'honorable M. Malou, celle du cardinal de Malines.

M. Malou, le 19 novembre, répondit à la fois aux journaux libéraux qui avaient parlé et à M. Frère qui allait parler. Il résumait ainsi la dépêche du 5 octobre :

« Les lettres épîscopales auraient pu être d un style moins

agressif, les mesures qui ont été prises récemment ne sont pas

opportunes, on aurait peut-être pu en prendre d'autres. Mais il

me semble que, si cela est, ce n*est presque rien, ou du moins

peu de chose, et cependant c'est cela et rien que cela que vous

avez obtenu. »

La déclaration du cardinal archevêque de Mali nés proteste contre toute idée de blâme.

De ces trois protestations successives, chose singulière, la remière et la moins importante eut seule le don d'émouvoir le ouvernement. Voici l'explication de ce fait singulier : La dépêche du 11 novembre avait été retirée sans que M. Frère obtint le désaveu; il s'agissait d'essayer de l'obtenir à l'occasion des articles des journaux catholiques.

M. Frère télégraphie donc à Rome le 32 novembre : a Suivant les journaux catholiques, l'épiscopat va publier des pièces pour constater l'accord complet avec le pape. S'il y a dou- I)le jeu, l'effet sera désastreux pour la papauté. Retrait de la légation. Demander l'explication et avertir. »

Accord complet ; cela ne peut pas se prendre dans un sens littéral.

D'accord complet, il n'y en a pas plus entre deux cerveaux organisés, qu'il ne se trouve sur un arbre deux feuilles absolument semblables.

C'est dans un sens raisonnable, dans un sens un peu large que la question est faite.

Le piège était habilement tendu ; le cardinal Nina sut l'éviter. Il dut se dire en lisant la dépêche : Si je réponds qu'il n'y a pas accord complet, on en abusera pour me faire dire qu'il y a désaccord, et l'on prétendra que j'ai désavoué la dépêche du 11 novembre. Si, au contraire, je réponds qu'il y a accord complet, on prétendra que je désavoue mes instances modératrices qui

continuent toujours et dont il y a trace même dans la dépêche i\ novembre.

Quoi que je dise, on en abusera ; je ne réponds donc pas k^^ question.

Le cardinal Nina se borne à déclarer k M. d*Anethan qu'il ^ ^^

peut fermer la bouche aux évoques.

M. Frère comprend qu'il a trop demandé, que le piège a é^^ ^^ deviné; et dans un nouveau télégramme, en date du 23 novembrtr'* ^^'^^ il demandera tout autre chose.

Il fera une question dont la réponse est dictée d'avance ; Z » '' priera M. d'Anethan de demander aux secrétaire d'Etat s'il a pcij P^ écrire blanc à l'un et noir à l'autre. Il savait d'avance que If ^ '^ réponse serait négative.

Voici le texte de ce télégramme :

« Il ne peut être question de fermer la bouche h personne; m « ! " faut savoir ce qu'on a pu écrire aux évêques ; si on a pu écrirtr^ ï^ire aux évêques le contraire de ce qu'on a écrit au gouvernement-^ •^ *"^- Voilà ce qu'on écrit dans la presse catholique. La presse cathoo^'^^ lique dit-elle vrai ? Voilà ce qu'il faut demander »

Le secrétaire d'Etal qui n'avait pas voulu répondre à la pre— ^''■*^' mière dépêche répond volontiers à la seconde. Il aurait pu le fiaire^'* '^^^ d'un mot, dire : non.

Il emploie un langage moins sec et fait ce que l'honorable^ '^^^

ministre a appelé un résumé de la dépêche du 8 octobre. La "^^

dépêche du 5 octobre était déjà le résumé de la correspondance; ^ la dépêche télégraphique du 24 sera le résumé du résumé. Que ^•^ porte-t-elle ? Accord complet sur les principes. Le saint-siége a ^ constamment recommandé le calme, la prudence et la modération.

Il s'agit de l'application. De blâme, point. Le résumé du résumé n'en contient pas plus que dans le résumé lui-même.

M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires élrmigères. — Le langage a été partout le même. Vous omettez cela.

Jacobs. — J*engage rhoiiorable minisire à juger les autres avec un peu plus de charité.

Je viens de constater que le cardinal Nina répond par une □égalion à la question : Âvez-vous écrit aux évéques le contraire de ce que vous avez écrit au gouvernement ?

N'est-ce pas là Téquivaleut de la phrase textuelle du télégramme :

« Le langage du saint-siége, dans ses actes, a toujours été le Qiéme » c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Ce n*est pas le texte cnais cest le sens. Je nomets donc rien. Si j altérais le sens, je comprendrais que vous nunterrompiez ; mais quand je modifie le texte sans rien changer au sens, il est inutile de m*interrompre.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangèi'es. — Je vous demande pardon,' le sens nest pas complet...

M. Jacobs. — Je pardonne volontiers les interruptions ; il ii*en est pas moins vi*ai que je n'ai modifié en rien le sens de la dépêche.

M. Frôre-Orban, Ministre des Aff'aires étrangères. — Vous en avez supprimé quelques mots qui ont un sens aussi : « Le langage a été partout le même. » Cela détruit par conséquent lassertion de la presse catholique.

M. Jacobs. — Vous ne demandez plus au secrélaire d*Etat qu'une chose : Âvez-vous dit aux uns le contraire de ce que vous avez dit aux autres? Qu'il vous réponde : « non », ou qu'il réponde : tt mon langage a été partout le même » ; ce sont deux manières de rendre une même idée. Ce qui est certain, c'est que le télégramme du 24 novembre n'implique ni blâme ni désaccord, qu'il est compatible avec une divergence d'appréciation et une différence d'ardeur.

Recevant ces deux télégrammes de M. d'Ânethan, voyant que le secrétaire d'Etat refusait de répondre à la première de ses questions et répondait à la seconde, l'honorable ministre, en évitant de mentionner un blâme, un désaccord, a dû se dire, lui

qui croyait à un blâme» qu'il s'aventurait sur un terrain peu solide ; cela a dû lui inspirer quelques hésitations, et un télégramme de plus n*eût pas été de trop. « Du tout ! » dit Thonorable ministre. Admettons que ces télégrammes lui ont laissé sa foi robuste dans le blâme ; un peu plus tard Thésitation a dû nattre. Le 1"^ décembre, moins de dix jours après, le cardinal-archevêque de Malines publie une déclaration dont j'extrais les lignes suivantes :

« Si les évéques étaient en dissidence avec le saint-siége, le grand pape qui gouverne aujourd'hui l'Eglise, Léon XIII, ne parlerait-il pas? Mais cette parole de désaveu, cette parole de blâme non seulement le saint-père ne l'a pas dite ; mais, notis le savons de science certaine, nos adversaires l'attendront en vain. »

L'honorable M. Frère, qui s*e8t ému de quelques articles de la presse catholique parlant de Taccord de Tépiscopat et du saintpère, lit cette déclaration solennelle, faite par le cardiDal-archevéque de Malines, sans éprouver le moindre hésitation ; eeli m l'émeut pas, cela ne lui inspire aucun doute ; il n'éprouve plus le besoin de télégraphier h Rome. Non ; il attendra quatre mois, et ce sera le 7 avril qu'il signalera à Rome cette phrase de la déclaration des évéques pour demander des explications.

C'était le l""' décembre qu'il fallait les demander, c'est alors qu'il fallait vous émouvoir, si tant est que les deux réponses du cardinal Nina n'avaient laissé aucun doute dans votre esprit.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J'ai répondu le 17 décembre.

M. Jacobs. — Je ne connais pas de réponse du 17 décembre.

M. Frère-Orban, Minisire des affaires étrangères. — Moi bien.

M. Jacobs. — Il est impossible de discuter sur des éléments que nous n'avons pas.

M. FrèreOrban, Ministre des affaires étrangèt^es. — Vous l'avez eu sous les yeux, (^ires à gauche.)

M. Bouvier. — \o\\^ qui est péremptoire.

M. Jacobs. — Je ne sais ce que l'on veut dire. Il ny a pas eu, d*après les pièces publiées, de communicalion faite par M. le Ministre des Affaires étrangères à la suite de cette dépêche. Je n'en connais aucune. S*il en existe, qu'il veuille bien me dire ob elle a été publiée.

Le 25 décembre Léon XIII prononça une allocution de nature h augmenter encore les appréhensions de M. Frère.

Dès le lendemain, M. d'Anethan lui en transmet l'extrait suivant :

et Un spectacle consolant et sublime qu*il nous est donné de

Voiretd'admireraclueUemeDt, c'est qu'au milieu des discordes

civiles, l'Eglise catholique conserve intact le précieux trésor de

Qoité et que la concorde de tépiscopat avec le saint-siége dam

les Etats se manifeste dune manière éclatante, de même que

'*^^ Kxon du clergé et des populations avec leurs pasteurs. »

CIloocorde éclatante du saint-siége et de l'épiscopat dans tous Elatsl Cela doit donner à réfléchir à l'honorable Ministre des A"'^ires étrangères. Non, il ne s'en émeut pas.

^a Flandre libérale du 24 juillet 1880 observe, à juste litre, que ^^^Mx qui, comme nous, ne connaissaient pas la dépêche du 11 ^^X'embre, pouvaient ne pas bien se rendre compte de Tintention ^^ souverain pontife, mais Thonorable M. Frère !

« Ceux qui ne connaissent pas exactement la situation ont pu ne P^s comprendre la signification et la portée de ce langage, ont pu douter qu'il s'appliquait à la Belgique,... mais ce n'est pas M. le Ministre des Affaires étrangères qui a pu s y tromper. Il connaissait la pensée du pape tout entière par la dépêche du il novembre, il n'a pu ne pas la retrouver tout entière dans l'allocution du 25 décembre. »

Enfin, le 31 décembre, M. d'Anethan rend compte d'une audience particulière qu'il a obtenue du saint-père, a Dans la suite de l'audience, écrit-il, le Saint-Père n'a touché

qu'en passant la queslion politique. 11 in*a paru cependaut que Sa Sainteté n*était pas satisfaite de voir répétée et accenluée par b presse européenne Tidée d*une désunion entre le saiol-siége et l*épiscopat belge»-

« Jamais, a dit ie Pape, cette désunion, dont parlent cerlains jOUTn^ux^ n*a existé ; \e suis uni, complètement uni dans la foi avec tous les évéques. »

M. Prôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Iknsk foi. Personne ne Ta conleslé.

M. Jacobs. — Sans doute, mais les journaux ne pailaient pas de Tunion dans la foi. lis parlaient d*une désunion sur le terrain pratique. Je défie qu on m'apporte un seul journal qui ait parlé de désunion dans la foi.

M. Frère Orbau, Ministre des Affaires étrangères. — Cesl le saint-père qui dit qu*il est d'accord dans la foi, mais il ne dit pas qu il est d accord sur les moyens d'application !

M. Jacobs. — Le saint-père proteste contre les journaux qui prétendaient qu'il y avait désaccord entre !ui et l'épiscopat.

M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Dans la foi!

M. Jacobs. — Mais non, aucun journal n'a parlé de désuuion dans la foi. Citez m'en un seul, déposez-le sur le bureau de la Chambre. Mais vous, qui lisez toute la grande presse, vous n'eo apporterez aucun.

M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — Je ne parle pas de juurnal; je dis ce que la pièce elle-même dit.

M. Jacobs. — La pièce dit deux choses : elle pai*Ie de la foi et de désunion.

M. Frôre-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — C'est h même pensée qui est exprimée.

M. Jacobs. — Ce sont deux pensées, et si ce n'en était qu'une, ^e serait celle dont s'occupe la presse, la désunion sur le terrain Pratique,

L*idé6 d*ua blâme infligé par le saint-père à l'épiscopat doooe donc lieu à Ae triple protestation en Belgique» elle provoque un triple avertissement venu de Rome.

Le refus du cardinal Nina de s'expliquer le 23 novembre et sa réponse du 24 constituent le premier ; Taliocution du 25 décembre forme le second ; la dépêche de M. le baron d'Anethan, du 31 décembre, contient le troisième.

Vous aviez entendu les protestations de la presse catholique, de M. Malou» du cardinal Dechamps et après tout cela vous reprochez au cardinal Nina de vous avoir induit en erreur en ne protestant pas contre votre discours du 19 novembre.

Voici comment la dépêche du 28 juin formule ce reproche :

a Le Vatican a su dès le début en quel sens f interprétais les déclarations qui m'ont été faites pendant toute une année; il n'a formulé à ce sujet ni observations» ni réserves.

tf Le saint-père n'a j'amais admis la légitimité des candusiom que j'ai déduites de l'échange de vues ; s'il s'est tu pendant six mois, ce n'a été que par égard pour le gouvernement belge. Ainsi ce serait par pure courtoisie que le pape aurait laissé subsister pendant six mois une équivoque de la nature la plus grave, induisant à la fois en erreur le gouvernement avec lequel il négociait et les évéques qui réclamaient son jugement. »

Constatons en passant une nouvelle contradiction entre deux dépêches de l'honorable Ministre des Affaires étrangères. Le 28 juin, il reconnaît qu'il y a eu de sa part interprétation des déclarations du saint-siége, qu'il en a tiré des conclusions, et le 17 juillet, il proteste qu'il n'a fait aucun commentaire, qu*il s'est borné à lire une correspondance, si nette, si concluante que l'opinion publique en a tiré les conséquences sans qu'on eût à lui tracer la voie. En juin, les déclarations comportent plusieurs

interprétations, mais celle de M. Frère a été connue de Rome et m. 23

acceptée; en juillet elles ne comportent plus qu'une explication, elles sont claires, nettes, sans ambages.

L'honorable M. Malou, la presse catholique, le cardinal-archevêque de Malines n'eussent-ils pas protesté, le triple avertissement venu de Rome n'eût-il pas été donné, encore rhonoratle ministre eût-il été mal fondé à se plaindre de n'avoir reçu du cardinal Nina aucune protestation formelle contre son discours du 19 novembre.

Pourquoi ? Parce que les pièces étaient-là, elles étaient publiées; chacun n avait qu'à les apprécier à l'aide de son bon sens. Il ny avait pas de foits à redresser.

C'est ce que M. Frère déclarait lui-même hier. Je me suis borné, disait-il, à tirer de la correspondance des déductions insignifiantes que tout le monde pouvait contrôler.

Libre à l'honorable M. Frère de chanter victoire, se sera dit le cardinal Nina, les éléments du débat sont sous les yeux de tous, chacun peut, à l'aide de son bon sens, se former une convictioD et constater que la correspondance ne contient aucun blâme.

Lorsqu'on conclut un traité, chacun des contractants soumet la convention aux Chambres de son pays en essayant de faire ressortir qu*il a recueilli les principaux avantages du traité. On en arrive à dénaturer quelque peu, mais de très bonne foi, te physionomie véritable du traité et à en exagérer les avantages.

C'est une petite faiblesse, et d'autant plus innocente qu'elle ue change rien à la réalité; aussi, la tolère-t-on réciproquement. Le cardinal Nina aurait pu ne pas s'offusquer de la petite faiblesse de l'honorable M. Frère.

L*honorable ministre savait que le mot blâme ou tout autre mot équivalent ne se trouve pas dans la correspondance; il savait que lorsque le saint-siége veut blâmer, il sait trouver le mot propre. Les dépêches relatives à la Constitution, en date des 27 juillet et

20 août 1878 se servent des mots : bl&me, désapprobation. La chose y est et les mots sont en concordance avec les choses. .

H. Frère savait cela, et cela ne Ta pas empoché de dire que Tépiscopat était bl&mé par le saint-père.

Indépendamment des éléments que je viens d*énumérer, Thonorable M. Frère a pu trouver des lumières dans deux documents que nous ne connaissions pas il y a quelques mois : la lettre adressée, le 4 novembre 1879, par le pape au roi des Belges et la dépêche du 11 novembre; toutes deux contiennent ia dénégation formelle du blame.

L'honorable Ministre a-t-il connu la lettre du 4 novembre? Il Qe s'explique pas à cet égard, peu importe; cela n'a d'importance <Io*à son point de vue; mais j'observe que cette dépêche, qui ^rte l'idée de blâme, qui proteste contre cette idée, défend ^*siccuser le saint-siége d'avoir voulu foire ou laisser croire au Souvemement belge que les évêques étaient blâmés par le P^pe.

Le saint-père ne pouvait savoir si la lettre adressée au roi ^pold II serait communiquée par lui à ses ministres. C'était au lûoins possible : la correspondance échangée entre le pape et Vempereur d'Allemagne a été rendue publique; certainement M.le prince de Bismarck en avait eu préalablement connaissance. Le pape ne pouvait donc avoir la certitude que communication n'en serait pas donnée au ministère. On ne peut donc prétendre qu'il voulût dissimuler au gouvernement belge le désaveu qu'il infligeait à ceux qui lui prêtaient l'intention de blâmer Tépisco- )at, {Interruption de M. le Ministre des Affaires étrangères.)

On me dit à droite que je dois supposer qu'elle a été commuliquée. L'honorable ministre s'expliquera à cet égard, s'il le juge >on, mais, au point de vue de la droiture du saint-siége, qu'elle lit été communiquée ou qu'elle ne l'ait pas été, cela revient au néme.

M. Frère- Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Je me suis expliqué dans ma correspondance.

M. Jacobs. — Je crois me rappeler qu*il y est parlé en termes généraux de lettres de ce genre» sans que le cas particulier forme Fobjet d*une affirmation catégorique. 11 n*y a pas là de règle contraire à la communication aux ministres. Je cite un exemple où des lettres de ce genre ont été communiquées ; c*est donc une pure question de fait ; mais, je le répète, au point de vue que j'examine maintenant, celui de la bonne foi du saint-siège, qu'elle ait été communiquée à M. Frère ou non, cela est indifférent .

A fartiori,l^ dépêche du 11 novembre a-t-elle dû éclairer H. le Ministre des Affaires étrangères.

Elle a été retirée, c'est vrai ; elle a été retirée provisoiremeot, pour élre remaniée, pour en faire disparaître toute équivoque et tout malentendu.

Cette dépêche, suivant moi, devait être non pas retirée, mais remaniée, complétée, éclaircie : elle contient quelque chose de trop et quelque chose de trop peu.

Quelque chose de irop : elle ne se contentait pas de protester contre toute idée de désapprobation, elle contenait une approbation véritable, bien que toujours avec les nuances modératrices dont le saint-père ne s'est jamais départi. Or, cette dépêche allait être publiée, puisque toute la correspondance allait letre; lien résultait que le saint-siége allait prendre parti par un acte public, puisque la publicité allait être donnée à une approbation formelle. Il fallait, sous peine d'abandonner l'attitude d'abstention, que l'approbation formelle disparût.

D'autre part, il se trouvait quelque chose de trop peu dans la dépêche. Le cardinal Nina niait le désaccord sans rappeler la divergence d'appréciation. Dans sa pensée, c'était refuser à la divergence d'apprécialion l'importance d'un vrai désaccord, mais

)n pouvait Tinterpréter comme la dénégation de toute divergence. hf . le Ministre des Affaires étrangères le comprenait ainsi.

Il fallait s'expliquer et remanier le document sous peine de ne >as exposer clairement Tétat de la situation : supprimer ce qui louvait s*y trouver de trop, ajouter ce qui y manquait, de façon i rendre limpide la situation respective du saint-siége et du gourernement.

L'interpellation de Thonorable M. d*Elhoungne, annoncée le 12, était fixée au 18. On était au 14, M. Frère ne crut pas pouvoir remettre le débat. Il menaça de retirer la légation, et provoqua ainsi le retrait de la dépêche.

Cet incident de la dépêche retirée commandait une fois de plus à H Frère une extrême réserve, il était de nature à le rendre très circonspect ; il lui interdisait tout commentaire de la correspondance qui n'aurait pas été admis préalablement par le saint-siége, concerté avec lui.

L'honorable ministre le comprit et se conforma, le 18, aux exigences de la situation. Mais, le 19, emporté par le feu de la réplique, il s'oublia.

A coup sûr, le saint-père n'a pas à se reprocher de Tavoir induit en erreur.Mais comment M. Frère a-t-il pu parler de blâme, le 19 novembre?

Il sait que lorsque le pape veut blâmer, il le fait catégorique • ment. Je vous ai cité les dépêches de juillet et d'août 1878 relatives aux attaques contre la Constitution.

Il sait que la lettre pastorale du 19 juin, qui se rapproche après tout des instructions pratiques, a été en substance approuvée par la dépêche adressée le l*' juillet au nonce apostolique.

Il sait que le 17 mars le secrétaire d*Etat a refusé nettement de désapprouver les évêques, qu'il n'est jamais revenu sur ce refus.

II sait que la dépêche du 5 octobre ne contient pas de blâme ncprès.

11 reçoit de nouveau, le il novembre, avis du refus du saintpère de blâmer les évéques. Et, bien que le blâme soit écarté par plusieurs documents, et ne soit inscrit dans aucun, sans y être autorisé, sans s*étre concerté avec Rome, il vient dire en pleine Chambre : Les évéques sont blâmés !

J*avoue que je ne conçois pas cette étrange attitude.

Occupons-nous de la dépêche retirée.

L'honorable Ministre paratt ne pas saisir le reproche qui lui est adressé à cet égard. On voudrait, dit-il, que j'eusse manqué à rhonneur ! On me reproche d'avoir fait abstraction d'une dépêche retirée !

Du tout, du tout. On vous reproche, non pas d'avoir gardé le secret sur une dépêche, après avoir consenti à son retrait, on vous reproche de vous être prêté au retrait de la dépêche sans provoquer des explications nettes et catégoriques. On vous reproche de n'avoir pas tiré les choses au clair, de n'avoir pas exigé des explications complètes, d'avoir ainsi placé tout le monde dans une fausse position, vous-même, la majorité, la minorité, tous ceux enfin qui avaient h apprécier la situation.

Je me demande combien il pourrait bien y avoir de membres à gauche qui, au scrutin secret, excuseraient M. Frère d'avoir consenti à ce retrait sans explications? Je pense qu'il y en aurait fort peu, et que l'honorable Ministre risquerait fort de se trouver à peu près dans le même isolement ou l'a placé l'attitude qu'il a prise dans la discussion de la loi sur l'enseignement supérieur; mais là il avait autant raison qu'ici il a tort.

Je comprends ce reproche, répond M. Frère, de la part des libéraux dont le programme comporte la suppression de la légation près le saint-siége, car la publication de la dépêche du H novembre, c'était le retrait de la légation. Mais que la droite tienne ce langage, c'est à n'y rien comprendre!

Nous discutons, Messieurs, les actes du gouvernement sans

lous préoccuper de ce qu*eût pu faire ou exiger la majorité ; loos recherchons s*il était correct de se prêter au retrait de la lépêche, sans avoir à nous enquérir des conséquences que la >roduction de cette dépêche, avec ou sans explications» avec ou ^Qs remaniement, aurait entraînées.

Nous ne voulons pas le maintien de la légation à tout prix, tous discutons, comme c*est notre droit, la conduite du gouverlement, nous recherchons si elle a été correcte. Nous sommes raccord avec un grand nombre de membres de la gauche, avec me grande partie de la presse libérale, pour dire que l*honorable I. Frère a eu tort de se prêter au retrait de la dépêche du il novembre, sans explications catégoriques, sans éclaircir comilètement la situation.

Deux questions se posent auxquelles Thonorable Ministre des Ifl&ires étrangères n*a pas répondu et ne répondra pas dune iaçon satisfaisante :

Comment a-t-il pu rester en rapport avec le saint-siége après la dépêche du 11 novembre qu'il considérait comme un acte de luplicité?

Comment a-t-il pu se prêter au retrait de cette dépêche sans explications?

A ces deux questions il n*y a pas de bonne réponse à faire.

Comment M. Frère appréciait-il la dépêche retirée? Il déclare au nonce le 14 qu* elle est en contradiction avec les déclarations antérieures. Il télégraphie le même jour à M. d*Anethan qu elle est en opposition avec ces déclarations et qu'elle donnerait lieu & une accusation de duplicité.

L'honorable Ministre ne dit pas alors que c*est de sa part que la dépêche donnerait lieu à une telle accusation, et c'est ce qui permet au cardinal Nina de recevoir communication de cette dépêche sans en être blessé. On pouvait croire, en effet, que, dans l'opinion de M. Frère, c'étaient les malintentionnés qui

auraient interprété ainsi la dépêche, ceux qui ne voient que duplicité partout, llionorable H. Janson et le groupe qui le suivait. On ne devait pas nécessairement prêter cette pensée à llionorable^ M. Frère.

Ce point était obscur alors, il est éclairci aujourd*hui; nousi^ savons que c'était bien la pensée de H. Frère.

Le 6 août dernier, il a tenu ce langage : ta J'ai déclaré que^ si ce document était maintenu, il donnerait lieu à une accusation de duplicité... On la reproduit maintenant, je reproduis nun^^ accusation d. C'est donc bien Tidée de l'honorable membre qu'exprimait le télégramme du 14 novembre 1879; pour lui, dépêche du 11 novembre n*est pas seulement en contradictii avec les déclarations antérieures, c'est un acte de duplicité.

Et il reste en rapport avec un gouvernement coupable duplicité.^ Et il se prête à ce que la preuve de la duplicité disp^ j. raisse! Et quatre jours après, le 18 novembre, il remercie «ce gouvernement trompeur! Et, le 3 mars, il proteste contre oe^^lê même accusation articulée qar M. Janson!

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Puisque la dépêche était déclarée non avenue.

M. Jacobs. — (( Je dois protester, disait-il, contre ces accosations de ruse et de duplicité... Je le fais, non point par convenance, non point par devoir de position, je le fiais par un sentiment de vérité et de justice. »

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Hais, encore une fois, puisqu'elle était déclarée non avenue.

M. Jacobs. — Nous allons voir les conséquences du retrait. M. Frère nous dit maintenant : Lorsque j'ai parlé de reproduire mon accusation, je me suis mal exprimé, je n'ai jamais produit d'accusation avant qu'on exhumât cette dépêche retirée. Je n'ai fait, le 14 novembre 1879, que donner un avertissement. J'ai prévenu le saint-siége que le feit de m*envoyer cette dépêche

signée par le cardinal secrétaire d*Etat pouvait être le résultat dune erreur, que je Tenvisagerais ainsi si elle était retirée immédiatement et que je n'y verrais un acte de duplicité que si elle était maintenue. Le cardinal Nina avait pu ne pas savoir ce qu*il écrivait, il avait pu perdre le souvenir de toutes les déclarations antérieures. J'ai attiré son attention sur cette singulière aberration, et ce n'est que pour le cas où il y aurait persisté que j'aurais transformé l'avertissement en accusation. Que pense-t-on à gauche de cette explication? J'engage l'honorable Ministre des Affaires étrangères à provoquer la réforme du code pénal : la tentative doit en être biffée. La tentative, c'estuneerreur. Du moment que le coupable est revenu en sirrière, du moment que, par une circonstance indépendante de sa volonté, il n'est pas parvenu à ses fins, il n*a qu'à dire : Je retire nia tentative; c'est fini; c'est une erreur; n'en parlons plus!

On le remerciera et l'on protestera publiquement contre quiconque osera l'accuser !

M. Frère qualifiait lui-même, hier, la dépêche du 11 novembre de « tentative de rétractation ». Imaginez-vous une tentative de rétractation £aite par erreur?

La tentative, au degré près, est un acte de même nature que le £ait consommé ; si le fait est un acte de duplicité, la tentative ne sera pas autre chose. Ce que M. Frère qualifie de rétractation a été traité par lui d'acte de duplicité; la logique Tobligeait à qualifier de même la tentative.

Cest parce que M. Frère comprenait parfaitement que qualifier d'acte de duplicité la dépêche maintenue, c'était qualifier de même la dépêche retirée ; c'est pour cela que, dans le télégramme adressé le 14 novembre à M. le baron d'Ânethan,il ne prend pas la responsabilité de l'accusation.

Est-il sérieux de prétendre que, peut-être, le cardinal Nina ne savait pas bien ce qu'il écrivait le 11 novembre?

Cette dépêche du 11 est la première où le saint-siége exprime lui-même ses sentiments, c*est la première qui émane de lui (l'observation est du journal Le Nord).

Jusque-là M. Frère ne connaissait les sentiments du saint-si^e que par les dépêches, exactes d'ailleurs, de M. d'Anethan. Pour la première fois il reçoit l'expression directe de la pensée do secrétaire d'Etat et il se dirait • Quand le cardinal Nina s'exprime par l'entremise de M. d'Ânethan. tout est certain; tout est aident comptant; mais quand il écrit lui-même, il ne sait plus ce qu'il écrit. Il se place, de bonne foi, en contradiction avec toutes ses déclarations antérieures !

Non, vous n'avez pas cru à si peu d'intelligence et à tant de candeur, vous avez exprimé votre vrai sentiment quand vous avez qualifié la dépêche du 11 novembre de tentative de rétractation. C'était un acte de duplicité dans votre pensée, duplicité d un jour, d'une heure, soit, mais duplicité.

Dès lors, il ne fallait pas rester en rapport avec le saint-siége. Du moment qu'on avait cette conviction, il fallait rompre.

Mais c'était une duplicité retirée! L'honorable ministre a consenti à l'oublier.

J admire vraiment cet excès de magnanimité et ce secret absolu de la confession laïque qui ensevelit a jamais dans la nuit du tombeau ce que l'on a confié à M. Frère. L'honorable ministre dit au secrétaire d'Etat : Allez et ne péchez plus! {Hilarité à droite) C'est mieux que la confession chrétienne. Le confesseur oublie le péché confessé, il est pour lui non avenu; mais je n'ai pas trouvé jusqu'ici de confesseur qui remerciât le pénitent et qui lui donnai des certificats contraires au péché commis. {Hilarité à droite).

Au moins fallait-il s'assurer que le prétendu coupable comprenait la gravité de sa fauie, qu'il s'en repentait et promettait de n'y plus retomber, que l'auteur de l'erreur reconnaissait son erreur. Il fallait s'expliquer nettement au moment du retrait de

la dépêche; il fallait s'assurer de ce qu'était alors la véritable pensée du saint-siége. Rien de semblable n*est fait. Le nonce déclare que la dépêche est retirée provisoirement, qu'on va la remanier, qu'il espère en faire disparaître tout malentendu, toute équivoque, et l'honorable Ministre des Affaires étrangères lui recommande de « ne renoncer à quoi que ce soit qui pût avoir même la simple apparence d'une contradiction avec les déclarations consignées dans la correspondance. »

Mon cher nonce, évitez à l'avenir les contradictions, même amplement apparentes. Le monde est si méchant! (Rires à droite) ^oilà la bénigne recommandation dont on se contente en présence Tun acte de duplicité, d'une tentative de rétractation !

Qu'avait à faire l'honorable Ministre s'il ne voulait pas rompre ur l'heure, et il devait rompre s'il avait la conviction que la lëpëche était une tentative de rétractation, un acte de duplicité? ni ne rompait pas, que devait-il faire? Il devait, suivant Qoi, tenir au nonce à peu près ce langage : a Expliquons- Lous clairement. Il y a, d'après moi, contradiction entre la lépèche du 5 octobre et celle du 11 novembre. Si cette contraliction est réelle, optez et écrivez-moi quelle est votre opinion léfinitive. Si la contradiction n'est qu'apparente, expliquez-vous. îuant à moi, je crois que le pnpe blâme les évêques; je m'exprinerai en ce sens à la Chambre mardi prochain. Sommes-nous raccord oui ou non ? »

Tel est le langage qu'il fallait tenir. Pourquoi ne l'a-t-on pas tenu?

L'honorable Ministre des Affaires étrangères a-t-il craint que les explications n'eussent fait s'évanouir cette ombre de blâme qu'il croyait trouver dans la dépêche du 5 octobre? S'est-il dit : Le pape est hésitant; brûlons les vaisseaux; c'est un service à lui rendre?

Je ne le pense pas; l'explication est plus simple. L'honorable

Ministre avait résola de ne faire aocon commentaire et de se borner, comme il le derait, è h simple lectore des pièces. Il s*est tena parole le 48 novembre, il n'a pas éié assez maître de lui le 19 pour rester dans ce rôle absolument correct.

Quoi qu'il en soit, il a eu tort de se prfter au retrait de la dépêche sans éclaircir la situation.

S*il eût demandé des explications, on lui en eût fourni de très simples. Nous les connaissons aujounThui, les documents publiés depuis lors nous les ont révélées. Voici quelle eût été la réponse du cardinal Nina.

Prêcher la modération à quelqu'un, lui eût-il dit, ce n*estpas l'accuser d*en être dépourvu. Apprécier différemment les exceptions à apporter à une règle, c'est différer d'avis. Gela coDStitoe une divergence d'appréciation, cela ne peut être élevé à la hauteur d*un dissentiment, et le mot désaccord me parait même trop solennel pour répondre à cette idée.

Regretter que la personne à laquelle on parle ne partage pas votre avis, ce n*est pas la blâmer.

Je repousse donc (aujourd'hui comme le 17 mars 1879) toute idée de blâme. J'explique mon affirmation du 11 novembre, consistant à nier le désaccord; je ne nie pas une divergence d*app^ ciation. L'approbation accordée aux évêques leH novembre rfcs^ pas exclusive du regret exprimé le 5 octobre, mais chacune 4^ ces dépêches se ressent des circonstances dans lesquelles el^^^ été écrite et, par suite, chacune d'elles peut avoir une nuance ^

trop.

Quand a été écrite la dépêche du 5 octobre, j'étais saisi ^ certain nombre de réclamations, j'étais saisi de l'affaire de Féc^ Gilmet, de Tournai, depuis la fin de juillet. Je venais de recer^ le recours de Tinstitutrice de Visé, j'étais saisi des observatic^ d'un certain nombre de catholiques belges, de différentes locali# et conditions; c'est sous l'empire de ces faits que j'ai écrit t5

'eiire du 5 octobre. Si j'avais à écrire encore, je ne me servi- ■^'s peut-être plus du mot regret, bien qu'il n'implique pas blâme.

La dépêche du il novembre est avant tout une protestation ^Dtre ces journaux libéraux d'après lesquels le pape était méconent des évéques, les désapprouvait et gémissait de leurs extraval^ces. Déplus, dans l'intervalle des deux dépêches, j'avais reçu la "éponse des évêqmes de Belgique à ma lettre du 3 octobre, lis n'ont exposé les raisons pour lesquelles l'exception "par école ne [K)uvail être substituée aux exceptions individuelles. Je n'ai pas cru devoir insister, ces choses-là se jugeant mieux sur les lieux. Mais j'ajoute que je continue, dans Tordre des exceptions individuelles, à prêcher la modération, à recommander l'indulgence, et j'espère que ce sera avec succès.

Si le saint-père avait tenu ce langage, tout s'expliquait, toute contradiction, même apparente, disparaissait.

Ce qui ne s'explique pas, c'est l'inaction de l'honorable M. Frère après le retrait de la dépêche du 11 novembre, sa lettre si anodine du 15, le remerciements adressés au pape le 18, Thommage rendu le 3 mars à sa loyauté; tout cela est inexplicable, s'il croyait trouver dans la dépêche du 11 novembre un acte ou une tentative de duplicité.

M. Frère ne le croyait pas alors ; je ne veux pas admettre qu'il espérait, en enguirlandant le pape, obtenir de lui qu'il ne protestât pas contre les commentaires abusifs. Non, l'honorable membre était alors dans la vérité ; il a dit ce qu'il pensait ; ses hommages étaient sincères, et j'ajoute qu'ils étaient mérités.

Ce qui est immérité, ce sont les avanies qui ont suivi.

Arrivons en 1880. Une nouvelle période s'ouvre ; la discussion de novembre 1879 est terminée ; les divers avertissements venus de Rome sont des faits accomplis ; les différentes protestations qu'ont provoquées en Belgique les commentaires de M. Frère

sont des laits accomplis également. L'attitude du saint-siége d^k^ q^ change pas; il n insiste plus sur l'exception par école; il s*efforce^^^;>e, par des conseils de modération, d'étendre les exceptions inHi m- g^j viduelles. L*objet spécial de ses efforts change, l'objet généra^^-sal reste le même.

Mais, si le pape ne recule pas, M. Frère avance toujours, ius^s^ msqu'au 17 mars 1879, il s'est contenté de l'abstention du saior.fl=Btpëre; du 17 mars 1879 au 7 avril 1880, il se contente de so^iJ^o intervention par voie de conseils; à partir du 7 avril, celai*^^^ suffit plus ; il lui faut des résultats.

11 écrit à cette date : <c Ce serait peu que le pape accentuât soi dissentiment au sujet de la conduite du clergé, s'il ne prenait même temps la résolution positive de se faire obéi9\..

« Le blâme le plus sévère que pourrait formuler le saint-père à l'adresse des évéques serait sans valeur aux yeux du pays s'il n'était suivi d'un changement réel, d'un apaisement sensible dans la conduite du clergé. »

Le 12 avril, il insiste sur la même idée : « J'ai montré l'urgence d'une intervention efficace du saint-siége. »

Le saint-siége ne s'y refuse pas ; sa dignité l'empêche de promettre le succès.

Le 3 mai il indique le possible : « Le concoi^rs du Saint-Siège ne saurait aller jusqu'à faire croire licite la coopération formelle à des établissements d'instruction que, pour des motifs si graves, il a si souvent jugés dignes de condamnation », mais « il désire que, dans la pratique, il soit possible d*user, sur une plus large échelle, d'une plus grande indulgence. »

Voilà ce que vous écrit le pape le 3 mai : Je continuerai mon œuvre modératrice, il ne dépendra pas de moi qu'on n'use sur une échelle plus large d'une plus grande indulgence.

Les évéques se conforment au désir du saint-père. Le 14 mai ils se réunissent à Malines et décident de modifier leurs instruc-

)Ds pratiques. Ce chaDgement, dit ThonorableM. Frère, est signifiant, il est dérisoire.

Messieurs, je ne veux pas établir un parallèle complet entre les emières instructions et les dernières, énumérer toutes les dif* ences de détail; je me contenterai de citer un point qui me ppe principalement et qui vous fera apprécier si ce changemt est insignifiant, dérisoire.

Précédemment, pour refuser publiquement la communion à ux qui, au point de vue libéral, se seraient distingués dans lé nflit scolaire, le prêtre ne devait pas en référer à son évéque, pouvait prendre cette mesure sous sa responsabilité à lui ; mais, mr donner Tabsolulion au pénitent qui se trouvait dans un des s douteux, il devait toujours en référer à Tévéque. Les situations sont interverties dans les instructions nouvelles rëtées le 14 mai. C*est pour refuser publiquement la communion l'il faudra en référer à Tévéque; pour donner Tabsolution dans s cas douteux, le prêtre ne devra plus en référer. Au point de le de Tabsoluiion, point capital, liberté du confesseur. Voilà la vérité.

L'honorable ministre dit encore : Mais j'ignorais ces instrucns au moment où j'ai rompu définitivement avec Rome. Lorsque i écrit ma dépêche définitive du â8 juin, au nonce, je ne conissais pas ces instructions. J'attends qu'on m'apporte la preuve. M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Pardon, n'ai pas dit cela.

M. Jacobs. — C'est au moins ce que j'ai compris. M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J'ai dit contraire comment et dans les derniers jours du mois de juin, me souvenais d'avoir vu dans un journal les instructions bliées, que je ne les avais connues qu'ainsi. M. Jacobs. —Nous sommes donc d'accord sur ce point. (fltr^«.) Mais j'observe que lorsque hier l'honorable M. Malou vous

disait qu il y avait une inexactitude dans votre affirmation, c*est que rhonorable membre avait compris comme moi et comme tous nos amis, que vous prétendiez qu'au moment de la rupture définitive, vous ne connaissiez pas les instructions pratiques.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J'ai dit le contraire.

M. Jacobs. — C'est une défectuosité sans doute de notre intelligence, que tous nous ayons mal compris !

Ce n*est pas un journal libéral, mais le Journal de Bruxelles du 24 juin, paraissant le 23 dans la soirée, qui a eu la primeur des instructions du cardinal-archevêque de Halines.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ainsi que Ylndépetidance.

M. Jacobs — Ulîidépendance a des éditions très nombreuses, et il suffit qu*on journal du soir publie un document, pour qu'il figure dans Y Indépendance une heure après.

M. B^re-OrhBJïj Ministre des Affaires étrangères. — Ce n'est pas le cas ; j*ai vérifié le fait.

M. Jacobs. — Mettons sur la même ligne le Journal de Bruxelles et Y Indépendance ; le fait est ainsi doublement constaté.

Ces deux journaux donc, à la date du 23 juin, dans la soirée, ont publié les nouvelles instructions.

A ce moment-là rien n'était définitif, le nonce remplissait encore ses fonctions.

Ce n'est que le 28 que la rupture a été consommée ; on a donc rompu, connaissant les instructions nouvelles.

L'argumentation de l'honorable M. Frère d'hier nous semblait être celle-ci : Je vous oppose une double argument; je vous dis, d'une part, que je ne les ai pas connues à temps, et je vous dis ensuite que, les eusse- je connues, cela n'aurait pas modifié mt résolution.

Eh bien, je vous démontre que vous les avez connues à temps

■ pour ne pas écrire votre dépêche du 28 juin; vous les avez conr ^ttes quatre jours auparavant.

L'honorable H. Janson se convaincra ainsi que j'avais raison ^6 lui dire qu*il brouillait les dates lorsqu'il prétendait que Tatlitude du saint-père avait changé après le renvoi du nonce. Les instructions nouvelles ont été arrêtées à la date du 14 mai, ^^ elles sont tombées dans le domaine public à la date du 23 juin. . Janson. — La rupture était consommée alors ! Jacobs. — Non. Le saint-siége a demandé à M. Frère de suspendre sa résolution définitive jusqu'à ce qu'il pût recevoir et apprécier la réponse à sa dépêche du 18 mai; M. Frère vous a déclaré qu'il y avait consenti ; ce n'est que le 28 juin qu'il a fait connaître la résolution définitive que lui dictait cette réponse; il ^ Cicnc suspendu jusque-là la rupture définitive des relations avec *^ 3aiQt-siége.

Sff. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — J ai dit Précisément le contraire ; pour donner le moyen de me remettre ^flSciellement la réponse annoncée.

Janson. — La rupture était donc annoncée. Jacobs. — Annoncée, non consommée. Tant qu'on ne la ^^t.ifiait pas au nonce, tant qu'on conservait des rapports avec ^ ^ Dabassadeur du saint-siége, c'est que la rupture n'était pas ^^fînitive, c'est que tout espoir de l'éviter n'était pas évanoui.

Hft. Bara, Ministre de la justice. — L'évoque de Tournai avait Pvifclié les mêmes instructions le 25 février; par conséquent, ces ^^^tructions modificatives étaient parfaitement connues dès le ^ois de février. Ce sont les mêmes.

M. Jacobs. — L'honorable ministre se trompe; s'il a reçu

^^s instructions de son évêque en février, il les a mal lues, car

i Vévêque de Tournai a publié, comme ses collègues, de nouvelles

■ instructions à la suite de la réunion tenue par l'épiscopat, à Wk Malines, le 14 mai.

M. Baxa, Ministre de la justice. — Vous verrez.

M. Jacobs. — Je verrai ce que vous voudrez me montrer, mais vous ne ferez pas que Tévëque de Tournai n*ait pas publié des instructions nouvelles à la suite de la réunion du 14 mai.

J*en puis même dire la date exacte ; il leur a donné la date du 7 juin, ne voulant pas qu elles parussent avant ni après les élections.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Ni trop tôt, ni trop tard.

M. Jacobs, — Ni trop tôt, ni trop tard, comme Ton dit, de façon à ne paraître ni dictées par le résultat du scrutin, ni destinées à Tinfluencer.

Il est acquis qu'on a choisi pour consommer la rupture avec le Vatican le moment où Ion avait obtenu à peu près tout ce qu'on pouvait raisonnablement espérer.

C'est après avoir obtenu ce résultat, insuffisant dites-vous, mais incontestable, c*est ce moment qu*on choisit pour rompre et pour payer d'injures ce dernier bon procédé du saint^^siége !

M. Frère avait réfuté d'avance ces injures : « Ruse, ahifice, dissimulation, duplicité. Pourquoi ? disait-il le 3 mars dernier. Si Ton nous disait : Voilà ce qui vous a été demandé ; voilà ce que vous avez abandonné; voilà ce qui vous a été arraché... k l'aide des ruses et de la duplicité que nous signalons» je le comprendrais. On ne nous a rien demandé et nous n'avons absolumeal rien donné; il faut renoncer à de telles préventions; elles sont injustes. »

Oui, elles sont injustes; ce qui caractérise rechange de vues, c'est qu'il n'est pas un échange de concessions ; tout a été donné d'un côté, rien de l'autre, ça été une sorte de contrat unilatéral.

L'honorable M. Frère le résume ainsi : « J'ai beaucoup obtenu, je l'avoue ; je n'ai rien donné, je m'en vante. » fit celui qui i

tout obtenu vient dire à celui qui n a rien reçu en échange : Je suis votre dupe !

Le saint-siége y a cependant gagné quelque chose : il tenait à dé(Dontrer que son concours moral pouvait être véritablement efficace et utile aux puissances temporelles; une fois de plus, la preuve en est faite.

En voyant le gouvernement belge réclamer du saint-siége chaque jour davantage, il n*est personne qui ne dût se dire : La rupture des relations diplomatiques est inévitable. Ce n'était plus qu'une question de temps. On pouvait se demander si le cabinet aurait attendu que tous les résultats pratiques qu*il croyait pouvoir en recueillir eussent été obtenus; ou bien si quelque calcul politique aurait hâté la rupture. Seuls le quand et le comment faisaient question.

C'est bien un calcul politique, mais un faux calcul politique qui a précipité les événements. Le cabinet s'attendait à triompher sur toute la ligne aux élections de juin. Trois lois électorales successives avaient mis dans le jeu de ses amis tous les atouts qu ils avaient souhaités. En échange, il lui devaient la victoire ; ils la lui promirent éclatante. L'énorme majorité libérale qui allait sortir du scrutin devait fortifier la fraction avancée du parti ; la suppression de la légation auprès du saint-siége en était la conséquence.

Ainsi que l'a dit l'honorable M. Woeste, Tamour-propre de l'honorable M. Frère se révolta à l'idée de se voir imposer cette suppression ; plutôt que de la subir, il en prit l'initiative. Le 5 juin, il donne à M. le baron d'Anethan l'ordre de quitter Rome. Une réponse à sa dépêche du 18 mai est annoncée; il ne l'attend pas, il ne prévient pas même qu il lui fait cette réponse pour le 5 juin ; sans attendre, sans prévenir, il écrit sa lettre le 5 de Cacon qu'elle arrive à Rome le 8, le jour même du scrutin.

Voici les motifs par lesquels le cabinet explique cette brusque résolution :

c( Il ne peut tarder davantage à agir s*il ne veut s'exposer à être accusé d'avoir subordonné ses résolutions aux résultats des scrutins qui se préparent.

« 11 se doit à lui-même, aux nécessités de sa politique aussi bien que de la dignité nationale de tirer maintenant et en Me liberté la conclusion de cette longue négociation. »

Plus il y avait de raisons d'en finir à ce moment, plusilya d'excuses à n'en avoir pas prévenu le saint-siége.

Mais n'eût-il pas été plus correct de demander que la réponse du cardinal Nina parvint à Bruxelles quelques jours avant le 8 juin, de façon que, avant les élections, on sût à quoi s'en tenir sur la résolution finale du gouvernement ?

On a voulu agir en toute liberté ; a-t-on bien agi en toute responsabilité ?

La dépêche du 5 juin contient l'aveu des illusions électorales du cabinet. En eiïet, si le gouvernement était battu, la dépêche du 5 juin devenait ridicule. Elle serait arrivée à Rome dans la soirée du 8 juin, en même temps qu'un télégramme annonçant la chute du ministère.

Supposons le statu quo maintenu ou à peu près ; une résolution le 5 juin devenait inutile. Le ministère restait aussi libre après qu'avant l'élection.

11 n'y a qu'une hypothèse ou sa liberté n'existait plus, c'est celle d'un grand succès électoral, celle de la victoire promise et attendue à Anvers, à Bruges, ailleurs encore. On a escompté ces succès électoraux. Je ne vais pas jusqu'à prétendre que ce rêve de Perrette nous coûte la légation, nous l'aurions conservée un peu plus longtemps, le saint-père eût rendu quelques services de plus à la Belgique... {Oh! oh ! à gauche.) Vous ne nierez pas le service rendu, de l'avis de l'honorable Ministre des Affaires

trangères lui-même, en ce qui touche la question confessionelle ? Oui, il en eût. rendu quelques-uns de plus au pays. Mais I légation eût été supprimée tôt ou tard, car c'est faire preuve e trop de duplicité que de donner toujours sans recevoir imais ?

Depuis les violences des circulaires et des discours de juillet et août, M. Frëre-Orban a continué à hive la guerre au saint-siége 3US une autre forme; il nous a prouvé que, s*il a Fart de Tin- Bctive ardente, passionnée, il n*a pas moins Fart de dénigrer 3UX qui roiïusquent, fussent-ils papes, sans avoir Tair d'y meher.

Les cent pages qui servent d'introduction au Livre gris ont jrtout pour but d'amener quelques citations de nature à faire itendre en passant que Léon XIII est un homme sans valeur, our ne pas dire pis.

Pendant plus de trois ans, il a représenté le saint-siége à nixelles, et cette période n'a été qu'une parenthèse vide. Les îèques belges, pendant sa nonciature, auraient élevé des préntions excessives; on ne sait s'il en a été le complice ou le specteur impuissant et passif; les archives de la légation ne font is plus mention de lui que s'il n'existait pas. On comprend que cette démonstration négative n'est pas suffîmte; il faut discréditer davantage le nonce Pecci, et, puisqu'on fouillé en vain la correspondance du département avec notre gation à Rome, il fout chercher ailleurs. Fouillons! fouillons! On trouve enfin un mot écrit de Berlin à la fm de 1847, par . J.-B. Nothomb (l'on ne sait à propos de quoi) oii l'auteur de loi de 1843, après avoir exprimé le regret bien légitime que i a causé le départ du nonce Fornari, qui a contribué à l'adop- }n de la loi de 1843, où M. Nothomb ajoute : « Son successeur 'a surtout fait regretter le non-envoi de Mgr Garibaldi. » La irase n'est pas obligeante; cependant le lecteur qui ne connaît

pas Mgr Garibaldi se demande si c'est faire tort à un jeune nonce de trente- deux ans que de lui préférer cet autre prélat?

Il s*agit donc de lui apprendre que Mgr Garibaldi n*était pas uii nonce modèle, et Fauteur de Tlntroduction avance, à quelques pages de distance, qu'il n'est guère douteux (on n'en est pas bien sûr, mais on le dira néanmoins) que le gouvernement finançais a cherché à se défaire de Mgr Garibaldi parce qu'il <c ne rencontrait pas en lui les qualités nécessaires pour négocier utilement avec lui ».

Concluez, lecteurs : il nest guère douteux que Mgr Garibaldi fut un nonce médiocre, il s'ensuit que Mgr Pecci était au-dessous du médiocre.

On insinuera, en outre, que les raisons de santé alléguées par Rome pour rappeler Mgr Pecci n'étaient qu'un prétexte et, bro« chant sur le tout, on empruntera deux lignes à M. Alphonse Dechamps, deux lignes où celui-ci, craignant de voir Grégoire XVI n'envoyer en Belgique qu'un internonce, insiste pour qu'il s'y fasse représenter par un nonce et même un homme d*Etat. Cela permet au lecteur de comprendre que, du temps de Mgr Pecci, on avait bien un nonce, mais point un homme d'Etat.

Ces petites misères, ces petits riens n'ont évidemment aucune portée au point de vue de l'historique de la légation belge à Rome, mais comme œuvre de dénigrement, c'est assez réussi. (Très bien! à droite,)

M. Frère eût pu compléter son Introduction historique en y ajoutant l'opinion de Léopold 1*' sur le nonce Pecci. Le premier Roi des Belges se connaissait en hommes. Lorsque Mgr Pecci quitta Bruxelles, le Roi Léopold ne se contenta pas de lui donner le grand cordon de son ordre, chose usuelle, il écrivit à Grégoire XVI pour obtenir que, contrairement aux usages et par une distinction spéciale, l'archevêque de Damiette obtint le chapeau de cardinal (Applaudissements à droite.)

Voilà l'appréciation de Léopold ^% et si vous voulez me per-

mettre de placer à côté d'elle celle d*un de ceux qui, depuis quarante ans que Mgr Pecci réside en Italie, sont les témoins de sa vie, écoutez ce que pense de lui Yltalia, une sorte dTiCho du Parlement italien :

« La noblesse de son caractère, Télévation de son esprit et la droiture qui inspire tous ses actes exclut jusqu'à l'apparence d'une duplicité qui serait aussi odieuse que ridicule. » (Très tien! Applaudiêêementê à droite.)

Voilà, Messieurs, le jugement des hommes impartiaux; ce sera le jugement de l'histoire.

L'histoire, Messieurs, c'est l'ajournement à demain, car le temps marche vite, surtout dans notre siècle. L'honorable Ministre des Affaires étrangères peut s'en apercevoir moins que d'autres. Il est aujourd'hui premier Ministre, comme il l'était il y a vingt ans. Pour lui, le monde ne change guère; mais qu*il regarde autour de lui, et il verra que de changements s'opèrent en Belgique en dix ans.

Il n'y a guère plus de dix ans, un candidat républicain socialiste échouait piteusement aux élections communales de Bruxelles, il est aujourd'hui le guide de la majorité; l'honorable M. Frère est encore le capitaine du navire, M. Janson en est le pilote. {Rires à droite.)

' Il est le chef de l'avant-garde ; cest lui qui ouvre les portes au travers desquelles passent un peu plus tard le gouvernement et la majorité.

C'est lui qui, le premier, a parlé de la duplicité romaine: on protestait alors; depuis, on a marché à sa suite.

Il est le grand adversaire des Te Deum officiels; il en est à ce point l'adversaire, que c'est là une des raisons qui lui ont fait prendre la monarchie en grippe.

ce A la monarchie, disait-il dans sa profession de foi de 1869, il faut des Te Deum et des revues, des prélres et des soldais. »

M. Janson n*esi ici que depuis trois ans et voilà le gouvernement qui adopte ses idées, qui sacrifie les Te Deum,en attendant qu'il sacrifie les revues.

De tels succès encouragent. Enhardi, M. Janson entreprend d'élaborer un programme des réformes opportunes.

Ce n'est pas son programme définitif. Les réformes dont il préconise l'accomplissement immédiat ne sont, ni les seize articles du programme de M. Goblet de 1877, ni les vingt et un articles adoptés par le parti socialiste brabançon, à la même époque, ni les quatre articles adoptés en janvier 1876 par la ligue des gueux brabançons; ce n'est rien moins qu'un programme définitif; ce sont les acomptes qu'il réclame immédiatement, les réformes opportunes à l'heure actuelle, le minimum de ce que comporte la situation.

1"" Suppression de tout subside aux séminaires et aux séminaristes ; 2^ suppression des exemptions de milice en faveur des séminaristes; 3*" réduction du budget du culte catholique; 4^ modification de la loi sur les fabriques d'église; 5** instruction obligatoire.

L'honorable M. Frère n'a pas jugé à propos de nous dire ce qu'il pensait du programme de son pilote. (Hilarili i droite,)

M. Bouvier. — Le pilote, c'est l'opinion publique.

M. Jacobs. — L'opinion publique, c'est le vent qui enfle les voiles; le pilote, c'est un homme, et M. Janson semble être le chef-né du parti libéral tel que l'entend l'honorable M. Bouvier.

M. Frère ne s'est pas prononcé sur ce programme. Mais d'autres indices sont de nature à encourager M. Janson. Le discours du Trône, document un peu de parade, nous déclare que le gouvernement poursuivra sa ligne de conduite avec autant de fermeté que de modération. Il semble que tous les événements qui se passent en Belgique le laissent impassible. Il a arrêté sa règle

U conduite. II sait où il veut aller. On ne Ten fera pas dévier; ^0 De le fera ni presser, ni ralentir son pas. Il est des membres du cabinet qui n& tiennent pas tout à fait 3 langage. Il y a peu de temps, Thonorable M. Bara disait à }urnai :

a II en coûtera à ceux qui ont abusé de toute manière de notre nne foi et de notre loyauté; autant nous étions disposés à la odescendance, autant en vue des réjouissances nationales du iquantenaire nous étions prêts à désarmer, autant aujourdliui us sommes disposés à la lutte et décidés à la pousser jusqu'au ut. »

M. Bara, Ministre de la Justice. — C'était avant M. Janson. M. Jacobs. — C'était avant M. Janson, oui, mais vous ne ^muliez rien, vous annonciez que vous iriez jusqu'au bout; ureusement qu'on a toujours la ressource de dire : Maintenant suis au bout.

Mous verrons bientôt si M. Bara donnera son concours au pro- *amme de M. Janson.

J'oubliais, Messieurs, un article de ce programme : Si, pour lincre le mauvais vouloir des fonctionnaires, il faut au gouversment des mesures énergiques, demandez-les; vous les aurez. M. Bara, Ministre de la Justice. — M. Dewandre l'avait dit au inat.

M. Jacobs. — M. Dewandre l'avait dit au Sénat. L'honorable . Janson le répète. Voilà donc un article qui ne lui appartient is en propre. L'honorable M. Janson n'a pas la prétention avoir tout inventé. Il détermine quelles sont les mesures oppornes et, parmi ces mesures, il place une loi sur les fonctionnaires. J'avoue que je n'ai pas très bien compris cet article du pro- 'amme.Les fonctionnaires, on les révoque quand ils le méritent; ne faut pas de loi nouvelle pour cela. Ils sont dans les mains i gouvernement.

Ce n*est pas des véritables fonctionnaires qu*on veut parler, ce mot est un masque derrière lequel se cache autre chose. Geax que Ton veut dompter, ce sont les autorités communales et pro* ^ vinciales. 11 ne sufBt pas d*avoir des gouverneurs de combat pour exécuter vos mesures de guerre» il vous faut des bourgmestres de combat, des collèges échevinaux de combat, des conseils communaux, des conseils provinciaux de combat, surtout des bureaux de bienfaisance de combat !

Voilà les catégories de soi-disant fonctionnaires que ron vise, dont on veut avoir raison.

Cet article du programme se résume en deux mots : supprimer de fait les bourgmestres gênants, les collèges échevinaux gênants, les députations permanentes gênantes, les bureaux de bienfaisance indociles, et les remplacer par une institution nouvelle : le commissaire spécial. (Très bien! à droite.)

M. Bara, Ministre de la Justice. — G*est vous qui avez mis au monde le commissaire spécial !

M. Jacobs. — Il fallait hier encore lire la loi communale pour savoir qu il peut exister des commissaires spéciaux, peu de Belges en avaient vu jusque dans ces derniers temps, depuis la nouvelle loi scolaire nous en sommes encombrés, il s*agit de les transformer en institution régulière et permanente. On discute, dans le monde des arts, quel monument il conviendrait d*ériger en souvenir des fêtes du cinquantenaire de Tindépendance nationale. Au lieu d'un monument de pierre ou d*airain, on créera une nouvelle institution : Tadministration par commissaire spécial! Le commissaire spécial deviendra la règle; il se substituera aux bourgmestres, aux échevins, etc.

M. Jottrand. — La révolte n'avait jamais été que l'exception; elle est maintenant la règle !

M. Jacobs. — Je comprends que l'honorable M. Janson préconise cette mesure; il s'est vanté un jour de descendre d'un de

!S ea&nts de Paris qui, il la fin du siècle dernier, ont apporté liberté en Belgique.

M. Janson. — Reproduisez la phrase telle que je Tai prononcée! M. JacobB. — Je la reproduirais volontiers si j*en avais le ixte sous les yeux.

M. Janson. — Ne la tronquez pas !

M. Jacobs. — J*en donne le sens.

M. Janson. — Citez la phrase. (Bruit.) M. Jacobs. — Libre à Thonorable membre de prendre la irole pour rectifier ce que je pourrais dire d*inexact. M. Janson. — Citez la phrase !

M. Jacobs. — Je ne puis me rendre en ce moment à la biblioèque pour y chercher le volume des Annales. {Bruit.) Je suis en *oit de rappeler que telle était la pensée de M. Janson. M. Janson. — Ce n'était pas ma pensée ! M. Jacobs. — M. Janson a rappelé avec orgueil qu'il descend un de ces eniants de Paris qui ont apporté dans notre pays les ées de la Révolution française.

N'est-ce pas la même chose? Les idées de la Révolution franiise n'est-ce pas, d'après vous, la liberté? Je le croyais jusqu'à ésent et je pensais leur faire honneur en leur donnant la liberté imme synonyme.

M. Janson. — Votre intention perfide était de mettre en doute on patriotisme.

M. Jacobs — Nouveau reproche aussi peu fondé que le preier. Ce serait puéril ! Combien donc en est-il parmi nous qui, i remontant à quelques générations, ne trouveraient pas, en ^ne paternelle ou maternelle, un ancêtre étranger à la Belgique? crois l'honorable M. Olin aussi bon Belge qu'un autre, bien le sa naturalisation soit si récente que j'ai contribué moi-même le rendre Belge. Ce n'est pas à cette aune que se mesure le itriotisme.

Je constate que M. Janson suit des traditions dont il s*est luimême honoré, je constate que la Convention nationale administrait aussi par commissaires, et qu'elle a implanté cette institution en Belgique au bout des baïonnettes de Dumouriez.

Voilà Torigine de cette tendance de substituer les agents du gouvernement aux autorités locales. Ce système n*est pas belge; on na pas réussi à Timplanter en Belgique au siècle dernier, il ne réussira pas davantage aujourd'lAii. Plus vous bâterez Térection de ce monument, plus vous hâterez votre chute.

L*honorable M. Frère terminait son discours dliier par de hauts aperçus historiques et par une prophétie. « Ce que je sais, disait-il, c*est que jusqu*à ce jour l'Eglise n'a jamais récupéré ce qu'elle avait perdu. Les schismes lui ont fait perdre des milliers de fidèles. »

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — Des millions.

M. Jacobs. — Je suis le Compte rendu analytique, les Annùi n'ayant point paru. Mettons des millions. « Les schismes lui ont fait perdre des millions de fidèles. Elle ne les a pas regagnés. La réforme du xvi* siècle lui a enlevé des peuples qui n'ont plus, depuis, reconnu son autorité. » Voilà l'histoire; la prophétie, c'est que l'Eglise, pour voir changer ces faits, qui seraient aussi anciens qu'elle, attend des miracles qui, d'après l'honorable Ministre, ne s'accompliront pas.

Je me plais à croire que l'honorable M. Frère n'est pas meilleur prophète qu'historien.

L'Eglise n'a jamais reconquis ce qu'elle a perdu ! Autant vaudrait dire que le flot de la mer, lorsqu'il se retire, ne recouvrira plus jamais le sol qu'il laisse à découvert.

L'histoire de l'Eglise est une suite de vicissitudes perpétuelles; elle regagne le lendemain ce qu'elle a perdu la veille, elle regagne

i*ua côté ce qu'elle a perdu de Tauire. Je ne conçois pas qu'on Dse le contester en Belgique.

Je n'ai pas la prétention de faire des revues historiques universelles. Ne sortons pas de notre pays, reportons-nous au xvi* siècle. Avez-vous donc oublié qu*à celte époque plus de la moitié de la Belgique a été protestante?

Voix A GAUCHE : G'cst pour cela qu'on a brûlé tant de schismaliques.

M. JacobB. — L'Eglise a reconquis ce qu'elle avait perdu ; la tlëse de Thonorable M. Frère est contredite par notre propre histoire.

M. Goblet d*Alviella. — C'est ainsi qu'elle espère reconquérir son ancienne autorité.

M. Jacobs. — Je vous prie de ne pas faire de discours pour moi» je m'en charge; que chacun garde ses idées pour lui.

Le XVI'' siècle, Messieurs, a eu, comme le nôtre, son année terrible, het wonderjaar, l'année 1566. Je connais un peu l'histoire d'Anvers; je sais qu'en i566 les iconoclastes ont ravagé toutes les églises d'Anvers, que la cathédrale fut dévastée, pillée ; les gueux se sont livrés à ces dévastations aux cris de : « Plutôt Turc que papiste » ; mais les QIs de ces gueux sont redevenus d'excellents catholiques. (Applatulissements à droite.)

M. Bouvier. — Grâce aux bûchers de l'Inquisition. {Protesta" tions à droite.)

M. Jacobs. — Jugeons chaque siècle au point de vue de ses mœurs et de ses institutions propres. {Rires à gauche.) L'intolérance n'était pas le monopole des catholiques. En 1581, le magistrat d'Anvers défendit l'exercice du culte catholique dans la ville d'Anvers et dans sa banlieue. Ce n'était pas l'inquisition. Le catholicisme semblait perdu; quelques années après, le culte catholique reparaissait à Anvers et y reconquérait son prestige.

M. Jottrand. — Grâce aux Espagnols.

M. Jaoobs. — Remontons plus haut encore. Au xii* siècle, nous voyons une hérésie conquérir Anvers, la Flandre el une partie de la Hollande, Thérésie de Tanchelin.

Anvers semblait perdue pour le catholicisme, Tœuvre de ttint Eloi, de saint Amand et de saint Willebrord semblait aoéantie; saint Norbert apparut et tout fut réparé. Il ne faut pas élre biea savant pour savoir cela. Dans mon enfance, il m*est arrivé plus d'une fois, m'arrêtant devant le portrait de saint Norbert, pir Abraham Van Diepenbeek, qui orne la cathédrale d'Anvers, d'y déchiffrer une inscription latine qui n*est pas de Cicéron, mais qui avait lavantage de m'apprendre à la fois un peu de latin et un peu d'histoire. Permettez-moi de vous la citer ;

Quod Amandus inchoarat, quod Elegios plantant Willebrordus irrigarat, Tanchelinus devastarat Norbertos restituit.

11 suffisait d'avoir lu ces quelques lignes pour savoir que les théories historiques de M. Frère sont de véritables illusions historiques.

M. Bouvier. — Vous avez besoin de beaucoup de sainl Norbert.

M. Jacobs. — Si fausse que soit la donnée historique sur laquelle M. Frère a brodé sa péroraison d*hier, je la préfère de beaucoup aux paroles par lesquelles il terminait sa petite catilinaire du 6 août dernier : « Des étrangers, s'écriait-il alors, sont en opposition avec votre gouvernement, c'est pour les étrangers que vous vous prononcez. »

On ne reproduit plus largument ici, mais il traîne toujours dans la presse libérale J en dirai deux mots. Il faudrait donc que la droite se tût (car vous ne prétendez pas qu'elle vous loue); il faudrait qu'elle laissât parler la gauche seule : moyen commode d'avoir raison.

Prendre parti pour l'étranger! Ce peut être uneçbosQ trèsblâ-

mable quand Tétranger est une puissance disposant d*armées ou de flottes capables de nuire à la Belgique.

11 est des moments périlleux dans la vie des peuples où, même si rétranger a raisonne patriotisme commande de ne pas le dire. Mais quel rapport y a-t-il entre ce devoir et les démêlés du cabinet avec le saint-siége? Craigniez- vous donc tant les canons de l'Eglise? {Rires à droite.)

Un argument qui condamne l'opposition au silence peut avoir de rares mérites aux yeux du gouvernement. M. Faider s'en servait déjà en 1854, lorsqu'il se défendait contre les critiques de M. Verhaegen relatives à l'expulsion du colonel Charras. Nous aurions pu l'opposer, en 1871, à MM.Defuisseaux et Demeur qui blâmaient l'expulsion de Victor Hugo. Nous ne l'avons pas fait, parce que l'argument ne vaut rien.

Lorsqu'un étranger, qui n'a ni sujets, ni soldats, qui ne peut être un danger pour le pays, se trouve en conflit avec ceux qui momentanément le gouvernent, l'opposition a le droit d'exprimer librement son opinion sans que personne puisse lui en faire un reproche. Vous parlez d'étrangers ! Le saint<-père un étranger ! et MM. les Ministres de membres de notre famille! M. Frère est notre fi*ère et le Saint-Père n'est plus notre père! Trêve d'ironie !

Il fut un temps, Messieurs, où Ton se disait Bruxellois, Anversois, Gantois; puis on fut: Brabançons, Limbourgeois,. Luxembourgeois; plus tard encore : Français, Belges, Allemands.

En dehors de ces liens qui dérivent de la naissance sur un même sol, il en est d'autres qui ont leurs racines dans le cœur ou dans la raison, dans les convictions ou dans les affections, les liens de famille et le lien religieux ; chacun de ces liens impose des devoirs ; il faut savoir les remplir tous; mais cette qua- Uté de Belge, à laquelle je tiens du fond de l'âme, je l'estimerais peu si elle devait interdire à des flis de défendre l'honneur de leur père. {Appl(^udiitement8 à droite.)

Des membres : A demain!

Bara, Ministre de la Justice. — J*ai demandé la parole pour relever une parole de M. Jacobs. lai interrompu Thonorable membre pour lui dire que les modifications apportées aux instruo tions générales du 1" septembre 1879 étaient connues dès le mois de février 1880 et que Mgr Du Rousseaux, administrateur du diocèse de Tournai, en avait communiqué la substance à celte date à son clergé. M. Jacobs a répondu que je me trompais, que les instructions de Mgr Du Rousseaux étaient du 7 juin 1880. Je tiens à prouver que c'est l'honorable membre qui est dans Terreur, et j'apporte k la Chambre la pièce à laquelle j'ai fait allusion et qui est bien de février 1880.

Je crois qu'il n'est pas inutile de la lire, elle sera ainsi aux Annales parlementaires.

Ces modifications ne pouvaient faire aucune impression; car, au fond, elles ne modifiaient rien. A la condamnation des écoles en masse, on substituait, non pas la condamnation de certaines écoles pour des faits reconnus et incontestables d'hostilité à la religion, mais l'arbitraire des confesseurs, et on sait de quel esprit ils étaient animés. L'absolution devenait, au gré des prêtres une sorte d'instrument dont on usait, selon les cas, pour peupler les écoles cléricales et faire déserter les écoles communales. Vous, comprenez, Messieurs, que le gouvernement n'a attaché que très peu d'importance à des concessions qui, au fond, n'en étaient pas. Voici, Messieurs, la circulaire de Mgr Du Rousseaux au clergé du diocèse de Tournai :

A tout le clergé du diocèse de Tournai,

Révérés et aimés dans le Seigneur- Jésus-Chrisl.

I. — La plupart des curés paroissiaux ont émis le vœu de se voir autoriser à retenir cette année les receltes de la confrérie de Saint-François de Sales et à l'appliquer aux besoins par-

Luiierso clero diœcesis TornacemS'

Reverendi et dilecti in Cbrislo Domini,

I. — Plerique parochi volum emis^ runl ul sibi licerel proventum sodalilii S Francisci Salesii hoc anno relincre ac propriis parochia? necessiialibus impendere. iluic veto libenter subscri-

[ailiers de la paroisse. Nous souscrits volontiers à ce vœu pour les paisses où déjà des écoles catholiques «I érigées ou doivetti être érigées bienr.Cependantlanonienclatureannuelle ss recettes sera dressée suivant la lutume pour être transmise par Tinrmédiaire des doyens, avec renseilement de la somme des recettes et >s raisons pour lesquelles il y a lieu e les appliquer à Tusage de la palisse.

11. — Que les curés paroissiaux icbent qu*ils manqueraient gravement 1 devoir de leur charge s'ils ne traaillaient, avec tout le soin dont ils )nt capables, à Térection d'une école itholique dans leur- paroisse respecve.

En effet, ce que, par devoir de piété, !S parents sont tenus de faire, sous eine grave, les pasteurs des âmes }nt tenus assurément en justice de le lire aussi.

Pour que Tentrcprise de Térection l de Tentretien de Técole catholique a paroissiale réussisse, il faut au curé aroissial, avec la bénédiction divine

obtenir par ses prières, des efforts l an travail incessants. (Instructions ratiques de Tépiscopat belge du «^ septembre 1879.)

in. — Le très illustre et très révésnd évéque de Gand a mandé ce qui lit à son clergé, le 19 janvier :

« Déj^ est commencée la préparaon prochaine des enfants à la prelière communion. Ayez, cette année, articulièrement à cœur cette partie e votre ministère, puisque le bonheur e touto la vie dépend souvent de la remière communion. Admettez tous ïs enfants, déjà inscrits en temps tile, à cette instruction pratique quodienne, même si, pour un motif quelonque, ils fréquentent Técole du gouemement ; recevez à la sainte table, vec les autres premiers communiants, eux qui seront suffisamment instruites t préparés selon les rites. »

De même le très illustre et très réérend évêque de Bruges a mandé, le 8 janvier : u U n y a aucune distinc-

bimus pro parochiis ubi jam xclwlœ catholicœ erectœ sunt vel mox erigendœ.

Annuus tamen elenchus proventuum pro more conflcietur per Decanos transmittendus, assignais tum proventuum summa, tum rationibus ob quas ad usum parochiae applicanda venit.

11. — Scient parochi sese officio graviter defuturos, nisi omni qua possunt cura adlaborent, ad scholam catholicam in sua quaque parœcia erigendam.

Quod enim ex officio pietatis sub gravi pœna tenentur pra'stare parentes, idem profecto ex justilia tenentur prxstare animarum pastores.

Ut negotium catholica; seu purœcialis scholx erigendie et sustentandx féliciter procédât, benedlctlone divina precibus obtinenda, curaque et impigro labore parocho opus est. (Ex Instrurtionibus practicis Episcopalus Belgii, die 1 septembris 1879 datis.)

m. — m™"» ac U"'"* Episcopus Gandavensls ïnec clero suo mandavit, die 29 januarii :

<( Incepta jam est proxima parvulorum prirparatio ad primam communionem. Hoc anno, maxime <'ordl habete hanc parlem ministerii nostri, quum félicitas totîus vit;c s.Tpe <lependeat a prima communione. Omnes parvulos, jam tempore congruo adscriptos, admiltile ad illam quotidianam instruclionem practicam ; etiamsi ob qualemcumque causam scholam Gubernii fréquentent, illos qui sufficienler instrucli et rite pra'parati fuerint, cum aliis neocommunicantibus ad sacram mensem excipite. »

Item III'""» ac H""'» Episcopus Brugensis, die 28 januarii, mandavit :

(( Nulla est admittenda distiiictlo inter

neocommanicantes , ratione sdiols quam frequenUDl. Sed, eo quo lolet modo, prœparanda est et celéraà ubUiue prima communîo. »

tiOQ ik (aire entre premiers communiants, à raison de i'érx>le qu*ils fréquentent, liais la premi«^.re communion doit être préparée et célébrée partout de la manière habituelle. »

Ecoutez, Messieurs :

Nous voulons que cette règle soit suivie par le clergé du dioc^^ d^ Tournai.

IV. — Celui qui est indigne d'absolution est certainement aussi indigne de communion. Cependant la sainte communion ne peut être refusée à celui qui la demande publiquement, à moins que le r<^clamant ne soit publiquement indigne. Quant à savoir quels sont ceux qu'il faut tenir pour publiquement indignes en dehors de ceux qui se trouvent expressément mentionnés dans le Rituel romain, c'est, disent les auteurs, ce qu il faut examiner, au point de vue moral, non seulement d'après le nombre des personnes qui ont commis le péché, mais d'après la nature du délit, d'après toutes les circonstances concomitantes de lieu, de temps, etc. comp. s. Lig., nn. 44-46.

ùeus innov. de l* Eucharistie, n^ 41.

C'est-h-dire qu'on ne doit pas tenir compte des règles jéaérales. Les circonstances de temps et de lieu dont parlait l'honorable M. Frère vont élre admises.

Quando communio deneganda est.

parochus.si aliquis fhictus ex prsefloniiione sperari poss!t,benipe rnooeti peccatorem, ad vitanda scandala ^ difficultates, ut ad S. coromunioDen non accédât.

Hanc regulam servari volDonis i clero dioecesis Tornacensis.

IV. — Qui absolntioné indigns existit, communione certe est eUu indignus. Attamen non potest deoe j gari S. communio publice petenti,Biri petens sit publice indignas. QoiDiB autem habendi sint publiée IndigBi prseier eos qui expresse receiueillBr in Rituati Romano , hoc nonlHff expendere oportet,aiunt auctores,MB tantum ex numéro personanuD qof pec^atum noverunt, sed ex (foilititt deUcti,ex omnibus adjunctis locl,teiporis, etc., ef. s. Lig. nn. 44-46.^ innov. de Eucharistia, n^ 41.

Lorsque la communion doit (Mre refusée, le curé de la paroisse, s'il peut iMre espéré d'un avis préalable quelque résultat, doit prévenir avec bienveillance le pécheur, afin d'éviter (les scandales et des diflicultés,de ne pas se présenter à la sainte communion.

V. — Il est h remarquer que l'absolution ne doit |)as être indistinctement refusée à tous les merabn^s du conseil appelé : « Comité scolaire », mais spulemonl h ceux qui s'acquittent de leur mandai d'une manière active et se font ainsi les fauteurs de la mauvaise loi.

V. — Advertendum est non omniiws membrîs consilii nuncupati e Co0 scolaire » indiscriminatim es5eden^ gandam absolutionem, sed ils tanioiB qui active suum exsequuntur tnaDdatum sicque flunt malae legis footores-

Vous 1 entendez, messieurs, les membres des comités scolaires

De sont pas tous excommunies; ceux qui montrent quelque faiblesse dans Taccomplissement de leur mandat peuvent obtenir l'absolution ; celle-ci ne doit être refusée qu*à ceux qui s'acquittent fidèlement de leur devoir. {Rircê à gauche,)

M. Bouvier. — Il est avec le ciel des accommodements. [Rires à gauche.)

M. Bara, Ministre de la Justice. — Ce n*est pas tout. Ecoutez :

VI. — Qui aulem in morlis pcriculo versantuf majori misericordia sont trarlandi, juxta hanc regulam : In extremis extrema tentatida, Maxima pariter opus esi prudeiuia ne incaute cum periailo salutis anima* bona fides turbf tur. Itaque, in rasu, stante dubio fundato utrum profutura sil interrogatio de aliqua pariiculari obligatione, consultum eril eam pra^termittere, et curare ut ;egrotus paratus sit m génère obedire Ecclesiae prxceptis.

VI. — Ceux qui se trouvent en pMl le mort doivent être traités avec plus le miséricorde d'après celte règle :

fkms les cas extrêmes, les choses exirèi<9 doivent ^re essayées. De même il 'aôt nser de la plus grande prudence ifin d'éviter de troubler imprudemnent la bonne foi de Tâme au péril du lalnt. Ainsi, dans le cas où un doute bndé existerait sur le point de savoir ('U est utile de poser une question sur raccomplissement de quelque obligalioa de nature spéciale, il sera sage de De pas insister et de donner ses soins i ce que le malade se déclare prêt en y^fl^oi à obéir aux préceptesdeFligUse.

Tapprouve hautement Tévéque de Tournai davoir ordonné la pratique de ces principes. Il me rappelle, jusqu à un certain point, 3et ecclésiastique dont parlait un jour M. Jacobs.

Il y a, disait Tbonorable membre, des prêtres de différents caractères, les uns sont plus exigeants que les autres, mais on en trouve toujours un qui a la manche plus large. (Hilarité.)

Ainsi, Messieurs, vous comprenez le sens des recommandations de révêque de Tournai : si Ton prévoit qu'un pénitent répondra mal à une question, il ne faut pas la poser. II faut simplement lui demander : Etes-vous prêt à obéir en général à IlSglise?

vif. — Le temps pascal étant déjà proche, Il nous paraît opportun de donner les suivantes sur la confession :

f * Le ec^nfèsseor fait office de Juge.

Vil. — Instante jam teropore pascbali, opportunum nobis videtur sequentia de confessione monere :

I* Confessarius Judicis officie fun-

n en réaiilte qu^avant de porter son fitur. Unde antequam Judicinm ferai,

jugement il est teuu d'examiner la cause et de tenir compte et de peser avec sagesse et prudence toutes les circonstances :

« Qu'il apprécie avec soin, dit le Hit. Hom., quand et à qui Tabsolution doit i>tre accordée ou refusée ou différée. »

lenelur causam perpendere, sapieoler prudenterque omnes circamstaotjas perscrutari et ponderare : < Yideai diligenter , ait RU. Rom., quando et quibus conferenda vel dénuda vd differenda sit absolulio. »

Est-ce clair?

Et, dès le mois de février, Tévéque de Tournai qui avait été nommé par Léon XIII, qui connaissait son sentiment, et qui voulait faire quelque chose contre la proscription en masse des écoles publiques, M. Du Rousseau dit : Vous examinerez les circonstances dans chaque cas particulier.

Etant donné la situation, ce conseil ne pouvait produire et ne produisit aucun efl'et. Ou continue à excommunier.

Le confesseur ne peut donc à priori se tracer une règle applicable indistinctement, sans tenir compte des circonstances, à tous les pénitents qui ne suivent pas tel ou tel précepte. C'est ce qu'il faut observer avec un soin spécial lorsqu'il s'agit d'appliquer à <les cas particuliers les instructions pratiques de l'épiscopat concernant les écoles publiques.

Les évèques dans ces instruclions indiquent la voie droite et qui doit être suivie, mais il importe de méditer et de comprendre ces règles en en faisant une étude attentive et de les interpréter au moyen de la science théologique, et, de plus, de divStinguer par un jugement prudent l'un cas de l'autre, atin d'en faire une application sagement réfléchie. En agissant ainsi on évitera de détourner ces règles du sens des termes employés et des instructions des évêques par défaut et excès, au très grand préjudice des âmes. Ainsi, par exemple, il y aurait excès de la part du confesseur qui refuserait l'absolution indistinctement ^ tous les parents, uniquement par la raison qu'ils envoient leurs enfants aux écoles du gouvernement, sans exami- 1

Non potest igitur confessarius a priori sibi regulam statuere indiscriminatim applicaiidam, nulla habita ratione circumstantiarum omnibos pœniientibus qui hoc vel illud prae^ ceplum non servant. Quod spedali cura est attendendum, ubi ad Casas particulares applicanda' sunt instroctiones practic^e ab Episcopis dat£ de scholis publicis.

Episcopi in hisce litteris rectan tenendamque viam tradunt, sed oportet illas régulas diligenti studio meditari atque intelligere,et juxlascientiiin theologicam interpretari, ac prsterea, ut sapienti discussione applicentor, c^sum a casu, prudenti judicio discernere. Qua agendi ratione cautum erit ne isla» reguhe a sensu verborum et a mente Episcoporum detorqueantur per defectum et excessum, idque cqid maxlmo animarum detrimento. Sic, v.g. , esset excessus, si quis confessarios absolutionem negaret omnibus indiscriminatim parentibus ex eo soluin quod pueros suos ad scholas Gttbemii mittant, non examinando utrum mi necne contumaces, citrum adimpleanU necne conditiones in litteris positasad id licite faciendum. Non potest confes-

ner s*ils sont oa non r<^ealcilrants, s'ils remplissent ou non les conditions indiquées par les instructions pour pouvoir le faire d*une manière licite. Le confesseur ne peut, dit saint Thomas, lier et délier arbitrairement, mais seulement selon les préceptes du Seigneur.

2* Le confesseur est un père, c'est-àdire qu'il doit par affection paternelle recevoir avec bonté et miséricorde tous eeox qui s'approchent de lui. Quelles que soient les dispositions dans lesquelles ils paraissent se trouver, il doit

sarius, inquit S. Thomas, ligare et solvere ad arbitrium, sed tantum sicut a Domino prspceptum est.

2" Pater est confessarius, scilicet, paterno affectu, cum bonitateet misericordia excipere débet omnes ad Ipsum accedentes. Qualitercumque dispositi videantur, débet sincera dilectione eos excipere, benigno sermone

les recevoir avec un amour sincère, | alloqui, ab objurgationibus et minis

Il ne faut plus refuser Tabsolution, donner la planchette à tort et à travers ! C est que nous sommes dans le Hainaut, et là il faut un peu plus de politesse, un peu de miel, pour tâcher de faire revenir les récalcitrants. {Rires à gatiche.)

leur tenir un langage bienveillant , s'abstenir d'objurgations et de menaces, a II vaut mieux rendre compte à Dieu d'une miséricorde trop grande, que d'une sévérité excessive [(tnivre imparfaite in Matth.), vis-à-vis de ceux qui doivent être corrigés, la bienveillance agit souvent mieux que l'austérité, l'exhortation que la menace, la charité que la puissance, dit le Concile de Trente, n Comp. Gousset, de la Pénitence. C. Vil, art. III.

5^ Le confesseur est un médecin, 11 doit donc rechercher avec soin quels remèdes il convient d'appliquer au pénitent, et examiner lesquels, en considération de rétat présent du pénitent, doivent être réputés les plus efficaces. 11 doit distinguer entre lèpre et lèpre, et, comme un médecin soigneux et expérimenté, ne négliger aucun essai afin d'arriver à la guérison des maladies de l'âme par des remèdes appropriés. 11 doit éviter surtout de repousser imprudemment le pécheur, qui, repoussé, ne s'approchera plus des sacrements. Lors donc que le confesseur prévoit que ce résultat fâcheux doit être la suite du' refus d'absolution, il doit soigneusement examiner s'il n*y apas lieu d'appliquer les règles que donne S. Lig.,ef^ Penit. n*" 616,

abslinere.Melius est Domino rationem reddere de nimia misericordia quam de nimia severitate (opwt imperfectum in Matth.), sa'pe plus erga corrigendos agit benevolentia quam austeritas, plus exhortatio quam minatio, plus charitas quam potestas, ait Tridentinum. »

Comp. Gousset, rfi* la Pénit,. C. VII, art. m.

5* Medicus est confessarius. Sollicite igitur exquirere débet quirnam remédia conveniat pœnitenti applicare, atque examinare, quienam, spcclato pnpsentc statu pcrnitentis, reputentur efficaciora. Disc^ernere débet inter lepram et lepram, et, tanquam sollicitus peritusque medicus, nihil intentatum relinquere ut morbos animie aptis remediis curet. Maxime cavendum est ne imprudenter pecc^torem repellat, qui repulsus non amplius ad sacramenta accedet. Quando igitur confessarius prsevidet istud damnum seculurum esse ex absolutionis denegatione, tune attente perpendat utrum non sint applicanda qu% traditS. Lig. de Poenit, n"* 646, de praetermittenda admonitione si probabilius non sit profutura.

toacbant roinkttlon de ramaolrance» et n* iSi de abeolutUmc diadi nb si. diaprés les probabUiiéSi elle ne doit condiiioDe dubiis dispositU; li qw pas être utile, et, n*" 45i, concernant exponit Gousset, de Ponitl., C. V, Tabsolution à donner sous condition n* 473. à ceux dont les dispositions sont douteuses; et celles qu*expose Gousset, de la PénUence, C. V, n* 473.

Ainsi donc si Ton voit que le péDitent, auquel on refiisen Tabsolution ne reviendra plus au confessionnal, il faut dooner Tabsolution.

M. Bouvier. — On doit tàter le pouls du pénitent.

M. Bara, Ministre de la Justice. — Je continue ma lecture :

4° Enfin, le confesseur est un docteur. 11 est tenu oertalneraent d'instruire le pénitent de ce qui est nécessaire pour mener une existence chrétienne. Cependant il doit se conformer avec soin à ce que contient S. Lig., n~ 6!0 et 6!6.

En un mot nous dirons :

Que les préires se souviennent quMIs sont ministres du Christ et le représentent. Qu*ils se pénètrent donc de son esprit;

(( Si un homme s'est laissé aller à commettre quelque faute, vous, qui êtes des hommes spirituels, doiinez> lui de bons avis dans un esprit de douceur, prenant garde vous-mêmes, de peur que vous aussi ne soyez tentés. Portez les fardeaux les uns des autres, ainsi vous remplirez la loi du Christ (Gai. VI. i. t.) ».

Vlll. — La réunion spirituelle, qui doit être tvnue en commun chaque mois, est déjà établie avec succès dans quelques endroits. Ses travaux seront sans retard repris, et les prêtres voisins s'eflforceront d\ prendre part.

Dans les autres endroits, les prêtres donneront leurs soins à ce qu'une pratique si salutaire soit instituée de la meilleure manière possible.

Donné à Tournai, février 1880.

Isid.-Jos. Du HoussEAUX,

Adm. Apost.

4® Doctor tandem e<it confessarios.

Tenetur nimirum pœnitentem docen qux necessaria sint ad vitam christiinam agendam. Sedulô tamen atieodere débet quae habet S. Lig., d«< 610 (1 (ii6.

Uno dicemus verbo :

Meminerintsacerdotesse essêChfiiti minislros alque ejus personaro |:erfrt Ipsius igitur spiritum induânt; i d prseoccupatus fuerit homo in aliqtio delicto, vos, qui spirituales estls,hQjos* modi Instruite in spiritu lenttalis,cOAsiderans teipsum , ne et tu tenteris.

Aller alterius onera portate, et sic adimplebitis legem Christi. » (Gai. VI.

Vin. — Spiritualis recolleciio, singulis mensibus in commun! babendi, jam in aliquibus locis est féliciter in* stituta. Ejus exercitia absqne iBora resumentur, quibus intervenire aaugeni sacerdoies vicini. Alibi curabuot sacerdotes ut, quo meliorl poteK modo, praxis tam salutaris insUtiutar.

Datum Tornaci, die fehruaril 1880.

Isid.-Jos. Du RocssExa, Adm. Apost.

Un membre a droite : C'est très bien !

M. Bara, Ministre de la Justice. — Je ne cite pas la lettre de H. l'évêque de Tournai pour la blftmer; je la cite pour prouver que, dès le mois de février, les prétendues modifications introduites aux instructions du 1^' septembre existaient dans le diocèse de Tournai, et que personne n*a jamais considéré ces modifications comme sérieuses. Notez que les instructions du l*' septembre n'étaient pas non plus toujours appliquées, il y a eu même un conflit : les jésuites à Tournai prétendaient qu'ils ne devaient pas se soumettre aux instructions; ils donnaient Fabsolution aux parents, soutenant qu'ils ne relevaient que du pape.

Je ne sais comment le conflit s'est terminé; l'honorable M. Woeste, qui est si au courant des affaires religieuses, pourra peut-être nous renseigner à cet égard. (Rires à gauche.)

M. CSouvreur. — Je vais. Messieurs, débuter par un compliment à l'opposition, à l'opposition en général et à l'honorable M. Woesteen particulier, si, par ses conseils, il a contribué à la résolution qu'elle a prise de borner les débats de l'Adresse à la rupture de nos relations diplomatiques avec le Vatican et à ajourner ses griefs, ses nombreux griefs contre l'administration libérale jusqu'à la discussion des budgets.

Cette résolution, qui nous a été annoncée par Thonorable M. Woeste, est une résolution sage et pleine de bon sens. Elle nous promet l'abandon de cet obstructionnisme {protestations à droite) dont nous avons été les victimes pendant les deux dernières années; — système qui semble être le propre de certaines minorités cléricales et qui n'a d'autre but que d'entraver les travaux parlementaires.

M. Gornesse. — Il ne manquerait plus que de supprimer la liberté de la tribune.

M. Ck>uvrenr. — Je rends hommage h votre sageàse et vous n'êtes pas contents ?

M. Tack. — Il n*y a eu aucune résolution de ce geore.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères, — On désavoue M. Woesle.

M. Couvreur. — Depuis dix jours donc, nous discutons la rupture avec le Vatican et malheureusement là la droite est bien un peu retombée dans ses vieux péchés. La force de Tbabitode est si grande! Je crois que, sans nuire en rien à la liberté de la tribune, nous aurions été en droit, Messieurs, de clore tout au moins la discussion générale vendredi dernier à 4 heures après le discours de Thonorable M. Janson. {Exclamations à droite.)

L'effet de ce discours avait été écrasant. {Rires à droite.) fîtsonne à ce moment sur vos bancs n*osait demander la parole pour y répondre, et, quant à Tintervention de M. le Ministre des Affaires étrangères, vous eussiez parfiaitement pu la provoquer au paragraphe de l'adresse relatif au Vatican.

M. Jacobs. — Nous eussions, dans ce cas, parlé également sur ce paragraphe.

M. Couvreur. — Quoi qu'il en soit,ïe discours prononcé hier par le chef du cabinet a fait entrer en ligne de combat leschefe de la droite qui, jusqu'à présent, s'étaient abstenus d'j paraitre.

Malheureusement, jusqu'à présent nous n'avons rien gagné à cette phase nouvelle du débat. M. Struye avait répété les arguments de M. Woeste, M. de Moreau, avec quelques variantes, avait parlé comme M. Cornesse, M. Jacobs avec plus de souplesse, plus de ressources, plus de malice, n'a pu, malgré tout son talent, que refaire les discours que nous avions déjà entendus. {Oh! oh! à droite.)

Je vous concède qu hier l'honorable membre a été très brillant. Son discours a été un feu d'artifice éblouissant.

M. Scailquin. — Avec des chandelles romaines. {Hilafiti.)

M. Couvreur. — Oui, hier surtout, l'honorable député d'Anvers s'est distingué. Il a prononcé, à propos de la conduite du

aiat-siége et de ses agents, un très habile plaidoyer de police orrectionnelle ou de cour d'assises.

Un membre a droite : C'est trop fort!

M. Gonvrenr. — Il a déployé un talent très réel tf avocat pour outenir une cause absolument indéfendable.

Tout ce qui caractérise ces discours multiples, c'est que, jusu'è présent, les orateurs n'abordent pas le véritable point du débat.

Que dit la majorité? Elle dit : Le gouvernement a bien fait de ompre nos relations officielles avec le Vatican, parce qu'elles taient contraires, sinon au texte, au moins à l'esprit de notre !onstitution.

Que répond la droite? Absolument rien ! Et elle ne répondra îen ! Nous pouvons en conclure que, sur ce point tout au moins. Ile passe condamnation.

Nous disons en second lieu : En admettant même que ces relaîons soient compatibles avec notre Constitution, elles sont inuiles et dangereuses. Il n'y avait pas lieu de les maintenir.

Que répond la droite? Rien, absolument rien; elle n'a plus ssayé de revenir sur la thèse de l'utilité pratique de ces relations.

Puisque je touche à nos relations avec Rome, je serais bien ise de demander une explication à M. le Ministre des Affaires (trangères sur le passage de son Introduction historique qui a ourni à l'honorable M. Jacobs l'occasion de faire ici un très chaeureux éloge des mérites du pape Léon XIII. Le passage auquel e fois allusion est, en effet, assez énigmatique.

Voici comment il s'exprime : « M. Nothomb quitta le pouvoir e 19 juin 1845; quelques mois plus tard, la cour de Rome notiiait, pour motifs de santé, disait-elle, le rappel de Mgr Pecci.

<c Les froissements avaient été graves, il fut question un monent de ne plus envoyer à Bruxelles qu'un internonce. r>

a M. Dechamps, qui, dans l'administration de 1845, avait pris e portefeuille des affaires étrangères, protesta contre ce dessin.

11 demanda non seulement qu*on continuât d accréditer unnooce, mais que ce nonce fût un homme dEiai. En effet, écrivait-il i Rome, la nonciature, en Belgique, a une importance particulière. A t intérieur, la diffkuUé pour le gouvernement se trouve dm ks relations avec les évéques et le clergé. »

J ai tenu, Messieurs, à lire ce passage textuellement pour établir que ridée qui, d'après rhonorable M. Jacobs, Taurait dicté I rtionorable M. Frère, ne supporte pas même l'examen.

Ce n*est évidemment pas dans une pensée mesquine de déuigrement, indigne d*un gouvernement, que ces observations ont été formulées.

Il y a autre chose et nous avons un grand intérêt à le savoir. Nous devons savoir si nous ne retrouverions pas sous le caractère et les actes du nonce Pecci le caractère et les actes du pape Léon XlII.

M. Frère-Orban, Ministre des Affaires étrangères. — H y avait des dissentiments sur les questions d'enseignement.

M. Couvreur. — Alors je ne comprends pas un fait historique d'après lequel il y a eu à cette époque, de la part du nonce, Mgr Pecci, une démarche tout au moins très irrégulière, fortCQ dehors de ses attributions.

Un historien digne de foi, M. Th. Juste, raconte, dans unebio

graphie de M. Nothomb, qu'après la journée électorale du 10 juin

1845, après la défaite des centres qui soutenaient le ministère

de cet homme d'État et après qu'il avait annoncé son intention de

quitter le pouvoir, le nonce du pape, Mgr Pecci, vint lui offrir

l'appui des catholiques s'il voulait contracter une alliance avec lui! M. Goblet dAlviella. — C'est son amour pour la Belgique

qui l'inspirait.

M. Couvreur. ~ Si ce n'est pas à cet acte grave que fait allusion l'exposé historique, quel rapport le rappel du nonce a-t-il avec la déclaration d'un ministre catholique comme M- De-

amps, signalant la difflcolté qu*il éprouvait à gouverner avec évêques?

Y a-t-il eu, à cette époque, un autre acte de Mgr Pecci, ana- ^ue à celui commis par Mgr Vannutelli, lorsqu'il a comploté ec les évêques belges la résistance à nos lois? Est-ce à cet acte e fait allusion M. Dechamps?

M. Frère-OrbaB, Ministre des Affaires étrangères. — 11 y avait nflit sur des questions d'enseignement.

M. Couvreur. — Cela a besoin d'éire précisé. Quoi qu'il en it, je passe au troisième point : les causes de la rupture. Ce point a été traité avec un grand luxe d'arguments par les ateurs de la droite.

Le pape n'est pas coupable; le pape n'a jamais montré double le ; le pape a toujours éié d'accord avec les évêques, et les êques ont toujours été d'accord avec le pape. S'il y a eu des vergences, elles sont à peine appréciables. Le pape n'a jamais trompé le gouvernement belge; c'est le ^uvernement belge qui s'est fait des illusions, c'est le gouverment belge qui a trompé la Chambre.

Voilà le résumé de tous les discours qui ont été prononcés jusl'à ce jour.

Je comprends que les catholiques belges, je comprends. Messurs, que vous, personnellement, vous ayez été froissés dans \s sentiments intimes par les causes assignées à la rupture. Lorsqu*on croit à Tinfaillibilité intellectuelle et à la supériorité orale du chef de sa foi, il est cruel de l'entendre accuser. Mais, qu'est-ce que ces sentiments personnels peuvent avoir de ^mmun avec le langage et l'attitude d'un législateur belge? Que vous soyez les fils dévoués du saint-père, comme le disait ntôt M. Jacobs, je l'admets. Défendez le saint-père en dehors 3 cette enceinte, comme chef de votre religion, je le veux bien, ais ici nous n'avons à examiner que les intérêts de nos pôpula-

tions. Ceux-là, les avez-vous défendus? Vous les avez livrés I Tarbitraire des évoques, alors que le pape voulait les prot^er.

Êtes-vous donc ici pour vous faire les défenseurs de nos populations ou les défenseurs des évoques et de leur chef? Le pape vous a-t-il donné mission de parler en son nom? Est-ce que le cardinal Nina et son nonce M. Vanutelli n*ont pas suffisamment défendu le saint-siége avant et après la rupture? Qu avez-vous è intervenir? Espérez-vous compléter ce qu'ils ont dit? N'ont-ils pas dit tout ce qu*il y avait à dire?

Au lieu d*une rupture avec le Vatican, supposons une rupture avec une puissance temporelle. Âuriez-vous, dans ces conditions, recherché, dans le dossier de TafTaire, tout ce qui pouvait accabler votre gouvernement et donner gain de cause à son adversaire, alors surtout qu*il s'agit d'actes qui, au point de vue du droit des gens, sont sans excuse possible?

Je suis convaincu que votre patriotisme s'y refuserait; vous ne vous inspireriez que des seuls intérêts du pays. Mais, de ceuxllii vous n avez soufflé mot dans ce débat.

M. VTasher. — C'est pour gagner des indulgences plénières.

M. Couvreur. — On a parlé de l'honneur et de la dignité de la papauté. Vous n'avez pas eu une parole pour l'honneur et la dignité du pays. {Très bien! à gauche.)

D'ailleurs, cette conduite est toujours celle de la droite lorsque les intérêts du saint-siége sont en jeu.

Des conflits ont existé dans le passé. Ce n'est pas la première fois que nous avons des difficultés avec le Vatican. Il y a trente ans, il refusait de recevoir un des hommes les plus honorables, les plus éminents du pays. Vous-mêmes n'avez cessé de lui rendre justice. <c Ses antécédents, disait-on à Rome, n'offraient pas de garanties. » C'était une injure grave. Quelle a été à cette époque votre attitude? Vous vous êtes réfugiés dans l'abstention. Vous n'avez pas défendu les intérêts du pays; vous n'avez pas eu un

W ^oi de blâme pour Tinjure adressée à un homme dont le choix " honorait le pays.

Une nouvelle offense est faite au pays aujourd'hui. Et vous

^oas prononcez contre lui. Vous prenez parti, et chaudement

P^TLi, pour ceux qui ont manqué à tous leurs devoirs internatio-

^^ ux. Mais il s*agit du pape et de ses agents, et alors il faut teuter

^ό^ possible.

^V'ous laverez longtemps ce nègre. Messieurs, vous ne parvien-

^^Gzz pas à le blanchir. (BUarité.)

vous entendre, Thonorable M. Frère serait prisonnier des jcaux. L*honorable M. Jacobs a encore longuement développé

idée.

/honorable M. Frère prisonnier de quelqu'un, lui! Cela nous

lit rire. 11 y a une caricature de Gavarni qui représente un

l^dat français aux prises avec un Bédouin. Le soldat dit : Gapo-

, j'ai fait un prisonnier. — Amène-le, imbécile. — Caporal,

qu'il ne veut pas me suivre.

L'honorable M. Frère me fait l'eiTet de cet Arabe. 11 nous tient ^^us que nous ne le tenons.

11 n'a pas voulu nous suivre, vous ne le nierez pas, lorsque ^Ous voulions rompre. Si, pour faire valoir son avis, il a pu, à ^tle époque, forcer la note, exagérer sa confiance, est-ce à vous, est-ce à l'opposition à lui en faire un grief? Il a voulu sauver la uoncialui'e. 11 venait en aide aux catholiques constitutionnels, il voulait assurer la paix du pays, faciliter l'introduction d'une législation nouvelle. C'était un acte louable. Ce n'est pas à vous, je le répète, à lui en faire un. grief.

Si un grief pouvait être formulé par quelqu'un, ce serait bien plutôt par nous. Mais nous avons suivi, quelques-uns d entre nous, au moins, ont suivi l'honorable M. Frère, parce que nous avons placé l'union de notre parti au-dessus de toutes les autres considérations. Et en ce moment est-ce nous que suit l'honorable

M. Frère? N est-ce pas lui qui nous guide! Vous foites état du programme de Thonorable M. Janson. Mais Tesprit de ce pro« gramme, qui Ta dicté? N'est-ce pas Thonorable M. Frère, dans une de ses dépêches adressées à Rome? N'est-ce pas l'honorable M. Bara dans son discours de Tournai et Thonorable M. Rolin dans son discours de Gand, bien avant le discours de celui que vous appelez notre pilote? Oui, il y a entre nous, entre la majorité et le gouvernement, unité et conformité absolue de vues, non pas sur tel ou tel détail du programme de rhonorableM.JaosoD, mais sur Tensemble du mouvement dans lequel nous sommes engagés. Cette union, quoi que vous fessiez, vous ne parviendrez pas à la détruire.

M. WoMte. — L'honorable M. Janson est le pilote... (If^ruption.)

M. Couvreur. — S'il y a des prisonniers dans cette enceinte, c'est vous, qui vous faites ici les agents et les avocats des évèques. L'honorable M. Cornesse, qui a, le premier, je crois, inventé la formule, mais c'est lui qui est le prisonnier de Tévéque de Liège. N'a-t-il pas été élu par sa protection toute spéciale à Maeseyck? Sans l'intervention de M. de Montpellier, les catholiques de celte localité eussent choisi un autre candidat. Et nous savons aujourd'hui quelles étaient les tendances et les idées de M. de Montpellier, et, par conséquent, quelles doivent être celles que l'honorable M. Cornesse représente dans cette enceinte.

C'est donc vou3 qui êtes les prisonniers des évèques; vous qui n'osez pas prolester ouvertement contre leurs volontés; vous dont l'énergie expire dans les salons du nonce. Vous êtes plus que leurs prisonniers, vous êtes leurs serfs, corvéables et taillablesi merci, et ils vous font faire ici de véritables corvées. Vous devez peiner pour eux. Et quand vous regimbez, les coups de crosse pleuvent!

M. Bouvier. — Et les gronderies !

M- Couvreur. — Et vous avez raison de regimber, car on vous endosse de lourdes responsabilités et de la bien mauvaise besogne. Je n*en veux pour preuve que le tour de force accompli liier par Thonorable M. Jacobs.

Prenons quelques-uns de ses arguments.

Une chose gêne beaucoup MM. les évéques; cest leur abstenion aux fêtes nationales.

Ils ne se sont pas abstenus, dit leur avocat; ils se sont unis lu peuple; ils ont chanté des Te Deum, et le pape a engagé tous los catholiques à participer à nos fêtes.

Cela, Messieurs, est très facile à dire après Tévènement, quand ^n a vu toutes ses espérances s*en aller à vau-Feau. Ce qui est "rai, c*est qu*on espérait empêcher, ruiner les fêtes nationales. Du comptait retenir les populations. L*évêque de Namur refusait brmellement l'envoi à TExposition d*objets d*art appartenant aux ^lises, parce qu il ne voulait ni participer aux fêtes, ni concourir I leur organisation. Cela est signé de sa main. Les autres K'ôques prenaient des résolutions analogues, sous l'un ou Tautre irétexte.

A de rares exceptions près, toutes les fabriques d*église se sont conformées aux instructions de leurs supérieurs. Les cercles catholiques décrétaient l'abstention pour leurs membres. La iresse catholique, à une seule exception près — le Journal de iruzeUes — la presse catholique y conviait tous ses lecteurs. Jne note officielle confirmait l'opposition des évêques et sa noti- Ication en haut lieu.

Dans cette enceinte même ceux, parmi vous, qui blâmaient ou egrettaient l'abstention, qui en prévoyaient les conséquences, se royaient obligés de déclarer qu'ils ne suivraient pas l'exemple lu clergé. Nous viendrons aux fêtes, avaient-ils dit, mais en labits de deuil. C'était une concession à l'intransigeance épisco- »ale. Ils sont venus et ils n'ont pas versé trop de larmes. Ils ont

bien fait de venir, nous les en louons et nous les eu i^mercions. Ils ont compris la faute que commettait le clergé. Mais parce que rhouorable M. de Haerne» parce que beaucoup d'autres catholiques n*ont pas obéi aux injonctions ou aux conseils du clergé, s*ensuit-il que le clergé soit sans reproches!

Le pape, dites-vous, a invité le clergé; il a invité les catholiques à participer aux fêtes. L*a-t-il fait? Je n'en sais rien. Le pape a dit et promis tant de choses qu on finit par ne plus s y retrouver. En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il n a pas été obéi. Et cela même aggrave la culpabilité des inti*ansigeants et de leurs cbets.

Le pape, dit encore l'honorable M. Jacobs, a donné raison au parti libéral et à certaines nuances du parti catholique dans la la question constitutionnelle. Dans la question d'enseigaement, il a donné au gouvernement l'appui de son abstention, puis de son concours; il a même fini par exercer une action sur Tépiscopat; il a tout donné et on ne lui a rien rendu ; vous l'accusez de duplicité; vous n'êtes que des ingrats.

Il y a. Messieurs, du vrai et du faux dans ces assertions. Oui, le pape a condamné les attaques dirigées contre notre Constilution, aussi longtemps qu'il a pu espérer que, grâce à cette condamnation, sa nonciature serait maintenue.

Mais, depuis qu'il a perdu cet espoir, il tient un autre langage. 11 déclare qu'il ne se sépare en rien de ses illustres prédécesseurs; ([u'il pense sur cette question, ainsi que sur toutes les autres, comme Pie IX, comme Grégoire XVI. Rien n'est changé.

Messieurs les inopportunistes, vous n'êtes pas débarrassés de cette robe de Nessus. Elle brûlera encore longtemps vos épaules. Vous devrez lire encore dans tous les journaux de l'épiscopat, le Bien public en télé, que la Constitution est une charretée d'ordures, que nos libertés sont une peste, qu'il faut imiter les vrais, les bons catholiques, comme MM. Wasseige et Vei*speyen et conformer ses principes dans la vie publique aux principes de la vie privée.

M. Wasseifire. — Parfaitement!

M. Gouvrenr. — Vous entendrez encore répéter qu'il faut restaurer les lois de la société chrétienne comme le veut M. Périii contre M. Moulart.

Vous avez espéré un moment le triomphe de ce pauvre M. Mourut. Vous n'avez rien négligé pour vous débarrasser de son gênant allègue. Votre espoir a été déçu. Quand nous le verrons se '^er, nous commencerons à croire à la sincérité des déclarabons du pape sur notre Constitution. Mais c'est un événement que ^ou$ attendrons longtemps. M. Perin, comme bien d'autres, a abandonné son ami, M. Dumont. 11 s'est mis du côté du manche. ^'^ ne touchera pas à sa chaire et on ne réprouvera pas ses doc- ^iues. Vous pouvez y compter.

I^ans la question de l'enseignement, oui, le pape a fait des cou- ^^^sions; puis il est revenu sur ses pas, quand il a commencé à se ^<^uter que ses ordres ne seraient pas suivis et que son autoriié, ^titorité toute morale, allait être méconnue. Il a reculé quand il a ^^0[|pris que les évoques allaient lui couper les vivres, que le *^Oier de Saint-Pierre allait se tarir.

Cintre le maintien de la nonciature et la perte de sa liste civile t^^^ëe par l'intermédiaire des évéques, il n'a pas hésité. II a sacrifié ^^ nonciature et il a sacrifié son secrétaire d'Etat.

liais, pendant que le pape faisait des concessions, ses agents huaient un double langage. Ce pauvre cardinal Nina était un peu ^mme don Juan entre la brune et la blonde. II prodiguait à lune ^t à Tautre ses protestations.

Le cœur du pape est à vous, disait-il aux évéques. Sa Sainteté \ou8 approuve, mais gardez cela pour vous !

Ck>mptez sur nous, disait-il au gouvernement. Un peu de patience, laissez-les parler, nous les ramènerons h la raison, mais ne divulguez pas notre entente.

C'est une vraie scène de comédie qui se déroule dans ces

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