‹ La Belgique et le VaticanChapitre 11 sur 60 · IT · texte numérisé non relu

IT

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siëge, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le !«" mai 1879.)

(EXTRAIT

Rome, le 28 avril 1879.

Monsieur le Ministre»

J*ai eu l'honneur d'être reçu hier en audience par le Pape.

Sa Sainteté m'a accueilli avec une grande bienveillance : « Je a suis charmé, m'a dit le Saint-Père, de vous revoir après une si <c longue absence; je constate avec satisfaction que la bonne « entente entre votre Gouvernement et le Saint-Siège est réta- « blie. On s'était figuré à tort que le chef de TEglise était hostile (c à la Constitution belge. Je n'ai cessé de répéter que vos insti- « tutions sont appropriées au caractère de la nation. Tai été à <c même d'étudier la mise à exécution de votre Constitution et « j'ai reconnu qu'elle sauvegarde les droits des catholiques. Ce a serait aller à l'encontre des vues du Saint-Siège que d'attaquer « ou de blâmer votre pacte fondamental. Les catholiques doivent <c y être soumis sans arrière-pensée. Tespère que cette question « est définitivement résoluot et que plus un catholique ne la souci lèvera. Je ne puis que confirmer les déclarations faites à ce ce sujet par mon secrétaire d'Etat. »

Le Souverain Pontife m'a entretenu ensuite du projet de loi sur l'enseignement primaire.

Sa Sainteté m'a dit que l'instruction chrétienne de la jeunesse était naturellement une de ses principales préoccupations, qu'Eue trouvait nécessaire que cette instruction fui imprégnée des idées

religieuses, Tune ne pouvant, sans grave danger, être séparée des autres.

Le Saint-Père a ajouté qull suivait avec une sérieuse attention la discussion soulevée en ce moment à la Chambre des représentants.

Cependant le Pape a évité, Monsieur le Ministre, de se prononcer sur cette loi. Sa Sainteté attend probablement le vote des Chambres, pour exprimer, le cas échéant, une opinion à cet égard,

Yeuillei agréer. Monsieur le Ministre, etc.

B^ d*Anbthân.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 5 mai 1879.)

Rome, le 50 avril 1879.

Monsieur lb Ministre,

J'ai eu rhonneur de m*entretenir avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté; je n*ai pas manqué de lui faire connaître «que le maintien du Ministre de Belgique au Vatican n*était pas définitif et n'avait d*autre signification que celle d*un acte de courtoisie eovers le Saint-Père.

Le Cardinal Nina m'a répondu qu'il espérait voir le provisoire jitfnmr définitif, et qu'il ferait tous ses efforts pour maintenir la 'iwne entente entre le Saint-Siège et le Gouvernement du Roi. m'avez fait l'honneur. Monsieur le Ministre, d'appeler

don attention sur une lettre du Cardinal Nina aux membres du Me de Saint-Ambroise de Liège, et sur la lettre du Pape au Cardinal-^caire. Je n*ai pas négligé de faire remarquer à Son Emineoce que sa réponse à l'adresse des membres du Cercle de Sadn^Ambroise pouvait être interprétée comme une approbation des attaques contre le Gouvernement contenues dans ce docu* ment.

le Cardinal m'a déclaré que telle n'avait pas été l'intention du

Souverain Pontife ni la sienne, et qu'il avait, au reste, évité soi-

! goeusement de faire mention dans sa lettre de cette partie de

l'adresse. Son Eminence a ajouté qu'il était impossible au Pape

de laisser sans réponse un témoignage de dévouement émanant

^^catholiques. La réponse faite, au nom de Sa Sainteté, n*avait

^*dQtre signification que celle d'un simple remerclment.

« Quant à la lettre du Saint-Père au Cardinal- Vicaire, elle n'a,

^ m'a dit le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, aucun rapport avec

^ le projet de loi soumis aux Chambres belges, elle a trait aux

^ écoles protestantes de Rome, et à la propagande qui y est faite

^ pour y attirer la jeunesse. U ne s'agit nullement, dans ce docu-

^ iQent, d'écoles neutres ou mixtes. Si l'on s'es temparé de quel-

^ 9ues passages de cette lettre pour combattre la loi proposée,

<^ est que les partis cherchent naturellement des armes pailout

Où ils les trouvent, et il n'est pas étonnant que l'opposition ait

"(kit usage des arguments contenus dans la lettre précitée, bien

Qu'ils ne s'appliquent pas directement à l'objet en question. »

1^ Cardinal Nina a ajouté :

«c Le Saint-Siège s'est abstenu soigneusement de se prononcer

^ur le projet de loi dont les Chambres sont saisies; il est juste

de reconnaître qu'il na apporté aucun combustible pour alimeti-

^ ter le feu; au contraire, le Pape a chargé le Nonce de faire

^ parvenir des conseils de modération aux Evéques. Que peut-on

« demander de plus? Nous ne pouvons imposer silence aux

religieuses. Tune ne pouvant, sans grave danger, être séparée des autres.

Le Saint-Père a ajouté qu'il suivait avec une sérieuse attention la discussion soulevée en ce moment à la Chambre des représentants.

Cependant le Pape a évité, Monsieur le Ministre, de se prononcer sur cette loi. Sa Sainteté attend probablement le vote des Chambres, pour exprimer, le cas échéant, une opinion à cet égard.

Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, etc.

B^ d*Anbthân.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 5 mai 1879.)

Rome, le 50 avril lS7d.

Monsieur lb Ministre,

J'ai eu rhonneur de m*entretenir avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté; je n'ai pas manqué de lui faire connaître «que le maintien du Ministre de Belgique au Vatican n'était pas définitif et n'avait d'autre signification que celle d'un acte de courtoisie envers le SaintrPère.

Le Cardinal Nina m'a répondu qu'il espérait voir le provisoire devenir définitif, et qu'il ferait tous ses efforts pour maintenir la bonne entente entre le Saint-Siège et le Gouvernement du Roi.

Vous m'avez fait l'honneur. Monsieur le Ministre, d'appeler

Alton attention sur une lettre du Cardinal Nina aux membres du Cercle de Saint-Ambroise de Liège, et sur la lettre du Pape au Cardinal- Vicaire. Je n*ai pas négligé de faire remarquer à Son Eminence que sa réponse à l'adresse des membres du Cercle de Saint-Ambroise pouvait être interprétée comme une approbation des attaques contre le Gouvernement contenues dans ce document.

Le Cardinal m'a déclaré que telle n'avait pas été l'intention du Souverain Pontife ni la sienne, et qu'il avait, au reste, évité soigneusement de faire mention dans sa lettre de cette partie de l'adresse. Son Eminence a ajouté qu'il était impossible au Pape de laisser sans réponse un témoignage de dévouement émanant des catholiques. La réponse faite, au nom de Sa Sainteté, n'avait d'autre signification que celle d'un simple remerclment.

ce Quant à la lettre du Saint-Père au Cardinal- Vicaire, elle n'a, « m'a dit le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, aucun rapport avec « le projet de loi soumis aux Chambres belges, elle a trait aux « écoles protestantes de Rome, et à la propagande qui y est &ite a pour y attirer la jeunesse. U ne s'agit nullement, dans ce docua ment, d'écoles neutres ou mixtes. Si l'on s*es temparé de quela ques passages de cette lettre pour combattre la loi proposée, « c'est que les partis cherchent naturellement des armes pailout a où ils les trouvent, et il n'est pas étonnant que l'opposition ait « fait usage des arguments contenus dans la lettre précitée, bien ce qu'ils ne s'appliquent pas directement à l'objet en question. »

Le Cardinal Nina a ajouté :

ce Le Saint-Siège s'est abstenu soigneusement de se prononcer « sur le projet de loi dont les Chambres sont saisies; il est juste a de reconnaître q%CU ria apporté aucun combustible pour aHmenii ter le feu; au contraire, le Pape a chargé le Nonce de foire <c parvenir des conseils de modération aux Evéques. Que peut-on a demander de plus? Nous ne pouvons imposer silence aux

a catholiques, ni leur interdire de fiiire usage des moyens queii (c Constitution met à leur disposition. »

J*ai objecté que le Gouvernement ne contestait pas ce droit, mais qu'il verrait avec un vif déplaisir que Ton se servit du nom et de Tautorité du Souverain Pontife pour exercer une influence sur Topinion publique dans un sens hostile aux propositions soumises aux Chambres.

a C*est ce que nous n'avons permis à personne de faire, m'a <x répliqué le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, je puis vous Tafifir- « mer. »

Quant à la conduite que tiendra le clergé après le vote de la loi, c'est une question très sérieuse, m'a dit le Cardinal, et aucune décision ne peut être prise à cet égard actuellement, la loi n'étant pas encore votée, et étant par conséquent susceptible de modification. C'est du reste une question, a-t-il ajouté, dont la solution appartient aux Evéques.

Veuillez agréer, etc.

Baron d'Anbthan.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des aflaires étrangères.

(Reçue le 10 mai 1879.)

Rome, le 7 mai 1879.

Monsieur le Ministre,

J'ai l'honneur d'accuser réception de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du 30 avril dernier. Je n*ai pas manqué de faire connaître au Cardinal Nina que vous pourriez être amené à publier les actes constatant l'échange de vues qui se poursuit entre le Gouvernement du Roi et le Saint-Siège. Son

— lorr —

Eminence en avait été informée par le Nonce : la dépôche de Monseigneur Vannutelli, qui m'a été communiquée confidentiellement, porte que vous n'entendez vous servir des documents dont il s'agit que dans le cas où vous y seriez forcé par les nécessités d'une discussion parlementaire. Son Eminence m'a dit : « Je comprends que, dans certaines circonstances, le Cabinet puisse être obligé de faire, à ce sujet, quelques communications aux Chambres; j'ai eu l'occasion d'apprécier la mesure et le tact politique dont M. le Ministre des Affaires étrangères a fait preuve lorsqu'il s'est agi de la Liégation du Roi près du^Saint-Siége, et je m'en rapporte à sa sagesse, espérant toutefois que d'ici-là une communication plus précise des projets de Son Excellence à cet égard pourra aboutir à un résultat de nature à garantir les intérêts du Gouvernement Royal sans nuire à ceux du Saint-Siège. »

J'ai également appelé l'attention du Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté sur l'influence que l'attitude du clergé après le vote de la nouvelle loi pourrait exercer sur les relations du Saint-Siège et de la Belgique. Le Cardinal Nina m'a dit qu'il déplorerait que ces relations ne fussent pas bonnes ou cessassent d'exister. Il espère, a-t-il ajouté, que la question de principe ne mettra pas obstacle à la conservation de ces rapports diplomatiques, dans lesquels Son Eminence persiste à voir le meilleur moyen de garantir les intérêts de la religion en Belgique et d'empêcher qu'ils puissent se trouver en contradiction avec ceux du Gouvernement Royal.

Le Cardinal m'a répété « que la décision à prendre après le vote de la loi sur l'enseignement primaire dépendait des Evéques ; quelque désagréable que puisse être pour eux l'adoption de cette loi, une fois le fait accompli, il y aura lieu pour TEpiscopat d'examiner ce qu'exige l'intérêt spirituel des familles catholiques et le Saint-Siège sera toujours prêt à lui recommander la modération. D

Le Nonce sera chargé de développer cet ordre d'idées dans ses

entretiens avec vous.

Agréez, etc.

Baron d'Anethan.

Le Ministre des Affaires étrangères»

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Dnixelles, le 19 Juin 1879.

Le Journal de BnuceUes publie, relativement à la loi sur renseignement, un mandement collectif (1) absolument contraire aux intentions du Saint-Siège que vous m*avez communiquées. Aver«tissez le Cardinal Nina de cet incident. — Il peut avoir de graves

conséquences.

Frère-Orban.

N^'se.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(TÉLÉGRAMME.) • Rome, 20 Juin 1879.

Tai informé le Cardinal Nina, qui a été devancé par TEpiscopat. Ses instructions au Nonce sont arrivées trop tard. Il doit connaître le mandement pour se prononcer (2).

d*Anethan.

(i) Lettre pastorale du 18 juin 1879. Voy. le texte aux annexes. (â) Dès le 19 mai 1879, le Cardinal Archevêque de Malines avait écrit ^ M. révêque de Tournai ce qui suit : a Notre Saint-Pôre le Pape veut que

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

Bruxelles, âf juin 1879.

Monsieur le Baron,

Je vous ai informé, par mon télégramme du 19 de ce mois, que les Evéques venaient de publier, immédiatement après le vote par le Sénat du projet de loi sur renseignement primaire, un nouveau mandement collectif; j'ai ajouté que ce document, dont vous avez certainement connaissance aujourd'hui, mais dont je joins néanmoins le texte à oaa dépêche, était en tous points contraire aux intentions du Saint-Siège que M. Reusens et vous. Monsieur le Baron, m'avez fait connaître dans les diverses communications que vous m'avez adressées à cet égard.

Vous comprendrez sans peine l'impression qu'a produite sur l'opinion publique le langage injurieux, violent et provocateur de l'épiscopat. Je tiens cependant à vous en faire saisir mieux encore la portée en le rattachant aux actes précédents des Evéques et en le rapprochant de quelques-unes des phases principales de l'échange de vues que le Gouvernement du Roi poursuit en ce moment avec le Vatican.

Le projet de loi sur la revision de la législation scolaire de 1842 n'était pas encore déposé, l'étendue de la réforme que le Gouvernement se proposait d'introduire ne pouvait encore être appréciée que déjà, le 30 décembre 1878, une première lettre pastorale

0 notre avis, notre plan, nos moyens, Lui soient adressés, et que nous atten- « dions ses instructions avant de rien publier. » (Voy. aux annexes.)

Le 17 juin 1879, le Cardinal Archevêque de Malines écrivait à TEvêque de Tournai : « La leUre collective telle que vous Favez reçue est hautement <c approuvée et louée par le Saint-Père, mais S. S. veut que cela reste absolua ment secret (umMamente secreto, » (Voy. aussi aux annexes.)

venait audacieusement affirmer que renseignement religieux serait absolument exclu de Técole primaire; la loi était jugée avant d*étre présentée ; les Evéques cherchaient sans la connaître, à la faire passer, dans Tesprit des populations, comme un acte pervers, impie, « contraire aux lois divines ».

Nous ne supposions pas assurément que le clergé se montrerait satisfait de Tabrogation d*une législation qui paraissait avoir toutes ses sympathies; mais eu songeant au caractère dont le prêtre est revêtu, nous pouvions penser que les Evêques garde^ raient assez de respect deux-mêmes pour ne point condamner des propositions qu*ils ne connaissaient pas; nous avions le droit de croire que lorsqu*ils se seraient pénétrés de la mesure que le Gouvernement avait résolu de faire prévaloir, et par laquelle un local dans Técole serait mis à la disposition des ministre» des cultes pour y donner aux enfants, à des heures déterminées, renseignement religieux confessionnel, ils renonceraient du moins à diffamer le Gouvernement en Taccusant de vouloir chasser de Técole « le prêtre, la religion et Dieu. »

II n*en a rien été.

Par une protestation épiscopale lue dans toutes les églises du diocèse de Namur, et, plus tard, par la lettre pastorale collective ou mandement de carême des Evêques, la mesure proposée par le Gouvernement fut déclarée dérisoire, Theure à laquelle il s'agissait de faire donner par les ministres des cultes la leçon de religion fut dénoncée comme « impossible » ; malgré les termes formels de Texposé des motifs, on affirma que les instituteurs et les institutrices n'enseigneraient plus le catéchisme aux enfants. Le Gouvernement fut accusé de dissimuler ses desseins, et de s'abaisser à commettre « une supercherie ».

Pendant toute la durée de la longue discussion qui occupa la Législature près de deux mois, le Gouvernement ne manqua pas une occasion de démontrer à Tévidence que les accusations de

l'Épîacoptt n'avaient pas le moindre fondement, qu'elles étaient calomnieuses au premier chef, que la disposition relative h renseidpiement religieux franchement et loyalement proposée, malgré l'opposition d'une fraction du parti libérai, serait aussi franchement et loyalement exécutée ; que les heures fixées pour donn^ cet enseignement étaient les mêmes que celles qu'avait déterminées le règlement concerté en 1846 entre le ministère catholique d'alors et les Evéques, et que l'honorable Comte de Theux avait» dans une circulaire aux inspecteurs provinciaux, formellement consacré ce système, simplement reproduit par le projet de loi.

Le Gouvernement alla plus loin encore; il fit inscrire dans la loi une disposition nouvelle destinée à traduire en iittit sa ferme résolution de ne permettre, dans l'école, aucune attaque contre les croyances religieuses des familles dont les enfants seraient confiés aux soins des instituteurs. Je n'ai pas besoin d'ajouter que si d'autres amendements avaient été présentés dans le but d'améliorer le système du projet de loi sans en atteindre les principes fondamentaux, le Gouvernement et la majorité les auraient examinés avec bienveillance et n'auraient pas hésité à se rallier à toute modification de nature à satisfaire un intérêt légitime.

Mais la droite parlementaire, convaincue que tout ce qui aurait pu atténuer ses griefs au point de vue religieux Taflaiblirait sur le terrain politique qu'elle entendait avant tout préserver dans un intérêt de parti, avait pris la résolution de n'indiquer même aucune amélioration dont la loi lui aurait paru susceptible.

Cest pourquoi et par les mêmes motifs, rien ne put modifier l'attitude de TÉpiscopat. Les déclarations les plus catégoriques du Gouvernement, ses actes mêmes, n'avaient à ses yeux aucune valeur ; les engagements pris en face du pays, les dispositions inscrites dans la loi en termes formels, précis et ne pouvant donner lieu à aucune équivoque, étaient représentés comme

n*ayant d'autre but que de déguiser une pensée résolument hostile aux croyances religieuses. Il fallait à tout prix que le Gouvernement fût accusé de vouloir « décatholiser » le pays et de rêver le triomphe de Tathéisme !

Le mandement donne trois preuves de cet abominable dessein :

tt Ce qui le prouve manifestement, dit-il, ce sont les efforts que les partisans de la loi projetée ont prodigués dans la presse et dans les documents officiels et qu'ils emploient encore à la tribune parlementaire et dans la loi même, pour dissimuler la malignité de celle-ci et faire croire que nos appréciations sont injustes et exagérées. »

Ainsi, protester formellement contre des imputations calomnieuses, c'est prouver la vérité de ces imputations ; inscrire des garanties dans la loi, c'est établir « la malignité », la perversité de celle-ci !

Cest que, continue le mandement, c< la prudence même des habiles s'est démentie, leur haine contre tEglise catholique s*e$t démasquée; des aveux leur ont échappé, et ces aveux réMeni clairement ce qu'ils pensent, ce qu'ils cherchent en neutralisant l'école primaire, à savoir un moyen infaillible de déchristianiser le pays ».

Et après avoir cité à l'appui de telles assertions des faits inexacts ou controuvés, les Evêques ne craignent pas d'ajouter, comme deuxième et troisième élément de preuve, ce qui suit :

« L'an dernier, l'homme d'Etat qui est aujourd'hui le chef du Ministère, n'a-t-il pas déclaré solennellement qu'un Gouvernement libéral ne peut s'appuyer sur aucun dogme, pas même sur la croyance à l'existence de la Divinité, parce que le déisme luimême serait intolérant? L'a-t-on oublié? le Ministre actuel de l'instruction publique a précisé le sens et la portée de ces paroles, en disant, en plein Sénat, que le Décalogue ne sera point enseigné dans l'école instituée par la nouvelle loi, parce que le

Décalogue est la négation de la liberté de conscience ? L*a-t-on oublié? »

Vous allez juger, Monsieur le Baron, des procédés à Taide desquels les Evéques se croient autorisés à accuser le Gouvernement d*une mauvaise foi calculée et d'une insigne duplicité.

Dans un discours du 15 mai 1878, après avoir dit que le libéralisme ne peut ni propager, ni proscrire les croyances religieuses, et qu'il doit à tous ceux qui en professent « une égale liberté, une égale tolérance, une égale protection, » j'ajoutais :

a On fonderait Yétat politique sur le déisme pur, mais néana mains sur un dogme, que, par cela même, la politique, serait « intolérante, car attaquer le dogme, ce serait attaquer la base ce même de l'institution politique. »

La pensée qui est exprimée ici est claire et manifeste pour tout esprit non prévenu : fonder Yétat politique sur un dogme, fût-il le pur déisme, c'est-à-dire n'accorder de droits civils et politiques qu'à ceux qui professeraient cette croyance, ce serait rendre l'Etat intolérant.

C'est une vérité de sens commun, en parfaite harmonie avec nos principes constitutionnels; c'est un axiome aussi favorable aux catholiques qu'à ceux qui pratiquent tout autre culte. C'est parce que Yétat politique en Angleterre était fondé sur un dogme, que les catholiques ont été si longtemps proscrits et que, ailleurs, Yétat politique reposant sur un autre dogme, les juifs et les protestants ont été proscrits à leur tour.

La Gazette de Liège s'emparait aussitôt de ce passage de mon

discours, dont elle altérait le texte et l'esprit, pour en déduire

une déclaration d'athéisme, et le lendemain du jour où le nouveau

Cabinet libéral venait d'être formé, reprenant encore ce sujet, le

même journal appliquait à l'enseignement ce principe de

l'athéisme que j'avais prétenduement affirmé dans mon discours.

ce Pour ne pas être intolérant, disait-il, et pour donner toute

(c satisfaction au rationalisme ou à la libre-pensée, Fenseigne- « ment officiel bannira toute idée religieuse, toute idée de Dieu^ « de Técole. »

La presse libérale signala incontinent tout ce qu'il y avait de déloyal dans une telle discussion ; que pouvait-il y avoir de commun d'ailleurs entre fonder l'état politique sur un dogme et donner pour base à la morale enseignée dans les écoles la croyance en Dieu et à Timmortalité de l'âme?

Eh bien, cette polémique passe de la presse dans le mandement, de telle sorte que Ton est autorisé à croire que le rédacteur des mandements est également le rédacteur des journaux. On y retrouve, en tous cas, les mêmes injures, les mêmes violences, les mêmes altérations des pensées et des paroles de ceux qu'on incrimine.

Mais, ce qui n'est pas moins étrange, et moins inouï, c'est que « le sens et la portée de mes paroles » auraient été précisés, selon le mandement, par une déclaration faite, en plein Sénat, par le Ministre de l'Instruction publique, et d'après laquelle & le décalogue ne serait point enseigné dans Vécole instituée par la nonvelle loi, parce que le décalogue est la négation de la liberté de conscience. »

Mon honorable collègue de l'instruction publique a-t-il tenu ce langage?

Dans la discussion du budget de son département, M. Van Humbéeck avait été pris à partie par M. Casier, sénateur de Gand, qui avait soutenu que « ce qu'il faut enseigner, ce n'est pas tant la Constitution belge que la constitution universelle consistant dans les commandements de Dieu et de r Eglise ».

M. Van Humbéeck répliqua que « la doctrine ainsi formulée « est tout simplement la négation de la liberté de conscience; « que ce sont les prescriptions d'un culte particulier qui doivent» « dans cette formule, servir de base à renseignement public ».

Cette déclaration» si simple et si logique lorsqu'on la rapproche de la question posée, fut dénaturée par la presse ; le mandement, comme la presse, supprime ce qui était affirmé, h savoir que ce nest pas tant la Constitution belge que la constitution universelle consistant dans les commandements de Dieu et de VEglise qu'il faut enseigner, et le mandement, comme la presse, traduit la réponse en cet aphorisme inintelligible que « le décalogue est la négation de la liberté de conscience », afin de pouvoir affirmer que renseignement du Décalogue est proscrit des écoles publiques !

C'est là ce qui donne son véritable sens et sa portée au passage travesti d*un de mes discours prononcé un an auparavant ; c'est là ce qui montre les desseins pervers du Gouvernement et son projet bien arrêté de déchristianiser le pays !

Or, les Evoques n'avaient pas prévu que, le jour même, presque à la même heure où leur mandement collectif allait paraître, leurs assertions seraient frappées par un démenti péremptoire.

Une interpellation de Tbonorable vicomte Vilain XllII, sénateur de Saint-Nicolas, fournit, en effet, à M. Van Humbéeck, quelques instants avant le vote définitif du projet de loi, Toccasion de faire une déclaration catégorique. Je transcris littéralement le passage des Annales qui se rapporte à cet incident :

M. Van Humbéeok, Ministre de t Instruction publique. — tf Bfessieurs, je tiens à répondre à l'honorable sénateur de Saint- Nicolas. On a souvent dit, dans la presse catholique, que j'avais aboli le Décalogue, et cela, parce qu'à mon entrée comme Ministre dans cette enceinte, répondant à un sénateur qui avait déclaré que la constitution universelle consiste dans les commandements de Dieu et de l'Eglise »

M. le Vicomte VUaln XIIII. — « Pas de l'Eglise; je parlais des commandements de Dieu. »

M. Van Humbéeok, iiftnûtré de t Instruction publique. — « Je disais que, dans la presse catholique, on a prétendu que j'aurais

aboli le Décalogue, parce qu*à une question posée, comme je viens de le dire, j*avais répondu :

« Si vous voulez fonder renseignement public sur les commandements de Dieu et de l*Eglise, vous le subordonnez à une religion déterminée et, par conséquent, c'est la négation de la liberté de conscience.

« C'est pour cela que la presse catholique, depuis plusieurs mois, m'accuse d'avoir aboli le Décalogue en disant que les commandements de Dieu sont la négation de la liberté de conscience. Jolie traduction et fidèle surtout, vous pouvez en juger!

« A la question que me pose Thonorable vicomte Vilain XIIII, je réponds : Pourquoi le Décalogue ne pourrait-il pas être enseigné dans l'école?

« II renferme sept commandements qui sont de pure morale; il y en a deux qui sont à la fois de morale et de religion ; il y en a un seul qui est de religion pure : c'est celui qui prescrit le repos du dimanche. »

M. le Vicomte Vilain XIIII. — « C'est le sabbat. »

M. Van Humbéeck, Ministre de rinstruction publique. — « Les catholiques ont corrigé ce commandement de Dieu en mettant le dimanche au lieu du sabbat.

« Les commandements qui sont de pure morale contiennent précisément les préceptes que j'indiquais avant-hier comme étant ceux que l'instituteur aura à enseigner.

c< Le respect de la vie d'autrui, le respect de la propriété d'autrui, respiect non seulement matériel, mais aussi intellectuel, c'est-à-dire interdisant même la simple convoitise, la continence et la chasteté, le respect de la vérité. Voilà ce qui se trouve dans le Décalogue et ce que j'ai indiqué comme devant être la base de la morale, non pas seulement de la morale catholique, protestante ou israélite, mais de cette morale que nous appelons universelle.

«c Ce n*e8t pas parce que ces préceptes sont dans le Décalogue qu*on devrait s*abstenir de les enseigner. Pourquoi même ne serait-il pas permis de dire, en terme de commentaire, que puisque ces préceptes se trouvent indiqués comme divins par les grandes religions qui se partagent le monde civilisé, ils empruntent à cette circonstance une valeur spéciale?

« (Test là un enseignement moral tout naturellement indiqué qu'il ne peut entrer dans Tesprit de personne de proscrire.

c< Je suis enchanté qu*on m'ait fourni Foccasion de m'expliquer à ce sujet, parce que le fait seul que cette question peut être posée indique jusqu'à quel point on a pu, même chez les meilleurs esprits, faire nattre contre le projet une prévention imméritée, contre nos intentions. »

Le Vicomte Vilain XIIII se déclara satisfait de ces explications.

Et voilà comment la lettre pastorale des Evéques explique à sa manière l'attitude des membres du Gouvernement; voilà comment elle fausse leur pensée pour les signaler à la haine et au mépris des populations qu'elle cherche à abuser !

La conduite que l'Épiscopat persiste à tenir dans la question de l'enseignement primaire m'étonne profondément quand je la rapproche, comme je vous l'ai laissé entendre plus haut, des déclarations qu'à plusieurs reprises la Légation du Roi a été autorisée à me faire, et que le Nonce apostolique n'a pas manqué de me confirmer dans chacun des entretiens que j'ai eu l'honneur d'avoir avec lui. Dans ma dépêche du 25 janvier dernier, j'ai déjà caractérisé la situation qui nous était faite vis-à-vis du Saint-Siège et j'ai autorisé M. Reusens à la signaler à Son Eminence le Cardinal Secrétaire d'Etat. Je reçus en réponse l'assurance formelle que, malgré les projets annoncés du Gouvernement en matière d'instruction publique, le Vatican persévérerait dans sa résolution d'empêcher autant que possible tout excès dans les luttes auxquelles les catholiques belges se trouvaient mêlés.

Ma communication du 26 février vint confirmer h M. Reusens la gravité de Tétat de choses que créait lattitude violente des Evéques et du clergé, poussant les populations à la révolte par des moyens que j*aurais pu qualifier à mon tour « d*ineptes et de mensongers », si j*avais voulu avoir recours à un pareil langage.

Son Eminence le Cardinal Nina se récria d*abord à Tidée de devoir intervenir auprès de TÉpiscopat; mais, dans un nouvel entretien qu il eut avec M. Reusens, il déclara à notre Chargé d'affaires qu'après avoir pris l'avis du Saint-Père et y avoir mûrement réfléchi, il reconnaissait la nécessité d'une action du Saint- Siège, ayant pour but de calmer les esprits et d'inspirer des sentiments de modération. Peu de jours après, le Nonce Apostolique avait reçu en eflet la mission de me donner des assurances conformes h cette déclaration. Comment ont été suivis ces conseils de calme et de modération? L'autorité du Saint-Siège est-elle méconnue, ou bien ce que nous voyons est-il l'expression tolérée du calme et de la modération recommandés?

L'intervention plus directe du Vatican, par voie de conseil, auprès des Evéques ne devait, il est vrai, se produire qu*après la fin des discussions parlementaires engagées sur le projet de loi, et le Cardinal Nina était persuadé, au dire de M. Reusens, que le Gouvernement du Roi reconnaîtrait combien l'attitude du Saint-Siège dans les questions précédentes lui permettait de se reposer avec confiance sur la prudence et le tact politique de Sa Sainteté pour les questions à venir.

Comment concilier cependant des assurances aussi positives avec la déclaration de guerre que les Evéques ont lancée, avec l'ouverture, officiellement annoncée par eux, d'écoles libres dans toutes les communes ; la défense intimée aux pères de familles et tuteurs catholiques d'envoyer leurs enfants ou leurs pupilles aux écoles « sans Dieu »; l'interdit implicitement jeté sur les établissements d'instruction primaire de l'Etat; enfin, avec le cri de rallie-

ment de ceux qui s'armaient jadis contre les infidèles et poussé aujourdliui comme pour appeler à la guerre civile : Dieu le veut !

Votre télégramme d*hier m'annonce, il est vrai, que le Vatican s*est laissé devancer et que ses instructions sont arrivées trop tard. Cest ce que Monseigneur Vannutelli m'a laissé entendre de son côté. Faut-il en conclure que les Evoques avaient été avertis que des conseils sur la conduite 5 tenir après le vote de la loi allaient leur être donnés et ont-ils voulu prendre les devants et s'engager ?

Quoi qu'il en soit, je suis convaincu, Monsieur le Baron, que vous aurez déjà signalé à Son Eminence le Cardinal Nina la gravité de la situation. Elle paraîtra d'autant plus étrange dans sa violence, qu'elle natt dattaques inqualifiables dirigées contre une loi dont le principe est appliqué ailleurs sans avoir jamais été réprouvé par le Saint-Siège. Je n'ai jamais appris, en efiet, que le régime pratiqué en Hollande ait été frappé d une condamnation doctrinale. Ce régime n'est autre cependant que celui que formule la loi actuellement adoptée par les Chambres, et il a existé, dans notre pays même, pendant toute la durée du royaume des Pays-Bas.

Au surplus, vous ne vous dissimulerez point, Monsieur le Baron, les conséquences sérieuses que pourrait entraîner, tant pour le clergé lui-même qu*au point de vue de nos rapports avec le Vatican, la situation que l'épiscopat cherche à perpétuer. Si la lutte s'engage dans les conditions où elle semble devoir être entamée, qui pourrait dire oti et quand elle s'arrêtera? Qui pourrait prévoir l'étendue des mesures de défense que le Gouvernement sera peut-être forcé de prendre pour désarmer des adversaires qui annoncent la résolution de pousser à l'extrême tous les moyens de résistance pour paralyser Texécution de la loi?

J'ai eu déjà l'occasion d'exposer au Nonce les considérations que je viens de faire valoir. Vous voudrez bien. Monsieur le Baron,

VOUS en pénétrer à votre tour dans vos entretiens avec Son Eminence le Cardinal Secrétaire d*Etat. Je vous autorise du reste à lui donner lecture de la présente dépêche et à lui en laisser copie s*il le désire.

Veuillez agréer, etc.

Frère-Orban.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège» au Ministre des Affaires étrangères.

(TÉLÉGRAMME

Rome, le 21 Juin 1879.

Tai eu aujourdliui un entretien avec le Cardinal Nina. Je vous écris le compte rendu des communications importantes du Cardinal.

d*Anethan.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 25 Juin 1879.)

Rome, le 2! Juin 1879.

Monsieur le Ministre,

J*ai eu aujourd'hui un entretien avec le Cardinal Nina au sujet de la communication télégraphique que vous avez bien voulu me faire du mandement des Evéques.

Son Eminence ne m'a pas dissimulé que le Pape avait vu avec déplaisir la présentation de la loi de l'enseignement primaire.

Le Cardinal espère que, dans l'application, le Gouvernement du Roi usera de ménagements, afin que les principes et les croyances du peuple catholique soient blessés le moins possible.

Son Eminence estime que cette condition est indispensable pour permettre au Pape de conserver la réserve qu'il s'est imposée non seulement en vue du bien des âmes, mais afin d*éviter, en même temps, de créer de nouveaux embarras au Gouvernement du Roi.

Le Cardinal m'a répété qu'il ne pouvait émettre aucune appréciation relativement au mandement, n'ayant pas encore reçu le texte de ce document (1).

Quant au fond même du mandement. Son Eminence espère qu'il n'y aura rien à critiquer ; en ce qui concerne la forme, si la Cabinet a quelque chose à y redire, c'est sans nul doute, a ajouté Son Eminence, à cause de l'accélération du vote du Sénat, qui n'a pas permis que les instructions du Saint-Siège parvinssent à temps au Nonce. « Ces instructions, m'a dit le Cardinal, étaient empreintes de cet esprit de modération et de sagesse dont ni le Saint-Père ni lui ne se départiront jamais ».

Son Eminence m'a répété, à plusieurs reprises, qu'elle ne se cachait pas la gravité des conséquences qui pouvaient naître de la situation à laquelle vous faites allusion dans votre télégramme

précité.

« Mais je compte, dans ces circonstances, m'a dit le Cardinal, sur l'esprit éminemment politique de M. Frère-Orban pour trouver le moyen d'adoucir l'irritation produite dans l'esprit des catholiques par la nouvelle loi de l'enseignement ».

Son Eminence m'a autorisé à vous déclarer que le Saint-Siège

(1) Voy. note page 108-i()9 el les annexes.

emploiera tous ses efforts afin que les catholiques ne prennent pas une attitude capable de troubler davantage les rapports entre l*Etat et l*Eg1ise, pourvu que, de son côté, il puisse avoir Fassurance de vos dispositions conciliantes auxquelles le Cardinal Eût appel.

Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, qQe ce sont les premières impressions du Cardinal qu'il sera de mon devoir d'entretenir pour la part qui peut être réellement avantageuse aux intérêts civils et religieux de notre pays.

Je crois savoir que les mêmes déclarations vous seront faites par le Nonce, si rien ne vient modifier la situation.

Agréez, Monsieur le Ministre, etc.

B«" d*Anethan.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 28 juin 1879.)

Rome, le ^i juin 1879.

Monsieur le Ministre,

Le Cardinal Nina m*a dit qu*i1 avait lu avec une grande attention le mandement des Evêques belges. Son Eminence a ajouté que, quant à la partie dogmatique de ce document, il lui serait impossible dy trouver rien à redire; l'épiscopat se base sur de nombreuses décisions pontificales qui ont unanimement condamné les écoles neutres. Le Cardinal m*a exprimé très confidentiellement ses réserves quant à la forme du mandement et à la vivacité de certaines expressions; mais Son Eminence en trouve lexpli-

cation dans la douleur que leur a fait éprouver la nouvelle loi, en présence de laquelle les Evéques se sont sentis doublement obligés de conserver l'intégrité de la foi et des sentiments religieux des fidèles. Au sujet du dispositif de ce mandement, Son Eminence m*a fait observer qu il fallait tenir compte de ce que les prélats belges n'ont pas jeté Tinterdit sur les écoles officielles, comme bon nombre de catholiques l'auraient désiré, et se sont bornés à faire connaître aux familles leur désapprobation du nouveau système scolaire : ce qui permet d'espérer que l'épiscopat usera de ce tempérament » dans les mesures d'application, et il le pourra faire facilement par les instructions qu'il donnera aux curés. C'est précisément dans cet esprit de conciliation que le Saint-Siège compte user de son influence afin d'éviter autant que possible les divisions qui résulteront d'un double enseignement. Pour permettre au Souverain Pontife d'exercer cette action pacificatrice le Secrétaire d'État de Sa Sainteté compte sur le concours du Gouvernement qui seconderait utilement, dit Son Eminence, les intentions du Saint-Siège, en tenant compte du sentiment des catholiques dans l'application de la loi. J*cspère d'ailleurs, a ajouté en terminant le Cardinal, que l'homme d'État placé à la tète du Ministère belge trouvera les moyens voulus pour correspondre aux bonnes intentions dont le Saint-Siège ne cesse de lui donner les plus incontestables preuves.

Agréez, etc.

B**" u'Anethan.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 50 juin 1879.)

Rome, le 26 juin 1879.

La dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du 31 de ce mois ne m*est parvenue quliier à une heure assez avancée de la soirée.

Je n*ai pas manqué de me rendre aujourd'hui chez le Cardinal Nina pour lui en donner connaissance.

Conformément à vos instructions, j*ai laissé une copie de ce document à Son Eminence qui m*en a exprimé le désir.

Le Cardinal tient à avoir un entretien avec le Pape avant de s'expliquer sur la question traitée par vous dans sa dépêche précitée.

Le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté m*a prié de revenir le voir après demain afin qu'il puisse me répondre après un mur examen.

J*aurai Thonneur de vous communiquer sans retard le compte rendu de ma conversation avec le Cardinal Nina.

Agréez, etc.

B®" d*Anethan.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Sainl-Siége.

Bruxelles, le l'' juillet 1879,

Monsieur le Baron,

Le Nonce est venu me voir le 26 juin et m*a donné lecture d'une dépêche du Cardinal Secrétaire d'Etat renfermant les observations dont la substance se trouve dans votre dépêche du 31.

A cette date. Son Eminence le Cardinal n'avait pas encore connaissance du texte du mandement collectif des Evéques. Le Secrétaire d'Etat ne se dissimulait pas la gravité des conséquences qui pouvaient naître de cet acte ; il regrettait que des instructions du Saint-Siège, « empreintes de cet esprit de modération et de sagesse dont le Saint-Père et Son Eminence ne voulaient pas se départir, » fussent arrivées trop tard au Nonce ; il exprimait Fespoir que le Gouvernement du Roi userait de ménagements dans l'application de la loi a afin que les principes et les croyances du peuple catholique soient blessés le moins possible », condition indispensable pour permettre au Pape de conserver la réserve qu'il s'est imposée en cette affaire; il vous autorisait enfin à me déclarer « que le Saint-Siège emploierait tous ses efforts afin que les catholiques ne prennent pas une attitude capable de troubler davanUge les rapports entre l'Etat et TEglise, pourvu que, de son côté, il eût l'assurance des dispositions conciliantes du Gouvernement du Roi, auquel il ferait appel ».

Le Gouvernement avait été au devant des désirs qui étaient exprimés. Il n'entendait pas seulement user de simples « ménagements » dans l'application de la loi à l'égard des croyances du peuple catholique, mais il avait fait insérer dans la loi même une

défense formelle à rinstituteur de se livrer, dans son enseignement, à des attaques contre les croyances religieuses des familles dont les enfants lui étaient confiés.

Le Gouvernement du Roi avait montré, d*un autre côté, Tesprit dont il est animé en ne se hâtant pas de faire publiquement une justice éclatante des accusations coupables dirigées contre lui dans la lettre pastorale des Evêques, qui, pour justifier leurs incriminations, ne craignent point d'altérer nos pensées, nos paroles et nos actes, ainsi que rétablit d'une manière irrécusable ma dépêche du 21 juin, dont vous avez remis copie à Son Eminence le Cardinal Nina.

Jattendais les effets des intentions annoncées après que le mandement collectif aurait pu être apprécié par le Secrétaire d'Etat.

Votre dépêche du 24 me rend compte de Vimpression que sa lecture a faite sur Son Eminence. Sauf des réserves quant à la forme — et encore « très confidentielles » — sur ee que Ton nomme c< la vivacité de certaines expressions », le Cardinal estime ce que quant à la partie dogmatique de ce document» il lui serait impossible d*y trouver rien à redire ».

Je présume que sur le mode de discussion et le genre de preuves, admis par les Evêques, les opinions de Son Eminence se seront modifiées après la lecture de ma dépêche du 21, et qu'il reconnaîtra qu'il y a là autre chose que des vivacités d'expressions suffisamment excusées par des réserves confidentielles. Toutefois votre dépêche du Si) juin m'informe que Son Eminence le Cardinal Nina a cru devoir en référer à Sa Sainteté avant de foire connaître son sentiment.

Quant au côté dogmatique du mandement, je n'ai pas la prétention d'entrer en controverse sur un tel sujet avec Son Eminence. Je prends seulement le côté historique de la question ; car, si je suis fort incompétent en matière théologique, je me

permets de croire que mon aptitude ne sera pas récusée, s'il s*agit simplement de constater des faits et d*en déduire des conclusions logiques.

Or, il est certain que les écoles mixtes ou neutres d'Irlande, dans lesquelles aucun enseignement religieux dogmatique n'était donné, qui étaient ouvertes aux catholiques et aux protestants, au sujet desquelles une division profonde avait éclaté parmi les chefs du clergé catholique en Irlande, n'ont pas été tout d'abord condamnées par le Souverain Pontife. Le Pape Grégoire XVI a formellement autorisé les catholiques h y coopérer. Plus tard, il est vrai, ces écoles ainsi que celles des Etats-Unis ont été répudiées en principe par Pie IX. Il résulte de là que l'on a pu varier dans le jugement à porter sur ces écoles et que l'on pourrait varier encore selon les circonstances et le temps, tout en réservant ce qui peut être considéré comme l'idéal de l'Eglise en cette matière.

Mais à côté de ces écoles, il en est d'autres, n'ayant pas précisément le môme caractère, puisque, au lieu d'exclure tout enseignement religieux dogmatique, elles l'admettent expressément, à des heures déterminées, pour les élèves fréquentant l'école. 'Ces écoles-là, sans être placées, cela va de soi, sur la même ligne que les écoles confessionnelles, n'ont jamais été, que je sache, l'objet d'une condamnation doctrinale, et si l'on pouvait prétendre qu'elles sont atteintes par les sentences qui ont frappé les écoles neutres, il faudi*ait confesser que les écoles instituées par la loi de 1842, en faveur desquelles s'opère le soulèvement que nous constatons, sont frappées du même anathème que l'on voudrait réserver aux écoles placées sous le régime de la loi qui vient d'être votée par les Chambres.

L'école établie par la loi de 1842 est, en etl'et, accessible aux enfants de cultes différents.

L'enseignement religieux dans l'école est celui de la majorité;

si les protestants sont en majorité, c*est l'enseignement religieux protestant seul qui est donné ; si les catholiques sont en majorité, c'est l'enseignement catholique ; les élèves appartenant k la minorité sont dispensés d'assister à l'enseignement dogmatique du culte de la majorité.

Ainsi le veut la loi en termes exprès.

Elle prescrit par cela même que l'enseignement séculier sera neutre, sans quoi il ne serait pas vrai d'énoncer que la minorité n'est point soumise à l'enseignement du dogme de la majorité.

C'est pourquoi M. de Theux, Ministre de l'Intérieur, arrêta, en 1846, dans un règlement concerté avec les Evéques, une disposition indiquant les heures auxquelles se donnerait l'enseignement religieux. La circulaire accompagnant l'envoi de ce règlement portait : « En donnant la leçon de religion au commencemeiU de la classe le matin et à la fin de la classe raprès-midi, l'on rend plus facile la prescription légale qui veut que les enfants qui n'ap« partiennent pas à la communion de la majorité soient dispensés d'assister aux exercices religieux. Les élèves de cette catégorie pourront n'entrer en classe le matin, qu'après la première demiheure et V après-midi ^ ils pourront quitter t école une demi- heure avant leurs condisciples. »

Pendant les heures de classes l'enseignement devait donc être strictement neutre, s'il y avait des dissidents dans l'école.

C'est ce que M. de Theux confirmait longtemps après, en i868, dans les termes suivants : « Il n'a pu entrer, disait-il, ni dans l'esprit des Evéques, ni dans celui du Ministre de l'Intérieur de 1846, de prescrire aux instituteurs de donner fenseignemetU con^ fessionnel en dehors des deux demi-heures cofisacrées à cet enseignement, lorsquil y a des dissidents dans îécole : c'eût été absurde. Vous voudrez bien croire que je connaissais assez la Constitution et la loi de 1842 et que f avais assez de bon sens pour ne pas prescrire une chose qui leur serait contraire. »

11 esl impossible d*élre plus catégorique et d*affirmer d une manière plus précise le caractère neutre de l'enseignement séculier sous Tempire de la loi de 1842, consacrant, sous ce rapport, ainsi que le déclare M. de Theux, nos principes constitutionnels.

Or, la loi nouvelle admet pour renseignement religieux la disposition réglementaire adoptée dès 1846; elle maintient la neutralité de renseignement laïque et elle ne peut pas plus être proscrite à ce titre que la loi de 1842 elle-même représentée aujourd'hui, pour les nécessités de la discussion, comme étant en harmonie avec les doctrines de l'Eglise.

Il importe de dissiper, toute équivoque et toute méprise : ce n*est pas l'enseignement religieux qui est en cause, c'est la suppression de l'inspection ecclésiastique et de l'intervention du clergé, de droit ou de fait, dans le choix des livres et des instituteurs. Et comme on ne peut espérer de passionner les esprits en revendiquant des privilèges de ce genre, on veut intéresser le sentiment religieux des populations, et l'on accuse le Gouvernement, contre toute vérité, de chasser la religion et le prêtre de l'école, tandis que la loi met au contraire un local dans l'école à la disposition des ministres des cultes pour qu'ils puissent y accomplir leur mission évangélique, conformément aux vœux des pères de famille.

L'évidence même se déduit à ce sujet des propres faits de notre histoire. La loi de 1850, qui règle l'enseignement moyen, est établie, quant à l'instruction religieuse, sur le même principe qui vient d'être admis pour les écoles primaires. La loi de 1850 a été attaquée de la même manière que celle-ci ; elle a été combattue par les mêmes moyens; elle a soulevé identiquement les mêmes plaintes de la part du clergé catholique; de plus — ce qui ne s'est pas fait cette fois — la loi de 1850 a été signalée par le Pape Pie IX, en consistoire, comme faisant courir des périls en

Belgique à la religion catholique.

Néanmoins, cette loi votée a-t-elle provoqué une sorte d'insurrection, comme celle d'aujourd'hui, de la part du clergé? A-t-on vu alors ce déchaînement de passions et de violences pour entraver l'exécution de la loi? Les athénées et les écoles moyennes ont-ils été firappés d'une sorte d'interdit par une mesure gêné* raie? Non seulement on n'a rien vu de semblable, mais les catholiques ont été au pouvoir dix ans, en deux fois, durant le trentenaire qui vient de s'écouler, et loin de tenter même de fidre rapporter cette loi, ils l'ont pleinement exécutée en votant chaque année les fonds nécessaires pour son application.

Gomment donc peut-on espérer de persuader aux gens sensés et de bonne foi que le principe consacré par la loi de 1879 tou« chant l'enseignement religieux, absolument le même que celui qui est inscrit dans la loi de 1850, intéresse à ce point la religion que ni la crainte de susciter des agitations et des troubles, de provoquer des divisions profondes et des haines implacables, ni le danger d'alarmer les consciences, d'une part, et, de l'autre, d'exposer le clergé lui-même aux conséquences inévitables d'une réaction légitime contre l'excès de ses prétentions, que rien enfin ne doit arrêter pour empêcher qu'une telle loi reçoive son exécution !

Si dans de telles conditions, en présence de tels précédents, l'abstention du Saint-Siège est justifiée, Monsieur le Baron, il devient difficile de concevoir quelle peut être l'utilité d'une Légation belge auprès du Vatican. En vain dira-t-on qu'au point de vue dogmatique, il n y a rien à redire aux mandements des Evoques; j'ai montré ce que les faits nous apprennent à ce sujet; mais dût-on admettre l'exactitude absolue du point de vue dogmatique, il serait néanmoins impossible de comprendre que ce qui a pu être déclaré par le Saint-Père au sujet des attaques dirigées contre la Constitution, ne puisse également se &ire en ce qui touche la loi sur renseignement primaire, ou tout au moins

qu'on ne puisse prescrire à ce sujet aucun tempérament sérieux et efficace, car si Ton peut s'abriter pour condamner celle-ci sous l'autorité de diverses décisions pontificales, on pourrait en invoquer de plus importantes et de plus nombreuses encore pour mettre en question les principes de liberté inscrits dans notre pacte fondamental.

Cette situation n'a pas empêché Sa Sainteté Léon XIH de proclamer à diverses reprises^ et il vous a répété à vous-même le 27 avril dernier, Monsieur le Baron, que ce serait aller à rencontre des vues du Saint-Siège que d*attaquer ou de blâmer notre pacte fondamental et que les catholiques doivent y être soumis sans arrière-pensée.

A plus forte raison, semble-t-il, il ne doit y avoir aucun obstacle réel à ce que l'on arrête des entreprises injustes et violentes contre des écoles publiques dont le régime, sous le rapport de l'enseignement religieux, est conforme à celui qui existe aujourd'hui dans les écoles de la plupart des Etats européens.

Je vous prie de remarquer, Monsieur le Baron, que si j'insiste à cet égard, c'est uniquement dans l'intérêt de la pacification des esprits; nous n'avons rien à redouter des attaques des Evêques, et c'est contre eux-mêmes, j'en suis convaincu, que tournera la lutte dans laquelle ils veulent s'engager.

Je vous autorise à donner lecture au Cardinal Secrétaire d'Etal de cette dépêche et à lui en laisser copie, s'il le désire.

Agréez, etc.

Frèrb-Orban.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 3 juillet 1879.)

Rome, le â8 juin 1879.

Monsieur le Ministre,

Je me suis présenté de nouveau aujourd'hui au Vatican comme j avais eu Thonneur de vous en prévenir.

Je n*ai pas manqué d'appeler Tattention du Cardinal Nina sur les conséquences sérieuses que pourrait entraîner, tant pour le clergé lui-même qu'au point de vue de nos relations avec le Saint-Siège, la situation résultant du dernier mandement des Evéques.

Suivant vos instructions, je n*ai pas caché au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté que le Gouvernement serait peut-être appelé à prendre des mesures défensives, et je l'ai vivement engagé à ne pas perdre de vue les conséquences de la lutte qui est sur le point de commencer.

Son Eminence n'a pas méconnu la gravité de la situation et m'a assuré qu'elle préoccupait sérieusement le Saint-Siège.

Le Cardinal m'a exprimé de nouveau le regret que le vote précipité de la loi de l'enseignement par le Sénat ait empêché ses instructions d'arriver au Nonce en temps utile pour qu'il pût user de son influence près de TÉpiscopat.

Son Eminence m'a cité un passage de la circulaire qu'Elle a adressée aux représentants du Saint-Siège lors de son entrée en fonctions; ce document a dû vous être communiqué par Monseigneur Vannutelli.

Dans cette circulaire, le Cardinal Nina « leur recommande, dès

la première apparition d'une divergence de vues entre l'autorité civile et le clergé, de s'appliquer à éviter un conflit et de recourir au Saint-Siège avant que les parties se soient fait justice à ellesrmémes ou que la presse se soit emparée du différend, l'intérêt du Saint-Siège étant d'employer son action toute impartiale de £Eiçon à ce que les convenances respectives des deux pouvoirs soient sauvegardées ». Appliquante la situation présente ce passage de sa circulaire, Son Eminence m'a laissé entendre que, surtout en présence des déclarations contenues dans votre dépêche du 21, de laquelle il résulte que le Gouvernement du Roi aurait admis qu'il fût introduit dans le projet de loi sur l'instruction primaire des modifications de nature à satisfaire les désirs des catholiques, tout conflit eût pu être évité si le Saint-Siège avait eu connaissance à temps des dispositions de la nouvelle législation et si surtout il avait été appelé à donner confidentiellement: son avis.

Gomme je faisais observer à Son Eminence que les principes de notre Gonstitution consacrant la séparation de l'Eglise et de l'Etat me paraissaient rendre diflicile une semblable entente : « G'est possible, m'a répondu le Gardinal, mais seulement pour le cas où l'échange d'idées eût dû être officiel et public; ce que je n'admets pas et ce que je n'aurais pas désiré tant en vue du bien de l'Etat que de celui de l'Eglise; par ce procédé on aurait évité, au moins en grande partie, les polémiques si ardentes des deux côtés. » Aussitôt après, et comme pour me montrer que ces paroles étaient l'expression d'un regret et non d'une récrimination, il a ajouté que pour le moment on ne devait songer qu'h une chose, améliorer autant que possible la situation, et, me renouvelant la promesse que, de son côté, il y emploierait tous ses efforts, il a encore une fois fait appel à votre sagesse politique pour lui rendre cette tâche plus facile et plus féconde en heureux résultats.

Quant à la partie de la dépêche précitée, concernant les assu-

rances données par le Saint-Siège, le Cardinal Nina m*a prié de vous faire observer qu*en premier lieu le Souverain Pontife avait fait droit à vos observations relatives aux attaques contre la Constitution et que depuis lors elles ont cessé; en second lieu, quant à la question de renseignement primaire, Son Eminence n*a jamais, dit-Elle, « dissimulé le déplaisir que cette nouvelle législation causait à Sa Sainteté; le Saint-Siège avait espéré, jusquau dernier moment, Tadoption d*amendements qui eussent rendu ce système scolaire moins antipathique aux catholiques. Malgré cette appréciation, dit le Cardinal Nina, il n*a pas hésité à offrir ses bons offices pour travailler à l'apaisement des esprits ».

Son Eminence a l'intention de répondre par une dépêche adressée au Nonce, et qu il sera chargé de vous communiquer, afin de traiter tous les points dont s*est occupé Toffice précité du 31 de ce mois, notamment en ce qui concerne la législation de renseignement primaire en Hollande ; le Cardinal m*a dit qu'il devait examiner cette question avant de pouvoir s'en expliquer avec moi.

Quant à la partie de votre dépêche qui concerne l'interprétation erronée de vos discours et de ceux de M. le Ministre de l'Instruction publique, Son Eminence a évité de se prononcer et s'est bornée h regretter un malentendu qui ne peut être attribué qu'à l'inexactitude des comptes rendus des journaux.

Je me permettrai de faire remarquer qu'en présence des dispositions des catholiques belges, l'abstention du Saint-Siège est très significative, surtout si l'on rapproche cette attitude du langage du Souverain Pontife lors du vote de la loi de 1850 sur l'enseignement moyen.

Agréez, Monsieur le Ministre, etc.

B*"" o'Anethan.

Son Eminence le Sbcrétairb d*Etat de Sa Sainteté, au Nonce apostolique à Bruxelles.

(Dépêche remise le 6 jaillet 1879 par Monseigneur Yannotelli.)

Ill"** e R~ Signore,

Il Signor Barone d*Anethan mi ha rilasciato copia di una comu- Dicazione testé ricevuta da S. Ec. il Signor Ministre degli AfTari Esteri, che stimo opportune di portare a conoscenza della S. V. Ulma, affinchè in base al mio dispaccio del 32 giugno p"" s^ ed a ciô che sarô per dirle sull* argomento, sià Ella in grade d'impedire che certe apprensioni meno fondate possano trovare adito neir animo del Signor Frère-Orban.

Il discorso del Signor Ministre si puô ridurre a tre punti principali. Nel primo egli riassume tutto ciô che si riferisce ail* attitudine presa dair Episcopato Belga iino dalla prima origine del progetto di legge sulF insegnamento primario ; e per provarne la ostîlità e la violenza la raffronta colla linea di condotta, da lui creduta moderata e conciliativa, spiegata dal Governo in tutto il corso di questo affare. Nel seconde si dà cura di dimostrare che i Yeseovi colla nuova Pastorale hanno interpretato troppo sinistramente alcune espressioni da lui profTerite nel discorso del 15 maggio 1878, come alcune altre pronunziate dal sue Collega il Signor Ministre delF Instruz|pne pubblica. Nel terzo finalmente trova molto difficoltà di poter conciliare F attuale contegno dell* Episcopato colle dichiarazioni spesso ricevute per parte della Santa Sede, che cioë in questa vertenza si sarebbe raccomandata la calma e la moderazione, e prevede che lo stato di cose che l'Episcopato cerca di perpetuare potrà produrre série conseguenze tanto pel Glero stesso, quanto dal punto di vista délie relazioni colla Santa Sede.

E queslo in complesso il senso della comuoicazione del prelodato Signor Frëre-Orban. Or bene, per ciô che riguarda la prima e la seconda parte della medesima, io credo potermi dispensare dal profTerire alcun giudizio, trattandosi per lo più di &tti positivi, che oitre a non toccare la questione principale, di oui unicamente puô interessarsi la Santa Sede, richiederebbero esatte e précise notizie per poterli apprezzare con quel giusto criterio che airuopo si converrebbe. In quanto poi aile deduzioni che ne trae il Signor Frère, e che coslituiscono la parte sostanziale della sua comunicazione, credo dovermi riportare aile spiegazioni fornite alla S. V. nell* anzidetto mio dispaccio del 22 pp. mese, tanto più che il Sig' Ministre si mostra pienamente informato dei giusti motivi per cui la Santa Sede non ha potuto prevenire la pubblicazione del nuovo atto deIl*Episcopato belga. Mi limeterô solo a dire che, dopo aver preso cognizione della Pastorale Vescovile io trovo di non poter recedere da quelFordine d'idée che già Le accennai preventivamente nel surriferito mio dispaccio, e che per conseguenza sono costretto a costatare che il Signor Frère colpito forse dalFimpressione del momento ha portato su quelFatto un giudizio troppo severo. Iiifatti la parte dottrinale del medesimo non potrebbe andar soggetla ad alcuna censura, perché conforme ai principii e massime della Ghiesa cattolica applicate fine a questi ultimi tempi dalla Santa Sede anche ad altri paesi.

In quanto poi alla parte dispositiva, essa non contenendo un divicto assoluto per le scuole officiali, ma limitato da saggie e prudenti restrizioni, puô ritenersi come abbastanza temperata, lasciando Tadito a pratici accomodamenti ogni qualvolta Teducazione morale e religiosa dei fanciulli non si trovi esposta a pericolo. Del reste, se in qualche punto il linguaggio della Pastorale sembra un pô vivace, ciô deve condonarsi al sentimento religioso dei Vescovi, che si è inteso ferito colla nuova legge, nonchè al

loFO zelo per mantenere Tintegrità della fede secondo Timprescendibile dovere cbe ne hanno e che poi va anche a refluire a vantaggio délia stessa Società civile.

Ond*è che a me non sembra che possano verificarsi le série conseguenze a cui h allusion^e il Signer Ministre, chë anzi, se il Governo cœrentemente agli assunti impegni avrà cura di allontanare dalle scuole tutto ciô che possa ofiendere il sentimento religioso dei cattolici, non dubito punto che saranno per cessare le dolorose apprensioni del Clero e deirEpiscopato. Ed a questo proposito la Sig^ Vra potrà assicurare il Signer Frère-Orban che la Santa Sede, corne non ha cessato fin qui di esercitare la sua influenza per circoscrivere la lotta entre i limiti della moderazione allontanando anche certe controversie di maggiore entità, corne quelle riferibili alla Gostituzione del Règne» cost non ha mancato e non mancherà anche in questa circostanza di fare i passi opportuni onde sia posta in disparte, per quanto ciô sarà reso possibile dai procedimenti dell' Autorità civile, nel campe prattico ogni misura estrema. Farà poi riflettere al sue interlocutore che taie azione della S. Sede sarebbe senza dubbio riuscita più efficace e fruttuosa ed avrebbe risparmiato al Governo del Re Tintero conflitto di cui si tratta, se avesse potuto svolgersi liberamente prima che Tistesso Governo si fosse impegnato a far prevalere il progetto suU' insegnamento e prima che gli animi si fossero accesi nello attrito di una polemica.

Nella persuazione chez l'illustre Uomo di State sarà per apprezzare giustamente queste brevi considerazioni, autorizzo la S. V. a dargli copia del présente dispaccio, qualora lo desideri, e profitto del nuovo incontro per confermarmi con sensi di distinta stima.

Di V. S. Ill»\

Roma, l"» loglio 1879.

Aff'^'' per servirla^

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