N^'SO
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège,
(Reçue le 17 février 1880.)
(EXTRAIT
Rome, le U février 1880, Monsieur le Ministre,
Il est peu probable, d'après ce que m'a dit le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté, que le Cardinal Jacobini puisse quitter Vienne avant le mois d'avril ; Monseigneur Vannutelli sera autorisé à revenir à Rome avant de se rendre à son nouveau poste, dès que le vote du budget du Ministère des Affaires étrangères aura terminé la question de l'existence de la Légation près du Saint- Siège.
Son Eminence m'a également annoncé que Monseigneur Du Rousàeaux sera préconisé Evoque dans le prochain consistoire. Il avait été question de lui conférer la dignité par bref, mais le Pape a préféré attendre la réunion de cette assemblée, qui aura lieu au plus tard dans les premiers jours de mars.
Agréez, etc.
■ta
B**" d'Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le i^ mars 1880.)
Rome, le 27 février 4880.
Monsieur le Ministre,
Le Pape a reçu successivement cette semaine les représentants étrangers accrédités au Vatican, à Toccasion du second anniversaire de son avènement au Pontificat.
J'ai eu rhonneur d'être admis hier en présence du Saint-Père.
Le Souverain Pontife m'a accueilli de la façon la plus bienveillante et s'est informé avec beaucoup d'intérêt du Roi et de la Famille royale.
Léon XIII m'a paru éviter de toucher aux questions politiques du moment.
Sa Sainteté, en mettant fin à l'audience, m'a dit :
c( Je vous remercie des félicitations que vous m'avez adressées à l'occasion du second anniversaire de mon élévation ik la Papauté. Voilà déjà la troisième année de mon Pontificat commencée; puisse-t-elle être favorable au développement de la foi dans le monde et au rétablissement de la concorde entre les hommes! Je le souhaite pour l'univers entier et plus particulièrement pour votre pays, auquel, vous le savez, je porte un sincère intérêt; j'y ai passé quatre années qui sont un de mes plus agréables souvenirs.
« Je bénis le Roi, la Famille royale et la Belgique. J'espère que Dieu exaucera les prières que je Lui adresse pour le bonheur de votre chère patrie. »
Le Saint-Père a tenu aujourd'hui un consistoire pour la remise
du chapeau aux Cardinaux Meglia, Sanguigny, Cattani et Furstenberg. Plusieurs Evéques ont été préconisés dans cette assemblée, notamment Monseigneur Du Rousseaux, administrateur du diocèse de Tournai, qui est appelé à TEpiscopat sous le titre d*Evéque d*Euménie, in partibus infidelium.
Agréez, Monsieur le Ministre, etc.
B°" d'Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le i6 mars 1880.) (EXTRAIT.)
Rome, i2 mars 1880.
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur d'accuser la réception de la dépêche du 8 de ce mois par laquelle vous voulez bien m annoncer que les fiançailles de S. A. R. la Princesse Stéphanie, avec S. A. I. et R. l'archiduc Rodolphe, héritier présomptif de l'empire d'Autriche-Hongrie, ont eu lieu le 7 au château de Laeken.
Le Saint-Père a appris cette nouvelle avec une vive satisfaction. Sa Sainteté a été très touchée de l'empressement de LL. MM. à Lui faire part de cet heureux événement; Elle se réjouit de cette alliance entre deux maisons souveraines auxquelles Elle porte un si vif intérêt. A peine l'annonce des fiançailles Lui fut-elle parvenue que Sa Sainteté s'empressa d'adresser ses félicitations à nos Augustes Souverains.
Le Pape écrivit Lui-même le télégramme.
Le Cardinal Nina m*a égalenjent exprimé» Monsieur le Ministre, sa satisfaction du vote récent de la Chambre des représentants concernant le maintien de la Légation du Roi. Son Eminence a vu, avec plaisir, que la quasi-unanimité de l'assemblée s'est prononcée en faveur de votre proposition relative à la continuation des relations entre la Belgique et le Saint-Siège. Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté fait des vœux pour que ces relations empreintes d'une mutuelle confiance soient favorables aux intérêts de l'Etat et au bien de la religion en Belgique.
Le Cardinal Nina ne négligera rien de son côté pour obtenir cet heureux résultat. 11 m'a chargé de vous en donner l'assurance.
Agréez, etc.
B*" d'Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Afiaires étrangères.
(Reçue le ai mars 1880.)
(EXTRAIT
Rome, le 17 mars 1880.
Monsieur le Ministre,
Des propositions ont été transmises, il y a un mois, au Cardinal Jacobini, dans le but d'écarter les principales difficultés qui s'opposent à Texercice du culte en Allemagne; elles sont en ce
moment l'objet d'un examen sérieux de la part du Cabinet de Berlin. '
Dès que la réponse du Ministère prussien sera parvenue à Vienne, le représentant du Saint-Siège fera constater, par un échange de notes, les points sur lesquels l'accord existe déjà, et elles serviront de base à une négociation plus étendue pour laquelle de nouveaux mandataires devront être désignés de part et d'autre.
Après ces préliminaires, le Cardinal Pro-Nonce quittera Vienne et reviendra à Rome. Monseigneur Vannutelli est attendu dans cette ville : le Saint-Père tient à l'entretenir de la situation de notre pays. 11 retournera ensuite en Belgique pour remettre ses lettres de rappel.
Agréez, etc.
B®" d'Anethan.
Le Ministre des Affaires étrangères,
au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.
^Bruxelles, le 7 avril 1880.
Monsieur le Baron,
La correspondance que, dans le cours des deux dernières années, j'ai, par votre intermédiaire, échangée avec le Saint-Siège, a subi depuis six mois un temps d arrêt. Ce n est pas qu'aux yeux du Gouvernement le but en fut entièrement acquis, que les résultats obtenus lui parussent pleinement satisfaisai^ts : loin de là. Mais, au point où aboutissaient, à la veille de l'ouverture de la session législative, les explications intervenues des deux côtés.
il semblait utile, avant de les poursuivre, d'ea constater les effets pratiques. La publication de la correspondance devait nous permettre de faire une double expérience : il fallait s'assurer, d'une part, de l'impression que ces actes produiraient sur l'opinion du pays, de l'accueil que leur réservait la représentation nationale ; il fallait constater, d'autre part, l'attitude que croirait devoir prendre le clergé catholique en présence des déclarations officielles émanées du Saint-Siège. Cette épreuve est terminée aujourd'hui; rien ne s'oppose désormais à ce que l'échange de vues soit repris dans les conditions nouvelles qui en résultent à la fois pour le Saint-Siège et le Gouvernement du pays.
Vous n'aurez pas manqué de suivre attentivement la discussion du budget des Affaires étrangères. Prolongée du 26 février au 9 mars, elle s'est, pour ainsi dire, concentrée tout entière sur la question du maintien de la Légation belge auprès du Vatican. Le Gouvernement, en proposant de continuer les relations diplomatiques avec le Saint-Siège, a obéi à la conviction que les déclarations du Pape étaient sincères et qu'elles seraient efficaces; il a pensé qu'un certain laps de temps était nécessaire pour que l'action pût s'en faire sentir sur les esprits, et il n'a épargné aucun effort pour faire partager sa conviction par la majorité parlementaire.
L'opposition catholique dans les Chambres s'estj placée à un autre point de vue; elle n'a certes pas refusé son vote; mais elle l'a accordé dans un esprit qui allait à rencontre du but poursuivi par le Gouvernement.
Impuissante à pratiquer la politique de l'Episcopat et condamnée à sembler la défendre pour ne point compromettre l'apparente unité du parti, l'opposition a laissé croire qu'elle adhérait sans exception ni réserve aux mesures prises par les Evoques dans la question scolaire, bien qu'il fût notoire que ses membres les plus autorisés les condamnaient dans leurs entretiens privés;
elle a nié Texistence d*un dissentiment réel enire le Saint-Père et l'Episcopat belge, ou elle a feint d'ignorer en quoi il pouvait consister, ce qui donnait d'autant plus de force aux actes regrettables du clergé. A la veille de la clôture du débat, le chef de cette opposition en résumait la pensée en disant qu'il n'y avait que les badauds — c'est l'expression dont il a cru devoir se servir — qui pussent croire que les Evéques étaient en désaccord avec le Pape. (Séance de la Chambre des représentants du 9 mars 1880.)
C'était dénier en fait toute valeur pratique à notre échange de vues avec le Vatican. Une telle attitude n'était guère de nature à seconder le Gouvernement dans la tâche qu'il s'était imposée de rallier à l'opinion contraire la majorité de ses amis politiques dans les Chambres. Au sein de celles-ci, comme au dehors, l'impression première que produisit parmi eux la publication de la correspondance avec le Saint-Siège, il faut le reconnaître, ne fut rien moins que favorable. On trouvait les déclarations du Vatican peu précises, ses conseils peu pressants, ses instructions nullement impératives; on doutait de leur efficacité ; on n'en espérait guère plus d'effet dans l'avenir qu'on n'en constatait au moment même. Le Gouvernement et nombre de députés de la gauche parlementaire ont énergiquement combattu cette appréciation. Us ont eu confiance dans les bonnes intentions manifestées par le Saint- Père; ils ont voulu laisser à son intervention modératrice le bénéfice du temps; ils ont cru que Léon XIII avait une intelligence trop claire des idées et des besoins de notre époque pour ne pas trouver le moyen de faire prévaloir ses vues dans le Gouvernement de l'Eglise. C'est dans ces conditions, en prévision de cet avenir, que le maintien de la Légation auprès du Vatican a rallié les suffrages de la majorité libérale.
Beaucoup de membres de cette majorité ont toutefois persisté jusqu'au bout dans leur opposition à cette mesure, d'autres encore n'y ont accordé qu'un concours provisoire. Parmi les arguments
qu*i1s ont invoqués à Tappui de leur manière de voir, le plus décisif, le plus difficile assurément à contester leur a été fourni par le Clergé catholique lui-même. Quatre mois après la publication de la correspondance, TEpiscopat n*avait modifié sous aucun rapport Tattitude violente qu*il avait adoptée à Tégard de renseignement public.
Le 5 octobre 1879, le Cardinal Nina vous avait dit que le Saint-Père regrettait la lutte engagée entre l'Episcopat et le Gouvernement du Roi; que les Prélats beiges avaient déduit d*un principe juste des conclusions inopportunes et excessives; que le Saint-Siège n'avait cessé de recommander le calme, la prudence, la modération. Dans sa dépêche officielle du 1^' juillet 1879, Son Eminence le Secrétaire d*Etat avait même fait entendre que le Pape ne manquerait pas de faire les démarches opportunes « afin de prévenir, sur le terrain pratique, toute mesure extrême», et que, le sentiment religieux des catholiques venant à être sauvegardé dans Torganisation des nouvelles écoles — il Test expressément par les termes de la loi comme par ceux des instructions ministérielles — il ne doutait pas « que les doulou- « reuses appréciations du Clergé et de FEpiscopat ne tarderaient «pas à disparaître».
Ces prévisions ne se sont guère réalisées; la lutte n'a rien perdu de son âpreté; le Clergé catholique se maintient en insurrection ouverte contre la loi. Si le Saint-Père a donné des conseils de modération, de prudence, de calme, il n*a visiblement pas été écouté. Les Evêques persistent dans leur opposition à outrance à l'enseignement de l'Etat; en dépit des preuves les plus manifestes du contraire, ils continuent de le qualifier d'impie, d'immoral, d'hostile à toute religion en général et au catholicisme en particulier. Us n'ont rétiré aucune de ces mesures notoirement excessives, telles que l'excommunication en masse et le reftis des sacrements, introduites pour combattre et discréditer nos écoles
publiques, mesures qui ne sont appliquées dans aucune des nombreuses contrées où se trouve en vigueur le même principe scolaire sur lequel nos écoles sont fondées. Les mandements de carême de cette année n'ont en rien atténué la véhémence des attaques contenues dans les lettres pastorales de Tan dernier. L^Evéque de Liège compare les membres du Gouvernement à « ces orgueilleux pharisiens qui opposent la loi de Dieu promulguée par Moïse à celle qu'annonçait le Messie et refusaient de se soumettre aux enseignements de Dieu, sous le fallacieux prétexte d un désaccord entre sa doctrine et celle des prophètes, tandis qu'ils ne la rejetaient que parce que leurs esprits et leurs cœurs étaient alarmés du frein que la vérité et la morale évangéliques imposaient à leurs passions. »
Le mandement de l'Evéque de Namur, plein de menaces inconvenantes, est un véritable pamphlet politique, accusant le Gouvernement et la Législature de ne poursuivre, par la nouvelle législation scolaire, d'autre but que de ravir aux enfants la foi chrétienne « pour les livrer à l'esprit d'incrédulité et de désor- « dre; » et la conclusion de ce document est celle-ci : « Les libé- « raux sont les ennemis de Dieu et de l'Eglise; n'ayez rien de a commun avec eux. » Si le langage des quelques autres Prélats est moins passionné, celui du Cardinal-Archevêque de Malines prouve, en revanche, que l'esprit de l'Episcopat n'est aucunement modifié. L'école neutre reste à ses yeux une occasion prochaine de perversion, et de la plus redoutable des perversions, celle de l'esprit, a Pères et mères qui nous écoutez, » dit-il, « sachez que « toutes les écoles de ce genre sont des écoles d'apostasie. « Jamais, » poursuit-il, « le sacerdoce catholique ne leur prêtera c< son concours. »
Les actes ont répondu à ce langage. Un journal a publié dans le texte original un document caractéristique et qui n'a fait jusqu'ici l'objet d'aucun désaveu ; la presse catholique, au contraire,
en a reconnu rauthenticité. Il s'agit des instructions au Clergé, arrêtées par l'Archevêque de Malines à la date du S3 février 1880, en exécution des résolutions prises par les Evéques dans leur réunion du 1^' septembre dernier. Ces instructions portent, entre autres :
« La sainte communion doit être refusée, même publiquement:
a 1^ Aux instituteurs qui, sans licence spéciale ou dispense, persisiciit à exercer leurs fonctions dans une école publique;
« S"* Aux membres actifs des comités scolaires qui remplissent les fonctions de leur mandat;
« 3"* Aux inspecteurs tant principaux que cantonaux;
« 4® A toutes autres personnes qui, activement et publiquement, apportent leurs soins à favoriser les écoles publiques et s'en constituent les protecteurs et les défenseurs.
« Néanmoins, toutes les personnes précitées devront être préalablement averties en particulier, oralement et en toute charité (1). »
Ces instructions sont, dans tous les diocèses, exécutées à la lettre. Toutes les personnes — et elles se comptent par milliers — qui prêtent une coopération directe quelconque à l'exécution de la loi du 1" juillet 1879 sont aujourd'hui retranchées de la communion des fidèles. Si les enfants des écoles publiques ont
(1) Texte latin. N*» 449. Moniia ad derum.
§ 2. In nuperrimo cœlu IllustrissimorumetReverendissimonim Episcoponim Belgii, Mechliniae habito, statula fucrunt sequenlia : A. Sacra coromunio negandaest eliam publiée :
i^ Ludi magistris qui sine speclali licentia seu dispensalione munus suum in schola publica exercera pergunt;
^^ Comitiorum scholarium membris activis qui hujus muneris partes implent;
5^ Inspectoribus tum principalibus tum cantonalibus;
i° Omnibus aliis qui scholis publicis fovendis active et publiée operam impendunt, earumque protectores ac fautores se constituant.
Verum tamen omnes praefati praevie monendi sunt privatim, ore tenus et in omni charilate.
été, en général, admis à la première communion, non toujours sans distinctions humiliantes ou offensantes, leurs parents n'échappent pas à la proscription générale. La simple participation à des œuvres de charité se rapportant aux écoles officielles, la fourniture, par exemple, de vêtements aux enfants pauvres qui les fréquentent, est devenue un crime irrémissible. Partout les consciences sont alarmées, la paix des familles est troublée, de graves intérêts sont sérieusement compromis. Les sacrements de TEglise sont mis au service des passions politiques et une pression constante, active, peu scrupuleuse sur le choix des moyens, s'exerce dans toute retendue du pays, sous la direction du clergé, pour amener la désertion des écoles publiques et noter d'apostasie ceux qui y donnent ou reçoivent l'enseignement.
Ce qui rend cette situation plus grave, c'est que l'Episcopat, même après la publication de la correspondance diplomatique avec le Vatican, se couvre ostensiblement du nom et de l'autorité du Saint-Père. Dans sa déclaration officielle du 1*' décembre 1879, M. le Cardinal Dechamps, non content de nier l'existence de toute dissidence de principe ou d'application entre Rome et les Evêques, dit, en propres termes : « S'ils (les Evéques) étaient en « dissidence avec le Saint-Siège, le grand Pape qui gouverne « aujourd'hui TEglise, Léon XIII, ne parlerait-il pas? Mais cette o phrase de désaveu, cette parole de blâme, non seulement le Qc Saint-Père ne l'a pas dite, mais, nous le savons de source cer- « laine j nos adversaires l'attendront en vain. »
Dans le cours des négociations de l'an dernier, vous avez justement fait remarquer un jour. Monsieur le Baron, en rappelant certains précédents du pontificat antérieur, que le Saint- Père s'était abstenu de prendre personnellement la parole dans le conflit survenu entre le Gouvernement belge et le clergé, et que son silence même était pour celui*ci un avertissement significatif.
A plusieurs reprises, le Cardinal Nina avait appelé Fattention de M. Reusens et la vôtre sur la réserve que s'imposait le Pape. C'est ainsi que la dépêche du 20 avril 1879 constate, en citant textuellement les paroles de Son Eminence, « que le Saint- Siège avait prouvé ses bonnes dispositions, non seulement en s'absienant de s'associer aux manifestations du clergé belge, mais aussi en donnant des conseils de calme et de modération ». Le 30 du même mois, vous m'écriviez encore :
« Le Cardinal a ajouté :
« Le Saint-Siège s'est abstenu soigneusement de se prononcer c( sur le projet de loi dont les Chambres sont saisies ; il est juste (c de reconnaître qu'il n'a apporté aucun combustible pour alimenter « le feu; au contraire, le Pape a chargé le Nonce de foire parvenir (c des conseils de modération aux Evéques.
« Que peut-on faire de plus? Nous ne pouvons imposer silence ce aux catholiques ni leur interdire de faire usage des moyens que (c la Constitution met à leur disposition.
c( Tai objecté que le Gouvernement ne contestait pas ce droit, « mais qu'il verrait avec un vif déplaisir que l'on se servit du i< nom et de l'autorité du Souverain Pontife pour exercer une (c influence sur l'opinion publique dans un sens hostile aux pro- « positions soumises aux Chambres.
« C'est ce que nous n'avons permis à personne de faire, m'a « répliqué le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, je puis vous Faf- « iirmer. »
Plus tard, le 21 juin 1879, parlant des ménagements dont le Cardinal espérait voir faire usage dans l'application de la loi votée par la Législature, Son Eminence vous disait encore qu'elle croyait cette condition indispensable « pour permettre au Pape « de conserver la réserve qu il s'était imposée, non seulement en c< vue du bien des âmes, mais afin d'éviter, en même temps, de c( créer de nouveaux embarras au Gouvernement du Roi ».
« Or. les actes et le langage que je vieos de constater chez l'Episcopat prouvent que celui-ci interprète dans un sens diamëtralement opposé cette attitude du Saint^Siéf^e.
Que faut-il conclore de là? Ou bien que^'accord affirmé existe réellement, ou bien que tout repose ici sur une équivoque que le Vatican seul peut dissiper. Si l'accord existe ou si rien n'est foit pour que l'équivoque s'évanouisse et que la voix du Souverain Pontife soit écoutée, il y aurait à redouter les suites inévitables de la lutte ouverte et directe engagée entre l'Etat et l'Eglise, et le Gouvernement s'eiïorcerait vainement d'arrêter plus longtemps les conséquences d'une situation dont la responsabilité, à coup sûr, ne pourrait lui être imputée.
Ces conséquences seraient graves et multiples ; elles atteindraient directement le clergé dans ses intérêts matériels et modifieraient essentiellement la position dont il a joui jusqu'ici.
La Constitution belge accorde aux manifestations du sentiment religieux la liberté la plus large, la plus absolue. Jamais il ne viendra à notre pensée de chercher à la restreindre, sous quelque rapport que ce soit. Les libertés des cultes, de renseignement, de l'association, de la presse sont, chez nous, des dogmes fondamentaux du droit public, que nous avons promis de maintenir et que nous maintiendrons à toute épreuve. Hais les garanties constitulionnelles ne vont pas au delà du droit commun; elles n'impliquent ni n'imposent aucune de ces situations privilégiées, de ces Êivenrs spéciales dont la toi ou la puissance executive ont si Ubà^ement doté le culte catholique.
Certes, aucune mesure de persécution ni d'oppression n'est k eniiidre en Belgique. Nos mœurs comme nos lois les répuâient; mais ce serait en forcer l'esprit, en dénaturer le caractère que de compter, en toute éventualité, sur le maintien indéfini d'un régime de bveur auquel ne correspondrait, chez ceux qui en Qiofiient, aucun ménagement, aucune retenue, aucun respect
envers l'autorité civile ni les pouvoirs de l'Etat. Le Gouvernement ne saurait toujours être à même de résister à la pression d'un mouvement d'opinion qui gagne de jour en jour en étendue comme en intensité et qui réclame des mesures de représailles contre un clergé qui, après s'être mis au-dessus des lois, serait mal venu de se plaindre qu'on lui fit sentir les conséquences d'une situation créée, maintenue, aggravée sans cesse par luimême.
Peut-être objectera-t-on que le point de départ de cette argumentation est lui-même inadmissible, que le langage du Saint- Siège a été suffisamment clair, que le Gouvernement belge n'a pu s'y méprendre, qu'il ne saurait subsister le moindre doute au sujet du blâme catégorique infligé par le Pape aux Evéques, à raison de leur attitude dans la question scolaire. Tel a toujours été mon sentiment personnel ; j'y persiste encore à cette heure, et c'est parce que j'ai cette conviction que j'ai pu, que j'ai dû prendre devant le Parlement la responsabilité du maintien ultérieur de nos relations diplomatiques avec le Vatican. Mais si telle est, comme je le crois, la vraie situation, il fout que toute équivoque disparaisse, il faut que la parole du Saint-Père cesse d'être interprétée dans deux sens absolument contraires, d'une part par l'organe du Gouvernement, de l'autre par le chef de la hiérarchie catholique en Belgique. Une déclaration explicite de cette nature ne suffirait même plus aux exigences du moment. Ce serait peu que le Pape accentuât son dissentiment au sujet de la conduite du clergé belge, s'il ne prenait en même temps la résolution positive de s'en faire obéir.
Je sais ce que, dans cet ordre d'idées, on pourra alléguer de difficultés de diverse nature ; je n'entends ni les discuter, ni les amoindrir, ce serait sortir du cercle qui m'est tracé ; mais ce que j'ose affirmer, c'est qu'en face d'une institution telle que la hiérarchie catholique, fondée, de la base au faite, sur le principe d'au-
torité, Topinion publique n'admettra jamais la réalité de Timpuissance du chef de cette hiérarchie en face de subordonnés qui se plaisent à exalter à la fois son omnipotence et leur propre soumission.
Les principes du droit public de TEglise sont, à cet égard, si connus, et un exemple récent, en Belgique même, en a si bien démontré Teflicacité, que le blâme le plus sévère que pourrait formuler le Saint-Père à Tadresse des Evêques serait sans valeur aux yeux du pays s*il n*était suivi d'un changement réel, d*un apaisement sensible dans la conduite du clergé.
Il importe qu*on ne se fasse en cette matière aucune illusion au Vatican. Si la situation actuelle se prolonge, si les germes révolutionnaires qu'elle recèle continuent de se développer, si la guerre à l'Etat demeure le mot d'ordre de l'Episcopat, si des mil* liers de familles restent sous le coup de censures ecclésiastiques véritablement inouïes, l'opinion du pays n'admettra pas l'impuissance du Souverain Pontife devant un tel état de choses; elle proclamera hautement que, s'il subsiste, c'est que le Pape n'aura pas voulu le modifier. Alors disparaîtra le dernier frein qui retient encore les pouvoirs publics sur la pente des représailles. Le Gouvernement n'entrera dans cette voie que forcé et contraint; il regrettera les dures nécessités que la crise, en s'aggravant, rend chaque jour plus inévitables ; et c'est dans ce but qu'il tient à avertir loyalement le Saint-Siège.
Je vous invite, Monsieur le Baron, à donner lecture de cette dépêche à Son Eminence le Cardinal Nina, et je vous autorise à lui en laisser copie s'il le désire.
Veuillez agréer, etc.
Frère-Orban.
Le Ministre des Affaires étrangères»
au Ministre de Belgique, près le Saint-Siège.
Bruxelles, le 12 avril 1880.
Monsieur le Baron,
Le Courrier de Bruxelles publiait, il y a quelques jours, un passage d*une lettre particulière qu'il prétend avoir reçue de Rome.
Cette lettre rend compte d'une audience accordée par le Souverain Pontife et dans laquelle Sa Sainteté aurait autorisé son interlocuteur à dire partout, comme le tenant de la bouche même du Pape,qu'Elle n'était aucunement en désaccord avec l'Episcopat belge et qu'Elle ne comprenait pas que des catholiques eussent pu croire à l'existence d'un tel désaccord.
ff C'est là « , disait le Courrier, « un démenti de plus opposé à cette légende libérale, d'après laquelle le Pape se serait borné à condamner en principe la loi de malheur et aurait désapprouvé les mesures de résistance légale et de préservation nécessaire adoptées par nos Evéques. »
Le Courrier de Bruxelles a publié, leiO avril, à l'appui de la même thèse, un document bien plus significatif encore à ses yeux, puisqu'il émane du Pape Léon XIII lui-même; il insère, en effet, une lettre adressée par Sa Sainteté au Cardinal-Archevêque de Malines et apportée à celui-ci par M. le chanoine Claessens, qui s'est rendu à Rome pour y porter les offrandes du Denier de Saint-Pierre (1).
(i) Voici le texte de ta lettre du Pape : Léon XIII, Pape.
A Notre cher Fils salut et Bénédiction apostollcpie. Nous avons reçu, par les mains du Chanoine Claessens, la lettre que vous Nous avez adressée avec Toffrande du Denier de Saint-Pierre de votre dioctee.
Je vous envoie le texte de cette lettre.
La presse épiscopale attribue à peu près unanimement à la lettre du Pape le sens que lui donne le Courrier de Bruxelles; elle y voit une adhésion sans réserve à Tattitude de notre clergé, un encouragement pour lui à persévérer dans sa ligne de conduite actuelle, un démenti donné aux déclarations consignées dans la correspondance.
Vous trouverez cette interprétation, Monsieur le Baron, dans
Nous apprécions d*autant plus la valeur de cette offrande que Nous savons de quels sacriGces elle est le fruit. Nous n'ignorons pas, en effet, avec quel empressement et avec quelle générosité les fidèles de Belgique ont répondu k votre sollicitude pastorale et à celle des Evêques belges, pour ouvrir et fonder de nouvelles écoles catholiques, afin d'empêcher ou du moins d'atténuer les conséquences désastreuses de la nouvelle loi scolaire qui est complètemen opposée aux principes et aux prescriptions de l'Eglise catholique. (Le desastrose consequenze délia récente legge scolastica, affatto difforme dai principi e dalle prescrizioni délia Chiesa caUolica.)
En vous exprimant notre reconnaissance. Nous avons donc à cœur de vous déclarer que de pareils exemples de dévouement et d'attachement au Saint- Siège et de zèle pour la Conservation de la Foi et de la Piété catholique dans votre pays Nous remplissent de consolation et resserrent toujours plus étroitement les liens de paternelle affection qui, depuis longtemps, Nous lient aux Evêques et aux fidèles de la Belgique.
Il Nous eût été bien agréable de vous voir à Rome cette année, comme vous le proposiez, soit à cause de la véritable affection que Nous vous portons, Très-cher Fils, soit à cause de la haute position que vous occupez en Belgique, soit à cause de Notre désir de vous entendre personnellement. Mais Nous comprenons les motifs qui vous ont empêché jusqu'ici de réaliser votre dessein, et certainement, si le voyage de Rome devait nuire à votre santé, que Nous savons d'ailleurs ne pas être parfaite, Nous préférons aussi que vous le remettiez à un meilleur temps, parce que Nous tenons trop à ce que vous conserviez toutes vos forces, afin de pouvoir continuer à travailler, avec intelligence et avec zèle, comme vous l'avez fait jusqu'ici, au bien de la religion catholique, en votre double qualité de Cardinal de la Sainte Eglise et de Primat de Belgique. (Afiln di poter continuare a faticare con intelligenza e zelo come avete falto finora a vantaggio délia cattolica religione, nella doppla vostra dignita di Cardinale di Santa Chiesa e di Primato del Belgio.)
Le Chanoine Claessens, qui vous remettra cette lettre, y ajoutera de vive voix l)eaucoup d'autres choses dont Nous l'avons chargé.
C'est avec toute l'effusion de Notre cœur, et comme gage de Notre très particuUère affection, que Nous vous donnons, très-cher Fils, à vous, aux Evêques, au clergé et au peuple belge, la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, 2 avril 1880.
Troisième année de Notre pontificat.
LÉON xnL
les extraits ci-joints du Bien public et de la Gazette de Liège, que je vous fois parvenir avec l'article du Courrier.
Tai déjà appelé votre attention, dans ma dépêche du 7 de ce mois, sur le langage qu'adopte l'Episcopat à l'égard des résultats de réchange de vues, et j'ai montré l'urgence d'une intervention efficace du Saint-Siège pour mettre fin à une situation qui, tout en compromettant la dignité du Souverain Pontife, laisse le champ libre à toutes les violences du clergé.
La lettre du Pape et les commentaires qui raccompagnent donnent une force nouvelle aux conclusions de ma dépêche du 7 de ce mois, et vous voudrez bien insister sur les considérations qu'elle renferme dans vos entretiens avec le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.
Veuillez agréer, etc.
FRÉRE-ORBilN.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères,
(Reçue le 16 avril 1880.)
Rome, le 12 avril 1880.
Monsieur le Ministre,
J'ai eu l'honneur, conformément à vos instructions, de donner lecture et copie au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté de votre dépêche du 7 avril.
Son Eminence m'a dit qu'avant de m'entretenir au sujet de cette
dépêche, Elle désirait la placer sous les yeux du Pape et prendre
les ordres de Sa Sainteté.
Agréez, etc.
B°' d'Anethan.
Le Ministre des Affaires étrangères,
à M. Reusens, Chargé d'affaires de Belgique près le Saint- Siège (1).
(TÉLÉGU.VMME.)
Bruxelles, le 2J avril 1880.
La lettre du Pape est représentée comme un démenti donné au Gouvernement. Elle est lue et commentée dans ce sens en diverses églises. Avertissez.
Frère- Orban.
Le Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(TÉLÉGRABfME.)
Rome, le 25 avril 1880.
Le Secrétaire d*Etat m'autorise à informer par télégramme le Gouvernement du Roi que, dans quelques jours, une note sera envoyée expliquant la conduite du Saint-Siège et dissipant toute équivoque. La Nonciature en donnera lecture et en laissera copie.
Reusens.
(i) M. le Baron d'Anethan ayait quitté Rome le U avril en vertu d*an congé de dix à douze jours. Il reprit, le 26,1a gestion des affaires de la Légation.
Le Ministre des Affaires étrangères,
au B'''' D Anethan, Ministre de Belgique près le Saint-Siège.
(TÉLÉGRAMME
Bruxelles, le 25 avril 1880.
L*abus de la lettre du Pape au Cardinal continue dans les églises. Pourquoi tolérer un aete qui fausse la pensée du Pape» si, comme on vous lassure, on maintient les déclarations contenues dans la correspondance diplomatique. Demandez explications.
Frëre-Orban.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(TÉLÉGRAMME
Rome, le 28 avril 1880.
La Note partira samedi (1) et elle contiendra les explications demandées. Le Cardinal désire ne pas les isoler de la Note.
B**" d'Anethan.
(i) Le l*' mai.
Le Ministre des Affaires étrangères,
au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.
(TÉLÉGRAMME
Bruxelles, le 29 avril 1880.
Danger si la Note n*est pas formelle pour maintenir les déclarations contenues dans la correspondance Avertissez.
Frère- Orban.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(TÉLÉGRAMME
Rome, le 29 avril 1880.
Explications sur ce sujet spécial inséparables des explications générales renfermées dans Note et constituant un ensemble. Le Cardinal vous prie d*attendre cette communication très prochaine.
B*" d*Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siëge,
(Reçue le l'' mai 4880.)
Rome, le 28 avril 1880.
Monsieur le Ministre,
Aussitôt revenu à Rome je me suis empressé d'entretenir le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté du contenu de la dépêche que vous avez bien voulu m adresser le 42 de ce mois.
Son Eminence m'a annoncé qu'Elle expédierait très prochainement, à la Nonciature, une note, dont la copie vous sera remise, afin de répondre à la communication que j*ai été chargé de faire au Saint-Siège sous la date du 7 avril.
Le Cardinal Nina affirme que cette note ne laissera subsister aucune équivoque; mais, jusqu'à présent, Son Eminence n*a pas donné de détails sur ce document, et j*ai lieu de croire que les termes mêmes n*en seront définitivement arrêtés que dans quelques jours.
J'aurai alors, j'espère, des renseignements plus amples à vous communiquer, mais je suis persuadé dès aujourd'hui que la Note prouvera que le Saiut-Siége « ne varie ni dans ses actes ni dans son langage », et « qu'il ne cesse de recommander la prudence, le calme et la modération. »
Le Cardinal Nina pense qu'il n'a pas d'explications k donner au sujet des commentaires de la presse concernant la lettre du Pape au Cardinal-Archevêque de Malines.
Il n'est, en effet, nullement question dans ce document des instructions données au Clergé par l'Episcopat.
Je tiens de bonne source que le Cardinal Secrétaire d'Etat n'a
pas eu connaissance de la lettre du Saint-Père avant son expédition, et que Son Eminence regrette les interprétations dont cette lettre a été l'objet.
Il est à remarquer qu aucun journal catholique de Rome ne Ta reproduite.
On assure qu'un avis officieux du Vatican a été donné à la presse dévouée au Saint-Siège pour prévenir la publication d'une pièce si singulièrement commentée par la presse belge.
Agréez, Monsieur le Ministre, etc.
B^" d'Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(TÉLÉGRAMME
Rome, le 3 mai 1880.
Je VOUS envoie par poste aujourd'hui copie de la Note que le Nonce aurait dû remettre, i^e Cardinal m'a prié de la transmettre à cause de prolongation de congé du Nonce.
d'Anethan.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le 6 mai 1880.)
Rome, le 5 mai 1880.
Monsieur le Ministre, Monseigneur Vannutelli ayant obtenu l'autorisation de prolon-
ger son congé, le Cardinal Nina m*envoie copie de la note que le Nonce apostolique devait vous remettre. Ce document est adressé à Monseigneur Vannutelli.
Son Eminence espère que vous voudrez bien Faccepter par cette voie, comme si la remise en eût été effectuée par le représentant du Saint-Siège.
Le Secrétaire d*Etat a adopté ce moyen afin de ne pas laisser plus longtemps sans réponse la dépêche du 7 avril dernier dont j*ai été chargé de Lui donner lecture et copie.
Je n'ai pas cru devoir faire d'objection contre le mode de procéder adopté par le Cardinal Nina pour ne pas différer l'envoi des explications que vous avez demandées.
J'ai l'honneur de vous adresser sous ce pli la copie du document que vient de m'envoyer Son Eminence.
Agréez, etc.
B*" d'Anethan.
Son Eminence le Secrétaire d'EiAT de Sa Sainteté au Nonce apostolique à Bruxelles.
(Remise le 6 mai 1880.) Ill"° e R"^ Sicnore,
Il Sig" Barone d'Anethan mi ha dato lettura e rilasciato copia di un dispaccio di Sua Eccellenza il Sig. Ministre degli Affari Esteri in data dei 7 di Aprile.
Non occorre che io dia contezza a V. S. lUma di tutti i particolari che svolge il Sig. Ministre. Egli parte dal presupposto di un vero e grave disaccordo tra la S. Sede et l'Episcopato belga nella questione scolastica ; soggiunge che siffatto disaccordo non
è ammesso ne dai Vescovi ne dai cattolici ; deduce da ciô Tesistenza di uno spiacevole equivoco, e domanda che esso sia dissipato mediante una franca dichiarazione da nostra parte.
Non posso non convenire col Sig. Ministro nel riconoscere un increscevolc malinteso nella grave e delicata questione di cui si traita. Anzi io medesimo lo aveva avvertito specialmente in occasione délie ultime discussioni parlamentari. Avrei bramato rimuoverlo prontamente con esplicite dichiarazioni, ma fino al présente più che per altri motivi, me n'era astenuto per un riguardo verso il Reale Governo. Ora perô che il Sig. Ministro lo richiede, non esito punto ad uscire dalla riserva che mi era imposta, e fomire sul proposilo spiegazioni addivenute ormai necessarie.
Quantunque non sembri neppur possibile ammettere il menomo equivoco rispetto al giudizio uniforme délia S. Sede e dell Episcopato belga sulla nuova legge scolastica, tuttavia reputo opportuno rilevare distintamente i punti principali di taie giudizio e la loro intima connessione. Innanzi tutto non vi è alcun dubbio che la nuova legge, secondo la Dottrina Gattolica, deve onninamentë riprovarsi corne quella che per se stessa espone la gioventù al pericolo di perdere la fede e la morale, e reca grave ingiuria non solo aile prérogative délia Ghiesa, ma ancora ai sacrosanti diritti dei padri di famiglia. E superfluo che io ne adduca le prove, attesochè più volte lo stesso Sig. Ministro ha riconosciuto che su tal punto vi ë pienissimo accordo tra i Vèscovi e la S. Sede.
Essendo pertanto una tal legge affatto difforme dai principii e dalle prescrizioni délia Ghiesa ne viene per necessaria conseguenza, che ne puô ne potrà mai esser lecito ad alcun cattolico di cooperare formalmente alla esecuzione di essa, e quindi che tutti coloro, i quali in ciô persistano, si rendono per questo medesimo incapaci di partecipare ai beneiict délia vita
cattolica, specialmente per ciô che riguarda il sacramento di Penitenza.
Nondimeno nei casi particolari possono esservi gravi ragioni per le quali un cattolico non cooperando formalmente ail* intendimento délia legge, ed osservando le necessarie coDdizioni possa, salva la coscieiiza, o corne iasegnante o corne discepolo 0 in alti^a maniera concorrere di fatto aile scuole medesime.
Giô posto non deve recare maraviglia chc la S. Sede abbia veduto con saddisfazione i pastori di anime adempiere il proprio dovere, sia denunziando francamente i pericoli inerenti al nuovo régime deir insegnamento , sia proclamando Tobbligo générale di astenersi dal frequentare e mantenere scuole modellate su quel sistema, sia eccitando i fedeli a fore più largo uso délia libertà guarentita dalla legge fondamentale del Regno coir aprire dapertutto scuole scbiettamente cattoliche, in cui le femiglie cristiane, giustamente gélose délia fede dei propri figliuoli, potessero trovare una istruzione ed educazione conforme alla loro santa religione. Essi non facevano in questo se non seguire Tesempio dato in simili circostanze dai Vescovi di altri paesi, i quali al medesimo modo avevano sempre mantenuto le massime sopraccennate rispetto aile scuole o miste o neutre o secolarizzate. Gouciossiachè se si considerino le deliberazioni prese altrove sul proposito dai Vescovi, appare manifesto che con severissime parole le dette scuole furono condannate corne pericolose alla Fede ed ai costumi : fu dicbiarato non potere i cattolici frequentarle; conformemente a questi principii fu rego-
lato nella pratica il modo délia direzione délie coscienze e deli* ammissione ai sacramenti per quelli che v* intervenissero o le favorissero, e fu fatto pure ogni sforzo per porgere alla gioventù in altre scuole la istruzione e la educazione cristiana. — Che se nel Belgio sono seguiti più gravi eifetti cbe nelle altre contrade» ne è stata causa la différente condizione in cui esse si trovavano.
Golà, 0 erano le scuole in grandissima parte in mano di maestri acattolici, o i fedeli in minor numéro, o più fréquente era il caso sopraccennato délia tolleranza pel difetto di scuole cattoliche e per rimpossibilità di erigerle. Quindi per la condotta di quel Vescovi non potea levarsi tanto rumore quanto se ne è fatto nel Belgio. Postî in un paese emineutemente cattolico vivevano ivi i fedeli sotto Fegida di una legge d'insegnamento, che, se non era in ogni parte perfetta, lealmente pero eseguita, lasciava una sufficiente influenza alla Chiesa nella istruzione. Per contrario nel nuovo régime scolastico migliaria di cattolici sarebbero costretti a cooperare agi* intendimenti di un partito che, purtroppo ë doloroso il dirlo, non ha velati i suoi propositi manifestamente ostili alla Ghiesa, e Y ha privata colla nuova legge del possesso di un diritto che da tanti anni pacificamente godeva.
Tuttavia il S. Padre, al quale nulla era più a cuore quanto il pacificare gli animi, apprezzando le reiterate assicurazioni dell* Inviato Regio, e nutrendo fiducia che il Governo troverebbe il modo di allontanare del tutto dalle pubblicbe scuole quanto poteva giustamente offendere la coscienza dei cattolici, volse Tanimo suo a moderare, per quanto era possibile, Tasprezza délia lotta. Perciô si fece comprendere ail' Episcopato, che quantunque il nuovo ordinamento scolastico fosse per se stesso da condannare, tuttavia, in grazia délie assicurazioni ricevute, ben poteva avvenire, che Tuna o Taltra scuola rimanesse immune dai temuti pericoli, la quai cosa accadendo, possibile in fatto si rendeva lo ammettere una qualche distinzione tra scuole e scuole, e, rimanendo fermo il générale divieto di frequentarle e di sostenerle, qualche indulgenza nella pratica si sarebbe potuto usare a favore di quelle sole scuole, che sotto il rispetto cattolico nulla davano a temere.
L'illustre Episcopato belga riconobbe in massima la saviezza di sifTatte insinuazioni. Ma, tutto ben considerato, parvegli che
una taie distinzione teorelicamente ammissibile non potesse nella prattica verificarsi; poiche sebbene Tuna o Tallra scuola rimanesse temporaneamente immune dai pericoli del nuovo sistema, questo fatlo eccezionale e contingente era, secondo esso, transitorio e malsicuro, attesa la natura stessa délie prescrîzioni délia legge e Tardire e Timpeto dei partit! avversi alla Gbiesa. Le quali violenti aggressioni del liberalismo, se gittavano lallarme in mezzo ai fedeli, non potevano non accendere lo zelo dei Pastori e spingerli ad accorrere con tutta Tenergia alla difesa délia purezza délia fede si seriamente minacciata. E perô quando anche nel fervore délia mischia non si fossero contenuti, in taluni particolari casi negli stretti limiti délia moderazione» non per questo meriterebbero formale biasimo, specialmente se si rifletta alla gravita del pericolo, e si confronti la loro attitudine con quellatenuta dalla parte avversa.
Ma se la S. Sede circa la situazione pratica délie nuove scuole in générale non ha creduto dover contradire al giudizio dei Vescovi, corne quelli che stando sul luogo stesso sono in grado di apprezzare tutte le circostanze e le condizioni dei fedeli aile loro cure commessi, non ha perô tralasciato in più incontri di consigliar loro la prudenza, la calma e la moderazione nell* applicazione dei provvedimenli decretati ai singoli casi. Difatti varie dispense furone accordate dai Vescovi ; sicchè non pochi sono coloro che in forza di esse sono rimasti ancora ai loro posti; sono stati ammessi indistintamente alla prima comunione tutti i fanciulli, sebbene molti di essi frequentassero quelle scuole, e si è accordata la benedizione délia Chiesa ai matrimonii degli istitutori e délie islitutrici.
Ma non isfuggirà certo air alla intelligenza del Sig. Ministro, che sebbene sia nei voti della S. Sede che nella . prattica una maggiore indulgenza si possa in più larga misura esercitare, non potrebbe mai aspettarsi che il suo concorso si spingesse
tant' oltre da pervenire al punto di far credere lecita la cooperazione formale ad istituti scolastici, che per si gravi cause ha, secondo il proprio dovere, tante volte riconosciuti degni di condanna. Tuttavia il S. Padre, nei limiti che GV impone Vapostolico suo ministero corne non si è rifintato finora, cosi in avvenire non si rifiutera di contribuire a spegnere codesto incendio. Ma dovrà anche comprendere il Sig. Frère-Orban come sia necessario a tal fine guarentire piii solidamente e in proporzione dell* interesse vitale della fede, posta in tanto rischio, la coscienza dei Vescovi e del popolo belga. Non si vede perô come tali guarentigie possano darsi efficacemente se non per via legislativa, rimovendo ogni pericolo di perversione e assicurando Tinialienabile diritto che ebbe la Ghiesa dal suo Divino Fondatore alla religiosa istruzione ed educazione dei suoi figli nelle scuole.
Giova sperare che queste considerazioni fatte allô scopo di chiarire intieramente Toperato e i propositi della S. Sede, sieno dal Sig. Ministro degli ÂiTari Esteri colla sua illuminata saviezza, nel loro giusto valore apprezzate. E mi lusingo che il medesimo Sig. Frère-Orban ne ritrarrà una piena intelligenza dei tentativi pacifici e concilianti fatti dalla stessa S. Sede nei limiti che Le impongono i proprii doveri, e che gli sarà facile persuadersi che se potè esservi per qualche tempo alcuna divergenza d*opinione circa la più o meno rigorosa applicazione ed opportunità délie prescrizioni relative alla nuova legge dell* insegnamento, non vi fu mai nella sostanza un vero disaccordo tra il Gapo della Ghiesa e i Pastori di quella parte del gregge cristiano.
Parimenti il Sig. Ministro non potrà non riconoscere le cagioni vere della resistenza fatta dal Glero al nuovo régime délie scuole, resistenza che con dolore si vede qualificata dHnsurrezione. Essendo chè dopo ciô che si è detto non poteva certo aspettarsi che i Prelati delBelgio, restringendosi a qualificare la nuova legge come aflatto contraria agli interessi della Religione, cessassero
dair opporsi al sistema per essa introdotto ; ne era da attendersi che, mantenendo questo convincimento, non iacessero di tutto nei limiti délia legalità, per impedire che si frequentassero quelle scuole.
Finalmente gli sarà manifesto che la S. Sede non potrebbe accettare le conclusion! che si vollero dedurre dallo échange de vues occorse, sull' argomento, e che si avrebbe invece ragione di querelarsi del linguaggio ingiurioso ed irriverenie usato fino a questi ultimi momenti contro la stessa Sacra Persona del Pontefice da qualche organo anche accreditato délia stampa per imporre alla pubblica opinione un apprezzamento ben diverso da quello che doveva consigliare la prudente e riservata condotta tenuta délia S. Sede in questa dolorosa vertenza.
La S. V. avrà la cura di recare a cognizione di S. E. il Sig. Frère-Orban queste spiegazioni, dandogli lettura del présente dispaccio ; e qualora egli lo desideri, L'autorizzo a lasciargliene copia.
Mi creda con sensi di distinta stima.
Di V" Sig** 111"*.
Roma, 5 maggio 1880.
AfP"** per servirla.