‹ La Belgique et le VaticanChapitre 23 sur 60 · NO · texte numérisé non relu

NO

Le Ministre de Belgique, près le Saiat-Siége, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 29 mai 1 880.)

Rome, le 26 mai 1880.

Monsieur le Ministre,

J*ai donné lecture au Cardinal Nina de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du 18 de ce mois, j)on ^^ j^ot 2952 d*ordre 17 et j*en ai laissé copie à Son Eminence suivant vos instructions.

Le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté se réserve de vous £aire parvenir sa réponse par Tintermédiaire du Nonce apostolique, après avoir toutefois pris les ordres du Saint-Père à ce sujet.

Son Eminence désire vivement, m'a-t-elle répété, l'apaisement des esprits en Belgique et affirme que le Saint-Siège, animé des intentions les plus conciliantes, a soin de recommander en toutes circonstances le calme, la prudence et la modération.

Agréez, etc.

B^ d*Anethan.

Le Ministre des Affaires étrangëres9

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Bruxelles, le 5 Juin 1 880.

Dépêche très importante vous est expédiée ce soir.

Frèrb-Orban.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

Bruxelles, le 5 Juin 1880.

Monsieur le Baron,

J'ai reçu, le 15 mai, la visite du Nonce apostolique, arrivé de Rome la veille. Je lui ai fait connaître mon sentiment sur la dépêche du Cardinal Nina du 3 mai, dont il avait pleine connaissance, qu'il devait, en effet, m'apporter et qui m'a été transmise par votre intermédiaire. Mon langage n'a pu laisser aucun doute sur mon appréciation de la nouvelle attitude du Saint-Siège. Le Nonce a rendu compte de notre entretien au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté et, étant venu me retoir le 31 mai, il s'est borné à me dire, au cours d'une entrevue qui avait un autre objet, que Son Eminence s'étonnait du caractère que j'avais attribué à la communieâtion qui m'avait été faite.

Ma dépêche du 18 mai, reproduisant l'expression des sentiamitft qne j'avais manifestés au représentant du Pape, a été lue

Dès que j*aurai pu accomplir vos instructions, je m'empresserai de Lui en donner avis.

Agréez, etc.

B*» d*Anbtham.

Le Ministre de Belgique, près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 29 mai 1 880.)

Rome, le 26 mai 1880.

Monsieur le Ministre,

J*ai donné lecture au Cardinal Nina de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser sous la date du 18 de ce mois, Don ^^ pjot 2962 d'ordre 17 et j'en ai laissé copie à Son Eminence suivant vos instructions.

Le Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté se réserve de vous £aire parvenir sa réponse par l'intermédiaire du Nonce apostolique, après avoir toutefois pris les ordres du Saint-Père à ce sujet.

Son Eminence désire vivement, m'a-t-elle répété, Tapaisemeot des esprits en Belgique et affirme que le Saint-Siège, animé des intentions les plus conciliantes, a soin de recommander en toutes circonstances le calme, la prudence et la modération.

Agréez, etc.

B®" d*Anethan.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Bruxelles, le 5 Juin 1880.

Dépêche très importante vous est expédiée ce soir.

Frèrb-Orban.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

Bruxelles, le 5 juin 1880.

Monsieur le Baron,

J'ai reçu, le 15 mai, la visite du Nonce apostolique, arrivé de Rome la veille. Je lui ai fait connaître mon sentiment sur la dépêche du Cardinal Nina du 3 mai, dont il avait pleine connaissance, qu'il devait, en effet, m'apporter et qui m'a été transmise par votre intermédiaire. Mon langage n'a pu laisser aucun doute sur mon appréciation de la nouvelle attitude du Saint-iSiége. Le Nonce a rendu compte de notre entretien au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté et, étant venu me retoir le 31 mai, il s'est borné à me dire, au cours d'une entrevue qui avait un autre objet, que Son Eminence s'étonnait du caractère que j'avais attribué à la communication qui m'avait été faite.

Ma dépêche du 18 mai, reproduisant l'expression des sentiments que j'avais manifestés au représentant du Pape, a été lue

par vous, Monsieur le Baron, à Son Eminence le Cardinal Nina, et vous lui en avez laissé copie.

De longs jours se sont écoulés depuis mes entretiens avec le Nonce et ceux que vous avez eus avec Son Eminence le Cardinal Nina, sans que le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté ait été chargé de vous faire une ouverture modifiant, sous un rapport quelconque, la situation actuelle ou en atténuant la gravité. Le Nonce apostolique à Bruxelles n*a pas reçu davantage de mission de cette nature. Mais la presse épiscopale a été autorisée à parler. Elle s'était empressée de publier, le 10 avril, la lettre du Pape au Cardinal Dechamps ; elle a reçu bientôt après la confidence de la dépêche du Cardinal Nina du 3 mai et en a fait connaître la substance. Par ces publications, dont elle accentuait la signification, elle voulait agir sur l'opinion publique à la veille des élections. Le Gouvernement n'a pas cédé à la tentation de répondre à ces provocations dont le sens politique n'échappait à personne, ni hâté par une action précipitée le moment de &ire connaître les documents qui devaient rétablir la situation sous son vrai jour. Il a attendu des explications officielles; il a vainement attendu jusqu'à présent.

Ce silence prolongé confirme et aggrave les conclusions que j'ai déduites des derniers actes émanés du Vatican. Le revirement d'opinion qui s'est accompli à Rome est de plus en plus manifeste; il est évident désormais que le Saint-Siège n'entend plus se départir du terrain où l'ont placé, d'une part, la lettre du Pape au Cardinal Dechamps, de l'autre, la dépêche adressée le 3 mai au Nonce par le Cardinal Nina.

Après les explications développées dans ma dépêche du 18 mai* le Saint-Siège ne saurait nourrir aucune illusion sur la manière dont ses actes ont été jugés par le Gouvernement du Roi et les conséquences qui en résultent forcément à ses yeux. Le maintien d'une Légation belge, auprès du Vatican était possible et pouvait.

à certains égards, paraître utile aussi longtemps que le Saint-Père non seulement restait étranger aux luttes suscitées en Belgique par le clergé contre les lois et les institutions nationales, mais employait sa haute influence à modérer ces luttes, à pacifier les esprits, à les ramener aux vraies exigences de la situation. Il n*en est plus de même du moment que le Pape prend hi% et causé dans le conflit et encourage la résistance à des mesures prises par FEtat dans Texercice de ses droits les plus légitimes. Le Gouvernement, laissant, aussi longtemps que possible, la voie ouverte à toutes les explications, a attendu la dernière heure avant de se prononcer ; mais il ne peut tarder davantage à agir s'il ne veut s'exposer à être accusé d'avoir subordonné ses résolutions aux résultats des scrutins qui se préparent. Il se doit à lui-même, il doit aux nécessités de sa politique aussi bien qu'à la dignité nationale de tirer maintenant et en toute liberté la conclusion de cette longue négociation. En s'y engageant, sans méconnaître qu'il n'y avait point d'harmonie complète entre les principes de notre droit public et le maintien de relations diplomatiques avec le Vatican, il a voulu faire preuve d'esprit de conciliation, il a voulu s'assurer si le Saint-Père paraissant alors animé des mêmes dispositions, des considérations d'utilité pratique ne devaient pas prévaloir en cette matière sur la rigoureuse application des doctrines relatives à la séparation de l'Etat et des Eglises. L'expérience, loyalement tentée, non sans avoir à vaincre bien des résistances, échoue aujourd'hui par le fait du Saint-Siège lui-même. Après avoir envisagé comme excessives et inopportunes les mesures prises par les Evêques au sujet de la loi scolaire et en avoir laissé à ceux-ci toute la responsabilité, le Pape, par un revirement inouï, couvre à présent de son approbation ces instructions épiscopales, qui ont été blâmées par des catholiques non suspects et ont suscité la plus vive irritation dans le pays.

Dans ces conditions, le Gouvernement du Roi considère comme

un devoir de déclarer que l'échange de vues avec le Vatican est

arrivé à son terme. La conclusion qui se dégage des &its

constatés s'impose d'elle-même : c'est le rappel de la Légation

belge auprès du Saint-Siège. Vous voudrez bien en informer

Son Eminence le Cardinal Nina et prendre vos dispositions pour

quitter Rome aussitôt que vous aurez fait cette notification.

Agréez, etc.

Frére-Orban.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Bruxelles, le 7 jain 1880.

Veuillez, par voie télégraphique, m*accuser réception de ma dépêche du cinq en indiquant le jour de l'exécution des instructions qu'elle contient.

Frére-Orban.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(TÉLÉGRAMME

Rome, le 9 Juin 1880.

J*ai exécuté instructions dépêche du cinq aujourd*hui mercredi

neuf. Je pars ce soir.

d'Anetham.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 12 juin 1880.)

Rome, le 9 juin 1880.

J'ai l'honneur d'accuser réception de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser le 5 de ce mois, n"" 19 d'ordre.

Cette dépêche m'est arrivée hier trop tard pour qu'il m'ait été possible de rencontrer le Cardinal Nina.

Je me suis rendu ce matin chez Son Eminence et je Lui ai bit confialtre la résolution du Gouvernement du Roi concernant la mission de Sa Majesté près le Saint-Siège.

Je n'ai pas manqué d'exposer au Cardinal Nina les motifs de cette décision.

Tai également annoncé à Son Eminence que, conformément à vos instructions, je quitterais Rome aujourd'hui même.

Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté m'a exprimé son vif regret

de la détermination que vous avez prise, Monsieur le Ministre, et

sa surprise de ce que le Gouvernement n'ait pas attendu la note

par laquelle le Saint-Siège a l'intention de répondre à votre der-

nière communication. -

Agréez, etc.

B**" d'Anethan.

Son Eminence le Secrétaîre d*Etat de Sa Sainteté au Nonce apostolique à Bruxelles.

(Dépêche remise le 6 juin par Monseigneur Vannutelli) (1).

Illmo e Rimo Signore,

Le categorighe dichiarazioni partecipate a V. S. Illma con mia lettera del 3 maggio, la quale, stante la di Lei assenza da Bruxelles venue dal Signor Baroned*Anethan rimessadirettamente al Signor Ministro degli Esteri, mi fiacevano sperare, che il Signor Frère- Orban, apprezzando i franchi sentimenti a oui esse s*ispiravano, ne traesse valevole argomento di rimuovere ogni supposizione di equivoco, secondo il desiderio manifestato nella sua précédente comunicazione del 7 aprile.

Se non che Egli dal tenore stesso di questo mio dispaccio e dalla lettera testé diretta dal Santo Padre al Cardinale Arcivescovo di Malines toglie motivo di nuove insistenze nell' intendimento preconcetto di porre in contradizione la condotta délia Santa Sede ; giacchë con quelle lettere a suo avviso « le Saint- Siège couvrait ostensiblement de son patronage des actes dont il avait pris kpltis grand soin jtisqu ici de décliner la responsabilité persan-

(1) Le même jour où le rappel de la Légation fut notiûé à Rome, le Cardinal Nina adressait un télégramme au Nonce se plaignant que la mesure eût été prise par le motif que Ton n'avait pas répondu à la dernière dépêche du Gouvernement (ce qui n'était point exact), alors qu'il avait annoncé son intention de répondre.

Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté demandait que le rappel de la Légation ne fût pas maintenu.

Le Nonce Apostolique, en donnant connaissance de cette dépêche le 10 juin, annonça que la réponse serait prochaine.

Le Gouvernement, sans consentir à donner l'ordre au Baron d'Ânethan de reprendre son poste, maintint ses relations avec la Nonciature, ne voulant ni empêcher qu'on lui remit la réponse promise, ni se priver du moyen de juger si, par événement, elle n'était point satisfaisante.

nelle, mais sll se rapprochait des Prélats belges, en revanche il semblait se mettre désormais en contradiction avec lui-même. »

E parimenti nel mio dispaccio del 3 maggib il Signor Ministro degli Esteri ravvisa un altro spirito, che queilo a cui si era informato réchange de vues in occasione délia nuova legge suU* insegnamento. « Je ne déguiserai pas, en terminant, tétonnement pénible que f ai éprouvé à la lecture de la lettre du Cardinal Nina. Un autre esprit avait présidé jusquici à nos rapports avec le Vatican. »

Dai quali documenti ne inferisce che « le Pape cède manifestement devant la volonté des Evéques » sebbene conchiuda che a Une m'appartient pas de discuter les motifs d^un revirement aussi étrange ; je me borne à le constater » .

Ad eliminare pertanto coteste accuse, délie quali a Lei non puô sfuggire l'enormezza sarà opportune richiamare alla memoria il vero spirito e gli alti principt a cui s* informô réchange de vues, dal cui confronte colla lettera del S. Padre al Cardinale Arcivescovo di Malines, e colla mia a Lei diretta in risposta al dispaccio del 7 aprile del Signor Frère-Orban, si rendent facilmente manifeste, corne le stesse ordine d*idee, e la stessa unifermità di vedute abbiano cestantemente regolate la condotta ed il linguaggio délia S. Sede : sicchè bene a ragione potei asserire : « que le langage et les actes du Pape avaient été partout les mêmes » .

Seguendo perciô lo stesso andamento del dispaccio ultime del Ministre degli Esteri, mi farô ad esaminare i documenti relativi air échange de vues, determinandene Tinterpretaziene naturale e legittima colla luce délia logica e del conteste storico ; e questa interpretazione sarà a Lei agevele il confortare col sussidio délia corrispondenza fra me et cotesta Nunziatura Apostolica scambiata in quel période. Escluse per tal guisa le conclusioni che dall* échange de vues, ha volute dedurre il Signor Frère-Orban, le quali non possene in verun modo accettarsi, sarà manifesta la insus-

sistenza délia pretesa antilogia nella condotta complessiva délia S. Sede.

A portare equo giudizio dei documenti risguardanti rechange de vues £a d* uopo associarli ai &tti contemporanei che ne formavano Tobietto ; e quindi ritengo indispensabile di classificarli in tre catégorie» seconde i tre periodi che ebbero rapporto colla legge suir insegnamento primario.

Nel primo période, che potrebbe dirsi di preparazione, in cui quella legge rimase nella forma di progetto, la S. Sede sebbene non celasse la sua riprovazione dottrinale, non di meno osservô una linea d'azione riservatissima, corne d'altronde era consigliato dalla natura stessa délia cosa.

In&tti essendo corsa voce che il S. Padre avesse con telegramma approvata la lettera pastorale dei vescovi belgi, pubblicata nel décembre 1878 contre quel progetto di legge, ed avendemi il Conte Reusens interpellato su questo proposito, gli risposi nettamente, che ne il Santo Padre, ne io avevamo incaricata persona alcuna a ciô £are. (Correspondance diplomatique échangée entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège, 15 janvier 1879.)

Il medesimo Conte Reusens riferendo poco dappresso al Signer Frère-Orban il soggetto di una nostra conversazione, in cui egli aveva fatto conoscere in succinto le idée svolte in apposito dispaccio al Nunzio Apostolico con ingiunzione di darne lettura al Ministre degli Esteri, compendiava nel seguente modo il mio pensiero : « Maintenant cette influence (de Léon XIII) ne peut être efficace si tEglise se voit privée des moyens pratiques de t exercer^ et le cas pourrait se présenter en Belgique, dans thypothèse où le projet de loi sur renseignement public, récemment présenté aux Chambrer,

serait, tel qu'il se trouve, approuvé et sanctionné Mais nous ne

pourrions cependant pas nous opposer à ce que les aUholiques prissent fait et cause contre les lois qui menacent leurs croyances.

(Disp., 8 feb. 1879.) Quindi V. S , dalF analo^o dispaccio a Lei inviato, potèfinda principio rendereintesoil SignorFrère-Orban, che il concetto di cotesta legge minacciava le credenze religiose e che quindi la S. Sede non poteva opporsi al legittimo diritto di difesa dei cattolici del Belgio.

E per tal modo venivano di già stabiliti quei due principt che ebbero dappoi sviluppo ed applicazione, cioè : doversi condannare dottrinalmente il nuovo progetto di ordinamento scolastico, e doversi lasciare ai cattolici liberté d'azione di combatterlo pratticamente.

Quando poi nel Marzo seguente il medesimo Incaricato d'affari mi diè lettura del dispaccio del 26 febbrajo, rimessogli dal Hinistro degli Esteri che voleva interporre Tautorità délia S. Sede ad attutire Topposizione di quell* Episcopato, la mia risposta, come lo stesso Conte Reusens ne fece officiale rapporto, fil la seguente : « // riy a pas lieu cCintervenir lorsqu'il s'agit d'actes collectifs de tEpiscopat, et que ces actes ont pour but de s'opposer à une loi projetée, dont les conséquences seraient fâcheuses pour tinfluence de VEglise. Nous avons déjà donné au Gouvernement royal une grande preuve de notre désir de ne pas aggraver le conflit en ne

venant pas en aide aux Evéques; mais paraître désapprouver, même indirectement et quant à la forme, quelque regrettable que puisse être cette forme, la ligne de conduite des Prélats belges, nous ne le pouvons pas. Cela est impossible : exprimez-vous ainsi auprès de M. le Ministre des Affaires étrangères. » (Disp., 27 marzo 1879.)

Che se in appresso per dare una prova « de condescendre aux désirs du Gouvernement du Roi afin de calmer tagitatùm des esprits »,la S. Sede ha interposti i suoi consigli generici di moderazione, nel medesimo colloquio in cui faceva quella dichiarazione al Signor Conte Reusens, aggiungeva subito : « Je suis très fâché de ne pouvoir partager t opinion de M. le Ministre des Affaires étrangères en ce qui concerne t attitude du clergé dans la question de tensei-

Dès que j*aurai pu accomplir vos instructions, je m'empresserai de Lui en donner avis.

A^éez, etc.

B®" d*Anethan.

Le Ministre de Belgique, près le Saint-Siège, au Ministre des Afiaires étrangères.

(Re^çue le 29 mai i 880.)

Rome, le 26 mai 1880.

Monsieur le Ministre,

Tai donné lecture au Cardinal Nina de la dépêche que vous avez bien voulu m*adresser sous la date du 18 de ce mois, Qon ^^ jfos gggg d'ordre 17 et j'en ai laissé copie à Son Eminence suivant vos instructions.

Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté se réserve de vous faire parvenir sa réponse par l'intermédiaire du Nonce apostolique, après avoir toutefois pris les ordres du Saint-Père à ce sujet.

Son Eminence désire vivement, m'a-t-elle répété, l'apaisement des esprits en Belgique et affirme que le Saint-Siège, animé des intentions les plus conciliantes, a soin de recommander en toutes circonstances le calme, la prudence et la modération.

Agréez, etc.

B**" d'Anethan.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Bruxelles, le 5 juin i 880.

Dépêche très importante vous est expédiée ce soir.

Frère-Orban.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Ministre de Belgique près le Saint-Siège.

Bruxelles, le 5 Juin 1880.

Monsieur le Baron,

J*ai reçu, le 15 mai, la visite du Nonce apostolique, arrivé de Rome la veille. Je lui ai fait connaître mon sentiment sur la dépêche du Cardinal Nina du 3 mai, dont il avait pleine connaissance, qu'il devait, en effet, m*apporter et qui m*a été transmise par votre intermédiaire. Mon langage n'a pu laisser aucun doute sur mon appréciation de la nouvelle attitude du Saint-iSiége. Le Nonce a rendu compte de notre entretien au Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté et, étant venu me retoir le 31 mai, il s'est borné à me dire, au cours d'une entrevue qui avait un autre objet, que Son Eminence s'étonnait du caractère que j'avais attribué à la communication qui m'avait été faite.

Ma dépêche du 18 mai, reproduisant l'expression des sentiments que j'avais manifestés au représentant du Pape, a été lue

par vous, Monsieur le Baron, à Son Eminence le Cardinal Nina, et vous lui en avez laissé copie.

De longs jours se sont écoulés depuis mes entretiens avec le Nonce et ceux que vous avez eus avec Son Eminence le Cardinal Nina, sans que le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté ait été chargé de vous faire une ouverture modifiant, sous un rapport quelconque, la situation actuelle ou en atténuant la gravité. Le Nonce apostolique à Bruxelles n'a pas reçu davantage de mission de cette nature. Mais la presse épiscopale a été autorisée à parler. Elle s'était empressée de publier, le 10 avril, la lettre du Pape au Cardinal Dechamps ; elle a reçu bientôt après la confidence de la dépêche du Cardinal Nina du 3 mai et en a fait connaître la substance. Par ces publications, dont elle accentuait la signification, elle voulait agir sur l'opinion publique à la veille des élections. Le Gouvernement n'a pas cédé à la tentation de répondre à ces provocations dont le sens politique n'échappait à personne, ni hâté par une action précipitée le moment de faire connaître les documents qui devaient rétablir la situation sous son vrai jour. Il a attendu des explications ofScielles; il a vainement attendu jusqu'à présent.

Ce silence prolongé confirme et aggrave les conclusions que j'ai déduites des derniers actes émanés du Vatican. Le revirement d'opinion qui s'est accompli à Rome est de plus en plus manifeste ; il est évident désormais que le Saint-Siège n'entend plus se départir du terrain où l'ont placé, d'une part, la lettre du Pape au Cardinal Dechamps, de l'autre, la dépêche adressée le 3 mai au Nonce par le Cardinal Nina.

Après les explications développées dans ma dépêche du 18 mai, le Saint-Siège ne saurait nourrir aucune illusion sur la manière dont ses actes ont été jugés par le Gouvernement du Roi et les conséquences qui en résultent forcément à ses yeux. Le maintien d'une Légation belge, auprès du Vatican était possible et pouvait,

à certains égards, paraître utile aussi longtemps que le Saint-Père non seulement restait étranger aux luttes suscitées en Belgique par le clergé contre les lois et les institutions nationales, mais employait sa haute influence à modérer ces luttes, à pacifier les esprits, à les ramener aux vraies exigences de la situation. Il n*en est plus de même du moment que le Pape prend &it et causé dans le conflit et encourage la résistance à des mesures prises par TEtat dans Texercice de ses droits les plus légitimes. Le Gouvernement, laissant, aussi longtemps que possible, la voie ouverte à toutes les explications, a attendu la dernière heure avant de se prononcer ; mais il ne peut tarder davantage à agir s'il ne veut s'exposer à être accusé d'avoir subordonné ses résolutions aux résultats des scrutins qui se préparent. Il se doit à lui-même, il doit aux nécessités de sa politique aussi bien qu'à la dignité nationale de tirer maintenant et en toute liberté la conclusion de cette longue négociation. En s'y engageant, sans méconnaître qu'il n'y avait point d'harmonie complète entre les principes de notre droit public et le maintien de relations diplomatiques avec le Vatican, il a voulu &ire preuve d'esprit de conciliation, il a voulu s'assurer si le Saint-Père paraissant alors animé des mêmes dispositions, des considérations d'utilité pratique ne devaient pas prévaloir en cette matière sur la rigoureuse application des doctrines relatives à la séparation de TEtat et des Eglises. L'expérience, loyalement tentée, non sans avoir à vaincre bien des résistances, échoue aujourd'hui par le fait du Saint-Siège lui-même. Après avoir envisagé comme excessives et inopportunes les mesures prises par les Evéques au sujet de la loi scolaire et en avoir laissé à ceux-ci toute la responsabilité, le Pape, par un revirement inouï, couvre à présent de son approbation ces instructions épiscopales, qui ont été blâmées par des catholiques non suspects et ont suscité I9 plus vive irritation dans le pays.

Dans ces conditions, le Gouvernement du Roi considère comme

un devoir de déclarer que l'échange de vues avec le Vatican est

arrivé à son terme. La conclusion qui se dégage des £adts

constatés s'impose d'elle-même : c'est le rappel de la Légation

belge auprès du Saint-Siège. Vous voudrez bien en informer

Son Eminence le Cardinal Nina et prendre vos dispositions pour

quitter Rome aussitôt que vous aurez fait cette notification.

Agréez, etc.

Frëre-Orban.

Le Ministre des Affaires étrangères,

au Chargé d'affaires de Relgique près le Saint-Siège.

(TÉLÉGRAMME

Bruxelles, le 7 juin 1880.

Veuillez, par voie télégraphique, m'accuser réception de ma dépêche du cinq en indiquant le jour de l'exécution des instructions qu'elle contient.

Frère-Orban.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège,

(TÉLÉGRAMME

Rome, le 9 Juin 1880.

J'ai exécuté instructions dépêche du cinq aujourd'hui mercredi

neuf. Je pars ce soir.

d'Anethan.

Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.

(Reçue le 12 juin 1880.)

Rome, le 9 juin 1880.

Monsieur le Ministre.

J'ai l'honneur d'accuser réception de la dépêche que vous avez bien voulu m'adresser le 5 de ce mois, n"" 19 d'ordre.

Cette dépêche m'est arrivée hier trop tard pour qu*il m'ait été possible de rencontrer le Cardinal Nina.

Je me suis rendu ce matin chez Son Eminence et je Lui ai Sût confialtre la résolution du Gouvernement du Roi concernant la mission de Sa Majesté près le Saint-Siège.

Je n'ai pas manqué d'exposer au Cardinal Nina les motifs de cette décision.

J'ai également annoncé à Son Eminence que, conformément à vos instructions, je quitterais Rome aujourd'hui même.

Le Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté m'a exprimé son vif regret

de la détermination que vous avez prise, Monsieur le Ministre, et

sa surprise de ce que le Gouvernement n'ait pas attendu la note

par laquelle le Saint-Siège a l'intention de répondre à votre der-

nière communication.

Agréez, etc.

B**" d'Anethan.

« car le Saint-Siège a fait tout ce qui dépendait de lui en recom- « mandant, à plusieurs reprises, le calme, la prudence et la « modération. Le Cardinal eût désiré une autre solution qui se <c serait produite, j*en ai la conviction, m*a dit Son Eminence, si « les conseils du Pape avaient été suivis. Du reste, a ajouté le (c Cardinal Nina, les Evoques ont agi dans la limite de leur droit « strict et sous leur propre responsabilité. Sa Sainteté ne peut, « ni blâmer, ni désavouer les principes sur lesquels ils se « basent. Elle peut seulement engager l'Episcopat belge à n'ap- « pliquer qu'avec une extrême réserve les instructions conte- « nues dans la lettre collective du 1^ septembre. Le Gouveme- « ment du Roi, de son côté, a dit Son Eminence, en empêchant

que les écoles prennent une direction anticatholique, et en a veillant à ce que renseignement qui y sera donné ne blesse pas ce la conscience des fidèles, contribuera à améliorer la situation.»

Da questa mia comunicazione il signer Frère-Orban nella sua arringa al Corpo Législative, e nel suo Dispaccio dell* 18 maggio, ne deduce che il Santo Padre disapprovava la condotta dei Vescovi, dai quali « ses conseils n'ont pas été entendus, sa volonté n'a pas été respectée; » eche « aucune finesse de langage, aucune distinction subtile » non varranno a stornare il vero significato di tali parole.

Non isfuggirà a V. S. che quel dispaccio contiene il compendio di lin lungo dialogo. Ora se alcune proposizioni si considerisco distratte da tutto il conteste del discorso, possono dar luogo ad interpretazioni, che mal corrisponderebbero alla mente degli interlocutori ed alla natura del subietto. L*avere deplorato la lotta che si è impegnata ira TEpiscopato ed il Govemo belga, non implica alcuna condanna di quei Vescovi. Si deplorava quella lotta, perché deplorevole per se stessa, e perché cagione funesta di deplorevoli effetti. D*altronde essendosi più volte asserito che i Vescovi dovevano lottare contro la nuova legge, come poteva biasimarsi Tesercizio del diritto di difesa?

Ma, soggiunge il signor Frère-Orban, avère io dichiarato che ove i consigli da me daii di calma e di moderazione fossero stati eseguiti, cotesta vertenza sarebbe riuscita ad altro risultato; e che da principt perfettamente corretti sotto il rapporte délia dottrina, potevano essere state dedotte conseguenze inopportune, e qualche volta anche troppo spinte.

Che queste mie parole includessero un biasimo pei Vescovi belgi, non potrei concedere in verun modo al signor Frëre-Orban. Ad essi non furono diretti ordini formali o comandi di sorta ; chè anzi, corne io aveva prima dichiarato al signor Barone d*Anethan, non v' ha luogo ad intervenire allorchè si traita di atti collettivi deir Episcopato che abbiano per iscopo di opporsi ad una legge « dont les conséquences seraient fâcheuses pour Vinfluence de TEglise ». E quindi aveva soggiunto, non potersi da noi disapprovare, anche indirettamente, la condotta dei Prelati belgi, neppure in quanto alla forma per ispiacente che fosse. Se dunque Fazione di Roma fii solamente apportatrice di consigli temperati e calmi, come poteva muoversi rimprovero ai Vescovi, ai quali nulla s'imponeva, ma si lasciava tutta la libertà d*azione? In questa stessa conversazione particolare, che forma il centre délie conclusioni del signor Frère-Orban, fu da me formalmente dichia* rato al signor barone d'Anethan : « Bu reste les Eviques ont agi dans la limite de leur droit strict et sous leur propre responsa^ haUé. »

Inoltre pongasi mente alla circostanza del tempo in cui fu tenuto da me quel linguaggio; quando cioè dal Govemo belga erano stati rimessi diversî ricorsi contre certe misure pratiche; fira i quali ve ne furono alcuni che, dopo ricevute le opportune informazioni, furono dovuti rawisare infondati ed inesatti ; come quelle dell* Istitutrice di Liegi alla S. Y. ben noto. Era dunque ben naturale che trattandosi di qualche fatio particolare, e sotto rimpressione dei ricorsi ricevuti, ammettessi al Signor Barone

d'Anethan Tipotesi» che certi casi spécial! avrebbero potuto per avventura sortire migliore soiuzione.

Lungi dunque qualunque idea di avère riprovata la condotta di queir Episcopato, la oui azione collettiva doveva rimanere immune da qualsiasi pressione, e Tazione distributiva veniva btta segno a delazioni, di oui non si potè riconoseere sempre la sussistenza.

Gon questo dispaccio del 5 ottobre 1879 puô chiudersi il secondo période delF Echange de vues in oui ebbe logico esplicamento il programma iniziato nel précédente.

Nel novembre 1879, il Signer Ministre degli Esteri tennela nota arringa al Gorpo législative; in oui denunciô la condotta deir Episcopato belga come refrattaria aile istruzioni ricevute da Roma, studiandosi di confortare questa sua denuncia coi documenti scambiati nell' Echange de vues ed inferendone che il Papa aveva biasimata la resistenza dei Vescovi.

Che le illazionide dette dair Echange de vues, non rispondano alla critica di quei documenti, sicchè non vi si possa ravvisare che un artifizio parlamentare, fu da me dettagliatamente dimoatrato. Che poi la denunzia fatta dalla Tribuna delF antagonismo fira la Santa Sede ed i Prelati belgi dovesse rinfuocare la lotta ed irritare maggiormente la suscettività dei cattolici era molto facile il prevederlo. Fu allora (e non dopo il dispaccio del 5 ottobre che il pubblico ignorava) che il giornalismo cattolico si levô ad impugnare Tesistenza del preteso antagonismo, sostenendo che Roma non aveva giammai condannata Tazione dei Vescovi, de quali per lo contrario aveva altamente lodato lozelo.

Frattanto molti giornali liberali ofïiciosi, si ostinavano a difendere le deduzioni del Signer Frère-Orban, dal che ne seguiva nuovo alimente aile passioni religiose e politiche, e la continua* 2ione di un pericoloso equivoco.

La Santa Sede avrebbe potuto facilmente togliere quel

malinteso, ripudiando pubblicamente le conclusioni dell' arringa del Signor Frère-Orban. Ma credeite di non intervenire direitamente, per non creare imbarazzi al Governo belga, sperando che Tequivoco cadesse da se. Ê percio che reca maraviglia corne il SigQor Frère-Orban ascriva a colpa délia Santa Sede Tavere respinte après Hx mois^ le sue deduzioni suU' Echange de vues, menire dovrebbe sapergliene grado di una dilazione usata per un riguardo al Governo. Ghe se Roma non usciva ancora dalla riserva impostasi, d'altronde il consenso unanime del giornalismo cattolico e la dichiarazione del Gardinale Arcivesco di Malines dovevano illuminare Topinione pubblica suU* insussistenza del preleso disaccordo tra il Papa e i Vescovi.

Se non che la pertinacia del giornalismo libérale nell' accreditare e perpetuare l'equivoco^e Tardoredella loua ognor più sviluppato, consigliarono il Sanlo Padre, nelF occasione che dirigeva una leltera al Gardinale Arcivescovo di Malines, di encomiare la generosiià e la premura colla quale i cattolici belgi avevano corrisposto allô zelo dei loro Pastori a fine dimpedire le eonseguenze disastrùse délia récente legge scolastiea affatto difforme dai principii e dalle prescrizioni délia Chiesa cattolica.

Ghe se in questa leltera si loda lo zelo dei Vescovi nell* opporsi aile conseguenze délia nuova legge, quante volte nell' Echange de vues non ave va io, anche a nome del Santo Padre, affermato il medesimo concetto? E la stessa frase rimarcata dal Signor Frère-Orban nel dispaccio ultime « le conseguenze disastrose délia nuava legge » non si trova nel dispaccio direttogli il 19 marzo dal Signor Barone d'Anethan, che riferiva avergli io fiatto rilevai^e, che « les conséquences de la nouvelle loi seraient fâcheuses pour t influence de t Eglise? » In quel documente Pontificio montre si usa la più grande delicatezza verso il Governo belga, si risponde ad un' esigenza dell' attualità, consUUta cinque giorni appresso dalla nota del Signor Ministre degli Esteri, di uscire di equivoco

sui rapporii del Papa con quell* Episcopato. E quindi rimane al Signor Frëre-Orban lutta la responsabilità délie sue insinuazioni relative alla parola augusta del somme Pontefice.

La mia risposta poi del 3 maggio al dispaccio del 7 aprile è stata provocata dalla dimanda formate del Signor Frère-Orban di uscire d*equivoco. Golsi di buon grade Toccasione ofFertaml, ed esposi i principt non solamente cattolici, ma dettati dallo stesso giure naturale, seconde i quali non era lecito di participare ad un sistema d'istruzione riprovevole in se stesso. Ne dedussi che l*Episcopato Belga aveva ben meritato délia causa cattolica coll* opporsi aile conseguenze del nuovo ordinamento scolastico, e che non potendosi distinguere in massima nel Belgio fra scuole e scuole, seconde Topinamento di quoi Vescovi, altro non rimaneva che concedere dispense particolari ne casi che si presentassero sicure guarentigie. Âggiunsi che Roma perô aveva proseguito a dare consigli di pratica temperanza, ed istruzioni dirette a limilare la severità ove non fosse necessariamente reclamata. Ë questo un revirement, o non piuttosto una dichiarazione formulata dei principii a cui s'ispirô Yéchange de vues^ e che già di sopra furono sviluppati?

Il signor Frère-Orban oppone che Roma doveva imporre ai Vescovi la temperanza, e che giusta la costituzione autoritativa dalla cattolica gerarchia, una parola del Papa sarebbe stata

bastevole ad infrenarli. « Le Saint-Siège^ dont un mot eût pu

ramener le clergé à une appréciation plus juste de ses devoirs au milieu du conflit scolaire ^ renonce à ce rôle »

Riguardo alla quale asserzione Ella non ignora avère l'Episcopato Belga date prova di deferenza ai desiderii di Roma e di temperanza nel dar luogo nei casi particolari a più miti divisamenti. Inoltre ad awalorare l'intrinseca ragionevolezza délia mia risposta ultima, e quindi a confutare alcune osservazioni e deduzioni del Signor Ministre degli Esteri deve

porsi mente, non essere la Ghiesa cattolica una scuola filosofica owero un* accademia teologica, il cui compito venga esaurito dal semplice insegnamento dottrinale. La Ghiesa è società perfetta ed instituzione vivente per sua essenza. Soddisferebbe forse Ella alla sua missione, ove si limitasse a definire teoricamente il vero ed il faiso, il maie ed il bene? 0 piuttosto non deve Ella spiegare lutta la sua azione divina sulla vita, sui costumi, e soprattuto sulla educazione? Ghe monterebbe condannare a priori le scuole neutre o miste, se non adoperasse tutta la sua vitalità a fine di allontanare da esse la gioventb cattolica e di porgerle i mezzi prattici di attingere Tinsegnamento a fonti pure ed incontaminate? Poteva dunque Roma fiare addebito air Epis* copato belga se poneva ogni studio nel premunire i giovani dal pericolo délie scuole neutre e nel creare scuole cattoliche; o piuttosto non doveva commendare lo zelo operoso?

Il Signor Frère-Orban ammette di buon grade che il Papa ed i Vescovi riconoscano questa legge « absolument condamnable comme exposant par elle-même la jeunesse à un péril de perdre la foi et les mantrs », ma non sa convincersi délia relativa conseguenza da me esposta nel dispaccio del 3 maggio, cioè non esser lecito ad alcun cattolico di cooperare formalmente ail* esecuzione di essa. Eppure dal diritto naturale non meno che dalla logica si deduce immediatamente taie illazione; non essendo lecito di cooperare formalmente a ciô che è absolument condamnable comme exposant la jeunesse à un péril de perdre la foi et les mosurs. Su di che non ha esistito, e ne poteva esistere alcuna divergenza fra il Papa ed i Vescovi Belgi; ed inutilmente cercherà il Signor Frère- Orban « en quai donc eût pu consister son dissentiment avec tEpiscepai? »

Ne la condanna délie scuole neutre in massima o la participazione formale aile medesime hassi a confondere coi casi speciali nei quali viene effettivamente rimosso ogni pericolo délia fede e

délia morale. La quale distinzione porgerà à V. S. facile risponta alla dimanda che si propone il Sigoor Frère-Orban, se la Santa Sede condannando la partecipazione aile scuole neutre per parte dei cattolici, abbia obbedito « en sHmposant ce revirement à un devoir de son ministère î S'indine-t-U (le Saint-Siège) devant un dogme catholique f » La Santa Sede condanna le scuole in cui i giovani possono correre rischio nella fede e nella morale : ai Vescovi il giudicare l*elemento di fatto, cioè Tesistenza o la probabilité del pericolo. Quando portante l'Episcopato Belga ha riferito che il nuovo sistema toniava nella generalità pericoloso alla gioventù cattolica, la Santa Sede doveva deferire ail' opinamento di quel Vescovi che potevano meglio conoscere tutte le circostanze di fatto. L*obbligo di rimuovere il pericolo di perversione ë domma non pure di morale cattolica, ma benst principio deir ética naturale; dinnanzi al quale tutti debbono inclinarsi. Che se la Santa Sede porto fiducia da principio che si potesse ammettere di fatto distinzione fra scuola e scuola, conobbe poi che ciô nel Belgio non poteva verificarsi, giusta lautorevole informazione di quoi Vescovi, e nulladimeno in più incontri ha proseguito a raccomandare la calma e la prudenza, sicchè non poche dispense furono concedute nei singoli casi, e poteva sperarsi che il Governo belga saprebbe apprezzare i costanti consigU di moderazione partiti dalla Santa Sede.

Dalle quali imprescindibili dottrine, Ella trarrà argomenta di conchiudere che la Santa Sede ha semprecoperto colla sua protezione TEpiscopato belga lottante contre le conseguenze disastrose délia nuova legge, ne essersi potuta seguire altra linea di con* dotta, trattandosi di un diritto e di un dovere del ministère episcopale; che fu lasciata ai Vescovi una cerla latitqdine neir applicazione délie regole generali prescritte dalla Ghiesa ; e che il giudizio concrète sulla severità délia pena appartiene giuridicamente alla stessa autorità da cui fu sancita, e la quale

solamente con piena cognizione di causa puô deierminare la pro* poi'zione del sistema pénale cogli atti che ne formano l'obietto. Se perlante la Santa Sede rawisasse in qualche caso un* applicazione eccessiva délie leggi penali, corne non ha mancato, oosi non mancherà di reprimerla, compiendo le parti di Législatrice suprema.

n Signer Ministre degli Esteri oppone l'esempio di altro paesi, nei quali l'insegnamento neutre o misto fu adottato senza che il Clerc vi si addimOstrasse cosi awerso, corne nel Belgio. Ma sta in fatto che ovunque fu imposta cotesta legislazione, ebbe dalla Ghiesa eguale condanna. Ma se quivi fu portato grande ardore nella lotta, hassi a riflettere al timoré che la nuova legge suir insegnamento non fosse che il prodrome d'un sistema ostiia alla Ghiesa che voleva inaugurarsi ; di che il Rapporte officiale sul nuovo progetto scolastico, e le mal celate ire di alcuni deputati nella discussione di esso formavano non lieve argomento.

Reca poi sorpresa che il Signer Ministre degli Esteri opponga l'esempio dell' Irlanda, in Qui la scuola laica, a sue dire» fu autorizzata dalla Sacra Gongregazione di Propaganda con lettera del 16 gennajo 4841, diretta a quegli Arcivescovi con rapprovazione di Gregorio XVI di fel.mem.,essendo in quellavece rilevantissime le differenze che corrono fra llrlanda e il Belgio nella quistione deir insegnamento primario. Nell' Irlanda, 1^ seconde la relazione officiale, per concUiare le diverse parti, tra i membri del Comttaio 0 Cansiglio, cui era stata data Fautorità di sopranitendere ait andamento di questa istituzione di educazione, vennero annoverati, oUre sette protestanti, anche tre personaggi cattolid tra i quali un Vescavo, Pertanto Telemento del clero cattolico associato al Gonsiglio direttivo scolastico, mentre impediva che Finsegnamento divenisse del tutto laico, in prattica poi poteva preseutare sufficiente guarentigia agi* interessi cattolici. i"" Gio nullameno la Sagra Gongregazione tenue varie adunanze prima di prendere

qualunque determinazione ; 3^ finalmente la S. Gong, nel gène* raie consesso dei 22 décembre 1840 non credè emanare suUa cota un giudizio définitive ma prescrissb soltanto alcume cactblb cke^ approvate dal sommo Pontefice^ fu soUeciîa di eomunieare alT Epié-

copato Irlandese ; 4* Il principale motivo che mosse la

S. Gong, a tollerare precariamente, senza proferire giudizio définitive, quel sistema, fu che con esso, sia per Tassociazione deir elemento cattolico nel consiglio direttivo, sia per l'influenza che di fatto il Glero cattolico proseguiva ad eaercitare nelle scuole elementari, sicchè Religio catholiea nihil detrmmti passa videatur, poteva sperarsi che i temuti pericoli non si verificassero, al che si aggiungeva il timoré n^ ne ad heterodoxos forte Magistros peeunia tota et auctoritas devolvatur ï^. — 5. Fra le cautele che prescriveva la S. Gong, la prima era cosi concepita : <c Libros omnes qui noxium aliquid sive adversus sacrorum BibUorum canonem, aut puritatem, sive contra cathoUcae Ecclesiae dodrinam vel mores continent^ a scholis rcmoveri debere. Hoc autem eo faci-

L1US EFFICl POTEST, QUIA NULLA MENORAn STTEMATIS LEX OESTAT. La

seconda poi prescriveva : ut praeceptor normaiis Paedagogorum catholicorum in classe Religiosa morali et historica, vd eaiholieus, vel nullus sit. Si dichiarava da ultime : Generatim Episcopos et Parochos advigilare oportere^ ne ex hoc systenuUe nationaUs InstUutionis pueris catholicis quanUibet ob causam labes obveniat; eorumdem etiam esse enixe curare ut a supremis Moderatoribus meliorem in dies rerum ordinem et conditiones aequiores impetrent. niud quoque perutile fore censet S. Congregatio si loca ipsa seho^ larum in Episcoporum vel Parochorum potestate ac proprio jure maneant. »

Non mi ferme a sviluppare la differenza sostanziale fra questo metodo e quelle sancito nel Belgio.

Infatti quando si vollero fondare in Irlanda i collegi misti per la istruzione scientifica, i quali non presentavano le condizioni ras-

sicuranti delle scuole primarie, la S. Gongregazione con lettera del 9 octobre 1847, approvata da Pio IX di fel. mem., proibi che i giovanni cattolici vi fossero ascriiti ; ed eccitô i Vescovi a provve* dere ail* insegnamento scientifico, in especie filosofico, délia gioventb, invitandoli a formare una Università cattolica ad illius instar quœ per Belgi AniistiUs in Civitate Lovaniensi fundata est. »

£ cotale disposizione fu confermata con allra lettera délia S. Gong, degli 11 ottobre 1848, confermata parimenti dallo stesso Pontefice. Sembrami in fine che l'esempio d'un paese cattolico, obbligato a subire le leggi di un Governo Protestante, non sia stato evocato acconciamente dal Signer Frère-Orban.

Ne pib fortunato è l'esempio tratto dall' Olanda, ove i cattolici rappresentano un terzo délia pôpolazione. Eppure anche cola l'Episcopato cattolico levô la voce a condannare il sistema dell* insegnamento neutre. L'Arcivescovo di Utrecht a nome de suoi suffraganei nel Mandamento del 15 Febbrajo 1879 cosi lo stimmatizzava : « Aux yeux de tEglise tout enseignement est défectueux et insuffisant du moment que la religion rien est pas le centre et la

règle Ne vous laissez donc pas séduire par ceux qui prétendetit

que t école sans Dieu ri est pas dune manière absolue condamnée par vos chefs spirituels. Nous la condamnons et réprouvons partout et toujours »

Oppone in terzo luogo il signer Ministre degli Esteri Tesempio dell' Âustria, ove sul Goncordato del 1855 il Glero godeva di prérogative non minori di quelle concedute al Glero belga colla legge del 1842.

In quel concordato veramente erano stati stipolati alcuni articoli, che assicuràvano al Glero Tesercizio dei diritti scolastici colle forme le pib ample, e meglio corrispondenti alla natura dalla cattolica Ghiesa.

Che se dappoi fu aperta una ferita aile stipolazioni di quel pattOt i Vescovi non mancarono di sollevarne le pib alte proteste :

sicchè in fatto Tazione del Glero non ha cessato neir ordine deir insegnamento primario. Ed ora TEpiscopato austriaco si adopera alacremente perche colla isiituzione délie scuole confessionaii, ia gioveutù caitolica attinga Tinsegnamenio a fonti più pure, sotto la direzione de* propri Pastori.

L*argomento in fine traito dall' esempio d*Itaiia non mi sembra giovare la causa del signor Frëre-Orban. Ignora egli forse la posizione générale imposta al Papato ed air Episcopato del Governo Itaiiano? Se il primo articolo dello statuto proclama la religione catholica, religione dello stato, quante ferite non ha ricevuto quell* articolo a dispetto délia logica e del sentimento religioso degli Italiani? In fatto poi, per moite ragioni che qui non monta di enumerare, diverse scuole sono rimaste aiBdate al Glero, in altre esso conserva non lieve influenza : molti munidpii lasciano una certa libertà alla vigilanza del Glero ed al legittimo esercizio dei diritti religiosi.

E quando questo municipio di Roma, non estante la comune disapprovazione , rese libero rinsegnamento religioso neUe scuole primarie, il Santo Padre, con lettera del Giugno 4878 diretta al signor Gardinal Vicario, deplorava sollennemente questa récente disposizione.

Ghe se per le scuole medie ed universitarie si £a luogo a maggior tolleranza che non si faccia per le elementari, non toma difficile rawisare la causa délia differenza.

Ë alla tenera pianta che Tagricoltore rivolge le più assidue industrie : ë al fanciullo cui i genitori profondono le più sollecile cure nello albore délia vita naturale e civile. Parimenti la Ghiesa a queir età in cui si aprono i primi germi délia vita morale, e che focilmente potrebbe essere fuorviata da insidiose dottrine, deve prodigare il suo materno aOetto nel formarne l'indirino délia mente e del cuore. Giacchè in quel periodo délia vita Feducazione s*identifica in gran parte colla istruzione. Ghe se Tasione

tutrice délia Ghiesa proseguisse a spiegarsi anche negli studt successivi deir istruzione média ed universitarîa, la società civile non avrebbe che ad avvantaggiarsene. Ed infatti negli slati retti seconde i principt cattolici, l'influenza del Clero si estendeva ad ogni maniera di scuole : di che la cattolica Âustria aveva dato nobile esempio nel ooncordato del 1855 rammentato dal signor Frère-Orban.

Ma nelle scuole secondarie e superiori puo usarsi maggior tolleranza, lorchè non s'inconlri évidente e prossimo pericolo di perversione; perche si presuppone che i giovani abbiano già ricevuta la compétente istruzione religiosa.

Da ultimo il signor Ministre degli Esteri, facendo appelle ai principt onde è infbrmato il sistema politico libérale, et singolarmente a quelle délia libertà de' culti, ne deduce Tobbligo che incombe al Clero belga di adattarsi a &tti compiuti, e di essere riverente alla maestà délie l^gi ; chè altrimenti esso si addimostra animato da spirito politico e partigiano, anzichè da zelo religioso.

Il signor Frère-Orban non era in diritto di giustificare la nuova legge ed insistere sull' obbligo che corre ai fedeli di acconciarvisi, partendo da un ordine d*idee che la Santa Sede ha tante volte fbrmalmente condannato. Chè anzi pei Gattolici ne siegue la conseguenza del tutto inversa a quella che il signor Ministre degli Esteri ne dériva. Quando si tratti di pericolo reli* gioso 0 morale, deve il cattolico, anzi Tuomo onesto, lottare contre di esso, e non adagiarvisi tranquillamente. E potrebbe il clero Belga subire con rassegnazione una legge che pone in rischio la salvezza di tante anime e Tawenire délia società e délia fiamiglia ?

Che se poi le stesso signor Frère-Orban ha confessato, anche dalla Tribuna, comprendere anch* egli benissimo che il Papa ed i Vescovi condannino il nuovo ordinamento scolastico sotto il

punto di vista teologico, corne potrà asserirsi che il clero scenda in campo a combaiterlo per iscopo politico ?

Vecchia ë cotesta accusa, che risale sino ai primi tempi del Cristianesimo. Se combattere il paganesimo portava coa se il ripudiare la poligamia, il divorzio, la schiavitù e tante altre istituzioni délia società romana, dovevano i Gristiani assoggettarsi ad esse, o ripudiandole potevano guistamente esser tenuti in conto di nemici politici dell* Impero?La fede, la morale, la Ghiesa e la sua autorità sono pel credente verità formalmente religiose; cbi prodiga la sua vila per esse è veramente un martire : che monta se il giudizio erroneo di altri non voglia rawisarvi che il solo elemento politico?

E se il Governo Belga ha limitato al solo concetto politico il nuovo sistema d'insegnamento, poteva egli mutare il carattere intrinseco di taie ordinamento, sicchè i cattolici non dovessero osteggiarlo corne contrario ai loro interessi religiosi e morali?

Ë adunque chiaro che l*Episcopato belga, ed il Papa che lo sostiene, non confondono la questione religiosa colla politica, ma soddisfano bensi aile doverose cure di rimuovere da pascoli pericolosi il gregge loro affidato.

La S. Y. darà lettura del présente dispaccio al signer Ministre degli Esteri, e potrà riiasciargliene copia qualora la desideri.

Gradisca poi in questo nuovo incontro le rinnovate proteste délia mia distinta stima.

Di V. S. Uima.

Iloma, 8 Guif^no 1880.

(Firmato) AfBno per servirla L. Gardinal Nina.

(TUADUCTION.) MONSElGNËUn,

Les déclarations catégoriques transmises à Voire Seigneurie par ma lettre du 3 mai, laquelle, en son absence de Bruxelles, fut remise directement à M. le Ministre des affaires étrangères par M. le baron d'Anethan, me faisaient espérer que M. Frëre- Orban, appréciant le sentiment de franchise dont elles s'inspiraient, en tirerait un argument sérieux pour écarter toute supposition d'équivoque, selon le désir exprimé dans sa précédente communication du 7 avril.

Au contraire, la teneur même de ma dépêche et la lettre récemment adressée par le Saint-Père au cardinal -archevêque de Malines l'ont amené à persister dans le dessein préconçu de mettre en contradiction la conduite du Saint-Siège ; en eiïet, il est d'avis que, par cette lettre, « le Saint-Siège couvrait osterui^ blemetit de son patronage des actes dont il avait pris le plus grand soin^ Jtisguici, de décliner la responsabilité personnelle, mais sUl se rapprochait des Prélats belges, en revanche il semblait se mettre en contradiction avec lui-même ».

Et pareillement, dans ma dépêche du 3 mai, M. le Ministre des Affaires étrangères découvre un autre esprit que celui qui avait présidé à Yéchange de vues à l'occasion de la nouvelle loi sur l'enseignement. « Je ne déguiserai pas, en tei minant, tétonnement pénible que f ai éprouvé à la lecture de la lettre du cardinal Nina : un autre esprit avait présidé, jusquici, à nos rapports avec le Vatican,.. y>

De ces documents il infère que « le Pape cède manifestement

devant la volonté des Evéques », bien qu'il conclue ainsi : « Il ne

m* appartient pas de discuter les motifs d*un revirement aussi étrange ;

je me borne à le constater. »

Pour réfuter ces accusations, dont Ténormité ne pourra échappe

per à Votre Seigneurie, il sera opportun de rappeler le véritable esprit et les principes élevés qui ont présidé à Yéchange de vues, et dont la confrontation avec la lettre du cardinal-archevêque de Malines et avec ma dépêche adressée à Votre Seigneurie, en réponse à la communication du 7 avril de M. Frère-Orban. démontrera aisément que le même ordre d^idées et des vues uniformes ont constamment réglé la conduite et le langage du Saint-Siège» de telle sorte que Ton peut avec raison affirmer : « que le langage et les actes du Pape avaient été partout les mêmes ».

Je suivrai, en conséquence. Tordre même de la dernière dépêche de M. le Ministre des AfFaires étrangères et j*examinerai les documents relatifs à Yéchange de vues, afin d*eu déterminer le sens naturel et légitime à la lumière de la raison et des foits historiques.

Cette interprétation, il vous sera facile de la confirmer à Faide de la correspondance échangée, pendant cette période, entre moi et la Nonciature apostolique de Bruxelles. En écartant de cette manière les conclusions que M. Frère-Orban a voulu déduire de Yéchange de vues et qui ne peuvent aucunement être acceptées, le peu de fondement d'une prétendue contradiction dans la conduite complexe du Saint-Siège deviendra manifeste.

Pour porter un jugement équitable sur les documents concernant réchange de vues, il faut les joindre aux faits contemporains qui en faisaient Tobjet ; c*est pourquoi je crois indispensable de les classer en ti^ois catégories, d*après les trois périodes qu*a traversées la loi sur renseignement primaire.

Dans la première période, qui pourrait être dite a de préparation » et pendant laquelle la loi demeura à l'état de projet, le Saint-Siège, quoiqu'il ne cachât pas isa réprobation doctrinale, n*en observa pas moins une conduite très réservée, comme d'ailleurs le conseillait la nature même de l'afiaire.

En ellet, le bruit ayant couru que le Saint-Père aurait, par télé-

^amme, approuvé la lettre pastorale des Evéques belges, publiée, eu décembre 1878, contre le projet dé loi, et le comte Reusans m ayant interpellé à ce sujet, je lui répondis nettement que ni le Saint-Père, ni moi, n avions chargé personne de faire cela. (Correspondance diplomatique échangée entre le Gouvernement belge et le Saint^iége, 15 janvier 1879.)

Le même comte Reusens, rapportant peu après à M. Frère- Orban le sujet d'une de nos conversations, dans laquelle je lui avais fait connaître brièvement les idées développées dans la dépêche envoyée au Nonce apostolique, avec ordre d*en donner lecture au Ministre des Affaires étrangères, résumait ma pensée de la manière suivante : « Maintetiant cette influence (de Léon XUI) ne peut être efficace -9% VEglise se voit privée des moyens pratiques de [exercer, et le cas pourt*ait se présenter en Belgique, dans Vhupothèse oii le pri^et de loi sur renseignement public, récemment présenté aux Chambres, serait, tel qu'il se trouve, approuvé et sanctionné... mais

nous ne pourrions cependant pas nous opposer à ce que les catholiques prissent fait et cause contre les lois qui menacent leurs croyances. j> (Dép. du 8 février 1879). Votre Seigneurie, par la dépêche analogue qui lui fut envoyée, put donc dès le principe &ire remarquer à M. Frère-Orban que le principe de cette loi menaçait les croyances religieuses et qu*en conséquence le Saint-Siège ne pouvait s*opposer au légitime droit de défense des catholiques de Belgique.

Et de cette façon furent, dès lors, établis ces deux prinoipea qui trouvèrent dans la suite leur développement et leur application, à savoir : qu*on devait condamner doctrinalement le nouveau projet sur le régime scolaire, et qu on devait laisser aux catholiques la liberté de le combattre pratiquement.

Quand, plus tard, au mois de mars suivant, le même Chargé d'affaires me donna lecture de la dépêche du 26 février, envoyée par le. Ministre des Affaires étrangères, qui voulait faire appel à

i'autorité du Saint-Siège pour faire cesser l'opposition de TEpiscopat, ma réponse, d*après le rapport officiel du même H. Reusens, fut celle-ci : « // riy a pas lieu dbUervenir larsquH sagit ft actes collectifs de fEpiscopat et que ces acUs ont pour but de supposer à une loi projetée^ dont les conséquences seraient fâcheuses pour t influence de t Eglise. Nous avons déjà donné au Gouvernement royal une grande preuve de notre désir de ne pas aggraver le conflit en ne venant pas en aide aux Evéques; mais paraître désapprouver, même indirectement et quant à la forme, quelque regrettable que puisse être cette forme, la ligtie de conduite des Prélats belges, nous ne le pouvons pas. Cela est inqwssible : exprimez vous ainsi auprès de M. le Ministre des affaires étrangires.n (Dép. du 27 mars 4879.)

Que si, dans la suite, pour donner une preuve de condescendance aux désirs du Gouvernement du Roi, afin de calmer Fagitation des esprits, le Saint-Siège a envoyé des conseils de modération, conclus en termes généraux, dans la même entrevue où je Élisais cette déclaration de M. Reusens, j'ajoutais immédiatement : « Je suis très fâché de ne pouvoir partager topinion de M. le Ministre des affaires étrangères en ce qui concerne TattUude du clergé dans la question île l'enseignement; je ne saurais la trouver ni illégale, ni subversive, et cela par la raison que cette attitude, à ma comiaissance, s'est renfermée dans la limite des libertés constitutionnelles, dont le parti opposé fait au moins un aussi ample usage. » Je fis, en fait, observer que les injonctions absolues émises à propos de la question constitutionnelle belge ne pouvaient être appliquées « au sujet d'une question qui se trouve encore soumise aux discussions du parlement et dans laquelle les catholiques ont le droit et le devoir de faire connaître et de défendre leurs convictions morales et religieuses ». (Dép. du 20 avril 4879.)

M. le Baron d'Anethan revint à Rome et fut reçu, le 27 avril, en audience particulière par le Saint-Père. Il en informa, le len« demain, le Ministre des Affaires étrangères en ces termes : « Le

Souverain Pontife ma entretenu efisuite du projet de loi sur tenseignement immaire. Sa Sainteté m'a dit que rifistruction chrétienne de la Jeunesse était naturellement une de ses principales préoccupa* lions, qu'Elle trouvait nécessaire que cette itistruction fût imprégnée des idées religieuses, tune ne pouvant, sans graves dangers, être séparée des autres... Cependant, le Pape a évité. Monsieur le Ministre, de se prononcer sur cette loi. » (Dép. du 28 avril 1879.)

Le même Ministre de Belgique fit savoir, par sa dépêche du 30 avril, à M. Frère-Orban que je lui avais fait remarquer, dans un entretien récent, qu'il était juste de reconnaître quil {le Saint- Siège) n'a apporté auam combustible pour alimenter le feu » ; mais qu'il ne pouvait, d'autre part, imposer silence aux catholiques, ni leur interdire l'emploi des moyens autorisés par la Constitution.

Cependant le jour du vote de la nouvelle loi approchait. M. le Baron d'Ânethan ayant attiré mon attention sur les conséquences qui pourraient résulter de l'opposition de l'Episcopat, je lui fis observer, comme il le rapporta à M. Frère-Orban, « que la décision à prendre après le vote de la loi sur fenseignement primaire dépendait des Evéques... », et qu'une fois ce fait accompli, « il y aura lieu pour ÎEpiscopat d'examiner ce qu'exige tintérêt spirituel des familles catholiques, et le Saint-Siège sei'a toujours prêt à lui recommander la modération » .

Pendant la période où fut présenté et discuté le projet de loi, le Saint-Siège eut donc à établir les principes suivants : a. qu'il condamnait en principe le nouveau régime scolaire ; b. que les Evèques avaient le droit et le devoir d'en combattre les conséquences fâcheuses; c. que le Saint-Siège laissait à l'Episcopat le choix des moyens propres à atteindre ce but; d. que Rome ne manquerait pas de recommander le calme et la modération dans remploi de ces moyens; e. que le Vatican espérait a ju^^u'ati dernier moment tadoplion des amendements qui eussetit rendu ce sys-

tème tcolaire mains antipathique aux catholiques ». (Dép. du 28 juin 4879.)

Si, d'une part, ces principes renfermaient en germe le programme que le Vatican avait dû adopter en une occurrence si grave, d*autre part, il était naturel que Texécution de ce programme, limité jusqu'à ce moment aux exigences de la première période, pût, dans la suite, être modifiée par les circonstances dans lesquelles se développerait la question de l'enseignement et par des événements imprévus.

En revanche, le résumé que M. Frëre-Orban a fait de cette période, dans la réplique à ma dernière réponse, n'embrasse pas l'attitude totale du Saint-Siège, mais il la réduit au dessein purement négatif de ne rien faire qui encourageât l'opposition du clergé et de conseiller simplement la modération après l'adop- Uon de la loi sur l'enseignement. Que si, au contraire, envisageant les directions du Saint-Siège dans leur ensemble, il avait considéré les conséquences qui s'y trouvaient virtuellement contenues, il eût rapporté & cette seule période la conduite réservée que le Saint-Siège s'imposait alors, et en aurait mieux compris la conduite subséquente.

Sur ces entrefaites survint le fait douloureux du vote de la loi qui eut lieu le 6 juin à la Chambre des représentants et le 18 au Sénat. C'est alors que commence la seconde période des actes qui s'y rapportent. Le même jour que le Sénat se prononçait, l'Episcopat belge publia une lettre pastorale collective où il stigmatisait les nouvelles dispositions scolaires qui allaient remplacer celles de 1842.

Assurément TEpiscopat ne pouvait ni ne devait demeurer le témoin impassible d'une loi qui est contraire à la mission et aux droits de l'Eglise catholique; car proclamer la séparation de récole et de la religion, soustraire l'enseignement religieux à la surveillance autoritaire de l'Episcopat, séparer l'instruction de

réducation morale, c'était priver lËglise du moyen le plus efficace de former Tesprit et le cœur des générations futures.

G*est pourquoi le Saint-Père, affligé de Tannonce de la nouvelle loi scolaire, m'ordonna d'écrire à Votre Seigneurie c< d'aller trouver M. Frëre-Orban pour lui faire connaître le déplaisir éprouvé par le Saint- Père en cette circonstance ». Le ressentiment unanime du Saint-Père et de l'Episcopat protestait donc contre cette loi déplorable dont le but et l'esprit apparaissaient tellement pernicieux au point de vue religieux. Pour justifier l'esprit et le but des nouvelles dispositions ou pour dissiper les appréhensions des catholiques, il ne pouvait à coup sûr suffire de certaines apparences secondaires et extérieures, telles que le maintien de certaines prières ou des emblèmes religieux, alors que par la création d'écoles neutres on supprimait l'influence du clergé sur l'enseignement religieux et moral.

Cependant M. Frère-Orban se plaignait amèrement de la lettre pastorale publiée par les Evêques : « Comment concilier cependant dei aêiurances aussi positives (du Saint-Siège) avec la dédaratim de guerre que les Evéques ont lancée? » (Dépèche du 21 juin 1879.) — Mes réponses à cette question et le jugement sur le document collectif de l'Episcopat belge furent communiqués à M. le Ministre des AfTaires étrangères par M. le Baron d'Anethan (dépêche du 24 juin 1879), et plus tard vous lui donnâtes à votre tour lecture de la lettre qui vous fut adressée le 1^' juillet 1879. Je crois utile de rappeler à Votre Seigneurie le passage suivant de ce dernier document : « Je me bornerai seulement à dire que, après avoir pris connaissance de la lettre pastorale des Evéques, je pense ne pouvoir m'écarter de l'ordre d'idées que j'ai indiqué déjà dans ma susdite dépêche et que, par conséquent, je suis forcé de constater, que H. Frère-Orban, sous le coup peut-être de l'impression du moment, a porté sur cet acte un jugement trop sévère. En effet, la partie doctrinale de cette lettre pastorale ne pourrait donner

lieu à aucune censure, attendu qu'elle se conforme aux principes et aux maximes de TEglise catholique, appliqués jusque dans ces derniers temps par le Saint-Siège dans d*autres pays. Quant à la partie dispositive, comme elle ne contient pas pour la fréquenta* tion des écoles officielles, une défense absolue, mais limitée par de sages et prudentes réserves, on peut la considérer comme assez modérée, laissant ouverture h des accommodements pratiques chaque fois que Téducation morale et religieuse des enfants ne se trouve pas mise en péril. Au surplus, si le langage de la lettre pastorale parait en quelque point un peu violent, t7 faut le pardonner au sentiment religieux des Evéques que la nouvelle loi a profondément blessé, ainsi quà leur zèle pour maintenir tinlégriié de la foi^ selon timprescriptible devoir quils en ont et qui tourne finalement à (avantage de la société civile elle-même. »

Mais le Baron d*Anethan ayant insisté au nom de son Ministre* afin que Rome modérât la violence de Topposition qui se manifesta lors de la promulgation de la nouvelle loi, je lui fis savoir que Sa Sainteté avait donné Tordre de transmettre à ce sujet des instructions très sages aux Evéques belges.

Dans un entretien ultérieur, je confirmai à M. le Ministre de Belgique Tenvoi des instructions à TEpiscopat et, vers la fin de juillet, je lui fis observer « que ce n*était pas chose facile que de calmer d*un coup une lutte aussi ardente que celle que venait de provoquer la loi sur renseignement, une de ces questions qui touchent aux intérêts les plus vitaux de l'Eglise. Il me parait, d'ailleurs, qu*on se fait des illusions au sujet de la situation des Evéques; on suppose à tort que le Saint-Père les considère comme de simples fonctionnaires. Les saines traditions ecclésiastiques Tobligent à user d*égards qui honorent autant celui qui les témoigne que ceux qui en sont Tobjet ».

G*est alors que commença h se répandre le bruit que I*Episcopat belge avait publié une nouvelle lettre collective, accompagnée

d'instructions au clergé. Interrogé h ce sujet par M. le Baron d*Anethan vers la fin d*août, je lui répondis que je n*en avais pas reçu d*avis officiel.

Plus tard, je lui fis remarquer que ces instructions n'étaient que des conséquences d*un jugement émis par Pie IX et transmis, à leur demande^aux Evêqucs d'Amérique; elles devaient donc être considérées comme irréprochables au point de vue dogmatique; on pouvait en discuter la forme et Topportunité : sous ces rap* ports, je m'abstins de toute appréciation quelconque. (Dép. du 23 septembre 4879.)

Cette série de documents échangés pendant la seconde période me donne le droit de formuler les conclusions suivantes : a. que le Saint-Père, ainsi que l*Episcopat belge, éprouva la plus vive douleur en apprenant la promulgation de la nouvelle loi, h tel point qu'il enjoignit au Nonce pontifical de se rendre immédiatement auprès de M. le Ministre des Affaires étrangères et de lui exprimer son déplaisir; b. la lettre pastorale publiée, le 12 juin« par les Evoques belges fut par moi déclarée irrépréhensible sous le rapport doctrinal ; c. quant à la partie dispositive, je constatai qu'on pouvait la considérer comme assez modérée, puisqu'elle laissait ouverture à des accommodements pratiques chaque fois que l'éducation morale et religieuse des enfants ne se trouverait pas mise en péril; d. d'autre part, le sentiment religieux des Evoques blessé par la nouvelle loi, et leur devoir de maintenir Tintégrité de la foi pouvaient excuser le langage de cette lettre pastorale, si en quelque point ce langage paraissait trop vif; e. Rome envoya des instructions tendant à modérer l'ardeur de la lutte; /*. le Saint-Siège ne pouvant considérer les Evoques comme desimpies fonctionnaires, devait respecter leur liberté d'action sur le terrain de la juridiction épiscopale; g. quant à la nouvelle lettre pastorale accompagnée d'instructions aux curés, aucun jugement ne fut émis à cette époque.

Votre Seigneurie s'apercevra que cette conduite du Saint-Siège dans la seconde phase de la négociation sur la question de renseignement concorde de tous points avec le3 déclarations pré6édentes.

Mais le document principal de cette seconde période, dont on veut déduire la prétendue contradiction, document qui constitue, ainsi que s'exprime M. le Ministre des Affaires étrangères dans sa dépêche du 17 octobre à M. le Baron d'Anethan, un résumé de la Htuation fait par le VaHean lui-mime, et auquel il réserva l'honneur d*en faire son point d*attaque dans le discours qu*il prononça le 18 novembre à la Chambre des représentants, c*est la dépêche de M. le Ministre de Belgique qui porte la date du 5 octobre et qui résumait une longue conversation.

c( Le Cardinal Nina ne m'a pas caché le regret qu*éprouve le Saint-Père de la lutte engagée entre l'Episcopat et le Gouverne* ment du Roi, au sujet de l'exécution de la loi sur renseignement primaire.

« Sous le rapport de la doctrine, m'a dit Son Eminence, la lettre des Prélats belges est parfaitement correcte ; mais lea con« clusions tirées de principes justes peuvent être conduites d'une manière inopportune et parfois aussi poussées trop loin : il me paraît que c'est le cas ici.

c( Son Eminence ne peut, du reste, que manifester ses regrets; car le Saint-Siège a fait tout ce qui dépendait de lui, en recommandant, à plusieurs reprises, le calme et la modération. Le Cardinal eût désiré une autre solution, qui se serait produite, j'en ai la conviction, m'a dit Son Eminence, si les conseils du Pape avaient été suivis. Du reste, a ajouté le Cardinal Nina, les Evéqaes ont agi dans la limite de leur droit strict et sous leur propre responsabilité.

c( Sa Sainteté ne peut ni blâmer, ni désavouer les principes sur lesquels ils se basent. Elle peut seulement engager l'Bpiscopat

belge à n'appliquer qu*avec une extrême réserve les instructions contenues dans la lettre collective du !•' septembre. Le Gouvernement du Roi, de son côté, a dit Son Eminence, en empêchant que les écoles prennent une direction anticatholique et en veillant à ce que renseignement qui y sera donné ne blesse pas la conscience des fidèles, contribuera à améliorer la situation. »

Dans son discours à la Chambre des représentants et dans sa dépêche du 18 mai, M. Frère-Orban conclut de cette communication que le Saint-Père désapprouve la conduite des Evêques, par lesquels « ses conseils n'ont pas été entendus, sa volonté n'a pas été respectée ». Et il ajoute que « aucune finesse de langage, aucune distinction subtile » ne sauraient détourner la vraie signification de semblables paroles.

Il n'échappera pas à Votre Seigneu ; ie que cette dépêche contient le résumé d'un long entretien. Si l'on en considère aujourdliui certaines propositions en les séparant de tout l'ensemble de l'entretien, elles pourraient donner lieu à des interprétations qui correspondraient mal à la pensée des interlocuteurs et à la nature du sujet. Avoir déploré la lutte qui s'est engagée entre l'Episcopat et le Gouvernement belge n'implique aucune condamnation des Evêques. On regrettait cette lutte, parce qu'elle était déplorable en elle-même et parce qu'elle était l'occasion funeste de résultats déplorables. D'ailleurs, lorsqu'on avait plusieurs fois affirmé que les Evêques devaient combattre la nouvelle loi, comment eût-on pu blâmer l'exercice du droit dé défense?

Mais, fait observer M. Frère-Orban, j'aurais déclaré que si les conseils de calme et de modération, donnés par moi, eussent été écoutés, cette affaire aurait amené un autre résultat ; et que, de principes parfaitement corrects sous le rapport de la doctrine, on pouvait avoir déduit des conséquences inopportunes et parfois aussi trop rigoureuses.

Je ne saurais, en aucune manière, concéder à M. Frère-Orban

que ces paroles impliquassent un blâme pour les Evëques belges. II ne leur a été adressé ni ordres formels ni injonctions de celte sorte. Même, comme je Tavais d*abord déclaré à H. le Baron d*Anethan, il n'y a pas lieu dlntervenir quand il s*agît d*actes collectifs de TEpiscopat qui ont pour but de s*opposer à une loi « dont les conséquences seraient fâcheuses pour Tinfluence de TEglise ». Xavais ajouté, en outre, que nous ne pouvions désapprouver, même indirectement, la conduite des Prélats belges, pas même sous le rapport de la forme, quelque regrettable qu'elle fût. Si donc l'intervention de Rome se borna à donner des conseils de modération et de calme, comment eût-elle pu avoir la signification d'un blâme pour les Evêques, alors qu'on ne leur imposait rien, qu'on leur laissait toute liberté d'agir? Dans cette même conversation particulière, qui forme la base des conclusions de M. Frère-Orban, je déclarai for» mellement à M. le Baron d'Anethan : « Du reste, les Evêques ont agi dans les Imites de leur droit sttict et sous leur propre respon^ sabilité. »

Il faut considérer, d'ailleurs, les circonstances dans lesquelles je tins ce langage. Divers recours avaient été remis, de la part du Gouvernement belge, contre certaines mesures prises par le clergé, parmi lesquelles il en était quelques-unes qui, suivant des informations opportunes, furent reconnues inexactes et non fondées, comme le cas de Tinstitutrice de Liège (Visé), bien connu de Votre Seigneurie. Il était donc fort naturel que, traitant de quelques faits particuliers et sous l'impression des recours reçus, on concédât à M. le Baron d'Anethan l'hypothèse que certains cas spéciaux auraient pu, par aventure, recevoir une meilleure solution.

II faut donc écarter la pensée quelconque d'une réprobation de la conduite des Evêques, dont l'action collective devait échapper h toute espèce de pression et dont l'action individuelle venait

detre Tobjet de dénouciaiions dont on ne pouvait toujours reconnaître le fondement.

Avec cette dépêche du 5 octobre 1879» finit la seconde période de Véehatige de vues ; le programme formulé dans la précédente y trouve son développement logique.

Au mois de novembre 1879, M. le Ministre des Affaires étran* gères prononça le discours bien connu devant la Chambre des représentants; il y dénonçait la conduite de TEpiscopat belge comme contraire aux instructions envoyées de Rome; il s'efforçait de confirmer cette dénonciation à Taide des documents échangés au cours de Yéchange de vues et il en concluait que le Pape avait blàmé la résistance des Evéques.

J*ai longuement démontré que les conclusions déduites de Yéchange de vues ne se justifiaient pas par l'examen de ces documents, et qu'ainsi je n'y pouvais voir qu'un artifice parlementaire. Il était, dès lors, trop facile de prévoir que la dénonciation, faite du haut de la tribune, d'un antagonisme entre le Saint-Siège et les Prélats belges ne manquerait pas d'aigrir la lutte et d'exciter davantage les susceptibilités des catholiques. Ce fut alors (et non après la dépêche du 5 octobre, que le public ignorait), que les journaux catholiques se mirent à contester l'existence du prétendu antagonisme, en soutenant que Rome n'avait jamais condamné la conduite des Evéques; qu'elle avait, au contraire, loué hautement leur zèle.

Cependant, nombre de journaux libéraux officieux s'obstinèrent à défendre les conclusions de M. Frère-Orban, fournissant ainsi de nouveaux aliments aux passions religieuses et politiques et prolongeant une périlleuse équivoque.

Le Saint-Siège aurait pu aisément dissiper ce malentendu en répuAivLUi publiquement les conclusions du discours de M. Frère* Orban. Mais il crut ne pas devoir intervenir directement pour ne pas créer des embarras au Gouvernement belge, espérant que

Téquivoque tomberait d'elle-même. Cest pourquoi Ton s'étonne de voir M. FrëreOrban imputer au Saint-Siège comme une faute d'avoir repoussé, après six mois, les conclusions qu'il avait tirées de Yéchange de vues, alors qu'il aurait dû lui savoir gré d'un délai motivé par la déférence envers le Gouvernement. Que si, k Rome, on ne sortait pas encore de la réserve qu'on s'était imposée, d'autre part, le langage unanime des journaux catholiques et la déclaration du Cardinal-Archevêque de Malines devaient éclairer l'opinion publique sur la non-existence du prétendu désaccord enti^e le Pape et les Evêques.

Mais la persistance des journaux libéraux à accréditer et k prolonger l'équivoque et la vivacité chaque jour croissante de la lutte déterminèrent le Saint-Père, à l'occasion d'une lettre qu'il adressait au Cardinal-Archevêque de Malines, à louer la générosité et l'empressement avec lesquels les catholiques belges avaient répondu au zèle de leurs pasteurs afin de prévenir les conséquences désastreuses de la récente loi scolaire, entièrement incompatible avec les principes et les prescriptions de tEglise catholique.

Si, dans cette lettre, on loue le zèle mis par les Evoques à s'opposer aux conséquences de la nouvelle loi, combien de fois dans Yéchange de vues n*avais-je pas moi même, au nom du Sarnt- Père, exprimé la même pensée! Et la phrase même, relevée par M. Frère-Orban, dans sa dernière dépêche, à savoir : « les conséquences désastreuses de la nouvelle loi, » ne se retrouve-t-elle pas dans la dépêche que lui adressa, le 19 mars, M. le Baron d'Anethan, rapportant l'observation que je lui avais faite que « les conséquences de la nouvelle loi seraient fâcheuses pour l'influence de l'Eglise? » Toutefois, dans ce document pontifical, on usaitde la plus grande délicatesse envers le Gouvernement belge; on répondait h une exigence du moment, constatée cinq jours après par la note de M. le Ministre des Affaires éti*angères, celle

de sortir de Téquivoque au sujet des rapports du Pape avec I*Episcopat belge. Et c'est pourquoi M. Frère-Orban garde toute la responsabilité de ses insinuations relativement à la parole auguste du Souverain Pontife.

Ma réponse du 3 mai à la dépêche du 7 avril fut provoquée par la demande formelle de M. Frère-Orban de sortir de Téquivoque. Je saisis volontiers Toccasion qui m'était offerte et j'exposai les principes non seulement du catholicisme, mais du di*oit naturel lui-même, d'après lesquels il n'est pas permis de s'associer à un système d'instruction condamnable par lui-même. J'en conclus que l'Episcopat belge avait bien mérité de la cause catholique en s'opposant aux conséquences du nouveau régime scolaire, et, comme en Belgique, il n'était pas possible, en général« de distinguer entre écoles et écoles, d'après l'opinion des Evéques du pays, il ne restait qu'à accorder des dispenses particulières dans les cas où se rencontreraient des garanties sûres. J'ajoutai que Rome« néanmoins, avait continué de donner des conseils de modération pratique et d'envoyer des instructions tendant à tempérer les rigueurs, quand celles-ci n'étaient pas impérieusement réclamées. Est-ce là un revirement ou n'est-ce pas plutôt une déclaration explicite des principes dont s'est inspiré V échange de vues^^i qui ont déjà été développés ci-dessus?

M. Frère-Orban objecte que Rome devait imposer la modération aux Evêques et que, en présence de la constitution autoritaire de la hiérarchie catholique, une parole du Pape aurait suffi à les contenir. .. a Le Saint-Siège, dont un mot eût pu ramener le clergé à une appréciation plus juste de ses devoirs au milieu du conflit scolaire y renonce à ce r6le...y>

Par rapport à cette assertion. Votre Seigneurie n'ignore pas que l'Episcopat belge a fait preuve de déférence envers les désirs de Rome, ainsi que de modération en autorisant, dans des cas particuliers, des mesures moins rigoureuses. D'ailleurs, pour

renforcer la valeur intrinsèque de ma dernière réponse et réfuter ainsi certaines observations et déductions de M. le Ministre des Affaires étrangères, il faut bien se rappeler que l'Eglise catholique n*est ni une école philosophique, ni une académie théologique, dont le simple enseignement dogmatique formerait toute la tâche. L*Eglise est une société parfaite et une institution vivante de son essence. Remplirait-elle par hasard sa mission si elle se bornait à définir théoriquement le vrai et le faux, le mal et le bien ? Ne doit-elle pas plutôt étendre toute son action divine sur la vie, sur les mœurs et surtout sur Téducalion ? Que servirait-il de comdamner à priori les écoles neutres ou mixtes, si elles ne mettait toute son énergie à en éloigner la jeunesse catholique et à lui procurer les moyens pratiques d'acquérir l'instruction à des sources pures et non souillées ? Rome pouvait*elIe donc faire à TEpiscopat belge un tort d*apporter tous ses soins à prémunir la jeunesse contre le péril des écoles neutres et à créer des écoles catholiques ; ne devait-elle pas plutôt louer son zèle laborieux 1

M. Frère-Orban admet volontiers que le Pape et les Evêques jugent cette loi « absolument condamnable comme exposant par eUemême la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs; » mais il ne sait accepter la conséquence y relative que j'ai signalée dans ma dépêche du 3 mai, h savoir : qu*il ne saurait être licite pour aucun catholique de coopérer formellement à l'exécution de la loi. Cependant, le droit naturel, aussi bien que la logique, oblige de tirer immédiatement cette conclusion ; il ne peut être licite, en effet, de coopérer formellement à ce qui est absolument condam» nable comme exposant la jeunesse au péril de perdre la foi et les mœurs. Sur ce point, il n'a existé ni ne pouvait exister aucun dissentiment entre le Pape et les Evêques belges; et M. Frère- Orban cherchera inutilement : en quoi donc eût pu consister son dissentiment avec rEpiscopat?

Mais la condamnation des écoles neutres en général ou la par-

ticipation formelle à celles-ci ne doit pas être confondue avec les cas spéciaux dans lesquels tout péril pour la foi et les mœurs viendrait effectivement à disparaître. Votre Seigneurie trouvera aisément dans cette distinction la réponse à la question formulée par M. Frère-Orban, à savoir : si le Saint-Siège, en condamnant la participation de la part des catholiques aux écoles neutres, aurait obéi, « en s imposant ce revirement ^ à un devoir de son minis* tèref S^indine-t'il {le Saint-Siège) devant un dogme catholique? y> Le Saint-Siège réprouve les écoles oii la jeunesse peut courir un péril pour sa foi et ses mœurs : c*est aux Evéques qu*il appartient de juger l'élément de fait, c*est-à-dire lexistence ou la probabilité du péril. Quand donc VEpiscopat belge a déclaré que le nouveau système se trouvait être, en général, périlleux pour la jeunesse catholique, le Saint-Siège devait se ranger à l'opinion de ces Evéques qui pouvaient mieux connaître toutes les circonstances de fait. L'obligation d'écarter le péril de perversion est non seulement un dogme de la morale catholique, mais aussi un principe de la morale naturelle, devant lequel tous doivent s'incliner. Si, au début, le Saint-Siège se flatta qu'on pourrait admettre une distinction de fait entre ècoje et école, il apprit depuis, grâce aux informations dignes de foi des Evéques du pays, que cette distinction ne pourrait avoir lieu en Belgique; il n'en a pas moins continué, en plusieurs rencontres, à recommander le calme et la prudence, de telle sorte que de nombreuses dispenses furent accordées dans des cas particuliers, et il pouvait espérer que le Gouvernement belge saurait apprécier les conseils persistants de modération partis du Saint-Siège.

De ces doctrines, qu'on ne saurait scinder, Votre Seigneurie saura conclure que le Saint-Siège a toujours couvert de sa protection l'Episcopat belge luttant contre les conséquences désastreuses de la nouvelle loi, et qu'il n'aurait pu suivre une autre ligne de

conduite, puisqu'il s'agissait d'un droit et d'un devoir du minis*

tère épiscopal ; qu'il a laissé aux Evoques une certaine latitude dans Vapplication des règles générales prescrites par l*EgIise ; et que le jugement concret sur la sévérité de la peine appartient juridiquement à Tautorité même qui la sanctionne et qui seule peut* en pleine connaissance de cause, proportionner le système pénal aux actes qui en forment l'objet. Si toutefois le Saint-Siège trouvait, dans un cas donné, l'application des lois pénales excessive, il ne manquerait pas, non plus qu'il n'a manqué jusqu'ici, de la réprimer, remplissant ainsi la charge de législateur suprême.

M. le Ministre des Affaires étrangères oppose l'exemple d'autres pays, dans lesquels l'enseignement neutre ou mixte a été introduit sans que le clergé s'y soit montré aussi hostile qu'il l'est en Belgique. Mais il est de fait que partout où cette législation a prévalu, l'Eglise Ta également condamnée. Que si, en Belgique, on a apporté une grande ardeur à la lutte, il fout l'attribuer à la crainte que la nouvelle loi sur l'enseignement ne fût que le prélude d'un système hostile à l'Eglise, qu'on avait l'intention d'^blir ; le rapport officiel sur le nouveau projet scolaire et les animosités peu déguisées de certains députés, dans la discussion, en fournissaient la preuve assez décisive.

Je suis surpris, du reste, que M. le Ministre des Affaires étrangères oppose l'exemple de Tlrlande, où l'école laïque, d'après lui» a été autorisée par la Sacrée Congrégation de la Propagande, par lettre du 16 janvier 1841, adressée aux archevêques de ce pays avec l'approbation de Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, attendu qu'il existe des différences très importantes entre l'Irhinde et la Belgique dans la question de l'enseignement primaire.

En Irlande :

l"" D'après la relation officielle, pour concilier les divers partis, le comité ou conseil, auquel avait été remise la haute direciion de cette institution d^ éducation, compta parmi ses membres, outre sept protestants, trois catholiques^ parmi lesquels un évêque. L'élément

du clergé catholique associé au conseil scolaire non seulement empochait que renseignement ne devint exclusivement laïque, mais pouvait encore présenter dans la pratique une garantie suffisante aux intérêts des catholiques ;

2^ Nonobstant» la Sacrée Congrégation eut plusieurs réunions avant de prendre une détermination quelconque ;

3^ Finalement, la Sacrée Congrégation, dans l'assemblée générale du 22 décembre 1840, ne crut pas devoir émettre sur cette affaire un jugement définitif, mais elle prescrivit seulement quelques PRÉCAUTIONS, qu'après {approbation par le Souverain Pontife, elle eut soin de communiquer à tEpiscopat irlandais.

...4^ Le principal motif qui détermina la Sacrée Congrégation à tolérer temporairement, sans porter de jugement définitif, ledit système, fut que, soit par l'adjonction de l'élément catholique au conseil dirigeant, soit par l'influence que, de fait, le clergé catholique continuait à exercer dans les écoles élémentaires, de sorte que la religion catholique ne paraissait avoir souffert aucun préjudice (Religio catholica nihU detrimenti passa videatur), elle pouvait espérer que les périls redoutés ne se produiraient pas ; & cette considération s'ajoutait la crainte « que tout l'argent et l'autorité ne passassent entre les mains des instituteurs hétérodoxes » {ne ad heterodozos forte magistros pecunia tota et auetoritas devolvatur).

5"* La première des précautions que prescrivait la Sacrée Congrégation était ainsi conçue : « Tous les livres qui contiennent quelque chose de nuisible ou de contraire soit au canon ou à la pureté des Saintes Ecritures, soit à la doctrine ou à la morale de tEglise catholique, doivent être écartés des écoles. Cela peut être FArr d'autant plus aisément qu'aucune loi du système mentionné ne s'y oppose. {Libros omnes qui noxium aliquid sive adversus sacrorum Bibliorum canonem aut puritatem, sive contra catholicae Ecclesiae doctrinam vel mores continent, a scholis removeri debere. Hoc

AUTEM EO FACILIL'S EFFICl POTEST, QUIA NULLA MEMOBATl STSTBVATIS LEX

obstat). » La deuxième était celle-ci : a Que le précepteur normal des instituteurs catholiques pour le cours de religion, de morak et d'histoire, soit catholique ou qu'il n'y en ait pas. (Ut praecepior normalis paedagogorum catholicorum in classe reUgiosa, morali et historica, vel catholicus, vel nullus sit.) » On déclarait enfin : « £» général les Evéques et les curés devront veiller à ce que ce système d'éducation nationale n'apporte, par une cause quelconque, de souHlure aux enfants catholiques; ils feront aussi tous leurs efforts pour obtenir des autorités supérieures une organisation de jour en jour MEILLEURE ET DES CONDITIONS PLUS JUSTES. La Socréc Congrégation estime aussi quil serait fort utile que les locaux scolaires restassent de plein droit sous la dépendance des Evéques et des curés. {Gêneratim Episcopos et parochos advigilare oportere ne ex hoc systemate nationalis institutionis pueris catholids quamlibet oh causam lobes obveniat ; eorumdem etiam esse enixe curare ut a supremis Modéra-

tOribuS MELIOREM IN DIEM RERUM ORDINEM ET CONDITIONBS ABQUIORES

iNPETRENT. Illud quoquc perutile fore, censet S. Congregatio, si loca ipsa scholarum in episcopomm vel parochorum potestate ac proprio Jure maneant.) p

Je ne m*arrêterai pas à expliquer la différence essentielle qui existe entre ces mesures et celles sanctionnées en Belgique.

D*ailleurs, quand on voulut fonder en Irlande des collèges mixtes pour l'enseignement scientifique, lesquels n'offraient pas les conditions rassurantes des écoles primaires, la Sacrée Congrégation, par lettre du 9 octobre 1847, approuvée par Pie IX, d'heureuse mémoire, défendit que les jeunes gens catholiques y fussent inscrits ; et elle invita les Evéques à pourvoir à renseignement scientifique et spécialement philosophique de la jeunesse, en les engageant à fonder une université catholique « à rinstar de celle que les Prélats de Belgique avaient fondée à Louvain ».

Et cette décision fut confirmée par une autre lettre de la Sacrée Congrégation, en date du il octobre 1848, approuvée pareillement par le même Pontife. Il me semble enfin que Texemple d'un pays catholique, obligé de subir les lois d'un gouvernement protestant, n*a pas été invoqué à propos par M. Frère- Orban.

L'exemple de la Hollande, où les catholiques représentent un tiers de la population, n*est pas plus heureux. Et cependant, là aussi, l'Episcopat catholique éleva la voix pour condamner le système de renseignement neutre. L'Archevêque d'Utrecht, au nom de ses suffragants, dans le mandement du 15 février 1879, le stigmatisait ainsi : « Aux yeux de tEglise, tout enseignement est (téfectueux et insuffisant du moment que la religion n'en est pas le centre et la règle... Ne vous laissez donc pas séduire par ceux qui prétendent que l'école sans Dieu ri est pas, d'une manière absolue, condamnée par vos chefs spirituels. Nous la condamnons et la réprouvons PARTOUT ET TOUJOURS... ))

M. le Ministre des Affaires étrangères oppose, en troisième lieu, l'exemple de l'Autriche, où, en vertu du Concordat de 1855, le clergé jouissait de prérogatives non inférieures à celles accordées au clergé belge par la loi de 1842.

Dans ce concordat, en effet, avaient été inscrits plusieurs articles qui assuraient au clergé l'exercice de ses droits sur les écoles, dans les conditions les plus larges et répondant le mieux à la nature de l'Eglise catholique; que si, depuis, il a été porté atteinte aux stipulations de ce pacte, les évéques n'ont pas manqué d'élever les plus solennelles protestations, de sorte qu'^n fait l'action du clergé n'a pas cessé sur le terrain de l'enseignement primaire. Et aujourd'hui l'Episcopat^autrichien agit avec ardeur afin que la jeunesse catholique, grâce à l'établissement d'écoles confessionnelles, puise l'instruction à*des sources plus pures, sous la direction de ses propres pasteurs.

L'argument tiré, en dernier lieu, de Vexemple de Iltalie ne me semble pas venir en aide à la cause de M. Frëre-Orban. Ignore* t-iU par hasard, la condition générale faite au Pape et & TEpiscopat par le Gouvernement italien ? Si le premier article du statut proclame que la religion catholique est la religion de TEtat, que d'atteintes portées à cet article, au mépris de la logique et du sentiment religieux des Italiens ! En fait, par des causes multiples qu'il n'importe guère d*énumérer ici, différentes écoles sont restées confiées au clergé ; dans d'autres, celui-ci a conservé une grande influence : beaucoup de municipes laissent une certaine liberté à la surveillance du clergé et au légitime exercice des droits religieux.

Et quand le municipe de Rome, malgré la désapprobation générale, rendit facultatif l'enseignement religieux dans les écoles primaires, le Saint-Père, par lettre du mois de juin 1878, adressée au cardinal-vicaire, déplorait solennellement cette disposition récente.

Si, pour les établissements d'instruction moyenne et supérieure, on fait preuve de plus de tolérance que pour les écoles élémentaires, il n*est pas diffi^cile de discerner la cause de la différence. C'est à la frêle plante que l'agriculteur donne ses soins les plus assidus : c'est le petit enfant que les parents entourent de leur sollicitude la plus active, au matin de la vie naturelle et civile. C'est aussi à cet âge où s'ouvrent les premiers germes de la vie morale et que pourraient si facilement égarer des doctrines insidieuses, que l'Eglise doit prodiguer son affection maternelle, pour en former l'esprit et le cœur. C'est, en effet, à cette période de la vie que l'éducation se confond, en grande partie, avec l'instruction. Si l'action tutélaire de l'Eglise continuait à s'étendre aussi sur les études ultérieures de l'enseignement moyen et universitaire, la société civile ne pourrait qu'en tirer profit. Et, de fait, dans les Etats régis d'après les principes catholiques,

rinfluence du clergé s*élendait à toutes les catégories d*écoIes : la catholique Autriche avait donné, à cet égard, un noble exemple dans le Concordat de 1855, rappelé par M. Frëre-Orban.

Mais, dans les écoles secondaires et supérieures, on peut user de plus de tolérance, lorsqu'il ne se présente pas de danger évident et prochain de perversion, parce qu'on présume que les jeunes gens ont déjà reçu une suffisante instruction religieuse.

Enfin, M. le Ministre des Affaires étrangères, invoquant les principes sur lesquels repose le système politique libéral, et particulièrement celui de la liberté des cultes, en déduit l'obligation, pour le clergé belge, de se soumettre aux faits accomplis, et de respecter la majesté des lois ; sinon le clergé paraîtrait plutôt animé de Fesprit politique et de parti que de zèle religieux. M. Frère-Orban n'avait pas le droit de justifier la nouvelle loi ni d'insister sur l'obligation qui incombe aux fidèles de s'y conformer en partant d'un ordre d'idées que le Saint-Siège a tant de fois formellement condamné. Il en résulte même, pour les catholiques, la conséquence tout à fait inverse de celle qu'en tire M. le Ministre des Affaires étrangères. Quand il s'agit d'un danger religieux et moral, il est du devoir du catholique, même de l'honnête homme, de lutter contre ce danger et non de s'y accommoder tranquillement. Le clergé belge pourrait-il subir avec résignation une loi qui met en péril le salut de tant d'âmes et l'avenir de la société et de la famille ?

Quand M. Frère Orban a lui-même avoué à la tribune, qu'il comprenait très bien que le Pape et les Evêques condamnassent le nouveau régime scolaire au point de vue théologique, comment peut-il affirmer que le clergé descend dans l'arène pour le combattre dans un but politique ?

Elle est ancienne cette accusation, qui remonte jusqu'aux premiers temps du christianisme. Si, pour combattre le paganisme, il &llait en même temps repousser la polygamie, le divorce.

l'esclavage et tant d'autres institutions de la société romaine, les chrétiens devaient-ils s'y soumettre ou bioi, en les répudiant, pouvaient-ils avec justice être considérés comme des ennemis politiques de l'Empire ? La foi, la morale, l'Eglise et son autorité sont pour le croyant des vérités formellement religieuses ; qui donne sa vie pour elles est vraiment un martyr : qu'importe si le jugement erroné d'autrui n'y prétend reconnaître que le seul élément politique ?

Et si le Gouvernement belge n'a eu en vue, en établissant le nouveau système d'enseignement, qu'une idée politique, pouvait-il changer le caractère intrinsèque de ce système de telle sorte que les catholiques ne dussent pas le combattre comme contraire à leurs intérêts religieux et moraux ?

Il est, par conséquent, évident que l'Episcopat belge et le Pape, qui le soutient, ne confondent pas la question religieuse avec la question politique, mais accomplissent certainement leur devoir d'éloigner de pâturages dangereux le troupeau qui leur est confié.

Votre Seigneurie donnera lecture de la présente dépêche h M. le Ministre des Affaires étrangères, et pourra lui en laisser copie, s'il le désire.

Veuillez agréer, etc.

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