L. Cardinale Nina
(TRADUCTION
Monseigneur,
Mercredi dernier, le 9 courant, M. le Baron d*Anethan est venu me donner communication verbale d'une dépêche que lui avait adressée, le 5, M. le Ministre des Affaires étrangères, et par laquelle il lui ordonnait de me notifier son rappel à Bruxelles.
Cette détermination, bien qu'elle menaçât depuis longtemps de se produire, n'a pu manquer néanmoins de causer liu Saint-Père du déplaisir et de la surprise, surtout en présence des motife qui sont invoqués pour la justifier et dont le Saint-Siège ne saurait aucunement admettre le fondement.
Avant tout, on ne saurait comprendre comment M. le Ministre affirme que nous voulions garder le silence au sujet de la dernière dépêche adressée, le 18 mai, à M. le Baron d'Anelhan, alors que j'avais déjà prévenu M. le Baron que j'allais y faire une réponse catégorique. Votre Seigneurie a depuis reçu cette dépêche datée du 8 courant, et elle doit l'avoir communiquée à cette heure à M. Frère-Orban.
Mais ce qui a le plus attristé le cœur du Saint-Père, c'est qu'il ressort de la communication de M. le Baron deux graves accusations formulées à charge du Saint-Siège par M. le Ministre des Affaires étrangères, accusations contre lesquelles Votre Seigneurie devra protester de la manière la plus explicite. La première consiste à attribuer au Saint-Siège la publication de la lettre de Sa Sainteté à Son Eminence le Cardinal-Archevêque de Malines, ainsi que de la substance de ma dépêche du 3 mai dernier; or, je puis vous donner l'assurance la plus formelle que, de notre part» nous n'avons concouru en aucune manière à cette manifestation, que nous y avons été, au contraire, absolument étrangers, et c'est pourquoi le Saint-Siège décline toute responsabilité de ce fait.
L'autre insinuation concerne le changement déloyal de conduite qui, suivant lui» se serait opéré du côté du Saint-Siège au cours de celte affaire; pacificatrice d*abord. Faction du Saint- Siège aurait tendu ensuite à fomenter la lutte et à exciter les esprits à la résistance» et sa façon d*agir aurait été» de la sorte» empreinte de fraude et de duplicité.
M. le Ministre des Affaires étrangères sait trop bien que la conduite du Saint-Siège a toujours été d'accord avec elle-même» toujours franche et loyale» et dans mes dépêches récentes» j'en ai donné une nouvelle preuve. Le Saint-Père ne peut donc» en aucune manière, tolérer de telles insinuations» qui touchent à l*hoQneur du Saint-Siège et portent atteinte à sa dignité.
Au surplus» Votre Seigneurie comprendra aisément ce qu'il fout penser de la résolution prise par M. le Ministre : le Saint- Siège, pour sa part» ne peut accepter la responsabilité d'un acte qu'il a la conscience de n'avoir pas provoqué» et il garde l'assurance que les hommes honnêtes et impartiaux comprendront de quel côté se trouvent la raison et la justice dans cette douloureuse circonstance.
Votre Seigneurie donnera lecture de la présente dépêche à M. le Ministre des Affaires étrangères» et pourra lui en laisser copie» s'il le désire.
Veuillez agréer» etc.