ALLOCUTION ET DISCOURS DU PAPE
Le Ministre des Affaires étrangères,
aux Agents diplomatiques belges à l'étranger.
(TÉLÉGRAMME
Braxelles, le 29 juin 1880.
Les relations diplomatiques avec le Vatican ont cessé à Rome
et à Bruxelles.
Frére-Orban .
Le Ministre des Affaires étrangères,
au Agents diplomatiques belges à l'étranger.
BnixeUes, le 3 Juillet 1880.
Monsieur le Ministre,
Mon télégramme du 29 juin vous a informé de la rupture des rapports diplomatiques entre la Belgique et le Saint-Siège.
Le Moniteur du 30 a commencé la publication des documents relatifs à la dernière phase de rechange de vues.
Je n ai pas besoin de vous recommander la lecture attentive de ces documents ; elle ne vous laissera aucun doute sur le caractère impérieux des moti£s de dignité et dlionneur national qui ont dicté la résolution prise par le Gouvernement du Roi.
En répondant aux ouvertures du Vatican, nous n*avions et ne pouvions avoir qu un but; nous réclamions du Saint-Siège, non pas d*approuver la loi scolaire, mais de ne point permettre que le clergé se servit de Tautorité du Pape pour la combattre. Nous demandions, en réalité, que les Evêques belges ne prissent pas, à regard des écoles officielles, laïques et neutres, des mesures différentes de celles que le Pape lui-même reconnaît suffisantes à Rome pour les écoles fondées sur le principe identiquement le même que celui que nous appliquons ici.
Les assurances les plus formelles nous firent espérer un résultat aussi légitime. Le Saint-Siège avait prouvé ses bonnes dispositions non seulement en s*abstenant de s'associer aux manifestations du clergé, mais aussi en donnant des conseils de calme et de modération. Ces conseils n*ayant point été suivis, le Pape le regretta et dégagea solennellement sa responsabilité. (Dépêches des 20, 30 avril et 5 octobre 1879.)
C'est alors que les organes épiscopaux annoncèrent Texistence d'une contre-lettre attestant la parfaite entente du Saint-Siège et des Evêques. Interpellé à ce sujet, le Cardinal Nina répondit que « le langage du Saint-Siège, dans ses actes, avait toujours été le même ». (Télégramme du 24 novembre 1879)
Confiant dans la sincérité des déclarations de la Curie et espé* rant que ses conseils finiraient par exercer une action efficace, le Gouvernement, lors de ia discussion du budget du Dépailement des Affaires étrangères, défendit et obtint de la Législature le maintien de la Légation.
Cette espérance ne se réalisa point.
L'attitude des Evéques, loin de se calmer, était devenue excessive, lorsque parut la lettre adressée le 2 avril par le Pape Léon Xill lui-même au Cardinal-Archevêque de Malines, lettre dans laquelle tonte la presse catholique vit une entière approbation de la conduite des prélats belges.
Léon XIII félicitait TEpiscopat de Tintelligence et du zèle quil avait mis à empêcher ou, du moins, à atténuer les conséquences désastreuses de la nouvelle loi scolaire.
Le Saint-Siège se départait donc de la réserve qu'il avait tant de fois déclaré vouloir observer, et l'opposition contre le nouveau régime des écoles se poursuivait désormais, non plus seulement au nom des Evêques, mais en vertu de l'autorité et avec l'assentiment du Pape.
Je cherchai en vain à obtenir de Rome des explications satisdisantes.
Le Pape prenait ouvertement fait et cause dans le conflit et encourageait la résistance aux lois de l'Etat.
Dès lors tout était dit, les relations diplomatiques devaient prendre fin.
Les hommes d'Etat que vous avez l'occasion d'approcher et qui voudront jeter un regard impartial sur la correspondance n'hésiteront pas, j'en suis convaincu, à reconnaître que le Gouvernement du roi a fait preuve d'une longanimité à laquelle peut-être l'on pouvait ne point s'attendre.
Comme le constate le Moniteur dans les quelques lignes placées en tête de la partie non officielle, les révélations foites récemment dans la presse n'ont pu influer en rien sur la décision finale; il est facile de s'en assurer en comparant les dates. Mais ces révélations sont venues corroborer, après coup et d'une manière trop évidente même pour les esprits les moins clairvoyants, les déductions qui découlent forcément de la correspondance officielle.
G est le 5 juin que Tordre était donné au Baron d'Anethan de notifier le rappel de la Légation et la lettre en date du 17 juin 1879 du Cardinal-Archevêque de Malines, primat de Belgique, aux Evéques, n'a vu le jour que le 25 juin dernier.
Le § P' de cette lettre est ainsi conçu : <c La lettre pastorale « collective telle que vous Tavez reçue est hautement approuvée et <{ louée par le Saint Père, mais Sa Sainteté veut que cela reste tf absolument secret. »
La lettre pastorale dont il s*agit a été publiée par le Journal de BruxeUes, du 18 juin 1879.
Dès le 10 juin, je télégraphiais au Baron d*Anethan : a Le (c Journal de Bruxelles publie, relativement à la loi sur renseigne- « ment, un mandement collectif absolument contraire aux inten- « tions du Sâint-Siége que vous m'avez communiquées. Avertissez a le Cardinal Nina de cet incident. 11 peut avoir de graves con- « séquences. »
Le lendemain, 20 juin, le Baron d'Anethan me répondait par le télégramme suivant :
« rai informé le Cardinal Nina, qui a été devancé par I*Epi- <c scopat. Les instructions du Nonce sont arrivées trop tard. Il « doit connaître le mandement pour se prononcer! »
Le 21 juin, il m'écrivait :
« Le Cardinal m'a répété qu'il ne pouvait émettre aucune
a appréciation relativement au mandement, nayantpas encore reçu « le texte de ce document. » (Correspondance diplomatique échangée entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège; Chambre des représentants, séance du 18 novembre 1879, p. 69.)
Ainsi, le 17 juin 1879, le Primat de Belgique déclarait hautement approuvée par le Saint-Père une lettre pastorale que le Cardinal Nina prétendait être encore inconnue à Rome le 21 juin.
Tout commentaire serait superflu. La même contradiction se
remarque au sujet de la lettre pastorale collective du 7 décembre 1878.
Le 15 janvier 1879, notre Chargé d'aCfaires à Rome m'écrivait :
ce J'ai eu l'honneur d'appeler Tattention du Secrétaire d'Etat de a Sa Sainteté sur une nouvelle publiée par les journaux belges « annonçant que le Saint-Père avait fait approuver, par dépêche «c télégraphique» la récente lettre pastorale des Evéques de notre « pays.
« J'ai demandé à M. le Cardinal Nina, à titre de renseignement (( personnel, si cette nouvelle était exacte. 11 m'a répondu qu'eUe ce ne l'était pas, que ni le Saint-Père ni lui-même n'avaient chargé « personne d'envoyer un télégramme à ce sujet. » (Correspondance diplomatique, p. 41.)
Or une lettre adressée le 26 décembre 1878 par l'Evêque de Liège à l'Evêque de Tournai et qui vient seulement d'être publiée contient ce qui suit :
« Après avoir piis tavis du Saint-Siège, Son Excellence
« (le Nonce) vous a écrit qu'il était certain d'être le fidèle intercc prête des vrais désirs de Sa Sainteté, en vous engageant à adhérer « au projet qui avait mérité l'approbation de tous vos vénérés ce collègues.
ce Mais cette fois encore vous avez trompé notre intime convic- (c tion. Nous avions toujours cru qu'un désir du Pape avait pour c( vous comme pour nous la force d'un ordre, et Votre Grandeur a (c répondu qu'un désir ne suffisait pas, qu'il fallait un ordre.
<c En présence de ce désir du Vicaire de Jésus-Christ de vous ce voir joindre votre signature à celle de vos collègues, il était « évident que nous pouvions publier la lettre pastorale sans plus ce d'égard pour le refus que vous y opposiez. Cependant, avant de « le faire, nous avons voulu encore consulter le Saint-Père et « nous lui avons envoyé la lettre pastorale en lui notifiant que Votre <c Grandeur demandait un ordre pour y adhérer.
« Voici, Monseigneur, le télégramme que Son Excellence a reçu « en réponse et dont je vous prie de peser tous les mots : « Ricevati suoi rapporti n* 416 e 417, pastorale. S. S. non reputa (c espediente fare con un ordine pressione sul Vescovo di Tournai, (c Resta percio o che la pastorale sia pubblicata senza la firma ce del Vescovo di Tournai, owero, se vostra Signoria lUustrissima ce ed i Vescovi la credano piu opportune, la pubblichi il Cardinale « Arcivescovo a suo nome e gli altri vi aderiscano con lettere « separate ai loro fideli, lasciando al Vescovo di Tournai di pren- « dere il partito che creda migliore.
« L. Cardinal Nina. »
ce Comme vous le voyez. Monseigneur, le Saint-Père après « avoir reçu communication de la pastorale, juge quelle doit être ce publiée même sans votre signature et laisse seulement aux ce Evéques le choix entre deux modes de publication. »
Ici encore tout commentaire est inutile; le Saint-Siège qui se défend d*avoir approuvé la lettre pastorale a pesé de toute son influence sur TEvéque de Tournai pour Tamener à joindre, au bas de cette lettre, sa signature à celle de ses collègues.
Agréez, etc.
Frère-Orban.
Mémorandum du Saint-Siège.
Exposé, avec documents à t appui, des faits intervenus entre U Saint' Siège et le Gouvernement belge relativement à la question de l'enseignement primaire et à la cessation des rapports diplomatiqties qui seti est suivie.
La cessation des rapports diplomatiques entre le Saint-Siège et le Gouvernement belge a produit» tant par elle-même que par Tensemble des circonstances qui Font accompagnée, la plus pénible impression dans Tâme des catholiques ; elle a, d'autre part, attiré Tattention des hommes de tous les partis, quoique les menaces réitérées qui la précédèrent y eussent depuis longtemps préparé les esprits. Pour quiconque, en effet, avait suivi attentivement la marche des afl&ires et des événements en Belgique, il était manifeste qu'on n*y attendait que l'opportunité d'un prétexte pour en venir à la réalisation. Tôt ou tard la rupture devait se faire, car, dès leur avènement au pouvoir, les gouvernants actuels de- la chose publique s'étaient montrés hostiles au maintien de la représentation diplomatique près le Saint-Siège. Or, cette occasion favorable, le Gouvernement la trouva dans Topposition de l'Episcopat belge à la récente loi sur l'enseignement primaire, loi éminemment funeste et opposée aux droits les plus sacrés des consciences catholiques.
A présent que le Saint-Siège a dû subir cet affront, sa dignité lui impose de faire et de publier une exposition claire et précise des circonstances qui ont amené la rupture, afin que chacun soit à même d'apprécier cet événement en toute vérité et justice. Cette exigence est d'autant plus urgente que, dans une matière aussi délicate, la presse quotidienne, ennemie de l'Eglise et du Saint-
Sicge. s>foroe par tons le$ moTem de présenter les fiits sons CE jour faux, et ai lroinf«r uosi ropinion publique.
Dus Texiiositîon authentique des bit^ appuyés sur tes pièev jssàficatiTes ressùrtiroot rinjustice et l'offeose iaiie au Smif Sie^ par le Gouveruemeot belge dans le rappel de son Minûln àftome.
Le nppel, distoos-nous, de la représeniatiou belge prto If Saint-Si^e a été décidé par ce Gouvernemenl dès le priocipe, et la loi sur renâei^ement n'en a été que la cause occasionmlk Cela résulte clairement de la genèse des faits et de leur aiofl exposition. S
Le deraiermiiiistère catholique, qui pendani huit ans avullSi les rênes du gouvememeni, éuit devenu l'objet de la plus vîv (^iposition de la part des libéraux. Ceux-ci finirent par eoiMie trer tootes leurs forces pour lui livrer uue bataille décisive dt> les élections générales du mois de juin 1878, où ils remporlAtl la victoire 1 une Eaible majorité. Lavéoeoieiit au pouvoir de nouveau parti fit naître, à l'endroil du maintien des diplomatiques avec le Saint-Siège, de graves apprébensil les bits ne tardèrent pas k justifier.
En elTet. M. Frère-Orban, en signifiant sa m Ministre des Affaires éu-angères à M. le Baron ifAoi senunt de la Belgique près le Souverain Pootilè, &'< lui déclarer que !e parli qui par trois fuit déi" Chambre la sup)<:L^slon de ta Légatioa > arrivé au pouvoir, le Minislère sfl r^ rieureniriii i'^I'I^jL'.' île -'-
àu
dans un discours prononcé à la Chambre des représentants le 18 novembre 1879, affirmait une nouvelle fois « qu'en prenant « possession du pouvoir, les Ministres avaient unanimement « reconnu qu'il y avait lieu de rappeler la Légation belge auprès « du Vatican ».
Ces déclarations ne pouvaient être plus claires ni plus explicites. Pour obéir aux volontés et entrer dans les vues du parti dominant, on avait décrété en principe le rappel du Ministre ; il ne restait plus qu à en fixer le jour.
Un moment M. le Président du Ministère crut trouver une excellente occasion de hâter cette date, dans les attaques lancées — comme il aimait à s*en plaindre — par une partie de la presse catholique contre la Constitution en vigueur dans le royaume. Mais tout prétexte à la suppression de la Légation disparut aussitôt devant les déclarations pleines de sagesse que firent alors le Saint-Père lui-même et Téminent Cardinal Secrétaire d'Etat au Chargé d'affaires, M. Reusens, et devant les instructions envoyées h Monseigneur le Nonce apostolique à Bruxelles.
Ici nous devons observer qu'en dehors de l'importance générale que le Saint-Père attache h toutes les représentations étrangères auprès de son auguste personne, soit à cause de l'honneur
représentation diplomatique de la Belgique en Italie ; à trois reprises, en 1872, 4875 et 1875, il a voté pour la suppression de notre Légation auprès du Saint- Siège.
Le ministère, à peine formé, n'a pas encore délibéré sur Fépoque à laquelle cette mesure pourra se réaliser.
Je me r^ene donc de vous adresser, en temps opportun, une communication à ce sujet. (Correspondance diplomatique échangée entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège. — Dép. 21 juin 1879.
qui en résulte pour le Saint-Siège, soit afin d'entretenir des rapports réguliers avec les divers Gouvernements, et, par-dessus tout, à cause du grand bien qui en découle pour les fidèles. Sa Sainteté attachait un prix tout particulier à la représentation de la Belgique, par suite de l'ancienne affection que son cœur avait conservée pour ce pays depuis qu'il y avait occupé le poste de Nonce apostolique. Le Saint-Père désirait en conséquence que, sauf les devoirs de son auguste ministère et l'honneur du Saint- Siège, on évitât avec le plus grand soin de fournir le plus léger prétexte au rappel du Ministre belge. C'est ainsi que, lors du premier anniversaire de son exaltation sur le trône pontifical. Sa Sainteté, après les félicitations de M. Reusens, lui adressa les paroles suivantes, consignées ensuite par celui-ci dans une dépêche au Ministre des Affaires étrangères en date du 3 mars 1879 :
« Léon XIII m'a accueilli avec sa bonté habituelle et m*a exprimé de nouveau le vif plaisir qu'il avait à recevoir les témoignages de dévouement de la Belgique, « de ce pays, a ajouté le (c Saint-Père, que j'affectionne entre tous, et auquel me rattachent « des souvenirs déjà lointains, mais toujours vivants... » Et il conclut en disant : « J'aime la Belgique, et je la bénis ; je bénis <c particulièrement la Famille royale, je bénis votre Souverain, «c sur lequel je reporte toute la haute estime que j'avais pour le « Roi son père (1). »
Et cette affection spéciale, fruit des plus chers souvenirs et des services insignes rendus par ce noble pays à l'Eglise, inspirait encore, dans ce même entretien, au Saint-Père ces autres paroles relatives au maintien de la Légation : « fespère que le provisoire deviendra définitif (2). »
{iyiCarrespondance diplomatique échangée entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège, (Dép. 3 mars 1879.) (2) Ibid,
Pendant qu'ainsi la grande parole de Léon XIII imposait silence aux discussions inopportunes de la presse de Belgique sur la Constitution en vigueur, le Gouvernement du Roi présentait aux Ghambi*es législatives, à la date du 20 janvier 1879, un nouveau projet de loi sur l'enseignement primaire. A la lecture de ce déplorable projet, FEpiscopat, le clergé et la presse catholique se levèrent pour faire entendre leur commune protestation. D'ailleurs, cet illustre Episcopat, qui déjà, dans sa lettre pastorale du 7 décembre précédent, avait condamné le nouveau plan de règlement scolaire, ne prouvait pas demeurer spectateur indifférent d'une proposition de loi en vertu de laquelle l'enseignement religieux serait soustrait à la surveillance des pasteurs légitimes, qui sépare l'instruction de l'éducation chrétienne, l'école de la religion, qui lèse les droits sacrés de l'Eglise catholique et expose au plus grave péril la foi et les mœurs de la jeunesse.
Dans la période qui s'écoula depuis la présentation de ce projet de loi jusqu'à la mise en discussion, au mois de juin, le Gouvernement belge envoya plusieurs notes au Saint-Siège tendant à faire intervenir son autorité et à faire taire l'Episcopat dans sa lutte contre le nouveau règlement scolaire. Le Saint-Siège, comme on pouvait s'y attendre, répondit en condamnant expressément cette loi comme inspirée par une passion anticatholique. Le Cardinal Secrétaire d'Etat fit observer, en effet, à M. Rensens que « les conséquences en seraient fâcheuses pour l'influence de l'Eglise (1) », et le Saint-Père, ainsi que l'écrivait le Baron d'Anethan au Ministre des Affaires étrangères, lui déclara
(1) Cmrettpondance diplomatique^ etc. (Dép. du i7 mars 4879.)
<x que rinstruction chrétienue de la jeunesse était naturellement une de ses princi(>ales préoccupations, qu*il trouvait nécessaire que cette instruction fût imprégnée des idées religieuses. Tune ne pouvant sans grave danger être séparée des autres (1). »
Cette condamnation doctrinale parut si explicite que M. Frère- Orban a dû reconnaître lui-même à plusieurs reprises qu'au point de vue dogmatique le jugement du Saint-Siège était pleinement conforme à celui de TEpiscopat belge. Pour ce qui est de la demande de comprimer Topposition des Evêques et du clergé, on faisait observer que le Saint-Père ne pouvait pas s*oppo8er <c à ce que les catholiques prissent fait et cause contre des lois qui menaceraient leurs croyances (2) » ; que « paraître désapprouver, même indirectement et quant à la forme, quelque regrettable que puisse être cette forme, la ligne de conduite des Prélats belges, cétait impossible (3) )>, et que le Saint-Siège devait se contenter de donner aux Evêques des conseils de calme et de modération.
Quand, au mois de juin suivant, cette loi malheureuse eut été votée par le Corps législatif et par le Sénat, le Saint-Père, pénétré de la plus vive douleur, ordonna au Cardinal Secrétaire d*Etat d'écrire au Nonce apostolique « qu'il devait aller trouver M. Frère- Orban pour lui faire part de la peine de Sa Sainteté en cette cir<> constance ». L'Episcopat belge, de son côté, publia une lettre pastorale collective, qui condamnait les nouvelles prescriptions scolaires. M. Frëre-Orban prit de là occasion de se plaindre, par l'organe du Ministre belge, de la conduite des Evêques au Cardinal Secrétaire d'Etat, dans l'espoir de le déterminer à réprimer
(1) Correspondance diplomatique, etc. (Dép. du 28 avril 1879.) Ibid., dép. du 8 février 1879.
Ibid., dép. du 17 mars 1879.
leur langage* Mais TEminent Cardinal se contenta de répondre, entre autres choses, ce qui suit : « Je me bornerai à vous dire qu'après avoir pris connaissance de la lettre pastorale des Evêques, je me trouve dans Timpossibilité de m'écarter de l'ordre d'idées que déjà antérieurement je vous avais indiqué, et que, par conséquent, je suis contraint de constater queM.Frëre-Orban, sous une trop vive impression du moment, a porté sur cet acte un jugement trop sévère. »
De fait, la partie doctrinale de cet acte ne saurait être sujette à aucune censure, parce qu'elle est conforme aux principes et aux maximes de TEglise catholique, appliquée jusque dans ces derniers temps par le Saint-Siège à d'autres pays. Pour ce qui est du dispositif de ce même acte, comme il ne contient pas une prohibition absolue à l'endroit des écoles officielles, mais seulement de sages et prudentes restrictions, on peut le considérer comme suffisamment modéré, attendu qu'il laisse place dans la pratiquée certains accommodements, chaque fois que l'éducation morale et religieuse des enfants ne se trouve plus exposée ni en péril. Au surplus, si en quelque point le langage de la lettre pastorale peut paraître un peu vif, « on doit le pardonner au sentiment religieux des Evéques qui s'est trouvé blessé par la nouvelle loi, non moins qu'à leur zèle à maintenir l'intégrité de la foi selon Timprescriptible droit qu'ils en ont », et qui tourne au plus grand avantage même de la société civile. Le 1^' juillet 1879, communication fut faite de ces déclarations à Monseigneur le Nonce apostolique, pour qu'il en fit part à M. le Ministre des affaires étrangères.
Le Ministère belge ayant réitéré ses instances, dans le but d'obtenir du Saint-Siège que le silence fût imposé aux manifestations de l'Episcopat, il lui fut répondu par le Secrétaire d'Etat ce qu'il n'était guère facile de calmer d'un trait une lutte aussi ardente que celle qu'avait provoquée la loi sur l'enseignement,
une des questions qui touchent aux intérêts les plus vitaux de l'Eglise » (4).
Lorsque plus tard le Baron d'Anethan interpella le Gardioil Secrétaire d*Etat sur les instructions pratiques envoyées par TEpiscopat belge au clergé, comme autant de règles à suivre dans les cas particuliers, Son Eminence lui fit observer qa'« elles ne renfermaient que certaines conclusions d*une sentence rendae par Pie IX, d'heureuse mémoire, sur une demande des Evoques d'Amérique; que sous le rapport dogmatique ces conclusioas étaient irrépréhensibles, et que l'on n'en pourrait discuter que la forme et l'opportunité » (2).
Vint peu après la dépêche du 5 octobre 1879, dans laquelle M. le Baron d'Anethan résumait le sujet d'une conversation qu'il avait eue avec !e Cardinal Secrétaire d'Etat et dont nous aurons lieu de parler tantôt.
Cependant, le Saint-Père, dans sa sollicitude apostolique pour tous les fidèles, désirait vivement que la Belgique recouvrât son ancienne tranquillité. Dans ce but il faisait, dès le mois d'août 1879, des instances toutes paternelles auprès de Sa Majesté le Roi des Belges, afin qu'on écartât les « les causes des agitations présentes » et qu'on empêchât les « effets désastreux des lois portées récemment sur l'enseignement, lesquelles, ajoutait Sa Sainteté, ont troublé profondément et à juste titre Tesprit » de tous les catholiques belges et de ceux à qui est confié le soin de leurs intérêts religieux.
(i) Correspondance diplomatique, etc. (Dép. du 27 juillet 1879.) (2) Son Eminence m'a dit que les instructions données par les Evèqnes... sont les corollaires d*un avis donné par Pie IX, sur leur demande, aux Evoques d'Amérique. Rien dans ces décisions ne peut être incriminé sons le rapport de la doctrine; leur opportunité et leur forme seules peuvent être mises en question. (Corresp, dip., dép. 23 septembre 1879.)
Mais le Saint-Père écrivit plus clairement et plus amplement sur le même sujet à S. M. le Roi Léopold II, en date du 4 novembre de la même année. Dans cette lettre, tout en se montrant sincèrement disposé à recommander aux Evéques, comme il Tavait toujours fait, la modération et le calme, le Saint-Père déclarait que c*était pour eux un devoir sacré de s'opposer à une loi reconnue contraire à la doctrine et aux droits de TEglise et nuisible au bien des âmes ; il appréciait dignement le zèle de ces pasteurs vigilants et indiquait le véritable moyen d'éloigner efficacement de la Belgique l'agitation qui la troublait : « Les conditions intérieures du royaume, disait dès lors Sa Sainteté, étaient, il n'y a pas longtemps encore, suffisamment tranquilles et favorables au développement de son bien-être religieux, moral et politique. Les luttes des partis, bien qu'elles fussent souvent exagérées et violentes, n'en étaient jamais arrivées, dans les triomphes passagers des uns sur les autres, à mettre en péril les biens suprêmes des âmes, qui sont la foi et la morale chrétiennes, à la perte desquels les consciences catholiques ne pourront jamais en aucune manière consentir ni s'accommoder.
« La prudence et la modération si naturelles au caractère belge, la sagesse des premiers administrateurs du pays, ont toujours su éviter les funestes écueils contre lesquels viennent se heurter et se briser tôt ou tard les plus puissants Etats. La paix n'a été troublée et l'avenir n'a commencé à devenir menaçant que du jour où Ton a voté et mis en vigueur la loi nouvelle sur l'enseignement primaire en remplacement de la loi de 1842, qui, tout imparfaite qu'elle était, avait été cependant acceptée et loyalement observée par les Evêques, parce qu'elle sauvegardait les principes.
ce On ne saurait s'étonner, du reste, qu'il en soit ainsi dans un pays catholique comme la Belgique, quand on voit les mêmes causes troubler si profondément la Prusse, pays en grande partie
protestant, et y contraindre les catholiques à cette indomptable résistance qui fait Tadmiration du monde entier.
« Cette nouvelle loi belge sur renseignement. Sire, proposée par des hommes peu favorables à l'Eghse et à la religioa catholique, devait nécessairement remplir d'une profonde amertume le cœur du Souverain Pontife, gardien de la vérité et défenseur de la justice. Elle méconnaît, en effet, Tautorité donnée par Dieu aux Evêques sur l'éducation religieuse et morale de la jeunesse; elle n'admet pas comme base de l'instruction du peuple Tenseignement de notre sainte religion ; elle vise, au contraire, à former, en dehors de toute influence et direction religieuse, les foturs maîtres d'école, qui devraient plus particulièrement se pénétrer des doctrines catholiques. Par suite de ces funestes principes qui l'ont inspirée, cette loi ouvre libre carrière, non seulement pour le présent, mais surtout pour l'avenir, à l'incrédulité et à la co^ ruption du cœur, au sein des populations croyantes et formées aux bonnes mœurs, que Dieu a placées sous le sceptre royal de Votre Majesté.
ce En présence d'un aussi grand mal, les Evoques ne pouvaient n'être pas saisis de douleur ; ils ne pouvaient pas ne point élever la voix et chercher à opposer une digue au danger qui menaçait les âmes confiées à leur sollicitude, et, Nous-méme, contraint à lutter contre de semblables périls en Italie et jusque dans les murs de notre Cité pontificale. Nous leur avons servi d'exemple en ouvrant à la tendre en&nce et à la jeunesse des écoles foncièrements catholiques.
a Toutefois, nous rappelant le précepte de la divine charité que le divin Sauveur nous a enseignée, et désireux d'en conserver l'esprit même dans les combats que nous devons livrer pour la défense des droits les plus sacrés, nous ne laisserons échapper aucune occasion qui nous sera offerte, comme nous l'avons £sût jusqu^à présent, pour inviter les pasteurs de la Belgique à em-
ployer envers ceux qui se trompent, qui s*illusionnent, toute la douceur évangélique, même quand ils se trouvent dans la nécessité de résister vigoureusement à Terreur.
« Mais nous pensons, Majesté, que la lutte soulevée dans votre royaume ne pourra s'éteindre et que la paix n*y rentrera qu'au moment où l'on fera disparaître la cause funeste qui est venue la troubler. Tout Evéque, en remplissant le devoir de sa charge pastorale, qu'il agisse avec n'importe quelle modération et prudence, se trouvera toujours et nécessairement en opposition avec l'esprit, les tendances et les dispositions de cette loi, qui est trop en désaccord avec les enseignements de la doctrine catholique, et c'est pourquoi les Evéques, bieu que différents de nature et de caractère, se sont trouvés constamment unanimes et en parfaite harmonie les uns avec les autres, quand ils ont dû déterminer les mesures à prendre pour combattre les conséquences redoutées de la nouvelle législation.
<i Nous reconnaissons la gravité des troubles que ces événements ont amenés en Belgique : Nous en sommes profondément af9igé et préoccupé, mais Nous espérons encore que les hommes qui ont le grand honneur d'être les Ministres de Votre Majesté et les premiers conseillers de la Couronne, considéreront du haut de leur poste les besoins de la chose publique, non point avec les yeux des partisans d'un système préconçu, mais en vue du bien de la nation entière, et que, de la sorte, ils arriveront à se convaincre que la raison d'Etat comme la justice conseillent de retirer spontanément une loi qu'aucun besoin réel ne réclamait, et par laquelle un si grand nombre des sujets de Votre Majesté s'est senti gravement offensé. »
Le Saint-Père tint encore le même langage dans une autre lettre écrite au Roi Léopold, le 10 mai de cette année. Après avoir rappelé ce qu'il écrivait au mois de novembre précédent, sur le caractère de la loi nouvelle et sur la conduite des Evéques, Sa Sainteté continuait ainsi :
ce II semble bien naturel que les douloureuses conséquences de cette lutte doivent être imputées à ceux qui, modifiant sans de justes motifs Tancienne législation scolaire, ont jeté au milieu du peuple belge les germes de la discorde, plutôt qu*à ceux qui, par devoir de conscience, se sont trouvés dans la nécessité de défendre les droits de TEglise et de sauver la foi des âmes confiées à leur sollicitude. » Et il ajoutait que l*Episcopat s'était vu comme contraint de prendre ces graves mesures « par la suprême gravité du péril qui menaçait les âmes» par la rigueur et la dureté qui avaient présidé au commencement de la lutte, par les intentions manifestement hostiles à la religion qui avaient inspiré les fauteurs de la loi. Ceux-ci, comme il résulte des déclarations fiiites au moment où la loi fut discutée dans les Chambres, visaient à attaquer de la manière la plus efficace l*EgIise et la foi catholiques, dans la Belgique, plutôt que de revendiquer les droits de TEtat, que personne n'avait d'ailleurs usurpés.
« Malgré cela, poursuivait le Saint-Père, les mêmes Evéques n'ont pas manqué, depuis, d*adoucir, au moins en quelques points, la sévérité des instructions données. Nous savons que dans le diocèse de Malines et dans d'autres encore on a accordé aux instituteurs de nombreuses dispenses, et que l'on a pris des tempéraments propres à adoucir et à restreindre le conflit. Les conseils du Saint-Siège n'ont pas peu contribué à ce résultat. En effet, dans plusieurs circonstances. Votre Majesté ne l'ignore pas, le Saint-Siège a donné des conseils pleins de modération, et quoi qu'on ait pu dire à l'encontre, ils ont été bien appréciés et bien accueillis par les Evéques. »
Mais, pour reprendre la suite des faits, à l'approche de la réouverture du Parlement belge, on apprit que M. le Ministre des Affaires étrangères accuserait, du haut de la tribune, l'Epi-
scopat d'être en désaccord avec le Saint-Siège, et qu'il chercherait à confirmer cette accusation par les documents de Yéchange de vues, en concluant que le Saint-Siège avait blâmé la conduite des Evéques. Il était, dès lors, nécessaire que le Saint-Siège rejetât à l'avance ces conclusions par une communication expresse, afin d'enlever tout fondement à ce prétendu antagonisme. Et cette nécessité se faisait d*autant plus sentir, qu'ainsi qu on l'avait remarqué, les idées exprimées à M.* le Ministre par M. le Cardinal Secrétaire d'Etat, comme d'ailleurs celui-ci le lui avait fait observer expressément plusieurs fois, n'étaient pas fidèlement rendues dans certaines dépêches de Yéchange de vues, et notamment dans celle qui résumait, en peu de phrases, une longue conversation entre le Cardinal et M. le Baron d'Anethan. Ce fut pour prévenir toute interprétation équivoque qu'on envoya au Nonce, avec ordre d'en donner lecture et d'en laisser copie à M. Frère-Orban, une dépêche dans laquelle on expliquait les idées fondamentales qui inspiraient Yéchange de vues, et où l'on démontrait la fausseté du désaccord supposé entre le Saint-Siège et les Evêques belges au sujet de la loi sur l'enseignement primaire (1).
Mais, le 14 novembre. Monseigneur le Nonce apostolique annonçait d'abord par le télégraphe, et ensuite par lettre, que le Ministre des Affaires étrangères avait refusé de recevoir officiellement cette dépêche, en déclarant que si elle n'était pas retirée au moins provisoirement, il proposerait à la Chambre le rappel de la Légation belge à Rome. (Document n"" I.)
Le même jour, M. le Baron d'Anethan recevait et communiquait au Cardinal Secrétaire d'Etat un télégramme analogue de M. Frère-Orban, qui confirmait la nouvelle donnée par le Nonce.
(i) Pièces justificalives; dépêche du Cardinal Secrétaire d'Etat à Monseigneur le Nonce apostolique à BnixeUes, du 11 novembre 1879.
hsxLii^tsssL OLseasiT^r Jfùc r* IL Œ^ «yM^«"> Omportanee â£^ &ur eoùâta ikt MŒ ftnBgnug i nBcsonDe. S eit &dle d'en
jM iL nfyftmf m. ! naaÎR nf jeaiaaîi pis complètement € i: mu nsMuis^ susâsamt k incav àt li eonFersttion tenue ^yyniTiw]- fiiiTY if CarimuL SecYSaire cTEcit et M. le Baron
fr jut a SauE-Sifi^ rgfMT: rsnapràition diMmée par 1! f*^*^:riâL £iiL fiicafrornsme eicrie ie Saixu-Siege et les I'*r^iit:^ of li&pgue OL ^uùt TeprdbsBk'iL de leur eoudoite;
«*^ jji.. sL ::eue Qei^.::ike ixc :^ecrw; elie irvt toatefois prodoit ' ^&*:. niLirsi ol ùl esperhSL, sxusiàh qu'elle iviit fait connaître i H it lliL:sL*^ .' esirn Q£^ jirzzicdjies qsà inieot tODJoors in^iré
Le Sb:L>>Sif^f iL^rea jd^ c'éi&iz izs moindre mil de consentir t "v^-^^ r«:ir âe:«î:Jtf fixiibcaiive qne de roir sopprimer en ce cj.'ixiMi; il LepijriL îe^; car jes équiroques et les inexacti- :^i:> ùr ;i ot*:»ê:if ôi: 5 c*c\ôbrt pocraient s'éclaircir et être ^t^:ejiL.:tef< i Litt hh'jre mhmère; ei il éuit impossible de douter z:'i s:ii :L\i^*^i^'û:tL mie, surtont après la suite des Êdts y :^'-ii.fN. zk tL: s-^îsiLie i i>^iousser les déductions de M. Frère-
Gracie fut doDc la surprise quand, dans son discours do
18 rovembr^ IS79 à la Chambre, M. le Ministre tira de « l'échange
de rues » des déductions que le Saint-Siège devait repousser
comme étant sans fondement et souverainement injurieuses à
rEpiscopat belge. Il préféra toutefois se taire pour le moment,
mais il n'en fut pas de même de la presse catholique de Rome et de ta Belgique; celle-ci éleva ses protestations contre les déductions du discours ministériel. Plusieurs des plus vaillants députés catholiques firent noblement entendre leur voix dans l'enceinte parlementaire pour repousser les accusations de M. le Ministre comme insoutenables et offensantes pour les Evéques et le Saint- Siège. Survint une déclaration officielle du Cardinal Archevêque de Malines, affirmant avec autorité qu'aucun désaccord n'existait entre le Pape et les Evéques. Le Saint-Père lui-même, profitant de l'occasion que lui fournissait l'envoi par le Cardinal Archevêque de l'offrande de l'amour filial de ses diocésains, daigna lui écrire, en date du 2 avril, une lettre dans laquelle Sa Sainteté louait hautement les catholiques belges qui avaient si courageusement correspondu au zèle de leurs pasteurs en concourant, au prix des plus grands sacrifices, à ouvrir de nombreuses écoles, « afin d'empêcher les conséquences désastreuses de la récente loi scolaire totalement opposée aux principes et aux prescriptions de l'Eglise catholique ».
Le besoin de sortir de l'équivoque, au fond plus imaginaire que réelle, était éprouvé pour d'autres motifs en vérité par H. Frëre-Orban lui-même. Celui-ci écrivit, en efiet, à M. le Baron d'Anethan, le 7 avril, une dépêche qui devait être communiquée au Cardinal Secrétaire d'Etat, par laquelle il demandait au Saint- Siège de déclarer catégoriquement que, s'il existait un accord réel entre lui et l'Episcopat, il l'affirmât d'une manière claire et précise, et qu'il assumât la responsabilité des conséquences découlant de la lutte ouvertement engagée entre l'Eglise et lEtat; que si, au contraire, Rome désapprouvait la conduite des Evéques dans la question de l'organisation des écoles, le Saint-
Père fit cesser tout nulentenda et imposât cdiâssance k ses ordres. (Doc. n* IV.)
Le désir de M. Frère-Orbia fiit bientôt satis&dU Le Gardinii Secrétaire dEtat répondit, par nne dépêche da 3 mai adressée à Monseigneur le Nonce de Bruxelles, pour être portée à la connaissance de M. le Ministre des Affaires étrangères : que participer à on système d*instraction blâmable en loi-méme était un acte défendu non moins par les principes de la morale catholique que par la morale naturelle; que l*Episcopat belge, en s'opposant aux conséquences désastreuses de la nouvelle l^islation, avait bien mérité de la cause catholique; que, dans Fimpossibilité de distinguer, en général, entre écoles et écoles, après la nouvelle organisation que la loi venait d*y introduire en Belgique, il ne restait d'autre expédient que de dispenser, dans les cas particuliers que Ton jugerait exempts des périls redoutés;. que de Rome viendraient toujours des conseils pratiques de prudence et de modération dans l'application des peines ; que les Evéques les avaient accueillis avec déférence et docilité, et avaient prouvé qu'ils les suivaient en accordant, dans les circonstances spéciales, de nombreuses dispenses et en adoptant des tempéraments convenables. (Doc. n® V.)
 cette réponse formelle, qui dissipait tout malentendu, M.Frère-Orban opposa une longue dépêche en date du 18 mai, dans laquelle, après avoir répété ses déductions tirées de <c l'échange de vues »,il concluait « qu'un autre esprit avait présidé jusqu'ici (c à nos rapports avec le Vatican ». Il ajoutait que la lettre du Pape au Cardinal Archevêque de Malines semblait mettre en contradiction le Saint-Siège avec lui-même; enfin, il combattait la dernière dépêche du Cardinal Secrétaire d'Etat, en alliant l'exemple des autres pays, où l'enseignement neutre a été près-
crit sans que le clergé s'élevât contre, comme en Belgique ; il concluait que le système politico-libéral étant actuellement en vigueur dans ce pays, le clergé devait se montrer, lui aussi, respectueux envers la majesté des lois. (Doc. n"" VI.)
Le Cardinal Secrétaire d*Etat répliqua aux assertions de M. le Ministre par une dépêche du 8 juin, destinée à rectifier les principes et les faits dont on déduisait des conséquences si peu légitimes.
Dans cette dépêche, après avoir de nouveau déterminé les idées qui avaient présidé à Yéchange de vtACs, le Cardinal démontre que la doctrine du Saint-Siège s*est toujors inspirée des mêmes principes, lesquels se sont développés et ont été appliqués d'après la nature des faits qui se sont succédé (Doc. n^ VII, §§ 2, 3, 4, 5, 6) ; que la lettre du Saint-Père était pleinement conforme aux précédentes déclarations du Saint-Siège (ifr., § 9); que la dépêche du Cardinal Secrétaire d'Etat du 3 mai était destinée à lever toute équivoque, selon le désir manifestement exprimé par M. le Ministre lui-même (ib., § 10); que l'exemple des autres pays, cité par M. le Ministre comme une difficulté, était plutôt contraire que favorable à sa cause, puisque l'enseignement neutre ou mixte avait partout rencontré la désapprobation des Evêques et du Saint-Siège {ib., §§ 13 et 14), et finalement que le système politico-libéral ne pouvait justifier devant la conscience catholique une loi qui en viole les droits sacrés (i^.> § lt>).
Au moment où cette dépêche allait être expédiée, M. le Baron d'Ânethan donna lecture au Cardinal Secrétaire d'Etat d'une communication, en date du 5 juin, de M. Frère-Orban, par laquelle
celui-ci lui annonçait le rappel de la Légation belge de Rome et l'avertissait de se tenir prêt à partir.
Il est facile de s'imaginer la surprise du Cardinal Secrétaire en apprenant une détermination qu'aucun nouvel incident n'avait provoquée et qui avait été prise sans même attendre l'arrivée de la réponse à la dernière dépêche déjà annoncée au Gouvernement.
En conséquence, le Cardinal Secrétaire d'Etat, par une dépêche du 13 juin au Nonce apostolique, dépêche dont une copie devait être communiquée au Ministre des Affaires étrangères, faisait ressortir la gravité de l'offense faite au Saint-Siège par la résolution déjà adoptée par le Gouvernement, et démontrait par de solides raisons l'insuffisance des motifs allégués pour la justifier. (Doc. n« VIII.)
Sur ces entrefaites, le Nonce apostolique, par lettres des 10, 11 et 12 juin, informait Son Eminence le Secrétaire d'Etat des entretiens réitérés qu'il avait eus avec M. Frère-Orban, dans lesquels le représentant pontifical chercha à dissiper les équivoques sur lesquelles se fondait H. le Ministre et par lesquelles il s'efforçait vainement de justifier sa détermination. Le Cardinal Secrétaire d'Etat loua le zèle et la prudence du Nonce apostolique dans sa dépêche du 16 juin. (Doc. n"" IX.)
Mais, bien que les explications données prouvassent jusqu'à l'évidence que l'attitude du Saint-Siège, dans la question scolaire de la Belgique, eût toujours été égale à elle-même, du commencement à la fin, toutefois M. le Ministre des Affaires étrangères, par. une lettre du 28 juin, notifiait au Nonce apostolique la rupture des relations diplomatiques entre le Sainl-Siége et la Bel-
gique, à partir de ce jour, et par le fait même la cessation de tout rapport officiel entre lui et le représentant pontifical. (Doc.
Cette lettre contenait en outre une longue réponse de M. Frère- Orban à la dernière dépêche du Cardinal-Secrétaire d'Etat, du 8 juin. Cette réponse, si on la considère attentivement, n'est que la répétition de théories déjà refutées et de faits déjà rectifiés dans les précédentes communications officielles du Secrétaire d'Etat. La seule chose nouvelle que l'on voie s'y révéler, c'est le le vrai but auquel tendait M. Frère-Orban dans ses relations avec le Saint-Siège, et Tunique raison sur laquelle reposait la prétendue équivoque dont il s'est plaint si souvent. M. le Ministre le déclare ouvertement : jusqu'au 5 octobre 1879, il crut pouvoir nourrir la confiance que le Souverain Pontife régnant en viendrait à se rappprocher de certaines théories erronées professées par quelques Etats modernes; et, plongé dans cette folle illusion, il osa accuser le Saint-Siège de contradiction, quand il le vit demeurer inébranlable dans la défense des droits les plus sacrés et la protection des intérêts les plus vitaux. Il n*est pas aisé de se persuader que M. Frère-Orban ait pu sérieusement concevoir cette vaine espérance. Il est bien plus évident qu'une cause qui a-besoin de tels artifices pour se défendre devant le public est dénuée de toutes les raisons propres à la justifier. Mgr le Nonce apostolique ne laissa pas sans réponse l'inqualifiable communication ministérielle du 20 juin ; il protesta énergiquement ce contre les nomce breuses et graves inexactitudes de faits qui se rencontrent a dans l'exposé. »
De tout ce qui précède découlent rigoureusement les conclusions suivantes :
l"" Le Saint-Siège, non moins que les Evêques belges, a
condamné plusieurs fois, au point de vue dogmatique ei doctrinalt la nouvelle loi sur l'enseignement primaire;
2^ Le Saint-Père, par raulorité de ses conseils» a toujours inculqué, au milieu de la lutte, aux défenseurs de la vérité, de ne pas séparer du zèle et de la fermeté, la charité, la prudence et la modération ;
3"" Les Evoques belges, en s*opposant à la nouvelle loi, afin de la rendre moins funeste aux fidèles dans son application, ont obéi à un devoir sacré de leur Ministère pastoral et n*ont jamais pu être désapprouvés en cela par le Saint-Siège ;
4"" Les conseils de modération et de ménagement donnés par le Saint-Siège ont été, comme toujours, reçus avec respect par les Evéques et mis à exécution dans la mesure que comportaient les circonstances;
S"" Le Gouvernement ayant employé vainement tous les moyens pour obtenir de Rome une parole de blàme contre TEpiscopat, on eu recours à d'artificieux raisonnements pour accréditer la fausse supposition d'un désaccord entre le Saint-Siège et les Evéques belges ;
6"" Quand le Gouvernement a mis le Saint-Siège dans l'alternative de choisir entre le rappel de la Légation et l'acceptation des fausses déductions tirées de Yéchange de vues, le Saint-Si^e n'a pas hésité un instant à subir le premier fait et. à repousser le second ;
7"" Dans de pareilles circonstances, la cessation de la Légation belge auprès du Saint-Siège prend le caractère d'un injustifiable outrage, d'autant plus manifeste que, tout en ayant été annoncé comme une exigence politique à partir du jour où le Blinistère actuel commençait à exercer le pouvoir, ses auteurs veulent le faire passer aujourd'hui comme la conséquence d'une contradiction supposée du Saint-Siège.
Mais c( l'Europe », suivant la noble conclusion du Nonce
apostolique dans sa réplique à M. Frère-Orban, ce rendra justice à la haute condescendance du Saint-Siège, aux preuves éclatantes qu'il a données de son désir inaltérable de conciliation et de paix. C'était son devoir, et ce sera son honneur devant l'histoire de n*avoir pas abaissé sa mission divine à des transactions dont le prix eût été la foi des jeunes générations et peut-être d'un peuple entier ». (Doc, n"" XJI.)
Rome, de la secréuirerie d'Eut, le 10 juillet 1880.
Pièces Justificatives et Documents.