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DÉPÊCHE-CIRCULAIRE

de S. £m. le Secrétaire dEtat de Sa SainUté aux Nonces apostoliques et aux autres agents du Saint-Siège

au sujet de la question belge.

Monseigneur,

Il y a quelques jours, M. le Ministre des Affaires étrangères du royaume de Belgique a envoyé aux agents diplomatiques de son Gouvernement, accrédités près des diverses cours, une drculaire concernant Yexposi avec documents à tappui publié

naguère par le Saint-Siège et que, par dépôohe du 12 courant, j*ai adressé à V. S. Dans cette circulaire, après s'en être référé à ses dépêches du 7 avril et du 18 mai, dans lesquelles il prétend avoir pleinement répondu d'avance à la plus grande partie du nouvel acte pontifical, il se borne à faire quelques observations sur les documents qui ont été mis au jour pour la première fois en celte circonstance.

L'importance des conclusions contenues dans YExposé, la gravité'des questions que soulève la publication des documents nouveaux n*ont pas échappé à Tesprit de M. Frère. C'est pourquoi, dans le but de se soustraire aux conséquences qui découlent de cette publication, il a tâché d'attirer l'attention du public sur des particularités d'uin^ valeur très discutable et sur des réflexions d'un caractère tout à fait accessoire.

Mais aujourd'hui, la question qui se pose est celle de savoir si, en soutenant, le 18 novembre 1879, devant la Chambre des Représentants, la thèse du désaccord entre le Souverain Pontife et les évéques belges et du blâme formel infligé par le premier aux seconds, M. Frère a été ou a pu être vraiment certain de ce qu'il disait. La base sur laquelle il appuyait ses assertions était prise tout entière dans les dépêches de l'échange de vues et particulièrement dans celle du 5 octobre, dont il tirait parti avec une artificieuse adresse en l'interprétant d'une façon conforme aux conclusions qu'il en voulait déduire. Mais, à ce moment, M. Frère ne pouvait ignorer les deux lettres envoyées par le Pape au Roi, le 31 août et le 4 novembre ; il ne pouvait ignorer la dépêche du 11 novembre — quoique celle-ci eût été provisoirement retirée — dans laquelle la manière de voir du Saint-Siège lui était exposée avec toute la clarté désirable par moi-même qui avais tenu la conversation rapportée dans la dépêche du 5 octobre ; il ne pouvait pas ignorer les afiirmations constantes de la presse épiscopale et de toute la presse catholique, qui soutenait unanimement

que raccord entre le Pape et les évoques était complet. Ceci posé, lorsque M. Frère se préparait k lancer sa thèse à la Chambre» s'il n*était pas certain de Taccord du Pape avec Tépiscopat belge, tout au moins n*avait-il pas davantage la certitude du prétendu désaccord ni du blâme infligé aux évéques. Or, dans une affaire d'une si haute gravité et si fiatale pour la paix du pays, il était du devoir de H. Frère de sortir de Tincertitude et de dissiper tout doute. Il aurait pu le faire avec la plus grande facilité en adressant au Saint-Siège les mêmes questions que celles qu'il lui fit dans sa dépêche du 7 avril et il aurait reçu du Saint-Siège la même réponse que celle qui lui fut faite dans la dépêche du 3 mai. Mais, bien loin de provoquer un pareil éclaircissement, M. le Ministre refusa de recevoir la dépêche du il novembre, et quoiqu'il en connût parfaitement la substance, il émit à la tribune un jugement qu'il savait être le contre-pied de celui du Saint-Siège. Nous laissons à la sagesse de V. S. et de tous les hommes sensés le soin d'apprécier les conséquences qui découlent de pareilles prémisses à charge de la bonne toi de M. le Ministre Frère-Orban.

Le Saint-Siège, par contre, n'a pas à se reprochQr d'avoir manqué, en ce qui le concerne, de manifester à H. Frère ses vues réelles. A la vérité, le Saint-Siège avait toléré la publication de la correspondance échangée entre le Ministre des Affaires étrangères et M. le Baron d'Anethan, bien qu'il eût constaté que la relation de Fentretien résumé dans la dépêche du 5 octobre était incomplète. Mais personne ne saurait dire que le Cardinal- Secrétaire d'État avait assumé la responsabilité de cette relation par sa signature personnelle. Tandis que le Souverain Pontifie, par deux lettres signées de sa propre main, avait fait connaître au Roi sa manière de juger les choses, non pas en donnant, comme dit M. le Ministre, un simple témoignage de sympathie k l'èpiscopat, mais en affirmant de la façon la plus nette son corn-

plet accord avec les évéques tant pour la doctrine que pour les moyens pratiques adoptés par eux afin d*éloigner les conséquences désastreuses de la loi nouvelle; j'avais, moi» en temps utile, envoyé au Nonce de Bruxelles la dépêche du il novembre, qui avait fait disparaître toute équivoque. Et si le Saint-Siège, par suite de la longanimité qui lui est naturelle et devant la menace d*une rupture immédiate des relations diplomatiques, avait consenti au retrait de cette dépêche, il n*en reste pas moins vrai qu*il n*a jamais voulu tromper le Gouvernement belge ; que, tout au contraire, il lui a fait connaître au moment opportun sa manière de voir, et qu'ainsi il a suivi toujours la même ligne de conduite.

Telle est la nature des considérations qui ressortent des nouveaux documents aujourd'hui livrés à la publicité, telles les conclusions irréfragables qui en découlent, comme le reconnaissent les journaux les plus sensés, lesquels, dans leur jugement, n'ont pas été aussi unanimes en faveur de M. Frère que celui-ci l'affirme avec trop d'assurance.

Je passe à l'examen des réflexions qu'émet M. Frère dans sa circulaire susdite. D'abord, je ne crois pas avoir besoin de vous entretenir pour repousser les insinuations que se permet H. le Ministre au sujet de la publication de trois firagments de lettres envoyées par Sa Sainteté -à S. M. le Roi des Belges concernant la loi sur l'enseignement primaire. Ce n'est pas la première fois que le Saint-Siège, dans ses Exposés, publie les lettres écrites par les Souverains Pontifes aux Princes de différents États à régime constitutionnel, à l'occasion de conflits qui ont surgi entre le Saint-Siège et le gouvernement de leurs htats. II suffit de lire les Exposés faits sur les démêlés avec le Piémont et la Russie pour constater que ce procédé est en usage dans ce genre d'actes. Jamais personne n'a cru voir en cela un manquement aux égards dus aux Princes, ni une ruse par laquelle on

prépare à Tavance des correspondances secrètes, afin de pouvoir s*en servir d*après le besoin des circonstances. Donc, dans le cas présent, on n'a bit qu'imiter ce qui s'était pratiqué jadis en des occurrences semblables. Et on l'a bit avec d'autant plus de raison que le Saint-Siège ne pouvait pas renoncer au droit de légitime défense contre les graves accusations dirigées à diverses reprises contre son honneur et sa dignité, ni se priver du moyen de démontrer au public, par des preuves irréfutables, la loyauté de sa conduite.

Je m'abstiens de suivi'e M. Frère dans ses autres appréciations concernant l'attitude du Saint-Siège en cette circonstance. Seulement je ne puis pas ne pas relever l'inexactitude des considérations auxquelles se livre M. le Ministre à propos de la qualification de a folle illusion » que donne VExposé à la supposition foile par M. Frère dans la dépêche du 29 juin dernier. M. Frère espérait que Léon XIU, continuant à s'inspirer des idées qu'il semblait adopter dans la question constitutionnelle, chercherait à préparer une solution semblable dans la question de l'enseignement. Or, tout le monde voit la grande et essentielle différence qui existe entre la question de la Constitution et celle des écoles neutres condamnées en théorie et en pratique par l'Église. Si le Saint-Père a recommandé le respect à la Constitution existante, en cela il n*a fait qu'imiter l'exemple de ses glorieux prédécesseurs Grégoire XYI et Pie de sainte mémoire ainsi que des évéques de Belgique; car la Constitution, quoiqu'elle renferme des principes que l'Église, comme l'a déclaré le Saint-Père, ne pourra jamais approuver, garantit cependant à l'Église ses libertés les plus précieuses et ne met pas, par elle-même, en péril la foi et les mœurs des catholiques; tandis que l'école neutre, de sa nature, porte atteinte au droit de l'Église et met en péril la foi et les mœurs de ses enfants. Par conséquent, il est hors de doute qu*il n y a pas parité entre lune et l'autre question.

Donc la qualification de « folle illusion » donnée à la supposition de M. Frère doit être maintenue comme parfaitement juste, puisque l'Eglise, sur le terrain de l'école neutre, ne pourrait se rapprocher de l'État moderne sans se renier elle-même.

Hais ce dont M. le Ministre des Affaires étrangères se plaint surtout, c'est la publication de ma dépêche du il novembre 1879 retirée provisoirement. En alléguan tdiverses raisons, il lâche de lui ôter sa valeur. V. S. pourra mesurer la portée de ces raisons en les confrontant avec ce que je vais lui dire. M. Frère affirme que j'ai déclaré que la dépêche du 5 octobre ne rendait pas fidèlement les idées exprimées par moi à M. le Baron d'Ane* than, comme je l'avais fait remarquer plusieurs fois à ce dernier. Il ajoute que cette assertion absolument gratuite est substituée par moi à une autre allégation qu'il a déjà réfutée, en ce qui concerne les recours envoyés à Rome par le Gouvernement, spécialement le recours de l'institutrice de Visé. (Dép. du 28 juin 1880.)

Avant de justifier les déclarations faites dans YExposé relativement à la dépêche du 5 octobre, je dois dire un mot au sujet dés recours envoyés par le Gouvernement au Saint-Siège, et cela dans le but de rectifier les faits. Le recours de l'institutrice de Visé est accompagné d'une lettre écrite de la main même de M. Frère-Orban en date du 26 septembre 1879. Le Nonce expédia ce recours par dépêche du 29 du même mois. De sorte que le 2 octobre, il était déjà entre mes mains, et il en fut question dans l'entretien qui donna lieu à la dépêche du 5 octobre. Puis, je ne vois pas comment M. le Ministre des Aflaires étrangères peut affirmer, dans sa dépêche du 28 juin, que M. le Baron d'Anethan ni officiellement ni officieusement n'a jamais été chargé de présenter ou de recommander des recours au Saint-Père, alors que je conserve une longue série de réclamations pareilles qui, en diverses occasions m'ont été remises par le susdit Baron comme lui ayant été envoyées par son Gouvernement.

Mais pour en revenir à la déclaration que j*ai Csiîte relativement à la dépêche du 5 octobre, V. S., en examinant le texte de Y Exposé, pourra constater qu en parlant de la conversation relatée dans cette dépèche, je ne me suis jamais servi du terme infidèlement, mais j'ai dit que ce document ne rapportait pas complètement toutes les idées exposées par moi à H. le Baron, et j*en ai indiqué la cause évidente, c'est que cette dépêche résumait en peu de phrases une conversation fort longue. En outre, il est vrai que diverses modifications furent admises sur la proposition du Prélat chargé de la revision de Yéchange de vues; mais il est également vrai que certaines autres modifications qui n'avaient pas peu d'importance furent demandées par ce Prélat pour édaircir ce que j'avais entendu dire et qu'on n'a pas voulu les admettre. J'ajoute que, quoiqu'il restât dans la dépêche certaines phrases dont on pouvait abuser en les interprétant d'une façon contraire aux véritables intentions du Saint-Siège, je n'ai pas voulu insister auprès de M. le Baron d'Ànethan, parce que le contexte expliquait suffisamment ces phrases, et parce que je ne pouvais pas raisonnablement supposer que M. le Ministre en abuserait si scandaleusement au point d'en tirer les conséquences que l'on sait. Gomme, dans la suite, les révélations de la presse officieuse firent pressentir cet abus, j'écrivis la dépêche du i 1 novembre. Tout cela démontre à V. S. que, dans mes déclarations, je n'ai porté en aucune manière atteinte à l'honorabilité et à la loyauté de M. d'Anethan ni oublié les égards dus à la personne du représentant de la Belgique près le Saint-Siège.

J'en viens maintenant à examiner les raisons par lesquelles M. le Ministre des Aflaires étrangères s'efforce d'enlever toute valeur à la dépêche du 1 1 novembre. Gomme Votre Seigneurie n'aura pas manqué de le voir, ces raisons se fondent toutes sur le retrait de cette dépêche, ordonné par moi peu de jours après son envoi. Mais le retrait provisoire d'un document simplement

explicatif, opéré uniquement dans le but d*empécher à ce moment Texécution de la menace d*une rupture des relations diplomatiques, n*a pas pu faire perdre à M. Frère la connaissance certaine de ce que pensait le Saint-Siège au sujet de l'attitude de l'Episcopat dans la question scolaire. Le document portait ma signature. C'était une manifestation incontestablement authentique des dispositions du Saint-Siège. Notez que la dépêche, bien que retirée provisoirement, était tenue toujours prête pour répéter les mêmes déclarations, si M. Frère, à partir de ce jour, ne s*était pas renfermé dans un rigoureux silence sans plus provoquer le moindre échange d'idées. Cela est si vrai que quand, pour la première fois, par sa dépêche officielle du 7 avril, M. le Ministre demanda des déclarations catégoriques qui fissent disparaître toute équivoque, le Saint-Siège fut heureux de saisir cette occasion pour répéter en substance, dans sa réponse du 3 mai, les mêmes choses qu'il avait dites dans sa dépêche du 11 novembre. Dès lors il est évident que M. le Ministre essaye de donner au retrait de cette pièce une portée qu'il ne peut avoir, qu'il attribue à une formalité diplomatique le pouvoir de changer la réalité des choses, ce qu'aucun homme de bon sens ne pourrait admettre.

M. Frère-Orban termine sa circulaire en disant appel à deux lettres particulières écrites par deux prélats belges à un de leurs collègues et communiquées par celui-ci à la presse, après que, pour de justes motifs, il eut été dépouillé de la juridiction épiscopale. — En vérité, il est difficile de comprendre comment le même homme d'Etat qui, au début de sa circulaire, a poussé le scrupule et la sévérité jusqu'à vouloir interdire l'usage légitime fait des lettres du Saint-Père à Sa Majesté le roi des Belges et des déclarations notifiées à lui-même par la dépêche provisoirement retirée du 11 novembre, comment ce même homme d'Etat n'a pas honte d'invoquer des écrits de tierces personnes qui, bien

que très dignes de respect à tous égards, sont demeurées étrangères aux négociations et n*en pouvaient pas connaître la marche d'une manière précise. — Et cependant, M. Frère non seulement se prévaut de cette nouvelle espèce de documents, mais en an langage qui lui est tout à fiait propre, il base sur eux les plus graves accusations k charge du Saint-Siège et de son représentant à Bruxelles.

La vérité est que ni la lettre du défunt Evêque de Liège en date du 26 décembre 1878, ni celle de Son Eminence le Cardinal Decbamps, en date du 17 juin 1879, ne peuvent fournir le moindre fondement aux injurieuses imputations que se permet de formuler M. le Ministre, dans Tunique but d*égarer Topinion publique et de cacher les véritables motifs qui Tout amené à rompre les antiques relations de la Belgique avec le Saint-Siège eti seconder ainsi les projets de son parti.

Pour ce qui concerne la letti^e de TEvéque de Liège, il suffit d'examiner attentivement la teneur de mon télégramme qui y est rapporté ei de se représenter les circonstances qui Font provoqué pour se convaincre que jusqu'à la fin du mois de décembre 1878, — cebt-à-dire avant môme que la question des écoles vtnt de n'importe quelle manière sur le terrain diplomatique, — le Saint- Siège évita d'examiner le document que les Ëvéques se proposaient de publier. 11 refusa de donner à l'Evéque de Tournai l'ordre instamment réclamé par ses collègues, et, respectant la liberté de chacun des membres de TEpiscopat belge, il permit seulement au Nonce apostolique d'inviter Monseigneur Dumont k s*unir aux autres prélats pour le jugement porté sur la loi alors encore existante de 1842. D'où il suit que la conduite tenue par le Saint Siège et par son représentant en ces conjonctures, loin de s'inspirer de vues politiques, loin de revêtir un caractère agressif à l'égard du Gouvernement, s'est renfermée dans les limites de la plus scrupuleuse réserve. Si on est sorti de ces

limites, c'a été uniquement pour modérer le zèle excessif d*\xn prélat qui, se séparant de ses collègues, considérait comme absolument inacceptable pour l'Eglise catholique la loi alors existante sur l'enseignement primaire et tendait par là même à troubler la paix dans l'ordre politique et religieux.

Quant à la lettre de Son Eminence le Cardinal Decbamps à ses 8ufifragants,je crois superflu d'entrer en de longs détails. M. Frère, à Bruxelles, et M. le Baron d'Anethan,à Rome, ont eu les preuves les plus éclatantes de l'exacte vérité de mes assertions en ce qui concerne les instructions envoyées au Nonce pour servir de règle aux Evéques dans la rédaction de leur dernière lettre pastorale. Us connaissent tout aussi bien la cause qui força les prélats de hftter la publication de ce document, avant que leur arrivassent les instructions dont il s'agit. Je dois d'ailleurs ajouter que, quant au fond, l'ordre d'idées indiqué par moi ne différait guère de celui suivi par les Evéques. Et c'est précisément pour cela que quand M. Frère m'amena à émettre mon jugement sur la dernière lettre pastorale des Evéques, je n'hésitai pas à l'approuver, tant pour la partie doctrinale que pour la partie pratique. (Dépêche du 1» juillet 1879.)

Par ce que nous venons de dire et par beaucoup d'autres choses que je pourrais ajouter, si j'avais l'intention de rectifier toutes les suppositions erronées et toutes les insinuations malveillantes dont est remplie, du commencement jusqu'à la fin, la circulaire de M. le Ministre belge, Votre Seigneurie comprendra fiacilement que les conclusions de YEsposizione documeniata du 10 courant conservent pleinement leur force et leur valeur. M. Frère-Orban s'est bien gardé d'ébranler la base de mon argumentation. Il ne nie pas, il n'aurait jamais pu nier que la suppression des rapports diplomatiques; avec le Saint-Siège formait partie intégrante du programme formulé et défini par lui dès le jour oii il fut appelé k prendre les rênes du Gouvernement et à constituer le nouveau

cabinet. L'époque seule à laquelle cette injustice devait être consommée resta pour le moment incertaine. Mais, comme tous les faits postérieurs l'ont lumineusement démontré, cette indécision quant à l'époque, si elle était, d'une part, Teffet naturel de la répugnance qu'inspire toujours tout acte discourtois et injuste de sa nature, attendait, d'autre part, un prétexte pour colorer le projet préconçu, pour lui enlever, si possible, l'empreinte de l'odieux qu'il portait en lui-même. De là vint que, dès le 21 juin 1878, époque à laquelle se constitua en Belgique le nouveau cabinet présidé par M. Frëre-Orban, les relations entre le Gouvernement belge et le Saint-Siège revêtirent un caractère tout nouveau, tel que peut-être il ne s'en était jamais rencontré dans l'histoire de la diplomatie européenne. Peu de mois s'étaient écoulés depuis que l'auguste Pontife Léon Xlil s'était assis sur la chaire de Saint- Pierre. Uni par les liens d'anciens et chers souvenirs à ce noble pays et à sa dynastie royale, il n'omit aucune occasion pour donner de mille manières à la Belgique, à son Roi et à ses gouvernants les plus amples preuves d'une prédilection spéciale et d'une déférence particulière. Un Gouvernement sensible aux stimulants de la plus commune reconnaissance eût dût, ce semble, saisir cette occasion pour rendre plus sincères et plus cordiaux ses antiques rapports avec le Saint-Siège. M. Frère-Orban ne le pensa pas ainsi. Il saisit l'occasion k rebours, et répondit aux témoignages multiples de sympathie de l'auguste Pontife en notifiant, à priori, à son Ministre à Rome que la rupture complète des relations diplomatiques de la Belgique avec le Saint-Siège était chose définitive et décidée, et pour faire ensuite comprendre que cette injure imméritée pouvait être épargnée, à la condition que le Saint-Siège se montrerait docile à ses réclamations.

Connaissant les antécédents du personnage qui prenait cette attitude étrange et inouïe, le Saint-Siège, animé de cet esprit de charité patiente dont il a donné en tout temps de si éclatants

exemples, dissimulant Toffense, ne se refusa pas à prendre en bienveillante considération les demandes que M. Frëre-Orban avait à lui faire. Il parvint à condescendre, sans sortir de ses convenances, à la première de ces demandes. 11 s'agissait, en effet, de déclarer s'il était permis aux catholiques de Belgique d'observer fidèlement, de soutenir et de défendre dans la pi^tique leurs institutions nationales. Le &it notoire d'une fidélité qui ne s'est jamais démentie pendant un demi-siècle, de la part des catholiques, montrait clairement quelle devait être à cette question la réponse du Saint-Siège.

M. Frère-Orban s'en montra satisfait, et on crut alors que la condition posée au maintien des rapports diplomatiques avec le Saint-Siège devait être considérée comme vérifiée et remplie. Vain espoir! Surgit en Belgique la question de l'enseignement primaire, à la suite d'un nouveau projet de loi préparé dans les Loges maçonniques, accepté par le ministère et ayant pour but évident d'élever la jeunesse catholique dans les maximes de l'indifférence rationaliste. Le dévoir impérieux des pasteurs des âmes était d'élever la voix et de combattre ce très funeste projet de loi. Sous la menace ordinaire d'une rupture immédiate des rapports diplomatiques, M. Frère-Orban demanda au Saint-Siège de donner des conseils de calme et de modération aux Evêques qui combattaient pour la bonne cause. On y condescendit encore, et avec cette prudence que la gravité et la délicatesse de la chose autorisaient, on fit parvenir aux Evêques des conseils destinés à modérer l'âpretf d'une luttequ'ils n'avaient pas provoquée. M. Frère- Orban interpréta ces conseils à sa manière et voulut absolument leur attribuer la signification d'un blâme infligé par le Saint- Siège à l'Episcopat belge et d'un désaccord véritable et formel entre le Pape et les Evêques.

Mais là ne s'arrêtèrent pas ses prétentions. Il exigea, sous les menaces habituelles, que le Saint-Siège acceptât son inter-

prétalioD, quen la déclarant conforme à la vérité, il la flt accepter par les Evèques et les catholiques, et qu*il transformât les anciens conseils, interprétés dans le sens qu'il leur donnait, en ordres rigoureux et sévères.

Cela ne suffit pas ; élevant toujours plus haut ses pensées, il déclara, dans sa dépêche du 5 juin, que le maintien des rapports diplomatiques serait aussi dans l'avenir subordonné à Tusage que le Saint-Père pourrait faire de sa haute influence sur la nature des mesures que le Gouvernement actuel de Belgique aurait à adopter. C'était dire que si les devoirs de son très haut Ministère obligeaient le Saint-Père à approuver la résistance que les catholiques opposent contre l'un ou l'autre projet lésant leurs droits et leurs croyances, cela suffirait pour déterminer la rupture des rapports diplomatiques.

En vérité, aucun Gouvernement, même parmi les plus puissants de l'Europe, ne s'est jamais présenté devant le Saint-Siège avec des prétentions telles et si exagérées ; aucun Gouvernement n'a jamais mis un prix si dur à la continuation des rapports officiels avec le Chef auguste de l'Eglise. II n'est pas possible d'expliquer un procédé si inusité sans admettre chez celui qui l'adoptait la volonté obstinée de trouver, à tout prix, un prétexte pour rompre.

Le prétexte désiré étant trouvé dans la fidélité inébranlable du Saiut-Père à ses devoirs sacrés, on veut maintenant, à tout prix, soutenir que la conduite du Saint-Siège n'a pas été, du commencement à la fin, semblable à elle-même, et, pour établir ce prétendu changement d'attitude, on exige de lui que, pour en bien entendre et en interpréter l'esprit, il fasse abstraction des lettres écrites par le Saint-Père, des dépêches que j'ai fait communiquer à M. le Ministre des Affaires étrangères, et qu'il ne tienne compte que des rapports des agents belges, interprétés comme il platt à M. Frère-Orban. Il suffit, je crois, d'énoncer de telles prétentions pour en saisir tout de suite le caractère exorbitant.

rinvite vivement Votre Seigneurie à se prévaloir de ces considérations, si Toccasion sen présente, dans ses entretiens avec M. le Ministre des Affaires étrangères et avec ses collègues du Corps diplomatique, et dans ces sentiments, etc.

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