‹ La Belgique et le VaticanChapitre 36 sur 60 · DANS LE PAIAIS DU VATICAN · texte numérisé non relu

DANS LE PAIAIS DU VATICAN

LE iO AOUT I8S0.

Vénérables Frères,

La Majesté du Pontificat suprême, cet honneur saint et sacré plus cher pour Nous que la vie même, et qu'ainsi Nous voulons et Nous devons à tout prix sauvegarder et défendre» Nous presse de dénoncer aujourd'hui devant vous, vénérables frères, une très grave injure infligée à notre autorité et à ce Siège apostolique. Nous avons en vue Tinjure commise parles Ministres do pouvoir en Belgique, lesquels, sans aucun motiféquitable,onttout àcoup congédié notre représentant.

Moins ému de notre douleur privée que soucieux de rhonoeur du Siège apostolique, Nous avons donné ordre de publier le récit complet du fait, avec titres et preuves qui imposent créance, afio que tout fût porté à la lumière de la vérité, et que tout homme équitable pftt juger combien il y a peu de fondement et de valeur dans les reproches que les ennemis du Saint-Siège lui ont très indignement adressés. Or maintenant, reprenant de plus haut la raison du fait, en ceci comme en d'autres actes du même genre, qui, presque partout, se reproduisent, Nous reconnaissons, à des signes non équivoques, la preuve d*un redoublement de violenee dans la guerre sacrilège depuis longtemps intentée contre FEglise du Christ. Oui, certes, nous voyons plus à découvert et moii^ voilée la conjuration invétérée des sectaires enrôlés pour déucher les esprits de la Chaire apostolique : complot dont le but est d'exei'cer à leur gré une dictature arbitraire sur les peuples chré-

tiens, une fois qu*ils les auront soustraits à Tautorité tutélaire du Pontife romain. Tel fut assurément le dessein des hommes ennemis qui ont voulu , par ruse et par violence» arracher au Pontife de Rome un principat civil qu avait constitué, avec le suffrage spontané des siècles, un plan manifeste de la divine Providence, sécurité et liberté, les deux conditions les plus nécessaires au Gouvernement de la république chrétienne. (Test au même but que tf ndent les manœuvres ourdies avec toute sorte d'artifices, exécutées avec non moins de perfidie par ces hommes trop nombreux qui, dès longtemps, s'efforcent de rendre l'Eglise odieuse et suspecte aux peuples, provoquant la haine contre les institutions catholiques et surtout contre le Pontificat romain, divinement institué pour le salut du genre humain.

Ce sont ces mêmes projets que des ennemis du nom catholique s'étaient proposé d'étendre jusqu'à la Belgique pour rompre ou relâcher les liens qui unissent le peuple belge au Saint-Siège. Aussi, à toute occasion, même les Parlements ont entendu leur voix proclamant qu'on devait supprimer la Légation belge auprès du Pontife romain, et que tel était leur dessein, telle leur résolution. \ussi, deux ans auparavant, à peine les hommes de ce parti avaient pris les rênes de l*Etat, qu'ils furent impatients de déclarer déjà décidé le rappel de la Légation belge, sauf à le réaliser à la première occasion favorable. Ce dessein étant formé, et dans cette disposition des esprits, la loi édictée sur l'enseignement primaire fournit le prétexte d'exécuter le plan. Vous connaissez, vénérables frères, l'esprit et le fond de cette loi.

En l'édictant, le but et la pensée, sans nul doute, furent de soustraire le jeune âge à l'influence vigilante de TEglise catholique et de mettre l'éducation de la jeunesse sous la dépendance et rarbitraire de l'Etat. En effet, cette loi décrète que dans les écoles élémentaires les pasteurs des âmes n'auront aucune part, l'Eglise aucune surveillance, et séparant totalement les lettres de

la religion, on prescrit que dans tout ce qui appartient h la direction et à la discipline interne des écoles publiques, tout enseignement religieux soit éliminé de Téduoation. Il n*est que trop facile de voir quel danger il en résulte pour la foi et les mœurs du jeune âge. Danger d'autant plus grave que, par h même loi, toute institution religieuse est de même bannie des écoles dites normales, où des exercices et des leçons spéciales forment ceux qui, plus tard, se destinent à renseignement de TenÊince.

Une loi de telle nature, qui entame à ce point l'enseignement et les droits de l*Eglise, qui expose à ces graves périls le salai éternel de la jeunesse, ne pouvait être, sans prévarication, approuvée des Evéques, à qui Dieu a imposé le devoir et la charge de défendre avec vigilance le salut des âmes et Tintégrité de la foi. Aussi, dans un juste sentiment de ce que les circonstances et le devoir imposaient, leur sollicitude s'appliqua à écarter la jeunesse de ces écoles publiques, et leurs soins ouvrirent d'autres écoles sous leur dépendance, dans lesquelles les jeunes intelligences se formeraient par l'excellente union des éléments des lettres et de la religion. Et, à ce propos, c'est un grand honneur aux Belges d'avoir prêté à cette œuvre éminemment opportune le plus empressé concours. Comprenant, en effet, quel danger cette loi faisait planer sur la religion, ils assumèrent, par tous les moyens possibles, la sauvegarde de la foi des ancêtres, et avec un tel élan que la grandeur des œuvres et des sacrifices a excité l'admiration partout où la renommée en a porté le récit.

Pour Nous qui , au nom de la sublime charge de pasteur et docteur suprême, devons conserver partout la foi dans sa pureté et détourner de la tête des peuples chrétiens les atteintes menaçant leur salut. Nous ne pouvions, à raison de notre devoir, laisser passer sans condamnation une loi que nos vénérables firëres.

Evoques de la Belgique, avaient justement condamnée. C'est pourquoi, par Nos lettres adressées à Notre bien-aimé fils le Roi des Belges, Léopold II, Nous avons ouvertement déclaré que la loi du 1^ juillet était en contradiction grave avec les principes de renseignement catholique, pernicieuse à Téternel salut de la jeunesse, et calamiteuse même pour TEtat. En conséquence* et comme telle, Nous lavons plus d'une fois désapprouvée et con* damnée, comme en votre présence, en ce moment, et pour les mômes motifs. Nous la désapprouvons et condamnons. Ce que Nous faisons conformément à la tradition et aux règles du Saint- Siège, qui a toujours frappé du poids de ses arrêts et de son autorité les écoles mixtes ou neutres, destinées par leur nature à méconnaître Dieu totalement. Il n*a été permis à la jeunesse catholique de les fréquenter que dans certains cas, par nécessité des temps et des circonstances, et sous la condition préalable d'éloigner tout danger prochain de perversion contagieuse.

Néanmoins, par un sentiment de mansuétude chrétienne, et ne voulant fournir aucun prétexte à l'irritation de la lutte, Nous Nous sommes empressé de conseiller à nos vénérables frères les Evoques, placés au milieu du conflit, de mettre en cette affaire, dans l'exécution des mesures, la modération et la douceur; d'agir avec clémence dans l'application des peines; de telle sorte que le zèle si justement enflammé dans l'intérêt chrétien fût tempéré par cette paternelle bienveillance qui embrasse dans sa charité tous les égarés.

Déjà nos exhortations avaient obtenu les succès désirables, et l'avenir promettait davantage; non pas toutefois au gré des Ministres de l'Etat belge, qui auraient voulu que des Evéques, très énergiquement fidèles à leur devoir, fussent repris par Nous et blâmés en ce qui méritait approbation. Et comme, spontanément et constamment. Nous Nous y sommes refusé, on rompit avec Nous les relations officieuses et bienveillantes, et, par un

acte nre et presque inoaî.noire Nouée lecat an ordre de départ, pois, jetant en avant force éqoÎToqoes et cakminîes, on s'efforçi de coaTiir de fiiux prétextes an procédé indigne, et de rejeter sur le Saint-Siège entièrement la bute et la responsalnlité. Avec UD accroissement d*aadace, on n*a ^rgné, ni injures, ni outrages, et jusque dans cette ville de Rome on n*a pas ménagé Tétalage de cette hostilité.

Cest pourquoi. Nous rappdant notre devoir apostolique, et déplorant, en présence de vous tous, vénérables frères, cet événement grave et inattendu. Nous protestons qu*on a agi iniquement envers Nous et envers le tr6ne sacré de Pierre, et Noos Nous en plaignons. Et comme le Souverain Pontife a le droit et le pouvoir d'envoyer des Nonces et des Ambassadeurs aux nations étrangères honorées du nom de catholiques et à leurs princes, Nous Nous élevons contre qui est coupable de la violation de ce droit; d'autant plus que dans le Pontife romain ce drmt dérive d*un principe plus auguste, émanant de Tampleur de la primauté romaine divinement constituée sur luniversalité de l'Eglise ; ainsi que notre prédécesseur, de glorieuse mémoire. Pie VI l'a déclaré en ces termes : « C'est le droit du Pontife romain d'avoir, spécialement dans les lieux éloignés des représentants de sa personne qui exercent sa juridiction et son autorité par délégation stable, qui en un mot tiennent sa place; et ce, en vertu et par la nature même de la primauté, en raison des droits et des prérogatives qui sont inhérents à cette primauté et selon la constante discipline de l'Eglise, à partir des premiers siècles (1). »

Nous protestons, en outre, contre l'injurieux prétexte, foi^ à dessein pour motiver le départ du Nonce de Belgique; tandis qu'il est notoire que s'il a été congédié, c'est que Nous avons

(i) Gesp. Super Nuntiataris Apost. cap. S, sect. 2, n. 21.

refusé de trahir notre devoir ; et que, manifestant notre accord avec nos vénérables Frères les Evoques de Belgique, Nous n'avons voulu à aucun titre Nous séparer d'eux. Enfin Nous ne pouvons Nous dispenser de Nous plaindre de tout ce qui a élé dit, sous diverses formes outrageantes à Texcès, contre Nous et le Siège des apôtres. Pour ce qui Nous regarde, Nous sommes préparé à souffrir patiemment les injures et à pardonner aux détracteurs et aux ennemis. Nous réjouissant, à l'exemple des apôtres, (tavoir été jugés digne de souffrir topprobre pour le nom de Jésus (1). Toutefois, certes. Nous attestons Dieu et les hommes, que nous ne souffrirons jamais qu'on amoindrisse en rien, impunément, l'honneur et la majesté du siège apostolique, et Nous sommes prêt, pour les défendre virilement, à sacrifier tout et môme la vie, s'il le faut, afin que la grandeur d'une dignité si sublime reste saine et sauve, et soit transmise entière et intacte à nos successeurs.

Ces paroles, que l'amertume de notre cœur et la conscience de notre devoir Nous ont dictées devant votre auguste assemblée, vénérables frères. Nous voulons qu'elles soient au loin propagées dans le monde, afin que, connaissant la justesse de nos plaintes, les princes et les peuples comprennent quel a été le point de départ, le développement et le terme de l'événement dont Nous parlons; qu'en même temps ils se tiennent en garde contre les artifices par lesquels des hommes fourbes subornent les oreilles et les esprits de la multitude ; et qu'ils s'efforcent, au contraire, avec une affection empressée, constante et inaltérable, de rester dans la foi du Pontife romain.

En ce qui concerne le catholique peuple belge, il fout hautement le louer de ce que, douloureusement affecté du départ de notre Nonce, qu'il avait entouré si longtemps de tous les hom-

(l)Act. V,4«.

mages, il a multiplié en ces derniers temps les preuves (fan amour plus dévoué à la Chaire apostolique. Les Belges vealeot, dans la mesure de leur pouvoir, compenser le poids et ramertume des injures qu*en notre humble personne le Vicaire de Jésu»- Ghrist a supportées. Et en ce lieu, c*est une consolation pour Nous de rappeler, comme témoin et auditeur, un imposant éloge décerné par le Souverain Pontife Grégoire XVI à la nation belge.

Nous ayant, dans sa bonté, désigné au poste de Nonce en Belgique, il Nous parla de ce peuple à grands traits, en termes magnifiques, Tappelaut une race dliommes très braves et très religieux, dont la foi et Tamour envers le Siège apostolique, comme envers ses princes, étaient notoires par des preuves nombreuses et de longue date. En fait, outre que ces vertus sont attestées par les monuments des temps antérieurs, Nous les avons reconnues Nous-mêmes sur place et par expérience, aussi longtemps que Nous avons occupé la Nonciature; aussi le souvenir très doux des hommes, des temps et des choses, gravé au fond de notre cœur, y a fomenté et entretenu une particulière bienveillance. G*est pourquoi nous avons confiance que les Belges np s'écarteront jamais de Tamour et de Tobéissance de TEglîse, et que, fermes dans la profession de la foi catholique, pleins d*une anxieuse sollicitude pour l'éducation chrétienne de la jeunesse, en tout temps ils se montreront dignes fils de leurs pères et de leurs ancêtres.

Voilà, vénérables frères, ce que Nous avions à vous communiquer sur les affaires de Belgique, pour repousser Tinjure faite au Saint-Siège et défendre sa dignité violée. Hais de vous-mêmes vous savez que les épreuves actuelles de TEglise ne sont point circonscrites aux confins de la Belgique. La guerre se propage bien au delà, et plus loin s'étendent les dommages du monde catholique : de ces maux, toutefois. Nous différons de vous entretenir pour le moment.

Il convient, du reste, dans l'espoir d*un meilleur avenir, de tenir hauts et fermes nos courages, et par d*unanimes prières de supplier le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, afin qu*Il daigne consoler lEglise, son épouse, accablée de tant de maux, fatiguée de tant de sollicitudes, et que, calmant les ondes et les flots, Il lui rende la tranquillité, si longtemps désirée.

DISCOURS DU PAPE LÉON XIII aux pèlerins belges le 30 octobre 1880.

Dernièrement, dans une occasion solennelle, vous le savez bien, très chers fils, Nous avons déploré les faits douloureux qui se sont accomplis en Belgique au détriment du Saint-Siège apostolique; et, en même temps. Nous avons exprimé la pleine confiance que Nous inspiraient la constante fidélité des catholiques belges envers l'Eglise, leur amour et leur parfaite obéissance au Pontife romain.

Votre présence ici et vos nobles paroles Nous fournissent une nouvelle preuve de ces sentiments.

A la vue des événements qui Nous ont tous attristés, vos cœurs ont senti le besoin de venir Nous redire en votre nom et au nom de vos frères, que vous êtes toujours les mêmes.

Vous n*avez pas hésité d'abandonner pour quelques jours vos intérêts et vos familles, pour venir incliner vos fronts devant le Vicaire de Jésus-Christ, et puiser au tombeau des Apôtres de nouvelles forces pour les combats qui vous attendent.

Nous voyons avec joie parmi vous et à votre tête votre illustre

Cirdiiad-Aiicheféqiie; et 5oii8 aimons à reoomiattre dans ce frit nn éloquent tëniœgnage de Fonion inâmnlaUe qoi ratladie i leors pasteurs les catholiques de la Bdgiqoe. Cultivez et resserrez toujours, cbers fils, cette union; car, si FEglise laisse à ses enfuits toute liberté d'action dans les alEûres de Tordre tmnporel et purement politique, pounru que cette action soit réglée par les principes de la justice et de la morale chrétirane. Elle veut aussi quils écoutent avec docilité la vmx des Evêques dans tout ce qui se rapporte aux intérêts de la foi ^ de la rdigion et au salut des âmes. — A plusieurs reprises. Nous avons déclaré que la nouvelle loi scolaire de votre pays blesse profondément tous ces graves intérêts; et Notre voix était tout à dit conforme à celle de vos Evêques, qui ont mérité par là Nos éloges. Et si, malgré la lutte engagée. Nous n'avons pas oublié, dans raccomplissement de Notre suprême Ministère d'amour, de leur donner des conseils de charité, vous savez bien par quels injurieux procédés ou a répondu à Notre esprit de modération et de paix.

Cependant ne vous laissez pas décourager, très chers fils, par les épreuves du présent. Les destinées de l'Eglise sont immortelles, et Nous sommes persuadé que la Belgique sortira de ces épreuves rajeunie et fortifiée, grâce à votre fermeté dans la foi et à votre courage dans la profession de vos croyances.

Rentrés dans votre patrie, dites aux Belges que le Pape les aime, et qu'il les encourage à persévérer dans le bien, à soutenir l'œuvre des écoles, et à feire des sacrifices de toutes sortes pour les intérêts de la religion et des âmes. — Qu'ils restent, vraiment catholiques et vraiment Belges, dans la voie suivie par leurs ancêtres, et ils travailleront ainsi au bien et au progrès de la Patrie et de la foi!

Recevez, très chers fils, la Bénédiction apostolique que Nous vous donnons avec toute l'effusion de Notre cœur paternel, ainsi qu'à vos familles et à tous Nos enfants bien-aimés de la Belgique.

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