‹ La Belgique et le VaticanChapitre 49 sur 60 · V. A. Cardinal Dechamps · texte numérisé non relu

V. A. Cardinal Dechamps

Archevêque de Malines.

I** décembre IS79.

MANDEMENT DE CARÊME dn Cardinal Arohevôqae de Malines

DU 25 JAIIYIKR 1880.

Nos TRÈS-CHERS FrÉRBS,

Dans les deux derniers mandements de Carême, Nous vous avons parlé de la confession et de la contrition, qui nous obtiennent le pardon de nos péchés au tribunal de la pénitence. La contrition, N. T. G. P., contient nécessairement le bon propos, la résolution sincère de combattre le péché et de prendre les moyens de le vaincre.

Parci ces moyens, il en est qui sont de conseil, et il en est qui sont de précepte, et parmi ces derniers, il en est que Thomme est

tenu de prendre sous obligation grave. G*est une obligation grave, par exemple, d'observer le précepte divin qui prescrit au pécheur d'éviter les occasions prochaines du péché, c'est-à-dire les personnes, les lieux ou les choses qui sont pour lui un danger prochain de rechute.

Ce précepte est l'un des plus méconnus de la loi divine, et son inobservance cause la ruine d'une foule d'âmes. Cest donc de ce précepte que Nous venons vous parler.

Pour le &ire avec plus de fruit. Nous vous dirons, d'abord, ce que la foi nous enseigne sur l'obligation de fuir ou d'éloigner Toccasion prochaine.

Nous attirerons ensuite votre attention sur une occasion prochaine de perversion qui est surtout à craindre de nos jours.

Quand on traite de l'obligation grave d'éviter les occasions prochaines^ il est clair, par les termes mêmes dont on se sert, que l'on ne parle pas des occasions de âtutes léffèresj ni même des occasions éloigtiées de fautes graves, c'est-à-dire des occasions que l'on rencontre partout et où Dieu est rarement offensé. Pour fuir de semblables occasions, il faudrait sortir du monde. L'on ne parle pas non plus des occasions prochaines nécessaires, c'est-à^re de celles qu'on est dans l'impossibilité physique ou morale d'éviter. L'impossibilité morale existe quand on ne pourrait s'éloigner de l'occasion, ou l'éloigner elle-même, sans scandale ou sans un très grave préjudice. Ce que l'on est tenu de faire en ce cas, c'est d'unir la prière à l'emploi constant des moyens de diminuer le danger et de rendre ainsi éloignée une occasion prochaine jusqu'alors.

Mais il y obligation grave de fuir ou d'éloigner les occasions prochaines quand celles-ci sont volontaires, et cette obligation

existe non seulonent quind ces occasions sont prochaines absc loment, c'est-k-dire poor tous, parce qu'elles induisent par elle: mêmes ordinaireroeot su péché, mais aussi quand elles sont pn ehaines relativeoiedl, c'est-k-dire k cause des disposttioas pari eulières des personnes pour lesquelles ces occasioas constitua un danger prochaÎD de faute grave.

Voici donc, N. T. C. F., la vérité dont rous devez vous péai trer :

Ce D'est pas ao eonaeil, mais c'est un précepte delà loi dirii d*élngiier ou de fiiir l'occasion prochaine du péché, rï ce pn eepte oblige sons péché mortel.

L'Evangile nous bit comprendre cette grave obligation p: nne oomparaison frappante, par uue figure sensible :

« Si votre œil droit voua est un sujet de scandale (une occ: « sion de pécbé), arracbez-le, dit le divin Maître, et jetez>le loi « de vous, car il vaut mieux pour vous qu'un de vos membn « périsse que si tout votre corps était jeté dans l'enfer. — Et ■ votre maio droite vous est un sujet de scandale (une occasic m de pécbé). coupa4a » jetex-la loin de vous, car il vaut mien « pour vous qu'un de vos membres périsse, que si tout von « corps était jeté dans Tenfer (i). »

Vous saisisseï, N. T. G. F-, le sens de ces expressions figi r^es : si une personne ou une chose vous est utile conune main droite ou vous est chère comme les yeux, mais vous est ( même temps une occasion de chute, de ruine spirituelle, il &i TOUS arracher k cette personne et à cette chose, oa il bat ti éloigner de vous si vous ne voulez pas vous p^tlre à jamais.

Ce n'est donc pas en vertu d'un conseil, mais d'une loi, qu'c e» obligé de fuir Toccasion {^ochaine, et la terrible sanction ( celte loi prouve à quel point est grave l'obligation qu'elle imposi

an

Il ne Saut donc pas dire : Je prierai Dieu de m'accorder sa grâce dans l'occasion, et je n*y succomberai pas, je triompherai du danger. Non, il ne faut jamais le dire, car vous prouveriez, en parlant ainsi que vous ignorez pourquoi Dieu nous accorde sa grâce et à quelles conditions. Dieu nous accorde sa grâce pour observer ses commandements, pour accomplir sa volonté. Or, ce n'est pas sa volonté que vous vous jetiez dans Toccasion du péché, et il vous le dit lui-même : celui qui aime le péril y périra : Qui amat pericidum in illo peribit (1). Il ne vous donnera donc jamais sa grâce pour £aire ce qu'il vous défend, il ne vous suivra pas là où il vous défend d'aller, il ne vous soutiendra pas là oii il vous défend de rester. Non, vous y serez seul et livré à tous vos ennemis ! Vous y serez seul avec votre faiblesse, vos inclinations, vos passions ; vous y serez seul en présence de l'abtme vers lequel vos penchants vous inclinent, vers leqael le tentateur vous pousse, et vous y tomberez certainement : Qui amat periculum, pmbit in illo.

Quand l'occasion est inévitable, quand il y a impossibilité physique ou morale de s'en éloigner, alors oui. Dieu accorde sa grâce à ceux qui sont décidés à prendre les moyens de rendre cette occasion moins périlleuse; mais quand loccasion est volontaire, il y a toujours faute grave, péché mortel à s'y exposer. Nous ne disons pas seulement, remarquez-le bien N. T. C. F., qu'il y a faute grave quand on succombe au danger, mais qu il y a faute grave à l'affronter sans nécessité. Dieu n'accorde pas sa grâce aux présomptueux, aux orgueilleux, aux superbes : Deus superbis resistit (2). 11 ne l'accorde qu'aux humbles, à ceux qui se défient de leurs forces : Humilibus dat gratiam (3).

1) Eccl. m. 27.

2) Jac. IV. 6.

(3) Ibid.

îgnonms

Non, le salât est poor les imes coorageoses, car il faut un grand coorage, le plus diflfiiûle de tous, pour fuir Foccasion oa pour la rqeler loin de soi. Oui, là est la grande victoire, et les Ucbes sont ceux qoi ne veulent pas la remporter; oui, là est le grand triomphe; celui qui fût triompher de soi : Qmi dominatur mùimo no adâor esf expmgmÊtore icrUiifii (i).

L expérience est ici décisive. Quand une âme coupable cherche à se réconcilier avec Dieu, quand elle est éclairée et touchée par lagrice« quand elle se décide à rq>reQdre le chemin de la vertu et de la paix de conscience, la plus difficile des résolutions pour elle, mais la plus nécessaire, est toujours celle de rompre les liens des occasions, de briser ces maudites chaînes d'esclave. Cest pour obtenir la force de rompre ces liras, de briser ces chaînes, qu'elle doit prier avec confiance, car cette grâce de force, Dieu veut la donner à tous ceux qui la lui demandent. Aussi, N. T. C F., quelles consolations après la victoire! Cest après ravoir remportée que saint Augustin disait : Oh! combien vite j*ai goûté le bonheur d'être privé des dusses douceurs du monde : Quam «auwf subUo fadum esi carere nuwU4ailms nugarum^ et avec quelle joie j'ai rejeté tout ce que je craignais tant de perdre : et çuas amiitrre wutms erai jam dimittere gaudium erat. Je redoutais comme la mort, dit-il encore, ce qui ma donné la vie.

Rentrez donc en vous-mêmes, N. T. CF., et recherchez devant Dieu quelles sont pour vous les occasions prochaines de fiiutes graves. Sont-ce certaines personnes, certaines maisons, certains plaisirs, ou d'autres choses encore! Sont-ce de &ux amis! Sont-ce les plus dangereux, les plus traîtres des amis, les livres, les revues, les journaux qui sèment l'erreur et l'irréligion,

(I) ProY. XVI. 3i.

en même temps qu'ils flattent les passions et corrompent ainsi tout à la fois l'esprit et le cœur?

Priez Dieu, suivez la lumière de sa parole et l'impression de sa grâce, en rompant les liens du péché, les chaînes des occasions, et vous aussi, vous jouirez des consolations de la victoire dans la liberté des enfonts de Dieu.

Nous venons de vous rappeler, à tous, l'obligation grave d'éloigner de vous l'occasion prochaine du péché, ou de vous éloigner d'elle; mais il en est un grand nombre parmi vous qui sont obligés aussi, et sous péché grave, d'éloigner l'occasion de ceux qui leur sont confiés ou de les éloigner d'elle. Cette grande obligation regarde surtout les parents à l'égard de leurs enfants.

Que les pères et les mères de famille considèrent donc, à la lumière de Dieu, la gravité de leur obligation, et qu ils prennent, en s'appuyant sur l'aide de Dieu, la résolution d'éloigner leurs enfants des occasions prochaines du péché en général, et tout particulièrement d'une occasion incontestablement prochaine de perversion dont le devoir de notre charge nous presse de leur parler aujourd'hui d'une manière toute spéciale, parce que cette occasion est vivante, et parce qu'elle fait mille efforts pour attirer leurs enfants dans ses pièges.

Cette occasion prochaine de perversion, et de la plus redoutable des perversions, celle de l'esprit, c'est l'école qui se dit neutre, mais qui est, en réalité, l'école de l'indifférentisme antichrétien.

Pères et mères qui nous écoutez, sachez que toutes les écoles de ce genre sont les écoles de l'apostasie.

Il ne sufBt pas, en effet, pour leur enlever cet odieux caractère, de le couvrir d'un voile hypocrite; il ne suflTit pas, quand

on t chassé U religion de l'école, de paraître ensuite lui rei hommage en permettant aux ministres de ta religion d'ei dans quelque local de cette école, en dehors des classes, po donner des leçons de catéchisme méprisées dans l'enseigoei scolaire lui-même. Oui, méprisées, N. T. C. F., car on les tr indignes de Bgurer à c6té des leçons mêmes de gymnastii Jamais le sacerdoce catholique ne prêtera son concours mépris calculé de la vérité chrétienne.

Les vrais sages de tous les peuples civilisés, les vrais hon d'Etat ODI toujours ici pensé de même. Toujours ils ont v< pour la religion, la première place dans l'école. Toujours ih voulu, pour l'enseignement religieux, non seulement la prea pbce, mais que la religion fût l'àme de tonte l'instruction de bnce et de la jeunesse. C'est que la science religieuse e grande science, la science de la Sn de l'homme et des mo de Fatieindre, et que toutes les autres sciences doivent se porter 1 celle-li comme k la vraie science de la vie.

Eooutei ce qu'a dit du livre le plus élémentaire de i scieno? un célèbre écrivain moderne qui l'avait longtemps due de vue.

« Il y a un petit livre, dît-il, il y a un petit livre qu'on fail prendre aux enfants. Lisez ce petit livre qui est le catéchi; vou$ y trvtuverez la solution de toutes les questions que j'ai sêes. lie toutes sans exception. Demandez au chrétien d'où ' Vbomnte. it le $^tt; où il va, il le sait. Demandez à ce pauvn font pourquoi il est ici-bas. ce qu'il deviendra après la moi vous &ra une rvponse sublime- Demandez-lui comment le mi a ^è créé, et âi quelle En ; comment la terre a été peuplée o't^ |<ar une seule Emilie ou par plusieurs; pourquoi les bon parient plusieurs lanj:ues. pourquoi ils souffrent, pourquoi i R»Ht la jjruerre, et comment cela finira, il le sait. Origine monde, orijpne de l'e^tèce. questions des races, destinée

lliomme en cette vie et en Tautre» rapports de Thomme avec Dieu, devoirs de Thomme envers ses semblables, droits de l'homme sur la création, il n'ignore rien, et quand il sera grand, il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit des gens, car tout cela sort, tout cela découle avec clarté et comme de soi-même du christianisme. Voilà ce que j'appelle une grande religion : je la reconnais à ce signe, qu'elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité (1). »

Voilà, N. T. G. F., ce qu'il faut redire aux pédants de certaines écoles, aux blasphémateurs de certaines universités, aux lettrés ignorants de la grande et de la petite presse antichrétienne, qui s'appellent légion.

Nous voudrions reproduire également, N. T. G. F., les paroles d'autres grands hommes de notre temps sur cette question capitale des écoles, nous voudrions vous rappeler ce qu'ils ont dit en France, en Angleterre, en Allemagne, sur l'union nécessaire de renseignement des choses humaines et de l'enseignement des choses divines, de l'instruction profane et de l'instruction religieuse, mais de si nombreuses citations nous entraîneraient trop loin et nous voulons nous borner à une seule d'entre elles, parce qu'elle appartient à l'un des fondateurs de la Belgique indépendante, parce qu'elle est de l'éloquent député qui a désigné le premier au choix de notre Gongrës national la dynastie qui devait présider à nos destinées, et parce que le témoignage de cet homme d'Etat ne peut être suspecta ceux-là mêmes qui prétendent établir aujourd'hui, aux frais de toute la nation, la seule école de l'indifférentisme qui blesse la conscience de l'immense majorité des ^milles belges :

« Nous demandons, disait-il (2) dans la discussion parlemen-

(î) Jouffroy.

(2) M. Lebean. Séances du 9 août et du 47 août.

uire ijui i précédé ridopUoQ de U loi de 1842 sar les écol nous denaodoQS le coocours du clergé, parce qu*à ce conco soDt ituchées une infloence Uitélaire et uoe recommaDdat respeclable lox yeux des pères de bmille. De là pour le de résulte le droit de ne se prêter à Taction du coocours qi réclame de lui, qu'en voyant respecter sa propre dignité e mission dont il est re?étu; de là par conséquent pour le cle le droit non seulement de s enquérir de renseignement mora religieux, ««û de $ assurer encore que Fappel fait à son eonu esi sincère, et que Vamloriti d^ile ne veut pas retirer (fune maii quelle accorde de t autre; d*oii doit résulter pour le clergé le d de donner son avis, non seulement sur les livres affectés spé^ lement à la religion et à la morale, mais en général sur tous livres employés dans Técole. — Je nai pas entendu établir un t entre telle partie de renseignement et telle autre. Lenseignement i a^oir une certaine unité; je le reconnais, et nous paraissons t daccord là-dessus. — Tai toujours dit qu'il ny avait éCinstrud wraiment efficace, vraiment salutaire que par C accord des deux m rites. — Je n hésite pas à répondre que je regarderais un institut primaire antireligieux, comme cxe véritable peste. x>

Et cependant, N. T. C. F., c'est cette peste-là qu'on veut iut duire en Belgique; c'est Fécole séparée de la religion, Téc d'une prétendue morale indépendante de la foi et de la divine ( 1), Técole de l'indifTérenlisme antichrétien, l'école où Y seiguement sera donné par des instituteurs formés désora tout exprès pour propager cette doctrine d*Etat, ce scepticis d'Etat, cette irreligion d'Etat; c'est cette école-là seule que 1 veut établir aux firais des familles chrétiennes et par conséquent mépris de la liberté de conscience de ces familles et de la Con tulion qui la leur garantit.

(I) La chose a été déclarée en pleine Chambre par le Ministre de Flnstr tion publique, roffime elle Test, du reste, par le texte même de la loi.

Pères et mères de famille, votre grand devoir est donc de ne jamais exposer vos enfants à la contagion de cette peste, à cette occasion prochaine de perversion, et de dire avec la même énergie qu*un membre du Parlement d'Angleterre : « Plutôt mourir que « de livrer mes enfants à ces écoles-là. »

Oui, N. T. C. F., plutôt mourir que de livrer vos enfants à des écoles d'indifférentisme, c'est-à-dire d'apostasie; plutôt mourir que de perdre vos enfants et de vous perdre avec eux.

N'oubliez donc pas qu'au premier rang de vos devoirs se place aujourd*hui celui de choisir pour vos enfants, et sous peine de foute grave, des écoles vraiment chrétiennes où la foi de vos ancêtres, l'immuable foi catholique est fidèlement enseignée, sous le contrôle de la sainte Eglise.

Nous vous avons dit ailleurs pourquoi les cas exceptionnels sont rares en Belgique et ne sauraient durer.

Ce qui durera et ce qui grandira dans notre libre et catholique pays, c'est l'enseignement libre et catholique. Dans la grave question des écoles dites neutres, c'est-à dire de l'indifférentisme antichrétion, où il s'agit des âmes et de la foi, aucune transaction n'est possible.

Demandez à Dieu avec ferveur et avec constance la grâce d'accomplir toujours votre devoir, et demandez-la par l'intercession de la très sainte Vierge Marie, des anges gardiens de vos enfants et des patrons de leur baptême. Dieu sera avec nous.

Victor-Auguste cardinal Dechamps, Archevêque de Malines.

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