‹ La Belgique et le VaticanChapitre 50 sur 60 · MANDEMENT DE CARÊME DE L'ÉVÊQUE DE NAMUR · texte numérisé non relu

MANDEMENT DE CARÊME DE L'ÉVÊQUE DE NAMUR

Nos Très-Chers Frères en Jésus-Christ,

De concert avec S. E. le Cardinal- Archevêque de Malines etles autres Evéques de Belgique, Nous vous avons adressé Tannée dernière trois lettres pastorales collectives pour vous avertir des dangers qu*un funeste projet de loi sur renseignement faisait courir à la foi de vos enfants. Ces lettres pastorales, N. T. C. F., vous les avez reçues avec respect, vous les avez écoutées avec une religieuse docilité, et vous avez compris que le motif le plus impérieux avait pu seul déterminer vos premiers Pasteurs à vous * donner cet avertissement solennel.

Oui, et telle est à nos yeux Timportance de ce sujet, que nous croyons devoir y revenir encore, et que nous le choisissons de préférence cette année pour la matière de notre Mandement de Carême.

Ce n'est pas la première fois que le Gouvernement entreprend de porter atteinte à nos droits et à nos intérêts religieux. Ces atteintes bientôt ne pourront plus se compter. Les principales ont été rappelées dans nos lettres pastorales. L'exclusion du clergé de Tadministration et de la distribution des aumônes, contre la volonté expresse des donateurs; le détournement des bourses d*études contre la volonté même exprimée des fondateurs; les obstacles apportés au recrutement du sacerdoce par laggravation des lois sur la milice; la profanation des cimetières parla violation des lois de TEglise sur la sépulture chrétienne ; l'atteinte portée à Texercice public du culte; l'interprétation arbitraire de la loi de 1842 contre sa lettre et son esprit, ainsi que la violation de cette loi, si souvent tolérée par le pouvoir, telles sont quelques-unes des vexations que le libéralisme gouvernemental a

exercées contre notre sainte religion. Nous étions en droit, et nous avions le devoir de nous en plaindre et de protester contre elles; aussi» veuillez bien le croire, vos Pasteurs n*ont pas manqué à ce devoir; ils ont adressé des réclamations respectueuses non seulement au Gouvernement de Sa Majesté, mais à Sa Majesté elle-même; mais il n'en a été tenu aucun compte.

Dans ces conjonctures, craignant, non sans raison, de passer aux yeux de nos fidèles pour des Pasteurs timides et lâches, et d*étre rangés parmi ceux que le Prophète appelle canes muti non valentes latrare, nous avons pris le parti de nous adresser cette fois à nos chers diocésains, si directeinent intéressés dans la question, afin de les prémunir contre les dangers qui menacent la foi de leurs en&nts.

Et qui donc s'étonnera que nous jetions le cri d'alarme? On revendique pour l'Etat le droit exclusif de surveiller l'enseignement dans les écoles publiques ! Oii donc ce droit se trouve-t-il écrit? Et de qui TEtat le tiendrait-il? Il ne le possède pas de luimême et de sa nature, et jusqu'ici il ne l'a pas exercé. Est-il d'ailleurs capable de l'exercer partout, et dans combien de communes ne manquera-t-il pas de fonctionnaires capables d'exercer cette surveillance?

Ce n'est pas la première fois, il est vrai, que l'Etat a essayé de s'arroger ce droit; mais les peuples n'ont pas souffert cette usurpation. N'est-ce pas cette prétention qui a soulevé les Belges contre Joseph II et contre Guillaume P'? Ces exemples seraientils déjà oubliés? Et ne sait-on pas que les mêmes causes engendrent ordinairement les mêmes effets? — Que si des extrémités aussi regrettables ne sont pas à craindre, du moins est-il sûr que l'oppression en cette matière fera naître la désaffection dans le cœur de ceux qui sont partout les plus fidèles soutiens de l'ordre et des gouvernements établis. Vienne alors un ébranlement quelconque, les catholiques persécutés se porteront-ils avec ardeur à

b défeose d'oïl répmt q«i ne eesse de ks ■otestcr dus leon ûdéréis les plus cfaers?

!(oo, ce droii exdssif l apfoitîeoi pft§, se peat pis appartenir à FEiaî. 11 scnit es oppotâûofi directe arec les droîis et les atlri* botîoos ocuxnrés à FEgiise par son FaDdateor. D n j a pas d'eoseîgueiDe&i saiis dcpcthûes; ooaubem FEui, qui na pas de doctrines, pourra -t-il couircAer Feaseâg^fieflieal? D n y a pas de Tériuble édacalioo sans instrodioD rriigiease; or, c'est FEgiise, et fiOQ FEtat, qui a b missîoo de donner oeoe instmctioQ relîgieose, de veiller à ce qu'elle soit bien donnée, et à œ qo aucun obstacle ne ccise à cet ensesgnemem : l'Etat îd se reconnaît luimême incompétent.

Cette mission de FEglise est clairement âHMioée dans ces paroles que le Sauveur adressa à ses Apô'^res en prenant congé d'eux pour monter au Ciel. TouU pmissmr, lemr dii-U^ ma Aé donnée au Ciel et sur la terre. Allez dôme, emsdgmtz touUs les fuUUms... et apprenez -leur à garder la doctrine et les préceptes que je vous ai confiés. — Mission universelle, qui s'étend à toutes les nations, à tous les âges, à Tenfance, à b jeunesse, à Fâge mûr; mission perpétuelle, car le Sauveur ajoute immédiatement : et toUà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consomwuUion des siècles.

Cette mission, l'Eglise la tient du divin Rédempteur, du Fils unique de Dieu, N. S. J.-C. Personne ne peut donc la lui enlever sans se révolter contre Dieu lui-même. Elle possède ce droit indépendamment de toute concession de lEtat, qui est tenu luimême de lui en faciliter l'exercice. Cest donc en vain qu'on prétend lui interdire l'entrée des écoles à titre (f autorité; car dès qu'elle y entre, elle y paraît nécessairement avec l'autorité qu'elle tient, non pas des hommes, mais de Dieu lui-même. L'Etat ne peut rien y ajouter, comme il ne peut rien en retrancher. L'Eglise parait avec autorité, elle enseigne avec autorité, et il est puéril

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