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de vouloir lui enlever un titre qu'elle possède essentiellement, et qui différencie son enseignement de tous les autres, car elle enseigne comme le divin Maître, tanquam auctoritatem habens.
Le libéralisme, nous le savons, se récrie contre cette affirmation; il ne veut reconnaître d autre pouvoir que celui qui vient de l'Etat; mais cette prétention est insoutenable, et ne viserait à rien moins qu'à détrôner Dieu lui-même. Les droits de Dieu sont certes indépendants de l'Etat, et par conséquent aussi ceux de l'Eglise, qui tient les siens de Dieu.
A l'Eglise donc de donner l'instruction religieuse, à elle de choisir ses délégués, et de s'assurer qu'ils possèdent la capacité convenable à cette fonction; à elle le droit exclusif de surveiller la manière dont ils s'en acquittent; à elle d'écarter des écoles les livres qui seraient contraires à la doctrine chrétienne : tout cela est implicitement renfermé dans cette mission divine.
Et remarquez-le bien, N. T. C. F., ce n'est pas seulement une mission qui nous est confiée, c'est un devoir, une obligation rigoureuse qui nous est imposée. Les paroles du Sauveur sont claires : Allez, nous dit-il, enseignez toutes les nations. Ne voit-on pas là un ordre formel? C'est l'impératif le plus absolu. Nous sommes donc tenus de remplir cette mission, et si l'on y met obstacle, nous sommes tenus de réclamer, de protester, jusqu'à ce qu'on l'ait fait disparaître; nous sommes tenus de déclarer hautement que l'Etat, en nous excluant des écoles, commet une usurpation, et que les parents ne peuvent pas confier leurs enfants à des écoles où le prêtre n'est pas admis. Lors donc que des ministres placent sur les lèvres du Roi ces paroles qui revendiquent pour TEtat la surveillance exclusive des écoles, nous sommes en droit de lui dire avec tout le respect dû à son auguste dignité : Sire, on vous trompe; l'Etat n*a pas un pareil droit; l'Eglise possède ce droit, et personne au monde nepeut l'en priver. Bien plus, elle ne peut y renoncer, sans manquer à sa mission.
Cest en vain que nos adversaires chercheront à expliquer notre conduite par des motifs odieux ou peu dignes ; ils y trouveront des empiétements, des prétentions exagérées, des envahissements* etc., etc., mais ils ne parviendront pas à .vous donner le change, ni à vous persuader que nous agissons autrement que par devoir. Et ce motif n*est-il pas bien suffisant quand il s*agit de protéger l'enfance et la jeunesse contre ceux qui veulent ravir leur foi?
Beaucoup de bruit a été fsiit autour de cette loi de 1842, que nous tenions à conserver et que le Gouvernement voulait abroger. Vous vous en étonnez peut- être; mais qu'était-ce donc que cette loi? C'était une loi, portée en l'an 1842, qui oi^nisait l'enseignement primaire public, ou de l'Etat. Elle n'était pas parfaite, il est vrai, et elle était loin de faire, dans l'enseignement, à la religion la part qui lui revient de droit; mais telle quelle était, elle lui assurait une part strictement suffisante pour procurer aux enfants une éducation chrétienne; elle établissait heureusement raccord nécessaire entre le curé et l'instituteur, pour qu'ils se prêtassent un mutuel secours.
En vertu de cette loi et des règlements dressés en conformité avec elle, l'instituteur maintenait dans l'école une atmosphère religieuse; les classes commençaient et finissaient par la prière; instituteur enseignait et expliquait, sous la direction du curé, la lettre du catéchisme; il surveillait les enfants pendant les oflSces; lui-même donnait l'exemple de l'assiduité aux saints offices et à la fréquentation des Sacrements ; sur tous ces points, il facilitait Faction du curé et concourait efficacement à l'éducation religieuse de ses élèves.
I>e son côté, le curé prêtait tout appui à l'instituteur. Il agissait sur les parents pour obtenir l'assiduité à l'école et pour qu'ils soutinssent auprès de leurs enfants l'autorité du mature; il visitait l'école chaque semaine ou au moins tous les quinze jours;
il y faisait le catéchisme s'il le jugeait convenable, ou du moins il s'informait de l'attention et de Fapplication des élèves pendant la leçon de religion et de leurs progrès dans Finstruction religieuse ; il faisait aux enfants les recommandations qu'il croyait opportunes ; par les attentions et les égards qu'il témoignait au maître, il relevait sa personne aux yeux des enfants, et fortifiait son autorité.
11 est aisé de voir combien cette bonne entente entre le curé et l'instituteur devait contribuer à la prospérité de l'école et aux progrès des enfants, non seulement dans rinstructioii religieuse, mais dans toutes les branches de l'enseignement. C'est à cet heureux concours, établi par la loi, qu'il allait attribuer Tétat florissant de nos écoles. On ne pouvait rien de plus funeste pour elles que de briser cette bonne harmonie, et c'est précisément ce qu'a fait la nouvelle loi.
Sous le régime de la nouvelle loi, l'instituteur ne s'occupe plus de l'éducation religieuse de ses élèves; on pourra bannir des classes l'image du Christ et de la Sainte Vierge, et la remplacer par des emblèmes profanes. Plus de prières^ plus de catéchisme, nulle surveillance des enfants dans l'église. Au lieu d'édifier ses élèves par ses bons exemples, l'instituteur les scandalisera en s'éloignaDt de l'Eglise et des Sacrements.
Le curé, de son côté, ne pouvant plus paraître à l'école, ne fera plus rien pour elle; loin d*insister auprès des parents pour obtenir l'assiduité de leurs enfants, il devra plutôt les en détourner. S'il en trouve les moyens, il ouvrira une école chrétienne à côté de l'école neutre, et celle-ci sera déserte. Dès lors naîtront les rivalités, les discordes qui diviseront la commune et rendront la bonne union impossible. Voilà ce que l'expérience nous fait voir dans les paroisses où il n'y a pas d'accord entre le curé et l'instituteur : cela deviendra général. De vrais hommes d'Etat n'auraient-ils pas dû reculer devant des conséquences si funestes
qui, pourtant, sont inévitables? S'ils ne les ont pas prévues, où est leur sagesse et leur perspicacité? S*ils les ont prévues, et si, nonobstant cette prévision, ils les ont affrontées, où est leur amour de la patrie? Est-il pour la patrie un bien plus précieux que Tunion de ses enfants? Or, grâce à la loi de malheur, cette union est irréparablement détruite.
Pour vous, N. T. C. F., vous avez bien compris la portée de la situation qui nous est faite : Etre catholique ou cesser de Tétre, voilà la question. Aussi, vous avez relevé courageusement, à la voix de vos dignes pasteurs, le défi qui vous était lancé. Les grandes familles du diocèse ont pris dans la lutte le rang qui leur revenait ; nous les en félicitons et nous les en remercions ; mais les autres n*ont pas voulu rester en arrière, et Ton a vu Tobole du pauvre s*unir à For du riche ; c'est qu'en effet la cause est commune, et il faudra continuer les mêmes sacrifices pour maintenir la grande œuvre des écoles catholiques. C'est là Faumône par excellence du moment; et nous espérons que ceux qui auront terminé cette œuvre chez eux sans avoir épuisé leurs ressources se souviendront que TEvéque est la providence des paroisses qui ne peuvent pas se suffire, et qu'ils le choisiront pour être le distributeur de leur superflu. Il a beaucoup promis; vous ne laisserez pas protester sa parole.
Pères et mères de famille, c'est à vous que je m'adresse en finissant. Sachez-le bien : il s'agit ici de ce que vous avez de plus cher, de vos enfants. Ces enfants, vous les avez élevés avec soin ; vous vous êtes épuisés pour eux, vous attendez deux soutien, appui, bonheur. Or, ces enfants, on veut vous les enlever, vous ravir leur affection, en leur enlevant la foi chrétienne dans laquelle ils ont été baptisés, qui doit être la lumière de leur vie, leur force dans les tentations, leur consolation dans leurs peines, et qui doit leur faire connaître leur fin dernière et les aider à l'atteindre. On veut les livrer à l'esprit d'incrédulité et de
désordre. Qu'aurez-vous à attendre d'eux, s*ils sont abandonnés à des maîtres irréguliers et impies? Ah ! ouvrez les yeux et regardez autour de vous, et vous verrez le résultat d'une éducation à laquelle la religion n'a pas présidé. Vous trouverez des parents sans religion, qui n'ont donné à leurs enfants que des leçons d'impiété et de mauvais exemples. Que deviennent les enfants élevés dans un pareil milieu? Ne sont-ils pas la honte de leurs familles, le fléau de la société? N'abreuvent- ils pas de chagrin les auteurs de leurs jours? Voudriez-vous que vos enfants leur ressemblassent? Ah! celui qui méconnaît le Père du Ciel, comment respectera-t-il, honorera-t-il le père de la terre? Celui qui outrage la sainte Eglise, la mère de son âme, aimera-t-il celle qui lui a donné la vie du corps? Ne l'oubliez pas : c'est des leçons du premier âge que dépend l'avenir. Le ccmr perverli de bonne heure, dit l'Esprit-Saiiit, ne s écartera pas de sa voie, même dans sa vieillesse.
N'est-ce pas une chose épouvantable de penser que toute la jeunesse du pays pourrait être vouée à un pareil sort? Et pourriez-vous supporter qu'un pareil régime s'établit au milieu de vous? Non, nous en avons la confiance, les Belges catholiques ne le supporteront pas ; ils n'oublieront pas les noms des représentants, des sénateurs, qui ont adopté ce projet de loi, et, à la première occasion, ils leur refuseront leurs suffrages, pour les remplacer par des hommes plus dignes de leur choix.
Plus d'une fois, N. T. C. F., nous vous avons avertis de vos devoirs à cet égard. Nous vous avons dit combien il était important pour vous de faire de bons choix et de ne pas soutenir de vos votes des candidats libéraux. Nous vous disions que les plus grands intérêts de la religion et de la patrie étaient engagés dans ces choix.
Grâce à Dieu, nos recommandations n'ont pas été inutiles ; vous vous êtes donné de dignes représentants. Les événements
se chargent de justifier nos appréhensions, et ceux que nos recommandations ont irrités sont bien obligés de reconnaître eux-mêmes qu'elles étaient fondées. Nous ne croyions pas pourtant que nos prévisions se fussent vérifiées si tôt. Vous ne pouvez plus en douter maintenant : les libéraux sont les ennemis de Dieu et de l'Eglise; n'ayez rien de commun avec eux. On a pu s'y tromper autrefois; mais ils ont jeté le masque» et il faut maintenant fermer volontairement les yeux pour ne pas voir que le libéralisme est le plus grand ennemi de TEglise.
t Théodore-Joseph, Evêque de Namur.