CORRESPONDANCE DIPLOMATIQUE
le Gkmvemement belge et le Saint-Siège.
(Juin 1878 — noveiilire 1879.*
M. FRÊHE-OmsAx, Ministre des Aflàires étrangères,
^ M. le baron d Ascthax, Ministre de Belgique près le Saint- Siège.
Bnixelks, le il iuin 1878.
MOSSIECE LE BaKOS,
Tai l'honneur de tous informer que le Roi a daigné agréer la combinaison que f ai soumise il Sa Majesté et me conférer les fonctions de Minîsire des Affaires étrangères.
L^ parti que le Tœu do pays vient de porter au pouvoir a eu plusieurs fois Toccasiou daposer, au sein de la L^islalure, ses vues sur le dangeiiieDl que les événements politiques de la
Péninsule devaient entraîner dans la représentation diplomatique de la Belgique en Italie ; à trois reprises, en 1872, 1873 et 1875, vous ne l'ignorez point. Monsieur le Baron, il a voté pour la suppression de notre Légation auprès du Saint-Siège.
Le Ministère, à peine formé, n'a pas encore délibéré sur l'époque à laquelle cette mesure pourra se réaliser.
Je me réserve donc de vous adresser en temps opportun une communication h ce sujet.
En attendant. Monsieur le Baron, rien ne s'oppose à ce que vous preniez le congé que vous avez demandé, et je saisis avec empressement, etc.
Frère-Orban.
Le Ministre de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le 27 juin 1878.)
Rome, le 24 juin 1878.
Monsieur le Ministre,
J'ai rhonneur d'accuser réception de la dépêche du 21 de ce mois, par laquelle vous avez bien voulu m'annoncer que le Roi, en agréant la combinaison que vous avez soumise à Sa Majesté, a daigné vous conférer les fonctions de Ministre des Affaires étrangères. Vous me rappelez en même temps les votes émis en 1872, 1873 et 1875 au sujet de la suppression de la Légation de Belgique près du Saint-Siège, et vous ajoutez que le Ministère, à peine formé, n'ayant pas encore délibéré sur l'époque à laquelle cette mesure pourra se réaliser, vous m'adresserez en temps opportun une communication à cet égard. Je serai très charmé
de la reeenar et de eoooattre les inteatioDS da Goa?enieiiienl de SaHajesté.
Je TOUS sois très reconnaissant de Tobligeance avec laquelle TOUS m'accordez le congé que f ai sollicité récemmrat. Je compte en profiter dans quelques joors.
Veuillez agréer, elc.
B^ A. D*AxEnuK.
M. Reisess, Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des AflEiires étrangères.
(Kecae le 7 juillet 1878.)
(EXTRArr.) (1)
Rome, le 1 jeUlet 1878.
MOSSIECI LE MinsTiE,
La veille de son départ de Rome, le Baron d'Anethan a eu llionneur d*ètre reçu par le Saint-Père. Dans cette audience, le Souverain Pontife, après avoir parlé, comme il ne manque jamais Toccasion de le £ûre, de son aflection pour la Belgique, a profondément déploré les attaques incessantes dont notre Constitution est Tobjet de la part de certains journaux : « Les catholi- « ques, a dit Sa Sainteté, doivent respecter les lois de leur pays, a et ils le doivent surtout lorsque ces lois, comme la loi fondafic mentale chez vous, sont &vorabIes à l*EgIise. Votre Constitu-
(1) Les dépêches s'occopent parfois de sujets étrangers ao pa>^, ou qui D*ont aucun rapport aver rechange de vues. Nous ne donnons alors qoe des extraits des dépêches.
« tion est un contrat, un pacte loyalement consenti par tous ; c( tous sont donc obligés à la maintenir et à la défendre. Au (c reste, le Pape et les catholiques ont en Belgique des libertés (c et des droits importants : je nomme directement vos Évéques ce et je gouverne TEglise belge sans entraves. Ce sont là des (C avantages considérables que je n'ai pas dans les pays concor- (( dataires ni dans bien d'autres. »
Le Baron d'Anethan ayant fait remarquer à Sa Sainteté combien il serait heureux que ces sentiments du Chef des fidèles fussent connus en Belgique, Léon XIII répondit : « Je le désire (C autant que vous et je vous autorise à répéter ce que je viens (C de vous dire. Je connais votre pays depuis quarante ans, et ma (C manière de voir à cet égard a toujours été la même. Je me (C suis d'ailleurs déjà exprimé dans ce sens avec le Cardinal c( Dechamps et plusieurs de vos compatriotes que j'ai vus depuis (C mon avènement. J'espère que mes désirs seront remplis. »
Ces paroles sont presque textuellement celles du Pape, et je vous les rapporte d'après les instructions que j'ai reçues de M. le Baron d'Anethan au moment où il a quitté Rome.
Je me permetti*ai d'ajouter que ce n'est pas la première fois que Léon XIII tient ce langage en parlant de la Belgique et de ses institutions. La correspondance de la Légation de cette année en fournit les preuves.
Veuillez agréer, etc.
George Reusens.
Le Chargé d'affaires de Belgique près le Saint Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le 50 juillet 1878.)
(EXTRAIT
Rome, le 26 Juillet 4878.
MoNsiFXR LE Ministre.
Dans ma dernière entrevue avec le Secrétaire d*État, Son Eminence, en me parlant de la récente polémique de nos journaux, m'a dit qu^Elle déplorait et désapprouvait les attaques dirigées contre nos institutions nationales par certains écrivains catholiques. Le Cardinal m'a assuré que ces attaques ne recevraient jamais de sa part le moindre encouragement direct ni indirect. Son Eminence a ajouté qu'ElIe désirait que ses sentiments à cet égard vous fussent connus. C'est donc d'après le désir exprimé par le Secrétaire d'Etat lui-même que je rapporte ses paroles.
Ce langage ne doit causer aucune surprise, car il est non seulement l'expression de la manière de voir personnelle du Cardinal, mais surtout l'écho d'une voix plus autorisée encore et qui s'est déjà élevée en plusieurs circonstances pour faire l'éloge de nos institutions nationales.
Je vous prie d'agréer, etc.
George Reusens.
Le Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siégé, au Ministre des Affaires étrangères,
(Reçue le 34 août 1878.)
(EXTRAIT
Rome, le 20 août 1878.
Dans ma première entrevue avec le nouveau Secrétaire d*Etat, j*ai rapporté à Son Ëminence les dernières paroles prononcées par le Cardinal Franchi au sujet de la Belgique. Ces paroles, vous vous en souviendrez. Monsieur le Ministre, étaient une désapprobation, un blâme formel à l'adresse de ceux qui attaquent notre Constitution.
En faisant connaître au Cardinal Nina Topinion exprimée par son prédécesseur, j*ai cru pouvoir lui demander s*il partageait, à cet égard, les mêmes idées.
Son Ëminence me répondit que très certainement tels étaient ses sentiments personnels, mais, a-t-EUe ajouté, je veux en parler au Pape, et je vous donnerai la réponse prochainement.
A l'audience suivante, c'est-à-dire hier, le Cardinal m'a dit, qu'il avait en effet entretenu le Saint-Père à ce sujet. Sa Sainteté l'avait autorisé, de la manière la plus absolue, à me donner l'assurance que les attaques contre les institutions nationales ne recevraient au Vatican ni appui ni encouragement, et que le Cardinal Franchi, en me parlant comme il l'avait fait quelques jours avant sa mort, avait exprimé non seulement une opinion personnelle, mais celle du Pape Lui-même.
Léon Xlll avait ajouté. qu'il désirait que le même langage fût encore tenu aujourd'hui par son nouveau Secrétaire d'Etat, que
Lui-même d^ailleurs, déjà en différentes circonstances, avait recommandé aux catholiques le respect et Tobéissance aux lois de leur pays, que cette recommandation il Tavait faite d'une manière spéciale aux catholiques belges, parce que leur régime politique est des plus favorables au développement des intérêts de la religion. Enfin le Pape avait résumé sa pensée par ces mots : Ces attaques font du tort à la Belgique, elles en font aussi à TEglise, il faut donc les désapprouver et les blâmer.
Telle est. Monsieur le Ministre, la réponse que j*ai reçue du Cardinal Nina, et Son Eminence, en me la rapportant, a ajouté : Je suis heureux que les sentiments personnels que je vous ai manifestés il y a quelques jours aient reçu une si haute et si complète approbation.
J*ai cru devoir vous signaler ce premier entretien que j*ai eu l'honneur d'avoir avec le successeur du Cardinal Franchi. Il en résulte que l'avènement du nouveau Secrétaire d*Etat n'apportera aucun changement dans la conduite si heureuse que la politique du Vatican a prise à l'égard de notre pays depuis l'avènement de Léon XIU.
Je vous prie, Monsieur le Ministre, d'agréer, etc.
George Reusens.
Le Charge d*afpaires de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçue le 17 septembre 1878.)
(EXTRAIT
Rome, le 1.5 septembre 1878.
Monsieur le Ministre,
Les usages de la Cour du Vatican permettent aux Chargés d*afraires intérimaires d'être reçus eu audience particulière par le Pape, et de remettre en personne à Sa Sainteté les Lettres autographes de leurs souverains.
Conformément à cette coutume, j ai eu l'honneur d*ôtre admis aujourd'hui en la présence du Saint-Père, et de déposer entre ses mains la réponse du Roi à la lettre de félicitations que Léon XIII avait adressée à Sa Majesté, à Toccasion du 25*^ anniversaire de son mariage.
Le Pape m'a accueilli avec la plus grande affabilité. Après s*être informé avec sollicitude de la santé de Leurs Majestés et de la Famille royale, il m'a dit qu'il avait vu avec la plus grande satisfaction les manifestations enthousiastes qui avaient éclaté en Belgique, à l'occasion des noces d'argent de nos Souverains, (c Les Belges sont heureux, a-t-il ajouté, et ils le doivent en « grande partie à leurs Rois, ils ont donc raison de se montrer « envers eux pleins d'attachement et de reconnaissance. J'ai en « quelque sorte vu planter l'arbre dynastique sur le sol belge, c( je constate avec bonheur qu'il y a poussé de profondes racines. c( Aussi je prie Dieu de continuer à protéger votre excellent pays, a afin qu'il soit préservé des crises de l'avenir, comme il l'a été <c heureusement de celles du passé. »
Le Pape m'a entretenu ensuite d'un sujet plus délicat : il m'a
parlé des rumeurs répandues au sujet de la suppression de la Légation de Sa Majesté, et ma interpellé directement en me demandant si je pouvais lui donner des renseignements h cet égard.
J ai répondu que jignorais ce qu*il y avait de fondé dans ces rumeurs, et que je n^ax^ais reçu aucune communication qui me permit de satisfaire au désir que Sa Sainteté venait d'exprimer.
Le Pape n'a pas insisté, mais il a ajouté les réflexions suivantes : a Tespère que cette éventualité ne se réalisera pas, car <c si elle avait lieu, j*en serais vivement peiné; jai eu de tout « temps une afTection particulière pour la Belgique ; comme <x Nonce, comme Évéque et comme Pape, je n*ai jamais laissé (c échapper une occasion de le prouver. Je serais donc plus sena sible à uo acte semblable venant de votre pays que de tout autre, « d*autant plus que je n'y ai donné aucun prétexte ; j ai montré, ce au contraire, depuis que j'occupe ma nouvelle position, et en <x plusieurs circonstances, que je suis animé des meilleures intencc tions pour le Roi, pour le Gouvernement et pour la Nation ; je cr ne vois donc pas le motif pour lequel les Belges prendraient a à mon égard une attitude qui me causerait une grande douleur. « Oui, je serais très affecté si le pays que j'aime entre tous me <x retirait sa représentation au lendemain de mon avènement, a Hais je ne puis l'admettre, et la Belgique ne voudra pas occa- « sionner ce chagrin au Pape. »
Ces paroles. Monsieur le Ministre, sont textuellement celles qui ont été prononcées par le Saint-Père, et c'est d'après son désir que j'ai l'honneur de vous les rapporter. Je dois ajouter que le Pape, en s'exprimant comme je viens de le dire, montrait une visible émotion ; il était évident que l'idée de la suppression éventuelle de la Légation le préoccupait vivement, et lui faisait une très pénible impression.
Léon XIII m'a encore entretenu de la situation politique du pays, et il a répété à différentes reprises, et sous différentes
formes, ce qu'il a déjà dit personnellement ou par l'intermédiaire de son Secrétaire d'Etat, au sujet du respect que les catholiques doivent témoigner à la Constitution : a C'est un pacte, a-t-il dit, (c il faut qu'il soit loyalement observé, et puisqu'il a donné aux c< Belges un demi-siècle de paix, je ne vois pas les raisons pour ce y apporter des changements, ou même pour les désirer. »
Enfin, Sa Sainteté m'a congédié en me disant qu'EUe bénissait de grand cœur la Belgique tout entière et qu'Elle priait Dieu de continuer à lui assurer l'union et la prospérité.
Je vous prie. Monsieur le Ministre, d'agréer, etc.
George Reuseks.
Le Ministre des Affaires étrangères,
au Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siège.
Bruxelles, le 22 septembre 1878.
Monsieur le Chargé d'affaires.
Depuis la suppression du pouvoir temporel, des agitations suscitées par des causes diverses ont troublé le pays.
Nos institutions ont été l'objet des attaques les plus violentes.
Les doctrines des Encycliques et du Syllabus, maintenues jusque là dans l'ombre, ont été produites ouvertement, et la presse catholique, à une ou deux exceptions près, a été unanime à les opposer à nos principes constitutionnels.
Un journal a été spécialement fondé dans la capitale, avec l'appui des Evéques belges, à cause de la tiédeur que l'on reprochait au Journal de Bruxelles, qui était notoirement Torgane officieux du cabinet.
En même temps la Belgique devenait le foyer d*une propagande dirigée contre des actes de gouvernements étrangers, et de nature à compromettre nos relations internationales ; sous la pression de Topinion publique, dont l'opposition parlementaire était l'écho, le Cabinet catholique se trouva même dans la nécessité d'adhérer à une motion parlementaire de la minorité, ayant pour objet d'infliger un blâme à un Evéque.
Des prétentions de tous genres se sont fait jour, auxquelles le Gouvernement a dû résister et que les Jtribunaux ont condamnées.
Une fois, appelé à s'expliquer sur des manifestations que des Belges, se disant les organes de tous les catholiques, allaient successivement faire à Rome, le Ministre des Affaires étrangères déclara à la Chambre, par forme de désaveu, que l'existence d'une Légation près du Souverain Pontife serait justifiée par cela seul qu'elle aurait mission de dire au Pape que les catholiques belges n'étaient point d'accord avec ceux qui s'arrogeaient le droit de parler eu leur nom.
Néanmoins, pendant toute cette période, la Légation restait absolument muette ; elle ne faisait aucune démarche, le Cabinet ne paraissant point avoir jugé utile de réclamer l'intervention du pouvoir spirituel pour modérer le clergé, dont l'attitude inquiétait à bon droit le pays.
. La correspondance ne se compose, en effet, que de quelques lettres récentes portant sur des points secondaires, comme ceux relatifs à des mesures vexatoires prises par un Ëvêque à l'égard des élèves de certaines écoles laïques placées sous le contrôle de l'autorité publique; d'autres communications renferment des explications peu catégoriques et, d'ailleurs, assez inutiles, concernant la revision qui semblait poursuivie par quelques personnes des dispositions constitutionnelles qui régissent le mariage civil.
Au mois de mars dernier, lorsque noire Ministre remit à Léon XIII ses lettres de créance, Sa Sainteté se plaignit que Ton attribuât au Saint-Siège Tintention de dominer les pouvoirs civils, tandis qu il recommandait, au contraire, Tobéissance aux gouvernements établis, le respect des lois; quelques jours auparavant, le Secrétaire d*Etat avait aussi eu loccasion de faire part au Baron d*Anethan de Tintention du Pape de chercher à tempérer le zèle souvent excessif de la plupart des prélats belges.
C'étaient là de vagues aspirations, fort peu définies, indiquées seulement dans le cours d'une conversation générale.
Mais aussitôt après les élections de juin, Tattitude de la Cour de Rome se modifie complètement.
Par diverses dépêches, la Légation rend compte d'entretiens dans lesquels on désapprouve en termes formels les catholiques qui attaquent la Constitution ; le Pape lui-même autorise le Secrétaire d'Etat à déclarer au chef de la Légation que les attaques contre les institutions nationales ne recevraient au Vatican ni appui ni encouragement.
II est tout au moins singulier que l'on ait attendu, pour paraître condamner les agissements que je viens de rappeler, la chute du ministère catholique et l'avénement d'un ministère libéral dont la mission est de sauvegarder les droits de la société civile.
Vous le savez. Monsieur le Chargé d'aiïaires, nous n'avons provoqué d'aucune manière l'expression de ces sentiments.
Nous ne nous croyons pas autorisés à entrer en discussion sur un pareil sujet.
La Constitution a séparé l'État et les Églises en proclamant la liberté des cultes; elle a interdit à TÉtat d'intervenir dans la nomination et l'installation des ministres des cultes, dans les actes et les rapports des supérieurs spirituels avec leurs subordonnés ou les fidèles.
— la —
L'abstention est donc pour nous un devoir; entièrement étrangers aux affaires de la Curie romaine, nous n*avons constitutionnellemeot aucune action à exercer sur le clergé.
Nous ne saurions d'ailleurs nous prévaloir des assurances qui vous ont été données sans nous exposer à un désaveu ou tout au moins à des réclamations.
Les conversations particulières non destinées à la publicité ont-elles été bien saisies? La pensée des interlocuteurs a-t-elle été bien rendue? N*en a-t-on pas exagéré le sens de la meilleure foi et sans le vouloir?
Ce n'est donc ni dans cette forme ni de cette manière que les paroles rapportées pourraient produire quelque effet.
Elles tendraient uniquement à nous désarmer, tandis que nos adversaires seraient laissés en pleine liberté de continuer la lutte.
Si l'on veut arrêter les entreprises que nous redoutons et auxquelles nous sommes tenus de résister, c'est ailleurs et autrement qu'il convient de parler.
Alors il y aurait une situation réellement nouvelle; le clergé cesserait de répudier et de flétrir les institutions libres, et l'on pourrait espérer bientôt la paciflcation des esprits.
J'ai tenu, Monsieur le Chargé d'affaires, à vous faire connaître l'impression du Gouvernement du Roi ; vous n'avez pas à la communiquer au Vatican, car officiellement nous n'avons pas le droit d'intervenir en ces matières, et je ne veux pas examiner pour le moment quelle pourrait être la convenance, quels seraient éventuellement la valeur et les effets d'une intervention officieuse, par voie d'insinuation ou de conseil, auprès du Chef spirituel de la Catholicité, pour obtenir que Ton mette un terme aux attaques incessantes dirigées par le clergé et la presse catholique contre les droits que la Constitution garantit aux citoyens.
Agréez, etc.
Frére-Orban.
Le Chargé d'affaires de Belgique près le Saiht-Siége,
(Reçue le 5 octobre 1878.)
Rome, le 29* septembre 1878.
Monsieur le Ministre»
J'ai eu l'honneur de recevoir votre dépêche du 22 septembre, et j'ai pris connaissance de cette importante communication avec toute l'attention qu'elle réclamait de ma part.
En rendant compte au Gouvernement du Roi des déclarations qui m'avaient été faites par le Secrétaire d'État de Sa Sainteté, je n'avais pu indiquer les causes de l'attitude nouvelle du Saint- Siège : le Cardinal Nina ne me les avait pas fait connaître, et je ne m'étais pas permis d'interroger Son Éminence. Bien moins encore, dans ma position de gérant intérimaire de cette mission, me suis-je cru autorisé à émettre une appréciation personnelle. Je me suis borné au simple rôle de rapporteur exact et consciencieux.
Mais aujourd'hui que vous semblez désirer de connaître les raisons qui ont déterminé cette nouvelle ligne de conduite du Vatican, et que vous signalez avec quelque surprise la coïncidence des déclarations du Saint-Siège avec lavénement du nouveau Ministère, je me suis fait un devoir de demander h cet égard des éclaircissements. Je me suis adressé aux meilleures sources, et j'ai obtenu les explications suivantes.
Il y a, en effet, coïncidence entre l'arrivée au pouvoir du Cabinet belge et les communications faites à la Légation, mais cette coïncidence est fortuite, et dépend de ce que l'élection de Léon XIII et la formation d'une nouvelle administration ont eu
lieu presque à la même époque. Le changement qui s*est produit dans les dispositions du Vatican envers le pays tient à une cause plus générale : il résulte de la politique d'apaisement et de conciliation inaugurée par le Pontife actuel, à Tégard de tous les gouvernements indistinctement.
Mais je me hâte d'ajouter, Monsieur le Ministre, que l'expression aurait trahi ici la pensée si l'explication qui vient d'être donnée devait être interprétée dans ce sens que le Saint-Siège ne tiendrait pas compte des désirs que manifesteraient ceux qui dirigent aujourd'hui la politique du pays. J'ai la certitude du contraire : le Vatican prend actuellement en très sérieuse considération les conseils des hommes d*Etat dont, sans doute, il peut ne pas partager les opinions, mais dont il sait hautement apprécier le talent.
Dès le début de son règne, au lendemain Je son élection, Léon Xlll a manifesté les heureuses dispositions dont il vient d'être question dans les lettres adressées à différents souverains, pour leur notifler son élévation au trône pontifical.
11 existe des documents qui n'ont pas encore été publiés et dans lesquels se trouve révélée, d'une manière plus complète encore, la direction nouvelle imprimée à la politique du Vatican.
Mes relations personnelles m'ont permis de prendre lecture d'un de ces documents importants : c'est une circulaire adressée aux Nonces par le Cardinal Nina, à l'occasion de sa nomination au poste de Secrétaire d'Etat.
Cette pièce renferme les considérations les plus élevées et les plus sages sur la situation du Saint-Siège dans ses rapports avec la société civile moderne. Je crois qu'il n'est pas sans intérêt d'en donner quelques extraits.
Le nouveau Secrétaire d'Etat, après avoir dit que sa politique s'inspirera des mêmes idées modérées qui dirigeaient celle de son prédécesseur, s exprime en ces termes :
(( Le Saint- Père désire remédier aux maux dont souffre TEglise; il est convaincu que la plupart doivent être attribués, non à des inimitiés décidées et irréconciliables, mais proviennent d*idées fausses et de préjugés... »
<c Le vœu du Pape est de vivre en paix avec toutes les Puissances, et Sa Sainteté, loin de vouloir se séparer du mouvement et de la vie civile des États et des nations, désire leur apporter le contingent des trésors de TËglise et de la force des peuples catholiques intimement liée à la puissante organisation du Saint- Siège. »
Le Cardinal énumère les résultats avantageux que cette politique a déjà produits : Taccueil fait par le Congrès de Berlin aux réclamations du Vatican en faveur des catholiques d*Orient, le rapprochement d*un représentant du Saint-Siège et du Chancelier allemand, enfin Tamélioration des relations avec les Puissances, laquelle s*est déjà manifestée dans plusieurs pays.
La circulaire trace ensuite la conduite que les Nonces auront à garder pour seconder les intentions du Pape.
c( Afin d'arriver h ce but, ils doivent veiller à ce que, dès quune difficulté surgit entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil, ni Tun ni Tautre ne se fasse justice à lui-même, mais recoure au Saint-Siège, lequel veut non seulement éviter les malentendus, mais encore peut les empêcher plus facilement lorsqu'il en a connaissance à temps (c'est-à-dire avant que la publicité n'en ait altéré le fond et envenimé les termes), et se trouve plus en mesure, au moyen de son impartiale action, de sauvegarder la convenance et la dignité des parties intéressées. Car on ne peut nier que la majeure partie des conflits qui ont éclaté, dans notre siècle, entre le Saint-Siège et les Puissances doit être attribuée au fait que la presse périodique s'en est emparée, avant qu'ils ne fussent portés, sur le seul terrain, où ou aurait pu les étouffer dans leur germe, celui des rapports diplo-
matiques qui unissent le Chef de TEglise aux Princes et aux Chefs des Gouvernements civils. »
Enfin le Cardinal termine de la manière suivante :
ce Le rapprochement désiré avec les Puissances et la pacification des âmes ne pourront, dans aucun pays, être compromis ni par le fait du Saint-Siège, ni par une attitude contraire à leurs devoirs {indebUa) de ceux qui considèrent comme leur plus grand honneur d*en exécuter, à quelque prix que ce soit, les ordres vénérés. Et cela parce que TEglise possède des trésors inépuisables, des ressources innombrables avec lesquels elle peut satisfaire tous les besoins et tous les désirs des pouvoirs constitués, pourvu que ceux-ci correspondent à ces mêmes sentiments et n'exigent jamais d'elle le sacrifice d'aucun de ses principes. »
Tel est, Monsieur le Ministre, le résumé de cette circulaire dans les parties qui peuvent intéresser la Belgique. J ai tenu à citer presque textuellement les principaux passages de cette pièce, parce qu'elle expose, dans un langage empreint de la plus grande modération, la ligne politique que le Saint-Siège entend suivre désormais dans ses relations avec les Puissances, et parce qu'elle explique aussi implicitement les raisons qui ont déterminé l'attitude nouvelle de la Curie à l'égard de nos institutions nationales.
11 est vrai que toutes les idées développées par le Secrétaire d'Etat né sauraient trouver leur application dans les pays où l'Eglise romaine n'a pas une situation prépondérante, mais il n'en est pas moins certain que, quant aux conseils donnés par Son Eminence, ils seront utiles aux catholiques partout.
Maintenant, Monsieur le Ministre, après vous avoir exposé les causes qui ont amené les déclarations faites à la Légation royale, je tiens à dire que je n'ai en rien exagéré ni amoindri les communications que j'ai reçues ; je les ai transmises fidèlement et consciencieusement.
Cette observation a trait à Tensemble de mes infonnatioDs» mais elle se rapporte spécialement à ma dépêche du 20 août, dans laquelle il est dit que le Pape désapprouvait formellement les attaques contre la Constitution belge, et que Sa Sainteté avait autorisé son secrétaire d*Etat à me déclarer que ceux qui se per-* mettraient ces attaques ne rencontreraient au Vatican ni appui ni encouragement.
Je confirme Texactitude de ces paroles de la manière la plus absolue, et non seulement je ne crains pas un désaveu, mais je suis certain de ne pas m y être exposé.
Les sentiments que Ton a manifestés à Rome dans ces derniers temps ont sans doute une grande importance pour la Belgique, mais il faut espérer que, selon votre désir, « on parlera encore ailleurs et dans une autre forme ». Au reste, je le présume, le ' langage qui m*a été tenu est Técho de hautes sphères, et il y a lieu de croire que cet écho arrivera en Belgique par d'autres voies encore que par la voie diplomatique.
Peut-être des insinuations dans ce sens seraient-elles favorablement accueillies, dans les dispositions où Ton se trouve actuellement. Ce qui est hors de doute, c*est que (sans diercher à les lui imposer) la Curie saurait trouver les moyens de faire entendre chez nous, concernant cette question, des conseils de sagesse et de prudence.
Je vous prie d'agréer, etc.
George Reusens.
Le Chargé d*affaires de Belgique près le Saint-Siège, au Ministre des Affaires étrangères.
(Reçne le i noTembre 1878.)
Rome, le 31 octobre 1878.
Monsieur le Ministre,
Les journaux belges ont fait connaître, à Rome, un télégramme adressé par le Cardinal Nina aux rédacteurs du Bien public de Gand.
Les termes de ce télégramme avaient été interprétés par la pressa dans un sens tellement contradictoire avec les déclarations que le Secrétaire d*Etat m*avait prié de vous transmettre, il y a quelque temps, que je me suis cru autorisé à en faire (en mon nom personnel) la remarque à Son Eminence.
Il a été tenu compte au Vatican, avec empressement, de cette observation toute officieuse, et je viens d'apprendre que, par ordre du Pape, le Cardinal Nina a adressé hier une dépêche au Nonce, dans laquelle Son Eminence proteste avec énergie contre les conclusions qu'on a tirées de son télégramme, et expose la ligne de conduite modérée que le Saint-Siège entend garder à Tégard de notre pays.
Je n'ai pas eu cet important document sous les yeux, mais j'en ai obtenu un résumé, que je crois exact, dans une conversation confidentielle.
11 est probable que le Gouvernement du Roi recevra, par Tune ou Tautre voie, communication de cette pièce ; peut-être même cette communication aura-^elle un caractère officiel. Je pense donc qu'il n'est pas sans intérêt de vous transmettre, sans aucun retardt ce que j'ai appris sur le contenu de cette dépêche.
Le Cardinal proteste vivement contre les déductions et rinlerprétation faites de son télégramme.
Le Saint-Siège, dit-il, désapprouve hautement (altameiUe) tout acte d'hostilité contre les pouvoirs établis.
Il n*admet toutefois pas que l'on puisse considérer comme tel» dans un pays où existe la liberté de la presse, la libre diseuêsion a doctrinale » des lois, et des modifications éventuelles qui pourraient être apportées h ces lois.
Cependant, comme le Saint-Siège tient à la plus grande concorde et à la paix des sociétés civiles, il déplore et réprouve toute idée et tout lungage excessifs.
Si les gouvernements, ajoute le Cardinal, qui exercent une influence sur les journaux, ne peuvent être rendus responsables de tout ce que ceux-ci écrivent, à plus forte raison, le Saint- Siège, qui n'exerce aucune action sur la presse catholique, ne saurait-il être considéré comme solidaire des écarts de celle-ci.
Son Ëminence déplore que la défense des intérêts de l'Eglise soit envisagée comme un acte d'hostilité envers le pays, et Elle le déplore surtout au point de vue de la confusion des idées qui pourrait en naître dans l'esprit des masses, lesquelles en arriveraient à penser qu'on ne saurait être à la fois bon catholique et bon citoyen.
Le Secrétaire d'Etat termine en manifestant l'espoir que les idées qu'il a exposées seront de nature à prouver que le Saint- Siège, plus que jamais, a le désir d'assurer la tranquillité des pays, quels que soient leurs formes constitutives et les hommes qui se succèdent au pouvoir.
Il est évident que ce résumé est incomplet, cependant il donne un aperçu assez général des idées qui sont développées dans ce document, et du ton modéré qu'on a pris à tâche d'y faire dominer.
Maintenant vous me permettrez d'ajouter, Monsieur le Ministre,
que féprouve une certaine satisfaction à pouvoir vous adresser cette communication, parce qu'elle constitue, dans son ensemble, une confirmation des renseignements qu'à différentes reprises j'ai eu l*honneur de vous donner au sujet des tendances politiques du Pape actuel, soit au point de vue européen, soit plus spécialement en ce qui concerne la Belgique. Je vous prie. Monsieur le Ministre, d'agréer* etc.
George Reusens.
Le Ministre des Affaires étrangères,
au Chargé d'affaires de Belgique près le Saint-Siège.
Bruxelles, le i2 novembre iS7S.
Monsieur le Chargé d'affaires,
Tai sous les yeux votre dépêche du 31 octobre qui me rend compte des communications que vous avez reçues à la suite d'une démarche faite « en votre nom personnel » à propos des discussions auxquelles a donné lieu le télégramme adressé par le Cardinal Nina, Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, aux rédacteurs du Bien public de Gand.
Vous aviez été frappé de la contradiction qui existe entre les termes de ce télégramme, tels qu'ils ont été interprétés par la presse, et les sentiments qui vous ont été exprimés dans de récentes conversations avec Son Eminence.
Bien que vous ayez spontanément ressenti les effets de ce télégramme, il serait difficile de vous faire, à distance, une idée exacte de l'impression déplorable qu'il a produite dans le pays. S'il a confirmé dans son attitude la presse périodique qui est en harmonie complète avec le Bien public, et qui constitue, h une ou
deux exceptions près, toute la presse catholique, il a fortifié* chez ses adversaires, la croyance que les attaques contre les principes de liberté consacrés par nos institutions sont hautement approuvées par le Saint-Siège.
Depuis 4870, ces attaques ont pris un caractère de gravité qu'elles étaient loin d'avoir jusque-là.
Les principes de liberté de culte, d'opinion, d'enseignement, de presse, d'association, répudiés par des catholiques, à un point de vue qui semblait d'abord purement spéculatif, étaient défendus par d'autres catholiques, en Belgique surtout, suivant une tradition non interrompue depuis 1830, et cette défense, à peine atténuée après les Encycliques de 1832 et de 1864, fut reproduite à chaque occasion par des hommes politiques considérables, connus sous le nom de catholiques libéraux, lorsque Ton annonça résolument l'intention de transformer la théorie sociale en une règle de conduite des fidèles non seulement dans la vie privée, mais dans la vie publique où il fallait en préparer la réalisation.
Ces catholiques libéraux ont été poursuivis, dans ces dernières années, avec une grande vigueur. Leurs opinions ont été condamnées par le Pape Pie IX; elles ont été déclarées plus dangereuses que celles des communards.
Ces proscriptions ont naturellement inspiré un redoublement d'ardeur de la presse catholique contre les droits que la Constitution garantit aux citoyens belges.
Les défenseurs de ces droits, les libéraux, ont été, à bien plus forte raison, dénoncés comme des ennemis de la religion, bien que l'immense majorité parmi eux fasse profession d'appartenir à la religion catholique.
Dans les nombreuses écoles ouvertes par le clergé à la faveur de la liberté d'enseignement, toutes les libertés publiques sont traitées comme de dangereuses hérésies.
Les professeurs de l'université de Louvain sont nommés par les Evéques, et l'un des plus éminents, celui qui donne le cours de droit public, enseigne depuis longtemps quil faut préparer les esprits à réformer la Constitution pour y substituer ce qu'il nomme « les véritables lois de la société chrétienne ».
Ce professeur, honoré par Pie IX de brefs pontificaux les plus formels, est l'objet de toutes les attentions, de tous les hommages du monde ultramontain, et dans ses leçons comme dans ses livres se trouve Texpression la plus haute et incontestée de l'enseignement qui se donne à l'université de Louvain.
Le clergé ibvorise les journaux et les écrits qui manifestent une hostilité sans déguisement contre les libertés publiques. Les publicistes qui se livrent aux attaques les plus violentes se déclarent absolument soumis aux Evoques, prêts à se taire ou à parler selon que ceux-ci l'ordonneront. Des Evéques ont contribué à fonder dans la capitale un de ces journaux absolutistes pour combattre le Journal de Bruxelles qui, organe officieux du dernier cabinet catholique, ne se montrait point assez soumis aux doctrines ultramontaines.
Les idées que répandent ces journaux ne laissent place à aucune équivoque. En voici quelques exemples ; on en pourrait trouver de plus caractéristiques encore :
tt C'est bien à des catholiques professant des sentiments de
te soumission publique à l'enseignement infaillible du Vicaire de
« Jésus-Christ, c'est à ceux-là que Pie IX recommande d accepter
a cet enseignement comme guide de leurs intelligences et comme
a règle de leur conduite publique et privée. A quoi servirait, en
a eifet, une adhésion banale et une obéissance extérieure aux
« Encycliques et au Syllabus, si cette adhésion n'impliquait point
a V abandon de théories sociales et politiques tout imprégnées de
« libéralisme, si cette obéissance n'avait aucun retentissement
« dans notre vie? »
(Bieti public, mai 1873.)
(( Il est vraiment douloureux que des catholiques, d'ailleurs a intelligents et animés des intentions les plus droites, n'aient « pu se dégager plus complètement de l'illusion libérale. Leur « esprit s*obstine à méconnaître la réalité des faits et à espérer c( le salut de ce qui cause notre perte. Le Saint-Père a parlé si (c haut, si souvent et si fort contre le libéralisme catholique, que « certainement les hommes politiques que nous avons en vue « ne voudraient à aucun titre s'attirer l'épithète de a catholiques « libéî^aux ».
« Qu'est-ce cependant que le catholicisme libéral, sinon Terreur « opiniâtre qui attend d'excellents résultats d'un régime basé sur c( le faux et funeste principe de la liberté en tout et pour tous f Ce « n'est pas seulement la glorification théorique de ce régime qui c( a encouru les] sévères censures du Saint-Siège, ce sont aussi ce ces apologies pratiques qui aboutissent en dernière analyse à « dire au Pape : « En principe, il est possible que vous ayez (( (( raison; mais en fait vous avez tort et l'expérience dément « « vos enseignements. »
ce C'est assez dire que nous ne saurions voir, par exemple, « dans les stipulations de notre Charte « les lois fondamentales « (c qui conviennent à un peuple mûr pour la liberté vraie. »
c( Nous croyons, au contraire, que cette législation, imprégnée « de scepticisme, neutre entre l'erreur et la vérité, « aussi étran- (c « gère à la religion qu'à la géométrie », insouciante des droits (( de Dieu, désarmée contre le débordement du blasphème et de c( la corruption, révèle un état social déplorable et dont il n*y a « pas lieu de s'enorgueillir. »
{Bien public, avril 1876.)
c( En présence des faux principes établis dans la Constitution « belge, l'autorité ecclésiastique remplit son devoir en éclairant
« le peuple sur les points qui réclament les perfeetiannements a prévus. y>
{Gazette de Liège, mars 1876.)
<c La Constitution n*est pas parfaite, loin de là ; nous ne faimons <c pas, fions la subissons, mais nous la subissons loyalement, avec a regret, en attendant mieux. »
{L'Étudiant catholique, mai 1877.)
ce Nous ferons de la modification complète de la Constitution « dans un sens catholique le but de nos efforts.
a Pour ôtre enfant de l*Église, il faut accepter de tout cœur « les condamnations portées récemment par Elle dans le Sylla- V bus en 1864 et les Encycliques de 1832 et de 1864; c*est dur a pour quelques-uns, mais ce n'en est pas moins une obligacc tion stricte et indiscutable. Nos adversaires savent cela aussi c< bien que nous, et, à chaque occasion, ils le répètent à ces bons a politiques de la droite qui embouchent la trompette constitua tionnelle comme s'il n'y avait pas de Syllabus.
« En vue de l'avenir, les catholiques annonceront donc frana chôment leur intention de supprimer les articles de la Consti- . « tution'^qui sont contraires aux droits de TÉglise et de les remff placer par d'autres dispositions conformes à ces mêmes droits. a Celles-ci ne pourront du reste être arrêtées que de commun a accord avec les représentants de l'Église.
« Que d'autres s'occupent de protéger, de réclamer la liberté a de l'erreur. Ne leur accordons, nous catholiques, rien de ce c( qui peut nuire à l'Église; ni la Constitution, ni la justice ne « peuvent nous contraindre à de semblables concessions. Nos ce adversaires ont la liberté : liberté de la presse, liberté de l'enc( seignement, liberté des cultes, liberté d'association ; qu'ils les
« gardent aussi longtemps que nous n'avons pas le droit, de par
ce la Constitution revisée, de les leur enlever. »
{Catholique et Politique, mars 1878).
Dans le discours d'ouverture de la session parlementaire qui a précédé les élections du il juin, le Roi s'exprimait ainsi : « Lorsque s'agitent des questions qui divisent les esprits, n'ou- (c blions jamais les sentiments, les principes et les idées comte munes qui les unissent : l'amour de notre autonomie nationale, (c rattachement sincère, profond, inaltérable, à toutes nos libeités ce constitutionnelles , la ferme volonté de tous de les maintenir « intactes. »
Voici quelle fut immédiatement après (novembre 1877) l'appréciation du Bien public, a l^orsqu'on nous parle, à la Chambre, c( avec une profusion d'épithètes, de l'attachement : 1* sincère^ « 2^ profond^ 3* inaltérable des Belges à leurs libertés constituée tionnelles, nous trouvons que, sinon le substantif, tout au « moins deux de ces adjectifs excèdent la mesure.
« Nous sommes « sincèrement » attachés à nos libertés « constitutionnelles » comme un cheval est attaché à une cha- « rette, et nous traînons dans ce tombereau, à côté de droits (c précieux, bien des ordures légales et sociales qui répandent « une affieuse infection et dont le contact n'est guère favorable à « la partie vraiment utile et saine du chargement !
« Attelés à ce char, nous allons droit notre chemin, sans « prendre le mors aux dents, sans descendre les pentes au « grand trot, en évitant les précipices qui bordent la route. En (c d'autres termes, nous gardons notre place entre les bran- « cards constitutionnels, et nous nous résignons à laisser les « ordures exhaler leur infection^ de peur de voir se répandre, le tt long du' chemin, des libertés vraiment bonnes. »
Tandis que les libertés publiques étaient présentées sous cet
aspect et dénoncées de la sorte au mépris des populations, dans l'espoir d'en préparer la chute, le clergé, pour assurer le triomphe des idées préconisées par la presse catholique, organisait un système destiné à rendre impossible le fonctionnement régulier de nos institutions.
La Belgique est un pays représentatif : la base de son administration, la source des pouvoirs qui le gouvernent est l'élection. Qu'on supprime le libre choix de l'électeur et il ne reste plus rien de l'élection.
Or, parmi les électeurs, ceux qui défendent les libertés publiques et qui sont catholiques, c'est-à-dire l'immense majorité du corps électoral, sont mis au ban de l'Église. Dans les séminaires belges, des prêtres placés sous la puissance des Évéques et du Saint-Siège enseignent que voter pour un libéral est un péché mortel ; on ne peut voter que pour les candidats recommandés et approuvés par les confesseurs. M. le chanoine Labis, professeur de théologie au séminaire de Tournai, dans un ouvrage de théologie publié en t869, et réimprimé en 1876, à la veille des élections, s'exprime ainsi :
«t Voici un électeur qui agit isolément. Il n'appartient à aucune « association, il évite tout scandale en cachant autant que postf sible pour qui il vote, et son vote exerce d'ailleurs peu d'in- (c fluence. D'autre part, il n'agit point par hostilité contre TÉgiise ff ou la religion, mais par un motif honnête, réel ou supposé, « par exemple pour plaire à un homme puissant de qui il dépend, « ou en vue d'obtenir un emploi, ou simplement parce que, dans « sa persuasion, les intérêts matériels du pays sont mieux admi- « nistrés par le parti libéral. Un tel électeur pëche-t-ii gravement (c et faut-il l'en avertir ?
» Il est incontestable qu'il est coupable en appuyant un cana didat indigne et en sacrifiant les intérêts religieux et moraux « du pays aux intérêts matériels. Or, en pareil cas, il est extré-
c< mement difficile, pour ne pas dire impossible, de décider si la (c faute n'est que vénielle ou mortelle. La coopération peu « notable, prise isolément, sera peut-ôtre d'un grand poids, eu « égard à l'écart peu considérable des voix données à chaque « candidat, ce que d'ordinaire on ne peut calculer d'avance. Il (c s'expose donc à commettre un mal très grave et s'y expose « sans raison suffisante. Par là seul il pèche mortellement, et son (K pasteur doit l'en avertir d'autant plus qu'il y a ici obligation de « prendre le parti le plus sûr, puisqu'il s'agit de poser un acte €( périlleux pour les intérêts de la religion et de la société. »
Dans un mandement récent de l'Évoque de Liège, on lit ce qui suit:
« Nul catholique ne peut, en conscience, voter désormais c( dans aucune élection politique ou administrative en faveur ce d'un candidat allié aux associations dites libérales ou patronné (C par elles. »
Le ministère catholique na pas cru devoir s'adresser au Vatican, même après l'avènement de Sa Sainteté Léon XIII, pour protester contre les attaques dont nos institutions étaient l'objet, contre le système pratiqué pour assurer leur succès, et aucune communication n'a été faite non plus spontanément au ministère catholique, ainsi que je l'ai fait remarquer dans ma dépêche du 22 septembre dernier.
C'est dans ces conditions, sous l'influence des prédications, des enseignements, des publications de la presse, et des pressions du confessionnal auxquels je viens de faire allusion, que se sont faites les élections du 41 juin.
C'est seulement après les élections que des déclarations au sujet des intentions du Saint-Père ont été portées à la connaissance de la Légation, sans avoir été provoquées par une manifestation quelconque de notre part, et elles ont été faites dans des termes que vos dépêches ont rapportés, en même temps que
Sa Sainteté témoignait le vif désir de voir maintenir une Légation belge au Vatican et Taffliction que lui ferait éprouver sa suppression.
J'ai fait la remarque que le silence invariablement gardé par la Cour de Rome et le mutisme à peu près absolu de notre Légation avant le il juin faisaient un contraste singulier avec les communications réitérées qui ont été faites depuis notre avènement au pouvoir.
Tai ajouté que, n'ayant pas constitutionnellement à intervenir dans les affaires religieuses, dans les rapports des ministres des cultes avec leurs chefs spirituels, je ne pouvais ni me prévaloir des déclarations qui vous étaient faites, dont le sens et la portée pourraient être aisément contestés, ni accepter la charge et la responsabilité de faire connaître au pays la pensée du Souverain Pontife, et que si l'on jugeait utile de la publier, c'était ailleurs et dans une autre forme qu'elle devait être communiquée au monde catholique.
Votre réponse a été explicite.
Vous avez répété que c< le Pape désapprouvait formellement c< les attaques dirigées contre la Constitution belge et que le c< Saint-Père avait autorisé son Secrétaire d'État à nous déclarer <c que ceux qui se permettraient ces attaques ne recevraient au ce Vatican ni appui ni encouragement ».
Vous ajoutiez a que les sentiments qui ont été manifestés à <c Rome dans ces derniers temps avaient une grande importance <c pour la Belgique, et qu'il fallait espérer qu'on en parlerait ence core ailleurs et dans une autre forme ».
Vous présumiez même « que le langage qui vous a été tenu ce étant l'écho de hautes sphères, cet écho arriverait en Belgique ce par d'autres voies encore que par la voie diplomatique ».
Sur ces entrefaites, une manifestation se préparait en faveur du Bien public.
Il s'agissait de célébrer Tanniversaire de la 25* année de sa fondation.
La signification de cette manifestation ne faisait doute pour personne dans le pays.
Après les élections du ii juin, le Journal de Bruxelles, qui représente les opinions de la droite parlementaire, s'est séparé avec plus de netteté de la presse uUramontaine. Il a notifié que les hommes politiques qui sont en communauté d'idées avec lui n'iraient point déployer au Parlement le drapeau révolutionnaire que les journaux ultramontains les provoquaient à arborer.
Une scission s'est ainsi faite dans les rangs catholiques.
Après une certaine hésitation, les adhérents du Journal de Bruxelles, ne pouvant sans doute se faire l'illusion de croire que la manifestation en l'honneur du Bien public était inoffensive pour eux, se sont abstenus d'y prendre part.
Ces faits étaient publics, notoires, et leur caractère incontesté.
On fête donc ce jubilé de 25 ans, et, ce qui ne s'était jamais fait pour un journal catholique, un ministre du culte célèbre en son honneur une messe d'actions de grâces.
M. l'Archevêque de Malines et MM. les Ëvéques sont officiellement représentés au banquet.
Les organisateurs de la fête adressent au Saint-Père un télégramme ainsi conçu : « La commission organisatrice de la fête « offerte au Bien public, pour son jubilé, dépose ses plus reste pectueux hommages aux pieds du Saint-Père et sollicite sa « bénédiction pontificale pour les catholiques réunis à Gand et « les jubilaires.
a Comte DE ViLLERMONT. »
Le Pape ne se borne pas à envoyer la bénédiction sollicitée. Sa Sainteté fait plus, elle y joint un commentaire qui a une haute signification. Voici, en effet, en quels termes est conçue la réponse du Cardinal Secrétaire d'État :
« Le Siûnt-Père voit avec une vive satisfeotion arriver le jubilé « da Bien public, et comptant sur la complète union de la vailcc lante feuille avec la presse catholique belge, pour la défense c( des vrais principes religieux et sociaux, remercie la Gommis- « sion de ses hommages et concède du fond du cœur la béné- « diction demandée.
« L. Gard. Nina. »
D semble que ce n'était pas prédsément ce que vous nous aviez fait espérer, et je ne m'étonne point, bien que la démarche fût quelque peu en dehors des règles diplomatiques, que vous ayez cru devoir « en votre nom. personnel », faire observer que cet acte était en contradiction étrange avec les assurances qui vous avaient été données.
Votre lettre du 31 octobre m'annonce une communication de Son Excellence le Nonce, faite par ordre du Saint-Père, et dont voos me donnez le résumé recueilli dans un entretien confidentiel.
J'ai reçu, en effet, il y a quelques jours, la visite de Monseigneur Vannutelli. Il m'a exposé en substance les considérations énoncées dans votre lettre.
J'ai énuméré, de mon côté, les actes que je viens de rappeler et j'ai fait valoir toutes les considérations propres à en montrer le véritable caractère ainsi que l'influence pernicieuse qu'ils doivent avoir sur l'état moral et politique du pays.
Il ne vous aura pas échappé. Monsieur le Chargé d'affaires, que la d^[>èche adressée au Nonce, que vous avez analysée et qui a servi de base k l'entretien, diflère essentiellement des déclarations antérieures que vous m'aviez rapportées.
Après avoir protesté contre les interprétations faites du télégramme, le Saint-Siège déclare qu'il désavoue hautement tout acte d'hostilité contre les pouvoirs établis, sans admettre toutefois que l'on puisée considérer comme tel, dans un pays où
exisle la liberté de la presse, la libre discussion doctrinale des lois et des modifications éventuelles qui peuvent y être apportées, bien entendu que Ton déplore et que Ton réprouve, dans de pareilles discussions, toute idée et tout langage excessifs.
Le Cardinal Secrétaire d*État fait de plus observer que si les gouvernements, qui exercent une influence sur les journaux, ne peuvent èlre rendus responsables de ce que ceux-ci écrivent, à plus forte raison le Saint-Siège, qui i^*exerce aucune action sur la presse catholique, ne saurait être considéré comme solidaire des écarts de celle-ci.
a Son éminence déplore, d'ailleurs, que la défense des intérêts « de TEglise soit envisagée comme un acte d'hostilité envers le « pays ».
Je crains qu'il n'y ait ici un malentendu sur lequel j'ai cru devoir appeler l'attention du Nonce.
Nous ne connaissons pas en Belgique les délits d'opinion. L'hérésie, politique ou autre, n'est pas un crime. On use d'un droit en exprimant en toute liberté, par la parole, la presse ou autrement, une opinion quelconque sur quelque sujet que ce soit. Soutenir que les institutions sont mauvaises, pernicieuses, funestes, et qu'il faut les réformer, c'est un acte que nul ne songe à faire condamner.
On se méprendrait donc si l'on supposait que ilous pourrions considérer de simples expressions d'opinions comme des attaques contre les pouvoirs établis. On se méprendrait non moins gravement si l'on croyait qu'il peut être utile de nous rappeler que la libre discussion doctrinale des lois et des modifications éventuelles qui pourraient y être apportées, est un droit dans un pays oii existe la liberté de la presse.
Loin de contester ce droit, nous l'affirmons. Mais nous affirmons le même droit pour ceux qui défendent les lois et les institutions attaquées et nous prétendons que l'Etat doit refuser, soit
d^accorder des faveurs et des privilèges, soit de confier une action sur Tinstruction publique à ceux qui se font, de ces privilèges, de ces faveurs ou de leur intervention dans renseignement donné aux frais de I*Etat, des moyens de propagande plus active et plus ardente pour ébranler, à l'aide « de libres discussions doctrinales », les institutions qui nous régissent.
Aucun droit n*est donc en question et toute réserve à cet égard serait superflue. C'est de toute autre chose qu*il s*agit.
Il s'agit de savoir s'il est sage, s'il est prudent, s'il est utile à la religion, d'engager aujourd'hui le clergé tout entier dans une guerre contre les libertés publiques, d'attiser par là les discordes civiles, de susciter des divisions profondes dans la société et jusqu'au sein des fiamilles en exposant le pays à des troubles et à des calamités dont les conséquences sont à redouter.
Le Saint-Père peut seul décider à ce sujet dans la plénitude de sa liberté. Nous n'aurions pas la prétention de donner même un conseil, en supposant que la Constitution n'aurait pas pris le soin de nous interdire toute intervention dans les affaires religieuses.
II nous sera toutefois permis de constater que l'Eglise catholique jouit en Belgique d'une position unique dans le monde ; qu'elle est en possession de libertés incontestées qu'elle n'a possédées nulle part ailleurs au même degré à aucune époque de son histoire, et qu'il serait impossible de lui ravir; que la lutte passionnée à laquelle se livre le clergé par la prédication et le confessionnal, par la presse et par l'enseignement, n'a d'autre but que de mettre en question les droits que la Constitution garantit aux citoyens et d'inspirer aux fidèles la haine et le mépris des institutions libres.
Dans de telles circonstances, en réservant « la libre discussion ce doctrinale des lois et des modifications éventuelles h y appor- « ter », on approuve en réalité l'attitude du clergé et de la presse
catholique dans le but hautement avoué de préparer le peuple à la réforme de la Constitution, ce qui est l'objet du conflit qui divise les esprits en Belgique.
Cette approbation est d'autant mieux caractérisée que, tout en déclinant, avec raison, la moindre solidarité dans les écarts de la presse, dont on ne pourrait assurément sans injustice faire remonter la responsabilité au Saint-Siège, M. le cardinal Secrétaire d'Etat déclare que « le Saint-Siège n*entend eiercer aucune influence sur la presse catholique ».
Ou ne peut donc attendre, de ce côté non plus, aucune modification à un état de choses que, d'après les conversations que vous m'avez rapportées et sur le sens desquelles vous vous êtes assurément mépris, on semblait déplorer et condamner.
Veuillez remarquer que je ne mets pas en doute. Monsieur le Chargé d'affaires, l'exactitude de vos communications; mais les déclarations qui vous ont été faites n'avaient pas le caractèi^ que vous leur attribuiez. Dans les hautes sphères où vous les avec recueillies, le langage que vous avez entendu était incontestablement de la plus parfaite sincérité. Toutefois il n'en peut découler aucun résultat pratique. Qu'importe que le Saint-Siège déplore les actes des fidèles et du clergé, si ceux-ci, loin de modifier leur conduite, l'accentuent encore dans le sens le plus hostile à nos institutions? Des regrets aussi manifestement impuissants» loin de calmer, ne feraient qu'accroître les appréhensions des défenseurs des libertés publiques et ne pourraient que les engager à agir plus énergiquement pour les protéger.
Vous voudrez bien, Monsieur le Chargé d'affaires, vous pénétrer des considérations que je viens d'exposer pour y conformer votre langage dans les entretiens auxquels vous pourriez avoir l'occasion de vous livrer avec le cardinal Secrétaire d'Etat de Sa Sainteté.
Agréez, etc. Frére-Orban.
N*ll.
Son Ëminence le Cardinal Nina, Secrétaire d*Etat de Sa Sainteté, à Monseigneur Vannutelli, Nonce apostolique à Bruxelles.
(Dépèche remise le 14 noTembre 18*^ par Mgr Vannatelli.)
Ill"^ e R"** Signore,
Ho letto un violentissimo articolo nel giomale VEtoile belge del 25 corrente diretto contro un telegramma da me spedito al giornale il Bien public.
Secondo esso il telegramma in parola loderebbe, esalterebbe ed incoraggierebbe quelli che si ribellano contro lo Stato nel Belgio.
Taie apprezzamento dcU'atto di cui si tratta essendo non solo inesatto ed inverosimile ma ancora capace di produrre gravi malintesi fra la Santa Sede e cotesto Govemo, debbo portare rintiera attenzione délia Sig'^* Vra Illma sul medesimo allô scopo che Ella si adoperi a dimostrare cbe il medesimo non poggia sopra alcun fondamento di verità.
A conseguire poi taie intento Ella dovra ricordare in primo luogo cbé« a cognizione del mondo intiero, la Cbiesa ha sempre incttlcato Tossequio verso i Poteri costituiti, e lungi dal lodare qualsiasi ribellione contro lo Stato, Y ha dovunque ed in ogni drcostanza altamente riprovata.
In secondo luogo si potrà fare osservare che nessuno conosce che nel Belgio esista per ora uno stato di ribellione per parte di chicchessia; poichè taie definizione non potrebbe venir applicata in uno Stato dilibertà assoluto délia stampa e di libéra discussione contro chi, prevalendosi délia stessa Gostituzione del Paese, ne desidera un qualunque parziale perfezionamento.
D'altra parte la Santa Sede ne loda ne promuove le anzidette libertà : che anzi più di ogni altra inteœssata alla tranquillità
délie coscienze ed alla prosperità della Società civile, essa in génère déplora e riprova ogni >îolenza di concetto o di linguaggio. Fortunatamente tali suoi sentimenti sono ormai si palesi e notorii che nessuno puô asserire, almeno con qualche apparenza di fondamento e di giustizia» che coU* approvare i gîornali o gli uomini che difendono gFinteressi della Chiesa, essa intenda estendere la mentovata approvazione agli accennati eccessi, contro i quali ha non di rado pubblicamente protestato.
In presenza quindi di tali verità riconosciute ormai da chiunque non è animato dallo spirito di parte, ne il Somme Pontefice, ne TEpiscopato, ne i Cattolici possono indiflerentemente vedere che Tinsegnamento della Chiesa venga considerato corne una ribellione contre lo Siato, e ciô in un Regno in maggioranza cattolico e dove ogni teorica dottrinale discussione trovasi, come venne dette di sopra, del tutto légale e libéra.
In tulti i paesi costituzionali alcuni giornali ricevono una diretione dai rispettivi Governi, nessuno Stato perô credesi respon- «ibile di ogni riga o parola stampata dai medesimi. Tanto meno, per conseguenza, una simile responsabilité potrebbe venire iddossata ail* Âpostolica Sede, la quale non intende esercitare Vina influenza sui giornali che la difendono in mezzo aile numerose l^gressioni dirette contre di essa. Ciô non toglie perô che essa Motrebbe ben a ragione lamentarsi di vedere che, mentre ogni ^Uacco contre la Chiesa sembra essere lecito, le difese della ^dosima vengono considerate como atti di ribellione contre il ^«re civile. Infatti taie procedimento, oltre ad essere in se «W^lorevole, potrebbe essere ancora gravide delli più funeste «^K^eguenza per la tranquillità della* Società civile. Imperocchë ^X^uisse a prevalere anche negli animi délie masse dei fedeli il t^^ ooncetto della impossibilità di esser buon cattolico ed ^^^e buon cittadino, ne nascerebbero degli sconcerti per lo Stato, la cui importanza non isfuggirà, ne son certo, alla
penetrazione ed illuminato criterio di Sua Eccellenza cotesto Sig' Ministro degli Afl^ri Esteri.
Le qui sopra formulate mie dichiarazioni essendo atte a persuadere qualunque Governo de! vivo desiderio che la Santa Sede nutre di vedere la pace et la tranquillità sempre più assicurate nel seno degli Stati senza distinzione ne délia loro forma costitutiva ne délie persone che successivamente presiedono al régime di essi, lascio la Signoria Vostra in piena libertà di darne comunicazione alla prelodata Eccellenza Sua.
Ne vedrei alcun inconveniente che giovandosi di questo incontro Ella nuovamente dichiari al suo illustre interlocutore quanto Le ho scritto intorno aile divegenze che talvolta sorgono fra le vedute e gli apprezzamenti dei due Poteri, fin dal momento in cui per la Sovrana fiducia del Somme Pontifice assunsi Taltissimo ufficio di suo Segretario di Stato.
Persuaso che taie apertura non potrà servire che a sempre più migliorare i rapporti fra l'Autorità délia Ghiesa ed il Belgio, per il quale Sua Santità, corne tutti sanno, nutre un afTetto veramente cordiale, non dubito punto che la Signoria Vostra adoprerà Tintiero suo zelo ad eseguire l'incarico tracciatole in questo mio dispaccio, di cui potrà dar lettura al Signor Frère-Orban ed anche rilasciargliene copia, con sensi di distinta stima mi confermo
Di V Sig** 111"".
Roma, 29 octobre 1878.
Aff"<> per servirla.