Triptyque du Mariage mystique de sainte Catherine
* Panneau central. — Mariage mystique de sainte Catheriiie. — Au milieu d'un portique, sous un dais rouge, la Vierge, en robe bleue, manteau rouge, couronnée par deux anges, est assi.se de face sur un trône, derrière lequel est tendue une riche tapisserie à fond d'or. Elle tient sur ses genoux l'Enfant Jésus, qui passe un anneau au doigt de sainte Catherine, agenouillée à gauche, en robe rouge, corsage d'hermine, jupe et manteau noir et or, une couronne sur la téte, ayant à ses pieds une roue et une épée. Derrière la sainte, debout, saint Jean-Baptiste, en tunique brune, manteau violet, une croix dans la main gauche, un agneau à ses pieds, regarde le groupe divin; entre elle et la Vierge un ange, à genoux, chante en s'accompagnant sur un orgue. A droite, sainte Barbe, en robe verte et manteau violet, de trois quarts tournée vers la gauche, est assise à terre et lit; auprès d'elle, une tour; derrière, debout, saint Jean l'ÉvangéHste, en tunique rouge, tenant un calice et un ange, à genoux, présentant un livre dont la Vierge tourne les feuillets. Fond de paysage oi'i sont représentées des scènes de la vie des deux
HOPITAL SAINT-JEAN (Bruges).
HOPITAL SAINT-JEAN
saints Jean; à droite près d'un pilier, le donateur Jan Floreins, en robe noire.
* Volet de gauche. — La Décollation de saint Jean-Baptiste. — Au premier plan, étendu à terre, le corps décapité du Saint, d'où jaillit le sang, et un bourreau, vu de dos, en haut-de-chausses vert et pourpoint gris, une épée dans la main gauche, présentant, de l'autre, la tête du martyr à Salomé. Celle-ci, vêtue d'une robe rouge et d'un surcot vert à doublure d'hermine, tient un plat dans les mains. Au second plan, un soldat appuyé sur une pique, un page en costume rouge et un vieillard en vêtement noir, à col de fourrure, coiffé d'une toque rouge. Au fond, à gauche, dans une salle ouverte, on voit Salomé dansant devant la table à laquelle sont assis Hérode et Hérodiade ; au milieu dans une cour, quelques figures. Fond de paysage ; au ciel, l'Éternel dans une nuée.
* Au revers. — Agenouillés, de trois quarts tournés vers la droite, Jacques de Keuninck, boursier, et Anton Zeghers, maître directeur de l'hôpital Saint- Jean. Derrière eux, leurs patrons saint Jacques de Compostelle, en vêtement bleu, portant un bourdon et une calebasse de pèlerin, et saint Antoine, vêtu d'une robe de bure, un cochon à son côté.
* Volet de droite. — Saint Jean VÉvangëliste à Patnios. — A droite le Saint, en robe rouge, assis sur un rocher, de profil tourné vers la gauche, compose l'Apocalypse. Ses yeux sont levés vers le ciel où lui apparaît, dans un cercle lumineux, le Christ, assis sur un trône, l'agneau posant les pattes sur ses genoux ; devant lui brûle le chandelier et sont groupés les emblèmes des Évangélistes. Les douze vieillards sont assis en demi-cercle, en robes blanches, jouant de divers instruments de musique; en avant, un ange se tient debout et un autre officie sur un autel. Au-dessous, les quatre cavaliers se dirigeant vers la droite : l'un, vêtu de blanc et monté sur un coursier blanc, lance une flèche; un autre, bardé de fer, une épée à la main, est monté sur un cheval alezan ; le troisième, sur un cheval rouan, porte les balances; le quatrième — la Mort — vomi par un monstre, tient une lance à la main. Les hommes épouvantés se réfugient dans des cavernes; au loin, les sauterelles monstrueuses sur le rivage ; sur la mer, un géant et au ciel des archanges entourant la Vierge.
* Au revers. — Dans une chapelle sont agenouillées deux sœurs hospitaUères, Agnès Gazembrood, supérieure, et Claire van Hulsen, accompagnées de leurs patronnes, sainte Agnès, debout en robe noire et verte, tenant en laisse un agneau, et sainte Glaire, en robe de bure, présentant une hostie dans un ostensoir.
Pann. cent., H., 1,74; L., 1,20. — Volets, H., 1,74; L., 0,80. B. — Sur le bord du cadre, on lit : Opus Joliannis Memling, MCCCCLXXIX, 1479. Cette inscription est
BRUGES
accompagnée des initiales J. et F. et de l'instrument appelé en flamand rcrgies rocde, dont le donateur du tableau, Jan Floreins, frère jaugeur de l'hôpital, se servait, dit-on, pour jauger les vins et les spiritueux. — M. J. Weale considère simplement cette marque comme étant celle de la famille Floreins, marque qu'il retrouve sur le tableau du musée du Louvre. — « Cette (i-uvre marque, dans la manière do sentir et dans l'idéal, un t'ian tout personnel qui n'e.xistait pas chez Van Eyck et qu'aucun art, quel qu'il soit, no manifeste aussi délicieusement... Rien n'ést plus exquis que le visage enfantin et féminin do sainte Catherine, si finement serré dans sa coiffure d'orfèvreries et de gaze, et jamais peintre amoureux des mains d'une femme ne peignit quelque chose de plus parfait en son geste, dans son dessin, dans son galbe, que la main pleine et longue, fuselée et nacrée qui tend un de ses doigts à l'anneau des fianraillos. A ne considérer que la forme, le geste naturel et sans pose, la netteté des teints, la douceur satinée des épidermes, leur unité, leur souplesse, les ajustements dans leur couleur si riche, dans leur coupe si juste et si physionomique, on dirait de la nature elle-mèuie observée par un cril admirablement sensible et sincère... Le même clair-obscur que dans Van Ky> k, avec des souplesses nouvelles, quelques distances mieux marquées entre les dcmi-teinles et les lumières; en tout, une (puvro moins énergique et plus tendre, telle est, en la résumant d'un coup d'd-il, le premier aspect du Marituje wyslique de sainte Catherine. « (Kkomkmin, p. 433.)