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X LA. PEINTURE EN BELGIQUE

point cependant de repos ni d'affaissement, car jamais l'activité du génie du Nord ne fut plus grande, et, dans cette crise de transition, il sut s'assimiler du génie méridional tout ce qu'il en pouvait prendre, en sorte qu'on le vit de nouveau, au commencement du xvii^ siècle, éclater avec une force d'expansion inattendue en s'incarnant dans une personnalité non moins extraordinaire que celle de Jan van Eyck (?)-U/iO), celle du magnifique maître Pji:ure-Pall Rubens (1 577-1 6/|0).

C'est autour de ces deux peintres incomparables, Jan Van Eyck et Rubens, qu'on voit, durant ces deux belles périodes, se grouper d'innombrables artistes qui parti« ipent tous, plus ou moins, de leur génie, sans qu'aucun cependant parvienne à les égaler. La tâche des van Eyck avait été préparée, depuis longtemps, par le travail lent et modeste d'honnêtes enlumineurs dont quelques ouvrages, par malheur trop rares, à Bruges, à Anvers, à Bruxelles, nous font suffisamment apprécier la conscience et la sensibilité. L'exposition du chef-d'œuvre des deux frères, le Triomphe de V Agneau, dans l'église de Saint-Bavon, à Gand, enllt32, détermine un progrès général. Quelques années après, un autre grand artiste, Rogier van dkr Weyden (1 309-1 /|6/i), de Tournai, s'établit à Bruxelles. A la sincérité d'observation et à la chaleur de coloris qu'on admirait chez Jan van Eyck, il joint une entente de la composition dramatique et une puissance d'expression morale qui lui assurent une influence rapide et décisive. Les écoles du Rhin, d'où va sortir Martin Schoengauer, ea reçoivent une impression vive et durable, et les maîtres italiens que Rogier va visiter chez eux en l/joO apprennent de lui plus encore qu'ils ne lui enseignent.

Tous les grands peintres qui illustrent les Flandres dans la seconde moitié du xv^ siècle se meuvent dans l'atmosphère des chefs-d'œuvre de Jan van Eyck et de Rogier van der Weyden, tous portent plus ou moins la marque de leur double influence. Thierry Bouts (U20 (?)-U75), de Harlem, s'établit, dès \kh^, à Louvain, et il y apporte, dans les longues et tranquilles figures dont il remplit ses cadres, son goût hollandais pour l'exactitude des physionomies et la diversité des costumes. Les Gantois Hugo van der Goes et Juste de Gand joignent à cette science du portrait, qui devient dès lors l'apanage de toute l'école, de hautes

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qualités de composition et de style qui répandent rapidement leur renommée en Europe. C'est à Florence, à l'hôpital Santa-Maria- Nuova, où elle fut apportée en 1^;70, que se trouve encore l'œuvre la plus authentique et la plus admirable de Van der Goes, le Triptyque des Portinari; c'est à Urbin, où il résida dix ans au moins (1/|65-U75), que Juste de Gand a aussi laissé son tableau le plus significatif, la Cène. Les Flandres n'ont rien ou presque rien conservé que leur souvenir. Elles ont été plus heureuses avec Hans Memling (l/i35-U95), le plus tendre et le plus élégant des grands artistes qu'elles produisirent alors et dont la ville de Bruges a pieusement conservé les chefs-d'œuvre exemplaires. Que Memling soit ou non d'origine allemande, c'est dans les Flandres et sous les intluenccs flamandes qu'il a développé son génie dont l'action immédiate se prolonge, avec un charme persistant, à Bruges, chez Gérard David (U60 (?)-1523), venu de Hollande, à Anvers, chez Jérôme Patinier (?-152/i) et chez presque tous l«es peintres religieux, portraitistes ou enlumineurs de la région.

C'est à ce moment que les peintres italiens, moins confinés que les Flamands dans les petits cadres, les sujets religieux, les dispositions traditionnelles, commencent d'exercer sur le Nord, par la variété, l'étendue et la grandeur de leur imagination, par leur science puissante et libre des formes, et surtout par leur intelligence de la beauté, une séduction croissante et irrésistible. Lorsque resplendirent, à l'aurore du xvi^ siècle, les maîtres souverains, Léonard de Viuci, Michel-Ange, Titien, Raphaël, Corrège, les peintres flamands, comme tous les autres, se précipitèrent vers cette grande lumière. Ce fut, durant cent années, une émigration en masse que rien ne put arrêter, même l'exemple de ceux qui, retenus au sol natal par la pauvreté ou par les habitudes, se montraient encore artistes supérieurs sans rompre avec les traditions indigènes, tels que le grand Quentin Metsys, de Louvain (H66-1530), qui fonda la noble école d'Anvers, le fantasque Jérôme Bosch (U50-1518), le doux Jan Mostaert, de Harlem, qui, lui aussi, prépare l'avènement de l'école hollandaise par une communion intime avec l'école de Bruges, comme son prédécesseur Thierry Bouts. C'est à Florence et à Rome, désormais, que les Flamands vont perdre ou compromettre leurs qua-

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