PAR M. MALET
(Journ. de la Soc. centr. d’hort. de France, 1873, p. 572).
J'ai semé, cette année, les Bégonias le 1° février, en terrines et en serre tenue de 12 à 15 degrés centigrades. Les graines commencèrent à lever vers le 20 du même mois. Il faut tenir les graines humides sans cependant arroser trop souvent, ce qui décomposerait la terre. Pour empêcher la perte d'humidité par l’évaporation, on peut couvrir la terrine avec un verre à vitre; mais dès que l’on s'aperçoit que les graines lèvent, il faut retirer ce verre et bassiner au besoin. La serre où seront ces semis devra être ombragée. Il faut, dès que les semis peuvent être repiqués, c’est-à-dire vers le 10 ou 15 mars, les repiquer avec soin dans de nouvelles terrines, à deux centimètres de distance. Vers le 15 avril, on les rempote dans des godets de 6 ou 7 centimètres et on les laisse dans cette même serre jusqu’à la fin d'avril, en ayant
PEN PACA
soin de donner assez d'air pour empêcher que le thermomètre ne dépasse 20° cent.; une plus grande chaleur tuerait les jeunes plantes. A cette époque, il convient de les mettre sous châssis ombragés avec des claies toutes les fois que le soleil luit, ayant soin de les retirer quand le temps est couvert. On les laisse à l’air, le jour et La nuit, en mai, à moins qu'il n’y ait apparence de gelée.
Vers la fin de mai, les gelées n'étant plus à craindre, on peut mettre ces plantes en pleine terre et en plein soleil, dans une terre douce et substantielle. Cultivées de cette facon, elles commenceront à fleurir vers le 15 juin, et continueront jusqu'en novembre, s’il ne gèle pas. Pour être assuré d’en jouir plus longtemps, on peut sans inconvénient en relever de pleine terre des pieds qui ne se faneront même pas. Bien qu'il soit nécessaire d’arroser ces plantes, il ne faut pas les tenir trop humides, car je n’ai eu une belle végétation que par les temps secs; les orages de juin en ont fait fondre quelques pieds.
La terre qui convient pour ces semis est la terre de bruyère mêlée avec du sable blanc: mais, dès que les jeunes pieds de semis deviennent forts, il faut les mettre, si on les cultive en pots, dans une terre préparée ainsi qu'il suit : 1/3 de bonne terre de jardin, 1/3 de terreau de feuilles et 1/3 de terre de bruyère, à laquelle il convient d'ajouter un cinquième de gadoue vieille.
En novembre, dans les premiers jours ou même fin d'octobre, on laisse sécher la terre des plantes cultivées en pots et on arrache celles de pleine terre pour mettre les tubercules dans du sable sec et à l’abri de la gelée; ils se conservent en hiver sans aucun soin.
En mars ou avril suivant, on met ces tubercules en terre de bruyère, dans des godets de 6 centimètres, placés en serre à multiplication ou sous châssis, avec une légère couche de feuilles mêlées avec un peu de fumier, afin‘d'entretenir pendant quelque temps un peu de tiédeur. En mai, vous rempotez dans des pots plus grands, en terre préparée et vous conservez en pots ou vous mettez en pleine terre à la fin de mai, comme pour les semis. Les plantes se relèveront facilement. Je conseille la pleine terre; les plantes y sont plus trapues et les fleurs bien plus colorées.
On peut multiplier ces Bégonias par boutures qui reprennent facilement en serre ou sous châssis, mais sans être étouffées : autrement elles pourrissent. On ne doit pas faire ces boutures passé le mois
d'août, parce qu'alors les tubercules ne pourraient se former assez … bien avant l'hiver pour repousser au printemps suivant. Il faut avoir soin, en faisant ces boutures, d'enfoncer un œil en terre, autrement les tubercules, quoique formés, ne repousseraient pas.
Je termine en conseillant de planter les Bégonias soit en corbeilles, soit en bordures, ces plantes ne venant pas à plus de 40 centimètres de hauteur. Dans quelques années, je l'espère, les Bégonias tubéreux serviront à l’'ornementation des jardins, comme les Pelargonium zonale, et avec l'avantage d'être beaucoup plus faciles à conserver pendant l’hiver, puisqu'il suffit pour cela de les tenir dans un lieu sec et à l'abri des gelées.
NOUVELLES EXPÉRIENCES SUR L'EMPLOI D'UN ENGRAIS MINÉRAL SOLUBLE PRÉCONISÉ PAR M. LE Dr JEANNEL.
PAR M. CoLLARDEAU.
(Journ. de la Soc. centr. d’hort. de France, 1873, p. 570.)
À la suite de longues et patientes recherches, M. le docteur Jeannel s'est arrêté à la formule suivante d’un engrais minéral, soluble, capable, selon lui, de remplacer avec avantage dans l’horticulture les engrais tirés du règne végétal ou du règne animal :
400 parties d’azotate d'ammoniaque ;
200 parties de biphosphate d'ammoniaque ;
250 parties d’azotate de potasse.
50 parties de chlorhydrate d’ammoniaque ; 60 parties de sulfate de chaux :
40 parties de sulfate de fer.
nt |
Plusieurs de nos collègues nous ont appris déjà qu’ils ont expérimenté au moyen de cet engrais, et ils ont dit pour la plupart, qu'il avait promptement amené la mort des plantes qu'ils avaient soumises à ce régime.
Je crois qu'un tel résultat ne peut être attribué qu’à un usage abusif
ou excessif de cet agent de fertilisation.
J'ai moi-même voulu vérifier l'efficacité de cet engrais, et je dépose aujourd'hui sur le bureau les résultats comparatifs de mes expériences. Je crois qu'ils justifient les assertions de M. le docteur Jeannel. Des boutures de Pelargonium Zonale et de Fuchsia, notamment, faites en même temps, à la fin de mai, ont été placées, le 1‘ juillet, dans des godets d’égales dimensions. Elles ont été choisies de force égale; les pots où elles avaient été plantées ont été placés à la même exposition; ils ont été l’objet des mêmes soins, mais les uns ont recu des arrosements à l'eau naturelle, les autres ont recu en outre, une fois seulement par semaine à partir du 15 juillet, environ 50 grammes d’une solution au 4/1000° du mélange salin indiqué ci-dessus, conformément aux indications du docteur Jeannel, ce qui représente 0,02 gr. de ce mélange pour les 50 grammes d'eau.
La comparaison du résultat de l’un ou l’autre régime est concluante. Autant les plantes qui ont recu l’engrais sont pleines de force et de vigueur, d'une verdure foncée, autant celles qui ont été soumises à la culture sans engrais, sont chétives et languissantes. L'utilité pratique de cette méthode de culture à l’engrais soluble me semble dès lors incontestable. L'application qu'on peut en faire à la culture des plantes d'appartement présente surtout l’avantage de dispenser ces plantes de tout rempotage et de leur donner une vigueur qui leur permettra de lutter avec plus de succès que les autres contre l'influence nuisible du séjour prolongé dans l’atmosphère toujours plus ou moins viciée de nos habitations. f
DES PLANTES DE PLEINE TERRE À FLEURS NOCTURNES PAR M. LE D' D. CLos.
(Annales de la Soc. d’'Hort. de la Haute-Garonne, 1873, page 153).
On a depuis longtemps constaté qu'un certain nombre de plantes n'épanouissent leurs fleurs qu’à l’approche de la nuit : dès le matin, ces fleurs sont flétries et tombent ou ne se rouvrent plus : « La nuit a ses flambeaux, ses acteurs et sa vie, » a dit poétiquement M. Lecoq. On connait le majestueux Cierge du Pérou dont les boutons floraux
RU
Fe ee DC
s'étalent vers sept heures du soir, la Ficoïde à fleurs nocturnes (Mesembrianthemum noctiflorum), le Silène nocturne, le Glaïeul triste, le Pélargonium et la Julienne de même nom, plantes aux fleurs ordinairement jaune sale.
Nos jardins ont donné droit de domicile à la Belle-de-Nuit (Wirabilis Jalapa) et à sa congénère à longues fleurs (#. longifiora) s’épanouissant, comme elle, à la chute du jour.
Mais il est encore une plante noctiflore peu connue bien qu'ancienne, peu répandue et qui me parait digne de la méme faveur que les deux dernières citées : c'est le tabac à longue fleur (Pefunia longiflora Cax.) annuel et originaire du Chili.
Les feuilles ondulées, les inférieures formant une rosette étalée sur le sol, les caulinaires s’atténuant de plus en plus et devenant lancéolées, puis linéaires, toutes d'un beau vert; des tiges dressées, très-rameuses, formant par leur ensemble un vaste corymbe terminal dont chaque ramification porte au sommet une fleur blanche, à corolle longuement tubuleuse avec un limbe étalé, blanc, à 5 divisions en étoile. Tels sont les caractères de cette espèce, dont les pieds mélés à ceux de la Belle-de-nuit, feraient assurément un bien gracieux effet. On sait combien sont variées les fleurs de cette dernière Nyctaginée, blanches, jaunes ou écarlates et se nuançant à l'infini.
À côté de ces plantes, alternant avec elles, prendraient place un certain nombre d'Onagres aux fleurs jaunes, telles que l'O. bisannuelle, l'O. à longues fleurs, l'O. à tiges roides (@Œnothera stricla), toutes d’origine américaine, toutes tournant comme l’Hélianthe, leurs fleurs vers le soleil couchant, mais rustiques et d’un développement remarquable dans nos jardins. Et pourquoi n’y admettrait-on pas aussi la Julienne triste (Æesperis tristis) d'Autriche et d'Italie, dont les fleurs d’un jaune verdâtre avec un réseau de veines violettes répandent, vers le soir, de suaves parfums ?
Une plate-bande uniquement composée de ces fleurs nocturnes mériterait assurément d'avoir sa place dans les grands jardins
d'agrément.