RÉCOLTE DES FRUITS
Quel est le degré de maturité convenable, suivant les diverses espèces d'arbres fruitiers?
Tous les fruits de noyau, les cerises exceptées, doivent être détachés de Varbre trois ou quatre jours avant leur maturité absolue.
Les fruits à pepins, d'été ou d'automne, doivent être cueillis huit ou douze jours avant ce moment. Ils contiennent à cette époque tous les éléments nécessaires pour accomplir leur maturation, qui n’est plus qu’une réaction chimique indépendante, en quelque sorte, de l’action vitale. En les séparant ainsi de l’arbre, on les prive utilement de la sève des racines; détachés, ils élaborent plus complétement celle que contiennent leurs tissus, le principe sucré y est alors moins étendu d’eau, et ils sont plus savoureux. Le moment convenable pour cette récolte est celui où le côté de ces fruits opposé au soleil commence à tourner du vert au jaune.
Les cerises, les groseilles, les framboises, ne sont cueillies qu’après leur maturité parfaite; mais on ne doit pas laisser passer ce moment, car elles perdraient bientôt leur qualité.
Les fruits à pepins qui ne mürissent qu’en hiver, doivent être récoltés dès qu'ils ont pris tout leur développement et avant la cessation complète de la végétation, c’est-à-dire de la fin de septembre à la fin d'octobre, suivant les variétés, la précocité des années et le climat. L'expérience a démontré que ces fruits, laissés moins parfumés et moins sucrés, parce qu'à partir de ce moment la température est ordinairement trop basse pour que les nouveaux fluides qui arrivent dans leurs tissus puissent y être suffisamment élaborés. Si, au contraire, on devance cette époque, les fruits se rident et mürissent très-difficilement. Il est également utile de faire la récolte en deux fois sur le même arbre. On détache d’abord les fruits placés sur la moitié inférieure, dont l'accroissement s’est prolongé sous l'influence de l’action de la sève qui abandonne en dernier lieu cette partie de l’arbre. Par la même raison, on récolte les fruits d’un arbre en plein vent après ceux des arbres en espalier, ceux des arbres languissants ou âgés, avant ceux des arbres jeunes et vigoureux. Les arbres jeunes et vigoureux sont aussi dépouillés de leurs fruits après ceux que la vieillesse ou d’autres causes ont rendus languissants.
Du reste, le moment précis pour la récolte de chaque fruit est indiqué par la facilité avec laquelle il se détache lorsqu'on le soulève un peu.
Les raisins destinés à être consommés immédiatement ou à être conservés frais ne doivent être cueillis qu'après leur maturité complète ; plus on les laisse séjourner sur la vigne, plus le principe sucré s’y développe. On doit toutefois redouter l'influence des premières gelées. Dans les localités où le raisin muürit bien en plein air, on doit préférer pour la conservation des grappes des ceps en contre-espalier. L'expérience a démontré aux cultivateurs de Thomery que ces raisins se gardent mieux que ceux des vignes en espalier.
Enfin , les fruits secs, les noix, les châtaignes, etc., ne doivent être récoltés qu’au moment où ils se détachent d'eux-mêmes des arbres.
On doit choisir, autant que possible, pour récolter les fruits, un temps sec, un ciel découvert, de midi à quatre heures. Les fruits sontralors M chargés d’une moins grande quantité d'humidité, ils ont une savettr plus M
prononcée, et ceux qui sont destinés à être conservés se gardent mieux. Cette dernière règle s'applique à tous les fruits.
Quelle est la meilleure méthode pour cueillir les fruits ?
La meilleure méthode pour cueillir les fruits consiste à les détacher un à un avec la main. On doit tâcher de ne leur faire éprouver aucune pression, car chacune des foulures détermine une tache brune qui donne lieu à la pourriture et entraine rapidement la décomposition totale des fruits.
Quant aux fruits placés aux sommets des arbres, hors de la portée de la main, on a imaginé, sous le nom de cueille-fruits, plusieurs instruments plus ou moins ingénieux, à l’aide desquels on peut les détacher sans le secours d’une échelle; mais il résulte de leur emploi un travail trop lent, ou bien les fruits sont plus ou moins meurtris et ne peuvent être gardés. Il sera donc plus convenable de se servir simplement d’une échelle, soit simple, soit double, pour arriver aux fruits trop élevés.
À mesure que les fruits sont cueillis, on les dépose dans un panier semblable à celui dont les cultivateurs de Montreuil se servent. Il présente une longueur de 65 centimètres sur 48 centimètres de largeur et 25 d’élévation. On en garnit le fond d’une tapisserie. Les fruits ÿ sont déposés un à un, et l’on n’en superpose que trois rangs, un plus grand nombre suffirait pour meurtrir ceux de dessous. On sépare chaque rang par une certaine quantité de feuilles. Si ce sont des pêches, on enveloppe en outre chaque fruit dans une feuille de vigne. Ce panier étant suffisamment rempli, on le transporte sur la tête, au moyen d’un bourrelet, dans un local spacieux, aéré, où les fruits sont déposés sur une table, couverte de feuilles ou de mousse bien sèche; la table de la fruiterie , dont nous parlerons plus loin, peut servir à cet usage. Là, les fruits d’été ou d’automne achèvent de muürir et sont ensuite livrés. à la consommation. Les pêches doivent être débarrassées du duvet qui les recouvre et qui, désagréable à la bouche, peut y occasionner des démangeaisons. Quand aux fruits d'hiver, ils reçoivent les soins de conservation dont il nous reste à parler.