D'UNE HISTOIRE LITTÉRAIRE DES LIS
Par M. Fr. DE Cannarr-D'HAMALE,
Chevalier de l'Ordre Léopold , Président de la Société royale d’Horticulture de Malines,
(Suite, Voyez p. 192.)
Ce même lis blanc, qui a fourni tant d'images gracieuses à la poésie et qui servit de meuble aux armoiries de France, est devenu aussi l'emblème de plusieurs ordres de chevalerie.
En 1045 ou 1048, un roi de Navarre, dt Garcias IV, fonda un ordre de chevalerie, nommé l’ordre de N te Déthe du Lis, ses adhérents, appelés Chevaliers du Lis, portaient, brodée sur la poitrine, l’image de lannonciation de la Sainte Vierge entouréc d’une guirlande de lis, avec ces mots : Deus primum Christianum servet.
L’insigne de cet ordre consistait en une double chaîne d’or réunissant de distance en distance cinq grandes lettres G, initiale du nom du fondateur et à laquelle était attachée une médaille d’or portant une fleur de lis (1 ).
I1 parait que ce prince fonda cet ordre en reconnaissance d’une guérison miraculeuse opérée par une image de la Sainte-Vierge, trouvée dans le calice d’un lis et qui le débarrassa d’une maladie jusque là rebelle à l'art de la médecine.
En 1415, Ferdinand, roi d’Arragon, institua l’ordre du lis et du griffon. Ses chevaliers portaient un collier en or, eomposé de fleurs de lis et de griffons auquel était suspendue une image de la Vierge en manteau bleu parsemé d'étoiles en or et tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux (2).
En 1546, le pape Paul IT avait institué un autre ordre du lis que son successeur Paul IV confirma en 1556; il Iui donna même le pas sur les autres ordres de sa dépendance. Le collier de cet ordre était une double chaine d’or auquel était attachée une médaille ovale représentant un lis émaillé.
(4) Historie var alle Ridder!yke en Krygsorders, door Adriaan Schoombeck. (21 Adrian Schoombeck, loco citato.
En 1814, lors du retour des Bourbons, Louis XVIII institua un ordre civil et militaire nommé Ordre du Lis, dont le signe était un ruban blanc. au bout duquel pendait une fleur de lis en argent. Prodiguée avec excès, cette décoration cessa bientôt d’en être une.
Après tant de titres, qui donnent au lis blanc droit de royauté dans l'empire de Flore, il en est un encore, infiniment plus précieux , qui devrait le faire honorer par cette charmante moitié du genre humain, que le Ciel nous à donnée pour compagne. Ce titre le voici : mais, disons-le bien bas, par amour pour cette superbe fleur que nous pourrions exposer à une destruction complète. Elle a la précieuse, l’inestimable, la merveilleuse propriété d’embellir le visage et de redonner la jeunesse, la beauté, la fraicheur aux gens qui les ont perdues. Si vous ne voulez m’en croire, ouvrez le Traité de la culture de différentes fleurs des Narcisses.…. des Lis, etc., imprimé à Paris en 1765, et vous y lirez, page 274, que « la » fleur du lis déliée avec du miel rend le visage clair et uni, en ôte les rides » et étend la peau. » Quelle femme, pressée par l’âge, n’a point soupiré après ce délicieux rêve de récupérer des charmes qui ne sont plus ! Quelle femme, sur le retour de la vie, ne donnerait sa fortune entière pour acquérir ce précieux spécifique!!! Seulement, il est à craindre qu’il n’en soit de celui-ci, comme de la fontaine de Jouvence, dont le bon Lafontaine nous dit :