‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 147 sur 224 · JARDINIÈRE D'ORCHIDÉES · texte numérisé non relu

JARDINIÈRE D'ORCHIDÉES

Par M. CH. MoRRen.

Quand, en 1848, le souffle d’une démocratie haineuse s’étendit sur toute l’Europe, l’horticulture tressaillit : elle prévoyait que bien des fleurons de sa couronne allaient aussi s’emporter dans l’orage. Les palmiers se cachaient humiliés et affaissés dans leurs palais de verre craignant de mourir de froid et de misère; aujourd’hui encore ils ne sont pas revenus de leurs angoisses. Les cycadées et les pandaniers se eramponaient à la terre hospitalière où l’exil les avait placés, attendant dans un calme glacé, ne leur permettant pas de fleurir, que des jours plus heureux vinssent épanouir leurs immenses couronnes. Les fougères en arbre ont encore le cœur serré et redoutent que leurs feuilles en crosse d’évêque ne leur occasionnent une double persécution. L’horticulture se répentit en ces années néfastes d’avoir intitulé des légions de ses enfants des plantes de luxe : elle voyait déjà supputer combien de houille brûlée en leur faveur aurait pu chauffer de phalanstères, combien de vitres le socialisme eut trouvées dans les serres déclarées désormais corruptrices et pernicieuses , enfin combien de balles meurtrières produirait la fonte des thermosiphons de cuivre ou de fer. Pendant ces trois dernières années le commerce des plantes de valeur s'est trouvé comme anéanti et il aurait succombé pour toujours s’il n'avait fondé un légitime espoir sur l’ordre et sur la raison de l’humanité,

La première reprise des affaires qui s’est manifestée il y a quelques mois et qui continue de s'étendre heureusement, a eu lieu au profit des orchidées. Naguère, ces plantes si florifères, si brillantes, si originales et dans leur port, et dans leurs figures, étaient réputées des plantes princières. On exagérait les difficultés de leur culture, on allait les voir comme des raretés dont les plus riches seigneurs pouvaient seuls se permettre et l’acquisition et l’entretien. Mais, grâce à une meilleure connaissance de leur naturel docile, grâce à l'éducation qu’on apprit peu à peu à leur donner en se rapprochant davantage des vœux de la nature, on s’apperçut que ces cultures étaient loin ni de coûter si cher, ni d'exiger tant de soins. On doit le reconnaitre, cette plus grande popularité des orchrdées est due en majeure partie à l’horticulture de Belgique et dans notre pays une ville se distingue entre toutes par le nombre des amateurs qui se livrent avec succès à ce genre de plaisir : cette ville est Malines. Les exhi= bitions des sociétés d’horticulture, avant et depuis 1848, ont prouvé que. malgré toutes les perturbations de la politique, les orchidées centinuaient

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d'obtenir la faveur publique et quand l’horticulture commerciale et surtout celle d'exportation commencèrent enfin à respirer, ce furent les Jolies orchidées qu'on désigna en premier lieu. Dans les différents États de l'Europe et de l’Amérique, partout où l’horticulture existe, les orchidées deviennent à la mode.

Il y a plusieurs raisons qui doivent immanquablement amener une vogue fondée à leur profit. Parmi elles nous placons en premier lieu l’influence de l'architecture. Les styles si variés, si pompeux, si féconds en ornements de toute espèce qu'on est convenu de nommer dans leur ensemble la renaissance , exigent à la fois des cultures aériennes et des désinvoltures capricieuses dans le port des plantes. Il faut de plus des contours variés, des courbes sans nombre, des projections indisciplinables, des spirales, des torses, des lambrequins, des festons qui montent, descendent, s’entortillent , serpentent dans toutes les directions imaginables. Ce n’est même pas assez que ces formes matérielles doivent se retrouver dans la nature, mais les éclats métalliques comme l'or, l’argent, le bronze dont on fait dans cette architecture une ample profusion, exigent tout le brillant des plus vives couleurs et toutes les harmonies les plus parfaites entre elles. Des fleurs d’une même teinte ou de peu de teintes analogues comme les camellias, les roses, les jacinthes ne peuvent s’allier à cet ordre d'idées. |

Dans tout le règne végétal, il n’y a réellement que l’immense famille des orchidées qui réunisse toutes ces conditions réclamées par le style pompeux de la renaissance. Aucune ne présente autant de formes diversifiées, autant de grâce bizarre, autant d'élégance unie à un laisser-aller charmant, autant de grandes et de brillantes fleurs. C’est au point que dans les descriptions données par les artistes et les littérateurs des fêtes où les monuments étaient de ce style de la renaissance, toutes les cultures suspendues quelconques, voir même celles où le botaniste ne reconnaissait que le lierre de nos murs et les fougères de nos bois, devenaient des orchidées, parce que les orchidées seules convenaient dans cette circonstance.

Une seconde raison qui exerce une influence marquée sur la propagation et la diffusion des orchidées dans nos cultures domestiques, est évidemment le goût prononcé de l’époque pour les cultures aériennes ou suspendues. Plus que jamais on veut voir dans les fleurs des papillons ailés, des oiseaux-mouches des tropiques, des êtres fantastiques, légers et gazeux. L’ordonnance de nos appartements où des draperies mitigent la lueur des jours et les rideaux doubles ayant généralement remplacé les rideaux simples du style plus sévère de l'empire, se prêtent admirablement à la suspension des corbeilles où les orchidées vivent avec succès pendant tout le temps de leur fleuraison. Leurs feuilles ordinairement résistantes et fermes, leur vie dure et leur sobriété naturelle, les mousses hygroscopiques dont on les entoure, toutes ces circonstances font que

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les propriétaires d’élégantes demeures cultivent de préférence des orchidées en vue de les orner. Dans plusieurs de nos villes les jardiniers font le commerce de fournir par semaine des plantes en fleur destinées à embellir les appartements de ceux qui aiment ce genre de beauté; ces jardiniers se sont trouvés obsédés de demandes d’orchidées et ils se sont mis à les cultiver en vue de ce désir bien légitime d’un publie dont le goût horticole s'était perfectionné par l'influence des arts. Cette raison a exercé sur la vogue des orchidées un contre-coup des plus avantageux.

Beaucoup d’orchidées fleurissent pendant l’hiver, précisément à l’époque des fêtes, des bals, des diners. Leurs fleurs ressemblent souvent à des objets d’art qu’on aurait fabriqués en cire, leur consistance charnue fait qu’elles résistent et à la chaleur et aux mouvements de la danse. Ajoutez à ces qualités augmentées de la possession des plus brillants coloris, celle d’émaner de délicieuses et d’enivrantes odeurs. Il n’est pas de dame qui ne devienne très-avide de posséder un bouquet d’orchidées ou de parer de ces fleurs, encore vierges dans leur langage de toute signification indiscrète, ses tempes, son corsage ou ses volants.

Rien ne parle plus à l'esprit que la représentation même des objets. Nous donnons en regard de ces lignes la figure d’une corbeille d’orchidées à deux étages et flanquée de quatre vases rustiques où se trouvent des espèces particulièrement propres à ce genre d'ornement. En bas, ce sont des cattleya dont les fleurs remontant sur des hampes conviennent le mieux pour cet emplacement. Au premier étage on trouve des odontoglosses, des maxillaires, des lycastes, des dendrobium, etc., et comme grappes retombantes des stanhopées, des oncidies, ete. Dans l'étage supérieur ou reconnait des cyrtochilum, des sophronités, des gongoras et sur le haut les gerbes neigeuses des calanthes et des varrées, ete. Du reste, on peut varier ces compositions d'aprés les ressources de ces eultures et c’est précisément dans ces changements infinis que repose encore un des plus grands charmes inhérents à cette délicieuse et reconnaissante famille du règne végétal.

MÉTHODE DE PRENDRE L'EMPREINTE DES PLANTES ET LA FAIRE SERVIR À L’ART DE LA BRODERIE,

Par MM. Denis er Rouarn, Professeurs d'Horticulture.

Pour obtenir l'empreinte des plantes, on donne à celles qui sont aqueuses un léger enduit de gomme, on huile celles qui refusent de prendre

Veau ou la gomme, puis on les saupoudre de couleur pulvérisée; on se BELG. HORT. T. 1. 38

sert, pour les mettre à la presse d’un papier auquel la couleur s’attaclie. Les nervures et les côtés sont toujours imprimées plus sensiblement que leurs intervalles. La couleur qui a été appliquée avec de l’huile est plus stable que celle qui a été fixée à la plante avec de la gomme.

Voici un autre procédé que l’on peut employer : on enduit avec de l'huile d'olive ou de lin, une feuille de papier très-mince. Après trois où quatre jours, on la promène sur la fumée d’un flambeau, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement noircie. On dispose, sur ce papier, les feuilles végétales dont on veut avoir la figure, et, par-dessus, on met une feuille de papier blanc d’une certaine consistance. Cela fait, on frotte activement la feuille superposée, non pas pour obtenir l’impression de la plante, mais seulement pour préparer les feuilles végétales qui doivent produire cette impression.

Lorsqu'on suppose les feuilles de la plante bien empreintes du noir à avee lequel elles sont en contact, on Îles retire pour les mettre entre deux feuilles de papier blane. On frotte la feuille de papier supérieure, soit avee une clef, soit avec un polissoir quelconque, et, après quelques instants de cet exercice, on trouve les feuilles végétales calquées très-distinctement sur l’une des deux feuilles de papier.

Les jeunes personnes qui ont du goût pour la broderie peuvent, à l’aide de cet ingénieux artifice, et sans avoir appris à dessiner, se faire de leurs mains de délieieux dessins, qu’elles varieront à leur gré suivant qu'elles changeront les dispositions des feuilles noireies. L'épreuve, une fois tirée, on la pique pour la produire indéfiniment, par le secours du pouce, puis, avec la plume ou un crayon, on en arrête le dessin.

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