Bergamotte Poire -pomme de M! DeRasse
JARDIN FRUITIER
POMME API NOIR FLAGELLÉE PERFECTIONNÉE, DE VERREGHEM, ( Voyez pl. 43, fig. 1-4.)
Duhamel, dans son célèbre Traité des arbres fruitiers (tom. 1. p. 311, édit. de 1768) décrit deux pommes noires dont l’une est l’api noir et l’autre la pomme noîre proprement dite, mais voisine de la première.
L’api noir devient un peu plus grand que le pommier api ordinaire, mais les feuilles et les fleurs sont les mêmes. Seulement le fruit est d’un brun foncé tirant sur le noir, il est un peu plus gros, ses qualités sont les même scomme le temps de sa maturité. Duhamel ajoute que de son temps on cultivait peu cette variété parce que sa couleur était foncée, peu agréable, que le fruit se cotonnait et se conservait mal.
La pomme noire offrait le fruit petit, rond sur le diamètre, mais applati aux extrémités. Le diamètre n’était guère que de quinze à seize lignes, la hauteur de douze ou treize. La queue menue, de sept à huit lignes, : plantée dans une cavité unie, évasée, peu profonde. L’ombilic placé au milieu d’un applatissement plutôt que d’un enfoncement. La peau lisse, luisante, d’un violet brun presque noir du côté du soleil ; le côté de l’ombre est plus clair et tiqueté de points très-petits et jaunes. La chair blanche, un peu teintée de rouge léger sous la peau, d’une consistance moins ferme que celle de lapi; cette chair presque sans odeur, même dans l’excessive maturité. L’eau est fraiche et douce, mais presque insipide. Les loges séminales contiennent de petits pepins d’un violet brun moins foncé que la peau du fruit qui se garde longtemps. Duhamel le prenait pour une variété de l’api noir, mais plus arrondie, plus petite et de qualité inférieure.
Voilà le fruit que M. Verreghem, horticulteur distingué de Furnes, a perfectionné. Cet habile et zélé pomologue a remporté les premières distinctions à la grande et belle exposition des deux Flandres ouverte à Bruges en 1850, et les amateurs remarquaient parmi ses fruits nouveaux la pomme que nous figurons ci-contre, pl. 45, fig. 1-4.
Evidemment c’est un api. Mais il se distingue des races anciennes dont parle Duhamel par les flagellations élégantes qui partent comme des méridiens de la queue à l’œil. Le fond de la couleur est une lie de vin, teintée de jaune, passant au violet et de là au noir.
La forme ne différe en rien de ancienne variété pomme noire pas plus que le volume. Mais Ja chair est verdâtre avec un cercle pourpre au
dehors et un cercle verdâtre vers les loges séminales. Les pepins sont jaunes. |
Cette pomme a acquis un fumet très-agréable; elle offre une eau fraiche, douce, délicatement parfumée ; da chair est bonne, sapide. C’est une excellente petite pomme très-jolie et rare dans sa couleur. Elle mérite d'entrer dans les collections, les races des apis étant de celles qu’on cultive en espalier. - |
On doit savoir gré à M. Verreghem de ce perfectionnement, qui était d'autant plus inespéré, que ce pomologue habite une région de notre pays soumis encore au climat marin, lequel est comme on sait si contraire aux fruits, que pas un arbre à fruit ne se trouve dans la vraie zone des Polders. Peut-être, à cause de son origine , la pomme noire-flagellée de Verreghem viendrait-elle dans les vergers de groseilliers qui entourent les fermes de ces riches localités! Nous engageons Messieurs nos abonnés de cette contrée, de tenter l’expérience qui, le succès aidant, serait une vrai conquête.
Nous avons conservé la pomme noire-flagellée de Verreghem jusqu'au mois de février. |
On peut s'adresser à cet intelligent horticulteur à Furnes, pour se procurer des pieds de ce pommier, ainsi que pour beaucoup d’autres variétés de mérite.
BERGAMOTTE-POMME DERASSE DE TOURNAI, Par M. Ca. MoRREnN.
( Voyez pl. 43, fig. 5-6.)
Chacun connait la haute réputation acquise par les horticulteurs de Tournai dans la production de bons fruits. Parmi ces honorables pomologues se distingue surtout M. Derasse, qui a eu la complaisance de nous présenter une collection des meilleures variétés en vente à Tournai, chez lui, et dont la plupart sont encore privées de noms, de descriptions et de figures. |
Parmi ces nouveautés remarquables, nous distinguons pour auJourd'hui une Bergamotte en forme de pomme, d'autant plus singulière qu’elle a la peau mi-partie d’une poire et mi-partie d’une pomme. Au milieu de l'engouement où l’on est actuellement des hybrides, des bâtards, des croisés et des métis, nous ne doutons nullement qu’on admette rien qu'à voir la peau de l'objet, que c’est une poire hybride d’un pommier. Pour nous, nous sommes très-Join d'adopter facilement des hybrides
pour lesquels nous tenons que la nature a une répulsion plus forte qu’on ne le pense.
Les bergamottes ont une tendance naturelle d’ailleurs à faire varier leur peau, voyez la Bergamotte suisse, elle se raye de vert, de jaune et de rouge, la Crassane se tavèle de taches rouges, la Bergamotte de Pâques se tiquette de points gris, la Bergamotte d'Alençon est marquetée de taches brunes, de points étoilés, de pétéchies aréolaires, etc. Tout cela indique une grande variation dans l’appareil cutané de ce fruit.
La Bergamotte-pomme de Derasse a en moyenne 8 centimètres de diamètre, sa figure est pomiforme, méme surbaissée et ombiliquée. La queue courte, semblable à celle d’une pomme courtpendu , placée dans un fond. L’œil en creux, grand, le pourtour crispé. La couleur de la peau est d’un vert-gris, mais partagée en zones tigrées fondues et courant l’une dans l'autre, d’un aspect de poire et de pomme respectivement. La portion verte est crispée, tachetée de brun, picotée de vert; la portion glauque jaune lisse, sans taches. La chair est verdâtre-blanchâtre, fondante et sucrée, d'un goût fort agréable. Le 2 novembre elle n’était pas encore mûre : elle se mange surtout fin décembre. Le pepin est fort irrégulier, bosselé.
Cette très-singulière poire s'obtient chez M. Derasse, dont l’établissement à Tournai mérite une grande confiance : on y trouve l'élite des meilleurs arbres fruitiers de Tournai.
RAISIN BLANC PRÉCOCE DE MALINGRE, Par M. Bossin.
Notre honorable ami et digne collaborateur, Loiseleur-Deslongchamps, s’oceupa pendant bien longtemps de la question des raisins précoces, pour en étendre, autant que possible, la culture dans quelques départements où la vigne ne mürit pas, et où, pour en avoir du fruit, on est obligé de la cultiver dans des serres chaudes ou tempérées. IL traita la question si profondément, et avec tant de zèle et de chaleur, qu'il parvint à se faire entendre et à exciter l'émulation des cultivateurs, qui se mirent à semer des pepins de raisins, et bientôt après les Sociétés eurent à enregistrer des variétés nouvelles, dignes de figurer sur les tables les mieux servies. Nous remarquons le passage suivant, dans un rapport inséré dans les Annales de la Société d’horticulture de Paris, sur un raisin blanc précoce observé chez M. Maiingre :
« ...... Après la visite des reines-marguerites, nous nous sommes occupés des raisins de semis, et notamment de la variété blanche et précoce présentée à la société. Les ceps sont en plein champ et alors sans aucun abri; malgré cela, il est de fait que la maturité du fruit a devancé de quelques jours celui de la Madeleine, ou précoce. Au moment de notre
visite, 6 septembre, les fruits étaient, si nous pouvons le dire ainsi, plus
que mürs, car quelques-uns se desséchaient sur picd. Comme nousvenons
de le dire, c’est un raisin blane, susceptible de bien se colorer; il est moins gros que le chasselas ordinaire, arrondi, ou le plus souvent d’une forme particulière, un peu oviforme, étant tronqué à sa base à l’attache du pédicelle et allant un peu en diminuant vers le sommet; la saveur est sucrée, relevée d’une petite pointe acidulée, ce qui nous fait espérer que ce raisin sera non-seulement un bon fruit de table, mais aussi vinifére, et que, vu sa précocité, il pourra présenter un immense avantage pour les vignobles. »
Ainsi, comme on le voit, ce raisin, qui mürit ordinairement vers la fin de juillet sous le climat de Paris, pourrait être avec avantage introduit dans les départements du nord, ou sur les côtes de la Manche; dans ces départements, nous pensons qu’on pourrait utilement en essayer la culture en pleine terre, et que probablement elle y réussirait. Le prix de chaque plant est fixé à la modique somme de 2 fr., en vue de le propager promptement.