LE CHÊNE ROUGE : QUERCUS RUBRA. L
par M. GEORGE ÉMERSON.
(Voyez la planche 5, pag. 27).
Le chêne rouge est le plus boréal des chênes. Selon le docteur Richardson , il s'étend dans l'Amérique du nord jusqu’à la latitude de Saskatchawan et sur les rochers du lae Namakeen. II est commun dans toute la nouvelle Angleterre , dans les États du centre et du midi (États-Unis), même en Géorgie et Jusques sur les pentes occidentales des Alleghanis. Comme l'orme , il acquiert les plus grandes perfections dans l’état de Massachuset. Sa vigueur et son élégance diminuent plus au nord et n’augmentent pas au sud. Cette espèce d'arbre s’est trouvé dans toute l’étendue du Massachuset , croissant sur toute espèce de sol, même le plus pauvre. On l'appelle en Amérique, de noms différents , le chéne rouge, le chène noir, le chêne gris. Mais son nom le plus vulgaire et le mieux approprié est celui de chêne rouge, parce que les nervures médianes et les nervures secondaires des feuilles sont souvent d’une belle couleur rouge, surtout vers la fin de l’automne, et les feuilles avant de tomber acquièrent toutes une teinte rouge foncée.
Le tronc est d’un gris de cendre un peu verdâtre ; il reste beaucoup plus longtemps uni qu'aucune autre espèce d’arbre et jamais ce tronc n’est fortement rugueux. L’écorce des jeunes rameaux est d’un brun luisant avec de petites taches. L'année suivante, l’écorce devient d’un gris de perle
pour acquérir plus tard la couleur verdâtre et enfin le gris verdoyant du :
tronc. (V. fig. 1, pl. 5).
Les feuilles sont oblongues ou lancéolées dans leur circonscription générale, plus larges vers le sommet et rétrécies vers la base. Elles ont cinq ou six lobes de chaque côté séparés par des sinus arrondis et peu profonds (fig. 2, pl. 5). Les lobes sont pointus et terminés encore par des pointes. La feuille est tantôt obtuse ou plus communément pointue à la base. Sa texture est fine et membraneuse , au-dessus la couleur est d’un beau vert luisant et le dessous plus pâle mais luisant également.
Les glands (fig. 5), sont grands et renfermés dans une cupule large et courte. C’est la cupule la plus large et la plus évasée de toutes celles du genre chène. Les écailles sont petites , fines et très-serrées. Le noyau est blane et amer et cependant ces glands sont avidemment recherchés du bétail et des pores et tous les animaux sauvages en sont également friands.
DOFE. LOR
Le chène rouge présente moins de valeur proportionnellement que d’autres chênes comme bois. Sa sève est âcre et acide, mais on en débarrasse le bois par plusieurs moyens naturels ou artificiels, sans cela elle corrode vite tous les instruments de fer employés dans la manutention de ée bois. L’écorce est de même sans valeur pour les tanneurs. On fait de ces troncs de bons madriers qui sont employés dans les constructions, des châssis de fenêtres et beaucoup d’autres objets qui peuvent résister pendant un siècle , tant le bois se conserve bien. Après ce long usage on peut encore facilement reconnaitre le bois de chêne rouge des autres bois du même genre. Il brûle mal. Comme il porte différents noms , on remarque qu’en Amérique il jouit en plusieurs endroits des réputations diverses et on lui préfère généralement pour la menuiserie d’autres espèces de chêne.
Par contre, réalisant une condition assez commune parmi les êtres de la création , il compense ces défauts par d’éminentes qualités et en premier lieu par son indicible beauté. Aucun autre chêne ne fleurit aussi aisément que lui dans toutes les situations ; aucune espèce ne croît plus rapidement que lui, aucune ne le surpasse en beauté pour le tronc, le feuillage et le port; aucune n'’atteint ses dimensions majestueuses sous le climat des chênes , enfin il n’y a aucun arbre hormis le chêne blanc qui donne mieux que lui l’idée de la force, de la résistance , de la vigueur et du temps.
Un chêne rouge croissant à Lancaster, au pied des collines de George, sur le versant occidental de la branche nord du Nashua, mesurait en 1840, dix-sept pieds anglais en circonférence, à trois pieds au-dessus du sol et à six pieds de hauteur, il avait encore quatorze pieds dix pouces. Le tronc s'élevait droit et d’une grosseur équivalente jusqu'à vingt pieds, et ‘là il se divisait en quatre ou cinq grandes branches qui donnaient à l’arbre une cime ronde et uniforme. On trouve d’ailleurs en Amérique, beaucoup de chênes rouges de cette dimension.
La végétation de ce chêne est très-rapide, on lui voit pousser en un an des branches de six pieds de longueur. Sur un grand nombre de pieds d'Amérique on a fait les calculs qui prouvent que dans les trente-cinq premières années de sa vie, ce chêne croît de deux pouces en diamètre en onze ans.
La fig. 4 représente les jeunes pousses femelles.
Observations de la rédaction sur l’article précédent.
Plusieurs personnes nous ont demandé de donner successivement l’histoire des chênes d'Amérique introduits en Belgique, dans la vue de les propager avec connaissance de cause ; nous obtempérons à ee vœu et nous donnerons l’histoire particulière de chaque espèce, d’après les sources les plus authentiques. Le travail précédent est dû à M. Émerson , qui l’a con-
signé dans son rapport général sur l’économie forestière des États-Unis, adressé à la Chambre des Représentants. Le chêne rouge d'Amérique, que Duhamel cultivait déjà en 1769, en France, n’est pas cité par De Poederlé, comme une des espèces qu’il aurait introduite en Belgique de son temps. On ne parle de chênes rouges d'Amérique, cultivés dans les Flandres, que vers le commencement de ce siècle. Leur croissance est trèsrapide dans les terres fécondes de ces provinces , mais les arbres n’ont pu vieillir au point de savoir bien apprécier les qualités du bois. Toutefois, les renseignements qu’on possède sur les troncs coupés sont favorables. Comme arbre d'ornement, le chène rouge d'Amérique est un des plus beaux qui puisse se cultiver dans les jardins, les avenues, les promenades publiques, le long des routes, etc. La pépinière de Perck , près Vilvorde, le cède à un franc le pied. On ne saurait assez le propager.
SUR LA BOUTURE VAN HOORDE DES ARAUCARIA, PAR M. CH. MOoRREN.
Nous avons annoncé dans les Annales de la Société d’Horticulture de Gand (t. 5, p. 456), le succès obtenu par M. Van Hoorde, de Malines, dans le bouturage des araucaria par branches. En enlevant les rameaux inférieurs de ces branches distiques, avons-nous dit, cet habile horticulteur force le sommet à se couronner à la manière des flèches, c’est-à-dire à pousser des branches distiques en verticille. Nous avons été visiter depuis peu les serres dont la culture est confiée à M. Van Hoorde, et nous avons vu un phénomène physiologique fort curieux se passer sur ces araucaria bouturés. Au sommet se développe, en effet, un beau verticille horizontal de branches; tout se dispose comme si la flèche allait en sortir, mais point, le travail de la restauration s’arrèête là, dans l’axe central factice, naguère axe raméal. Mais du pied, poussent de nouvelles branches qui, de nouveau, se couronnent de verticilles horizontaux et étalés; ces branches aussi semblent s'arrêter à ce premier effort. Du moins tout l’indique jusqu’à présent. Cette étrange modification fournit à l’horticulture des araucaria nains, en buisson, d’une forme très-remarquable, et on ne peut plus gracieuse, pour l’ornementation des salons de verdure.