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CULTURE MARAICHÉÈRE.
LE CHOU DE BRUXELLES. — Par M. Cu. Morren.
Le légume le plus essentiellement belge, nous dirions mieux, le plus radicalement Bruxellois est le chou à jets, appelé vulgairement spruyt. C’est notre spruit kool des Flamands , les sprout des Wallons , le Brussel's sprouts des Anglais, le sprossen kohl des Allemands, le chou de Bruxelles des Parisiens. Linné en faisait une variété distincte et la nommait sabauda. Decandolle le regarde comme une sous-variété du Brassica oleracea qu'il nomme bullata. Loudon partage les choux en 1° choux blancs, 2° choux rouges, 5° choux de savoie, 4° choux de Bruxelles, 5° choux verts, 6° choux-fleurs, 7° Broccolis, plaçant ainsi avec raison les choux de Bruxelles entre les choux de Savoie et les choux verts non pommés auxquels ils tiennent le plus par leur nature.
On ne connaît pas l’origine du chou de Bruxelles. On a supposé que le chou primitif introduit par les Romains, partout où ils ont porté leurs armes , avait pu produire par la déclimatation: la variété nouvelle et certainement très-endémique connue sous le nom de chou de Bruxelles. Dans cette hypothèse le chou du Brabant remonterait à César. Le difficile est de prouver le fait. Dans la dernière édition de Cruydtboeck de Dodoëns de 4644 où parurent les notes de Van Ravelingen , il est parlé de dix espèces de choux connus et dont la plupart étaient cultivés dans le Brabant : il n’y est pas clairement question du chou à jets. Cette variété si remarquablen’eut pas échappé aux recherches. Ceux qui voient dans le chou à jets une dérivation du chou romain, pensent que Dodoëns l’a eu en vue dans son Brassica sabauda ou septième sorte. C'était l’opinion de Linné. Dans cette manière de voir les anciens auraient connu le chou à jets sous le nom de lacuturres capitatæ et chose singulière, Dodoëns prétend que ces choux proviennent de choux de fleurs dont les graines avaient müri sous le climat de la Belgique.
C’est un fait remarquable que le chou à jets est le plus endémique des choux : on a dit de lui qu’il meurt mais ne se rend pas. En effet, partout où on l’a introduit, il perd ses qualités à la seconde ou troisième génération. Nicol est le seul qui prétend qu’en Écosse, il se maintient , se reproduit et conserve ses caractères. Morgan au contraire soutient que le chou à jets gele dans le nord de l'Angleterre, ce qui serait très-extraordinaire puisqu’il ne gèle pas facilement dans notre pays. Van Mons qui s’est beaucoup occupé du chou de Bruxelles, affirme qu'ayant semé de la graine dégénérée venant d'Allemagne où un de ses amis avait cultivé le chou à jets pendant quatre ou cinq générations , la variété s’est reconstruite en trois générations successives sous le climat du village (Schaerbeck) où les choux
Le. D eur
de Bruxelles sont iles mieux formés. Ce fait du retour d’une plante dégénérée à son type a beaucoup étonné les naturalistes et tendrait à faire adopter en effet , la liaison entre le chou et le climat.
Le bon chou de Bruxelles possède une tige allongée, s’élevant à quatre pieds de hauteur ; chaque aisselle de feuille doit porter un jet dont la forme doit être exactement celle d’un chou pommé en miniature , d’un à deux pouces de diamètre, bien serré, dur et arrondi. Ces jets doivent se placer en spirale autour de la tige, et les feuilles du bas doivent murir les premières. La tête du chou rappelle le chou de Savoïe , d’où l’on croirait le spruyt sorti. Le chou ne craint ni l'ombre des arbres, ni le voisinage de plantes cultivées en ligne. Il vient bien entre les pommes-de-terre , ete.; mais dans le Brabant, on le cultive surtout dans un carré expressément réservé à cet usage.
Le seul moyen de se procurer de bons plants est de semer de la bonne graine. Nous en offrons à nos abonnés gratuitement. Ces graines doivent, pour être d’une bonne qualité , se prendre sur des choux étêtés , dont les jets latéraux ont seuls fleuri. Quand la tête s’est divisée en rameaux floraux , la graine donne des plantes qui montent trop sans donner beaucoup de jets latéraux. Ce fait important a été observé itérativement depuis plus d’un demi-siècle, chez le cultivateur où nous faisons cultiver nos portegraines. Il faut une once de graines pour semer un parterre de dix pieds de longueur sur quatre de largeur. Il vaut mieux semer sous couche au printemps. On sème successivement et on transplante de même, quand le chou a ses cinq feuilles, de manière qu’il faut manger le chou de Bruxelles depuis la fin de juillet jusqu’à la fin du mois de mai suivant. Le chou transplanté s’espace de dix-huit pouces. Il faut éviter que la tête s’élargisse trop, et quand la race montre ce fait, on la rejette ; secondement , toute race qui conserve ses feuilles de dessous, ne convient plus.
11 faut comme sol un terrain argileux. Où le sable commence, le chou de Bruxelles se détériore. À Malines où le sable commence à dominer, le chou à jets ne vient pas de race.
Quelques gourmets prétendent que le chou à jets doit un peu geler pour être bon : il jaunit alors à la cuisson. La coquetterie des cuisinières de Bruxelles est de l'avoir bien vert et bien dur, ce qu'on obtient en le jettant subitement dans l’eau froide après l'avoir bouilli. Les Anglais mangent cet excellent chou au vinaigre, au beurre et à la noix de muscade, après l'avoir simplement cuit à l’eau. On peut faire usage aussi de la tête du chou dont le goût ne ressemble en rien à celui des jets. Pour obtenir de beaux jets, il faut couper la tête du chou dix jours avant de récolter les jets inférieurs : on utilise alors les têtes, et plus tard , les bourgeons latéraux qui ne grandissent plus si la tête n’est pas enlevée.
Une maladie est particulière au chou de Bruxelles. C’est un champignon semblable, à l’œil nu , à la farine blanche, qui couvre toute la plante et la fait mourir. Nous en reparlerons.
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\ contorta. B. amplexie