SES
que sèche et profondément ameublie. On sème au printemps et en place, ou en orangerie et en pot, dès le mois de mars pour repiquer à temps, mais le premier procédé suffit ordinairement. Les plantes atteignent 50 à 60 centimètres de hauteur, parfois moins, parce que plusieurs variétés tendent à devenir naines. Elles prennent la forme de belles touffes, et depuis juillet, quelquefois même juin, jusqu’en octobre et novembre, enfin jusqu'aux gelées, les fleurs se succèdent en nombre.
Les Tagétès, quand on froisse les feuilles ou qu'on coupe les pédoneules,
répandent une odeur forte, désagréable, indiquant des propriétés nocives.
Nous en avertissons nos lecteurs, afin qu'ils prémunissent les enfants contre l'habitude de tenir les fleurs par leur queue dans la bouche. Nous recommandons la lecture de ce passage de notre vieux Dodoëns à cet égard : « L’œillet d'Inde est fort mauvais, nuisible et venimeux aux hommes et aux bestes comme l’ay cognu par experience, principalement en vn petit chat auquel j’avoye donné à mâger ces fleurs bien broyées avec fromaige frais, car incontinent il devint fort enflé, ct en peu de temps apres mourut. Et à faire cette experience m'avoit induict ce qu'avoye veu en vn petit enfant, lequel apres avoir cueilli ces fleurs les mit en sa bouche et les lèvres et la bouche luy enflèrent incontinent tres fort, et vn ou deux iours apres devint fort rogneux, comme aussi souvent advient a eeux qui ont tenu en la bouche les tuyaux de la cigue. Par quoi il appert evidemment que ceste herbe avec sa fleur est fort venimeuse et de temperament fort semblabie à la cigue, c'est qu'aussi en partie on peut comprendre par son odeur ingrate, tres forte et puante non trop différente à la senteur de ciguë. »
S'il fallait exclure des jardins les plantes vénéneuses, paree qu'elles le sont, nous en abandonnerions un grand nombre. Les Tagétès sont surtout destinées à plaire à la vue, et pour remplir ce but, on en garnit, soit en prenant une seule variété, soit en réunissant les différentes sortes, des boulengrins disposés avec grâce dans les pelouses. Les grandes variétés, comme le Charles-Quint et le Globe de Charlemagne, se placent au milieu, parce que leurs touffes dominent les autres et ont moins d'intérêt à être vus de près. Les Solfalarres viennent ensuite, ainsi que les comtes et comtesses de Lannoy, qui mènent aux variétés très-naines, mises dans le commerce par M. Vilmorin, de Paris. Ces quatre dernières sont si jolies par leurs tubes et trompettes, leurs franges et leurs lèvres, qu’on aime de les trouver à la distance voulue pour bien les voir.
Ce mélange de jaune clair, de jaune de soufre, de jaune d’or, d'orange, de couleur feu et de bandes de pourpre brun, quand le tout est réuni, sort tellement des couleurs des dahlias, roses, reines-marguerites, petumas, etc., que l’on voit si habituellement, qu’on pardonne volontiers aux Tagétès leur arôme toxique en faveur de leur éclat. Au congrès de Vienne, l'empereur Alexandre portait ordinairement un habit vert et le seul ordre de l’Épée de Suéde, dontJe ruban est jaune d’or. Les dames trouvèrent
ce choix heureux, élégant, brillant surtout, or sur vert, C'est le même
effet que produiront les parterres des fleurs dé Tunis sur la pelouse des
châteaux.
Nous ferons enfin remarquer que les D indiquées ci- Aessus se perpétuent par le semis, mais que dans le grand nombre de plantes qui lèvent, il y a des variétés nouvelles. Les Tagétès deviendraient, entre des mains habiles, une source nouvelle d'ornements horticoles. Nous les recommandons aux amateurs de cultures faciles.
AVIS
Nous avons déjà donné et nous continuerons de donner à nos abonnés qui nous en exprimerons le désir (écrire franco), des graines de Tagétès choisis ct appartenant aux variétés désignées ci-dessus.
CULTURE DES CHRYSANTHÈMES DE L'INDE, Par M. J. A. J. SLorr,
Propriétaire à Vaast, près de Zutphen.
La Belgique horticole, dans sa livraison du mois d'oût 1850, p. 44, a publié un artiele de M. D'Holandre sur la culture des Chrysanthèmes de l'Inde. Je suis une toute autre méthode: elle me parait préférable, puisque les succès m'attestent la supériorité, et je me fais un véritable plaisir de la communiquer aux lecteurs de l'intéressant Journal fondé par M. Morren.
Quand la floraison est finie, je coupe toutes les vieilles tiges à la hauteur des pots, c’est-à-dire près de terre. Je place alors mes pots dans une chambre froide bien aérée. La gelée ne fait aucun tort aux plants. Les pots se remplissent insensiblement de jeunes pousses qui travaillent sous terre.
Vers le mois de mai, J'enfonce mes jets en pleine terre dans un endroit entièrement découvert. Alors les rejetons ne manquent pas de pousser vigoureusement.
Au milieu de Juillet, je leur coupe la tête à la longueur de vingt centimètres. On les transplante ainsi étêtés dans de nouveaux pots, que l'on place dans une serre froide. Bientôt de nouvelles racines se sont formées. Quand on s’est assuré de cette reprise, on replante séparément chaque plant dans un pot avec de la terre nouvelle, et on les hébergé de nouveau dans la serre froide, où l’on évite que les plants ne touchent le verre. On augmente l’enfoncement en raison de l’aceroissement, de telle sorte que les plants n'atteignent jamais les vitres de la serre, et l’on continue d’agir ainsi jusqu'à ce qu'ils fleurissent, MUC
Par ce procédé très-simple, on est toujours en possession de plantes |
jeunes, vigoureuses, brillantes de végétation et posts des boutonsEens fleurs.
HE \ REVUE DE PLANTES NOUVELLES
Bolbophyllum Lobbii. Lindl. Bot. regist. 1847. t. 29. — Hook. Bot. mag. 4532. (Bolbophylle de Lobb.) Famille des orchidées. Feuille pétiolée, obovée-oblongue, coriace ; pédoncule nu, uniflore, plus court que la feuille, subglanduleux à la base, faisant éruption hors de bractées écailleuses cucullées, en faulx, subglanduleuses; sépales oblongs, aigus ; les latéraux en faulx; pétales conformes, plus petits, réfléchis; labellum longuement onguiculé, cordé, ovale, aigu, caudiculé, recourbé au sommet. Cette orchidée si singulière de forme et si remarquable par la grandeur de sa fleur et de sa couleur a été envoyée par M. Thomas Lobb, de Java, à M. Veitch d’Exeter. On l’avait prise pour un Cœlogyne, les fleurs mesurent près de quatre pouces de diamètre, elles sont jaunes teintées de couleur canelle et maculées de brun et derrière de pourpre brunâtre. Lindley disait qu’il ne connaissait aucune espèce du genre comparable à celle-ci pour la beauté. On l’exposa au mois de mai 1850 en fleur à Chiswick.
Culture. Cette orchidée demande à être placée dans la partie la plus chaude de la serre. Elle croît très-bien sur un morceau de bois brülé ou carbonisé surtout entre les sphagnum. En hiver un excès d'humidité soit dans l’atmosphère, soit dans la mousse, est préjudiciable. En été il faut éviter les rayons de soleil directe et l'ombre est nécessaire.
Burlingtonia pubescens. Lind. Paxt. fl. gard. vol. 1. 158. (Burlingtonie pubescente). Famille des orchidées. Section des vandéesjonopsidées. — Belle plante naine épiphyte, de serre chaude, sans tige, feuilles foncées, coriaces et rigides, portant des masses de grappes pendantes composées de petites fleurs blanches, à colonne duveteuse, un labellum obové à deux lobes et court, marqué de trois côtes jaunes et portant une paire de lobes droits qui donne à l’organe une forme hastée. Cette orchidée est originaire de Fernambouc. Elle a été introduite en 1846 chez MM. Loddiges et de nouveau par M. Knowles à Manchester. Elle fleurit en automne.
Culture. Elle croit parfaitement sur un morceau de tourbe avec de la mousse. On lui donne pour le reste les mêmes soins qu’aux orchidées ordinaires (Thom. Moore. Gard. mag. of Bot. 1851. p. 31).
Catasetum Lansbergii. Lindl. — Myanthus Lansbergii. Reinw. et De Vriese. — (Catasete de Lansberg). Paxt. fl. gard. vol. 1. p. 156. Famille naturelle des orchidées. Section des vandées-catasétidées. — Orchidée terrestre, de serre chaude, si rapprochée du Catasetum callosum que Lindley hésite de l’admettre comme espèce. Les grappes sont longues, de 45 à 20 fleurs vertes, tachetées de pourpre et colorées du reste comme
celles du C. callosum. Patrie : Caraccas. Introduite en 1848 au jardin
botanique de Leyde où elle devint l’objet d’une dissertation spéciale de M. De Vriese. Sa floraison a lieu en automne.
Culture. La même que celle des catasetum. (Thom. Moore. Gardeners mag. of Bot. janv. 1851. p. 51).
Coccoloba macrophylla. Hook. Bot. mag. 4536. — Coccoloba macrantha. Desf. Steud. nom. Bot. (Famille des polygonées). Sous-arborescente, .élancée, droite, glabre, roide; tige presque simple, sillonnée; feuilles cordées, ovales, aiguës, amples, sessiles, semi-amplexicaules, réticulées, veineuses, bullées et rugueuses; ochréas grands, enflés, vaginés, membraneux , à la fin roux ; grappe (épi) allongée, droite, simple, terminale ; fleurs très-nombreuses, rouges, périanthes de 4 à 6 lobes; élamines de 8 à 12. Cette plante est arrivée sous le nom donné par Desfontaines, à Kew, sans indication de lieu d’origine. M. Hooker suppose qu’elle provient de l'Amérique méridionale. Un individu mesurait en hauteur 25 pieds et les feuilles sont aussi grandes que celles du Coccoloba pubescens. L'épi, l'axe, les pédoncules, les pédicelles et les fleurs sont pourpres. La floraison dure deux mois. |
Culture. On élève ce Coccoloba en serre chaude, il exige une terre argileuse légère et se reproduit par boutures qu’on fait reprendre sous cloche et en bache chaude.
Epidendrum longipetalum. Lindl. Paxt. fl. gard. 1. p. 50. (Épidendre à longs pétales.) Famille des orchidées. Section des épidendrées-læliadées. — Syn. Ep. aromaticum de quelques jardins. Plante intéressante, pseudo-bulbes ovales; feuilles roides, obtuses, naissant deux à deux; fleurs en panicule lâche, d’un brun foncé, très-odorantes ; sépales et pétales de même forme, spathulés, d’un brun pourpre, à bord vert; labellum à trois lobes, segments arrondis , les latéraux droits , le central large, convexe ; veines élevées, radiées sur fond jaune , le reste du labellum blane. Cette espèce est originaire de Guatemala. Elle a été introduite de 1848. Elle fleurit en été. On la possède à la société d’'horticulture de Londres.
Culture. Elle demande les mêmes soins que les épidendres de serre ehaude. (Thom. Moore. mag. of Bot. 1851. p. 51).
Lemonia spectabilis. Lindl. (Lémonie remarquable). Famille des rutacécs. Arbrisseau à feuilles persistantes, branches duveteuses ; feuilles pétiolées, divisées en trois folioles obovées, obtuses, luisantes et glabres; grappes axillaires formées de deux ou trois fleurs ; calice formé de cinq sépales, renfermé dans un involuere bivalve; corolle monopétale, d’un pourpre rosâtre , la gorge jaune ; tube droit, un peu oblique au sommet: limbe plane, divisé en cinq lobes. C’est une rutacée introduite de l'ile de
Cuba , déjà en 1859 chez MM. Loddiges et qu’on cultive en serre chaude.
Culture. La culture en est facile : le meilleur sol qui lui convienne est formé de deux parties de terre de bruyère sablonneuse el d’une partie d'argile ou de terre franche avec une petite partie de terreau consommé. On mélange le tout exactement. Durant la période de la végétation on donne beaucoup d’eau et de chaleur et surtout de ombre , car la plante ne supporte pas de lumière. Pendant l'hiver, le végétal entre en torpeur ; le sol doit rester à peu près sec et la température être celle d’une serre tempérée. Le genre, fondé par M. Lindley est destiné à rappeler les services rendus à la botanique par Sir Charles Lemon dont les jardins de Carclew ont renfermé pendant plusieurs années les plus belles merveilles végétales. (Hag. of Botany.)
Medinilla magnifica. Lindi. et Paxt. fl. gard. vol. 1. t. 19. — Hook. Bot. mag. 4555.— Medinilla bracteata. Hort. Veitch (non Blume). (Médinille magnifique). Famille des mélastomacées. Section des Sareoplacuntia. Plante glabre, rameaux comprimés, tétraptères et nœuds couverts de soies ; feuilles amples, opposées, coriaces , glabres , sessiles , obovées-oblongues , cordées , subamplexicaules, cuspidées , triplinervées au-dessous du milieu , près de la base pinnées, costées ; panicules terminales, oblongues, pendantes; rameaux verticillés, bractées fort grandes, corollines quaternées, multinervés et caduques ; fleurs décandres. C’est une magnifique plante qu’on a cultivée d’abord sous le nom de Medinilla bractecta, parce que venue de Java par les soins de M. Thomas Lobb , on l'avait prise pour l'espèce de ce nom déterminée par M. Biume. Ce botaniste ramène aujourd'hui cette espèce à son nouveau genre Dactyliote. Une comparaison attentive a cependant fait découvrir à M. Hooker que cette plante-ci, à savoir le Medinilla magnifica n’est pas originaire de Java mais de Manille. Elle est encore plus belle que la Medinilla speciosa que les amateurs de Belgique ont pu admirer à l'exposition de Bruxelles au mois de mars et qui y avait été exposée par M. Linden. Les feuilles ont un pied de longueur, la panicule un pied et demi, les fleurs sont fort nombreuses et les bractées grandes et roses lui donnent une apparence noble. Elle est élégante surtout quand les bractées s'ouvrent et que les fleurs commencent à se montrer ; peu à peu les premiers organes se lèvent et puis tombent.
Culture. Cette plante, originaire des Iles Philippines, demande la serre chaude. Elle fleurit plantée dans un mélange de terre de bruyère et d’argile. On doit drainer convenablement le pot, donner beaucoup d’eau pendant l’époque de la floraison et la seringuer souvent. On la reproduit par division en pied ou par boutures qu’on place en bache chaude et au-dessus des tuyaux de chaleur.
Nymphæa micrantha.Guillem. et Perott. fl. Seneg. tent. p.16.—
Walp. repert. Bot. vol. 4. p.107. — Hook. Bot. mag. 4535. (Nymphæa à petites fleurs). Famille des nymphæacées. Feuilles petites, arrondies , cordiformes, peltées, très-entières , pétiolées ; pétioles très-longs, trèsgrèles ; lobes divariqués, acuminés , au-dessous rougeâtres, et ponctués de violet, au-dessus glabres, d’un vert pâle et souvent bulbifère entre les lobes ; stigmates au nombre de quinze subsessiles et radiés. M. E. Silvester, habitant le nord Hall à Chorley dans le Lancashire, est célèbre dans toute l’Angleterre par sa culture spéciale des plantes d’eau. Il a entre autres un aquarium tropical où les plantes aquatiques de cette partie du monde eroissent à merveille. Cette espèce de nymphæa avait été cultivée à Chatsworth qui l’avait recue des jardins de Knowsley où elle avait été introduite par lord Derby de la rivière de Gambie. Les longues pointes des feuilles et les aisselles vivipares des lobes la rendent extrêmement remarquable. On le décrit dans son pays natal comme étant pâle bleue, mais en Angleterre elle était blanche teintée de vert et de rose.
Culture. On la tient dans un bassin rempli d’eau de pluie dans la serre chaude et mieux encore si la pluie du ciel peut directement tomber sur la plante. La terre au fond de l’eau doit être semblable à celle qu’exige notre nenuphar blanc ordinaire. La reproduction ici s’exéeute facilement par la viviparité de l’aisselle des lobes, circonstance très-rare.
Portlandia platantha. Hook. Bot. mag. 4554. (Portlandie à fleurs grandes). Famille des rubiacées. Le genre portlandia a été décrit par De Candolle. Cette espèce-ci se distingue par les feuilles larges, obovales, elliptiques , subsessiles ; les fleurs axillaires, solitaires ; lobes du calice lancéolés , tube de la corolle grand, infundibuliforme , rétréci à la base ; étamines incluses , stigmate profondément bipartite. On a d’abord cultivé celte plante dans les collections comme une variété du Portlandia grandiflora , mais le feuillage et la fleur diffèrent considérablement de ceux de cette espèce. Celle-ci fleurit quand la plante est petite et sa floraison est abondante. En 1849 un individu haut d’un pied et demi était continuellement en fleur. |
Culture. 11 lui faut la serre chaude et comme terre un mélange d'argile et de terreau de feuilles ou terre de bruyère. Dans les étés chauds et clairs, la lumière directe du soleil lui fait grand mal. On la propage par boutures placées sous une cloche et plongées dans la couche chaude.
FLORICULTURE DE TOILETTE.
DES COIFFURES EN FLEURS NATURELLES CONSIDÉRÉES EN GÉNÉRAL ET SUBSIDIAIREMENT DES COIFFURES A LA FLORE, A LA CÉRÈS ET À LA POMONE,
Par M. Cu. MoRrREN.
Quoique nous intitulions cette partie de notre recueil : Floriculture de la toilette et que nous remplacions en partie par elle, notre Floriculture de salon pour le moment, nous devons avouer néanmoins que ces deux branches de lhorticulture ont entre elles des rapprochements nombreux. Leur but est d’ailleurs presque le même : toutes deux s’adressent plus spécialement aux dames et aux demoiselles qui après avoir présidé par leur bon goût souvent inné et la délicatesse de leurs sentiments à l’ornement des demeures, s'occupent encore de s’embellir elles-mêmes, toujours dans l'intention de charmer l’existence, d'augmenter le bonheur de la vie de famille et de l’étendre aux relations de l'amitié!
La floriculture de salon comporte la connaissance, la culture et l'emploi des différentes plantes susceptibles de croitre, de fleurir dans nos appartements et nos demeures et par suite de les orner. Elle embrasse subsidiairement la connaissance et le choix des meubles nécessaires à ces usages : elle étudie les relations de ces objets avec l'architecture, l’histoire et le langage symbolique qu’ils peuvent exprimer.
La floriculture de la toilette est la science de la connaissance , des choix, de la culture, de l'emploi et de la signification de toutes les plantes susceptibles d’orner l’homme lui-même. Cette science est vieille comme le temps, car elle a commencé sans doute à la première femme qui aura cueilli une fleur pour.en parer sa chevelure; elle préside à la coiffure , elle s'adresse à l’art de s'habiller, elle fait partie de celui du maintien, elle entre dans toute bonne éducation et comme les moindres objets prennent dans notre civilisation moderne une signification, il n’est pas jusqu’à la politique qui ne trouve le moyen d’attacher ses passions ou ses opinions à la fleur portée à la boutonnière, au bouquet ou à la composition d’une couronne. La floriculture de la toilette est une branche de l’horticulture qui se range parmi les plus vieilles mventions, et si on n’en a pas formulé les lois et les préceptes, ce n’est pas faute d'exemples et d'applications, mais seulement parce qu’on a jusqu'ici très-peu lié la connaissance des plantes à celle de Fhumanité. La faute est à nous et non à la science.
M. Jules Lachaume dans un élégant ouvrage intitulé : Les fleurs natu- - relles ou Traité de l’art de composer les couronnes, les parures, les bouquets de tous genres pour bals et soirées , a commencé un des premiers
à ouvrir cette voie, nouvelle en apparence, mais où les trésors de lérudition peuvent jeter à pleines mains les détails les plus intéressants et les données les plus riches en applications nouvelles.
M. Lachaume expose à grands traits généraux les péripéties de l'art des parures et des couronnes de fleurs pour arriver à une conclusion bien trop favorable aux intérêts de la vraie et noble horticulture pour que nous ne nous hâtions de reproduire ici ce charmant passage. On nous excusera de le donner ici en entier, car des pages de ce style et de cette profondeur ne sont Jamais trop longues.
« Un des plus doux amusements de l'enfance est de tresser des couronnes avec les fleurs qui émaillent les prairies où qui croissent à ? ombre des bois.
» L'amant timide exprime ses premiers feux par l'hommage d’un bouquet ; la beauté naïve abandonne à l'être préféré les fleurs queses mains dérobèrent au gazon, qui parèrent son front ou se fanèrent sur son sein.
» La vieillesse elle-même sourit aux fleurs et souvent les derniers vœux d’un vieillard sont pour une couronne de fleurs sur sa tombe.
Les couronnes et les autres parures de fleurs remontent à la plus haute antiquité. Chez les Grecs et chez les Romains, la couronne était pour ainsi dire la coiffure ordinaire des grands, des philosophes, de tous les amants du plaisir. La couronne n’était pas seulement portée comme un ornement, mais encore comme objet d'utilité ; elle servait à cacher les défauts naturels : Socrate avait toujours la tête ceinte de fleurs; Alcibiade changeait de couronne trois fois par Jour. À quatre-vingts ans, Anacréon mariait les roses à la neige de ses cheveux. César, chauve à trente ans, dut à la couronne de fleurs l'avantage de cacher longtemps ce défaut aux beautés de Rome.
» À Athènes comme à Rome, on ne pouvait se présenter nulle part en public, soit au cirque, soit au théâtre ou à l'académie , sans sa couronne. La couronne était d'obligation pour chaque convive dans les festins.
» Le moyen-âge proscrivit les couronnes de fleurs et les remplaça par des couronnes d’or enrichies de pierres précieuses qui ornèrent le front des rois, des ducs, des marquis, comtés et barons, etc.
» Louis XIV remit en honneur la couronne de laurier à l'usage des héros de son règne et réserva les couronnes de fleurs pour les statues des déesses de la Fable.
» Au xvue siècle on porta des torsades de perles, des panaches de plumes, des diamants, et quelques guirlandes que les dames de la cour mettaient par dessus leurs paniers.
» Sous l’Empire, on porta peu de fleurs.
» Sous la Restauration, les fleurs artificielles furent. en grande vogue;
chacun en porta , depuis la simple paysanne qui avait à son bonnet des
fleurs de pacotille, dites de fantaisie, jusqu'à la duchesse qui préférait aux F
roses naturelles les roses en velours et en satin diamantés.
» Autrefois, au théâtre, on rendait hommage au talent des comédiens en leur jetant de gracieuses couronnes de fleurs tressées exprès à cette intention; aujourd'hui on se contente de leur jeter les bouquets fanés qu'on tient par hasard à la main, qu’on a respirés toute la soirée et dont on ne saurait plus que faire. Les comédiens répondent comme il convient à cet hommage de mauvais goût. Les fleurs, ramassées au râteau par leurs valets, vont grossir les tas d’ordures qu'enlèvent chaque matin mille tombereaux dans la capitale pour fumer les champs des environs de Paris.
» De nos jours on semble vouloir revenir aux beaux temps de la Grèce et de Rome. Les fleurs naturelles sont remises en honneur. Déjà une femme du monde ne peut plus se présenter décemment dans une bal, dans une soirée, sans avoir une rose où un camelia à son corsage. Espérons qu'on ne s'arrêtera pas là et que bientôt la couronne et le bouquet seront d’une rigoureuse obligation dans toute réunion qui aura le plaisir pour but. Pourquoi même nos grandes dames ne remplaceraient-elles pas leur disgracieux chapeau par de gracieuses et odorantes couronnes de fleurs ? Celles surtout qui tiennent à se distinguer de la foule par une signe caractéristique. Tout le monde peut porter des rubans et des fleurs artificielles, mais il faut être riche (1) pour porter une parure de fleurs naturelles toujours fraiche, attendu que les fleurs naturelles se fanent rapidement et que la même parure ne peut servir qu’une seule fois. Je ne vois pas de moyen à la fois plus sûr et plus agréable pour le grand monde de se distinguer de la classe moyenne. Les fleurs sont d’ailleurs l’emblême naturel du luxe, de la richesse et de l'abondance. Tôt ou tard, nous en sommes sûr, elles remplaceront et le chapeau difforme et absurde, et le bonnet de gaze, de tulle ou de percale, plus absurde et plus difforme encore que le chapeau. »
M. Lachaume à la suite de ce brillant morceau, se pose hardiment en révolutionnaire. La révolution qu'il vient d'indiquer, il l’appelle de tous ses vœux et il veut la préparer. Pour y parvenir, il donne une suite de conseils et de descriptions en vue de les populariser. :
Nous examinerons dans un prochain entretien l’histoire réelle des couronnes et des parures de tête en fleurs naturelles et remontant aux sources positives des documents tant de l’antiquité que du moyen-âge , nous démontrerons, preuves en main, que M. Lachaume s’est trompé en attribuant au moyen-âge la proscription des couronnes en fleurs naturelles. Nous aurons l’occasion de lui signaler un auteur belge, aussi célébre à son époque que dans la postérité, qui précisément écrivit un traité tout spécial sur les plantes pouvant servir à cet usage, et prouve que le moyen-âge auquel il participait encore par sa naissance,
(1) M. Jules Lachaume parle de Paris. En Belgique , quelle est la dame qui aille au bal ou en soirée, qui ne pourrait se procurer des fleurs naturelles presque pour rien? Nous avons vu vendre, cet hiver, les plus beaux bouquets à 1 ou 2 francs. Ch. Morren.
Tig. 2.
Fig. À.