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planche ci-jointe cette étrange figure de mouton couvert de laine et parais: sant se soutenir sur ses quatre pattes, tandis que la tête s’abaisse pour paitre le gazon. Cette fougère est l'agneau turtare ou scythe (Cibotium Barometz ou Baranetz des botanistes et de nos serres). On lappelle encore Baranyetz, ce qui au fond signifie un mouton tartare; les Russes appellent le mouton Baran. C’est une plante de la Chine d’ou elle a été introduite en Europe par M. J. Reeves, et actuellement elle se cultive partout en Angleterre dans les serres à fougère.
Au milieu du xvuf siècle, Struy dans son voyage en Tartarie, PT ce qui suit : « Sur la côte occidentale de la Volga s’étend une plaine saléee inhabitée et sans culture. Sur cette terre qui fournit tout le sel nécessaire aux environs, croit le Boranez ou le Bornitsh. Cette plante singulière a l’apparence d’une brebis, on y voit ses pattes, son corps couvert de laine, son cou , sa tête. La laine est aussi douce que la soie. Les Tartares et les Moscovites ont un grand respect pour cette merveille de la nature et ils la conservent précieusement dans leur maison. Ce mouton végétal croit sur une tige d'environ trois pieds de hauteur, il est capable de se tourner de lui-même jusqu’à ce que le bout touche au gazon , comme si le mouton voulait paitre, et si lon ôte l’herbage, l'être dépérit, se dessèche et meurt. Quand les loups rencontrent des moutons pareils, ils se ruent dessus et les dévorent, car on dit qu’ils ont des os, de la chair et du sang comme de vrais moutons, ce qui ferait croire que c’est un zoophyte ou un animal plante. » Ft
M. Burnett a déjà fait observer que cette anecdote ne peut s'expliquer que par l’apparence qu’offrent parfois les rhizomes de certaines fougères tout couverts d’un duvet membraneux et roussâtre très-connu des botanistes. C’est ce duvet qui a fait croire à de la laine et la ressemblance du rhizome vieux avec un mouton, l’imagination aidant, aura fait le reste. De plus, le jus de la plante teignant en rouge, on y aura vu du sang.
Dans ce vase posé à terre, à gauche, notre planche représente la plante vivante telle qu’elle est cultivée dans les serres. Le rhizome s’étend horizontalement et les feuilles mesurent jusqu’à huit pieds de longueur sur cinq de largeur. Elles sont en panaches magnifiques.
Une autre fougère le Davalla canariensis offre un rhizome tellement semblable à un pied de lièvre qu’on appelle la plante de ce nom.
Dans une des corbeiïlles suspendues, vous apercevez lAdianthum capillus veneris ou les cheveux de Vénus, ainsi nommé parce que les fibres des feuilles ou leurs soutiens, sont presque aussi fins que des che-. veux; de plus ils sont noirs. C’est avec ces tiges que l’on prépare le sirop: de capillaire si usité en médecine. De cette même corbeille descend le Selaginella cœsia ou selaginelle bleue qui refléchit un beau bleu d'azur sur ses petites feuilles. Cette jolie plante est d’une famille qui avoisme celle des vraies fougères.
Le Nephrodium esculentum qu’on voit dans toutes nos serres; porte ac
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nœuds à ses rhizomes remplis de fécule. On les mange au Népaul comme pommes de terre. Dans la Nouvelle-Zélande le Cyathea medullaris fournit par sa tige un excellent sagou. À la Nouvelle-Galles on rôtit au four les rhizomes du Pteris esculenta et on les utilise comme du pain avec les viandes. Notre belle fougère des bois, le Pteris aquilina qui montre audedans de sa tige la figure d’un double aigle d'Autriche, sert aussi à faire du pain au besoin et les bouts se substituent au houblon pour la fabrication de la bierre. Le Polypodium phymatodes qu’on voit dans un des pots du boudoir figuré ci-contre sert aux Sandwichiéns à donner de l’odeur à l'huile de coco. Le Mertensia dichotoma fournit aux Brésiliens des tuyaux de: pipe. L’Aspidium fragrans exhale une odeur de thé, tandis que l'Aneima tomentosa répand au loin le parfum de la myrrhe et le Mohria thurifera celui du benjoin. L’Asplenium lucidum dans les iles de la Polynésie est le plus fidèle emblême de la tristesse et dans les convois funébres les pleureurs en portent des feuilles à la main.
Parmi les espèces qui se plaisent le plus dans nos appartements figure certes le Pteris serrulata dont on voit descendre les frondes d’un des suspenseurs. C’est une fougère charmante, à feuilles en panache et d’une croissance très-volontaire, Tandis que la plupart de ces plantes rampent à terre et s’accrochent au sol par leurs racines , d’autres grimpent comme des lierres, tels sont les Lygodiuwm scandens, circinatum et palmatum qu'on cultive aussi sur des morceaux de bois suspendus comme les orchidées.
L'une des fougères les plus curieuses à cultiver est sans contredit l’Acrostichum alcicorne ou la corne d’Elan. Quand elle a bien repris dans son pot, on suspend celui-ci la tête en bas. Cette plante porte au pied de ses feuilles de larges disques en bouclier implantés les uns sur les autres et de leur centre jaillissent des feuilles qui ont la forme des cornes d’Elan. Le pot étant suspendu, les feuilles reprennent leur position ascensionnelle, de sorte qu’on obtient alors un meuble végétal dont rien n’approche. Dans le boudoir à fougères on le voit suspendu au milieu en guise de lustre.
Le vase à collection de fougères qu’on voit derrière le mouton végétal est fait en porcelaine ou en terre cuite à volonté. Il offre sur le pourtour de grands trous tandis que son intérieur est rempli de terre. De chaque trou sortent des fougères. De son haut on voit jaillir le beau Elaphoglossum villosum ou la langue d’Elan, dont les feuilles entières en lames ondulées ou repliées en boucles, prennent les directions les plus gracieuses. Le Polypodium vulgare si connu des médecins sort d’un des trous latéraux, de même que l’Hemionitis palmata qui est vivipare et produit des jeunes plantes dans l'angle des doigts de ses feuilles.
On cultive aujourd’hui tant de centaines de fougères que le choix en est difficile. Nous nous bornons ici à donner une liste de celles qu'on peut demander aux horticulteurs avec certitude de les conserver dans les appartements.
Acrostichum alcicorne. Sw,
Adiantum concinnum. H. Kth.
cuneatum. L. et Fis.
formosum. Br.
moritzianum. Lk.
pubescens. Schk.
Allantodia australis. Br.
Blechnum braziliense. Dew.
gracile. Kaulf, striatum. Br.
triangulare. Lk.
Cheiïlanthes davallioides. W.
Cibotium glaucescens. Kunze.
Daræa cicutaria. W
{ Niphobolus rupestris. Spr.
[Nothochlema distans. Br.
Eckloni. Kunze.
Polypodiun aureum. W.
Billardieri. Br.
concinnum. W.
decursive-pinna-
axillaris. Kaulf.
umbrosa. Br.
Anemia fraxinifolia. Rod.
STE coriaceum. Sw.
eburneum.
— — odontites. W. tum. Van Hall.
Davallia conariensis. Sw. | Mn Nr H.
elegans. Sw.
pyxidata. Cov.
Dicksonia antarctica. Lob.
Ha Adee L.
Pteris arguta. Vahl.
— elongatum. Sw. Diplazium lasiopteris. Kunz. —. crenata. SW.
— falcatum. Sw. — Shepherdii. Lk. cretica. L.
— molle. Sw. Doodia aspera. Br. falcata. Br.
— patens. Sw. — caudata. Br. hastata. Sw.
— pennigerum. SW. — Kunthiana. Gaud. Kingiana. End.
— proliferum. Br. Gymnogramma ochracea. Pr. Lœta.
—. pungens. Kaulf. Lomaria antarctica. Carm. longifolia. L. Asplenium bulbiferum. Forst. — attenuata. W. pedata. L.
decurtatum. Lk.
flabelliforme. Cav.
monanthes. L.
planicaule. Wall.
prœmorsum. Sw.
virens. Presl.
Blechaux australe. L.
Gillæsii. H, et Gr.
nuda. W.
Patersonii. Spr.
procera. Spr.
Nephrodium decompositum. Br.
Ottonis. Lk Niphobolus lingua. Spr.
polita. H. Ber.
serrulata. L.
spinulosa Rad.
tremula. Br.
umbrosa. Br.
vespertilionis. Labill.
oodwardia radicans. Sw.
IE: GES Feet re
Cette liste pourrait être augmentée de beaucoup.
Les conditions générales de la culture sont de donner de l'ombre, de la lumière diffuse à travers un rideau et jamais des rayons directs du soleil, une atmosphère moite et humide, ce qu’on obtient par des arrosements modérés mais fréquents, un sol formé surtout de terre de bois et de terreau très-noir et très-végétalisé, enfin un drainage bien exécuté, de sorte que l’eau découle sans séjourner. Avec ces soins les fougères croissent à merveille. Ce sont d'excellentes plantes de boudoir où un demi-jour est réclamé dans un autre but : elles égaient par leur verdure , elles plaisent par leurs formes infinies et gracieuses, et par leur port d’une élégance incomparable, elles intéressent enfin par leur utilité, leur histoire , et si l’on remonte aux temps antédiluviens, elles nous deviennent encore plus précieuses puisque ce sont elles qui ont formé la houille, cette base et cette source brülante de toute industrie et actuellement de nos voyages.
Les personnes qui ne veulent pas mettre à l’acquisition des fougères de serres quelque argent , peuvent orner leurs appartements des espèces indigènes. Elles y croissent la plupart avec une grande facilité. Cependant chaque espèce a ses habitudes. Ainsi, le Pteris aquilina ne se déplante pas, il meurt de suite, tandis que la fougère mâle ordinaire subit cette opération sans souffrir. Les scolopendres se développent admirablement dans nos demeures. Le si élégant struthiopteris germanica, dont la rosace imite la fronde d’un palmier, se plait parfaitement dans une corbeille ou un vase, et l’aspidium fragile persiste à vivre jusque dans les pots de poupée. Notre flore nationale offre dans cette matière d’amples ressources.
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