Deutzia gracil 1S (coll.de Sieboldt
HORTICULTUR E.
LE WEIGELA ROSEA,
Par M. CH. MoRREN.
L'expérience l’a bien démontré aujourd’hui, l’une des plus belles et des plus intéressantes additions qu'ont recues nos jardins depuis de longues années, est sans contredit le charmant arbuste connu sous le nom de Weigela rosea, Lindi. Soit qu’on le considère comme arbuste de pleine terre, soit qu’on l’envisage comme végétal à forcer l’hiver, soit enfin qu'on le choisisse comme source de fleurs à bouquet, surtout dans la morte saison, dans les trois cas, cette importation mérite une attention spéciale et se trouve digne des éloges que l’horticulture avancée lui a prodigués. Quoique nous ayons fait connaître son existence en Belgique dès 1848 (1) et que nous l’ayons vu figurer dans nos expositions et quelques-uns de nos jardins, cependant nous avons cru devoir revenir sur cette précieuse espèce, parce que nous ne pensons pas qu’elle soit suffisamment connue. Elle est destinée à une popularité beaucoup plus grande que celle dont elle jouit actuellement.
En 1780, Thunberg qui avait exploré le Japon, écrivit dans les actes de l'académie de Stockholm une dissertation où il fonda le genre Weigela sur une seule espèce de ce pays : Weigela Japonica. Ce genre, il le dédia à son excellent ami, Weigel, alors professeur de botanique et de chimie à l’université de Greifswald. En 1799, il en confirma l’existence dans ses Dissertationes academicæ (*), à propos de la thèse de son élève Hornstedt. Cependant il ne cite encore qu’une seule espèce, bien qu’il ramena aussi au même genre le Weigela coracensis, déjà connu de Kaempfer. Les botanistes seuls s’occupèrent de ces détails et dans ces derniers temps, Endlicher rejeta le genre Weigelu tout entier pour en réunir les espèces aux Diervilla de Tournefort. Mais à l'époque ou M. Fortune revint de son premier voyage en Chine, la question changea de face. Il en ramena le Weigela rosea dont il sera question, et M. John Lindley remit l’ancien genre de Thunberg de nouveau en honneur. Il trouva que dans les vrais Diervilla la glande du bas de la corolle adhère à ce dernier organe, tandis que dans les Weigela cette glande est libre. On aurait certainement le droit de se demander si cette seule particularité suffit pour fonder un
(4) Annales de la Soc. roy. d’agric. et de Bot. de Gand, 4e vol. p. 380. (2) Vol. 1. Gotting. 1799. p. 6.
genre, et Endlicher laisse la question indécise en disant simplement :
disque épigyne charnu, remplissant le cou du calice. I] ne fait pas attention à l’adhérence. Pendant ce temps un autre botaniste, M. Bunge séparaît des Weigela les espèces dont le calice se prolongeait en long tube et en faisait des Calysphyrum.
Le Weigela rosea est originaire de ia Chine et c’est à la Société d’horticulture de Londres qu'on doit la propagation de cette charmante plante en Europe. Elle a été découverte par M. Fortune qui la trouva cultivée dans les jardins des mandarins et des personnages de distinetion. Déjà en avril 1847, on la vit fleurir abondamment à Chiswick. C’est un arbuste qui peut atteindre de grandes dimensions et qu’on conduit à peu prés dans la forme qu'on veut lui donner. A l'exposition d'Anvers des 9, 10 et 11 mars 1851, Me Legrelle-d'Hanis avait envoyé au salon un Weigela rosea forcé, en fleurs, de près de six pieds de haut, mais cette grandeur ne limite pas celle qu'il peut atteindre, loin s’en faut. La terre qui lui parait convenir est un bon sol de Jardin terreauté et assez meuble pour qu'il puisse y étendre ses racines. Sa floraison naturelle a lieu en Belgique en mai, plus tôt en Angleterre, et après la floraison, son feuillage s'étend plus au loin, surtout quand on a taillé l’arbuste en tête, forme qu'il recoit sans contrainte. En hiver, les feuilles tombent, mais dés le printemps la feuillaison commence , comme on le voit dans presque toutes les caprifoliacées dont la végétation est très-printannière.
Le Weigela rosea a les rameaux, les pétioles, les côtes des feuilles et les ovaires pubescents et même poilus. Les feuilles ont le pétiole court, elles sont oblongues, aiguës, acuminées, arrondies à la base, dentées finement, glabres au-dessus. Les fleurs qui naissent en bouquets et xapprochées sont sessiles, axillaires ou terminales, réunies au nombre de trois ou solitaires. L’ovaire est plusieurs fois plus long que le calice qui est légèrement poilu. La corolle est pubescente, le tube obconique, le limbe plane, presque régulier, les divisions au nombre de cinq, arrondies, les filets glabres. Cette corolle varie de couleur selon son âge. Elle naït d’un rose clair, puis elle s’empourpre et devient d’un rose vif au ton de carmin ; enfin , elle perd ces couleurs pour passer au rose pâle, puis au blanc. Pendant lempourprement, nous avons vu des corolles passer au violet. Ce sont ces teintes diverses qui ajoutent à la beauté des inflorescences du Weigela. Sur les individus forcés, les fleurs sont généralement plus pâles, elles restent roses ou d’un blanc lavé de rose, mais en été comme en hiver, c’est leur réunion, leur fraicheur, leur grandeur et la variabilité de leurs teintes qui font un de leurs principaux mérites. M. Lindley les comparait aux fleurs du Pirus spectabilis ; je les trouve beaucoup plus élégantes. La planche 54 en donnera une idée.
La culture de ee charmant arbuste de pleine terre est des plus faciles, ct nous sommes persuadé que s’il était plus connu, on le verrait partout. Les jeunes pousses, soit latérales, soit terminales, quand elles ont formé
du jeune bois assez résistant, peuvent devenir des boutures qui reprennent avec la plus grande facilité. Ces boutures longues de trois pouces rend des racines très-promptement, si elles ont un talon, c’est-à-dire une portion de l'écorce et du jeune bois de la branche qui les a portées. On ne leur laisse que les feuilles supérieures en ayant soin de leur donner une bonne terre terreautée, de les couvrir d’une cloche et de les mettre en bache. On les fait très-bien en mai et juin ; elles croissent si vite qu’on a déjà de très-belles plantes à mettre en place avant l'hiver. On a encore un autre système de bouturer le weigela, c’est de prendre les branches aoûtées et de les placer en pleine terre, Ià où le soleil peut échauffer le sol. Seulement il faut éviter le desséchement et soigner les arrosements.
On a cru d’abord que toutes les jeunes boutures devaient passer l'hiver en serre ou en conservatoire, mais on sait actuellement qu’elles résistent à nos froids et on ne risque rien de les laisser en plein air. Seulement pour obtenir des plantes fortes et de bonne apparence, on les cultive la première année en pot et puis on les met en place. Il parait, pour autant que si peu d'années d’essais peuvent s'appeler de l’expérience, que ce mode empêche la plante de s’emporter, sorte de végétation qu’on lui reconnait chaque fois qu’on la force pendant l'hiver. Mais dans cette dernière circonstance, comme les branches eflilées et floriferes sont flexibles, le mal devient un bien, car dans les coiffures et les garnitures de robes, les Weigela s’agencent admirablement et font un délicieux effet.
On conçoit que devant cette facilité extrême de se multiplier, le prix des Weigelu a dû descendre très-vite à un taux très-bas. Un bon pied vaut aujourd’hui un franc. On peut en garnir les bosquets , les parterres, les boulengrins; on en recouvre les murs, les treillis, les berceaux, les kiosques, ou bien on en orne les haies, les tuteurs, les trones d’arbres, etc. Dans sa docilité extrême, il offre des ressources considérables qu’un horticulteur intelligent saura varier à l'infini.
LE DEUTZIA GRACILIS DE ZUCCARINI, Par M. CH. More.
Cette année 1851, les honneurs du premier prix, dans le concours de plantes nouvelles en fleur, ont appartenu et ontété décernés de plein droit au Deutzia gracilis, de Zuccarini, dans les expositions des Sociétés d’horticulture d'Anvers, Bruxelles, Gand, Louvain, Malines, Tournai, etc. Cet arbuste a été introduit dans nos cultures par le zélé M. Joseph Baumann , horticulteur de Gand (Nouvelle promenade), lequel avait acquis de M. Siebold et à grands frais, l’édition entière de cette nouvelle philadelphée. C’est le même M. Baumann qui s’est acquis naguère une réputation européenne par sa savante et ingénieuse culture des tropæolum où
capueines et de rixia, dont il bouturait et gi les tiges minces
comme des cheveux.
Nous avons entendu dans quelques-unes de nos villes horticoles, des jardiniers déclarer qu’ils possédaient depuis longtemps le Deutzia gracilis, que par suite ce dernier n’est pas une nouveauté. Ces messieurs sont dans l'erreur. Il est vrai qu'il circule dans le commerce, depuis quelques années, un Deulzia gracilis, mais ce nom est mal donné, même quant au genre : cette ancienne plante est le Callicarpa Murasaki, une espèce de verbénacées, tandis que le Deutzia est une philadelphée, d’un genre voisin des syringa. Il n’y a donc aucune analogie entre ces deux plantes. Au reste, il circule à l'égard du Deutzia scabra, qu’on croît posséder dans les jardins d'Europe, une erreur non moins réelle. Le Deutzia scabra des horticulteurs est le Deutzia crenata des auteurs. L’un et l’autre, le crenata et le gracilis, ont été introduites dans les cultures d'Europe par l'infatigable voyageur de Siebold, à qui nous devons tant et si luxueuses plantes du Japon.
Le genre Deutzia fut fondé en 1781 par Thunberg, sur le scabra. « Nous voulons, disait son auteur, consacrer cet arbre à la mémoire d’un grand patron de l’art des cultures. J. Deutz, échevin de la ville d'Amsterdam, plusieurs fois nommé président du collége échevinal de cette grande et à cause de sa dignité et de ses mérites. »
Endlicher a donné, comme suit, les caractères dé ce genre :
Devrzia. Thunb. Calyæ tubo campanulato, cum ovario connato , limbo supero, quinquedentato. Corollae petala quinque , sub annulo epigyno carnoso inserta, calycis Jaciniis alterna, obovato-oblonga, æstivatione valvatim induplicata. Stamina decem , cum petalis inserta, alterna ïisdem apposita breviora ; filamenta compresso plana , subulata vel breviter triloba, lobo intermedio antherifero ; antheræ introrsæ, biloculares, subglobosodidymæ, longitudinaliter dehiseente. Ovarium inferum, tri-quadriloculare. Ovula in placentis carnosis, e loculorum angulo cenirali porreelis plurima, pluri seriatim imbrieala , adscendentia. Styli tres vel quatuor, filiformes , erecti, demum elongali; stigmata clavato-decurrentia , carnosa. Capsula coriacea, calyce corticala, disco epigyno umbilicata, tri-quadriloeularis, septicide tri-tetra cocea, coccis basi et apice cohærentibus placentis tandem cavis, longitudinaliter bipartitis. Semina plurima, adscendentia, multiseriatim imbricata , oblonga , compressa, lesta membranacea, reticulatim venosa, basi ad umbilieum tubulose relaxata, irregulariter fissa, apice in alam brevem produela. Embryo in axi albuminis cornei orthotropus, clavato-subeylindrieus ; cotyledonibus brevissimis, obtusis : raieula umbilico proxima, infera. (Endi. 6107.)
Deurzia. Thunb. Calice à tube campanulé conné avec l’ovaire, limbe supère, à cinq dents. Pétales de la corolle au nombre de cinq, insérés au-dessus de l’anneau épigyne charnu, allernes aux divisions du calice, obovés-oblongs, à estivation indupliquée, valvaire. Dix étamines insérées avec les pétales allernes, et les opposées plus courtes ; filets comprimés, planes, subulés ou trilobés, lobe intermédiaire anthérifère ; anthères introrses, biloculaires, subglobuleuses, didymes, s’ouvrant longitudinalement, Ovaire infère, tri-quadriloculaire. Ovules sur les placentas charnus, nombreux, saillants de l’angle central des loges, imbriqués en plusieurs séries, ascendants. Trois ou quatre styles filiformes , droits, s’allongeant à la fin ; sliymates claviformes : décurrenis, charnus.
Capsule coriace, corliquée du calice, ombiliquée du disque épigyne, tri-quadriloculaire , septicide, tri-létracoque, coques cohérentes à Ja base et au sommet, placentas à la fin caves, longitudinalement bipartites.
Graines nombreuses, ascendantes, imbriquées en plusieurs séries, allongées , comprimées, lesta membraneuse, veinée en réliculation, relachée à la base, vers l’ombilie, en forme de tube, irrégulièrement fendue, prolongée au sommet en petite aile. Embryon orthotrope dans l’axe d’un albumen eorné ; cotylédons très-courts, obtus ; radicule près de l’ombilie, infère. (Endl. 6107.)