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HORTICULTURE
HISTOIRE LITTÉRAIRE, MÉDICALE, BOTANIQUE ET HORTICOLE | DES NYMPHÆAS
Par M. CH. MoRrREN.
La famille des Nymphæacées, appelées dans les langues teutoniques roses d’eau, Wasserrosen, forme un des groupes les plus intéressants de la création. Nées dans les deux hémisphères, elles habitent les eaux tranquilles ou coulant lentement, mais dans l'hémisphère boréal où leur feuillage devient magnifique et leurs fleurs superbes d'élégance, de coloris et de grandeur, elles sont plus nombreuses que dans la partie opposée de la terre tournée vers le pôle austral. Dans l'Amérique tropicale, leur développement atteint des dimensions si extraordinaires dans le règne végétal qu'on les a nommées à juste titre les reines des eaux; aux yeux des botanistes, ces espèces américaines brillent surtout par l’organisation du torus, partie de la fleur qui porte à la fois les étamines et la corolle, ainsi que par la structure des graines.
Séparées aujourd’hui dans la classification naturelle des êtres des nelumbiacées, des cabombées et des sarracéniacées, toutes formes des plus remarquables du règne végétal, les nymphæacées ne renferment plus que les genres nettement définis et circonscrits des Euryale et Victoria formant une première tribu où le calice est soudé à l'ovaire et où les pétales sont libres, des VNymphæa et des Nuphar formant une seconde tribu distincte par son calice, et ses pétales libres et enfin des Barclaya, genre de plantes du port de nos potamogetons d'Europe et habitant le royaume du Pegu ; il forme à lui seul une troisième tribu où le calice est libre et les pétales soudés en une corolle gamopétale. Cette circonscription ne facilite pas notre histoire littéraire des VNymphæa, parce que toutes les légendes et croyances égyptiennes et indiennes, qu'on a attribuées au Velumbium speciosum appartiennent au Vymphæa lotus. C’est ce que tendent à prouver les éerits du Docteur Shaw (1) et ceux du professeur Dierbach (92).
Le genre Nymphæa, fondé par le botaniste flamand Necker (Élem. n° 14828) et séparé par Smith des Nuphar, qui contient notre ancienne espèce de nénuphar jaune, appartient à la tribu des Nupharinées où le
(4) Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant. (2) Flora mythologiea, p. 72.
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calice est libre et les pétales aussi. Ce genre Nymphœa est aujourd’hui d’après Endlicher défini de cette manière :
Nvupnæa. Neck. Calyx tetra-pentaphyllus, foliolis imo toro insertis, liberis, intus coloralis, deciduis. Torus urceolaris ovario adnatus. Corollæ petala 16-28, toro extus pluriseriatim inserta, libera, plana, superiora sensim minora. S{amina plurima toro supra petala multiseriatim inserta, libera ; flamenta petaloïdea, extima sæpe sterilia; antheræ introrsæ biloculares, loculis oblongis vel linearibus adnatis , longitudinaliter dehiscentibus. Ovarium calyci superum , toro petala et stamina gerente inclusum , multiloculare. Ovula plurima dissepimentorum parietibus inserta, analropa. Sigma sessile, peltato-radialum, centro glandula ovalo-globosa umbilicatum.
Bacca ovata petalorum staminumque cicatricibus exsculpta; stigmate coronata, multilocularis, intüs pulposa, putredine aperta.
Semina plurima, intra pulpam nidulantia, ovato-oblongo, epidermide membranacea, volubili ; esta crustacea, endopleura tenuissima ; rhaphe longitudinali et chalaza apicali nolata. Albumen copiosum , farinaceum. Embryo intra umbilicum basilarem sacculo amniolico inelusis, albuminis cavitati applicitus, minimus, lenticularisubglobosus (Endi. 5020).
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Nympuæ4. Neck.Calicetétra-pentaphylle, folioles insérées au bas du torus, libres, colorées en dedans, caduques. Tor Mr soudé à l'ovaire. Pétales de la corolle 16 à 98, insérés en plusieurs séries extérieurement sur le 10rus, libres, planes, les supérieurs peu à peu plus petits. Etamines nombreuses , insérées en plusieurs séries sur le torus au-dessus des pétales, libres ; filets pétaloïdes, les extérieurs souvent stériles ; anthères introrses, biloeulaires, loges oblongues ou linéaires, adnées, longitudinalement déhiscentes. Ovaire supère au calice, portant par le torus les pétales et les élamines, fermé, multiloculaire. Ovules nombreux, insérés sur les parois des cloisons anatropes. Stigmate sessile, pelté-radié, ombiliqué au centre d’une glande ovale-globuleuse. Baie ovale, ciselée des cicatrices des pétales et des étamines, couronnée du stigmate, multiloeulaire, pulpeuse au-dedans, s’ouvrant par la putréfaclion. Graines nombreuses, nichant dans une pulpe, ovalesoblongues, épiderme membraneux et séparable ; {esta crustacée, endoplèvre très-mince, marquée d'un rhaphé longitudinal et.d’une chalaze apicale. Albumen gros, farineux. Embryon renfermé dans un sac amniotique et pourvu d’un ombilic basilaire, très-pelit, lenticulaire-subglobuleux et appliqué sur la cavité de l’albumen. (Endl. 5020.)
Les nymphæas sont des plantes aquatiques habitant les eaux stagnantes ou se mouvant tranquillement des régions tempérées ou subtropicales, surtout de l'hémisphère boréale, devenant très-rares entre les tropiques, pourvues d’un rhizôme charnu d’où poussent des racines fortes et solides, les pétioles et les pédoncules sont cylindriques, lisses, en dedans laculeux et creusés de cavités atteignant par leur sommet la superficie des eaux ou un peu émergés, les feuilles cordées ou peltées, entières ou sinuenses dentées, nageantes ou exsertes, glabres ou parfois poilues au-dessous, les fleurs grandes, belles, blanches , roses rougeâtres ou bleues, jamais jaunes et le plus souvent ps re pen adorantes. |
Trois groupes se partagent ce magnifique genre : 4° les cyanées ayant les anthères prolongées au bout, les fleurs toujours bleues ou bleuâtres, les feuilles entières obscurément sinuées et peltées; ce groupe appartient à l'Afrique, une espèce habite l’Asie tropicales 2° les Lotos, dont les anthères ne se prolongent pas dans les fleurs, sont blanches, roses ou rouges, les feuilles peltées, presque toujours dentées et pubescentes au-dessous; ce groupe appartient à l’Inde et à l’Afrique, tandis qu’une espèce s'avance jusque dans l’Europe australe et une autre aux Antilles; 3° les
Castalies, dont les anthères ne se prolongent pas au bout, dont les fleurs.
sont blanches, les feuilles cordiformes, glabres et entieres; ce dernier
groupe est celui des nymphæas de l’hémisphère boréal. Ainsi la structure de ces magnifiques espèces est en rapport avec leur distribution géographique.
L'étymologie du nom générique est vuuyy, nymphé, nymphe d’eau. Ce nom avait été donné à ces plantes déjà dès l'antiquité. Théophraste, le disciple et l'ami d’Aristote, les nommait Nouugux, nymphæa, dénomination adoptée par Dioscoride et Pline. Les Grecs trouvaient notre Nymphæa alba en Thessalie, en Bithynie, en Argolie. On la disait une métamorphose en plante d’une nymphe aimée d’Hercule et de là quelquesuns la nomment Héracléon, dénomination qui est passée à une ombellifère, l’'Héracleum des modernes. Notre nénuphar jaune était distingué déjà par les anciens botanistes grees du nom même de vouszs, nouphar dans Dioscoride et aujourd’hui encore on le nomme en Grèce ouvouoxpos , nounoupharon. Autour de Constantinople et en Thessalie, elle abonde et nous verrons à quelle haute antiquité remonte l'opinion populaire et médicale sur les propriétés de cette plante. C’est ce genre de vertu qui a fait donner au groupe de nos nymphæas blancs le nom de castalia, plantes chastes.
Le nymphæa d’Isis, si célèbre dans l’histoire des cosmogonies égyptiennes et indiennes, est le VNymphæa Lotus des botanistes, appelé même Castalia mystica par erreur. Il croissait dans le Nil, près de Rosette, de Damas, etc. , et s’étend dans l’ouest de l'Afrique. Le rhizôme entouré d’un cercle brun est mangeable; les grandes feuilles nagent sur l’eau et imitent des boucliers, mais les jeunes ont la base plus étroite, ce qui donne à l'appareil la forme d’un cornet ou entonnoir. Un duvet couvre la surface inférieure , tandis que la supérieure est entièrement glabre; la fleur très-grande et d’une remarquable beauté est verte au calice mais les sépales sont largement marginés de rose, tandis que les pétales offrent la blancheur la plus éclatante. Les Égyptiens frappés de cette beauté avaient dédié le lotus à Isis et Osiris : ils y voyaient l’image de la création, la puissance de la nature et l’origine de toutes choses hors du sein des eaux. Ce symbole se reproduisait dans une foule de circonstances. Quand le Nil élevait le niveau de ses ondes, la nymphée se montrait dans sa végétation accroissante et la fécondité de l'Égypte se représentait sous les traits du développement de la rose des eaux. Aussi l’appelait-on la fiancée du fleuve, et dans l’esprit du peuple, les fleurs du nymphæa lotus figuraient la couronne naturelle de l’hymen des eaux puissantes du Nil avec la terre qw’elles fécondaient. Les Égyptiens exprimaient ce rapprochement par un proverbe : « plus il y a des lotos, plus il y a de bénédictions sur l’année. » Les enfants, les jeunes filles se couronnaient de ses fleurs et couraient par les villages et les viiles en chantant le refrain national :
Plus le lotos fleurit , Plus le Nil féconde son lit, ete.
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Le professeur Dierbach est même d’avis que le Demeter des Grecs s’accorde avec ce symbole. Le fruit en tête, analogue à la capsule des pavots qu'on retrouve sur les monuments consacrés à Cérès, semble bien être le fruit du Nymphæ Lotus. Hérodote parle de l’usage où l’on étaitde laisser sécher cette sorte de fruits au soleil, de moudre les graines et d’en faire une espèce de pain qu’on regardait comme très-favorable à la santé. L'eau au sein de laquelle le lotus, symbole de la fécondité, trouvait les éléments de sa vie, le soleil faisant mürir ses graines, matière première d’un pain bienfaisant, c’est plus qu'il n’en faut pour s’expliquer pourquoi sur les représentations mythologiques, on voit presque toujours la belle nymphéacée nageant sur la surface des eaux et recevant les rayons d’un soleil qui semble aller s’y coucher.
Le Nymphæa Lotus, introduit dès 1802, dans les serres anglaises et vulgarisé en Europe par les soins de feu Rafeneau Delile, professeur de botanique à Montpeiller, et pusaidens de l’institut d'Égypte sous Napoléon, a présenté un phénomène curieux à Blandfort et à Sims pendant qu’on le cultivait à Kew. Les fleurs s’ouvraient le soir, restaient ouvertes toute la nuit répandant pendant ses heures un doux arôme et à mesure que le soleil se levait, les fleurs se fermaient pour se rouvrir de nouveau le soir suivant. Au contraire, un Nymphæa très-voisin , le Vymphæa pubescens que Salisbury a nommé Castulia sacra et que quelques érudits ont pris pour le vrai Lotos des anciens, plonge au dire de Rumph qui l’a observé dans les Indes javanaises, sa fleur dans l’eau le soir et ne l’émerge que le matin pour le faire éclore, quelques jours de suite sous l'influence du soleil. Les Javanais quand ils visitent les temples, placent entre les tresses de leurs cheveux les fleurs de cette plante sacrée.
Athénée parle des couronnes de Lotos dont les fleurs étaient d’un beau bleu. C’est évidemment du VNymphæa cœærulea qu'il a voulu parler. Les anciens regardaient aussi cette espèce comme un signe de bénédietion et de fécondité, et Delile en a retrouvé la représentation sur plusieurs monuments antiques. Savigny fait remarquer que sa belle couleur d'azur tendre, s’harmonisant d’une manière parfaite avec la blancheur éclatante du vrai Lotus, devait attirer l'attention sur cette magnifique espèce.
Les anciens Grecs préparaient avee le nuphar jaune, surtout avec le fruit, un médicament nommé 094907, noupharon, regardé comme antiaphrodisiaque. Les Tures font encore aujourd’hui une infusion théiforme et aromatisée de la même plante qui n’est pas favorable comme on le voit à la polygamie disparaissant d’ailleurs de jour en jour des mœurs orientales. Les fleurs de notre nuphar jaune, employées aussi à cet usage, exhalent une odeur qui rappelle les pommes pourries et cet arôme ne déplaït pas, à ce qu'il paraît, à certains peuples. Sibthorp dans ses voyages en Grèce a retrouvé encore dans le pays les idées des anciens Grecs à l’égard de ces plantes ayant cours et croyance.
Ces idées subsistaient au moven-âge. Dans le Jardin de santé translatédu
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latin en françois (feuillet cLun verso), incunable imprimé chez Anthoine Gérard, on trouve une grossière représentation du nénuphar avee son histoire et ses propriétés ; l’auteur dit qu’il faut ajouter à l’eau distillée de cette plante du sirop de pavot, ce qui expliquerait ses qualités sédatives : nenuphar fait avoir sommeil dit-il. Nous renvoyons d’ailleurs les érudits au livre même. De même dans le grand Æerbier en francoys, autre incunable gothique imprimé chez la veuve de Jehan Janot (feuillet cxvi), ces indications se trouvent aussi sauf celle qui a rapport à la propriété antiaphrosidiaque. Les deux incunables rapportent que «les Sarrazins mettent » ces fleurs tremper par une nuyct en eaue : et au matin ils boivent cette » eaue et aussi appliquent à leurs narines ces fleurs, » mais ils ne font pas connaître le but de ces usages. Dodoëns et de l’Escluse étaient trop savants pour ignorer toutes ces traditions. Dans l’histoire des plantes du premier, traduite par le second, on lit que les racines et semence du nénuphar blane « font que l’homme vit en chasteté. et que la conserve des fleurs » d'iceluy faict dormir doucement et à repos chassant tous les songes...» Ces botanistes belges nous font connaitre que nos ayeux nommaient les nymphæas , en Brabant Plomben et witte plompen, les français Nenuphar ou Blanc d’eau et aucuns déjà clavus Veneris, nom singulier si on le rapproche des anciennes idées émises sur ces fleurs (Hist. des pl. 135). Jean-Baptiste Porta, en 1588, se trouvait dérouté dans ses principes de phytognomonie botanique par les nymphæas dont la forme n’indique pas plus la propriété sédative que le quinquina ne nous dit par la sienne qu'il | arrête la fièvre. Mais Porta a trop d'esprit pour ne pas se tirer d'affaire. Pour lui les plantes qui vivent dans l’eau doivent refroidir et rafraïchir , c'est pourquoi elles ont des formes arrondies , elles sont tendres et flasques et n’ont guère de l'odeur. Aussi les nymphæas rendent-elles l’homme froid et appaisent-elles ses passions et son sommeil (1). Enfin, jusque dans nos traités actuels de botanique médicale, témoin celui de Richard (2) la recommandation de ces plantes se trouve-t-elle continuée. Le docteur Du Tharting aurait même observé qu'il suffisait pour arrêter certaines fièvres intermittentes, de lier des tranches épaisses de racine de nymphœa alba à la plante des pieds des malades. Les fleurs aromatiques seraient définitivement narcotiques, sédatives et mériteraient à juste titre le nom de Castalia.
Sauf les nymphæas des contrées australes, celles d'Europe ne sont entrées dans le domaine de l’horticulture que très-tard. On se contentait d’orner les lacs, les étangs, les bassins des deux espèces indigènes, le nymphæa blanc et le nuphar jaune, mais depuis quelques années, la culture des plantes aquatiques ayant acquis une popularité plus grande, Fatten-
(1) Phytognomonica , 1588, p. 51.
(2) Eléments d'histoire naturelle, #1, p. 39.
tion des horticulteurs s’est portée davantage sur les espèces de ce genre: En comprenant toutes les espèces des nymphées, soit de serre, soit de pleuneeuu (on dit pleine-terre, pourquoi ne pas dire pleine-eau?) on arrive au-
jourd’hui à un contingent d’environ trente espèces. Nous ne nous pre” posons pas de les examiner toutes, loin s'en faut et nous bornerons” à à signaler ici quelques espèces recommandables. ;
{o N. acBa. L. Foliis eordalis integerrimis; N. BLanc. L. Feuilles cordiformes, trèsstigmate 12-90 radiato, radiis ascentibus “ir entières ; sfigmale de 12 à 2 FA one remon- Var. 8. minor. Bauh. Stigmate 9-#2 radiis, | tants 2]. flore multo minore. Var. 8. petit nymphæa Do. Bauh. Sas Tab. 59. de 9 à 12 rayons, fleur beaucoup plus petite. Planche 59.
HISTOIRE LITTÉRAIRE, BOTANIQUE ET HORTICOEE
Le nymphæa blanc ordinaire s'étend sur une grande partie de l'Europe. On le trouve dans toutes les provinces de la Belgique. Sa multiplication se fait ordinairement par tronçons de rhizômes enracinés qui reprennent facilement dans l’eau s’ils touchent à la terre. Pour parvenir à les fixer alors que les racines n’ont pas poussé dans la vase, on attache aux troncons une pierre et on jette le tout à l’eau à l'endroit où l’on veut voir grandir la plante. Elle se conserve en groupe pendant des années. Depuis qu'en Belgique on utilise les eaux chaudes sortant des houillières ou des fabriques, on a remarqué que les nymphæas blanes y croissent à merveille. Ces eaux ont parfois de 18 à 25° centigrades et même plus. Seulement, les fleurs s’y développent plus vite et se montrent plus long-temps. Au printemps la différence en faveur des eaux chaudes est souvent d’un mois et un mois et demi, comme nous l'avons vu à Liége où nous cultivons le nymphæa blane, au jardin botanique, dans de l’eau chaude. La floraison se continue jusqu'à fin septembre dans cette circonstance. Les fleurs sont aussi plusnombreuses quoique de la même grandeur que dans leseaux ordinaires. Quelques localités ont particulièrement des fleurs plus grandes. Nous eiterons comme exemple les étangs de Petersen dans le Limbourg belge’, appartenant à M. le comte de Mérode. Les botanistes s’y rendent volontiers pour y observer ces magnifiques fleurs. Ces étangs s'étendent dans la bruyère et le fond est sablonneux. |
On peut aussi multiplier le nymphæa blanc au moyen du fruit qu'onjette à l’eau, mais dans ce cas, M. Tenore, le savant professeur de botanique de Naples, a observé un fait physiologique singulier que nous avons retrouvé du reste sur les fruits du lilium speciosum. Ce fait est que le péricarpe même ou l'enveloppe des semences pousse des racines bien mieux et bien avant que les graines ne germent. Les racines poussées du fruit ,il se forme des bourgeons adventifs et l'on obtient de nouvelles plaies non hors des graines, mais hors des fruits, qui ont effectivement POusSe des racines et sont devenus des boutures.
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On lit dans tous les ouvrages de botanique que la feuille de notre nymphæa blanc est glabre : c’est vrai, mais on y voit au microscope des points saillants autour desquels les cellules prennent une disposition particulière et qui sont effectivement les poils rabougris qu’on voit se développer dans les espèces voisines. Ce sont ces poils atrophiés qui ont été pris parfois pour des stomates , lesquels n’existent que sur la face supérieure.
Dans l'horloge de Flore, le nymphæ blanc figure comme la fleur indiquant sept heures du matin par sa première éclosion et cinq heures de l'après-midi par sa fermeture. Souvent dans nos herborisations nous ne trouvons la fleur ouverte qu'à huit heures, mais dans les eaux chaudes des houillières et des fabriques la fleur est déjà ouverte aux mois de juin et de juillet dès six heures du matin. Cette chaleur la maintient ouverte parfois jusqu’à neuf heures du soir. Cela prouve évidemment que la chaleur modifie le phénomène qu’on attribue uniquement et sans doute à tort à la lumière. Quant à l’idée de Courtois que la fleur meurt à sept heures, il a voulu dire sans doute qu’elle s’endormait à cette heure.
Nous avons eité plus haut la variété naine du nymphæa blanc : elle est fort Jolie et on regrette bien de ne pas la voir plus souvent dans les jardins. Bauhin l’a décrite comme une espèce particulière et même entre elle et le type de l'espèce, il y a le Nymphæa alba intermedia de Weicker. Nous ignorons si cette dernière existe dans notre pays et dans le cas négatif nos amateurs de fleurs d’eau peuvent la faire venir d'Allemagne et notamment de la Saxe, où elle habite les eaux à l’état sauvage.
Quand au Nymphæa alba minor dont nous donnons ci-contre une représentation, nous l’avons vue dans les eaux de la Senne près d’Heffen aux environs de Malines , dans le canal de Louvain à la Nèthe, dans les étangs de Petersen, près de Maestricht, dans le canal de Luxembourg près de Liége. Sans doute, elle existe ailleurs. Decandolle la cite près de Strasbourg et en Alsace. On reconnaît la plante à ses feuilles la moitié plus petites que celles du type, à la fleur en rosace, réduite à la moitié au moins du volume de l’espèce génuine. Les sépales du calice se projettent plus loin que la corolle et sont d’un vert lavé de rose et au-dessus couleur de chair, les pétales moins nombreux, blancs en-dessus et nankin au-dessous, les étamines jaunes, courtes, le stigmate offre beaucoup moins de rayons, seulement de neuf à douze, plus petits et rosâätres. Au total, c’est une fort jolie plante avec laquelle on peut varier le contingent botanique de ses eaux. Les expériences ont été faites maintenant pendant assez d’années pour savoir que cette variété se maintient par la culture.
2. N. rmerwauis. Dec. Foliis ovali-peltatis |} 2. N. THERMAL. Dec. Feuilles ovales-peltées , argute dentalis, utrinque glaberrimis, auri- | finement dentées , glabres des deux côtés, aueulis approximatis, aculis ; flore amplo , stel- | ricules rapprochées, aiguës; fleur grande , Hiformi , sligmate 20 radiato. 2]. Stelliforme, stigmate à 20 rayons.?],
Tab. 59. PI. 59.
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SYNONYMIES. 4H
Nymphæa lotus. Waldst. et Kitaibel. PI. rar. En EL. p.15. t. 13. — Sims. Bot. mag. l 797. Castaliaæ mystica. Salisb. Parad. n° 14 in adnot.
HISTBIRE LITTÉRAIRE , BOTANIQUE ET HORTICOLE
Les feuilles de cette magnifique plante sont d’un beau violet au-dessous et le calice offre la même teinte. La fleur est très-grande, d’une bélle forme étoilée, le fond en est blanc, mais une légère teinte rose ou incarnat s'étend sur les pétales qui sont nombreux , un peu étroits et allant en s’amincissant vers le centre, les étamines nombreuses, variables en longueur et le stigmate en étoile d’un jaune fauve. Cette fleur répand une odeur singulière, celle d’une bonne eau-de-vie. On trouve cette superbe plante en Hongrie, aux sources thermales ou chaudes de Peeze près de Groswardein. Il y a plus de cinquante ans, le botaniste Kitaibel la transporta à Kaiserbad près d’Ofen , elle y vécut, prospéra, se reproduisit tous les ans et fleurit abondamment chaque année du mois de mai au mois d'août. Nos relations horticoles avec la Hongrie ne sont plus difficiles. Il serait à désirer fortement que les horticulteurs de Vienne voulussent se donner la peine de mettre cette plante dans le commerce. Nos eaux des houillières et des manufactures, chaudes comme les eaux thermales naturelles conviendraient très-bien à la culture de cette espèce qui se tiendrait en Belgique tout l'hiver à l'air libre, puisque ces eaux ne géèlent jamais. Nous faisons des vœux pour que bientôt la culture de nos aquariums belges possède cette noble plante.
Les Nymphæa biradiata de Sommerauer et Nymphæa candida de Presl, le premier du Steiermark, le second de Bohème, peuvent encore se eultiver sans doute dans ces eaux chaudes et l’on dis se les procurer par la correspondance curopécuné La troisième espèce dont nous allons sit appartient au contraire à la flore des serres.
3. N. micranrua. Guillem. Foliis parvis rotundalis, cordiformibus peltatis integerrimis, petiolatis; petiolis longissimus, gracilibus, lobis divaricatis acuminatis, subtus rubescentibus violaceo-punctatis superne glabris pallide viridibus inter lobos sæpius bulbiferis; stigmatibus 15 subsessilibus radiatis. Guillem. et Perott. — Tab. 59.
5. N. A PETITES FLEURS. Guillem. Feuilles petites, arrondies, cordiformes, pellées, trèsentières, pétiolées ; pélioles très-longs, grêles, lobes divariqués, acuminés, au-dessous rou-
geâtres, ponctuées de violet, au-dessus glabres,
d’un vert päle, le plus souvent bulbifères entre les lobes; stigmates à 15 rayons subsessiles. Guillem. et Perott. — PI. 59.
CITATIONS
N. micrantha. Guillemin et Perottet. F1. Seneg. Tent. p. 46. — Walp. repert. vol. 1. p. 107.
— Hook. Bot. mag. tab. 4535. vol. 1850.
HISTOIRE LITTÉRAIRE , BOTANIQUE ET HORTICOLE
Cette espèce trouvée naguère par Perottet en Sénégambie, a été impor-
tée récemment de la rivière Gambie, en Angleterre, d’abord par lord
Derby, ensuite à Chatsworth. L’esquire E. Silvester est très-connu dans le monde horticole pour savoir cultiver dans un aquaire tropical, situé au North Hall à Chorley dans le Lancashire , les plus belles plantes aquatiques. Cette espèce-ci est très-jolie et mériterait sous tous les rapports de se trouver à côté des nymphæas bleus de nos aquaires ou bassins comme on en trouve dans quelques serres. Le caractère le plus curieux est celui de l’angle des lobes ou mieux du sommet du pétiole qui produit des bulbes, lesquels se développent en jeunes plantes. Nous représentons ci-contre la fleur et la feuille de cette belle espèce.
LE LILAS, SON INTRODUCTION, ET PRODUCTION DE DEUX ROSE VARIÉTÉS DE CET ARBUSTE, LILAS CROIX DE BRAHY . ET LILAS AZURÉ DE GATHOYE.
Par M. Cn. MoRrREN.
Le lilas est devenu depuis quelques années l’objet d'opérations horticoles si fécondes en résultats remarquables, que nous ne pouvons les passer sous silence. D'ailleurs ce bel arbuste se recommandait aux amateurs belges par les plus nobles souvenirs. La première date à laquelle remonte la connaissance du lilas est l’année 1565 où Mathiole fit imprimer à Venise, la belle édition de ses commentaires sur Dioscoride, illustrée de grandes planches xylographiées, des plus belles qu’on ait jamais faites. À la page 1256 on lit les titres irrécusables de l'ambassadeur flamand, Auger de Busbecq, à notre reconnaissance, puisque c’est lui qui dota nos contrées de ce charmant arbuste : « Hanc autem plantam, cujus hic imaginem damus, Contantinopoli secum attulit clarissimus vir Augerius de Busbeke qui continuis septem cæsaris Ferdinandi primi apud Solimanum Turcarum imperatorem, oratorem egit. Sub hoc nomine Lilac. » Auger de Busbeke qui fut pendant sept ans ambassadeur de l’empereur Ferdinand I", auprès de l’empereur des Turcs Soliman, nous rapporta lui-même de Constantinople, sous le nom Lilac, cette plante dont nous donnons ici l’image.
Ainsi , le fait est irrécusable. De Busbeke était de Commines en Flandre et sa ni fn d’ambassadeur date de 1555. Dodoëns dans les Pemptates écrit Lillach, mais Matthiole cite aussi le nom de Ben qu’on donna à cet arbuste. Bernardin de St.-Pierre, qui connaissait ces circonstances, a fait la généreuse proposition de placer dans les jardins d'instruction les plantes près des bustes de ceux qui en ont doté leur pays, et cette idée, digne du grand écrivain, a été réalisée à Gand, au jardin botanique, où je buste de l’ambassadeur de Commines est ombragé par des lilas, tandis qu'aux pieds du piédestal s’'épanouissent de brillantes tulipes que Busbeke nous rapporta de même d'Orient.
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Ces circonstances devaient rendre le lilas cher aux Belges. Deux horticulteurs de Liége viennent de produire deux nouvelles variétés de cet arbuste dont Dodoëns écrivait déjà à Anvers en 1582 : « A liunde quoque tn Belgium hœc stirps venit, hortorum facta alumna. Le lilas est devenu le fils de nos jardins et on le cultive en Belgique en divers endroits. » Ces deux variétés méritent que nous en constations l’origine, la PÉE et les caractères.
M. Brahy-Ekenholm, amateur d’horticulture, a croisé le Zilas Charles X avec le Lilas Noisette, deux variétés françaises et il a obtenu un lilas belge qui n’a rien de ses parents. Le thyrse est d’une délicatesse extrême, large du bas, ni effilé, ni pendant. Les fleurs, plus petites, mais plus mignonnes que celles des types, sont remarquables par leur belle forme, plutôt en entonnoir qu’en sous-coupe (hypocratérimorphe); le fond du coloris est un rose clair et tendre, maïs à chaque extrémité des divisions, en haut, se dessine en s’effaçant graduellement une belle teinte azurée et le rebord de ces divisions a un liséré d’un pourpre vif. Voilà une descrip-, tion exacte, que nous avons faite sur la nature même et nous demandons si les amateurs de lilas ne seront pas tentés de se procurer une si jolie, une si gracieuse, une si élégante variété. M. Brahy-Ekenholm que sa fortune met à même de donner à l’horticulture de nobles encouragements, s’'empressera, nous en sommes persuadés, de laisser au commerce le soin de multiplier et de placer son joli gain. Nos actualités annonceront plus tard où et quand on pourra se procurer ce lilas que nous n’hésitons pas de nommer dès ce moment lilas croix de Brahy. Cette croïx sera une décoration de jardin. |
M. Gathoye horticulteur pépiniériste aux Bayards, lez-Liége, a aussr fécondé des lilas et cette année, il a vu fleurir chez lui une nouvelle variété. Celle-ei se distingue déjà par le feuillage et le port. L’arbuste est diffus, grêle, d’une extrême légèreté; les pétioles des feuilles sont trèslongs, la feuille très-acuminée. Le thyrse est très-allongé, il mesurait près d’un pied de long, le sommet pendant, les ramuscules lâches , les fleurs très-longues, tout-à-fait en sous-coupe, le limbe aplati, plan, les divisions très-aiguës, entierement lilacées passant au bleu, maïs sur le dessus les quatre nervures médianes marquées d’un beau bleu d’azur. {l'est évident que ee lilas est sorti du Navarin. A peine né, il a servi de mète à un croisement par le Charles X, parce que M. Gathoÿe est un excellent observateur et il sait que plus une variété est nouvelle dans le monde, plus elle se prête à faire varier ses produits par le prineipe immortel de Van Mons, confirmé par les physiologistes français. Le lilas azuré de Gathoye, c’est le nom que nous donnons à la nouvelle variété, est mis en multiplication à 5 fr. pièce, et livrable dès que cinquante souscriptions seront prises, ce qui ne tardera pas à se réaliser du moment que l’existence de celte remarquable variété sera connue. |
HISTOIRE ET CULTURE DE LA VISCAIRE OCULÉE (VISCARIA OCULATA),
Par M. CH. MoRrREN.
Rôhling dans sa Flore d'Allemagne a fondé le genre Viscaria parmi les caryophyllées ou la famille des œillets. Ce genre se place entre les silénès et les lychnis ou lampettes, dont nos jardins renferment déjà de si belles collections. Depuis peu de temps on préconise avec justice le Viscaria oculata, auquel M. Vilmorin-Andrieux a donné en France une grande popularité. Les viscaria diffèrent des silénès par leur cinq styles et des lychnis par leur ovaire qui est imparfaitement quinqueloculaire. L’agrostemma cælirosa et les lychnis viscaria, alpina, læta et corsica rentrent dans le genre Viscaria. L'espèce en question a failli être confondue avec ce même agrostemma que Linné nommait du joli nom de Rose du ciel, mais en 1845, M. Lindley retira de ce groupe le vrai viscaria oculata. En premier lieu, il le dit lui-même, il trouva au viscaria un œil que n'avait pas l’agrostemma, puis cet œil était foncé quelque fut la teinte du fond, en second lieu les pétales au lieu d’avoir comme dans la rose du ciel un long appendice bifide, ont une petite lame à peine émarginée ; enfin le calice se rétrécit subitement, tandis qu’il le fait insensiblement dans l’ancienne espèce. De plus, le fruit est ici âpre par de fines granulations et il est glabre dans l'agrostemma. FT
Rien de plus gracieux que le viscaria oculala cultivé en corbeille de pleine terre dans une pelouse. Des milliers de fleurs de la grandeur d’un écu de cinq francs, une corolle en étoile à cinq rayons, tantôt d’un tendre violet avec un œil pourpre au centre et cinq styles violets, tantôt d’un rose tendre mais brillant avec l’œil carminé ou enfin d’un rouge carminé lui-même avec l’œil sanguin au centre; ajoutez à ces fleurs une allure aérienne, les pédoncules nombreux et sveltes, des fleurs en nombre infini, des boutons se remplaçant sans cesse, des feuilles opposées entières, en lance, charmantes et d’un vert gai, sain et changeant. Cette jolie plante croit naturellement sur des collines sèches à dix lieues d'Alger.
On Ja cultive de deux manières différentes. On la sème en avril ou mai pour avoir des fleurs en juillet et août. C’est la culture d’été en pleine terre. La seconde manière est de semer en septembre, de conserver les plants sous châssis ou dans un appartement pendant l'hiver ou même en pleine terre en les abritant par un paillasson; on repique en place en avril. Dans ce cas, on obtient en juin et juillet suivants une ample floraison.
| AVIS
Nous avons déjà averti nos abonnés dès le mois de mai que nous tenions à leur disposition des graines de cette charmante plante : ils nous sauront gré d’en avoir orné leur jardin. (Demandes affranchies.)