LS MAR
un œil attentif, des tableaux de mœurs que l’on n’a pas encore décrits.
Ce sera la vie entière, l’état moral d’un peuple inconnu qu'un voyageur découvre et dont il vient raconter les merveilles.
Mais ne craignez pas, Mesdames, qu’entraîné par mes goûts et sous l'influence d’une imagination exaltée par les fleurs de toute nature dont cette enceinte est décorée, j'essaie de vous faire partager mes doutes et mes émotions, ni même mes convictions; je ne réclamerai votre attention que sur ur seul point de cette étude de mœurs, sur la toilette etla coquetterie des végétaux.
C’est une témérité nouvelle d'amener la botanique sur ce terrain devant un aréopage aussi compétent en pareille matière; j'ai pensé, Mesdames, qu'appréciant toute la difficulté du sujet, vous excuserez facilement ma faiblesse. Ce ne sont point, du reste, des modèles que je viens vous offrir, vous n’avez pas besoin d’en suivre, votre goût seul sait vous guider; mais j'ai voulu vous faire remarquer que la toilette et la coquetterie sont dans la nature, et que les plantes comme l'oiseau aux brillantes parures, comme l’insecte aux ailes éclatantes, comme le poisson aux écailles d’or et de nacre, étaient soumis à leur empire.
Est-il pour les végétaux une plus gracieuse toilette que celle de leurs premiers jours? C’est le vert tendre, avec toutes ses nuances qui, dès le commencement du printemps, se développe sur la terre. Simplicité, fraicheur, c’est la parure de l'enfance; nous la retrouvons dans le blé qui vient de naïtre, et qui étend sur nos campagnes ses moelleux tapis, dans les jeunes arbres de nos forêts dont la première feuille se confond avec la mousse qui entretient l'humidité du sol. L’Ortie brülante, le féroce Chardon, le vénéneux Aconit, la Ciguë léthifère, n’ont rien dans leur enfance qui les distingue de la fleur des champs, de l'herbe des prairies. Jeunes plantes innocentes comme celles qui les entourent, c’est avec l’âge seulement qu’elles vont revêtir la livrée du deuil, et nous indiquer par la sévérité de leur toilette, le danger de les approcher.
C’est aussi l'enfance que le bourgeonnement des arbres dans les bois, cette époque où, dans nos climats, l’hiver lutte encore contre les premiers feux du soleil, l’époque où l'oiseau voyageur revient prendre possession de son bosquet et assister à ces grandes scènes de vie que les saisons ramènent et dont elles règlent l’invariable succession.
La nature a voulu que pendant l’hiver même les forêts ne fussent pas dépourvues de parure, les jeunes pousses des arbres revêtent alors des teintes de pourpre, d'orange et de violet, préludant ainsi à l’enfance de l’année, qui est aussi celle des bourgeons. Ceux-ci appellent alors les sucs qui coloraient leurs soutiens. Leurs écailles sont des manteaux d'hiver qui s’entr'ouvrent et tombent; les fourrures deviennent inutiles pour l’été. A quoi bon les conserver puisque Dieu les renouvelle tous les hivers, et donne à chaque germe un vêtement collant, sans plis, sans couture, chaudement ouaté en dedans, sombre et sans élégance au dehors
Mais au printemps, chaque feuille s'empresse de prendre une nouvelle
livrée, semblables à ces enfants simplement vêtus d’une étoffe légère, elles se montrent avec leurs formes élégantes, leurs plis, leur gaufrure, leurs festons délicats. Demi-transparentes, la lumière du jour se colore en vert ou en rose à travers leurs tissus. La nature s’est éveilléc et la coquettcrie à pris SON essor. |
Sous d’heureux climats où la neige ne vient jamais voiler la terre, où
les froids de l'hiver sont inconnus et les abris inutiles, les plantes de tous.
les âges se pressent et se confondent. Là seulement la jeunesse touche à l'adolescence, l'âge muür à la décrépitude. Toutes les phases de la vie
sont Le sans interruption, et le luxe de toutes les parures se pré- |
sente à la fois.
Là, le bourgeon s'entr'ouvre comme une véritable fleur, la jeune pousse d’un palmier montre déjà le luxe des princes du règne végétal. La fougère se déroule à l’ombre des bignonia, et les orchidées bizarres drageonnent sur le tronc pourri des vieux arbres. Jeunesse et beauté d’un côté, vieillesse et décrépitude de l’autre. Il fallait un contraste à la grâce, à la fraicheur, la nature l’a trouvé en transposant les âges et prenant pour ombrer le tableau, ce qui primitivement en faisait tout l'éclat. C’est ainsi que tout passe, s’agite, se renouvelle, que tout plaît et meurt à son tour.
La coquetterie du feuillage est celle de l'adolescence et de l’âge st c'est pour les plantes le vêtement de tous les jours, l’habit simple et modeste que la nature leur offre chaque année, inépuisable dans ces dons comme dans leur diversité et leur élégance.
Tantôt c'est un ample feuillage qui s’étend comme un dais sur les rameaux d’un arbre. Ce sont les larges feuillages du Pauwlonia, les ombelles du marronnier, tantôt ce sont les magnifiques palmes qui couronnent le stipe des Lataniers, des Dattiers et des Cycas , toutes mobiles qui préservent le sol des rayons d’un soleil brülant, et dont rien ne FO égaler l'élégance et la beauté.
Ailleurs la multitude des feuilles remplace leur étendue, elles s’étagent, se superposent et forment ces dômes impénétrables soutenus par le tronc des hêtres et des arbres de nos forêts. Elles s’arrangent pour arrondir la cime de l’oranger, elles décorent la pyramide du peuplier, et, symbole de la légèreté sur les branches des acacias, elles deviennent le signe de la tristesse sur les rameaux pendants du saule-pleureur.
Le plus grand charme des prairies ne tient-il pas aussi à l’arrangement de leur feuillage? Combien de petites feuilles allongées composent la chaîne et la trame de ces gracieux tapis? Que de formes diverses viennent ensuite créer de charmantes harmonies sur toutes ces graminées. C’est une feuille ovale et tachée des orchis, ce sont les disques arrondis de la Nummulaire ou de l'Herbe-aux-éeus, les découpures des Barkausies et/la feuille réniforme de la Ficaire et du Populage. Plus loin, vous remarquez
toutes les ciselures des ombellifères et ces frondes si fraiches, si gracieusement dessinées des fougères et des prêles.
La beauté du feuillage parait encore à la surface des eaux; les feuilles arrondies des Nénuphars s’y balancent au gré des flots, celles de l'Utriculaire y restent suspendues par d’ingénieux flotteurs ; le Trapa natans y étale sa rosette symétrique, les Nayades s’y dressent en buissons de verdure, et la Renoncule aquatique oscille en longs festons dans le courant qui l’agite et ne peut l’entrainer. Les unes sont flottantes, les autres submergées ; toutes se distinguent par un vert pur de l’azur des eaux.
C’est encore avec art que les feuilles sont placées sur les rameaux qui les portent. Éparses sur les uns, dans un désordre qui n’est qu'apparent et que l'étude ramène aux lois de la symétrie la plus rigoureuse, elles sont placées sur les autres dans un ordre invariable. On les voit opposées dans les Frênes, l'Érable, le Lilas, alternes dans l’Orme et le Micocoulier, ou disposées en couronnes étagées dans l’Aspérule odorante et le Lys Martagon. Elles sont groupées en bouquets au-dessus de l’Anana, de la Couronne Impériale, et réunies en rosettes sous les Joubarbes et plusieurs Saxfrages ; dans ces exemples, la nature a toujours agi avec un art remarquable. La rosette des Joubarbes eût été disgracieuse dans la Couronne Impériale, et le bouquet de feuilles qui termine cette dernière plante eût été déplacé au-dessus des fleurs de la Joubarbe et des Saxfrages. La question de convenance est la première dans le grand art de Ja toilette. Le haut prix d’une étoffe peut flatter notre vanité, exciter un peu d'envie, mais, vous le savez mieux que moi, Mesdames, peu importe le tissu , c’est le goût qui fait la parure. Il faut du génie pour la coquetterie ; il faut s'inspirer dans la nature d’un peu de cette poésie qu’elle a mise dans toutes ses œuvres.
Qu'y a-t-il de plus digne d’être admiré que cet ensemble de verdure dont les plantes se revêtent aux diverses époques de leur vie? Quel charme n'offre pas cette belle famille des palmiers, ces rois de la végétation, quand ils balancent leur couronne de feuillage sur les humbles plantes qui se développent à leurs pieds, quand ils portent comme le Dattier, ces longues palmes découpées; lorsqu'ils montrent comme le Chamærops et le Latanier ces larges éventails que le soleil déroule et que le vent balance, ce n’est plus de l’élégance, c’est de la majesté. C’est sous la zone torride qu’ils forment à la terre cette vaste écharpe de verdure qui lui donne tout l'éclat. Il faut le soleil de l'équateur pour ouvrir leurs bourgeons, la lumière des Tropiques pour donner la vigueur à leur feuillage et le calme aérien de ces heureux climats pour dessiner sur un ciel d'azur leur majestueuse couronne. Loin de leur pays, confinés dans nos serres, ils charment encore nos regards par leur aspect étranger et par cette noble attitude qu'ils conservent jusque dans l'exil.
Si la zone torride a ses richesses, nos climats tempérés ont aussi les leurs, Nos forêts de hêtres, de chênes et d'arbres verts nous offrent
Le
aussi de belles harmonies. Leur parure est plus ample, moins grandiose peut-être, plus appropriée à nos goûts et à nos habitudes.
Existe-t-il quelque chose de plus imposant, qui commande uné plus respectueuse admiration que le silence d’une vaste forêt? Les feuillages de toute espèce y sont confondus. Le hètre marie ses rameaux étendus aux rameaux du chêne et aux feuilles plissés du charme et de l’ormeau. Le bouleau laisse flotter ses branches légères, qui se mêlent aux feuilles ailées des sorbiers, aux feuilles mobiles des trembles et des peupliers. L’érable, le sycomore, la viorme, le noisetier offrent chacun leur parure, et ces gracieux tableaux changent à chaque saison, à chaque heure du jour, selon que laurore les laisse entrevoir, que le soleil les éclaire avec les ombres mobiles et vacillantes, ou que les ténèbres les effacent lentement et les fassent disparaitre à nos yeux.
Ils changent encore si le vent les agite , si la tempête les ébranle, si ie calme succède au désorde, le bruit au silence. Leur aspect n’est ses le même si la rosée vient les humecter, si une pluie douce les arrose, si le brouillard y descend ou si la chaleur vient le chasser et le dissoudre. Mais c’est surtout le soir que les forêts des zones tempérées se présentent avec ce charme indéfinissable que leur donnent les derniers feux du jour, quand la lumière vient ajouter ses reflets d’or et de pourpre à la parure du feuillage, quand un vent léger y produit un doux murmure à l'heure où l'oiseau fait résonner ses derniers chants, hymne de reconnaissance à la nature qui a décoré son habitation à cette heure indécise où l’inseete abandonne la fleur pour s’abriter sous la feuille, où le sphynx traverse d’un vol rapide la clairière des bois, cherchant le miel de la bruyère et le nectar du chèvre-feuille. Alors tout se tait, se calme, disparaît. Le vent a cessé d’agiter le feuillage, la rosée descend du ciel, et le dernier trait de lumière s'étend sous la voûte immense de la forêt.
Une scène magique se présente au réveil. De jeunes feuilles sont écloses, des boutons se sont épanouis pendant la fraicheur de la nuit; tout s’est reposé, et maintenant tout s’agite. Le papillon voltige, les insectes bourdonnent, les gracieux contours des feuilles reparaïssent et sortent dela mystérieuse obscurité où leurs formes s'étaient effacéesla veille.
Les bois d'arbres vert ont aussi leurs charmes particuliers avec des feuilles simples, toutes uniformes et pointues, la nature a construit les arbres les plus élégants. Tantôt dressées vers le ciel, elles accompagnent les cônes qui portent les germes, tantôt semées à profusion sur des rameaux inclinés, elles se courbent en berceaux, se superposent en coupoles de verdure, et forment ecs vastes rideaux qui couvrentles pentes des montagnes , qui animent jusqu’à la zonde glacée de notre hémisphère. Dans le cours de l’été de ces climats du Nord, quelques fleurs viennent briller sous cet abri tutélaire, l’oiseauy chante encore au milieu de longs jours sans nuit, et la mousse veloutée déployant ses milliards de feuilles, semble vouloir lutter en nombre avec celles qui l'ombragent et conservent sa fraicheur.
= ME
D'immenses marais sont cachés sous cette active végétation. A l’extérieur, ce sont des tapis de velours et de soie sur lesquels se détachent les rosettes pourprées des Drosera, cette jolie création végétale qui a recu le nom de rosée du soleil, rosée si tendre, si délicate qu’elle n’est jamais déposée que sur la mouse la plus moelleuse et la plus douce. Sous ces magnifiques tapissont la fange et le tourbier comme dans ces palais détruits par le temps, où quelques riches décors cachent les ruines et la vétusté.
Si quelquefois vous avez parcouru les grandes forêts d'arbres verts échelonnées sur les versants des Alpes, des Pyrénées ou du Mont-Dore, vous avez pu apprécier la beauté et l’aspect imposant de ces vastes solitudes; si vous avez vu au pied d’une cascade l’are-en-ciel mobile onduler sur les rameaux, doucement balancés par les eaux, si vous avez été enveloppé dans cet air balsamique qui émane de tous ces arbres, et si vous avez pénétré au milieu de cette exubérante végétation que la fraicheur et l’humidité entretiennent, oh! alors vous aurez compris qu'il y a encore du charme dans cette élégante uniformité, encore de la coquetterie dans le feuillage des arbres verts. C’est la seule parure des climats du Nord, la seule verdure qui, dans nos longs hivers, vienne rappeler à l’homme l'espoir du printemps et des fleurs nouvelles. |
Toutes les nuances du vert se présentent dans les feuilles. Foncé et presque brun dans le chêne et dans le noyer, il bleuit dans le saule et l'olivier, jaunit dans l’acacia, et les feuilles bicolores du framboisier offrent au gré du vent la teinte argentée ou le vert glauque qui couvre chacune de leurs surfaces. ;
La nature semble avoir essayé sur les feuilles quelques-unes des nuances qu’elle à ensuite assurément appliquées sur les fleurs. Elle a couvert de taches noires les feuilles de plusieurs orchis, elle a marbré de jaune laucuba du Japon, richement décoré l’amaranthe tricolore, rayé avec distinction les calamagrostis et les dracæna, elle a bardé de blanc plusieurs feuilles d’aloës et zoné de noir celle de quelques pelargonium. D’autrefois, comme pour montrer la varieté de sa palette, elle a teint du plus beau pourpre ou du rose le plus pur la face inférieure des feuilles du begonia et parsemé de taches argentées leur partie supérieure. Elle a dessiné les arabesques des cyclamens et des erithronies, et couvert d’écailles d’or ou de nacre les frondes de plusieurs fougères. R
Souvent elle a joint l’odeur au coloris, parfumant le serpolet, la menthe et la verveine, aromatisant le thym, la sauge et le patchouly, et remplissant d’essences les feuilles de la mélisse et de la lavande. C’est ainsi que par un excès de coquetterie, elle nous attire vers ces plantes utiles et bienfaisantes, tandis qu'une odeur repoussante nous éloigne de la jJusquiane, de la rue, de la pomme-épineuse qui sont des poisons.
Les arts et surtout l’industrie des tissus, ont trouvé dans les feuilles des idées et des modeles. Les gracieuses ondulations des moissons, les mouvements indécis d’un feuillage dont le vent cache et découvre sueccssive-
ment les deux surfaces d’une nuance différente, n’ont-ils pas indiqué à l'artiste ces moires chatoyantes auxquelles la soie donne tant d'éclat, ces étoffes à reflet où la chaine et la trame apparaissent tour à tour avec la teinte qui leur est propre.
Combien d'emprunts ont été faits au feuillage pour orner ces riches tissus que vous estimez, Mesdames, avec tant de raison, ces dentelles légères sur lesquelles serpentent des rameaux de feuillage, des branches enlacées, des palmes étendues, des feuilles aux fines découpures ? Et d’où viennent d’ailleurs, les festons, les dentelures, s'ils ne sont pas copiés sur les feuilles? N'est-ce pas une feuille délicatement rongée par les insectes qui a donné la première idée du point de dentelle? N'est-ce pas sur le réseau qui en forme les fibres que l’on a copié le fond de ces admirables malines destinées aux plus élégantes toilettes? Ce même réseau plus fort et autrement agencé n'est-il pas l’origine de ces précieuses valenciennes dont vous ornez votre linge? Des fibres croisées et réunies n’ont-elles pas montré ce point double et solide des dentelles d'Auvergne, et les jours hexagones des tulles? Deux feuilles superposées ont laissé deviner tout l'effet de ces belles applications, de ces riches angleterres, qui dénotent à la fois l’opulenee et le bon goût, et qui sait si le bleu du ciel, apercu par les mille ouvertures d’un feuillage agité par la brise, n’a pas fait naître les guipures qu’une main légère a su tisser.
Ces merveilles de l’art nous seraient inconnues si on n’avait pas observé la nature, si on n'avait pas étudié, sans le savoir peut-être, la parure des plantes que Dieu a données à la terre. Sans cette étude, Mesdames, vous auriez ignoré les dentelles, ces découpures aériennes, ce triomphe de l'industrie, cette poésie de la toilette. Si quelques profanes ont osé les appeler des riens, des futilités, c’est qu'ils étaient incapables d’en apprécier le mérite; c’est peut-être aussi parce que l’industrie n’a pu les offrir avec la même libéralité que le printemps nous donne son feuillage.
J'ai essayé, Mesdames, de vous décrire quelques-unes des parures dont le créateur s’est plu à décorer les plantes aux diverses époques de leur existence; mais il en est une que je n’aborde qu’en tremblant, c’est la toilette de la mariée, la robe de noces, la fleur, cette joie de la plante, comme le disait le grand Linné. La floraison est la fête de la nature, c'est le printemps, son espérance ou son souvenir, c’est la beauté qui, pour plaire à nos yeux étale toute sa magnificence, qui revêt ses plus brillantes étoffes, C’est la couronne de l’hyménée, gracieux diadéme qui ne dure qu'un jour.
Est-il rien de plus frais que ces charmantes corolles. Un zéphir les déroule, un souffie les déchire, une goutte de rosée les fait éclore, un rayon de soleil les détruit. Toilettes légères, parures du moment , elles F1 passent sur la terre comme ces jours heureux qui apparaissent de lom “À en Join dans notre existence et nous laissent à la fois souvenirs et | regrets. (La fin à la prochaine livraison.) =
FLORICULTURE DE SALON.
LE MÉLILOT AROMATISE LE LINGE, LES TAPIS, LES MEUBLES BOURRES ET PARFUME LES APPARTEMENTS,
Pan M. Cn. MoRREN.
Dans les prairies, aux bords des bois, le long des chemins, sur les berges, sur les talus du chemin de fer, dans une infinité de positions, on voit fleurir pendant tout l'été le Mélilot officinal (Melilotus officinalis. Lam.) papilionacée dont l'emploi dans la vie domestique n’est pas assez connu.
C’est une plante annuelle dont la tige s'élève à deux pieds et plus, dressée et rameuse, glabre, cylindrique, striée, ayant des feuilles alternes, pétiolées, composées de trois folioles ovales, obtuses, mucronées (terminées par une petite pointe distincte) dentées en scie et glabres. A la base du pétiole élargi, se montrent deux stipules soudées aux côtés du pétiole. Les fleurs sont disposées en grappes unilatérales, nombreuses, à l'extrémité des ramifications de la tige, petites et jaunes. Chaque fleur est presque sessile, pendante, ayant une petite bractée linéaire. La gousse est petite aussi, ovoïde, obtuse, rugueuse, contenue dans le calice persistant et renfermant chacun une seule graine , d’ailleurs indéhiscente.
À ces signes on reconnaitra facilement le mélilot qui est extrêmement commun en Belgique où il est aimé du bétail qui y trouve une excellente nourriture dont l’arôme pénètre dans le lait et même dans le beurre. |
Les extrémités fleuries du mélilot séchées, répandent une délicieuse odeur de fève de Tonka, arôme qui persiste des années et se communique aux corps environnants. Le principe aromatique est sans doute de la coumarine, substance essentielle de la fève de Tonka. Les dames peuvent aromatiser le linge du corps, les mouchoirs, foulards, etc., et même les nappes et serviettes, en plaçant entre les plis du linge des sachets dans lesquels on a introduit ces extrémités fleuries et séchées. L’odeur est des plus agréables. Dans les salons on fait bien de faire mettre du foin de cette herbe sous les tapis; quand on marche dessus, on fait développer dans toute la place un doux et agréable arôme. Enfin dans la bourre des fauteuils, chaises, sophas et causeuses garnies, on a soin de faire mettre cette même herbe, et l'appartement est aromatisé d'un de ces parfums dont on ne se lasse pas plus qu'on ne se fatigue de cette douce senteur que répandent les prairies fauchées dans les plus beaux jours de l'été.
AVIS
Les abonnés qui ne reconnaîtraient pas le mélilot aux caractères que nous avons donnés ou qui voudraient le cultiver pour être plus sûrs de posséder cette espèce, peuvent s'adresser à nous pour en obtenir gratuitement des graines qui se sèment en toute saison , en toute espèce de terre et produisent un foin odorant extrêmement abondant. La culture ne demande d’autre soin que de semer, de sareler, de récolter et de sécher.
LE MÉLILOT BLEU DE BOHÈME CONSIDÉRÉ COMME PLANTE A PARFUMER LES MEUBLES ET LES APPARTEMENTS,
Par M. CH. MoRREnN.
Le mélilot bleu, originaire de la Bohème et nommé à cause de ce lieu d’origine, mélilot de Bohême, est le melilotus cœrulea des botanistes. On le désigne encore sous les dénominations de lotier odorant, de baume du Pérou, bien qu'il ne faut pas le confondre avec le végétal qui fournit cette dernière substance à la médecine. Ces noms n’ont été donnés au mélilot de Bohême qu’à cause de l’analogie qui se trouve entre les odeurs balsamiques de ces plantes.
Le mélilot bleu est très-joli quand on le cultive en groupe : sa hauteur est de deux pieds environ , ses tiges sont droites et ses feuilles offrent deux folioles. Vers les mois de juillet et d'août , il porte de nombreuses petites fleurs bleues, réunies en tête ou en épi ramassé, et dont la teinte est adoucie par des poils assez nombreux et blanchâtres. |
Quand la plante fleurit, on la cueille et on la sèche au grand air, dans un appartement. Ce foin répand une odeur de baume des plus agréables et que quelques personnes aiment considérablement. Plus le foin devient sec, plus le parfum se conserve et se fortifie. Un peu de sel ammoniac lui FUrE au reste, une nouvelle intensité.
On note de même qu'avec le mélilot jaune du pays, aromatiser les meubles bourrés, les dessous des tapis avec le foin du mélilot de Bohême. Ces deux odeurs sont différentes, et il nous a semblé que chacune perd de sa délicatesse par son mélange avec l’autre. Il vaut donc mieux employer les plantes séparément , et ici le goût décidera.
AVIS
De même, nous offrons à nos abonnés qui les désireront, des graines. de mélilot de Bohême dont la culture est des plus faciles. 4