‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 40 sur 224 · NOTICE SUR UN CHÊNE VERT D’ESPAGNE A GLANDS DOUX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR UN CHÊNE VERT D’ESPAGNE A GLANDS DOUX

CONSERVANT EN PLEINE TERRE, SOUS LE CIEL DE BELGIQUE, SES FEUILLES VERTES PENDANT LES HIVERS LES PLUS RIGOUREUX,

Par M. CH. MoRrREN.

Quelques-uns de nos pépiniéristes cultivent et mettent dans le commerce un chène à feuilles prétenduement persistantes et vertes que les uns nomment quercus sempervirens, les autres quercus virens, ceux-ci chêne de Virginie, quercus virginiana, ceux-là chène de vie de la Caroline, quercus sempervirens caroliana. Ce chêne paraît bien être le vrai quereus virens d'Aïton, originaire en effet de l'Amérique du nord et voisin du chêne à feuilles de myrte (quercus myrtifolia, Willd) dont la vraie patrie est la Caroline. be

Mais ce chêne donné comme chêne vert, laisse jaunir ses feuilles qui se dessèchent pendant l'hiver; il souffre dans notre pays et languit. En Angleterre, on le conserve bien maïs chacun sait que notre climat est plus rude que eelui des Iles Britanniques et que nous sommes loin de savoir conserver en pleine terre, durant nos hivers, Îles plantes à feuilles persistantes qui ornent les jardins anglais.

Cependant, nous avons en Belgique un vrai chêne vert, à feuilles persistantes, vivantes et vertes toute l’année, bel arbre qui a supporté 17 degrés et demi, thermomètre de Réaumur, au-dessous de zéro et sans être atteint par la gelée, et qui, de plus, porte des glands doux, excellents à manger.

Cette vraie merveille de nos cultures de pleine terre est trop peu connue. Nous attirons sur elle toute l'attention de nos horticulteurs et nous les engageons à multiplier cette essence remarquable.

En 4855, M. le professeur Adolphe Lesoinne, commandeur de l’ordre d'Isabelle la Catholique, propriétaire à Liége et en Espagne, introduisit des glands d’un chêne qu’il avait vu conserver ses feuilles à l’état vivant et vert pendant les hivers assez rigoureux du centre de l'Espagne. Il avait cueïlh ces glands dans le parc du Pardo, près de Madrid, et semés dans les bosquets du Val-Benoit, près de Liége; ces glands avaient germé, prospéré et donnédes pieds d’un grand espoir. Toutefois quelques circonstances fächeuses, mais indépendantes de la climature, détruisirent ces chênes, et

un seul survit aujourd’hui à cette glandée de 1853. Quoiqu'il en soit, il BELG. HORT. T. I. 9

suffit à lui seul, pour démontrer que ce chêne est évidemment toujours vert dans notre pays, qu’il n’y perd pas ses feuilles, que ses feuilles sont vertes et vivantes durant toute l’année. Cet arbre a aujourd’hui près de -quinze pieds de hauteur, sa forme est sensiblement pyramidale et d’une grande élégance comme on peut s’en assurer par la vue d’après nature que nous représentons pl. 9. Le tronc a maintenant près de quatre pouces de diamètre; l'écorce est grise, elle se fendille sur le trone, sur les branches elle est terne, d’un gris brunâtre, passant vers le haut des rameaux au vert grisätre et légèrement duveteuse, le duvet très-pressé.

Les rameaux se lèvent, l’angle varie entre 45° degrés et plus, ce qui donne à l'arbre l'aspect sensiblement pyramidal. Les branches affectent de naître de préférence pressées à certaines hauteurs les unes contre les autres, de sorte qu'on apperçoit comme une disposition vers le verticille, surtout dans le haut de l'arbre cette tendance est manifeste.

Les plus grandes feuilles mesurent, avec leur pétiole, cinq centimètres de longueur, le pétiole étant lui-même de six millimètres. Au-dessous de celte longueur les feuilles diminuent jusqu’à deux centimètres, mais moyennement elles offrent entre trois et quatre centimètres sur une largeur de deux ou un centimètre et demi. Le pétiole est semi-cylindrique, arrondi en bas, applati en haut, à bords ronds. Il est couvert d’un duvet laineux (drap) court, d’un gris noir. La lame est ovale allongée, rétrécie à ses deux extrémités, les bords du milieu parallèles, tantôt entiers, tantôt ondulés , sinués ou passant à de vraies dents, tandis que sur quelques-unes de ces feuilles des dents très-aiguës et saillantes se développent. Ces feuilles frappent par leur extrême diversité et sur une seule branche, même courte, on en voit qui offrent toutes ces variations. Le dessus est d’un vert d'olive, lisse, un peu luisant, les nervures peu visibles. Le dessous est tout tomenteux comme un drap excessivement court, d’un gris argentin et verdâtre, et les nervures tomenteuses, plus jaunes. Le bord de la feuille fait un peu saillie au-dessous comme s’il était rebordé. En se desséchant les feuilles se désarticulent brusquement et tombent. Avant, elles se relèvent vers la branche, présentent leur face inférieure à l’extérieur.

Le bourgeon à leur aisselle est court, transversal, d’un gris noir, fort petit et duveteux. Le bourgeon terminal est ovoïde, serré, à écailles imbriquées, plates. 7

Les fleurs mâles sont en châton, court, épais, pourvues d’écailles duveteuses jaunâtres, celles du dessous plus grandes, ovales, transversales. Elles se montrent vers la fin de mai.

Le gland est muni d’un pédoneule axillaire, long d’un centimètre, de deux à trois millimètres de diamètre, cylindrique, brun et ligneux, légérement duveteux. La cupule est semi-orbiculaire, légèrement évasée, de huit millimètres de hauteur. Les écailles petites, imbriquées, nombreuses, lancéolées, pointues-acuminées, grises ou blanchâtres par le duvet, le sommet noircissant; elles deviennent très-petites et très-serrées vers le

Page 1