‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 58 sur 224 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SUR LES BERCES (HERACLEUM) DE L'IBÉRIE ET DE LA PERSE, CONSIDÉRÉES COMME PLANTES DE HAUT ORNEMENT POUR LES PELOUSES ET LES PERSPECTIVES,

Par M. Cu. MorreEx.

Il y a dix ans, nous avons recu de M. Fischer, naguère professeur-directeur du Jardin Impérial de St-Pétersbourg, des graines de quelques berces ou heracleum qui sont devenues depuis des plantes magnifiques dont on a tiré grand parti pour l’ornementation des pelouses, pour la variation des percées et pour le jeu des plans que doivent présenter les perspectives dans les jardins et les parcs. En Angleterre, nous avons vu que le même emploi en avait été faitet en effet, quand on a Jetté les yeux sur ces plantes gigantesques, l’idée de les planter isolément doit venir à chacun.

Ces berces ou héraclées confiées à différentes personnes, circulent déjà sous des noms nombreux donnés sans discernement par quelques horticulteurs qui bouleversent par de fatales synonymies la nomenclature botanique. Ainsi, on les trouve sous les noms d’Heracleum giganteum, Heracleum sibiricum, Heracleum anisatum, Heracleum colosseum, Heracleum specrosissimum, etc. Ce n’est pas précisément que toutes les berces plantées actuellement dans nos jardins, dans le but que nous leur avons assigné, soient les mêmes. En Belgique nous en voyons surtout trois espèces bien distinctes. Nous commencerons par bien les définir, afin que les architectes de jardins ou les amateurs sachent parfaitement d'avance l'effet qu'ils obtiendront de leur plantation.

1° Heracleum Wilhelmsii. Fisch. Lallem. Ind. sem. pl. Petrop. 1840. p. 51, n° 1282 (BercE DE MADAME WiLuELus). Feuilles toutes pubescentes au-dessous, les jeunes égalant au-dessus, les inférieures bijugées , ternées ou pinnées; les pinnes latérales pinnatipartites, les intermédiaires sessiles; lobes de toutes semilancéolées, longuement acuminés, distants; ovaires un peu poilus par de petites soies raides et scabres ; carpelles oblongs-obovés, aiguillonnés sur tout le dos, plusieurs aculéoles prolongées en une soie apprimée; vittas épaisses, dorsales, filiformes clavées, les commissurales ne se prolongent que jusqu’à la moitié et légérement divergentes. — Belle plante vivace, analogue pour le port à l’Æeracleum persicum, s’élevant à l’état de culture par les feuilles seulement a 17 mètre de hauteur, en rosace, occupant jusqu’à 9 ou 10 mètres de pourtour, et par les tiges à 2 2 mêtres et même 3 mètres, après quelques années de culture. Les pétioles sont robustes, les tiges de même; les feuilles sont d’un beau vert et les pétioles restent verts (ce qui est impor-

tant à noter pour distinguer cette espèce), les pinnes et les lobes sont subcanaliculés et la pinne terminale est le plus souvent sessile. Les pédoncules et les rayons de l’ombelle sont scabres; les radioles pubescentesscabridules, mais non poilues. Les fleurs grandes, blanches, longuement radiantes; pétales du pourtour trois fois plus longs que ceux des fleurs du centre. Anthères noires. Fruits grands, einq à sept lignes de long, sans poils ni villosités. | |

Cette magnifique plante est originaire de l’Ibérie; d’un lieu appelé Kodian , d’où Madame Wilhelms l’envoya à M. Fischer, qui la lui dédia en 1840, dans l'ouvrage cité plus haut.

2° Heracleum Persieum. Desf. Cat., pl. n., Paris, édit. 3, p. 452. (Berce DE PERSE). Feuilles toutes glabres, au-dessous pubescentes, les inférieures pinnées, à deux, trois ou quatre paires, souvent trois; pinnes latérales pinnatipartites, paires des pinnes du bas le plus souvent deux fois petiolulés, lobes de toutes semilancéolés, longuement acuminés, distants; ovaires longuement laineux; carpelles oblongs-obovés, seulement aculéolé sur le tour du dos qui est arachnoïdéo-velu; vittas épaisses, les dorsales filiformes-clavées, les commissurales à peine prolongées jusqu’au milieu, subparallèles. — Belle plante vivace, dont la rosace de feuilles s’élève à un mètre quatre-vingts centimètres ou plus et la tige de deux à trois mètres (et parfois quatre mètres, dans les bons terrains). Sa rosace occupe parfois douze mètres de circonférence. Les feuilles sont d’un vert foncé, les pétioles tout-à-fait colorés d’un rouge hépatique foncé, passant au brun ou au noir, les pinnes planiuscules, les inférieures souvent ternées, les suivantes auriculées à la base des pétiolules, la terminale également pétiolulée souvent. Les pédoncules et les rayons de l’ombelle scabres, les rayons poilus. Les fleurs blanches longuement rayonnantes. Anthères un peu olivacées. Fruits grands, de cinq et demi à sept et demi lignes, un peu visqueux, très-odorants.

Cette plante superbe a été découverte par Szovits, dans la province Aderbeïidshan de la Perse septentrionale.

3° Heracleum pubescens. /7. à Bieb. pl. taur.cauc. suppl. p.225. (BERCE PUBESCENTE OU VELUE). Feuilles au-dessus glabres, velues ou pubescentes au-dessous, les inférieures ternées, pinnées, bijugées; pinnes latérales pinnatifides, les intermédiaires sessiles, lobes de toutes semi-elliptiques brièvement acuminés, rapprochés; ovaires densément poilus; carpelles obovés, au dos arachnoïdeo-poilus, cependant inermessurledisque médian ; vittas épaisses, les dorsales filiformes-clavées, les commissurales à peine prolongées jusqu’au milieu, très-divergentes.— Belle plante vivace, haute de un mètre et demi et formant une rosace de sept à dix mètres de circonférence ; tiges robustes s’élevant à trois mètres et demi. Pédoncules et rayons de l’ombelle scabres, plus tard très-scabres par des aculéoles, les rayons pubescents-scabres et un peu pileux. Fleurs blanches, longuement rayonnantes. Anthères un peu olivacées. Fruits grands, longs de

cinq à sept lignes, polymorphes : carpelles tantôt tout-à-fait inermes et glabres, tantôt très-äpres sur la ligne du dos et le pourtour par de petits aiguillons rudes; vittas dorsales presque toujours protubérantes.

La planche 15 représente en haut des détails de la fleur et des fruits, en bas, la plante entière de l’Heracleum de Perse, ayant à ses côtés un homme de taille plus qu’ordinaire, afin de faire voir l’effet que produit la plante dans un jardin.

La culture de ces Heracleum est très-facile. On sème les graines immédiatement après leur maturation, c’est-à-dire en automne. On repique en place avant l'hiver. Une terre franche convient et au semis et au lieu fixe. On peut replanter soit la seconde, soit la troisième année. Les grands heracleum ne sont beaux que vers la seconde année et après ils augmentent en beauté tous les ans. Ils poussent de bonne heure et vers le A5 d'août, la tige se dessèche et il ne reste que quelques feuilles. Du mois d'avril au mois d’août, les plantes sont dans toute leur beauté. Ces grandes feuilles, ces ombelles gigantesques l’emportent de beaucoup sur les plus belles rhubarbes dont on se servait jusqu'à présent pour orner les pelouses.

On peut voir au Jardin zoologique d'Anvers, l’admirable parti qu’on a tiré de ces Heracleum pour l’ornementation des pelouses. Les pétioles y sont devenus d’un noir jais, et simulent ainsi des troncs d’ébène supportant de nobles feuilles, où les anciens architectes eussent infailliblement puisé des idées pour varier les ornements des colonnes ou des corniches.

Nous sommes loin d’avoir épuisé dans cette notice, la série des Berces dont les jardins peuvent s’orner; nous avons dü nous borner actuellement à ne signaler que les espèces qu’il est possible de se procurer sans frais, mais nous nous sommes mis en mesure pour donner l’année prochaine, à nos abonnés, de nouvelles espèces de ce beau genre.

On a proposé de s’en servir comme fourrage. Il se peut qu'elles conviennent, mais le bétail à qui nous en avons fait offrir, n’en semblait pas amateur. On pense aussi qu'on peut avec la teinture des feuilles préparer une liqueur analogue à l’anisette. Nous ne l'avons pas essayé.

AVS.

Nous donnerons gratuitement à nos abonnés qui nous en feront la demande (écrire franco), de la graine de ces belles plantes. Beaucoup en ont déjà reçues.

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