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NOTICE

SUR LA FRAISE NAIMETTE ET LA FRAISE LORIO, NOUVELLES VARIÉTÉS LIÉGEOISES ET SUR LA VARIÉTÉ ANGLAISE LARGE WHITE,

Par M. Cu. MoRREN.

Depuis quelques années les cultures de fraisiers aux environs de Liége, ont reconquis une nouvelle et juste célébrité, à cause des nombreux semis perfectionnés auxquels se livrent avec assiduité plusieurs de nos horticulteurs les plus soigneux. Ils ne se bornent pas à choisir leurs terrains et leurs étalons parmi les variétés nationales déjà acquises, mais ils tiennent leurs collections au courant des nouveautés étrangères. Par là, la chance d'obtenir des variétés réellement propres au pays augmente singulièrement.

Parmi les variétés étrangères nouvellement introduites et dont le bon succès a démontré l'utilité pour nous, figure la fraise blanche anglaise dite large white (grande blanche), que M. Haquin, horticulteur à Hoche-Porte, cultive abondamment. La figure pl. 15, représente cette fraise dessinée non d’après des modèles anglais, mais d’après les fruits obtenus à Liége même, chez son possesseur. Cette fraise offre un beau volume, elle est ovoïde ou un peu conique, son diamètre est de quatre à cinq centimètres sur la même mesure en longueur, mais ayant toutefois dans presque tous les fruits plus de longueur que de largeur. La chair est blanche et les grains sont rouges, ce qui lui donne un bel aspect. Comme la plupart des fraises blanches , elle offre un gout vineux, sucré, très-agréable, le jus abondant. C’est en fait, une des meilleures variétés qu’on puisse se donner. M. Haquin en fait le prix cette année, À franc la plante. Chacun sait avec quelle rapidité le fraisier se multiplie.

Les deux autres fraises dessinées en couleur d’après nature sur la planche ei-Jointe, sontdeux variétés toutes nouvellesobtenues par M. Jean-Lambert Lorio, horticuiteur à Hoche-Porte, rue Naïmette, n° 7, à Liége. M. Lorio est connu de tous les agriculteurs et horticulteurs de la Belgique, et l’on se rappelle les premières médailles d’or qu’il a obtenues dans les concours des expositions générales et la distinction du mérite agricole que le roi lui a décernée. Ce sont là des garanties que nous aimons à rappeler et qui inspirent toute confiance.

M. Lorio est un grand semeur. À l’une des expositions de Liége de cette année, il a exhibé seize nouvelles variétés de fraises, toutes remarquables et d’un gout exquis. Nous qui les avons toutes goûtées, nous éprouvions un grand embarras pour choisir les meilleures. Après avoir réuni

dix personnes connues par leur bon goût, nous avons décidé à la majorité des voix quelles variétés de fraises devaient avoir la priorité. 11 est vrai que nous avons commis l’irrévérence très-grande de ne pas nous adresser à d’autre autorité de palais qu’à la nôtre seulement; nous ne recommandons pas ces fruits au nom d’un arrêté légal comme certaines personnes désireraient que la chose dût se faire, oubliant sans doute la trop fameuse sauce du sénat romain.

Faut-il done sur la loi régler son appétit,

Ne croquer sa noisette ou ne pêler sa pomme, Qu’après avoir recu le bel et bon édit

D’un comité qui, seul, se eroira gastronome!

Nous osons en conséquence parler de notre propre goût, et nous sommes d’ailleurs parfaitement rassurés sur le sort et l’avenir des fraises que nous recommandons ici.

La figure 1"° représente une fraise parfaitement arrondie, ne réalisant pas la condition des premières grandeurs; elle mesure trois centimètres et demi de longueur à quatre centimètres sur trois et demi de diamètre, mesure moyenne; elle est ovoïde, presque sphérique, régulière et porte un col léger. Le calice a de quinze à vingt sépales lancéolés; le pédoncule est gros et poilu. La couleur du fruit est le pourpre vineux-violet; les grains sont saillants et rouges. L’odeur est vineuse, excellente; le dedans est creux et rose, puis vient une auréole rouge et l'extérieur est blanc, hormis le pourtour qui participe naturellement de la couleur du péricarpe. Les fibres sont blanches. Le goût de cette excellente fraise est sucré, trèsvineux et d’un délicieux arome. Nous la nommons fraise natïnette, rappelant la localité où M. Lorio l’a obtenue. Son prix est de deux francs le plant, cette année. |

La figure 2 représente une seconde fraise nouvelle, aussi obtenue par M. Lorio. Celle-ci figure dans les grandes variétés. Le fruit moyen mesurait six centimètres de diamètre transversal sur quatre de hauteur; elle est rhomboïdale, forme rare, et qui nous paraît provenir de la soudure de deux fraises dans une mème fleur, bien que les fraises moins larges soient cependant presque carrées, comme la figure du second fruit l’indique. Le calice présente de quinze à vingt-cinq sépales dont les parties du calycule sont relevées tandis que les vrais sépales sont apprimés. Le fruit n'a pas de col. Il est poilu et pourpre; les grains sont saillants et rouges. En dedans la chair est rose, incarnat dans le creux et l'extérieur blanc, zoné de rouge vers l’épicarpe; les fibres sont blanches. La saveur est d’une exquise fraicheur, sucrée, aromatique, légèrement musquée et la chair est ferme et fondante. Nous avons compté sur une tige de cette espèce de fraisier vingt-huit fruits et vingt-cinq sur une autre. La végétation est en effet très-forte, les feuilles sont grandes, poilues et fortement dentelées. Nous nommons cette variété Fraise-Lorio, la dédiant à son producteur, qui en cède des plantes, cette année, à deux francs,

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CULTURE MARAICHÈRE.

DES MACHES A SEMER EN SEPTEMBRE ET EN OCTOBRE, Par M. CH. MoRREnN.

Les hygiénistes ont remarqué depuis des siècles que les hommes actifs, nerveux, dépensant beaucoup de vie dans leur perpétuel mouvement, étaient ceux qui avaient besoin le plus d’un sommeil réparateur, si non long, du moins profond. La nature met avec tant de soins nos instinets en rapport avec nos besoins, qu’on a fait l'observation que ce sont précisement ces constitutions auxquelles l’usage des salades est la plus utile. Presque toutes les plantes qu'on mange en salade, et surtout les meilleures, appartiennent à l’ordre des sédatives, des calmantes, des sporifiques, témoin les laitues, les endives, les chicorées, les mâches, ete. La série des végétaux employés en acétaires, comme le disaient les anciens, qui n’appartiennent pas à ces propriétés, sont tout simplement des toniques ou des excitants, mais ceux-là aussi figurent sur nos tables plutôt comme garniture que comme fond de salade. Toute salade pour être donc de première qualité et digne de ce nom, doit appaiser la tête, tranquilliser l'estomac et porter à une douce somnolence. C’est pourquoi on mange les salades à la fin d’un repas et non au commencement, et dans ce fait nous trouvons la raison pour laquelle nos pères qui soupaient et nos contemporains arriérés qui font usage du repas du soir, ont eu soin de préférer ou préfèrent encore à cette heure les salades soporifiques.

Les mâches, doucettes, bousettes, blanchettes, appelées dans nos provinces wallonnes oreils de lieve (oreilies de lièvre), etdans nos provinces flamandes veld-salaed (salade des champs), sont recherchées comme un frais produit du printemps. On les sème tous les 8 ou 10 jours depuis août jusqu’à fin octobre, afin d’en obtenir successivement des récoltes de trèsbonne heure.

Dans l’ancienne culture maraïichère, ces plantes passaient toutes pour la même espèce : c'était le valerianella olitoria, de Linné, plus tard Fedia olitoria, de Willdenow, mais aujourd’hui on est bien plus savant. On sait que les maches constituent tout un genre et qu'il renferme des espèces aussi distinctes dans leur essence que dans leur culture, leurs produits, leurs goûts et leurs effets. Il y a donc mâche et mâche ct il faut savoir choisir.

La mâche ordinaire est le fedia olitoria, l'espèce de nos champs, qui croit vulgairement dans nos blés. C’est à elle que s’applique plus spécialement le nom d'oreille de lièvre et d'akker-salaed, qu'on lui donne dans ce

pays. La tige est droite, lisse, les feuilles en forme de langue, entières ou peu dentées, les fruits orbiculaires, comprimé et à trois dents au bout.

La mâche de la régence, qu'on appelle plus spécialement salade de chanoine ou poule grasse, a la tige droite, velue; les feuilles linéaires, lancéolées, dentées ou lacinées et même pennées, plus larges, plus blondes et plus tendres; les fruits (semences) sont à côtes, poilus, les calices campanulés, à six dents ouverts et glabres. On estime beaucoup cette espèce dont les graines se conservent au moins six ans et au-delà.

La mâche ronde est préférée à Paris. C’est le fedia auricula; la tige est droite, les feuilles entières ou légèrement incisées, un peu scabre, nombreuses, d’un vert clair, les fruits ont deux côtes en avant et une côte en arrière.

La mâche d'Italie, la plus estimée de toutes, est le fedia eriocarpa ; la tige est droite, un peu scabre, les feuilles oblongues, subdentées, glabres, les pédoncules ailés, les fleurs du même côté, les fruits ovales, une côte en avant et en arrière, plane, avec cinq côtes; les calices obliquement tronqués. C’est la plus douce au goût, la plus délicate; elle est la plus printannière et on la mange même, vu sa fécondité, comme des épinards.

On choisit une terre meuble, fumée l’an d'avant, pas trop sèche, ni trop humide. On la ratisse parfaitement. On sème à la volée un quart d’once de graines par planche de quatre pieds de largeur sur cinq de longueur. On repasse le dos du rateau légèrement dessus et on arrose s’il est besoin. On éclaircit en consommant. Plusieurs maraïchers sèment ensemble de la mâche ordinaire et celle d'Italie, afin de récolter l’une avant l’autre et successivement : les couleurs des feuilles font tout de suite reconnaitre les espèces.

Pour avoir de la graine, il faut attendre juin. Les graines tombent successivement à terre. Pour les récolter, il faut enlever les plantes bien müries avec la croûte du sol et jeter le tout dans l’eau, les graines qui renferment de l'air, quoique müres et fécondes, surnagent. On les réunit, on les sèche et on les conserve.

Dans les pays entre Paris et Londres, on préfère semer depuis aout jusqu’à mars tous les 15 du mois pour avoir unelongue succession desalades.

AVIS

Nous donnerons volontiers et gratuitement à nos abonnés des graines de mâche de la régence et celle d'Italie, les autres étant très-communes dans le pays.

de

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