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LE SOMMEIL DES PLANTES OU TABLEAU DE LA VÉGÉTATION PENDANT LA NUIT

Par M. Henri Lecodg.

Discours lu à la séance publique de la Société d'Horticulture d'Auvergne, le 30 Juin 1850.

MESDAïnESs,

Lorsque la lumière des cieux colore les fleurs de la terre, et jaillit en nuances brillantes et pures du sein de leur corolle, quand les prairies s'étendent sous les riches teintes de leur verdure et de leur émail, si l'insecte vient bourdonner sur ces parterres et le papillon voltiger en rival sur la couronne de Flore, on voit avec peine la nuit descendre sur ce vaste tableau de la nature et couper par de mystérieux entr'actes ce grand drame du monde.

L'homme créé pour assister à ce magnifique spectacle, semblable à ces êtres bruyants qui pendant la journée accomplissent les destinées de leur vie tumultueuse, se repose quand le soleil abandonne l'horizon, et remettant au lendemain des sensations nouvelles, s'endort paisible ou agité d’ambitieux désirs. Ne troublons point ce repos, mais une fois seulement permettez-moi de vous guider pendant une de ces belles nuits d'été, au milieu des campagnes que vous avez souvent admirées à la lumière, sur ces pentes fleuries des montagnes, parterres étincelants qui vous éblouissent sous les rayons du soleil, de vous conduire sous les sombres arceaux des forêts séculaires auxquelles vous demandiez un abri contre les feux du jour.

Ne craignez rien dans ce yoyage, car la nuit, ce ne sont plus les sens qui transmettent les émotions, c’est l’âme elle-même qui sent et qui Juge; c’est l'heure où il semble que les esprits célestes s’approchent de la terre et viennent influencer les vivants. Et pourquoi ne pas reconnaitre ces êtres immatériels destinés comme nous à contempler les merveilles de la création? Pourquoi ne pas nous soumettre à ces pressentiments qui si rarement nous trompent, et qui nous sont inspirés par une essence supérieure à la nôtre. Toute âme pure n'a-t-elle pas un ange gardien qui la guide au milieu des écueils? Ne craignez rien, Mesdames, je parlerai, mais il vous conduira.

L’impression religieuse de la nuit commence dès que le soleil abandonne la terre, au moment où il jette au monde animé ses magnifiques adieux.

Alors le ciel n’a plus d'azur, ses vapeurs se condensent en légers tissus que le zéphir déploie ou chiffonne à son gré, en flocons mobiles qui se

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réunissent en un voile épais comme pour cacher l'instant précis où l’éelatant flambeau a terminé sa carrière. Mais longtemps encore la lumière inonde les espaces du firmament, toutes les nuances du rose et du pourpre s’y montrent tour à tour. De légers cirrus détachés de la nue courrent au zénith recueillir la dernière étincelk du feu qui s'éloigne en mourant, et le crépuscule éteint les dernières ombres dont les contours indécis s’effacent comme le temps qui fuit et la vie qui s'écoule. Alors les bruits du Jour ont cessé, la grande voix de la nature ne retentit plus dans les accents divers qui s’élevaient jusqu’à la divinité. L'oiseau, balancé sur une branche flexible du chévrefeuille, ou caché sous la guirlande de l’aubépine, a suspendu ses chants d'amour; l’insecte a replié ses ailes sous ses élytres dorés, et mollement bercé dans le calice parfumé de la fleur des champs, repose sous un voile de pourpre ou de saphir.

L’écho ne répond plus au chant du pasteur, tout dort dans la nature; mais veillons un instant, veillons près de nos fleurs chéries, car elles aussi sont soumises à l'empire du sommeil.

Que l’on parcoure les bois ou les campagnes, que l’on suive l’eau murmurante d’un ruisseau ou qu'on s’égare sur la pelouse déjà couverte de rosée, partout les plantes sont endormies ; le vent des orages les courbe sans les éveiller, ie tonnerre gronde sans nuire à leur repos, la pluie les inonde sans interrompre cet instant d'inertie. La sensitive si délicate s’endort tous les soirs d’un profond sommeil; elle rapproche ses folioles, les applique les unes sur les autres, puis elle abat ses longues feuilles pliées sur sa tige et reste immobile jusqu'à ce que la lumière ramène son réveil. Les chocs, les cahots d’une voiture, le vent qui souffle avec violence, ne font que prolonger cette immobilité. Le calme seul la rappelle à Ha vie.

La nuit parait avoir une influence plus grande encore sur le sainfoin des Indes, découvert au Bengale, en 1777, par milady Monson, dans les lieux les plus chauds et les plus humides de ce vaste delta du Gange.

Chacune des feuilles de cette délicate légumineuse, a trois folioles comme celles de notre trèfle, une plus grande au milieu, deux plus petites sur les côtés. Dans Le jour la foliole du milieu est horizontale et sans mouvement, la nuit elle se courbe et vient s’appliquer sur son support, comme si la fatigue l’invitait au repos,et pourtant cette foliole est restée immobile, tandis que les deux latérales, d’une activité incroyable, descendent et remontent, s’inclinent et se relèvent devant la première avec une assiduité constante et sans employer plus d’une minute pour chacune de leurs occillations. |

Elles descendent plus vite qu’elles ne montent, et constamment agitées, image de ces existences tourmentées qui n’ont jamais connu le calme et la paix, elles se meuvent dès leur naissance et ne cessent qu'à leur mort, continuant encore si la plante est coupée ; mais plus vives dans leur jeunesse, elles ralentissent comme nous leurs mouvements quand Ja viellesse les atteint, quand la mort les menace.

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Pas de sommeil pour ces deux folioles; la nuit est sans action sur elles, tandis que leur supérieure s'endort paisiblement; à peine, si pendant le jour une d'elles s'arrête quelques instants, pendant que l’autre continue à osciller. Le zéphir incline les rameaux de la plante sans arrêter son essor, mais la tempête la rend immobile.

Quelquefois pourtant, dans ces régions brülantes, la chaleur suffocante oblige au repos et notre plante fait la sieste pendant quelques instants. Ses deux folioles s'arrêtent endormies.

Transportés dans nos serres , l’hedisarum ayrans conserve en partie son activité; mais éloigné du sol brülant de sa patrie, de l’air humide de ses marais, ses mouvements sont plus lents, moins réguliers et je l’ai vu tromper son exil par de longues heures de sommeil.

Tout est merveille sous ce beau climat des Indes. C’est là que l’on rencontre aussi ce grand arbre de la même famille que la sensitive, dont les fleurs et les fruits dorment et veillent tour à tour, comme si une sorte d’antipathie empêchait ces deux organes de vivre et de se trouver ensemble.

Mais nous n'avons pas besoin d’aller chercher au loin les exemples nombreux de ces intéressants phénomènes ; parcourons la nuit nos prairies et nos coteaux , pénétrons dans nos silencieuses forêts, alors qu'elles ne sont plus éclairées que par la lumière tremblante et argentée de la lune à travers le feuillage, et nous verrons bientôt que toutes les plantes ont changéde forme et d'aspect.

Les trefles ont redressé leurs folioles qui dorment trois à trois sur leurs longues pétioles; les délicates oxalis ont abaiïssé les leurs qui sommeillent inelinées et comme fatiguées de leur végétation du jour. Les atriplex s'appliquent sur les jeunes pousses et sommeillent en les protégeant, et l’alsine vient à peine de s’éveiller, lorsque le matin nous allons la cueillir pour les captifs de nos volières. L’œnothère si commune sur le bord de nos rivières, dispose, le soir, ses feuilles supérieures en berceau, formant ainsi un appartement à jour où la fleur peut veiller ou dormir à son gré, et le sida aux fleurs éphémères renverse son feuillage qui s’assoupit avec nonchalance, comptant sur les pétioles qui les redressent et les appliquent contre la tige.

Ailleurs, ce sont des mauves aux jolies fleurs lilacées, dont les feuilles se roulent en cornets et s’approchent des fleurs dans leurs instants de repos.

Le soir, pendant que la gesse odorante, le pois de senteur de nos jardins laisse échapper ses effluves parfumées, quand nos fèves fleuries abandonnent à la brise les doux parfums des champs, leurs feuilles s'appliquent les unes sur les autres et dorment d’un profond sommeil au milieu de ces douces émanations des corolles.

Le baguenaudier dont les fruits vésiculeux offrent aux enfants et aux oisifs quelques minutes d’innocente distraction, a des feuilles qui, le soir, abandonnent les fleurs et reposent à l'instar de la sensitive, face contre face, tandis queles casses retournent leurs folioles, les abaïssent et dorment dos

à dos comme si elles conservaient le souvenir d’un profond dissentiment.

On voit dans un grand nombre de plantes les feuilles protéger les fleurs pendant la nuit et ne s'endormir qu'après avoir dressé autour d’elles un abri protecteur. Tel est le trèfle incarnat dont les feuilles entourent les riches corolles, tel est le joli lotus ornithopodioïdes, où le grand Linné vit pour la première fois le sommeil des plantes, en remarquant qu'il présente le triple phénomène de relever ses bractées composées de trois petites folioles pour embrasser entièrement les trois fleurs terminales dans le même temps qu'il penche légèrement ses pécondules, et qu'il laisse retomber sur la terre ses ramaux affaiblis et fatigués par la veille.

Dans d’autres, au contraire, les feuilles descendent tout-à-fait, abandonnent les fleurs, se renversent et dorment sur le dos. On voit dans le lupin blanc cette singulière disposition, et dans quelques parties des Pyrénées où l’on cultive ensemble les deux plantes que nous venons de citer, les champs sont de magnifiques parterres où viennent s’enchevêtrer les panaches blanes du lupin et les têtes carminées du farouch. La nuit tout est changé, le lupin semble avoir perdu ses feuilles et le trèfle ne montre plus sa fleur. On ne reconnait plus pendant le sommeil le riche tapis si brillant pendant le jour.

Pourquoi ces modifications profondes, ces instincts si divers dans deux plantes de la même famille? Pourquoi ces soins et d’où vient cet espèce d'abandon? La rosée du ciel utile à l’une , pourrait-elle nuire à l’autre qui cherche à s'abriter ?

Dieu seul connait ces mystères, contentons-nous d'admirer.

Ainsi, vous le voyez; les plantes dorment comme les animaux, et chose remarquable, ce sommeil tend à les rapprocher de l'enfance. La feuille a comme un vague souvenir de la manière dont elle était ployée dans son bourgeon, lorsqu'avant d’être éclose elle dormait du sommeil léthargique de l'hiver, mollement couchée sur le duvet et chaudement abritée par ses fourrures imperméables.

Chaque nuit elle cherche à reprendre cette ancienne position, et comme si elle regrettait la perte de son repos, elle essaie de se rapprocher de la situation qu'elle avait avant son jeune âge.

Il y a plus, semblables aux animaux qui dans leur jeunesse sont plus dormeurs qu’à un âge avancé, on voit les feuilles veiller plus longtemps à mesure qu'elles vieillissent, dormir peu, ne plus dormir du tout , et bientôt après, la mort vient remplacer le sommeil.

Tout se tient et s’enchaine dans la nature et nous trouvons dans Ja feuille d’une humble plante l'image de notre existence agitée, faiblesse et fraicheur dans la jeunesse, sommeil prolongé dans nos premières années, mouvement continuel quelques instants plus tard, rigidité, insomnie dans la vieillesse et repos du tombeau.

Combien d’existences passent inappercuescommeiles feuillesde la nuit qui dormentensilence. et quelemoindre souffle emporte dansl’abime desairssans

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laisser d’autres traces qu’une cicatrice persistante ou un regret qui s'éteint.

Ce ne sont pas seulement les organes foliacées des plantes qui sont soumis à ces alternatives de veilles et de repos; les fleurs, ces brillants météores de la terre, s’éteignent aussi la nuit dans quelques espèces; mais plus souvent, comme les astres du firmament, c’est pendant la nuït qu’elles brillent de tout leur éclat.

Les unes se couchent de bonne heure et se réveillent plus tard; d’autres ont un sommeil que rien ne peut interrompre et pendant lequel la mort les surprend, tandis qu’il en est de capricieuses, comme tout ce qui est joli, qui à moitié endormies, à demi éveillées, hésitent, attendent si l'aurore ramène le soleil, et s'inquiètent, avant d’ouvrir complètement leurs rideaux , si de gros nuages ne cachent pas l'horizon, si le ciel enfin sera assez pur pour qu’elles puissent développer, sans les compromettre, leurs magnifiques toilettes.

La chicorée sauvage ferme ses jolies fleurs bleues dès onze heures du matin, mais quelquefois cependant, elle attend jusqu’à trois et HUE heures pour dormir complétement.

À deux heures, le mouron des champs, si gracieux par ses corolles de saphir ou d’écarlate, s’assoupit jusqu’au lendemain matin.

Les piloselles aux fleurs dorées et symétriques, ouvrent leur disque à la lumière, se renferment à la même heure, et un grand nombre de synanthérées imitant leur exemple, s’endorment en plein soleil.

L’œillet prolifére, plus dormeur encore, permet à peine que midi ait sonné pour fermer ses rideaux, et il attend neuf heures du lendemain pour les ouvrir.

Chacun a pu voir le pissenlit se fermer à des heures diverses de l’aprèsmidi, et les corolles blanches etrosesdes liseronssommeiller dès cinqheures du soir. Les pourpiers , les ficoïdes, les sonchus, se reposent à des heures diverses de la journée, et la dame d’onze heures, dont le nom seul indique la paresse et la nonchalance, ne s’en couche pas moins dés que trois heures ont sonné.

Mais suivons le ruisseau qui court sur ces belles prairies, et dont les plis et les méandres dessinent un réseau mobile souvent caché par les fleurs assoupies, nous verrons sur ces bords des groupes d’alisma, dont les pétales chiffonnés cachent les étamines. Semblables à des rideaux fermés par un mécanisme invisible, le soleil seul pourra les ouvrir. L’impatiente aux tiges transparentes abaisse ses feuilles sur ses fleurs suspendues, les couvrant ainsi d’une tente mobile imperméable à l’eau qui le jour s’élévera d'elle-même pour redescendre encore.

Les nénufars dressant leurs pétales charnus oscilleront sur les rides inégales des flots qui se succèdent, comme ces oiseaux de mer qui dormant sur la vague agitée, suivent ses contours mobiles et toujours renaissants, ei ne se réveillent qu’à la brise du matin.

Ainsi, l’on voit ces fleurs sous forme de lis flottants d'étoiles d’or,

semées sur Îles lacs et les ruisseaux, attendre la elareté du jour pourredresser leurs pédoneules, entr’ouvrir leur calice et se montrer dans leur magnificence. |

Ce n’est pas seulement dans nos contrées que les nénuphars sommeillent, les lotus et les nelumbo sont balancés sur les lames onduleuses du Nil et du Gange, et sans doute, cette éclatante nympheacée qui décore les anses retirées de la rivière des Amazones, cette splendide Victoria regia, dont les fleurs rappellent nos plus magnifiques pivoines, repose aussi la nuit sur les eaux tièdes du fleuve ou comme le lotus de l'Égypte, s’y plonge jusqu’à l'heure où le soleil les rappelle à la surface et ranime les insectes engourdis sur leur lit de roses, de pourpre et de d’albâtre. Ces insectes savent par instinct que le mystérieux mécanisme qui les entraine sous l’eau avec leur voluptueuse habitation, les rendra le matin à la liberté des airs.

Nos étangs sont aussi couverts des renoncules flottantes qui s'étendent sur les eaux comme des étoiles de neige, dont les rayons se relèvent le soir et couvrent les étamines, ainsi que le ferait un voile de mousseline ou de linon.

Ne semblerait-il pas après ces détails, que tout est silence et repos dans la nuit, que la nature entière est morte et que les agitations du monde sont suspendues? Il n’en est rien, les ténèbres ont leur animation comme les journées éclairées par le soleil; la nuit a ses flambeaux, ses acteurs et sa vie, les décors ont changé mais le drame continue.

Si les feuilles sont en repos, si quelques fleurs sont fermées, presque tous ces derniers organes appartiennent à la nuit. C’est alors qu’elles éclosent, on les trouve au réveil et le parterre de la chaumière et le tapis vert des montagnes se couvrent et s’émaillent de corolles fraiches et odorantes.

C’est pendant l’obseurité que la plupart des plantes répandent ces émanations qui parfument les nuits d'été, et que l'air transporte à de grandes distances.

Dès le soir, on voit des fleurs s'épanouir, étaler les riches draperies de leurs corolles, et se préparer à célébrer aux flambeaux des nuits les mystères que la nature les a chargés d'accomplir.

Les mirabilis contractent en dehors des fibres de leur calice, éclosent dès cinq heures et voient coucher le soleil. Le geranium triste se prépare à entr’ouvrir sa fleur sombre et parfumée, et pendant que la plupart de ses congénères sommeillent, le silene nochflora reste ouvert jusqu'aux lueurs du matin. Les coquelicots de nos guérets, les gesses qui s’attachent à nos buissons, les délicates graminées qui se balancent dans nos prairies, les AR et les épilobes de la vallée et la soldanelle des montage profitent pour s'ouvrir de la sérénité de la nuit.

Jamais , du reste, un calme parfait n’existe pendant l’absence du soleil; au contraire, l'oreille saisit et distingue les bruits qui dans le jour sont confus et mélangés.

Le silence dans la nature est presque inconnu. L'insecte bourdonne encore sur la fleur qui s’entr'ouvre, le sphinx vient en bruissant y puiser le miel que sécrètent ses nectaires et la noctuelle déploie ses ailes, dont les nuances fondues ou contrastantes défient les plus habiles pinceaux,

L’air dans les contrées chaudes se remplit de mouches lumineuses, étoiles mobiles et vacillantes, constellations indécises qui semblent parodier le spectacle des cieux.

L’orient s’éclaire et la riche ceinture de l’aurore enveloppe l'horizon. Les teintes diverses de la lumière réfléchie ou réfractée, teignent le ciel de couleurs pures, et les nuages légers qui flottent au firmament sont baignés de cette clarté douteuse qui n’est plus la nuit mais qui n’est pas encore le jour, image du passé qui fuit, de l'avenir qui se presse, regrets et espérance, le présent n’est rien pour nous.

Le grand flambeau du monde s’élève avec majesté, il écarte les nues, illumine leurs contours, et leurs franges empourprées s’effacent sous l’éther lumineux dont il agite les ondes vivifiantes.

Les gouttelettes perlées de la rosée des nuits, se dissolvent dans l’océan des airs, recueillent l’encens des fleurs et montent aux concerts des oiseaux et de toute la nature, comme un premier hommage de la terre à l'Éternel.

Les plantes nocturnes s’endorment, s’inclinent ou s’abritent des feux du jour; les autres s'étendent et se réveillent.

L’arnica matinal ouvre ses disques d’or, les salsifis étalent leurs fleurons violets ou couleur de soufre, le meconopsis de nos forêts montre quatre pétales d’un jaune pur et le chelidontum corniculatum lutte de grandeur et d’éclat avec nos coquelicots.

Les lins disposent en étoiles leurs pétales d’un bleu pur.

La laitue et le mouron ne tardent pas à s’éveiller ; la piloselle et quelques cariophyllées attendent neuf heures pour s'ouvrir, et les ficoïdes dormeuses ne s’éveillent que si les rayons ardents du soleil viennent frapper leur corolle. Souvent à midi les pourpiers à grandes fleurs sont encore assOupIs.

Les cites aux pétales chiffonnés, aux grandes fleurs éclatantes, s’ouvrent aux différentes heures de la matinée; ils décorent d’une parure éphémère les îles et les rivages de la Méditerranée. Le soleil du matin fait éclore leurs fleurs par milliers, et la brise du soir, chargée de leurs pétales carminés, les dépose mollement sur les vagues où ils forment encore de nouveaux contrastes avec l’azur des eaux.

Chaque plante a donc ses heures de repos et d’animation. Et Linné, se reportant à l’âge d’or et aux simples besoins des premiers hommes, avait divisé le temps d’après les habitudes de veille et de sommeil des plantes, horloge poétique dont Flore marque les heures, où un rayon de soleil remplace les aiguilles, mais dont l'exactitude eût été à peine suffisante pour fixer les rendez-vous des scènes pastorales de l’astrée.

Cette horloge m'indique que le temps s'écoule, et en me rappelant,

Mesdames, les nombreux rapports qui existent entre vous et les fleurs, j'ai craint, je vous l’avoue, pendant cette promenade nocturne, d’apercevoir Sur Vos paupières ce mouvement d’abaissement préservatif de l'ennui, dont la nature dans sa bonté a laissé la disposition à votre libre arbitre; mais j'ai dit aussi quelques mots du réveil des fleurs, le soleil a paru, la nuit s’est enfuie, notre ange gardien nous a quittés et j'ose espérer que vous entendrez au moins mes remerciments d’avoir bien voulu me suivre dans ce pèlerinage où je m'étais imprudemment engagé.

COMMENT CHRISTOPHE COLOMB DÉCRIVAIT LES SCÈNES NATURELLES DE L'AMÉRIQUE.

L’attrait de ce nouveau pays, dit le grand navigateur, dépasse de beaucoup celui de la campagne de Cordones! Les arbres brillent d’un feuillage toujours vert et sont éternellement chargés de fruits; des herbes hautes et fleuries couvrent la surface du sol; l’air est tiède comme en Castille au mois d'avril; le rossignol chante avec une douceur qu’on ne saurait dire; dans da nuit, d’autres oiseaux plus petits chantent à leur tour; j'entends aussi le bruit de nos grillons et celui des grenouilles. Un jour j'arrivai dans une baie profonde et fermée de toute part, et là, je vis ce que jamais homme n’avait vu. Du haut d’une montagne s’élançait une cascade charmante; la montagne était couverte de pins et d’autres arbres aux formes diverses, tous ornés de belles fleurs. En remontant le fleuve qui venait se jeter dans la baie, je ne pus me lasser d’admirer la fraicheur des ombrages, la limpidité des eaux et le nombre des oiseaux qui chantaient. Il me semblait que je ne pourrais jamais quitter un tel lieu, que cent langues ne suffiraient pas à redire un pareil spectacle, que ma main enchantée se refuserait à le décrire (1).

Nous apprenons ici, ajoute Alexandre De Humbold, par le journal d’un homme dépourvu de toute culture littéraire, quelle puissance peuvent exercer sur une âme sensible les beautés caractéristiques de la nature. L’émotion ennoblit le langage.

(1) Journal de Christophe Colomb à son premier voyage 29 octobre, 25-29 novembre, 7-16 décembre et 21 décembre 1492.

FLORICULTURE DE SALON.

CULTURE EN CONSOLE DE FILS DE FER TRESSÉS DU BROWNEA ÉTENDARD, DE LA LANGUE DE SERPENT ET DE QUELQUES AUTRES PLANTES.

Par M. CH. MoRrReEn.

Parmi les meubles horticoles les plus dignes d’être recommandés pour les cultures dans les appartements et surtout dans les chambres à coucher, nous devons mentionner tout spécialement un genre de consoles en fils de fer tressées, qu’on vend dans nos magasins d’objets d’horticulture de un à trois francs selon la grandeur.

La planche ci-annexée (pl. 18), est destinée à donner une idée de ce genre de meuble. Un lozange en bois, perpendiculaire, percé d’un trou pour recevoir un clou, fixe la console contre un mur. Ce lozange est peint en blanc ou bien porte la teinte dominante du papier de tenture et doit harmoniser avec lui. Dans le bois s’enchasse un fort fil de fer tressé et circulaire servant de bande à une corbeille également en fil de fer, que soutient dans le bas un S tressé. Dans la corbeille se place un pot de terre cuite, rond, en forme de calotte et percé au fond de trois petits trous pour laisser passer l’eau d’égouttement. Ce pot recoit la terre nécessaire aux cultures.

Au lieu de suspendre les plantes librement dans un vase qui permet la direction en tous sens des branches et des fleurs, on a done ici un genre de meubles qui doit nécessairement s'attacher au mur et qui comporte par conséquent des plantes particulières chez lesquelles la culture unilatérale est favorisée par des dispositions naturelles. Ces consoles font un bel effet dans les chambres à coucher où il y a des alcoves, parce qu’elles se placent de chaque côte du lit, et pendant les heures de repos le regard plonge avec plaisir à travers de jolies végétations qui ramènent la pensée vers la suavité et la pureté de la nature. Les plantes que nous signalons iei pour ces cultures, et ce ne sont pas les seules, loin s’en faut, qui s’y prêtent, n’ont pas besoin de ce jour ardent qu’on trouve près des fenêtres, les alcoves étant ordinairement percées au fond des chambres et à l'abri d’une lumière trop vive. Elles peuvent vivre très-longtemps dans cette atmosphère simplement éclairée de rayons diffus, réfléchis et non directs. Nous pourrions citer maints de nos amis à qui nous avons donné de ces consoles toutes garnies et qui les conservent dans une constante végétation depuis des années, La température des chambres à cou-

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