‹ La Belgique horticole (volume 3)Chapitre 75 sur 224 · TI TE · texte numérisé non relu

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cher et l'air qu’on leur donne aux meilleures heures de la journée, sont des circonstances favorables à ces végétations.

L’hygiène a parfaitement raison de ne pas permettre de respirer la nuit, en dormant surtout, l’arôme des fleurs. Les plantes à cultiver dans ces consoles dont on orne les alcoves, ne fleurissent pas ou portent des fleurs si innocentes, que nous garantissons puériles les craintes des hygiénistes exagérés. Si l’on nous objecte que les feuilles mêmes dégagent la nuit de l'acide carbonique et qu’ainsi, cultiver des plantes vertes près de son lit, est commettre un acte imprudent, nous répondons que la végétation dont il s’agit est si légère et le rapport entre elle et le volume d’air d’un appartement convenable est si disproportionné qu’il n’y a rien à craindre en réalité des suites de cette culture d'intérieur.

Parmi les dispositions, les agencements et les combinaisons de plantes qu'on peut tenir en vie avec succès dans ces consoles latérales, nous signalerons, cette fois, l’assemblage que nous avons figuré nous-même d’après nature, sur la planche.

Le petit arbre à eime unilatérale qui domine tout le contingent, est le Brownea étendard ou le Brownea grandiceps, arbuscule originaire des montagnes nemoreuses de Caracas et des bois de Cumanam. Cette légumineuse croit en pot à la hauteur de deux à trois pieds; elle courbe d’ellemême son tronc en are de cercle et à son sommet elle émet latéralement une cime de feuilles pennées d’une grande élégance, car chacune de ces feuilles porte une douzaine de paires de folioles en forme de fer de lance, terminée par une pointe fine. Ces feuilles s’inciinent avee une grande grâce ct du centre on voit tous les ans vers le mois de septembre pendre un bouquet de jeunes feuilles plus faibles, molles, mais d’un si beau rouge parsemé de taches vertes qu’on les prendrait pour des fleurs. Ce teint rouge ou rose des feuilles dure longtemps, puis il disparait peu à peu, les taches vertes s'étendent et la feuiile devient enfin uniforme. Quand le Brownea est dans ce renouvellement de ses feuilles, il présente en effet un panache rose ou pourpre qui vient légitimer son nom. On a cru cette plante de serre chaude. Nous la cultivons comme nous venons de le dire et elle croît ainsi parfaitement et en bonne santé. Il est inutile de faire observer que le côté où naturellement la cime s'incline est celui qu’on place en avant, opposément au mur.

En 1538, naquit à Naples Jean-Baptiste Porta, célèbre savant qui devint président de l'académie des fainéants (otiosi) et non content de cette vie, il fonda chez lui académie des savants à secrets (secreti). Toutefois le pape Paul IT, qui voulait que les sciences se traitassent en plein jour, supprima l’académie et défendit à Porta de s'occuper désormais de choses obseures. Malgré cette défense, le botaniste publia, en 1588, son traité de la Phytognomonique ou l’art de connaître les propriétés des plantes par leur ressemblance avec d’autres obiets. Porta s'était occupé du reste de la physiognomonie du ciel et de la physionomie de l’homme. On le voit re-

présenté derrière le titre de son traité sur les plantes, en profil, ayant le regard et le front d’un illuminé sans jugement. Ce Porta trouva qu'entre la scolopendre, fougère de nos rochers et surtout de nos puits et la langue des cerfs , il y avait certains rapports, vu que la plante était depuis des siècles nommée de ce nom de lingua cervina. Il figure done un cerf poussant la langue et au-dessus de lui les feuilles de la scolopendre appelé alors Elaphoglosson. Jusque là il n’y a rien qui doive étonner, mais voici la suite de ses raisonnements et comment cette scolopendre est une plante de la plus haute vertu. Les cerfs ont besoin de leur langue pour manger; s’ils

ne mangeaient pas ils maigriraient, donc I langue est nécessaire pour

avoir de l’embonpoint. Voilà pour les cerfs; voici pour l’homme. La fièvre tierce fait maigrir, c’est que la langue n’opère pas. Donnons au fiévreux de la langue de cerf et la fièvre sera chassée et l’homme guéri fera comme le cerf, il s’'engraissera. De là l’utilité, la vogue et l’emploi de la scolopendre au point que Linné crut devoir la nommer scolopendrium officinarum.

Il est assez singulier que cette scolopendre a été, en effet, employée avec succès dans le traitement des obstructions des viscères abdominaux. « La langue du cerf, dit de l’Escluse, ayme lieux ombrageux et valées humides et pierreuses, près d’aucunes fonteines, puys et vieilles muraille humide.» On la trouve souvent dans les puits, croissant dans les fentes entre les briques ou bien dans les fissures des rochers, toujours à l’ombre. On en distingue plusieurs variétés, comme x la crispée, à feuilles crépues, plus petites , 8 l’ondulée, à feuilles ondoyantes sur les bords; c’est une des plus jolies qu’on cultive même au pare à Bruxelles, comme plante d'ornement; 9 multifide, le bout de la feuille sedivise en plusieurs axes, ce qui donne une forme extraordinaire à cette fougère, perdant alors sa ressemblance avec la langue de cerf; & la rameuse, divisée dès le bas en plusieurs lanières et y l'augustifeuille, à feuilles beaucoup plus étroites que le type.

Chacune de ces variétés de même que l'espèce sans variation peut se cultiver dans les appartements avec un grand succès. Peu de plantes viennent mieux et offrent plus de ressources. Le vert en est fort beau , été et hiver, les fructifications brunes ou noires en bandes, s’observent faeilement quand la console a une certaine hauteur. L’élégance de la rosace, la forme artistique de la feuille qui fait penser à la feuille d’acanthe, le vert perpétuel, le vernis brillant, les bandes noires, toutes ces choses font de la scolopendre un végétal qu'il est d'autant plus curieux de cultiver qu'il ne coûte que la peine d'aller le chercher dans nos bois, sur nos rochers et même dans nos puits.

A l'association du brownea grandiceps et de la scolopendre, nous joignons le sedum Sieboldtii, cette jolie plante grasse portant des feuilles glauques associées trois par trois et des bouquets de fleurs roses. Elle de-

mande le même sol que les deux espèces dont nous venons de parler, et

lorsqu'elle reçoit peu de lumière elle file et s’étiole, ce qui la fait passer au rose et au vert tendre, tout en lui donnant une grande gracilité. Avec

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le vert bleuâtre de son feuillage se marie parfaitement le vert plus franc du sedum acre, appelé naguère trique madame, à cause de l’usage peu moral qu'en faisaient les mauvais maris. Cette espèce de gazon est formé de toutes petites tiges à feuilles grasselettes et qui portent de gracieux bouquets de fleurs d’un jaune d’or, chacune imitant une étoile d’or s’ouvrant le jour et se fermant la nuit.

Enfin, on joint à ces différentes espèces très-propres à garnir tellement la corbeille qu’on n’en voit plus la terre, la serpentine ou cereus flagelliformis du Pérou, dont la vraie nature est de croître de haut en bas, de faire serpenter ses tiges librement dans l’air où elles se couvrent parfois et en été de fleurs d’un pourpre-violet éclatant. Cette espèce croît avec facilité et se procure de même. Elle descend entre les branches inclinées et courbées du sedum de Siebold, et semble figurer les derniers filets d’eau de cette cascade, dont la cime du brownea imite si parfaitement le rideau. Toutes ces formes s'associent selon les principes de l’art d’orner qui puise dans les trois règnes de la nature de précieux renseignements, et fait concorder vers ses réalisations des formes qui, vues seules, perdent infiniment de leur intérêt. En cherchant dans les endroits si pittoresques où la scolopendre croît spontanément, on retrouve dans la nature même toutes les formes reproduites dans la console-corbeille dont nous venons de tracer la composition. L’acacia surplombe le rocher, dans ses fentes brille la rosace de scolopendre, autour d’elle végète le gazon de mousse et les feuilles blanchies de la gnaphalie, tandis que la nummulaire avec ses longs rameaux chargés de fleurs dorées descend dans le vide creusé sous la roche délitée. Si les Anglais demandent à la nature les effets qu'ils produisent dans leurs jardins pittoresques, nous sommes d'avis que c’est aussi en observant bien les beautés originelles du monde, qu’on peut et qu’on doit perfectionner l’art d’orner nos appartements.

PRÉCAUTION A PRENDRE POUR FAIRE FLEURIR DANS LES APPARTEMENTS L’'HOYA CARNOSA.

Qui ne connait l'Hoya carnosa dont les fleurs imitent des boutons de chemises qui seraient faits de velours, d’émail et d’or? La plante vit des dixaines d’années conservée dans un appartement; mais, on ignore assez généralement que c’est toujours le même pédoncule qui fleurit tous les ans et qu'il porte d'autant plus de fleurs qu’il est plus âgé. On a done grand tort de couper les grappes ou épis de fleurs d'Hoya, car on éteint ainsi à leur source les floraisons à venir. On doit, au contraire, respecter les vieux pédoncules, même dans leur air desséché et leur allure moribonde. Ces pédoncules portent à leur bout des fleurs nouvelles mais en rudiment.

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ARCHITECTURE DES JARDINS

SUR LES BERCEAUX EN FILS DE FER ET LEUR GARNITURE PAR DES PLANTES GRIMPANTES,

Par M. CH. MorrEN.

Les jardins en Angleterre sont beaucoup plus riches que les nôtres de toutes espèces d'ornement. Ils rappellent sous ce point de vue sans en en avoir les excès ordinaires, les jardins de l'Italie. Parmi les ornements, dont dans un grand nombre de pays, les amateurs de l’horticulture artistique se plaisent à varier leurs jardins, il faut placer en première ligne les berceaux et à l’heure actuelle les berceaux en fils de fer.

Le berceau est dans la nature : les forèts primitives, quand les cimes des arbres s’enlacent dans les airs, nous en fournissent de nombreux exemples. Il n’est done pas étonnant que depuis la plus haute antiquité on les retrouve. Quand Pline parle des berceaux, il cite surtout la vigne, dont les branches étaient arquées sur des treillis, afin de donner l'ombre comme dans une chambre, vinea cameraria. Nous avons vu cet antique système imité dans une maison de campagne, près de Bruxelles, chez M. le comte De Villers, non par la vigne de l’Ararat, mais par notre vigne du Nord, par le houblon. Les trichila, les arcella des Latins n'étaient autres que nos berceaux.

Pendant tout le moyen-âge le gout ne s’en est jamais perdu, et à la renaissance on les enjoliva de cette profusion d’ornements qui finirent par leur ôter leur primitive beauté. Pendant l’époque des perruques, les berceaux en if, en buis, en pins, en charmilles se taillaient sous toutes les formes et ce sont à peu près les seuls qu’on retrouve encore dans quelques vieux jardins. Au contraire, pendant la moitié du dix-neuvième siècle, on n’en voit d'aucun genre, le berceau est abandonné, négligé, proserit, et c’est contre cet oubli injuste et cet exil, que l'horticulture de bon goût proteste. |

Nous offrons ci-contre la figure de trois espèces de berceaux fort simples en fils de fer, qu’on trouve tous faits chez M. Wet C. Young, n° 128, Heghstreet, à Edimbourg, mais dont il suffira de présenter les gravures à nos treillageurs indigènes pour les mettre à mêmede les imiter.

L’un de ces berceaux est en pointe à son sommet et d’un style un peu mauresque, le second et le troisième sont en plein ceintre, le second porte en avant un gros bourrelet sur tout son pourtour, ce qui lui donne de loin surtout, et quand il est garni de plantes grimpantes, le plus d’ampleur et de solidité. C’est évidemment la forme qui convient le mieux aux grands jardins. Le bourrelet est économique et ajoute beaucoup à la résistance que ces constructions à grandes surfaces doivent pouvoir présenter aux

vents. Enfin, le troisième berceau qui est garni d’un simple rebord de

deux fils de fer, courant et se croisant en lozanges arrondis est une de ces formes qu’on peut le mieux approprier aux petits jardins de ville.

On remarque, en général, que les plantes grimpantes se développent parfaitement sur les berceaux en fils de fer; mais lorsqu'on les peint en noir ou en vert foncé, comme quelques personnes le font, on remarque aussi que ces plantes meurent surtout par les bouts des branches. Cet effet tient à la forte chaleur que le fer est susceptible d'acquérir sous le soleil, lorsqu'on lui donne une teinte absorbante des rayons colorifiques. Mieux vaut donc peindre le berceau en blanc, en gris ou en rose clair, toutes teintes qui s’harmonisent parfaitement avec le vert.

Au pied de ces berceaux les plantes grimpantes vivaces, comme la vigne, l'ampelopsis, les glycine et wisteria, les bignonia, les aristolochia, les clématites, ete., se mélangent on ne peut mieux avec les plantes grim-

pantes annuelles et surtout florifères, comme les courges dont les grandes

fleurs blanches et jaunes et plus tard en automne, les fruits produisent des effets pittoresques, les passiflores qu’il faut savoir sacrifier dans notre pays en coupant les branches enlacées dans le treillis pour faire rentrer les souches, les liserons, le nouveau calystegia pubescens, dont les fleurs roses et doubles sont charmantes , lorsque la plante est cultivée de cette manière, et enfin ce nombre très-considérable de nouvelles plantes grimpantes appartenant à l’ordre des annuelles. Ce qu’il y a de plus utile dans ces cultures, ce sont les heureux mélanges, les combinaisons des formes, des couleurs et des grandeurs, et sous ces points de vue, il faut étudier son sol et connaître la nature des plantes soumises à ce genre de culture, car telle espèce qui dans un sol ne s’élève guère et pousse peu de branches susceptibles de garnir le treillis, devient au contraire dans d’autres conditions une plante gigantesque. C’est ce que nous avons remarquécette année avec le cyclantera pedata, le cobœa scandens et autres plantes analogues sur lesquelles les effets du sol et de l'exposition sont fort considérables.

Les berceaux en fils de fer offrent l’avantage qu’en conduisant bien les branches des plantes vivaces, on ne doit pas les lier, quand on a soin de les faire passer alternativement au-dessous et au-dessus des fils successifs. Cette absence de ligatures est très-favorable aux plantes que les liens gènent toujours, surtout lorsqu'elles grossissent. Ce système permet aussi d'étendre uniformément les branches, et parconséquent de distribuer la sève au plus grand profit des pieds et des souches. Quand il faut conduire les plantes par des clous et des liens, il est bien rare de pouvoir remplir toutes ces conditions favorables à leur bonne venue. Les berceaux en fils de fer offrent donc toute garantie pour leur solidité, de belles formes, des dimensions rendues facilement convenables, et enfin toutes les conditions favorisant la santé des végétaux et par suite leur longue vie, seul moyen d'obtenir des masses végétales, dont la beauté impose le respect et plait aux veux autant qu'à l'imagination.

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