PROMENADE DANS LES JARDINS DU KHEDIVE D'ÉGYPTE
PAR G. DELCHEVALERIE, Jardinier en chef des palais, parcs vice-royaux et jardins publics égyptiens. (Suite).
Le Figuier de Pharaon, vulgairement appelé Sycomore (Ficus Sycomorus L.) ou Figuier des anciens (Ficus antiquorum), originaire d'Égypte, est un des plus beaux arbres d'ornement de ce pays. A Ghezireh, on en trouve quelques spécimens d’une grande beauté et d’une belle force dont la tête arrondie mesure environ vingt mètres de hauteur sur autant de diamètre. Le tronc de cet arbre est ordinairement gros et court; on en rencontre qui ont deux à trois mètres et plus de diamètre, sur à peine autant de hauteur; la tige alors se divise en grosses branches qui se bifurquent et vont se ramifier à quinze ou vingt mètres de hauteur. Les rameaux sont garnis d'un feuillage très-abondant et d’un beau vert gai.
Cet arbre produit un grand nombre de fruits qui muürissent à différentes époques de l'été. Pendant toute l’année, il est chargé de figues, mais qui murissent principalement pendant Pété et cela à trois ou quatre époques différentes ; on en fait une vente considérable dans les quartiers arabes, et les petites filles les vendent à la criée dans des couffins qu'elles portent sur la tête; elles sont à peu près de la grosseur et de la forme des figues comestibles ; elles en diffèrent surtout par leur belle couleur rose et leur saveur très-agréable ; quoique très-estimées des Arabes, elles sont peu recherchées par les Européens qui n’en font pas grand usage.
Ce qu'on remarque de particulier dans le Figuier des anciens, cest qu'il ne produit des fruits que sur ses grosses branches, et jamais sur les ramifications; toutes les branches charpentières de cet arbre depuis le tronc jusqu'aux jeunes rameaux sont entourées de myriades de ces figucs de toute grosseur, supportées sur des brindilles en erochets ramifiés insérés dans l'écorce de l’arbre et serrés les uns contre les autres. Pendant tout l'hiver ces figues se conservent vertes, et au printemps, les plus fortes commencent à mürir ct successivement jusqu’à la fin de l'été. Pour obtenir une maturité complète des figues de Pharaon, on est obligé, lorsqu'elles commencent à grossir, de les inciser à l’ombilie pour faire détendre les tissus, sans cela elles tomberaient infailliblement. Peu de temps aprés cette opération, on les voit grossir et mürir parfaitement. Les arabes-jardiniers sont obligés pour opérer ce travail, de monter de temps en temps sur ces arbres et de parcourir toutes les branches charpentières pour inciser les fruits les plus gros, afin de prévenir leur chute