FABLE
À bas les ormes et les frènes!
A bas les cêdres et les chênes!
Et tous ces géants des forêts Qui font un éternel dommage A la ronce, à l’épine, aux chardons, aux genéts!
Il faut à tous égal partage De terre et d’air, de lumière et d’ombrage ; Sans les taillis le gazon grandirait,
La mousse aussi s’éléverait;
Car suivant les lois générales,
Toutes les plantes sont égales.
Valeureux bücherons, frappez tous à la fois, Obéissez à Dieu qui parle par ma voix!
Pas de pitié, pas de miséricorde ; Mettez-moi tous ces bois en corde, Et même les arbres à fruit.
Et qu’à la fin de la journée Tout soit tombé sous la cognée!
Enfin, c’est fait, tout est détruit.
Vous allez voir comme dans cette enceinte Va régner l'égalité sainte,
Comme tout grandira l'été,
Au soleil de la liberté!
En effet la saison suivante,
On vit la ronce triomphante Monter au niveau du chardon; Le pas-d’äne et le liseron
Se pavaner d’un air superbe
Au milieu de la mauvaise herbe Qui dominait dans le canton.
Mais leur règne ne fut pas long; Au bout de la seconde année Cette forêt guillotinée,
A perdu son égalité,
Et la sève aristocratique Retrouve son allure antique Présent de la Divinité.
Chêne, redevient chêne, Buisson reste buisson, Frêne redevient frêne, Chardon reste chardon,
La mousse reste mousse
Et tout enfin repousse Exactement Comme devant.
Républicains, communistes, Radicaux, socialistes, Quand vous aurez tout rasé, Tout démoli, tout embrasé, Quand vous aurez coupé la tête À tous les grands, à tous les gens d'esprit, Le sot en sera-t-il moins bête Et le nain moins petit ?
J. B. JOBART.
Un mois en Russie, par M. Ed. André (Paris, Victor Masson, 1 vol.in-12). Notre confrère et ami, M. Ed. André, vient de publier en un charmant volume les notes et les souvenirs de son excursion en Russie, au printemps 1869, à l’occasion des floralies russes. Mais son voyage ne s’est pas borné à St-Pétersbourg et Moscou, il a traversé la petite Russie; du domaine d’Otrada, au prince Orloff, M. André s’est rendu de Kiev à Odessa et ila visité la Crimée. Son livre est charmant dans la forme et sérieux pour le fond. Un chapitre entier est consacré à l’étude statistique du climat et des produits de la Russie d'Europe. Le style est humouristique comme l’auteur; le récit étincelle d'observations fines et brillantes; de jolis dessins croqués par l’auteur embellissent le livre. Dans son ensemble il constitue un tableau sur lequel se trouve représenté de main d'artiste, l’état de l’horticulture en Russie.
VERBENA TENERA SPRENG. VARIET. HORT.