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LES PHÉNOMÈNES PÉRIODIQUES DE LA VÉGÉTATION EN 1867 ET

PAR M. AD. QuETELET,

Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, Directeur de l’Observatoire de Bruxelles.

Les premières observations sur les époques critiques des plantes, telles que la feuillaison, la floraison, la production des fruits, Ja chute des feuilles, etc., furent faites par le célèbre Linné et par quelques-uns de ses amis qui voulaient bien le seconder dans ses recherches. Malheureusement l’inattention de quelques-uns d’entre eux fit négliger plusieurs conditions nécessaires dans ce genre d'observations, qui furent suspendues après quatre ou cinq ans d'expérience. L'époque de la floraison, par exemple, était marquée, pour l’un, à l'instant de l'épanouissement de la première fleur; pour l’autre, au moment de l’épanouissement général; et cette indécision produisait parfois des différences d’un mois entier.

Depuis, on s’est attaché à signaler de pareilles causes d’erreurs, mais, malgré toutes les précautions prises pour marquer l’époque de la feuillaison, de la floraison, de la maturité des fruits ou de la chute des feuilles, on a reconnu que les instructions n'étaient pas toujours suivies, soit par omission des recommandations faites, soit d’après un système établi d'avance par quelques observateurs de suivre des indications particulières.

Malgré-ces fâcheux exemples, l'espoir d'observer les phénomènes périodiques dans leur plus complet ensemble me fit recourir aux savants, et je leur demandai le concours qui m'était nécessaire, non seulement pour l'étude des phénomènes périodiques des plantes, mais encore pour les animaux de diverses espèces et habitant les différents milieux, tels que l'air, la terre, les eaux et l’intérieur même du sol; j'exprimai mes désirs à l’Académie royale de Belgique, et je fus assez heureux pour voir mes collègues, les naturalistes et les physiciens, me prêter leur puissant appui. J’osai, avec leur collaboration, adresser mes demandes à un grand nombre de savants de l'Europe, et l’on peut voir, par les documents publiés annuellement depuis 1859 jusqu’à ce jour, que mes expériences n'ont pas été trompées. Les hommes les plus distingués des différents pays ont bien voulu me seconder également; je dois citer surtout avec

reconnaissance les noms de Berzelius, de Humboldt, de John Herschel, de Léopold de Buch, de Robert Brown, de Martins, de W. Haidinger, de Kupffer, etc., qui, dès le commencement, m'ont prêté le concours le plus généreux. Grâce à leur aide, un programme général fut alors rédigé avec tout le soin possible, et par ces précautions je pus reconnaître comment l'illustre Linné, malgré sa science et malgré tous ses soins, avait dans un premier essai et quand la météorologie était encore si peu avancée, trouvé des difficultés assez grandes pour lui faire ajourner ses premiers travaux. |

Il s'était élevé, depuis le commencement, différentes difficultés, surtout

par rapport à l'influence des températures sur la végétation, la loi était assez bien marquée dans nos climats tempérés, mais en était-il de même pour les climats extrêmes qui méritaient le plus de fixer l'attention? Les recherches faites, à ma prière, par M. Carl Linsser l’un des aides de l'Observatoire impérial de Pulkowa, tendirent à montrer, dans deux mémoires successivement imprimés dans les actes de l’Académie impériale de St Pétersbourg, que les plantes subissaient en quelque sorte une transformation nouvelle sous le ciel boréal de la Russie, et que la loi de la floraison y recevait des changements sensibles. M. Alp. De Candolle, dont les connaissances sont de la plus haute importance pour cette partie de la botanique, voulut bien m'’exprimer ses doutes à cet égard. On voit combien cette importante question mérite encore l'attention des hommes de la science. Malheureusement pendant qu’on imprimait le second mémoire de M. Carl Linsser, l’honorable M. Struve me donna connaissance de la mort de ce jeune savant dont les talents promettaient tant à la science et qui avait la constance de suivre avec un zèle infatigable les conséquences d’une grande loi naturelle dans toutes les modifications qu'elle peut offrir parmi les différentes sciences. |

Jusqu'ici les plantes et les animaux avaient été moins étudiés dans les phénomènes physiologiques qu’ils présentent, en ayant égard à la période des saisons et à celle des instants du jour.

On a cherché, dans ces derniers temps, à élargir cette étude qui déjà a pu donner quelques explications de différents phénomènes et rendre leur étude plus facile. Peut-être serait-il nécessaire, plus que pour toute autre science, de pouvoir se réunir de loin en loin, dans des congrès particuliers, où des délégués de chaque pays viendraient exposer les résultats de leurs observations, et discuter les moyens employés pour les obtenir afin d’en déduire des conclusions exactement comparables.

MM. Kreil et Fritsch, pour l'Autriche, entrérent les premiers avec Bruxelles dans une voie semblable, l'Angleterre, la France, l'Italie, PAI- | lemagne et plusieurs autres pays, voulurent bien adopter le même genre | d'observations, mais ils n’attachèrent peut-être pas l'attention nécessaire à la comparabilité des résultats.

L'incohérence dans les méthodes porte malheureusement obstacle à tous

les trâvaux qui exigent une grande précision. Lors du Congrès international de statistique à Vienne, une section spéciale pour l'étude des phé- . nomènes périodiques avait discuté la question relative aux plantes et aux animaux; il avait été convenu d'arrêter un programme général pour ce genre d'observations dans le congrès suivant, qui devait avoir lieu à Londres. Malheureusement la discussion projetée ne put s'ouvrir dans cette session, et chaque station qui s'était formée, pour l'étude des phénomènes périodiques des plantes et des animaux, crüt devoir suivre une marche spéciale. L’inconvénient des méthodes diverses d'observation n’en deviendra que de plus en plus sensible; il ne fera que mieux apprécier du moins chez les vrais observateurs, le besoin de s'entendre et d'observer d’après les mêmes principes.

Nous donnerons maintenant, comme nous l'avons fait précédemment, les époques de la floraison et de la feuillaison de quelques plantes principales; on jugera mieux des effets de température, que nous donnons plus loin. : |

NOMS DES PLANTES. | 1840-50. st. 1861-66. 1867. | 1868. Feuillaison. ; | | Acer campestre 20 avril. | 24 avril. | 14 avril. | 22 avril. 20 avril Æseulus hippocastanum .| 6 » 120 TE) 15 » 5 » Cratægus oxyacantha 25 mars.| 51 mars.| 2 » 20 » 5 » . Philadelphus coronarius 1500/6224 15 mars.| 20 févr. | 25 »

Ribes rubrum. ES PAR 24 » 12 » 20 » mars DHRNOAYUISANSE, 1, .01118 »°.1,25 » |2T » 25 » ) Floraison.

Æseulus hippocastanum 5 mal. 9 mai. d'omai. | 26 -avril, /5Emar Cratægus oxyacantha 3 » 10 » 1 » 4 mai. 3 »

Philadelphus coronarius 23-05 MN 20» 21 » 20 » 18 » Prunus domestica 16 avril. | 18 avril. | 41 avril. | 15 avril.| 8 avril Ribes rubrum NEA TES Ji 15 50 mars.| 2 »

SyrInga vulgaris . . . .| 28.» 5 mai. | 25 » 25 avril.| 25 »

En comparant les données que résume le tableau précédent, on remarquera que, pour les années 1867 et 1868, les dates de la floraison et de la feuillaison ont subi de légères modifications. On pourra mieux en juger, en comparant les nombres qu’elles donnent dans les deux dernières colonnes aux nombres contenus dans les trois premières colonnes formées par les deux périodes décennales de 1841-50 et 1851-60, et les nombres pour les six années de 1861 à 1866.

Les températurés suivantes pour les deux mêmes années méritent également d’être prises en considération :

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