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PROMENADE DANS LES JARDINS DU KHÉDIVE D'ÉGYPTE, PAR M. G. DELCHEVALERIE,
Jardinier en chef des palais, parcs vice-royaux et jardins publics égyptiens.
(Suite, voyez page 54.)
L’Araucaria de Cummingham (Araucaria Cumminghami Axr.), est un bel arbre atteignant de grandes dimensions dans son pays; mais les plus forts exemplaires que nous ayons rencontrés sur le sol égyptien ne dépassent guère douze à quatorze mètres de hauteur. Ceux de Ghézireh sont moins élevés, mais ils sont jeuncs encore et promettent beaucoup. La tige de ce bel arbre est droite, cylindrique et recouverte d'une écorce luisante comme celle du cerisier. Les grandes et belles branches verticillées, étalées, applaties, À rameaux et ramules très-nombreux, distiques et étalés sont profusément garnis de feuilles lancéolées, étroites, raides, alternes, étalées, comprimées dans le sens du rameau et pointues au sommet; cônes une fois plus longs que larges, ovales obtus, à écailles épaisses. Très-bel arbre d'ornement pour isoler sur les pelouses, et qui réussit assez bien en Égypte quand il est bien soigné.
L’Araucaria élevé (Araucaria excelsa R. Br.), l’un des plus beaux spécimens de la famille des Conifères, réussit aussi parfaitement bien en Egypte. Le jardin de Ghézireh en renferme plusieurs exemplaires, assez jeunes encore, mais déjà d’une jolie force, et qui promettent de devenir très-beaux. La tige est droite, à cime pyramidale, conique; branches très-régulièrement verticillées, grandes et étalées, à rameaux opposés ou alternes, conservant leurs feuilles linéaires, épaisses et recourbées pendant longtemps. Cônes larges, sphériques et légèrement aplatis, à écailles épaisses.
Les Araucaria Bidwilli et Cooki sont aussi cultivés à Ghézireh, mais en jeunes exemplaires.
L’Araucaria excelsa réussit parfaitement bien en Egypte où il eroit avec une grande rapidité; malgré la grande chaleur de ce pays il conserve, même exposé au grand soleil, son élégant feuillage d’un beau vert pendant toute l’année. Les Araucaria se multiplient ici aussi difficilement qu'en Europe; on est obligé de les propager de boutures én attendant qu'ils fructifient.
Le Dammara d'Orient (Dammara orientalis Lamk.), arbre atteignant également de grandes dimensions dans son pays d’origine, réussit aussi sur le sol égyptien. Nous en possèdons un jeune individu en pleine terre, qui se développe avec une grande vigueur.
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L’Azedarach bipenné (Melia Azedarach Lin), grand arbre atteignant usqu’à douze mètres de hauteur et plus en Égypte, est très-répandu dans
le jardin de Ghézireh; sa tige, droite jusqu’à une certaine hauteur, se bifurque et se ramifie à l’infini pour former une tête large et aplatie; ses jolies feuilles décidues, grandes et rapprochées au sommet des branches où elles constituent un feuillage abondant ; ses folioles sont ovales, pointues et incisées, souvent lobées, glabres; ses jolies fleurs blanches à odeur suave et douce disposées en panicules axillaires dressés apparaissent au commencement de l’été. — Ses fruits ronds jaunâtres sont vénéneux et de la grosseur d’unc petite cerise; ils contiennent une huile concrète propre à faire des bougies; les noyaux servent à faire des chapelets, d’où lui vient le nom d’arbre saint, arbre à chapelets. Se multiplie facilement de graines qu’il produit abondamment. L’Azedarach bipenné est un des plus beaux arbres d'ornement et qui est employé à la composition des grands massifs de verdure dans tous les jardins égyptiens; il est très-ornemental par sa belle et abondante floraison au printemps, et à l’automne par la quantité considérable de fruits dont il est chargé. C’est un des arbres les plus répandus dans les jardins.
Les Saules pleureur et de Babylone abondent aussi dans le jardin de Ghezireh; les abords de la rivière et des lacs en sont profusément garnis; ces saules se développent ici avec une grande vigueur et constituent de très-beaux arbres en moins de cinq années; ils sont couverts de feuilles pendant une grande partie de l’année et ne s’en dépouillent guère qu'en janvier pour en repousser de nouvelles en mars.
Le bois oléifère (Horinga pterigosperma Lanx.) est un arbre qui s'élève jusqu’à dix mètres de hauteur à écorce brune, à tige droite et pyramidale garnie d’un beau feuillage élégant bi-tri-penné à folioles ovales, inégales, petites, et d’un vert un peu glauque, tombant vers la fin de décembre pour repousser en mars. Ses jolies fleurs blanchâtres en panicules axillaires et terminales apparaissent en grard nombre au printemps ; la gousse triangulaire, grosse et très-longue renferme des graines à trois angles ailés. — Variété Oleifera rubra à feuillage beaucoup plus fin et plus élégant.
Le bois Oléifère est un bel arbre d'ornement, qui s’accommode fort bien de la terre d'Égypte; il est déjà assez bien répandu dans les jardins où il est fort employé pour la composition des massifs de verdure. Isolé ou groupé sur les gazons, son beau feuillage finement découpé et ses jolies fleurs sont bien plus apparentes. Se multiplie facilement de graines que ces deux espèces produisent en abondance dans les jardins de la vallée du Nil.
La Morelle à grandes feuilles (Solanum macranthum) est admirable et se développe si vigoureusement en Egypte, sans être atteinte Jamais de la maladie des Solanées, qu’il constitue des grands arbres en trois ou quatre années.
Sa tige droite, assez élevée se ramifie à plusicurs mètres au-dessus du sol et forme bientôt une forte tête élancée ct large, garnie d’un très-grand et beau feuillage lacinié, denté, ondulé; l'extrémité de ses nombreux rameaux se couvre d’un grand nombre de grandes et belles fleurs bleu violacé passant au blanc cn vieillissant, de sorte que larbre est pendant toute l’année recouvert de fleurs de plusieurs couleurs. Cette belle espèce produit les plus grandes fleurs du genre. Elle donna cette année une abondance de graines au jardin de Ghézireh, et sous peu de temps, elle sera répandue dans tous les jardins, car elle est vraiment trop remarquable pour ne pas trouver une place dans toutes les cultures.
Les autres Solanum que nous ayons à Ghézireh et dans toute l'Égypte sont : le Solanum Warcewiczii, très-belle espèce à feuillage élégant mais dont la fleur est beaucoup moins jolie que celle du S. macranthum. — Le S. Rantoneti (japonicum), très-remarquable aussi par ses jolies fleurs bleu lilacé, fleurissant également beaucoup et le S. argenteum.
Combien d’espèces de la grande et belle famille des Solanées restent encore à introduire dans les jardins d'Égypte, où on n’en rencontre, el seulement dans les jardins vice-royaux, à peine quatre espèces.
Toutes ces belles espèces exotiques qu’on admire dans les colleclections et dans les jardins en Europe pendant la belle saison, réussiraient à merveille en Égypte où elles trouveraient un climat chaud qui convient beaucoup aux plantes de cette famille, et ou elles se trouveraient rarement endommagées par la maladie ; beaucoup d'espèces deviendraient arborescentes dans la vallée du Nil, et celles à grand feuillage prendraient des proportions colossales une fois qu’elles auraient goûté l’eau délicieuse du Nil. — Les Solanuin Amazonicum, antropophagorum, atropurpureum, auriculatum, betaceum, Bonariense alba et violacea, callicarpum, capsicastrum, crenulatuim, crinitum, diphyllum, discolor, eleagnifolium, eneoduntum, fragrans (Pionandra), giganteum, glutinosum, hippoleucum, jasminifoliuin fol. var., laciniatum, macrocarpum, marginatum, Maromense, Quitænse, reclinatum, robustum, Sieglengi, tomentosum, Vellozianum, et tant d’autres espèces qui verront sous peu, nous l’espérons, le jour dans cette terre promise, qui deviendrait un véritable paradis terrestre si on y plantait en pleine terre les belles espèces de plantes exotiques qu’on rencontre dans les serres et dans les jardins en Belgique, en France et en Angleterre, où on ne peut les laisser en pleine terre que quatre ou cinq mois de la belle saison, étant ensuite obligé de les hiverner en serre, ce qui produit un arrêt complet dans la végétation, danger auquel elles ne seraient point exposées dans la vallée du Nil. |