‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 61 sur 173 · DU BOUTURAGE SUR COUCHE ET SOUS CHASSIS · texte numérisé non relu

DU BOUTURAGE SUR COUCHE ET SOUS CHASSIS

Ce mode de bouturage consiste à placer les boutures sur couche et sous chàässis appropriés à leur nature, jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement enracinées. Les plantes exotiques les plus délicates pourront être traitées sur couches et sous châssis en serre, tandis que les indigènes ou les plus rustiques le seront sur couche et sous châssis en plein air.

5. Boutures sur couche chaude. — Les couches chaudes en plein air sont ordinairement formées avec du fumier de cheval sortant de l'écurie. Elles doivent être épaisses en raison de la somme de chaleur que l’on veut obtenir. Il arrive très-souvent qu’une couche faite avec de tel fumier produit jusqu’à 40 ou 50 degrés centigrades de chaleur souterraine et quelquefois davantage ; c’est alors le cas d'attendre, comme on dit, que la couche ait jeté son feu. La chaleur moyenne d’une couche chaude destinée au bouturage doit s'élever de 20 à 25 degrés centigrades; afin de la maintenir régulière et constante, les coffres devront être entourés de réchauds, surtout si c’est en hiver, époque à laquelle elle se dégage et se perd facilement, si on néglige cette précaution.

Sur ces sortes de couches, on peut bouturer une foule de plantes, telles que Alternanthera, Coleus, Achyranthes, ete.; elles s'y enracinent dans l’espace de quelques jours.

(1) Suite voir page 89.

Lorsqu'on dispose d’une bonne couche chaude, soit sous châssis, soit en serre, sur laquelle il régne une chaleur atmosphérique bien concentrée, on peut y faire enraciner les boutures herbacées des Cuphea, Ageratum, Salvia, Teleianthera, Verbena, Gaura, Nierembergia, Lantana, Achyranthes, Coleus, Aliernanthera, etc., enfin la plupart des plantes exotiques employées en grand à l’ornementation des jardins pourraient être bouturées par ec procédé, qui est fort simple, mais peu usité encore. Voici comment il faut agir : après avoir fait une bonne récolte de boutures, on n’a qu’à les étaler sur du terreau, de la sciure de bois, du sable, de la tannée ou enfin sur Loute autre matière produisant une chaleur bumide, sans qu’il soit nécessaire de les couper une à une auprès d’un œil, comme on le fait ordinairement. Bientôt elles émettent des racines aériennes qui cherchent à entrer dans le sol pour aller y puiser leur nourriture. Ce procédé que nous avons employé, il y a longtemps déjà, est des plus simples, puisque les châssis ou la serre font l'office d’une grande cloche dans laquelle on étouffe les boutures.

Pour qu’une bouture herbacée puisse émettre des racines à l'air libre d’une serre ou d’un châssis sans qu'il soit nécessaire d’en enfoncer la base ou talon dans le sol, il faut essentiellement que la chaleur atmosphérique y soit élevée à un degré qui permette à celle-ci de développer des racines sous son influence. Or, les agents qui influent le plus sur l'émission des racines dans cette circonstance, sont une chaleur régulière, accompagnée d'assez de vapeur d’eau pour empêcher la dessiccation des feuilles; une humidité modérée dans le sol et dans l’atmosphère de la serre, afin de maintenir les boutures dans un état parfait de conservation. Une lumière sombre est aussi nécessaire à toute bouture pourvue de ses feuilles, dans les premiers jours du bouturage, puisqu'elle ne possède alors aucune racine pour absorber les fluides nécessaires à sa nutrition, et que la lumière intense a pour cffet d'augmenter l’évaporation (1); en conséquence, si on la place dans un milieu obscur lorsqu'elle n’a point de racines encore, on aura évidemment moins à craindre que la flétrissure ne vienne compromettre le succès de l'opération; au fur et à mesure qu’elle s’enracinera, on pourra augmenter la somme de lumière, jusqu’à ce qu’elle recoive totalement le grand jour; si alors ces boutures étaient maintenues dans une trop grande obseurité, elles s’étioleraient, c’est-à-dire qu’elles produiraient des tiges blanches et des feuilles d’un vert pâle.

« La couleur verte des feuilles gagne en intensité selon leur degré d'exposition à la lumière dans certaines limites; elles pâlissent en proportion de leur éloignement hors de son influence, de telle sorte que,

(1) Passage rectifié conformément au rapport sur le concours (Journal de la Soc. centr. d’hort. de France, 2e série, II, p. 451, lignes 31-57).

plongées dans une obscurité constante, elles sont entièrement dépourvues de matière verte et deviennent blanches ou étiolées. » (Joux Linpzey, Théor. de l’hort., p. 59.)

« L’un des premiers soins d’un jardinier doit être de s’assurer des moyens de donner au sol dans lequel il plante ses boutures, une température convenable, plus élevée que celie de l'air. La chaleur agit comme stimulant sur les forces vitales, » et les met à même de développer des racines sous son influence. Si une bouture est excitée par une chaleur de fond un peu supérieure à celle de l’atmosphère ambiante qui, de son côté, soit suffisamment entretenue d'humidité, c’est dans de telles conditions qu'elle émettra le plus promptement ses racines. Nous sommes entièrement de l’avis de M. Wirtgen, qui pense que « la température et l’huimidité d’un terrain influent beaucoup plus sur la végétation que ses qualités minéralogiques. » (Voyez Erster Jahresbericht, etc., am Mttel- und Nieder-Rhein, p. 64.)

Le sol, dans ce mode de bouturage surtout, n’est que secondaire; il a beaucoup moixs d'influence sur l'émission des racines que la chaleur, l'humidité et la lumière. Aussi les hommes scientifiques nous disent-ils « que les meilleures terres, lorsqu'elles sont pures, ne fournissent aucun aliment à la nutrition des végétaux; elles ne sont que les milieux des différents agents qui, par leur décomposition, leur résolution en princeipes élémentaires, concourent à l'accroissement du végétal. » (PELOUZE.)

Nous avons eu aussi très-souvent occasion de remarquer, sur des boutures herbacées traitées sur couche chaude, sous cloche, que les racines aériennes se développaient plus tôt sur les parties qui se trouvaient hors de terre, que les racines qui devaient se développer dans le sol, bien que celui-ci eût dans son sein une température plus élevée que celle de l’air contenu sous la cloche.

Ce qui nous détermina à propager les plantes par ce procédé, c’est qu'un jour nous avions placé un panier de boutures de Coleus Verschaffelti, sous les tablettes d’une serre chaude humide où nous l’avions complètement oublié. Au bout de quelques jours, nous allâmes les chercher, croyant les trouver complétement pourries ; elles avaient, au contraire, émis des racines aériennes de deux ou trois centimètres de longueur. Au lieu de les planter en godets ou dans des terrines, comme nous laurions fait huit jours précédemment, nous pümes les empoter immédiatement et les habituer ensuite à la température extérieure.

Nous disons donc : lorsqu'on veut bouturer les plantes par ce procédé, il n’est pas nécessaire, comme on vient de le voir, de couper les boutures une à une auprès d’un œil, comme on le faisait autrefois. La chose essentielle, dans ce mode de bouturage, c’est d’empoter les boutures aussitôt que les racines y sont suffisamment développées; car si on attend trop longtemps, on aura lieu de craindre la pourriture.

La chaleur, l'humidité et la lumière exercent donc Ia plus grande

influence sur l’émission des racines des boutures aériennes. La chaleur atmosphérique ne devra pas descendre au-dessous de 25 degré centigrades et l’air devra être saturé de vapeur d’eau, si l’on veut que le succès soit assuré. |

On ombrage le chässis ou la serre aussitôt que le soleil apparaît à l'horizon, et même lorsqu'il fait grand jour; la lumière trop vive pourrait flétrir les boutures et compromettre ainsi l’émission de leurs racines. On évitera aussi les courants d’air, et on ne laissera descendre la chaleur, pendant la nuit, que de trois ou quatre degrés au-dessous de celle qui existe pendant la journée ; car « si la chaleur était constamment égale, on comprend que l’excitabilité serait bientôt altérée ou détruite. La nature, toutefois, a su pourvoir à ce résultat, non-seulement par les fluctuations de la température qui surviennent à divers moments de la Journée, mais encore plus particulièrement par l’abaissement périodique de la température pendant la nuit, et par son élévation pendant le Jour ; disposition en rapport intime avec toutes les fonctions vitales des végétaux. Pendant le jour, lorsque la lumière est le plus intense, et que les facultés évaporantes et décomposantes sont le plus énergiques, la température s'élève et stimule la vitalité des boutures de manière à justifier ce que l’on attend d'elles; de même, lorsque la lumière diminue, et avec elle la nécessité d’un stimulant excessif, la température s’abaisse et atteint son minimum pendant la nuit, époque à laquelle on compte le moins sur les forces vitales de la végétation ; de sorte que les plantes, comme les animaux, ont leurs périodes d’action et de repos. Nulle plante ne saurait jouir d’une bonne santé si cette double condition n’est observée.» (Joux Linpzëy, Théorie de l’hort., p02:)

Les couches chaudes, dans les serres, s’obtiennent au moyen d’une certaine épaisseur de tannée, qui doit être remuée de temps en temps, afin que la chaleur qu’elle produit soit régulière et constante.

Dans les serres, on emploie fréquemment le thermosiphon. C'est évidemment le meilleur moyen de régulariser la température. Les tuyaux étant disposés sous le plancher des bâches, la chaleur s’y trouve concentrée; elle filtre alors à travers la couche de tannée dans laquelle sont enfoncés les pots qui contiennent les boutures.

Sur couche chaude et sous châssis, dans les serres, on bouture ordinairement les plantes rares ou délicates provenant des régions tropicales; telles sont : les Vepenthes, Cyanophyllum, Vanilla, Bertolonia, Barringtonia, Ixora, Anœctochilus, Alloplectus, Sonerila, Campylobotrys, Cissus, etc. Les soins à leur donner consistent à entretenir une chaleur constante, une humidité modérée, à remuer Îla tannée une ou deux fois par semaine afin d'empêcher l'humidité ou les Champignons de s’y manifester. On arrose la terre des pots qui contiennent les boutures avec un arrosoir à bec de la grosseur d’une

plume d’oie, et on enlève la moindre pourriture aussitôt qu'elle s'y manifeste. Si on découvre les châssis, on prendra la précaution de ne pas laisser les boutures trop longtemps à l’air; car si la flétrissure venait les atteindre, le remède serait pire que le mal, et les chances de réussite seraient vivement compromises.

Lorsque les boutures commencent à s’enraciner, on leur donne d’abord un peu d'air; lorsqu'elles sont mieux enracinées, on leur en donne un peu plus, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elles puissent supporter l'air extéricur.

Les boutures qui demandent beaucoup de temps pour émettre leurs racines, comme les Nepenthes par exemple, et bien d’autres, doivent être traitées avec beaucoup de précautions, en leur administrant les degrés nécessaires de chaleur concentrée, d'humidité, de lumière et d'air; car si on les traitait dans des conditions défavorables à leur conservation, elles périraient avant d’avoir eu le temps de s’enraciner.

Lorsqu'on veut hâter la reprise des boutures des végétaux exotiques cultivés en pleine terre, on les traite directement sur couche chaude; mais on ne perdra pas de vue qu’on ne doit jamais soumettre une bouture à une température plus élevée que l'espèce ne l'exige; car alors «il y a surexcitation; en même temps, si l'atmosphère est entretenue dans un état proportionnel d'humidité, les tissus se développent plus rapidement que ne peuvent les solidifier les forces vitales des boutures par la décomposition de l’acide carbonique et par d’autres moyens; l’excitabilité s’épuise graduellement; tout l'organisme s’affaiblit; les fonctions vitales se dérangent, ct il se produit bientôt un état de débilité générale. » Les boutures traitées dans ces conditions deviennent « molles et aqueuses; les feuilles en sont minces, les tiges gréles, etc., un léger abaissement de température les affecte plus alors que ne le ferait un plus considérable dans d’autres circonstances, et la privation complète de la lumière les détruit promptement. Leur impuissance à décomposer l'acide carbonique et à s’assimiler une nourriture en proportion de leur excès de croissance, les empêche de revêtir cette couleur verte qui leur est naturelle, et leur donne une teinte pâle; et si elles ont la propriété de sécréter quelque autre matière colorante, celle-ci, comme toutes les autres sécrétions, s’élabore en trés-petite quantité. Si, néanmoins, à une augmentation extraordinaire de température il se joint un manque proportionnel d'humidité, la perte en fluide, par l'effet de la transpiration et de l’évaporation, marche plus vite que les racines ne peuvent en préparer de normal, ou le tissu le transmettre; les sécrétions de l'espèce s’élaborent plus rapidement que les organes qui doivent les recevoir ne sont formés ; les anciennes feuilles se fanent et se dessèchent; et, enfin, les jeunes périssent de la même manière aussi promptement qu’elles se sont formées. Une température plus basse qu’il n’est ordinaire produit des accidents contre ordre. Une certaine quantité de chaleur est nécessaire à une

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bouture quelconque; son effet immédiat étant d’exciter les forces vitales

et de les mettre en action. » (Joux Linprev, T'héorie de l’hort., p. 92.)

Si on doit faire enraciner sur couche chaude des boutures de végétaux exotiques cultivés en plein air, on fera bien, avant d’en faire la récolte, de rentrer sous châssis ou dans une serre les mères sur lesquelles on doit couper les boutures; la reprise scrait vivement compromise si on les plaçait brusquement sur couche chaude lorsqu'elles proviennent d’une serre froide, d’une orangerie ou du plein air. Pour qu’une bouture soit prise dans de bonnes conditions, on doit la prendre sur un pied-mère cultivé à une température un peu au-dessous de celle dans laquelle on

doit la traiter pour lui faire développer des racines. Ainsi, les boutures

des plantes de serre chaude qui émettent leurs racines à 25 degrés centigrades, par exemple, devront être prises sur des mères cultivées à 20 ou 22 degrés centigrades, c’est-à-dire à trois ou quatre degrés au-dessous de la chaleur de la couche où elles doivent émettre leurs racines. On ne saurait douter que les boutures traitées de cette façon ne s’enracinent plus tôt, et que leur réussite ne soit bien moins compromise que celles qu’on prendrait à une température trop basse, afin de les traiter ensuite sur couche chaude; dans ce cas, la transition du froid au chaud que les boutures ont à supporter est une des causes qui engendrent le plus aisément la pourriture.

6. Boutures sur couche tiède. — Les couches tièdes en plein air sont ordinairement formées de fumier provenant d'anciennes couches chaudes, auquel on ajoute une certaine quantité de feuilles, afin d'obtenir une chaleur douce et durable: elles doivent développer une chaleur souterraine de 15 à 20 degrés centigrades. On les entoure également de coffres réchauffés par des réchauds et recouverts de châssis vitrés.

Les couches tièdes, dans les serres, s’obtiennent également avec la tannée provenant des couches chaudes; si elle avait perdu une trop grande partie de sa chaleur, on pourrait y ajouter une certaine quantité de tannée neuve,afin de lui faire produire le degré de chaleur nécessaire. Dans les serres, on obtient également les couches tièdes en établissant un thermosiphon sous le plancher des bâches.

Sur couche tiède, en serre et sous chassis, on bouture ordinairement les plantes telles que Rhopala, Dracæna, Ficus, etc. Les soins à donner sont absolument les mêmes que pour les boutures sur couche chaude. Lorsque ces boutures sont enracinées, on les empote dans des vases proportionnés à leur développement, et on les laisse encore quelques jours sous châssis, en leur donnant d’abord un peu d’air, qu’on augmente insensiblement jusqu'à ce qu’elles aient suffisamment de racines pout résister à l’action de la température extérieure.

Pendant l'hiver ou au premier printemps, on bouture encore sur couche tiède et sous châssis les végétaux exotiques employés à l’ornementation des pares et jardins pendant la belle saison : tels sont les Anthemis,

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Angelonia, Bouvardia, Petunia, Calceolaria, Gnuphalium, Gazania, Fuchsia, Lantana, Nicotiana, Solanum, etc.

Sur couche tiède, on bouture aussi les végétaux, tels que Poinsetlia, Dieflenbachia, Caladium arborescents, ete., dont on coupe les tiges par tronçons. On plante ces tronçons obliquement en pots ou en pleine terre, ou bien on les couche tout à fait dans le sol, et on les recouvre entièrement äe terre ou de sable, afin d'y faire développer des bourgeons, qui, à leur tour, pourront être bouturés lorsqu'ils seront suffisamment développés.

Les plantes telles que Sedum, Epiphyllum,Echeveria, Tradescantia, ete., peuvent être également bouturécs sur couche tiède. On les plante tout simplement en pots ou en terrines qu’on place sur couche tiède, en serre ou sous châssis; bientôt elles s’y enracinent.

7. Boutures sur couche sourde. — Les couches sourdes en plein air s'obtiennent avec les fumiers provenant des couches tièdes auxquels on ajoute une certaine quantité de feuilles; elles doivent développer de 10 à 15 degrés centigrades de chaleur intérieure. On les dispose comme les précédentes, et on les couvre également de châssis vitrés; lorsque la température s’abaisse, on les entoure de réchauds.

Les couches sourdes en serre s’obtiennent avec la tannée qui a servi à la formation des couches tièdes, ou en établissant un thermosiphon sous le plancher des bâches.

Les végétaux qu’on bouture avce le plus d'avantage sur couche sourde sont les Camellias simples, les Myoporum, Diosma, Fabiana, Erica, Phylica, Epacris, ete.; les soins qu’ils réclament sont les mêmes que pour les boutures sur couche tiède.

On bouture encore sur couche sourde des plantes d’orangcrie et de serre froide, telles que Coronilla, Cassia, Kœniga maritima variegata, Myrtus, etc., ainsi qu'une foule de plantes vivaces de plein air dont on fait ja multiplication par boutures de rameaux herbacés : telles sont les Phlox decussata, les Chrysanthemum, les Artemisia, ete. ; ces boutures doivent être faites de préférence au printemps.

Sur les couches sourdes, on peut bouturer une quantité d’arbustes de plein air, par leurs rameaux herbacés; tels sont les Evonymus, Aucuba, Spiræa, Weigelin, ete.

Sur couche sourde, on bouture encore une foule de plantes par troncons de tige; tels sont les Bambous, les Yucca, les Arundo, etc.

8. Boutures sur couches froides. — Les couches froides en plein air s'établissent de la manière suivante. On plante des piquets à 020 ou 025 les uns des autres, en leur donnant ja forme d’un coffre ; ensuite on fait de grosses tresses en paille ou en fumier long que l’on passe entre les piquets de facon à former une sorte de cloison pour empêcher l'air froid de pénétrer. On ne met ni fumier ni feuilles à l’intérieur dece coffre; on le recouvre tout simplement de paillassons lorsqu'on veut empécher la

gelée ou le froid d’y pénétrer. Ces sortes de couches économiques pour-

raient être d’une grande utilité pour hiverner les boutures qui ne sauraient supporter le plein air, ou pour acclimater celles qui sortent des couches sourdes ; elles de avoir une chaleur intérieure de 5 à 10 degrés nl seulement pendant l'hiver.

Sur ces sortes de couches on bouture fréquemment des végétaux, tels que Rosiers, XKerria, Berberidopsis, Dianthus, Hydrangea, Aubrietia, Cerastium, Pelargonium zonale, ete. C’est ordinairement vers la fin de l’été qu’on fait le bouturage de ces végétaux, alors que les couches sous châssis et les serres sont le moins occupées. Les Pelargoniuin zonale se bouturent avantageusement sur les tablettes de serres les plus rapprochées de la lumière; on les arrose modérément, et, bien que les feuilles se flétrissent ou se dessèchent au point qu'on croirait les boutures perdues, il n’en est rien; elles émettent parfaitement leurs racines dans cet état et produisent peu de temps après de nouvelles feuilles.

En général, les couches doivent être enfoncées dans le sol à 070 ou 0" 80 de profondeur ; après y avoir placé la couche de fumier nécessaire, on pose par dessus les coffres en les laissant sortir de 0" 50 ou 0" 40 hors de terre. On établit aussi des réchauds à l’extérieur afin d'entretenir une chaleur constante à l’intérieur.

9. De l’emploi des racines pour le bouturage des végétaux. — Les plantes qu’on bouture le plus ordinairement à l’aide de leurs racines sont les Dahlia, les Clematis, les Pivoines, ete.

Pour les Dahlias, voici comment on opère. Vers le mois d'avril, on met en végétation les variétés qu’on veut propager, et lorsque les pousses sont suffisamment développées, on les coupe. Au lieu de les planter la base ou le talon dans le sol, on les greffe sur de grosses racines charnues, qu'on peut toujours se procurer facilement. Comme la racine ou sujet sur lequel on greffe la bouture n’est destinée qu’à lalimenter en attendant qu'elle s’affranchisse, on peut employer sans inconvénient celles qui proviennent de mauvaises variétés, ou celles qui doivent être supprimées. En pratiquant ce mode de bouturage, on aura soin de conserver un œil à la base de chaque bouture, car, si on ne prenait point cette précaution, la base s’affranchirait difficilement et ne pourrait dès lors servir à la reproduction de la variété pour l’année suivante.

Les Clematis se bouturent également par ce procédé. Après avoir coupé une certaine quantité de boutures, on prépare autant de racines du Clemalis erecta, où de toute autre espèce commune; on greffe ensuite chacune de ces boutures sur un fragment de racine, et après Les avoir convenablement mastiquées, soit avec de la terre glaise, soit avee de la cire à greffer, on les plante dans des godets proportionnés à leur développement, qu'on enfonce jusqu'aux bords sur couche tiède et sous châssis hermétiquement fermé, jusqu’à ce qu’elles aient parfaitement repris. Quelque temps après, on leur donne un peu d'air, qu'on augmente insensiblement afin de les habituer à la température extérieure.

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Les Pivoines arborescentes sont aussi bouturées de cette façon; seulement, elles exigent moins de soin que les autres, si on opère au printemps avec des rameaux dépourvus de feuilles. On prend de grosses racines de Pivoine en arbre, ou de pivoine herbacée, sur lesquelles on greffe ces boutures. Après les avoir mnastiquées, soit avec de la terre glaise, soit avec de la cire à greffer (1), on les plante sur couche sourde jusqu’à ce qu'elles soient suffisamment reprises, et lorsque les yeux ou bourgeons commencent à se développer, on leur donne de l'air peu à peu, afin de les habituer à la température extérieure; puis on les plante en pleine terre, si on a opéré au printemps. Si on fait ce mode de bouturage à l’automne, on fera bien de conserver les jeunes plantes sur couche froide jusqu’au printemps.

Les végétaux rebelles au bouturage, tels que Chrysophyllum macrophyllum, Pavetta borbonica, Heritiera macrophylla, Aralia trifoliata, crassifolea, et autres, Coffea arabica, certains Rosiers, Poiriers, Pommiers, etc., étant bouturés dans des circonstances ordinaires, demandent souvent plus d’une année pour émettre leurs racines, et encore, très-souvent, la majeure partie dépérit-elle après s'être conservée dans d’excellentes conditions pendant un an et plus. Après plusieurs essais, nous avons réussi de la manière suivante, notamment sur le Cofjeu arabica. Sur une bouture herbacée,.nous avons greffé une petite extrémité de radicelle très-jeune ; nous l’avons mastiquée avec un peu de terre glaise ; puis nous avons empoté Le tout dans un petit godet, et nous avons enfoncé celui-ci jusqu'aux bords sous un châssis hermétiquement fermé, et sous cloche pendant les premiers jours. Quelques jours après, nous avons pu donner un peu d’air, et l’augmenter au fur et à mesure qu'elle pouvait le supporter. Au bout d’un mois, la bouture était enracinée.

Pour les végétaux exotiques dont les boutures sont dépourvues de feuilles, il suffira, pour faire reprendre ces sortes de boutures-greffes, de les placer sur les tablettes d’une serre maintenue à une chaleur appropriée à leur nature, sans les étouffer du tout.

Quant aux arbres, arbrisseaux et arbustes indigènes qu'on voudrait bouturer par ce procédé, après avoir convenablement mastiqué la greffe, on la plante en pleine terre comme on planterait un scion enraciné. Ainsi, par exemple, sur une bouture de Poirier nous avons greflé au printemps une petite racine; après l'avoir ligaturée et convenablement mastiquée, nous l'avons plantée en pleine terre, et nous avons enfoncé à côté un bon tuteur afin que le vent ne put l’ébranler. Vers le mois de juin, les yeux développèrent des scions, et la bouture formait, à l'automne suivant, une jolie petite pyramide.

(1) Le mastic horticole Lemarchand, de Caen, que l’on trouve dans le commerce, est excellent pour enduire ces petites greffes ; on l’emploie à froid, et il dureit ensuite au contact de l'air.

Ce procédé pourrait s'appliquer au plus grand nombre des végétaux; mais pour que la réussite en soit assurée, il faut faire ces greffes avec beaucoup de précautions, surtout si l’on se sert de petites extrémités radicellaires encore extrêmement jeunes; il faut aussi les laisser le moins longtemps possible à Flair, et les planter aussitôt qu’elles sont greffées et suffisamment mastiquées, pour que lhumidité du sol ne puisse pénétrer dans la plaie; on doit enfin choisir des racines bien saines, et faire attention à ne pas les froisser en les tenant dans les mains, et surtout opérer avec un greffoir bien affilé.

Bien que la greffe en couronne soit peu estimée des jardiniers, en raison des inconvénients qui résultent de ce que la soudure du bois de la greffe s’effectue difficilement entre l'écorce et le bois du sujet, nous en recommandons l'emploi pour greffer Iles racines encore tendres, qui n'offrent pas le même inconvénient.

Nous la pratiquons donc lorsque nous voulons greffer sur le talon des boutures de très-petites racines. Nous employons la greffe en fente ordinaire lorsque nous greffons des racines plus petites que le talon de la bouture; et, enfin, la greffe par copulation, ou la greffe à la Pontoise, pour les boutures sur le talon desquelles nous greffons des racines de la même grosseur.

Ce mode de bouturage étant bien appliqué pourrait offrir d'immenses avantages. Chaque fois qu'on coupe des boutures sur un végétal quelconque, puisqu'on lui enlève une partie des feuilles ou du bois qui se trouvent alimentés par les racines, on pourrait presque toujours enlever quelques extrémités de celles-ci sans trop l’endommager ; mais, si on voulait pratiquer en grand ce mode de bouturage, il serait préférable de sacrifier un pied pour lui enlever toutes ses racines. En employant les trois sortes de greffes dont nous venons de parler, on peut utiliser toutes ces racines, depuis jies plus petites extrémités jusqu'aux plus grosses ramifications.

Pour les végétaux cultivés dans les serres, ce mode de bouturage peut se faire en toutes saisons, pourvu que la plante soit en végétation ou sur le point d’y entrer. On traite alors les boutures à l’étouffée, dans la serre à boutures, et sous cloche si celles sont pourvues de feuilles. Si au contraire ce sont des végétaux cultivés à l'air libre, et sur lesquels on prenne les boutures lorsqu'ils sont dépourvus de leurs feuilles, on devra préférablement le pratiquer au priptemps.

Il n’est pas rigoureusement nécessaire, pour ce mode de bouturage, de n’employer que des racines provenant de la même espèce. Bien que le succès de l'opération soit en proportion du degré d’affinité existant entre la greffe ct le sujet, on peut néanmoins, dans un grand nombre de cas, utiliser des racines appartenant à des espèces voisines, pourvu qu’elles soient de la même nature, et qu'il y ait entre elles un certain degré de parenté. La différence existant entre l’organisation intime d’une branche

et celle d’une racine, dans ce cas, est trop peu sensible pour mettre obstacie à l’union parfaite qui existe entre ces plantes. C’est ainsi que nous avons greffé sur le talon d’une bouture d’Aralia trifoliata, espèce très-rebelle au bouturage, une racine de l’Araliu parasitica; sur des boutures de Coffea arabica, des racines du C. bengalensis ; sur des boutures de Rosiers dits du Roi, des racines d’Églantiers; sur des boutures de Poiriers, des racines provenant d’une variété différente, etc. ; toutefois, lorsqu'on aura à sa disposition des racines du végétal même qu’on veut bouturer, il vaudra toujours mieux les utiliser que de recourir à celles qui proviendraient d’espèces voisines; la soudure entre la racine et la bouture s'effectuera d'autant plus vite qu’il y aura plus d’analogie entre ces deux corps qu'on à réunis.

Les racines ainsi greffées sur le talon des boutures n’ont pas d'autre destination que de les alimenter en attendant qu’elles s’affranchissent.

10. Boutures de rameaux souterrains. — Certains végétaux tels que Lilas, Bambous, Églantiers, ete., produisent des rameaux souterrains ou drageons, qui, étant détachés des mères et plantés isolément, à une époque convenable, reproduisent promptement le végétal.

Certaines plantes telles que Curculigo, Anémones, Rosiers, ete., en produisent également ; mais ils ont alors presque la même forme que les racines. On les coupe par morceaux et on les couche les uns contre les autres, dans des terrines ou en pleine terre, sous châssis, en les couvrant d’un peu de terre sablonneuse; bientôt ils développent des bourgeons, et lorsqu'ils sont suffisamment enracinés, on les empote en godets, ou on les plante en pleine terre.

Des végétaux exotiques tels que Alocasia, Colocasia, Xanthosoma, ete., produisent aussi des rameaux souterrains, mais dont l'extrémité prend souvent la forme d’un caïeu. On n’a qu’à séparer ces rameaux des mères et à les planter en pleine terre dans du sable, dans de petits godets, comme on le ferait pour des caïeux ordinaires; bientôt ils se développent, et ils produisent de belles plantes en fort peu de temps. Les Aroïdées qu'on bouture le plus par ce procédé sont: les Aiocasia macrorrhiza, variegata, cuprea, gigantea, longiloba, tigrina, Veitchii, Lowit, etc., les Colocasia antiquorum, esculenta, nymphæœæfolia, euchlora, alboviolacea, ete.; les Xanthosoma divaricatum, versicolor, nigrescens, erubesces; ec, eiC.

Les Maranta, Culathea, Dichorisandra, ete., produisent fréquemment des racines dont l'extrémité prend une consistance charnue et acquiert ordinairement la grosseur ainsi que la forme d’un marron. Ces racines bulbiformes, lorsqu'elles sont détachées des mères et plantées dans un milieu favorable au point de vue de Îa chaleur ct de l’humidité, peuvent reproduire le végétal. Néanmoins, les circonstances sous l'empire desquelles se développent les bourgeons de ces pseudo-bulbes, sont encore imparfaitement connues; nous savons toutefois qu'une forte dose de

chaleur souterraine est nécessaire pour stimuler leurs forces vitales, et les mettre à même de développer sous son influence des racines et des bourgeons.

Des expériences que nous avons faites relativement au bouturage de ces végétaux par leurs racines bulbiformes, il est résulté ceci: qu’un certain nombre ayant été placé sur couche chaude, sous châssis, dans la serre à boutures, quelques-uns seulement se sont développés, et cela dans espace de quinze à dix-huit mois; tandis que d’autres, notamment le Calathea pavonina, ayant été placés sous l'influence d’une chaleur souterraine de 55 à 40 degrés centigrades, se sont développés au bout de 8 à 10 mois. Quoi qu’il en soit, les pseudo-bulbes qu’on trouve au pied de presque toutes les plantes de ce genre, reproduisent parfaitement l'espèce; et, bien que ce mode de bouturage soit peu usité, sans doute parce que le degré de sa faculté végétative est imparfaitement connu, et qu’il fait attendre trop longtemps son résultat, 1l n’en est pas moins vrai qu'il pourrait rendre de grands services pour la propagation des espèces nouvelles dont la multiplication ne marche jamais assez rapidement.

Al. Boutures de tronçons de tige. — Beaucoup de végétaux peuvent être bouturés par tronçons de tige; tels sont les Dracæna, Poinsettia, Astrapæa, Spathodea, Cycas, Dieffenbachia, Saccharum, Maclura, etc. On coupe les tiges par tronçons de quelques centimètres de longueur, puis on les plante obliquement sur couche et sous châssis, dans du sable blanc ou dans une terre sablonneuse, si ce sont des espèces sujettes à la pourriture, ou dans une terre plus ordinaire si ce sont des espèces plus robustes. Lorsque les jets sont suffisamment développés, on les coupe pour en faire des boutures.

On peut encore planter chaque troncon séparément dans des pots, qu'on place ensuite sur une couche appropriée à leur nature, jusqu'à ce que les bourgeons soient bien développés. Ensuite on leur donne de l'air pour les habitucr peu à peu à la température extérieure.

12. Boutures de rucines. — Le bouturage par les racines est auJourd'hui pratiqué en grand pour la propagation des végétaux; ainsi, l’'Aralia papyrifera, le Macleya cordata, le Bocconia frutescens, le Wigandia caracasana, Visotypus rosæflorus, le Gunnera manicata, l’Araucaria excelsa, les Acanthus mollis, lusitanicus, spinosus, ete., ete., sont fréquemment bouturés par leurs propres racines.

La meilleure saison pour faire le bouturage par les racines est le printemps, un peu avant que les plantes commencent à entrer en végétation. On coupe les racines par morceaux de trois ou quatre centimètres de longueur, puis on les place les unes contre les autres dans des terrines remplies de terre de bruyère sablonneuse, en les couvrant de deux ou trois centimètres de terre; peu de temps après, chaque morceau produit encore une ou plusieurs pousses, qu'on empote séparément dans des godets lorsqu'elles sont suffisamment enracinées.

On bouture encore de leurs racines, au printemps et à l’air libre, des végétaux tels que Cydonia japonica, Maclura aurantiaca, Paulownia imperialis, etc.

15. Boulures d’yeux. — Les yeux étant des pousses rudimentaires ct non encore développées, on peut les utiliser pour la propagation des végétaux; seulement, pour que le succès en soit assuré, il faudrait pouvoir connaître les circonstances sous l'empire desquelles ils peuvent se développer. Ainsi, on sait que le Solanuin tuberosum (Pomme de terre), l’Arracacha esculenta, les Caladium bulbeux, ete. dont les souches ou tubercules sont coupés en autant de morceaux qu'ils contiennent d’yeux, sont fréquemment employés au bouturage.

Certains Dioscorea, Lilium, Fougères, etc., produisent sur le limbe, les nervures ou à laisselle de leurs feuilles, des yeux ou bourgeons, qui grossissent, se désarticulent d'eux-mêmes, ct viennent s’enraciner spontanément dans le sol.

La Vigne, les Cycas, les Dracæna, ete., auxquels on enlève un œil avec une petite portion du bois, étant soumis à une température convenable et à l'influence de conditions favorables à leur développement, reproduisent parfaitement le végétal.

14. Boulures par turions. — Ce mode de bouturage est employé pour propager les végétaux tels que Yucca, Cycas, Cordyline, ete. Au printemps, on éclate les turions qu'ils produisent ordinairement à leur base, et on les plante dans des terrines ou sur couches sous châssis appropriées à leur nature. Ceux des turions qui seraient trop gros peuvent être fendus en deux ou en quatre. La terre sablonneuse convient trés-bien à ces sortes de boutures, en ce que la pourriture s’y manifeste moins que dans toute autre nature de terre

15. Boutures d’écailles. — Des végétaux tels que Gesneria, Achimenes, Tydæa, Cycas, ete., peuvent être bouturés au moyen de leurs écailles. On frotte légèrement entre ies mains les rhizomes écailleux que les trois premiers produisent abondamment à leur base, afin d’en détacher les petites écailles; ensuite, on les plante les uns contre les autres dans des terrines, et on les place sur couche tiède, où bientôt elles produisent de petits bourgeons.

La plupart des Liliacées peuvent être bouturées au moyen des écailles de leur oignon. On les plante les unes contre les autres dans des terrines, sur couche et sous châssis, ou en pleine terre, selon leur nature; bientôt elles produisent des caïeux.

Pour le bouturage des Cycas, on utilise les écailles qui entourent leur tronc, en ayant soin toutefois d'enlever avec ces dernières une petite portion du bois. Ceci ne doit pas nous étonner, puisque nous savons qu’à la place de chaque écaille il y avait autrefois une feuille, et qu'à l’aisselle de ces feuilles se trouvaient des yeux qui sont restés latents; ce sont ces yeux qui se développent lorsqu'ils se trouvent placés dans des conditions

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favorables de chaleur et d'humidité. On plante ces écailles dans des terrines ou dans de petits godets qu'on enfonce ensuite dans la tannée d’une couche chaude, en attendant qu’elles développent des bourgeons.

16. Boutures en rayons. — Dans les colonies on bouture les Bambous en couchant les rameaux souterrains de ces Graminées dans des rayons, et en les recouvrant de quelques centimètres de terre. Bientôt les yeux ou bourgeons se développent, et lorsqu'ils sont suffisamment enracinés, on coupe les tiges ainsi couchées en autant de morceaux qu’elles ont de nœuds; au printemps suivant, on les divise pour les mettre en place.

Sous le climat de Paris, on peut les bouturer de la même facon; seu- . lement, on devra opérer sur couche sourde. On les bouture encore en en plantant chaque morceau dans un pot de 42 ou 15 centimètres de diamètre, qu'on enfonce également dans le terreau d’une couche sourde; peu de temps après, les bourgeons s’y développent, et lorsqu'ils sont suffisamment enracinés, on peut les retirer de dessous les châssis pour les habituer à la température extérieure.

Les Arundo, et quantité d’autres Graminées de ce genre peuvent se bouturer de la même facon que les Bambous, en en coupant les chaumes par morceaux que l’on couche dans le sol de facon à ce que les yeux se trouvent en dessous ou sur les côtés plutôt qu’à la partie supérieure. Nous avons remarqué que les bourgeons qui se trouvent ainsi placés en dessous s’enracinent plus tôt que ceux qui se trouvent à la partie supérieure. La marche du développement des premiers étant contrariée en ce qu'ils doivent tourner autour du chaume pour sortir de terre, ils sont forcés d'émettre des racines: tandis que ceux de -la partie supérieure, qui se trouvent presque au niveau du sol, demandent beaucoup plus de temps pour s’enraciner n'étant plus contrariés dans la marche de leur végétation.

A7. Boutures de végétaux prolifères. — Les bourgeons qui se développent sur le limbe ou sur le pétiole des feuilles des végétaux prolifères, peuvent être employées au bouturage. On les enlève et on les plante en pots ou en pleine terre, sous châssis ; peu de temps après, ils émettent des . racines. Les Asplenium Belangerii, flabellifolium, bulbiferum, ete., Diplazium proliferum, Hemionitis palmata, Dortiopteris palmata, Woodwardia radicans, Chrysodium proliferum, ete., sont fréquemment bouturés de cette facon.

18. Boutures dans l’eau. — Les végétaux qu’on peut bouturer dans l’eau sont le Verium Oleander, Arundo Donax, Cyperus alternifolius, ete. Ce dernier se bouture parfaitement de la manière suivante. On coupe les tiges à 0" 05 de la tête, et on les place dans un vase rempli d’eau de façon que les feuilles flottent à la surface. On met ensuite le tout sur couche tiède et sous châssis, ou à l'air libre d’une serre, et, au bout de quelques jours on peut déjà récolter, en les éclatant, un bon nombre de jeunes plantes qui se sont développées à la base des feuilles, et qui se sont enracinées dans l’eau. On n’a ensuite qu’à les empoter dans une terre per-

méable, en diminuant peu à peu l’eau qu'on leur donne, afin de les habituer à vivre dans la terre. .

Pour les Arundo, vers le mois de septembre, on coupe les chaumes par morceaux de 0" 40 où 0® 50 de longueur. A cet effet, on prépare des pots dont on bouche le trou avec un peu de terre glaise ou de mastic. On les remplit de sable, et on les tient constamment pleins d’eau ; on y plante ecs morceaux de chaumes, et on place les pots sur couche sourde sous châssis. Au bout de quelques jours, les bourgeons latéraux se développent, et lorsqu'ils sont suffisamment développés, on les enlève pour les mettre en pots, et les traiter comme de jeunes semis qui viennent d’être repiqués.

Des plantes telles que J'ussieua repens, Salvinia natans, Hydrolea spinosa, etc., peuvent être également bouturées dans l’eau. On choisit des boutures herbacées, et on les plante dans des vases remplis de terre et constamment pleins d’eau, comme il a été dit pour les Arundo.

49. Boutures en sens inverses. — Ce mode de bouturage consiste à planter la partie supérieure d’un rameau dans la terre, la base ou talon en l'air. D’après des expériences faites par nous sur ce sujet, nous croyons pouvoir affirmer que la plupart des boutures peuvent émettre des racines et végéter en sens inverse, lorsqu'elles sont traitées dans un milieu convenable ; seulement, elles demandent toujours plus de temps pour s’enraciner que celles qui sont faites dans le sens naturel. Que devient dès lors la théorie de la sève ascendante et de la sève descendante des arboriculteurs en présence d’une branche plantée-dans le sol la tête en bas et qui continue à se développer pour former une plante ou un arbre(1)? L’ascension de la sève a-t-elle lieu par les mêmes vaisseaux lorsque le végétal se trouve renversé, ou bien ont-ils la propriété de se transformer pour la circonstance ? Ce fait, que nous n’essayerons pas d'expliquer, nous le croyons de nature à intéresser les botanistes-physiologistes qui s’occupent de la question de la circulation de la sève, sur laquelle les opinions sont encore assez diverses; notre but étant de signaler que nous sommes parvenus à faire enraciner et à faire pousser le Saule jaune (Salix vitellina L.), le Figuier rampant (Ficus repens Wizeo.), la Vanille aromatique (Vanilla aromatica Sw.) de cette facon, et que ces plantes ont continué à se développor comme des boutures ordinaires, mais avec beaucoup moins de vigueur pendant les premiers temps. Ce mode de bouturage ne présente d'intérêt qu'au point de vue physiologique, car il est beaucoup moins rapide que le bouturage ordinaire (2).

(1) Cette intervention dans la direction apparente, selon laquelle circulent les principes nutritifs, n’est pas aussi diflicile à expliquer que l’auteur du mémoire semble le croire. (Note de la Direction.)

(2) Pour les observations faites antérieurement sur ce sujet, voyez, entre autres écrits : Dunamez, Phisiq. des arbres, IL, p. 115 et suiv.; Knicur, Hortic. papers, pp. 105 et suiv.; Ducrarrre, Bulletin de la Soe. bot. de Fr., I, 1854, pp. 175-178 ; etc.

(Note du Rédacteur).

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