‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 65 sur 173 · ÉTUDES SUR LA LOI DES SEXES DANS LES PLANTES · texte numérisé non relu

ÉTUDES SUR LA LOI DES SEXES DANS LES PLANTES

PAR M. Tomas MEECHAN.

L'article que nous publions ici a été présenté par M. Thomas Mechan, éditeur du journal américain le Gardeners’ Monthly, à l'association américaine pour l’avancement des sciences.

Dans les considérations que j'ai publiées sur la soudure des véritables feuilles de Conifères avec les tiges, je crois avoir démontré à l'évidence ce fait que l'adhésion des feuilles avec la tige chez ces arbres est d'autant plus grande que la croissance de cet axe ou de cette tige a été plus forte et plus vigoureuse. En continuant mes observations dans le même sens, j'ai découvert quelques faits, qui me semblent indiquer qu'il est fort probable que des lois analogues de vigueur et de vitalité, règlent la production des sexes dans les plantes.

En examinant au printemps des Sapins de Norwège, quand ils sont en fleurs, on remarque que les branches les plus débiles seules portent des fleurs mâles, tandis que les fleurs femelles, celles qui finalement deviennent des cônes, n'apparaissent que sur les branches les plus vigoureuses. Ces branches vigoureuses, quand l'arbre grandit, s’affaiblissent peu à peu, soit parce qu'elles sont plus ombragées qu'auparavant par le développement des nouvelles branches qui poussent au-dessus d’elles, soit parce que la sève se divise et se répand dans de nouveaux canaux; or, il est à remarquer que du moment où ces branches ont perdu en vigueur, elles ne sont plus capables de produire des fleurs femelles. Dans ce cas-ci il me semble évident que la loi qui régit ces faits peut être posée de la façon suivante : à une diminution de la vitalité correspond un accroissement de la puissance de porter des fleurs mâles et, en outre, c’est seulement dans les conditions les plus favorables de vigueur végétative que sont produites les fleurs femelles. — Le Arbor vitæ, le Juniperus, le Pin, — en un mot les différents genres de Conifères qu’il m’a été donné d’examiner, montrent le même phénomène; le mélèze seul offre un exemple plus particulièrement intéressant.

Quand les pousses du mélèze possèdent à un haut degré le pouvoir

de s’allonger, les feuilles adhérent à la tige et ce qui nous semble être des feuilles sontsimplement des arètes foliacées ; les branches, au contraire, manquent-elles de vigueur et ont-elles perdu le pouvoir de s’allonger dans le sens de leur axe, aussitôt on voit de vraies feuilles et non plus des arêtes se montrer en verticilles de la base desquels aurait pu sortir une pousse. Tout le monde connaît ces fascicules de vraies feuilles sur le mélèze. Quant à ce qui regarde les sexes, un examen de l’arbre nous montrera les degrés suivants dans la vigueur : au commencement la croissance est extrêmement vigoureuse jusqu’à la puberté, c’est à dire, jusqu'au moment où commencent les phénomènes de la reproduction. La période de reproduction, elle, est moins vigoureuse. Si nous prenons une branche sur le point de porter des fleurs, nous trouvons sur les côtés quelques pousses vigoureuses avec les arêtes foliacées habituelles. L'année suivante quelques uns des bourgeons placés le long des branches latérales deviennent des branches à leur tour, tandis que les bourgeons évidemment les plus faibles ne produisent que des faisceaux de feuilles. Ceci augmente d'année en année, seulement les verticilles sont de plus en plus ombragés par les nouvelles pousses et deviennent par conséquent de plus en plus débiles; pendant la troisième année quelques-uns des verticilles commencent à produire des fleurs femelles, et parmi les verticilles les plus faibles on en trouvera un petit nombre qui porteront des fleurs mâles; mais ce ne sera que la quatrième ou cinquième année, quand leur vitalité sera presque complètement épuisée, que les fleurs mâles apparaîtront en grande abondance; de sorte qu’en réalité la production des fleurs mâles est le dernier effort de la vie expirante de ces verticilles dans les mélèzes : ils portent des fleurs mâles et meurent.

Il me semble que ce qui se voit chez les Conifères, doit se retrouver dans toutes les plantes monoïques. Dans les Amentacées les fleurs mâles apparaissent au premier épanouissement des bourgeons foliaires au printemps, comme si ces fleurs avaient été en partie formées pendant les derniers efforts de la force végétative; avant que les fleurs femelles au contraire ne se montrent, il a fallu une vigoureuse croissance.

Dans les Corylus, Carpinus, Quercus, Juglans, Alnus et je crois dans toutes les espèces de cette tribu, nous ne trouvons de fleurs femelles que sur ou contre le sommet qui est le premier grand effort de la croissance au printemps, comme si c'était le comble de la vigueur qui produisit ces fleurs, tandis que ce serait le contraire pour les fleurs mâles. Quelquesunes de ces plantes font plusieurs pousses de végétation par an; chaque effort diminuant successivement en vigueur, on ne voit pas alors les cônes apparaître au sommet des jeunes pousses, mais sur le sommet de la première et de la plus forte.

Les exemples qui mettent surtout en lumière la relation qui existe entre la vitalité et les sexes, se trouvent dans le Pinus pungens, P. inops, P. mitis, P. rigida et peut-être encore dans quelques autres.

Dans le mélèze et le sapin blanc par exemple une seconde croissance se fait souvent après le commencement de la formation du cône, et l’on peut voir alors ce phénomène singulier d’une pousse sortant du sommet d’un cône. Ces croissances variables se rencontrent chez les Cypéracées, de facon que tantôt c’est le mâle, tantôt la femelle qui est placée au sommet de la tige, mais la femelle est toujours dans la direction de la plus grande vigueur. Je ne connais pas de cas où, les sexes étant séparés sur la même plante, une vigueur extraordinaire n’accompagne la production des parties femelles, et une vitalité évidemment affaiblie, celle des parties mâles.

La vigueur seule, toutefois, n’indiquera pas toujours le degré de vitalité. Le Pinus Mugho atteint rarement une taille de plus de dix pieds et ses branches ne sont pas à beaucoup près aussi vigoureuses que celles de son proche parent le Pinus silvestris ; et cependant il commence sa période de fructification par une production libre et vigoureuse de fleurs femelles. Mais la puissance de résister est une grande preuve de vitalité et une forme alpine peut la posséder à un degré élevé. Cette manifestation de la force vitale sera très-intéressante dans ses relations avec les sexes. Ainsi la vitalité d’un arbre est toujours plus ou moins amoindrie par la transplantation. Quelquefois elle l’est tellement que l’arbre est incapable de pousser de nouveau des feuilles; dans tous les cas il bourgeonne plus tard, que s’il n'avait pas été déplacé et le retard dans la pousse est en proportion du dommage souffert par la vitalité ; il est clair par conséquent que la précocité du bourgeonnement est le signe d'une vitalité vigoureuse. Or, quelques sapins de Norwège poussent leurs feuilles plus tôt que d’autres; il y a jusque deux semaines de différence; et ce sont précisément ceux-là qui produisent le plus de fleurs femelles. Les arboriculteurs peuvent tirer un excellent parti de l'observation de ce fait. Des sapins de Norwège, qui paraissent languissants, sont précisément ceux qui portent les cônes. On n'avait encore aucun moyen de reconnaitre, avant le commencement de la période de fructification, les arbres devant donner des cônes. Maintenant il sera facile de le voir, ce seront les plus précoces. |

Dans les plantes hermaphrodites, il n’est pas aussi facile que dans les plantes monoïques de découvrir l'influence de la vigueur ou des autres formes qui manifestent, la vitalité; il se présente cependant ici quelques faits remarquables ayant un caractère analogue. Dans quelques fleurs les forces qui gouvernent respectivement la partie mâle et la partie femelle semblent à très-peu près en équilibre; ce sont là des hermaphrodites parfaits, c’est-à-dire des fleurs ayant leurs étamines et leurs pistils parfaits et agissant les uns sur les autres, en un mot des fleurs qui se fécondent elles-mêmes. Dans beaucoup d'espèces nous remarquons au contraire une tendance à rompre cet équilibre; tantôt c’est le pistil, tantôt les étamines qui prennent la prépondérance et cela par la suppression ou par le développement d'un de ces éléments au détriment de l’autre. Si

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l'excès est dans le sens de l'élément femelle, celui-ci exige tout d’abord pour la fécondation une certaine quantité de pollen venant de quelqu'autre source. Si l’excès est dans la direction de l’élément mâle, il s’en suivra une augmentation du nombre des étamines, ou une conversion des étamines en pétales. L’intéressant pour nous est de remarquer, que plus la divergence des sexes est grande, plus forte est la vigueur et la vitalité qui accompagnent l'excès de l'élément femelle, et plus grande est la faiblesse qui suit la prédominence de l'élément mâle.

Dans la prépondérance de la partie mâle, par exemple quand les fleurs deviennent doubles par la conversion des étamines en pétales ou quand le nombre des étamines augmente, la croissance n’est jamais aussi vigoureuse et la vitalité est souvent menacée. Les Camélias doubles, les Rosiers doubles, les Pêchers doubles et d’autres plantes encore doivent être greffées sur la plante simple qui les à produites pour que leur croissance soit plus vigoureuse; chaque fleuriste sait aussi combien il est plus difheile d'obtenir des racines d’une bouture qui provient d’une plante à fleurs doubles, que de celle provenant d'une fleur simple (1). Quelquefois la pré pondérance du principe mâle qui se manifeste souvent par la vive coloration des pétales, semble avoir aussi une influence sur les feuilles, de sorte qu’elles aussi se colorent, et deviennent panachées ; chaque fois il en résulte une vitalité moindre pour la plante.

Le Buis panaché, l'Evonymus panaché, ou des plantes d’un caractère analogue, ne croissent jamais aussi vigoureusement et n’endurent ni les froids de l'hiver, ni les brusques variations de température, comme leurs variétés à feuilles vertes. D’un autre côté quand l’équilibre est rompu en faveur de l’élément femelle, ce phénomène est caractérisé par une vigueur plus grande qu'auparavant. Il y a déjà longtemps qu’on a fait la remarque que les variétés pistillées du fraisier sont plus productives en fruits que d’autres; mais cette règle n’est pas toujours exacte, parce que souvent les filets, qui font partie du système femelle et qui sont une espèce de jets vivipares des fleurs, régularisent en fait la quantité de fruit. Mais il est un fait que je crois général dans son application, c’est que la production simultanée de filets et de fraits est toujours accompagnée d’une vitalité énergique.

Ainsi chez les Viola, où nous trouvons l'influence femelle exprimée de facons si diverses, depuis les stolons souterrains ou filets rampants, qui reproduisent la plante sans fécondation, depuis la fleur apétale qui murit des semences abondantes avec la plus petite quantité de pollen possible, jusqu’à la fleur hermaphrodite tout à fait complète, éclose au printemps, nous voyons clairement que les individus qui sont le plus sous les lois de l'influence femelle, sont en même temps en possession du type le plus élevé de vitalité.

(1) Ce fait n’est pas aussi bien établi que le suppose l’auteur et nous voudrions recevoir sur cette question l’avis des pratieiens. En. Moren.

Mon intention n’est pas d'introduire dans un article aussi court que celui-ci un plus grand nombre d'observations, qu’il n’est nécessaire pour. soutenir la théorie que j'ai avancée; je ne désire forcer personne de l'adopter; mon but est d’exciter d’autres personnes à observer ces phénomènes; elles trouveront, je pense, toujours que là où les forces de reproduction sont en action, ce ne sont que les plus hauts types de vitalité qui revètent la forme femelle.

Je me suis borné à parler du sexe des plantes, la botanique étant plus spécialement ma science favorite. Les mêmes lois prévalent-elles dans le monde animal ? je crois que oui. Mais ce sujet sort du cercle de mes études de prédilection et je n'ose le discuter; je dois me contenter de la simple suggestion.

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