Flora Azorica, Mauririno Seugerr. Bonn
7. Notes on « botanical lour in the Western Azores, by C. Warsox. London. — Journal of Botany, tom. I, p. 125, 594; t. IN, p. 582; t. IV, p. 580.
8. Lectures on Insular Floras, by Dr J. D. Hooker. London, 1866.
ces) se retrouvent sur le continent européen; vingt-trois espèces sont communes aux Canaries et à Madère; cinq sont africaines; six américaines; si bien qu’il n'y a que cinquante espèces qui soient réellement propres à notre groupe d’iles. J’ai maintes fois entendu exprimer là-bas l'opinion que les Açores appartiennent indubitablement au continent africain. Les arguments invoqués sont-ils décisifs ? Il est incontestable que la Flore d’un pays, la Flore insulaire surtout, présente un élément sérieux pour la solution de ces sortes de questions; et dans l’occurrence, il suffit d’un coup d'œil pour que nous nous prononcions, non pour l'Afrique, mais pour l’Europe. Ainsi, si nous comparons la Flore de nos iles avec celle de Madère par exemple, qui, sans conteste, appartient à l'Afrique, nous remarquons une différence considérable ; cette différence est même si grande que, de toutes les plantes ligneuses, le Myrica Faya leur est seul commun. Les Fougères dont Madère possède une si grande quantité, ne sont représentées aux Açores par aucune espèce qui leur soit propre; par contre il y a ici quelques espèces très-bien marquées, parmi lesquelles je me bornerai à citer le magnifique Woodwardia radicans var. Borgesiana et une variété mignonne et fort découpée du Pteris serrulata. La douceur et l'égalité du climat impriment à la végétation du pays un certain caractère de monotonie que la pauvreté de la Flore fait ressortir encore davantage.
GurTanier et HECHSTETTER proposent cinq régions pour l’archipel :
1° Regio borealis v. culta jusqu’à une hauteur de 1,500 pieds ;
2° Regio montana inferior v. silvatica de 1,500 à 2,500 pieds ;
3° Regio montana superior de 2,500 à 4,500 pieds ;
4° Regio virgultorum de 4,500 à 5,200 pieds ;
5e Regio carnucinia de 5,200 à 7,000 pieds.
MoreLer et d’autres n’en admettent que trois :
1° Région inférieure ou maritime, jusqu’à 500 mètres de hauteur.
Culture de plantes tropicales.
2° Région moyenne ou des bois, jusqu’à 1,500 mètres.
« Elle est entrecoupée de bois et produit la majeure partie des plantes ligneuses ou herbacées particulières à l'archipel.
« Ici se présente, comme je le montrerai bientôt plus en détail, un terrain éminemment favorable à l’acclimatation de plantes, surtout de celles de l'Australie. »
3° Région supérieure, jusqu'à 2,320 mètres.
« Celle-ci n'existe qu’à l’ile de Pico ; la végétation arborescente moins vigoureuse, cède peu à peu la place aux pâturages et aux bruyères. »
Il n’est pas étonnant, qu'avec un climat aussi favorable, l’agriculture et surtout l’horticulture soient fort en honneur et aient fait de grands progrès; partout où l'on voit la culture du sol, le paysage montre de grandes richesses. Pour donner une idée au moins approximative de la fertilité du sol, j'emprunte à l'ouvrage cité plus haut de Morelet l'exemple suivant de culture combinée :
« Une piéce de terre avait été semée de fèves à Noël et en même temps de lupin, par sillons parallèles, écartés de cinq mètres. En janvier on y avait mis de l'orge, également par lignes parallèles, mais perpendieulaires aux premières et seulement distantes de deux mètres. En février on planta des choux dans Les intervalles, à l’ombre du lupin. Au mois de mai l'orge fut coupée en vert, comme fourrage, et à la mi-juin on sema du maïs entre les fèves. À la fin du même mois ces légumes étaient récoltés, puis en juillet, les choux, en août le lupin et en dernier lieu le maïs. »
Une telle fertilité est certainement digne d’admiration; le sol ne repose pas, il ne demande pas de soins, pas de travail, si ce n’est que l’on enterre les tiges des fèves et des lupins. Depuis quelque temps on emploie aussi les engrais sous différentes formes; et tout naturellement cet emploi a produit les meilleurs résultats; il en a été ainsi notamment du guano que quelques propriétaires viennent d'essayer à San Miguel. Lorsque les Portugais abordèrent pour la première fois aux Açores, ces îles se présentèrent à eux dans toute leur beauté originaire. Mais les forêts de Picconia, de diverses espèces de Vacciniées, de Rhammus, de Juniperus(l) et d’autres arbres et arbustes qui deviennent maintenant de plus en plus rares, furent bientôt détruites sans pitié par la hache de ces premiers colons, afin de faire place à des champs de céréales.
Il est possible que ce déboisement n’ait pas changé le climat; mais un autre résultat fâcheux ne tarda point à se faire vivement sentir; il y eut bientôt un tel manque de bois, devenu plus sensible encore dès que l’on se mit à exporter les oranges, que l’on dut faire venir du bois à grands frais du Portugal. Depuis quelques années on a remédié à cet état de choses.
En parlant des arbres et des arbustes indigènes, je ne dois pas oublier le Myrte, qui se montre encore cà et là à l’état sauvage dans l’ile Santa Maria. Jadis pourtant cette plante occupait un rang bien plus important ; c'est ce que prouve, entre autres, le nom d’une petite rivière près de Furnas : Ribeira das Murtas.
(1) Le J'uniperus oxycedrus est, comme on sait, la seule espèce de conifère qui appartienne à la flore de ces îles; mais elle n’y produit que de petits arbres rabougris, ou mieux des arbustes. Les grandes révolutions volcaniques qui ont eu lieu maintes fois dans ces îles, ont sans conteste une grande influence sur la flore. Si nous nous demandons si dans des temps reculés, il y a eu là d’autres Conifères, le fait suivant pourra peut-être trancher la question. Il ÿ a quelques années, l’un des plus riches propriétaires de San Miguel, M. Antonio Borges de Camara, trouva dans l’un de ses biens (Lete Citade), plusieurs blocs de bois que les travoux entrepris dans le sol mirent au jour. Ils avaient un diamètre de 3 à 4 pieds, à peu près un demi-pied d’épaisseur ; un examen superficiel suffirait pour les faire ranger dans la famille des Conifères. On fit immédiatement deux conjectures : où bien le Juniperus oxycedrus s’est montré jadis aux Açores dans des proportions qui nous sont inconnues, ou bien une autre espèce de Conifère a eu là sa station, et n’a disparu complétement que par suite des actions volcaniques.
Avant de parler des plantes cultivées, il me semble désirable de donner une courte liste des espèces indigènes ou depuis longtemps acclimatées que les classes populaires emploient à des usages médicinaux ou industriels; je l’emprunte en grande partie à l'ouvrage de Morelct que je complète à l’aide des renseignements que des propriétaires des Acores ont eu l’obligeance de me fournir.