II. — Plantes ligneuses
Juniperus oxycedrus L. Zimbro. — Le bois en est très-recherché pour la construction de petits bateaux.
Taxus baccata L. Feixo. — Bois excellent pour l’ébénisterie.
Myrica Faya Air. Faia. — Jadis fort employé comme haie pour les orangers. Le feuillage tombé, donne, dit-on, un excellent engrais. Le bois s'utilise comme bois à brüler et bois de construction; l'écorce sert aux Corroyeurs.
Corema alba Don. Camarintra. — Donne un fruit comestible dont on fait du genièvre dans l’île Pico.
Persea azorica Seus. Louro. — Bois léger mais durable, dont on fait des charrues et des équipements pour les bœufs. Les baies contiennent une huile, que l’on recommande pour la guérison des plaies vives des bêtes de somme.
Viburnum Tinus L. Folhado. — On en fait des fourches à foin ou à fumier, des fléaux et autres instruments de ce genre.
Picconia excelsa D. C. Pau branco. — Bois très-dur ; employé pour les voitures.
Myrsine retusa Air. Fannyo. — Bon bois à bruler.
Erica Azorica Hocusr. Urze. — Bois très-dur. On en fait du charbon. Les branches servent à confectionner des balais.
Calluna vulgaris L. Queiro. — On se sert de ce bois pour chauffer les fours.
Vaccinium cylindraceum Sx. V. longiflorum Wiexsrr. V. Maderense Link. Uva da Serra. Romania. — Bois tendre ; on en fait du charbon. Les fruits comestibles, sont bons surtout à confire.
Ilex Perado Air. Azevindo. — Le bois est excellent pour l’ébénisterie de luxe. Dans l’ile de St-Georges on fait de la glu au moyen de la partie intérieure.
Rhamnus latifolius L'Herrr. Sanguino. -— Bois dur, de couleur rougeâtre ; les ébénistes le tiennent en haute estime.
Cerasus sp. Gingeira do matto. — Je n’ai vu qu’un exemplaire de cet arbre, sans fleurs ni fruits; je ne pouvais donc acquérir une notion certaine sur le nom douteux de cet arbre. Le bois est précieux pour les tourneurs; les corroyeurs en travaillent l'écorce, et les pécheurs en teignent leurs filets.
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La culture des orangers forme l’une des branches de production les plus importantes à St-Miquel. Malgré tout ce que l’on a déjà dit sur l'histoire, la culture et les maladies de cette plante, je crois utile de faire encore quelques courtes observations sur ce sujet.
On admet généralement que les Orangers de Chine tirent leur origine des provinces orientales de l’Asie; c’est de là qu’ils vinrent en Europe, beaucoup plus tard que l’oranger verruqueux, sans que l’on puisse d’ailleurs établir rien de certain sur l’époque de l'introduction. Au commencement du XVI®e siècle, plusieurs écrivains parlaient déjà de la culture des orangers de Chine en Italie et dans la péninsule ibérique; leur témoignage se rapporte avec certitude aux années 1525-1525. Gallesio de son côté (Traité du Citrus IV, p. 500.) fonde sur des faits incontestables l'affirmation qu'ils auraient été introduits en Europe à une date beaucoup plus éloignée. Ils nous montre dans un ancien ouvrage sur le voyage de Jama par le florentin Amérie Vespuce, que les Portugais connaissaient déjà les orangers de Chine, lorsque en 1408 ils abordèrent aux Indes orientales en doublant le cap de Bonne Espérance. Le professeur A. de Candolle part du même point de vue, et nous trouvons dans sa Géographie Botanique des notions précieuses sur ce point. Il ne semble plus douteux que cet arbre si utile nous ait été apporté de l’Orient, et cela, grâce aux Arabes qui l’ont peu à peu propagé de l’intérieur de l’Asie aux côtes de la méditerranée, Les peuples navigateurs, notamment les Génoiïs, qui eurent de fort bonne heure des relations commerciales avec le Levant, ont fait le reste. Le plus ancien document que l’on puisse citer relativement à la culture de l’Oranger de Chine aux Acores, se trouve dans la chronique de Frucruoso qui mourut en 1591. Il y parle en effet d’une Quinta, située dans le village de Rosto do Cao dans le voisinage de Ponta Delgada, où une centaine environ des plus magnifiques Orangers de Chine charmait l'œil des visiteurs. Ce jardin fruitier, qui produisit des Orangers de Chine et des Orangers verruqueux, était le seul à peu près à fournir les habitants de la ville de ces fruits. Alors aussi, contrairement à ce qui existe aujourd'hui, on tirait bon profit de l’huile éthérée obtenue par la distillation des fleurs. Il n’y a pas vingt-cinq ans, lorsque parut pour la première fois la maladie qui depuis a si terriblement dévasté les plantations de l’Archipel, ce jardin mentionné par Frucruoso existait encore. Tous les vieux arbres furent atteints mortellement par la maladie; en peu de temps on vit disparaitre ces beaux et vénérables ombrages parmi lesquels se trouvaient des arbres portant jusqu’à 10,000 fruits par an. L’Oranger de Chine prospère partout aux Acores, même dans un sol médiocre; mais depuis que l’on a multiplié les plantations afin de répondre aux exigences de l’exportation, devenue déjà fort considérable au milieu du siècle dernier, on le plante dans un sol trèsnourrissant, et situé toujours dans le voisinage de la mer. On a même remarqué que la maturité des fruits au nord de l’ile de San Miquel est beaucoup plus tardive qu’au sud.
La reproduction s'opère généralement par voie de marcottage; on recommande, comme étant l’époque la plus favorable, le temps qui s'écoule de la mi-mai à la mi-juin. Au mois de janvier de l’année suivante, la jeune plante se trouve suffisamment pourvue de racines pour être séparée de la plante-mère ; il lui suffit généralement de deux ans pour porter des fruits. Tout au commencement on multipliait les Orangers exclusivement au moyen du greffage de jeunes plants obtenus par semis. Quoique les individus ainsi produits demandassent plus de temps pour devenir productifs, ils semblaient en revanche présenter incontestablement l’avantage de vivre plus longtemps et de donner de meilleurs fruits; c'est ce qui fait que depuis la maladie on donne de plus en plus la préférence à ce mode de reproduction. Souvent même on fait produire les plantes obtenues par semis sans aucunement les améliorer, parce qu’elles donnent toutes sans exception des fruits doux, et qu’on en tire une foule de bonnes variétés. Par malheur l’Oranger de Chine se trouve fort exposé, par suite de la violence des vents qui règnent aux Acores, à être déraciné et à voir sa couronne mutilée; de même, les jeunes boutons souffrent de l’atmosphère plus ou moins chargée de sels. Pour écarter cet inconvénient, on entoure les arbres plantés d'ordinaire en carré d’une haie vive qui s'étend aux quatre côtés et qui se compose de préférence des arbres suivants : Myrica Faya, Picconia excelsa, Laurus indica (peu à recommander à cause de ses longues racines qui épuisent le sol), Pittosporum undulatum, Lophostemon australe, Eriobotrya japonica, Cunonia capensis, Thuja orientalis, Camellia, Laurus canariensis et Pinus pinaster. Mais comme ces arbres exigent quelques années pour atteindre une hauteur convenable, on sème en même temps le Genista scoparia qui pousse rapidement et qui forme à son tour une haie pour quelques années. En admettant même que cette habitude d’entourer les Orangers de haies, les protége plus ou moins contre les inconvénients dont il a été question, il est cependant fort douteux que les Orangers s’en trouvent bien; on a remarqué en effet que depuis lors l'écorce des fruits est devenue plus épaisse et plus sensible ; et cette circonstance nuit beaucoup à leur longue conservation. Jadis on exportait des Oranges jusqu’en Russie et maintenant on doit prendre de fort grandes précautions pour les faire parvenir jusqu’en Angleterre.
Il est fort probable que l'ombre de ces haies nuit à ce que les fruits müûrissent ; ils reçoivent trop peu d’air et de soleil pour atteindre le dernier degré de développement. Tous les 4 ou 5 ans on sème des lupins entre les Orangers; on les enterre ensuite, et ils donnent ainsi un nouvel aliment au sol; mais c’est là tout ce en quoi il contribue à la prospérité des arbres. D'ordinaire on les plante à des intervalles de 40 mètres, et ils portent parfois quelques fruits la première année; mais ce n’est que la dixième année qu’on les exploite régulièrement ; et alors on estime le produit d’un seul arbre à 1500 ou à 2000 fruits;
il y en a même beaucoup qui, si les circonstances sont favorables, en produisent de 7 à 8000. On compte généralement sur une caisse d’oranges par pied carré dans une plantation d'arbres de 10 ans, et sur le double quand ils ont atteint 15 ans. Dans la quinta de Nossa denora do Soledade, propriété de la famille Borges do Campo, un seul arbre a donné, l’an 1815, 24,000 fruits mürs; ce fait est consigné comme extraordinaire dans les annales de l'ile. Vers la mi-novembre les fruits commencent à mürir ; mais ce n’est qu'en janvier que commence la véritable récolte; à la fin de février, la maturité atteint son point culminant et en mai on regarde la récolte comme achevée. Autrefois on était forcé de faire venir du Portugal le bois pour les caisses; mais déjà actuellement San Miguel possède de si grandes plantations de sapin que l’on envoie aux autres îles de grandes «provisions de bois.
Le couvercle des caisses est fait de planches minces et flexibles, afin de laisser circuler lair, condition indispensable pour la conservation des fruits. Voici ce que coûte une caisse d’oranges depuis la récolte jusqu’à l'expédition à l'étranger : | Frais de la cueillette . . . . . . . 45 reis (180r.— un franc). Feuilles de maïs pour empaqueter les fruits, 25
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En 1857, au commencement de la saison, la caisse d'environ 1,000 oranges se vendait 2,000 reis ; la même année le prix monta à 4,000 r., même à 4,500 (25 francs). En 1859 on n’exporta pas moins de 175,055 caisses ; il fallut 544 navires. Depuis la maladie, le nombre des caisses est tombé à 120,000 ; mais, il y a quelques années, l'exportation a repris un nouvel essor ; actuellement on embarque environ 200,000 caisses.
Un mot encore sur la maladie qui a fait tant de tort à l'ile. On remarqua pour la première fois en 1854 que les arbres se fendaient surtout à la base du tronc et laissaient suinter un suc épais et visqueux; d'où le nom de lagrima (larme) donné à la maladie à San Miguel. Après que l’écorce se fut détachée, le bois puis les racines se mirent à pourrir et bientôt l’arbre mourut. Le moyen assez violent que l’on employa consistait à couper les parties malades, à faire de profondes incisions dans l'écorce pour accélérer l’écoulement du suc, et enfin à mettre à nu les racines regardées comme le siége du mal pour donner libre accès à l'air. Ce mal s’étendit jusqu'à Lisbonne; mais San Miguel surtout fut fortement éprouvé ; en 1842 la violence du mal commença à diminuer ; depuis lors elle a décru insensiblement; il n’en reste maintenant que peu de traces.
La seconde maladie fut causée par l'apparition de l’Aspidiotus conchiformis, petit insecte de la famille des Coccinées, probablement originaire du Brésil (Gardeners Chronicle, Octobre 1845). Cet hémiptère fut aperçu pour la première fois en 1842 dans les plantations de l'ile Fagul; peu-à-peu il se répandit dans les autres îles où il se multiplia avec une rapidité effrayante; les arbres furent couverts de cette engeance. La croissance des arbres attaqués s’affaiblit, le feuillage jaunit et se dessèche; beaucoup d’arbres périssent. En tout cas, ce mal a de moins funestes conséquences que le précédent ; son action s'attache plutôt aux récoltes annuelles qu'aux plantations en général ; d’ailleurs il est presque entièrement disparu.
La culture de la vigne occupe aussi une grande place dans ect archipel ; on la cultive dans toutes les îles, quoique trois seulement d’entre elles, Pico, St-Jorge et Graciosa produisent assez de vin pour tirer profit de l’exportation. La variété que l’on rencontre le plus s'appelle Verdellor ; elle est recommandable à cause de sa qualité plutôt que de sa quantité; on la cultive aussi beaucoup en Portugal; en tout cas c’est l'espèce la plus anciennement cultivée au Portugal et ici. Mais elle ne dure pas longtemps et exige de fréquents replantages. Avant de planter les vignes, on Ôte du sol les nombreuses pierres et les nombreux fragments de roc qui s’y trouvent; puis on en fait des murs d'environ un mètre de haut pour protéger les vignes contre les vents d'ouest et de nord-ouest. En février, on les taille; en juillet on retourne légèrement le sol ; au commencement de septembre on se met à faire la vendange. Ces îles ne produisent que du vin blanc.
Ici aussi l’Oïdium s’est montré en 1853 pour la première fois. Il fit de tels ravages que quatre ans après l'ile San Miguel ne produisait pas assez de raisins pour les besoins de la table. Depuis quelques années, la violence du mal a diminué ; il est à espérer que cette branche de production recommencera à fleurir dans ces iles fertiles.
Depuis quelques années on a donné beaucoup de soins à San Miguel à la culture du thé ; il paraît que l’essai a fort bien réussi. MM. Ernest do Canto et José Jacome Correa ont entrepris cette culture sur une vaste échelle ; et si même il reste encore beaucoup à faire, surtout par rapport à la préparation des feuilles, on peut admettre sans hésitation que le thé de San Miguel jouera un jour un certain rôle dans le commerce européen, au même titre que ses oranges. La théorie est souvent en désaccord avec la pratique. Considérons un instant les deux boissons dont nous venons de parler, le thé et le vin, et rappelons-nous les paroles suivantes que le professeur A. de Candolle leur a consacrées dans son discours au Congrès botanique de Londres (mai 1866) en sa qualité de président :
« Chose étrange! les deux principales boissons de l'humanité civilisée, qui possèdent toutes deux des vertus excitantes, mais dont l’une exclut jusqu’à un certain point l’autre dans notre régime, le vin et le thé, offrent
aussi dans la culture qui les produit des ressemblances et des différences bien marquées. La vigne ct le thé prospèrent sur des collines pierreuses et centuplent parfois la valeur d’un pays jusque là inculte. Selon la situation, le sol, la culture et le mode de préparation, on obtient çà et là des vins ou des thés d’une qualité excellente pendant que des régions voisines, distantes de quelques pas seulement, ne livrent que des récoltes plus ou moins ordinaires. Les deux plantes exigent un climat tempéré ; la vigne a besoin pendant l'été de chaleur ; par contre il exige d'autant plus de pluie pour prospérer ce qui constitue une incompatibilité géographique presque complète entre ces deux espèces. Les pays de vignobles ne conviennent donc nullement pour la culture du thé et réciproquement.
Je ne veux pas révoquer en doute les paroles du savant professeur; elles établissent en quelque sorte la règle générale pour les deux cultures; mais on doit reconnaitre qu'il y a des exceptions puisque à San Miguel le thése montre plein de vigueur dans le voisinage immédiat de la vigne. |
Pourquoi à ces deux plantes qui exercent une si grande influence sur les relations sociales de presque tous les peuples, ne pas en ajouter une troisième qui les dépasse peut-être sous ce même rapport et dont la culture, autorisée depuis quelques années par le gouvernement portugais, a pris une extension considérable. Je veux parler de la plante du tabac. Les variétés cultivées ici appartiennent toutes au Wicotiana Tabacum; les essais entrepris sur le Æ. rustica n’ont pas réussi. D’après mon conseil, on va s'occuper du W. persica. Sans doute le tabac produit à San Miguel n’est pas encore entré dans le commerce ; mais comme quelques riches propriétaires font tous leurs efforts pour obtenir de bonnes espèces, nous pouvons admettre avec quelque certitude que l’ile sera bientôt dotée d’une nouvelle branche d'industrie.
Lorsque l'Europe, 1l y a quelques années, par suite de la terrible guerre qui désola les Etats-Unis du nord de l'Amérique, se vit exposée à de si grandes calamités à cause du manque de coton, tous les yeux se fixèrent sur quelques régions de notre hémisphère où la culture du Gossypium semblait promettre des résultats favorables. Les savants et les hommes d’affaires reconnurent dans la réussite probable de cet essai un progrès considérable de l’Europe que l’on relevait ainsi de sa dépendance vis-à-vis de l'Amérique du nord. Je ne sais plus tous les pays où cette culture va se perfectionnant d'année en année; mais on recoit continuellement du midi de la France des nouvelles favorables. Aussi mon étonnement fut grand lorsque je constatai à San Miguel que l’on n’avait encore accordé aucune attention à cette culture si productive. Je veux aussi mentionner ici lArachis hypogaea dont des masses considérables sont importées chaque année d'Afrique, d'Amérique et des Indes en destination pour l’Europe et notamment pour le midi de la France. L'huile qu’on en tire est, dit-on, égale à la bonne huile d'olives ; aussi cette culture donnerait aux Açores de grands bénéfices.
Que le lecteur me suive maintenant à Furnas, ravissante vallée située à la côte orientale de San Miguel ; là se présente le spectacle grandiose de phénomènes volcaniques en pleine activité ; je veux parler des sources thermales. On trouve là des sources limoneuses, sulfureuses et ferrugineuses; s’il y avait des communications directes entre San Miguel et quelques-uns des ports principaux de l'Angleterre et de la France, Furnas deviendrait sans aucun doute l’une des villes d'eaux les plus visitées de l'Europe. Voici quelques détails sur la chaleur des sources principales :
N°. 1. de peu d'importance 2, 20 SO
Nu 2 vid, id. A
N°5. grande source sulfureuse . :.::: 0 RS NOIR
N° 4. boueuse; eau noire 4 12 240 CO Re
N°5. ferruginguse 5 4, 2 00 MP RE
N° 6. sulfureuse, sortant tout droit du roc . . . . . 47,78
N° 7. ferrugineuse 0,7 Re RE
N° 8. petite source, dont ont boit beaucoup l’eau . . . 28,89
À Furnas même, ainsi que dans les environs, nous rencontrâmes les essais d’acelimatation dont il a été parlé plus haut ; grande fut ma surprise en rencontrant les représentants si divers des pays lointains, notamment de l'Australie, en milliers d'exemplaires tous plein de vigueur et de force. M. José do Canto s’est le plus distingué en cette matière; quand je parcours des possessions montagneuses, voisines de Furnas et s'étendant sur plusieurs lieues, je ne puis m'empêcher de lui rendre ce témoignage qu'il a bien mérité de l’avenir de l’industrie de son pays. Je remarquai surtout les Acacias à phyllodes dont M. José do Canto cultive plus de cent espèces dans son jardin de Santo Delgado; ici une douzaine d’espèces suffisait pour former de véritables forêts ; il avait choisi, pour les planter en grand, celles qui dans leurs pays d'origines sont considérées comme les plus excellentes parmi les plantes utiles. Au premier rang, je trouvai l'Acacia Melanoxylon R. Pr. (Myall of New South Wales) avec ses nombreuses variétés. Son bois très-dur, rayé de noir, donne, quand il est frais, un parfum fort agréable, très-semblable à celui de la violette.
Acacia dealbata Lin. (Silver Wattle of Tasmania) à bois dur, coriace,
d’un beau rouge foncé.
Acacia decurrens Wizzo. de Tasmanie; bois solide, bien dessiné, rouge clair à reflets argentés.
Acacia falcata Wizzo. (Well-Tjellaw or Lignum vitae of New South Wales) et enfin Acacia glaucescens, verticillata et Cunninghamri. Parmi les Casuarinées je trouvai Casuarina quadrivalvis Las. (Sloe-Oak of Tasmania) et C. speciosa représentés par nombre de beaux et grands exemplaires. Comme ces arbres se distinguent par un bois excellent, dur comme le fer et qu’ils atteignent ici en peu d'années une hauteur considé-
rable, je saisis cette occasion pour recommander également d'essayer ja culture de deux espèces : le Casuarina leptoclada Mic. (White oak of
New South-Wales) et C. stricta Air. (He-oak of Tasmania). Parmi les conifères, le Cryptomeria japonica mérite le plus l'attention ; sa croissance est tellement rapide et vigoureuse, dans les sols maigres comme dans les sols gras, que je puis le désigner comme étant l'arbre par excellence, et j'admets, sans craindre de me tromper, que cet arbre remplacera bientôt les grandes plantations de pins que l’on rencontre partout dans ces iles. Le Pinus maritima est atteint ici, du moins par endroits, d’une maladie que l’on peut très-probablement attribuer à un fungus microscopique ; mais même les plantes saines de cette espèce n’ont qu’une croissance bien lente si on la compare à celle du Cryptomeria japonica(i).
Grâce à la facilité de reproduction de ce conifère japonais, on déplante chaque année 5 à 6000 jeunes plantes; j'ai vu des arbres qui avaient atteint plus de 20 pieds de hauteur en deux ou trois ans. Les Araucariées donnent ici de beaux exemplaires ; il y en a de plusieurs espèces. Je me réserve d’y revenir en parlant des jardins du voisinage de la ville; je me borne à remarquer iei que les espèces américaines, notamment A. imbricata et À. brasiliensis ne réussissent pas, sans qu’il y ait presque d'exception ; par contre l'introduction d'espèces australiennes a bientôt dépassé les espérances les plus hardies.
Les Eucalyptus dépassent de beaucoup, en promesses d'avenir, les Acacia et les Cryptomertia ; le possesseur de ces contrées les a introduits avec une prédilection marquée; et cela en de telles quantités que l’on se croirait vraiment transporté dans une forêt vierge de l'Australie. Par malheur, les vents violents empêchent souvent leur rapide et vigoureuse croissance et ce n’est qu'en massifs serrés qu'elles peuvent y résister sans trop subir de dommage; c’est ce qu'a fort bien compris M. José do Canto ; aussi regarde-t-on ses bois d’'£ucalyptus comme les plus beaux de Pile. Les trois espèces suivantes se distinguent par l'excellence de leur bois :
Eucalyptus globulus. Blew Gum.
» gigantea Hook. fil. Stringy bark.
» amygdalina Larii. Peppermint-tree, L'Eucalyptus Gunnii Hoox. fil. sert en Tasmanie à fabriquer une liqueur rafraichissante, comme dans le nord le Betula alba. Plusieurs espèces, par exemple £. viminalis Larizz., (E. mannifera Cunx.), exsudent une substance sucrée, qui ressemble, dit-on, à la manne des Israélites.
(1) En général le climat des Acores n’est pas favorable aux plantes du Japon et des zones tempérées de la Chine ; le Skimmia, Aucuba, Maclura, Evonymus et autres arbres et arbustes des îles du Japon présentant toujours ici une apparence maladive ; les Pivoines de la Chine sont dans le même état ; tous les essais faits pour acclimater le Dicentra spectabilis n’ont pas réussi quoique les fumariacées soient représentées aux Acores par plusieurs espèces spéciales à ces îles ; par contre les camélias et les hydrangées, dont les fleurs sont toujours bleu foncé, semblent avoir trouvé aux Açores une seconde patrie.
L'Eucalyptus piperita Su. enfin donne une huile extrêmement aromatique ; mais toutes les espèces, sans exception, se recommandent par la dureté de leur bois presque indestructible. Il y a dans le jardin de Coïmbre des exemplaires peu nombreux mais superbes de cette espèce, ce qui me fait espérer à bon droit que le Portugal se prêterait, avec les meilleures chances de réussite, à une acelimatation en grand; j'ai déjà obtenu par semis 500 jeunes plantes qui serviront l'automne prochain à faire un premier essai.
Pour revenir encore une fois à cette propriété de M. José do Canto, je ne dois pas oublier les magnifiques Rhododendron de l'Himalaya qui se trouvent ici en nombre et dans un état extrêmement prospère. Le Magnolia Campbellii Hook. riz. et M. Decaisnea insignis Hook. FIL. et Tu., ainsi que beaucoup d’autres arbres et arbustes de l'Himalaya qui sont encore rares en Europe ou qui n’y ont même jamais été introduits en exemplaires vivants, trouvent une seconde patrie dans les montagnes des Acores. Je rappellerai ici le savant travail de M. le professeur Decaisne dans lequel il cherche à démontrer les grands avantages qu'il y aurait à établir un jardin d’acclimatation dans ces îles; en ma qualité de futur portugais, j'espère que le gouvernement de ce royaume aura à cœur de suivre ce conseil. Pendant que les montagnes me donnaient l’occasion de me rendre familières les flores de pays étrangers, je rencontrai dans les vallées de grandes plantations d'arbres Européens tels que chênes, érables, platanes, bouleaux et autres; de même je rencontrai de grandes quantités de poiriers et de pommiers. Malheureusement les premiers de ces arbres sont arrêtés dans leur production par une maladie : la larve du Selandria æthiops que l’on détruit en poudrant les feuilles de chaux ou en les aspergeant d’une infusion de chaux ou de tabac. (Gardeners’ Chronicle, 28 juillet 1866.)
Parlons enfin d’une cascade gigantesque dont la chute d’une hauteur de 150 mètres présente un aspect vraiment imposant. Toutes les beautés de la nature se trouvent réunies; nous voyons le jeu de ses forces productives et en même temps son action destructive; en effet, un petit désert, d’où semblait bannie toute trace de vie, me frappa à cause de ce contraste. Des émanations suifureuses nuisibles s'élèvent du sol; elles causent la mort des animaux et des plantes et il parait même qu’un séjour prolongé dans cette solitude serait fatal aux hommes.
A l’autre côté de l’ile se trouvent également des cratères importants : qui diffèrent de forme et de grandeur selon les localités. Celui de Sete Cidade est de nature imposante, quand on en a atteint le sommet après une montée pénible et que l’œil contemple les petits cratères avoi=. sinants, la mer immense et les champs qui se groupent toujours ici d’une facon pittoresque. Les montagnes sont couvertes d’une riche végétation de Myrsinées, de Vaccinées, d’Ericacées arborescentes, de Persea et de Fougères. L'activité de l'homme s’est également manifestée ici ;
il suffit de visiter la grande propriété de M. Antonio Borges da Camara où l'on rencontre, comme à Furnas, des formes végétales étrangères en grand nombre. Impossible de citer tous les noms; mais je ne puis passer sous silence les superbes exemplaires de Phyllocladus trichomanoïdes, Dacrydéum eupressinum, Dammara australis, dont les branches étaient chargées de cônes ; mentionnons spécialement un Cryptomeria japonica gigantesque. Le Camphora officinaruim (Laurus Camphora) réussit parfaitement dans cette exploitation; le Bonapartea juncea y déploie également tout son charme. Je regrette de n'avoir ni le temps, ni le talent nécessaires pour faire de toutes ces belles choses une description plus convenable; mais bon gré mal gré j'approche de la fin; il me reste à présenter au lecteur les richesses végétales de quelques jardins des environs de Santa Delgada. Celui de M. José do Canto est sans conteste le plus considérable de tous ; d’après les renseignements de M. Reith, jardinier en chef, on peut évaluer le nombre des plantes cultivées à 5 ou 4000 espèces. Chaque mois de nouveaux envois arrivent de tous les climats du monde; ils seront doublés sans aucun doute dès que le riche propriétaire sera revenu de son séjour prolongé à Paris. Les nombreuses serres sont remplies de plantes de choix; je n’en parlerai point. Je trouve en plein air les plantes des tropiques dont la splendeur inconnue fait naître mon admiration ; mon palais est même vivement excité quand je jette les yeux sur les fruits mûrs des nombreuses espèces de Psidium et d’Eugenia (Psidium pomiferum, pyriferum, brasiliense, Eugenia Michelir, cauliflora, Jambos, amplexicaulis, Uani, etce.). Le précieux Garcinia Mangostana a déjà vu plusieurs fois mürir ses fruits; de même l’Artfocarpus integrifolius et le Phyllarthron Bojerianum, arbre de Madagascar, qui se fait remarquer par son brillant feuillage et ses jolies fleurs roses. En continuant ma promenade je trouve de puissants massifs composés d'arbres des espèces les plus diverses. Le Heritiera macrophylla, Spathodea fraxinifolia, Chrysophyllum speciosum, Jacaranda mimosaefoliu, Brownea princeps et grandiceps, plusieurs espèces de Brexia et d'Aralia méritent la plus grande part de notre admiration. Sur la belle et fraiche pelouse que le soleil laisse intacte, grâce à l’air frais qui vient de l'Océan, se trouvent principalement les Monocotylédones; on voit un Doryanthes excelsa avec une hampe de 25 pieds de haut; de même un Fourcroya gigantea dont le pédoncule atteint 50 pieds de hauteur. Le Ceroxylon andicola,
palmier à cire, le Phœnix plumosa, le Pandanus utilissimus, le Cycas
revoluta et circinalis, plusieurs Strelitzia à fleurs brillantes et d’une forme singulière, et plusieurs autres représentants de ce groupe. C'est un fait bien connu que les tropiques sont plus remarquables par l'éclat des couleurs des plantes que par leur parfum ; on m'a assuré qu'ici aussi les fleurs perdent plus ou moins leurs propriétés odoriférantes. Autre fait digne d'attention; il est relatif aux plantes panachées que l’on fête tant de nos jours. Tous les essais faits pour les introduire ici, (notamment les
variétés de Pelargonium aux feuilles magnifiquement rayées) n’ont pu réussir; les feuilles retournent après un an, tout au plus après deux, à leur type vert primitif. Mais les fleurs sont tellement magnifiques que l’on peut regarder avec indifférence l’insuccès de ces tentatives. Les Mélastomacées étaient magnifiquement représentées; à celles-ci venaient dignement s'ajouter plusieurs espèces de Plumaria et de Jatropha, Calliandra Tweedii, Poinsettia pulcherrima, Burchellia capensis, Myrius spectabilis et beaucoup d’Acanthacées. Les murs qui entourent ce jardin sont revêtus des plantes grimpantes les plus rares, parmi lesquelles je citerai spécialement Stigmatophyllum ciliare, Dipladenia splendens et urophylla, Lapageria rosea, plusieurs Bougainvillea, Bignonia, Combretum, Allamanda, Thumbergia, Beaumontia, des Passiflora de plusieurs espèces. Les Protéacées, qui disparaissent de plus en plus de nos collections, à mon regret, conservent au contraire ici la place qui leur est due; et quand on voit les nombreuses Banksiées, Protées, Hakées, Grévillées qui, jointes aux Leucadendron argenteum (Witteboom of the Cape), Brabejum stelluliferum (Cape chesnut) Stenocarpus Cunninghamii forment ici des bosquets étendus, tout couverts de fleurs et qui donnent un grand charme au paysage, on doit vivement regretter l'abandon dans lequel on les laisse chez nous. Les formes tropicales de cette famille, les splendides Lomatiées et Rhopales de l'Amérique du Sud que l’on ne voit dans nos serres que depuis quelques années, vivent ici dans la meilleure harmonie avec leurs congénères du Cap et de l’Australie. Il est bien vrai que chaque année les vents violents détruisent quelqu'un de ces arbres élégants ; néanmoins je rencontrai beaucoup d'exemplaires dont la hauteur considérable et le tronc étendu témoignent d’un âge respectable ; par exemple :
Leucadendron argenteum . 55’ hauteur. 8/6” épaisseur du tronc.
Banksia marcescens. . . 167 » Si » »
» htioralis «2.1 044 » 5’ 6' » »
» COMPARATEUR 4" 4" » ».
» tniegrifolia . . 36 » spl » »
» verlhicillatas . . A4 » DO » »
Il ne manque pas ici de Myrtacées d'Australie ou de l'Afrique méridionale; elles contribuent beaucoup à donner un aspect particulier au paysage ; cette observation est encore beaucoup plus vraie pour les Conifères.
Combien n’est pas imposant l’aspect du Cupressus macrocarpa; sa hauteur est de 25 pieds, le tronc a 10 pieds de circonférence et ses branches embrassent un espace de 120 pieds. Les Dammara, tels que D. Moorei, Brownii, australis, occidentalis et oblusa forment des arbres considérables; de même le Dacrydium Franklini Hook Fi ; mais iei aussi ce sont les Araucariées qui l’emportent. L’Araucaria excelsa est à
la tête de l’espèce; on en voit des exemplaires de presque 50 pieds de hauteur et d’une forme très-régulière. Le D' Bennett dans son livre intitulé Gatherings of a naturalist in Australia parle d’un Araucaria excelsa du jardin botanique de Sydney qui atteint la hauteur de 76 pieds ; ici J'ai vu dans le jardin du baron das Lorangeiras, un arbre qui a déjà atteint la hauteur de 70 pieds, qui se couvre annuellement de cônes et qui ne laisse rien à désirer au point de vue de la parfaite régularité de ses branches. L’Araucaria Cunninghamii, Cokii et Bidwillii, même l'A. Ruleï, sont fort bien représentés chez M. José do Canto. Avant de quitter ce jardin Je veux encore citer deux plantes médicinales importantes que le propriétaire soigne avec une prédilection marquée : le Cinchona officinalhs et le Drymis Winteri. Il a obtenu par semis des centaines de petites plantes du premier et il espère les acclimater à Flurnas; quant au second, il donne déjà de beaux arbres qui fleurissent richement chaque année etqui portent des semences.
Un peu plus loin se trouve le jardin de M. José Jacome ; il y a moins de plantes 1ei que chez M. do Canto, mais en revanche on y trouve maints exemplaires de choix; c’est à cet amateur que le jardin botanique doit une jolie collection d’environ cent espèces.
Les Banksiées et les Protées occupent ici le premier rang sans conteste; un grand nombre de ces plantes montrant leurs troncs puissants et leurs couronnes majestueuses, étaient en pleine floraison. J'ai déjà eu souvent l’occasion de contempler sur le continent l’inflorescence caractéristique de ces espèces; mais c’est iei que pour la première fois je les vis dans toute leur splendeur native. Les naturels de l'Australie tirent une sorte de miel des fleurs de quelques-unes de ces plantes; je pus me convaincre de l'excellence de celui que l’on obtient, quoique en petite quantité, des fleurs du Protea speciosa nigra.
Quelques Cycadées, telles que Encephalartos horridus et caffer, Cycas revoluta et circinalis avaient également ouvert leurs puissantes grappes de fleurs ; et si j'ajoute deux beaux exemplaires d’Araucaria excelsa et Cooki(1) qui portaient également des grappes à demi mûres, on aura un tableau approximatif d’une flore de notre monde qui ne nest connue que par des restes fossiles. L'Australie et le cap de Bonne Espérance avec leurs flores et leurs fougères analogues, rappellent encore maintenant le plus une période antérieure du monde; il est même fort probable, d’après le professeur Franz Unger, que ces pays ont jadis formé un continent.
(1) Les grappes femelles de cette espècc ont été l’an dernier fructifiées à l’aide du pollen de l’A. excelsa, avec succès à ce qu’il semble ; car à mon départ de San Miguel (fin de septembre 1866) elles étaient déjà fort gonflées. Si cet essai produit des semences capables de germer, on pourrait espérer avoir bientôt une variété bien caractérisée — ce que l’on inscrirait en lettres d’or dans les annales du jardinage.
Parmi le grand nombre de Mélaleucées ct de Callistema, je ne citerai que le M. Leucodendron. L'écorce épaisse, filamenteuse, qui se détache facilement du tronc sans que cela nuise à l'arbre, pourrait peut-être s’employér avec succès pour la fabrication du papier.
Les Cunonia Capensis et les Ceratopetalum gqumimiferum d'Australie, en pleine floraison, présentaient un coup d’œil vraiment magnifique; ces plantes me firent connaître les saxifrages arborescents, qui, comme on sait, sont nombreuses à la Nouvelle-Calédonie. (A. BronGnraRT et A. Gris, Les Saxifragées-Cunoniacées de la Nouvetle-Calédonie.)
La suite à la prochaine livraison,