‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 71 sur 173 · CHARLES-ALEXANDRE-ANSELME DE HUGEL · texte numérisé non relu

CHARLES-ALEXANDRE-ANSELME DE HUGEL

Le baron de Hugel, conseiller intime de S. M. l'empereur d'Autriche : et son ancien envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près S. M. le roi des Belges, est décédé à Bruxelles, où il était de passage, le 2 juin de cette année.

Le baron de Hugel a passé à Bruxelles les dernières années de sa vie. La haute considération dont il était entouré et la sollicitude qu’il n’a cessé de témoigner à la botanique et à lhorticulture, nous autorisent à croire que des renseignements authentiques sur la vie et les travaux de ce personnage seront lus avec intérêt.

Charles de Hugel est né à Ratisbonne en 1795. Nous n’avons pas à considérer ici sa carrière militaire et diplomatique, mais seulement à signaler les services qu’il a rendus aux sciences géographiques, ethnographiques et naturelles, surtout à la botanique.

Son ouvrage sur Cachemire et le royaume des Sikhs qui parut en plusieurs volumes de 1857 à 1848, ne conticnt qu'une partie relativement faible des pérégrinations et des explorations qu'il fit pendant le voyage de six ans qu’il accomplit en Syrie, dans les pays baignés par la mer rouge, ainsi que dans les Indes orientales, le Thibet et plusieurs parties de l'Australie. Le livre qu'il écrivit en 1860 à Vienne sur le pacifique et les possessions espagnoles dans l’Archipel indien fut simplement autographié et ne parvint, par suite, que dans les mains de peu de personnes. La valeur de ces ouvrages a été hautement appréciée non seulement dans la patrie de l’auteur, mais aussi à l'étranger et notamment en Angleterre.

La dissertation volumineuse insérée en 1850, dans les mémoires de l'Académie impériale des sciences sur le Bassin de Caboul et les montagnes entre le Hindou-Kosch et Sudledje, réunit plusieurs genres de qualités à l'excellence et à la vivacité des descriptions des pays, elle joint le mérite d'enrichir les connaissances que nous avions de ses produits naturels et celui d’un examen critique soigneux des renseignements historiques dans leurs rapports avee les diverses localités ; c’est sur ce terrain que, pour em-

ployer les expressions mêmes de l’auteur, les vieilles civilisations de l’Inde et de l'antiquité classique ont rencontré les nomades innombrables qui, semblables aux sauterelles nées dans leurs steppes immenses, se sont précipités sur un brillant ensemble de prospérité d’art et de civilisation, et qui, après un court séjour, ont laissé derrière eux la nature dans toute sa nudité; c’est encore sur ce terrain que se rencontrèrent les langues les plus antiques. Aux récits de ses voyages il faut ajouter des travaux sur la botanique et sur l’'Ichthyologie, achevés par lui-même ou faits par d’autres sur des exemplaires rapportés par lui.

Les services que de Hügel a rendus à la géographie et aux sciences naturelles ont été hautement reconnus de toutes parts; dans sa patrie, par sa désignation pour la présidence de la Société impériale et royale d’horticulture et d'agriculture et par sa nomination de membre effectif de l'académie des sciences lors de sa fondation; en Angleterre, par le diplôme de docteur que lui décerna Oxford et par l’attribution de la grande médaille ob terras reclusas que lui vota la Société royale de géographie.

Inutile de parler longuement des riches collections de tous genres recueillies dans ses voyages et incorporées aux musées de la capitale autrichienne.

Von Hügel était autre chose encore qu’un savant et un voyageur ; après avoir étudié le droit à Heidelberg, il prit part aux guerres de l’indépendance qui touchaient alors à leur fin et à la campagne laborieuse de Naples; il s’essaya également dans la carrière diplomatique. Les évènements le déterminèrent à quitter l’armée où il était parvenu au grade de major et à s'éloigner pour longtemps de sa patrie. De retour de ses voyages, il se consacrait entièrement à l'achèvement de son œuvre à Hietzing, près de Vienne, quand les événements de 1848 vinrent donner une autre direction à sa vie. Il voulait, comme il le dit dans son livre sur l’océan pacifique, servir la cause du droit ct de l’ordre personnifiée dans l’empereur.

Dès ce moment, la diplomatie qui était dans les traditions de sa famille, occupa tout entier. Il prit part aux diverses négociations italiennes; puis en 1849 il représenta l'Autriche dans la Toscane qui venait d'être occupée ; il y resta dix ans, d’abord en qualité de chargé d’affaires, puis en celle d’ambassadeur extraordinaire. On sait que sa tâche ne fut pas facile. Mais elle lui fut allégée par ses qualités personnelles. C'était en effet un homme d’une grande noblesse de sentiments, d’une bienveillance cordiale; il connaissait le monde ; il avait un esprit richement cultivé et sociable ; il était enfin d’un extérieur séduisant, en un mot c'était un parfait gentleman.

Après dix ans de séjour à Florence, il passa une année dans sa patrie; ensuite il remplit les fonctions d’ambassadeur à la cour de Belgique. Il a laissé à Bruxelles, comme en Toscane, les meilleurs souvenirs. En

1569 il se retira de la vie active et vécut dès lors en Angleterre, patrie de sa femme; en hiver à Tosquay (côte méridionale du Devonshire), en été à l’île de Wight. Sa santé était bonne, mais sa vue avait beaucoup baissé depuis quelques années. Jusqu’à son dernier jour il conserva un vif intérêt pour la science et la littérature, surtout pour l'horticulture. De même qu’à Florence les collections de Boboli et de San Donato, où se trouvait une partie des siennes, l’attiraient toujours, de même il ne manquait jamais à Bruxelles d'aller au jardin Botanique, dans le voisinage duquel se trouvait sa Jolie habitation.

Nous avons pu apprécier dans nos relations personnelles avec $. E. le baron de Hügel l'étendue de ses connaissances en géographie et en botanique, sciences de prédilection, dont il se délectait jusqu’à la fin de ses jours. Il nous fit un jour l'honneur de nous écrire la relation sommaire de ses voyages avec une liste de ses principales introductions de plantes exotiques dans les cultures d'Europe. Cet utile et précieux document peut être aujourd'hui livré à la publicité. La note est datée de l’ile de Wight, 8 septembre 1867. ;

€ Mes voyages ont été très-étendus et je vous nommerai les différents endroits où j'ai particulièrement fait de grandes collections de plantes qui se trouvent sans exception dans le cabinet impérial d'histoire naturelle à Vicnne, ou plutôt dans le jardin botanique où elles ont été transportées il y a quelque temps.

« Après avoir visité la Grèce, la Syrie et l'Egypte toute entière, je me suis embarqué à Cosseir, ville de la Haute-Egypte, sur la Mer Rouge pour explorer la côte arabe et gagner Bombay. Les montagnes Mahableshmar et le Deccan ont été le champ principal de mon investigation botanique. J'ai traversé ensuite la côte de Malabar pour me rendre au Nilgherries où j'ai réuni une grande collection de plantes. Ce point élevé du midi de l'Inde était fort peu connu lors de mon voyage de 1852 et, pour cette raison, J'ai tàché de recueillir en fait de plantes tout ce qui me paraissait intéressant. En passant de nouveau par la côte de Cochin et Iracancore, je me suis rendu par le Cap Camorin à Ceylan où je suis resté pendant six mois traversant l'ile dans toutes les directions. Là, les points les plus élevés Nur-ellia et Pedro délla Galla, ont été examinés avec le plus grand soin. Passant de Irincomalée à la côte de Coromandel, j'ai fait un petit séjour à Madras et je me suis embarqué pour visiter Poulo Penang, Malaca, l'ile de Sumatra et Singapore, traversant les îles Branca où j'ai débarqué. J'ai visité Batavia et les hautes montagnes près de Buitenzorg : J'ai continué mon voyage par les iles de Sounda et je me suis arrêté assez longtemps à la colonie de Swan-River et Kings Georges Sound dans l'Australie, — puis j'ai continué mon voyage et je me suis arrêté à Hobart Town, Van Diemens Land, où la Montagne Wellington a été l’objet d'une minutieuse investigation. Dans New South Wales, je suis resté pendant huit mois visitant l’intérieur dans toutes les directions. Reprenant mes

pérégrinations je suis resté pendant six semaines dans Ja Nouvelle-Zélande, dont j'ai traversé l'ile le plus au nord de côte à côte, ce qui était alors d’une grande difficulté. Après avoir touché lile Norfolk, je me suis embarqué à Sydney pour traverser l'Océan pacifique et me rendre aux Iles Philippines qui m'ont retenu pendant six semaines. De là, je suis allé à Macao, Lintiu et Canton et, après six nouvelles semaines, je me suis embarqué pour aller par le détroit de Malacca à Madras et Calcutta. Ensuite aux montagnes de l’Himalaya à Missouri et Simla, puis, par le Punjab à Caschmer, que j'ai exploré jusqu'aux montagnes de Thibeh, et, en longeant la rivière de Gilum, je me suis rendu à Athole sur l’Indus et à Sahore. Je suis allé de là à Delly, à Agra; montant alors sur des chameaux je suis allé à Oudysoor et Ajmeer pour me rendre à la montagne d’Aboo, un des points les plus extraordinaires du monde, principalement parce que sa flore est celle de l'Himalaya. De là, je me suis rendu par terre à Bombay où je me suis embarqué pour me rendre au Cap de Bonne-Espérance et à Ste Hélène.

J'étais accompagné d’un naturaliste de profession, M. Le Roux, qui m'avait été recommandé par le célèbre Cuvier et que je perdis à Bombay. Par ses soins et avec l’aide des indigènes j’ai rapporté une masse énorme de plantes de tous les pays que j'ai visités. Ces herbiers, ainsi que toutes les collections d'animaux, d’antiquités, de médailles, de manuscrits ete., etc., font partie des musées impériaux de Vienne... »

Cet important voyage fut suivi de quelques publications botaniques rédigées par le célèbre professeur Endlicher (Enuimeratio plantarum et Stirpium Austral.). Le baron de Hügel reçut la grande médaille d’honneur en or de la Société royale de géographie à Londres pour ses travaux relativement à la connaissance de notre globe. L'Université d'Oxford lui conféra le titre de Docteur en 1848.

Quant aux introductions horticoles, elles sont tellement nombreuses que leur énumération seule dépasserait les limites de cette notice. La plupart appartiennent aux plantes, alors en vogue, de la Nouvelle-Hollande, telles que les Protéacées, les Myrtacées, les Composées, les Epacridées, les Rubiacées, ete., ete. Ces plantes, au port élégant et au feuillage le plus pur, sont délaissées aujourd'hui parce que leur culture présente des difficultés et que pour apprécier leur beauté il faut souvent l'œil exercé d’un botaniste.

Voici cependant une petite liste de plantes introduites par le baron de Hügel, en partie nommées par lui-même, et qui se rencontrent encore dans les serres :

Acacia glaucescens. — Nouv.-Holl.

Arum pertusum. — Lucon.

Aralia crassifolia. — Nouv.-Zélande.

Banksia Hugelii. — Nouv.-Holl.

Banksia rubra. — Nouv.-Holl.

Corethrostylis bracteata. — Nouv.-Holl.

Cordeline cœrulea. — Ile Norfolk. Cyathea dealbata. — Nouv.-Zélande.

Grevillea bipinnatifida. — Nouv.-Holl.

» longifolia. — Nouv.-Holl..

Gompholobium polymorphum. Nouv.-Holl.

» grandiflorum. — Nouv.-Holl.

Gastrolobium staurophyllum. — Nouv.-Holl.

Gnaphalium Manglesi. — Nouv.-Holl.

» macranthum. — Nouv.-Holl.

Hardenbergia sp. plurim. — Nouv.-Holl.

Hypocalyma robusta. — Nouv.-Holl.

Hugelia cœrulea. — Nouv.-Holl.

Hibertia amplexicaulis. — Nouv.-Holl.

Lechenaultia biloba. — Nouv.-Holl.

Lobelia Erinus. — Nouv.-Holl.

Lilium giganteum. — Kaschmir.

Manglesia euneifolia. — Nouv.-Holl.

Maryanthus cæruleo punctata. — Nouv.-Holl.

Musa Ensete. — Mahableshmar.

Pronaya elegans. — Nouv.-Holl.

Pimelea Hendersonii. — Nouv.-Holl.

» Neipergiana. — Nouv.-Holl.

Pomaderis cristallinum. — Nouv.-Holl.

Pittosporum sp. plurim. — Nouv.-Zélande.

Rhododendron Nilgherriense. — Ind.-Mérid.

Sterculia acerifolia. — Nouv.-Gall. du Sud.

» heterophylla. — » »

» Hugelii. — » »

Stadtmannia australis. — Nouv.-Holl.

Stylidium laricifolium. — Nouv.-Holl.

Thunbergia grandiflora. — Ind.-Orient.

Tomasia grandiflora. — Nouv.-Holl. Tremandra verticillata. — Nouv.-Holl.

Zichya inophilla. — Nouv.-Holl.

» molly. — Nouv.-Holl.

Quelques une de ces plantes ont peut-être été introduites de plusieurs côtés à la fois et à diverses occasions.

Le baron de Hügel jouissait dans notre pays de la plus haute considération par son rang, par sa naissance et par l’aménité de son caractère. La plupart des sociétés d’horticulture s'étaient fait un devoir de lui offrir le diplôme de membre honoraire comme un hommage rendu à son active et utile carrière.

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