II. Poivre anisé (Xanthoxylum mantchuricum Benx
Au milieu des chênes (Quercus mongolica Fisa., Q. obovata Bee), des müriers à papier (Broussonetia papyrifera) et d’autres arbres, qui croissaient autour des Taus, ou hameaux indigènes, dans les environs de Takaïi shan (petit village du versant oriental de Talie-whan, en Mantchurie), se trouvaient un certain nombre de forts arbustes ou de jeunes arbres, que des inflorescences en corymbes, des feuilles imparipinnées et des branches très-étendues rendaient des objets très-frappants, dans les traits botaniques de cette localité. Ils présentaient les caractères ordinaires des Xanthoxylacées, et M. Bennet, d’après les exemplaires desséchés qui lui ont été soumis, les a déterminés comme formant une nouvelle espèce, qui sera décrite ci-après sous le nom de X. Mantchuricum. Cette espèce peut être distinguée de la précédente par son tronc plus droit et effilé, de 5 à 6 mètres de hauteur, ses branches divergentes, ses feuilles amples, ses pinnules étroites et plus petites, avec des épines en moindre nombre, la teinte rose intense des pédicelles et des pédoncules entiers, et surtout par le parfum anisé très-remarquable des capsules. Elle fleurit en mai et Juin; les fruits, qui couronnent la cime en corymbes terminaux, sont d’abord verts, puis ils passent graduellement au rouge intense vers la fin de septembre, époque de leur maturité. Les carpelles alors font déhiscence et laissent voir une graine solitaire, noire, brillante et légèrement comprimée, dont l'apparence singulière, quand on la voit en grand nombre, ne manque pas d'attirer l'attention du botaniste. Secs, les carpelles ont une taille d’un tiers de moins; ils sont arrondis ou ovales, ridés, parsemés de points translucides et non rugueusement tuberculeux comme ceux du X. piperitum. Toutefois le péricarpe, avant la maturité, est semé de petites proéminences tuberculeuses, remplies d’une sécrétion oléagineuse, qui transsude sous la plus légère pression et est assez abondante pour saturer les feuilles de papier entre lesquelles on veut conserver les spécimens de ce végétal. Le fruit, mangé mûr, est doué d’une saveur douce et agréable, jointe à un parfum aromatique rappelant l’anis, mais qui ne se conserve pas, s’altérant soit par suite de la dessiccation, soit par le transport dans un climat plus froid. Par l’arome et les autres qualités analogues, il est du reste fort inférieur aux follicules du Pa-XKioh ou arbre à l’anis étoilé (/{licium anisatum). Les habitants des districts dont il est originaire, le préconisent pour ses vertus carminatives et stomachiques; et, bien qu’il entre dans la composition de plusieurs de leurs aliments, il est .souvent aussi administré comme remède, sous forme de thé ou infusion, dans le traitement de diverses affections intestinales.
MT
III. Poivre étoilé ou amer (Xanthoxylum (Oxyactis) Danielli Benx.).
Cette espèce a été découverte sur un petit promontoire au nord du village de Taku-shan, auprès d’un petit temple, ou pagode. C’est en général un arbre touffu de moyenne dimension, ayant une hauteur de trois à six mètres, sauf sur le penchant des collines rocailleuses, où il est d’une taille plus chétive et se réduit aux proportions d’un arbrisseau formant des buissons peu élevés. Les plus grands exemplaires observés eroissaient au bord d’un champ de sésame, où ils avaient été évidemment plantés. Comparé à l'espèce précédente, cet arbre offre une différence essentielle dans la disposition particulière du fruit et le développement plus luxuriant du feuillage. Ainsi, les feuilles imparipinnées sont de plus grande dimension, présentant des folioles de 21/2 à 33/4 centimètres de largeur sur une longueur de 5 à 7 1/2 centimètres, ovales, obtusément acuminées et presque lisses. Les branches sont dépourvues d’épines et moins tortueuses. La floraison, en nombreux panicules ou corymbes, a lieu aux mois de juin et juillet. Les fruits consistent en un nombre variable de capsules oblongues ou allongées, disposées en groupes étoilés sur une série de panicules terminaux ; d’abord d’un vert foncé, ils passent insensiblement au rouge-brun, en avançant vers leur maturité, qui correspond aux mois de septembre et octobre. Les carpelles ont près de 2 centimètres de longueur et environ 5 millimètres de largeur ; ils se séparent par une déhiscence longitudinale, en laissant voir deux graines petites, noires, luisantes. L’épicarpe est tout parsemé de vésicules ou réceptacles tuberculeux, contenant une huile ou résine oléagineuse, couleur de paille, qui s’épanche abondamment à la suite de toute érosion de la surface. Ces capsules ont une odeur aromatique particulière, avec une saveur amère et piquante et un goût brülant, qui laisse une sensation de froid au palais, quand Pair est ensuite introduit dans la bouche.
Quoique j'aie appris des natifs que ces carpelles s’'emploient comme condiment, ainsi que pour certains usages médicaux et économiques, je n'ai pu obtenir aucun renseignement précis sur leur mode d’application. Le soin qu’on apporte à la conservation des arbres témoigne de l'utilité de ce produit, ainsi que de celle du Poivre anisé; car, par suite de la disette de combustible, on ne laisse croître aucun autre arbre dans cette contrée, et les habitants sont même réduits à brüler de l'herbe sèche et des chaumes de Zea, de Panicum et d’autres céréales, pour cuire leur nourriture.
Je dois les caractères spécifiques et les détails botaniques suivants à Vobligeance de M. Bennett, du British Museum, qui les a exposés dans une description concise contenue dans la lettre qui va suivre. En appliquant le nom de Xanthoxylum à ces espèces chinoises, il fait remarquer qu'il écrit ainsi ce nom, en conséquence de son étymologie, et d’accord avec
tee
Smith, Sprengel, Martius ct Bentham, mais contrairement à l'autorité de Linné, Kunth et De Candolle, qui écrivent Zanthoxylum.
« Votre spécimen de Tien-tsin se rapporte parfaitement au Fagara piperita de Linné(l\, qui est fondé sur les Teo et Tausjo de Kacmpfer, avec les figures duquel il offre la ressemblance la plus frappante. Cette figure, et la description qui l'accompagne, ainsi que la diagnose trèscorrecte et la description données par Siebold et Zuccarini dans les Abhandlungen der RARE Classe der Küningl. Bayer. Akademie, IV, p. 157, ne laissent place à aucune addition. L’Herbier du British Museum renferme un misérable exemplaire, dù à Kaempfer lui-même, et un passable, provenant de Thunberg, qui confirment pleinement cette identification. Quant à votre exemplaire du Fort Taku, il me reste quelque doute, à cause du manque absolu de piquants, de la plus grande taille des folioles et de l’inflorescence plus ample et presque en panicule; mais, comme il concorde sur tous les autres points, je suis disposé à ne le regarder que comme une variété. »
« Vous me demandez si celte plante est vraiment celle qui produit le poivre japonais; Je pense qu'on n’en saurait douter; l'autorité de Kæmpfer, de Thunberg et de Siebold est décisive à cet égard. Mais vous mentionnez comme ayant regardé comme tel, le Xanthoxylum alatum. Je ne connais pas d’espèce asiatique ainsi nommée, à moins que ce ne soit une espèce de Roxburgh (Flor. Indice. NI, p. 768), qui a paru dans le Prodromus de De Candolle, sous le nom de X. acanthopodium, et qui diffère considérablement des espèces chinoises et japonaises par des pétioles très-ailés et fortement armés, et par des cimes très-courtes, axillaires et sessiles. Roxburgh nous apprend que ses graines (plus probablement ses capsules), sont employées en médecine; mais c’est sans doute le cas pour beaucoup des espèces du genre, en raison de leur odeur et de leur goût particuliers. Néanmoins le véritable Poivre japonais doit être celui que produit le Japon, et qui a été décrit d’abord par Kaempfer, ensuite par Linné (2). »
(1) Fagara foliolis crenatis. Piper japonicum Sio et Sansio. Xaempf. amoen 892, t. 893. Habitat in Japonia D. —- C. Lin. Spec. plantar. édit. 22, 1762, p. 172. — Tetrandria monogynia. Genus Fagara, sp. 5. F. Piperita.
(2) « Depuis que je vous ai écrit à ce sujet, j’ai pris connaissance de l’article de M. Hanburg, dans le Pharmaceutical Journal de 1861, et j’ai vu qu’il parle de la vente sur les marchés de la Chine des fruits de deux espèces de Xanthoxylum, le Æ. piperitum L., et le X. alatum Roxs. Les fruits de ces deux espèces ont une similitude remarquable de caractères ; mais je n’ai vu aucun spécimen de Chine, qui peut être positivement rapporté au Æ. alatum. Je ne doute point toutefois de l'identité des X. alatum Roxs. et acanthopodium D. C. Les exemplaires distribués par le Dr Wallich sous le nom de Æ. alatum Roxs., concordent de tous points avec les caractères donnés par de Candolle pour le Æ. acanthopodium; et le fragment de la Propre collection du Dr Roxburg, conservé dans l’Herbier indien de la Société Linnéenne, n’en saurait non plus être distingué, »
« Votre spécimen de Talie-whan, en Mantchurie, est certainement distinct, et diffère, je pense, de toutes les espèces jusqu'ici connues. Je
le caractériserai comme suit :
Kanthoxylon
X. aculeis sparsis v. infrapetiolariabus rectis conicis armatum, foliis sparsis imparipinnatis 5-9 foliolatis, foliolo terminali sessili, omnibus oblongo-lanceolatis utrinque attenuatis subsessilibus crenato-dentatis superne punctatis elevatis piliferis scaberulis cœterum glaberrimis, in crenarum axillis ne alibi in jamina pellucido-punctatis, corymbis terminalibus, coccis 1-3 punciulato-rugosis.
Miantchuricum.
Armé d’aiguillons épars ou infra-pétiolaires, droits, coniques. Feuilles éparses, imparipinnées, de 5 à 9 folioles, la foliole terminale sessile, toutes oblongues-lancéolées, atténuées aux deux bouts, subsessiles, crénelées-dentées, très-glabres, sauf de petits points élevés un peu äpres et pilifères à la face supérieure, d’autres petits points translucides aux aiselles des crénelures seulement ; corymbes termi-
naux ; capsules 1-5, rugueuses et ponctuées.
« Les différences entre cette espèce et le X. piperitum résultent de cette caractéristique : elles consistent principalement dans la forme plus étroite des folioles, les légères aspérités de leur face supérieure, que je n’ai remarquées dans aucune autre espèce, l'absence complète des glandes translucides, excepté aux aiselles des crénelures marginales, et la surface des coques, qui, au lieu d’être rudement glandulcuse et tuberculée, comme dans À. piperitum, est simplement semée de points translucides et ridée. Les pétioles communs, qui sont anguleux, ont de 5 à 10 centimètres de longueur, et les folioles, 16 à 20 millimètres de long sur 6 à 8 de large. Comme vous le savez, j'avais d’abord considéré cette espèce comme identique avec le Fagara Avicennae Lan.; et, dans la description de cette plante, je trouve peu de chose pour les distinguer, excepté le nombre en général moindre des folioles, et les petites aspérités de leur surface; mais, comme M. Bentham, dans sa Flore de Hong-Kong, a identifié la plante de Lamarck avec une espèce tout-à-fait différente, à laquelle la description de Lamarck est au moins tout aussi applicable, j'adopte sans hésiter cette détermination, et je décris votre plante comme nouvelle. À Ia synonymie de X. Avicennae D. C. et BENTH., je puis ajouter le Æ. clava Herculis Lour. (nee Linn.), comme le prouve l’exemplaire de Loureiro conservé dans lHerbier du British Museum. »
« Votre autre Xanthoxylum de Talie-whan est une des espèces les plus belles et les plus remarquables du genre. Beaucoup de botanistes, je n’en doute pas, la regarderaient comme constituant un genre nouveau et très-distinct; mais, prenant en considération les nombreuses modifications transitoires de structure et la phalange de genres purement conventionnels qui ont été déjà formés aux dépens de ce groupe étendu et polymorphe, je ne puis que me rallier à ceux qui préfèrent les réunir tous ou presque tous, sous un seul nom générique. Je regarde néanmoins
RE
votre espèce comme offrant des caractères suffisants pour former un. sous-genre bien marqué, et je suis disposé à regarder de la même manière les Euodia et les Boymia (soit séparés, soit réunis), pour autant que le rapprochement des caractères d’une aestivation valvaire des pétales et d’une superposition des ovules se rencontre aussi bien dans des espèces ayant des feuilles alternes que dans celles à feuiiles opposées. S'il ne fallait faire attention qu'aux feuilles opposées et aux ovules superposés, votre arbre appartiendrait à la même division que les Euodia (Boymia compris); mais, d’après ce que je connais du fruit des autres espèces, le sien en diffère d’une manière remarquable par la forme et la disposition des coques. Je commencerai donc par donner des caractères subgénériques, tout en faisant observer que je n’ai vu que des exemplaires avec le fruit mûr.
GEN. XANTHOXYLUM.
Subgen. @xxacrTis BENNETT.
Cocci 5 (rarius 4) stellatim dispositi, in Coques au nombre de 5 (plus rarement valvulas 2 apice acuminatas dehiscentes, | de 4), disposées en étoiles, s’ouvrant en ideoque acqualiter 10- (8-) radiati. Se- | deux valvules acuminées au sommet et mina 2, perfecta, superposita. formant par suite 10 (ou parfois 8) rayons.
Graines au nombre de 2, complètes, superposées.