‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 74 sur 173 · X. (Gxyactis) Danielli · texte numérisé non relu

X. (Gxyactis) Danielli

X. inerme, foliis oppositis imparipin- | Inerme, à feuilles opposées, imparinatis 5-9-foliolatis, foliolo terminali lon- | pinnées, de 5 à 9 folioles, la foliole termigius-reliquis brevi petiolulatis, omnibus | nale longuement, les autres brièvement basi rotundatis ovatis obtuse acuminatis | pétiolulées, toutes ovales et arrondies à la

superne glabris inferne in nervis margi- | base, obtusément acuminées, glabres en neque puberulis obscure crenulatis nisi | dessus, un peu pubescentes en dessous in crenularum axillis impunctatis,corym- | sur le bord et les nervures, faiblement bis (fructiferis) folio brevioribus termi- | crénelées, imponctuées, sauf à l’aisselle nalibus divaricatim ramosis. des crénelures; corymbes (fructifères)

terminaux, rameux et divariqués, plus courts que les feuilles.

« Les pétioles communs sont longs de 7 à 15 centimètres, arrondis et parfaitement lisses ; les folioles, longues de 5 à 7 centimètres sur une Jargeur de 25 millimètres et plus, arrondies ou légèrement cordées à la base, les plus basses par paires, supportées par des pétiolules de 4 à 6 millimèêtres de long, tandis que la terminale impaire a un pétiolule de 25 millimètres; le corymbe terminal s'étend presque en panicule. Après sa déhiscence, l’ensemble du fruit mesure bien 12 millimètres de diamètre. Sous quelques rapports, cette espèce paraît se rapprocher de l'Euodia meliæfolia Bexra. — Megabodrya meliæfolia Hance — Boymia glabrifolia Cuawr.; mais elle en diffère amplement par les caractères du fruit, par le bord crénelé des folioles et la pubescence des nervures, tous

caractères qui ne sont mentionnés dans aucune des descriptions qui ont été données de l'espèce de la Chine méridionale. Une espèce septentrionale, Phellodendron Amurense Rurr. (Bull. Acad. S'-Pétersb., et in Maxèm Prim. Flor. Amur. p. 75, tab. 4) offre aussi une ressemblance notable avec la présente espèce par le facies, la dimension et la composition des feuilles, ainsi que la forme des folioles; mais, si le fruit est correctement représenté, elle en est en réalité très-différente.

LE LIPARIS CUL-BRUN (LIPARIS CHRYSORRHÆA.) PAR M. DumonT-CARMENT.

(Société d’horticulture de Picardie, à Amiens.)

Le Liparis cul-brun est un petit papillon blanc, qu’on voit au déclin du jour, dans le courant de juillet voltiger lourdement dans les jardins.

Cet insecte porte deux centimètres de longueur ; son corps est garni d’un duvet cotonneux blanc comme de la neige; sa partie inférieure, qui n'excède pas la longueur des ailes, est couverte de poils bruns fort épais. Chez la femelle, après la fécondation qui a lieu au mois de juillet, cette partie grossit et s’allonge de dix millimètres environ. Arrivé à ce point, l’animal meurt, son buste se détache, le reste de son corps, ressemblant à un morceau d’amadou collé sur une feuille, recouvre une multitude d'œufs, qui produisent dans le courant de septembre une quantité considérable de petites chenilles qu’on voit se répartir aussitôt dans les arbres dont elles dévorent les feuilles, en laissant sur leur passage des fils soyeux, qui couvrent bientôt les branches et les bourgeons d’un tissu imperméable.

Lorsqu’au mois d'octobre le froid arrive, et que la nourriture manque, les chenilles se réunissent en familles pour filer en commun une tente, où chacune d'elles a sa demeure particulière ; après ce travail, elles se reposent dans un engourdissement qui dure jusqu’au retour du printemps.

C’est dans cet état qu’on les trouve l'hiver, enfermées au centre d’une bourse que les oiseaux déchirent pour y trouver leur nourriture ; celles qui échappent à leurs becs sortent au beau temps de leur repaire, et détruisent les premières feuilles des arbres.

Pour que la chasse des chenilles soit efficace, nous pensons qu’il faudrait la commencer dans le courant de juillet, en détruisant les papillons, la continuer en août, en arrachant les nids placés sous les feuilles, puis en septembre, en écrasant les jeunes chenilles, la terminer, enfin, pendant l'hiver, en enlevant les bourses placées à l'extrémité des branches.

En procédant ainsi durant quelques années, on parviendrait certainement à détruire une énorme quantité de chenilles, et à préserver nos promenades et nos jardins de la dévastation annuelle à laquelle ils sont assujetis.

MÉMOIRE SUR LE BOUTURAGE (1), PAR M. G. DELCHEVALERIE.

Une serre à multiplication bien conditionnée doit être divisée en trois compartiments, dont la longueur varie selon l’importance des plantes qu’on se propose de bouturer.

Le premier compartiment doit renfermer six tuyaux de 0,10 de diamètre, trois dans chaque bâche; on le destine au bouturage des végétaux provenant des régions tropicales ; la chaleur atmosphérique doit y être de 20 à 25 degrés centigrades, et peut s'élever jusqu’à 50 pour les végétaux de haute serre chaude. Toujours la température du sol devra être de trois ou quatre degrés plus élevée que celle de l'atmosphère de la serre, des cloches ou des châssis; car elle stimule les forces vitales des boutures et les met à même de développer des racines.

Le deuxième compartiment doit renfermer quatre tuyaux, deux dans chaque bâche, et conserver une chaleur atmosphérique de 15 à 20 degrés centigrades. On l’affecte au bouturage des végétaux exotiques cultivés en serre tempérée.

Le troisième compartiment ne doit renfermer que deux tuyaux, un dans chaque bâche, et produire une chaleur atmosphérique de 10 à 15 degrés centigrades à l’intérieur de la serre, sous les cloches ou les châssis; on l’emploie pour le bouturage des plantes vivaces de pleine terre, d’orangerie, ou de serre froide.

21. Pots à boutures. — Pour les petites boutures délicates ou susceptibles de pourrir, nous conseillons l'emploi de godets de 0,05 de diamètre. On plante la bouture au milieu, puis on enfonce le godet jusqu’au bord dans la tannée d’une couche appropriée à la nature de la bouture.

Pour les boutures plus fortes, on emploie des godets plus grands; et lorsqu'on éprouve de la difficulté pour les faire tenir, on ies maintient à l'aide d’une ficelle goudronnée qu’on noue sous le pot.

Quant aux boutures ordinaires, d’une reprise plus facile, on prend tout simplement des pots de 10 à 12 centimètres de diamètre ; on emplit le tout de terre dans laquelle on plante les boutures les unes contre les autres, de façon que le talon vienne toucher le bord du pot. L’expérience a prouvé que le voisinage des corps poreux favorise beaucoup le développement des racines.

On peut encore faire usage de doubles pots, et voici comment : On

(1) Suite et fin ; voir page 145.

nn

prend un pot de 12 ou 15 centimètres de diamètre et on met dans le fond un bon drainage, sur lequel on pose un godet de 0,08 ou 0,10 de diamètre, dont on a soin de mastiquer le trou du fond avec un peu de terre glaise; on emplit alors le tour de celui-ci de terre, dans laquelle on plante les boutures, puis on met de l’eau dans celui du milieu. Ce procédé est surtout favorable au bouturage des végétaux aquatiques.

22. Préparation des boutures. — Les boutures des végétaux rebelles au bouturage, comme les Stadmannia, les Rhopala, les Cupania, etc, doivent être coupées au-dessous d’un œil avec un instrument bien affilé. Si, après avoir fait bonne récolte de boutures, on ne pouvait les planter immédiatement, il faudrait les placer provisoirement sous cloche ou dans tout autre emplacement, à l’étouffée, afin que l’action de Pair ne püt les flétrir. Les verrines dont le couvercle s'ouvre et se ferme à volonté à l’aide de charnières, sont très-propres à recevoir les boutures en attendant le moment du rcpiquage.

On ne doit jamais planter une bouture aussitôt après l'avoir coupée. On doit toujours laisser s’écouler un certain laps de temps entre la récolte et la plantation. Pour les boutures telles que Pelargonium, Fuchsia, Veronica, etc., une ou deux heures suffisent pour cicatriser les plaies. Pour les espèces à bois laiteux, résineux, etc., telles que les Ficus, les Artocarpus, les Euphorbia, les Conifères, ctc., on dait attendre au moins une demi-journée avant de procéder à la plantation, pour que la plaie puisse se cicatriser convenablement. Pour certaines espèces, telles que les Ananas, Cereus, Epiphyllum, et beaucoup d’autres, il est bon de laisser sécher la section au moins pendant une journée.

25. Cloches à boutures. — Pour les boutures ordinaires, comme celles des Wigandia, Ferdinanda, Dracæna, etc., on se sert avec avantage de cloches maraichères, qui peuvent en couvrir un certain nombre. Celles qui redoutent l'humidité se trouvent très-bien étant placées sous des cloches à douille, c’est-à-dire munies dans le haut d’un petit goulot dont l'orifice est fermé au moyen d’une grosse éponge; celle-ei a la propriété d’absorber l'humidité qui se forme à l’intérieur; il faut la presser dans la main tous les matins, afin d’en extraire l’eau qu’elle a absorbée. Un autre avantage qu'ont les cloches ouvertes dons le haut, c’est qu’elles sont très-bonnes pour habituer les boutures à l’air, dès qu’elles ont émis leurs racines.

Pour les grandes boutures, on se procure des cylindres étroits, de toutes sortes de dimensions, afin de les approprier ensuite à la hauteur des boutures.

Les meilleures cloches, lorsqu'il s’agit de bouturer des plantes délicates, sont celles qui sont basses, légèrement bombées et munies au sommet d’un gros bouton de verre, percé au milieu, afin de permettre de renouveler à volonté l'air de l’intérieur, et de faire disparaitre humidité, s’il arrivait qu’elle y füt trop forte. Ce bouton est également

OS

d’une grande commodité, lorsqu'on veut découvrir les boutures; pendant

qu’on en ève la cloche d’une main, on en essuie l’intérieur avec l’autre

et on mouille celles qui en ont besoin.

Les verrines peuvent être employées avantageusemeut pour étouffer les grandes boutures. Elles sont d’une grande commodité, en ce que toutes leurs parties peuvent se démonter, ce qui permet de donner plus facilement aux boutures les soins qu’elles réclament, en même temps qu'on peut leur donner de l'air à volonté afin de les habituer à la température extérieure de la serre, lorsqu'elles sont enracinées.

24. Boutures de rameaux ligneux pourvus de feuilles. — Ce mode de bouturage est surtout employé pour la propagation des végétaux exotiques cultivés dans les serres.

En général, lorsqu'on fait la taille de ces végétaux, on utilise seulement l'extrémité des branches supprimées pour en faire des boutures, et on jette les parties ligneuses. Dans un grand nombre de cas, ces vieilles branches peuvent être utilisées avec avantage. Nous avons bouturé de vicilles branches les Ficus elastica, Spathodea, Sinclarea, Astrapea, Poinseltia, Pereskia, etc., ayant à leur extrémité trois ou quatre feuilles seulement, et dont plusieurs en étaient même complétement dépourvues. Les boutures faites ainsi avec le vieux bois se sont enracinées aussi promptement que celles dont le bois était herbacé. En outre, le Ficus elastica, au bout de trois semaines, était complétement enraciné, tandis que des boutures provenant des extrémités herbacées de la même espèce, et qui avaient été faites le même jour, ont mis plus de deux mois pour s’enraciner. Nous avons eu occasion d'observer le même fait à propos du bouturage de la plupart des Euphorbiacées, des Conifères, et d’un grand nombre d’autres végétaux dont le bois est laiteux, résineux, etc. Ces observations nous porteraient à croire que les végétaux de cette nature ne devraient être bouturés qu'avec du bois aoûté ou complètement ligneux, et que les boutures herbacées offriraient bien moins d'avantage à la reprise, par la raison qu’elles contiennent unetrop grande quantité de suc laiteux, qui nuit au développement de leurs racines, et détermine souvent la pourriture au talon; elles demandent d’ailleurs trop de temps pour s’enraciner, et on en perd toujours un trop grand nombre. Les boutures de cette nature doivent être plantées dans des sodets proportionnés à leur développement, et placées sur couche tiède, sous cloche, ou sous châssis. Il est bon de dire, à propos du bouturage par le vieux bois, que lorsqu'on n'aura pas à craindre d’endommager les mères, il sera bon de les éclater plutôt que de les couper avec un instrument tranchant; l’empâtement qui sert de base à la bouture ainsi détachée par éclat, est très-favorable au déveloÿpement des racines.

25. Boutures de rameaux aoütés. — Toutes les plantes ue peuvent

être bouturées de rameaux herbacés ; il en est qui doivent l’être avec du bois aoûté, c’est-à-dire qui aura atteint son entier développément, et qui

ne présentera plus aucune apparence herbacée si on veut obtenir un succès complet. Les Cassia, la plupart des Aralia, certains Rosiers, etc., sont dans ce cas. On les étouffe sur une couche appropriée à leur nature, pour leur faire émettre des racines.

26. Boutures de rameaux herbacés, — La plupart des végétaux exotiques peuvent être bouturés de rameaux herbacés. Bien qu’on puisse le faire en toute saison, l'automne et le printemps paraissent être plus favorables au développement de leurs racines, que l'été et l’hiver. Les Pelargonium, Erythrina , Dalhia, Fuchsia, Ageratum, Anthemis, etc., étant ainsi bouturés avec du bois herbacé, s’enracinent dans l’espace de quelques jours.

Les végétaux provenant des régions tropicales, tels que Theobroma Cacao, Couroupita quyanensis, Swietenia Mahagoni, ete., ne reprennent bien, étant bouturés, que lorsqu'ils le sont avec des rameaux tout à fait herbacés. Aussitôt que les bourgeons de ces espèces sont suffisamment développés, on les coupe pour les planter en pots, et on les place immédiatement sous cloche ; sans cette précaution, Pair les ferait périr.

Ainsi qu’il a été dit au paragraphe 5, les boutures peu délicates pourront être plantées telles qu’on les aura prises sur les mères, sans qu'on soit obligé de les couper une à une auprès d’un œil, opération qui demande toujours un peu de temps.

Les boutures provenant des extrémités des rameaux doivent être préférées aux autres, parce qu’elles n’ont qu’à émettre leurs racines, puis à continuer de s’allonger; tandis que celles qui proviennent de la partie inférieure des rameaux, auxquelles on a donné le nom de boutures tronquées, doivent émettre des bourgeons sur leurs côtés afin de pouvoir s'allonger ensuite; néanmoins, elles peuvent servir au bouturage et produire également des plantes très-vigoureuses.

Si on doit multiplier par le bouturage certains végétaux, tels que les Cedrus, les Araucaria, etc., on n’utilisera que le bourgeon terminai de leur tige; car les rameaux latéraux ne donnent jamais naissance À des bourgeons verticiliés. Or, si on emploie ceux-ci pour propager l’espèce, ils ne pourront servir que comme sujets devant recevoir la greffe d’un rameau terminal. Lorsqu'on bouture ces végétaux de leurs racines, le même inconvénient n'a pas lieu; nous avons remarqué souvent que les tronçons de ces dernières développaient parfaitement des bourgeons vorticillés.

On ne doit jamais couper les boutures trop longues; une petite est toujours plus facile à caser sous les cloches; ensuite, lorsqu'elles sont enracinées, elles sont plus faciles à sevrer. Ün autre avantage que présentent Les petites boutures, c’est qu’elles sont moins exposées que les grandes à avoir leurs feuilles tachées par un séjour prolongé sous les cloches.

La plantation des boutures herbacées se fait de différentes manières; les unes, les plus délicates, se plantent une à une dans de petits godets;

les autres se plantent dans des pots ou des terrines; enfin les plus ro-.

bustes peuvent être faites en plein châssis, à l’étouffée.

Les plantes exotiques qu'on multiplie le plus de boutures herbacées sont celles dont les graines ne mürissent point sous notre climat, ou bien celles qui sont susceptibles de dégénérer lorsqu'on les propage par les semis. |

27. Boutures de rameaux foliiformes. — Les rameaux foliiformes (eladodes) ou fausses-feuilles, c’est-à-dire qui tiennent le milieu entre

les rameaux et les feuilles, peuvent être employés avec succès au bou-

turage. |

Les Xylophylla fulcata, latifolia, angustifolia, ete., bouturés par leurs rameaux foliiformes ou fausses-feuilles, s’enracinent parfaitement, étant traités sous cloche et sur couche tiède. En même temps que la base développe des racines, l'extrémité continue de s’allonger, et bientôt le faux pétiole se trouve transformé en tige.

Les Phyllanthus mimosoïdes, tithymaloïdes, longifolius, ete., peuvent être également bouturés de leurs feuilles qui produisent des racines et des bourgeons ; seulement, au lieu de s’allonger comme les Xyloyhylla, elles produisent des bourgeons le long des faux pétioles, lorsque les folioles sont tombées. Ces sortes de boutures présentent des phénomènes vraiment dignes d’attention pour les physiologistes. En effet, bien qu’elles soient parfaitement enracinées, elles restent longtemps avant de donner naissance à des bourgeons ; au premier abord, on croirait qu’il n’y a aucun parti à en tirer; les folioles tombent et le pétiole ne présente plus, à première vue, aucun signe de vie; mais si on lui fait quelques incisions transversales, il se développe bientôt des bourgeons et des feuilles sur toute sa longueur.

Les plantes obtenues de cette facon auront besoin d’être soutenues pendant les premiers temps; car le pétiole n’offrirait pas assez de résistance pour soutenir sa tête. Au fur et à mesure qu’elle prendra du développement, on pourra faire des incisions longitudinales sur le pétiole qui doit se transformer en tige, dans le but de le faire grossir plus rapidement.

On renouvellera cette opération de temps en temps, jusqu’à ce qu’il ait

atteint une grosseur égale à la partie supérieure; alors le pied aura assez de résistance pour soutenir sa tête, ct pourra dès lors se passer de tuteur.

Lorsque les rameaux foliiformes donnent naissance à plusieurs bourgeons, on fera bien de n’en laisser qu'un sur le pétiole, pour qu'il se transforme en tige, et de supprimer les autres pour les bouturer.

28. Boutures de feuilles pourvues d’un œil à la base. — Ce mode de bouturage consiste à prendre une feuille, à laquelle on conserve un œil et une portion du bois. On la plante en pot ou en pleine terre, à l’étouffée sur une couche appropriée à la nature de la bouture. C’est surtout pour le Ficus elastica que ce mode de bouturage est pratiqué en grand. Néanmoins, il présente quelques difficultés; c’est-à-dire qu’il arrive souvent

que l'œil qui se trouve enterré reste latent, ou ne se développe que la deuxième ou troisième année. En présence de pareilles circonstances, nous croyons qu'il vaut mieux faire les boutures entières que de les diviser par feuilles isolées. On obtiendra, il est vrai, moins de plantes à Ja fois, mais au moins on pourra s’en servir de suite; tandis qu'avec les boutures à une feuille, on est exposé à attendre plusieurs années avant de pouvoir s’en servir.

29. Boutures de feuilles proprement dites. — La faculté qu'ont les feuilles de développer des racines, et de reproduire ainsi le végétal est connue depuis longtemps déjà. Cependant André Thouin, dans son Cours de Culture (t. I, p. 546), nous apprend qu’Olivier de Serres n’en fait aucune mention, et que Agricola, auteur d’un ouvrage sur la multiplication des végétaux, en attribue l'invention à Frédéric, célèbre jardinier d’Augsbhourg, et cite A. Mendirola comme le premier auteur qui l'ait décrite et publiée dans un livre imprimé dans le XVI: siècle. Le même Agricola a fait connaître, dans son Agriculture parfaite(l), les procédés au moyen desquels il était parvenu à faire servir les feuilles d’une grande quantité d'espèces d'arbres et arbustes à leur multiplication.

Plus tard, le célèbre docteur John Lindley (2) rapporte « qu’au commencement du siècle dernier, Richard Bradley, membre de la Société royale d’Horticulture, publia une traduction de l’allemand de ce même Agricola, d’un livre sur la propagation des plantes par feuilles, dans lequel l’auteur avance qu’au moyen d’un mastic de son invention, les pétioles des feuilles de toute plante, trempés à leur cxtrémité dans cette préparation, émettent immédiatement des racines. Le livre fut orné de planches sur cuivre figurant à la fois Ie procédé et son résultat, sous la forme de terrains plantés de feuilles d'Orangers se développant en arbre. »

« Bien que cet ouvrage füt tout à fait absurde, néanmoins il donna probablement lieu à la découverte que les feuilles et certaines plantes placées dans des conjonctures spéciales reproduisent l'individu végétal. Le même auteur nous apprend que Hedwig remarqua que des feuilles de Couronne impériale, mises en presse, produisirent des bulbes à leur surface. Auguste Saint-Hilaire mentionne un exemple de bourgeons produits sur des fragments de feuilles d'un Theophrasta qui avaient été plantés par Neumann, jardinier en chef au Jardin des plantes de Paris. On rapporte aussi que Henri Cassini vit des feuilles de Cardamine pratensis produire également de jeunes individus. Turpin nous dit que des fragments de Cresson (Nasturtium officinale), qui avaient été coupés par

(1) Voyez Agriculture parfaite ou nouvelle découverte touchant la culture et la multiplication des Arbres, des Arbustes et des Fleurs, etc., par Acricoca. Edition de Pierre Coup ; Amsterdam, 1755.

(2) Théorie de l’horticulture, p. 228.

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une espèce de Phrygane pour en faire son nid, produisirent de leur base et au-dessous du pétiole commun, d’abord deux ou trois racines incolorss, puis, dans leur partie centrale, un petit bourgeon conique qui donna peu à peu naissance aux organes aériens d’un autre individu, tandis que les racines se multipliaient et s’allongaient. (Comptes rendus de l’Acud., 1839, sem. 2, p. 458.)

« Flourens parle aussi d’un Pourpier dont les feuilles coupées en trois donnèrent naissance à un grand nombre d'individus. Knight rapporte que des feuilles de Menthe (entha piperita) furent placées dans de petits pots, couvertes de cloches et soumises à une chaleur artificielle; elles produisirent des racines et vécurent pendant douze mois, en revétant presque le caractère des feuilles d'arbres toujours verts, etc.

D'un autre côté, Decandolle dit(l) que Dupetit-Thouars nous apprend que Mandirola, dans son Manuel dei Giardinieri, publié en 1652, annonça le premier qu’une feuille d’Oranger, mise en terre, y pousse des racines, fait qui fut confirmé en 1716 par Munchhausen, et en 17381 par Mustel.

Enfin André Thouin nous apprend encore que « le célèbre Charles Bonnet, de Genève, a fait un grand nombre d’expériences sur les feuilles; il a prouvé que plusieurs d’entre elles sont susceptibles de produire des racines. Il en obtint des feuilles de la Belle de nuit, de la Mélisse et du Haricot (2); mais ces racines ne donnèrent pas lieu à la production de bourgeons qui pussent servir à la multiplication de ces plantes.

« De nouvelles expériences faites en 1806-1807 par Noisette et dans le jardin du Muscum, démontrent que les feuilles dépourvues de leur gemma poussent non-seulement des racines, mais même des bourgeons qui fleurissent, fructifient, et donnent des semences fertiles. »

Enfin, des expériences très-récentes faites par M. Carrière () nous montrent que les feuilles des Francou, Cotyledon, Adhatoda, Passiflora alata, Melastoma cymosa, Hyacinthus, etce., se sont enracinées et ont donné ensuite naissance à des organes foliacés.

Les feuilles de la plupart des végétaux étant bouturées et traitées sous l'influence de circonstances favorables peuvent donc reproduire l'individu végétal. Bien que la plupart d’entre elles émettent promptement des racines, nous avons remarqué qu'un grand nombres restent longtemps avant de produire des bourgeons. Elles forment à la base de leur pétiole un amas d’utricules d’où plus tard naissent les bourgeons.

Sur un certain nombre d'expériences que nous avons faites relativement

(1) Decandolle, PAysiologie végétate. p. 677. (2) Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes et sur quelques autres sujets à relatifs à l’histoire de la végétation, édition de Gættingue et Leyde; 1754, 1 vol. in-4° de vi et 545 pages avec 51 planches; ou Bonner, OEuvres complètes, II. pp. 179-459. (5) Guide pratique du Jardinier multiplicateur, p. 540. <

au bouturage des végétaux par leurs feuilles, les suivantes ont donné lieu à des résultats satisfaisants, en produisant peu de temps après des utricules à la base du pétiole, puis des racines et ensuite des bourgeons. Ces faits ont eu lieu pour l’Ardisia hymenandra, le Franciscea Lindeni, le Beaumontia speciosa, le Stillingia cochinchinensis, le Bredia hirsuta, le Croton pictum, le Guarea trichilioides, le J'atropha Curcas, le Cephælis Ipecacuanha, le Biophytum sensitivum, lHebeclinium panamense, le Gymnostachyum Verschajfelti, le Fitionia argyroneura, les Peperomia argyræa, acuminata, arifolia, ete, le Siillingia sebifera, le Clianthus magnificus, les Clerodendron speciosum, fallax et macrophyllum, l’Erunthemum sanguinolentum, l’Heterocentrum roseum, l'Oxymeris Schlinii et le Tacca crisiata (appartenant à lembranchement des Monocotylédones).

Toutes ces feuilles produisirent promptement des bourgeons du tissu cellulaire aggloméré à la base de leur pétiole, peu de temps après la production de racines; tandis que d’autres qui ont été faites en même temps, et qui sont enracinées depuis plus d’une année n’ont encore produit aucun résultat, bien qu'elles aient continué à développer une grande quantité de racines : Les Æoya carnosa, Ficus elastica, Eucalyptus gigantea, Hypophyllanthus Lindeni, etc., sont dans ce cas. Nous avons eu de ce dernier des feuilles enracinées produisant pendant plusieurs années de suite, et à Ia même époque, de grandes et belles fleurs blanches, accompagnées de bractées vertes vers le milieu du pétiole de la partie inférieure de la feuille, et ne produisant aucun bourgeon.

Sur le pétiole cnraciné de l'Eucalyptus giganteu nous avons greffé un petit rameau de la même espèce. Il s’est parfaitement soudé ct a végété dans cet état, absolument comme une plante qui provient de semis. Vers la fin de la deuxième année, ce pétiole avait acquis une consistance ligneuse comme celle du bois. Ce fait, nous le croyons, est de nature à intéresser les physiologistes puisqu'il tend à démontrer que les feuilles ne sont que des modifications des rameaux, des tiges, et des racines, et pourquoi elles peuvent servir à la reproduction de ceux-ci. Si on réunissait un certain nombre d'exemples de ce genre relativement aux rameaux et aux feuilles, en passant par les rameaux foliiformes, etc., on verrait bientôt que les diverses parties des végétaux ne sont qu'une longue chaîne de formations qui ne diffèrent entre elles que par la facon dont elles sont constituées.

Ce procédé de greffer des rameaux sur le pétiole des feuilles pourrait également rendre de grands services à l’horticulture, surtout pour propager les espèces. de végétaux qui sont rebelles au bouturage. Aïnsi, l'Eucalyptus gigantea, dont nous n'avons jamais pu faire enraciner aucune bouture, a pu être multiplié de cette façon; le Pavetta indica, et le Zygophyllum arboreum l'ont été également par ce procédé.

Des plantes telles que Hemionitis palmata, Chirila sinensis, Bryophyllum macrophyllum, Bredia hirsuta, les Begonia, les Sedum, le

Phyllagathis rotundifolia, etc., produisent au contraire des bourgeons sur toutes les parties de leurs feuilles. Il suffit pour cela d’en placer les feuilles sous l’un des châssis de la serre à boutures et de les fixer sur le sol à l’aide de quelques crochets, en leur donnant le degré nécessaire de chaleur, d'humidité, de lumière etc., pour qu'elles donnent bientôt naissance à des bourgeons et à des feuilles. Lorsque ces bourgeons sont suffisamment développés, on les enlève avec la pointe d’une greffoir et on les empote séparément dans des godets, en ayant soin de les tenir, pendant quelques jours encore, sous châssis, jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement enracinés; puis on peut les traiter comme de jeunes plantes ordinaires.

50. Boutures de lanières de feuilles. — Des plantes telles que les Gloxinia, Gesneria, Phyllagathis rotundifolia, Bryophyllum, Begonia, etc., qui émettent des racines et des bourgeons jusque sur la moindre portion de feuille, peuvent être divisées en autant de lanières ou fragments qu’elles ont de nervures.

On plante chaque morceau en pleine terre sous les chassis de la serre à boutures, dans des terrines, ou simplement dans des pots, où bientôt chaque fragment développe des racines, et plus tard des bourgeons; on les tient encore quelques jours à l’étouffée, et on les abandonne ensuite à la température de la serre. |

51. Boutures de folioles. — Des végétaux à feuilles composées, comme le Carolinea insignis, l'Eriodendron anfractuosum, le Guarea Liboniana, le Spathodea lœvis, le Cicca disticha, ete., peuvent se reproduire par leurs folioles. Après avoir coupé celles-ci vers leur base, on les plante dans de petits godets, en les plaçant sous cloche tiède où bientôt elles produisent des racines. Ensuite, on les empote séparément, et on continue à les cultiver sous les châssis de la serre à boutures, du moins les plus délicates, en attendant qu’elles produisent des bourgeons le tissu cellulaire qui s’est formé à leur base.

Les folioles destinées à être bouturées devront être prises aussitôt qu’elles ont atteint leur complet développement; si on attendait le moment où elles commencent à jaunir, elles n'auraient plus assez de force vitale pour reproduire la plante.

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