‹ La Belgique horticole (volume 4)Chapitre 97 sur 173 · E. CHEVREUL · texte numérisé non relu

E. CHEVREUL

« L'Académie a décidé que la protestation de M. Chevreul serait imprimée en tête du compte rendu de ses séances, cet, de son côté, l’assemblée des professeurs du Muséum a décidé qu'un monument en marbre serait placé dans les galeries de l'établissement, entouré des projectiles, et porterait pour inscription la protestation de son directeur. »

Les jardins publics et particuliers de Paris et de sa banlieue ont éprouvé de grands dommages. On nous a cité l'établissement de Messieurs Croux et Durand comme ayant été ravagé. Le jardin du Luxembourg, l’Avenue de l’Impératrice, le Bois de Boulogne, ont subi de grands dommages. D'un autre côté, pendant le siége, MM. Decaisne et Joigneaux ont appliqué leur connaissance et leur expérience à la production intensive des légumes de primeur.

Paris, le 19 février 1871.

Le Muséum malgré le bombardement qui l’a atteint pendant 18 jours, n’a éprouvé de pertes graves que dans les serres. Celles-ci, sans éprouver de dommages dans leur construction, ont perdu leur vitrage par la détonation des obus qui ont éclaté dans leur intérieur ou près d'elles. Le froid, pendant 12 heures, a fait périr beaucoup de plantes, Orchidées,

Pandanées, etc.

Les galeries, laboratoires, habitations, ont recu leur part des 87 obus tombés dans l'étendue du Muséum, mais sans grand dégât. Aucun professeur ni employé n’a été atteint. Aussi les malheurs particuliers du Muséum sont peu de chose comparés aux malheurs publics dont nous ne connaissons pas encore toute l’étendue.

Que nous sommes loin des splendeurs de 1867 !

L'extermination du Souci des champs (Chrysanthemum segetum), jadis ordonnée par la loi en Écosse, est encore obligatoire en Danemark. Une loi analogue est en vigueur à la Nouvelle-Zélande. Dans certains districts de cette colonie, c’est un délit que de ne pas s'opposer à la végétation des chardons. L’année dernière, dans la colonie de

Lyttelton, la justice a instruit contre un gentleman qui avait négligé l'arrachage de ses chardons, après avoir été requis d'y procéder, En vain le défendeur a-t-il fait valoir qu’il avait employé pendant dix jours des ouvriers pour arracher ces mauvaises herbes et que des ânes étaient parqués sur le sol pour les brouter. Le juge fut d’avis que ces mesures n'avaient pas été suffisantes depuis la date du procès-verbal et a condamné le délinquant à une amende de 5 schellings par jour de retard.

Le Bulletin de la Fédération pour 1869 a été publié récemment. Ce volume contient d’abord les documents habituels concernant les Sociétés horticoles de la Belgique et de l'étranger qui sont réunies en fédération. On y remarque l'éloge de M. V. vanden Hecke de Lembeke par M. de Cannart d'Hamale, ct la biographie de l’ancien président de la Société de Gand, par M. Rodigas. Deux mémoires terminent Île volume, l’un par M. G. Delchevalerie, sur les Jardins et les Champs de la vallée du Nil, l'autre, par M. A. Wesmael, sur les Chênes d'Amérique cultivés en Belgique. Ces travaux sont également utiles et intéressants. La Fédération encourage ainsi les travailleurs; par son initiative et par son activité elle donne à l’horticulture belge de la cohésion et de la puissance. Ses publications deviennent vraiment importantes. Partout elle est appréciée et honorée. Les organes les plus autorisés de la publicité horticole ne cessent de lui donner des témoignages de sympathie. Ce nouveau volume est le dixième des Bulletins, sans compter ceux qui ont été consacrés au Congrès de Namur, au Congrès de Bruxelles et aux Floralies russes.

L'herbier des Glumacées de Belgique que publient Messieurs À. Cogniaux et E. Marchal vient de s'enrichir d’un deuxième fascicule. Nous nous sommes fait un devoir de signaler cette publication dès son origine. (Voy. la Belgique horticole, 1869, p. 199, et 1870, p. 7); la connaissance des graminées intéresse tout le monde, paysan et savant. L'œuvre de MM. Cogniaux et Marchal est aussi remarquable au point de vue scientifique que pour son utilité pratique. On nous a demandé maintes fois un moyen sûr et facile de connaître la végétation fourragère du pays : ce moyen existe maintenant par l’herbier des Glumacées. Tout le monde peut se le procurer grâce au désintéressement absolu des

jeunes savants qui l’ont entrepris et qui en ont fixé le prix à 8 francs

le fascicule.

Chaque étiquette fournit des renseignements concis et utiles. Les herbes les plus communes y figurent et aussi les espèces les plus rares : nous citerons parmi ces dernières les Vulpia reclinata et sciuroïdes, le Michelaria eburonensis, le Lagurus ovatus à l'état spontané, le Festuca arduenna, etc. Mais ici c’est moins aux savants botanistes qu’aux pro-

priétaires, aux agronomes, aux amateurs et aux étudiants que nous plaisons à faire connaître l'excellente publication de MM. Cogniaux et Marchal.

ME. F. A. W. Miquel, professeur de botanique à l’université d'Utrecht, vient de mourir le 23 janvier 1871. C’est une grande perte pour la science et pour ses nombreux amis. M. Miquel était aussi distingué par les qualités du cœur que botaniste éminent par les qualités de l'esprit. Il inspirait autant d’estime que de sympathie. Il a publié grand nombre d'ouvrages importants particulièrement sur les Cycadées, les Casuarinées, les Pipéracées, les Morées et sur la végétation des Indes néerlandaises. Il était directeur du Musée botanique de Leyde. Sa bienveillance était extrême. Nous conserverons toujours le souvenir du congrès d’Amsterdam, en 1865, auquel il assistait.

M. Miquel est déjà remplacé à Utrecht par M. Rauwenhoff.

Ruprecht, né à Prague en 1814 est décédé à St Pétersbourg, le 4 août 1870. Il fut, en 4839, attaché au Gouvernement russe en qualité de conservateur du Musée botanique de l’Académie Impériale des sciences à St Pétersbourg et, pendant quelque temps, directeur-adjoint du jardin botanique. Il accomplit, à partir de 1841, des voyages d’exploration dans la Sibérie, le Caucase et la Russie d'Asie; il a réuni d'importantes collcctions scientifiques et attaché son nom à la découverte de beaucoup d'espèces nouvelles.

Le D: Figari-Bey est décédé à Gènes à la fin de l’année 1870. Ce savant, d’origine italienne, était fixé en Egypte depuis longtemps ; il a publié un grand nombre de travaux sur la géologie et la flore de cette région. Il jouissait, avec raison, de la confiance de S. A. le Khédive. Il avait été, en 1867, attaché à l'exposition universelle de Paris en qualité de délégué de l'Egypte.

Les poupées des chenilles donnent-elles un pronostic de l’hiver ? Nous extrayons sur ce sujet intéressant quelques observations judicieuses d’une lettre que M. J. Belleroche nous a fait l'honneur de nous écrire d'Anvers :

« On peut se laisser surprendre par un ouragan, un orage, mais ne pas prévoir la possibilité d’un froid excessif, c’est de l’incurie en jardinage. D'ailleurs il y a des signes précurseurs d’un pareil évènement. Par exemple, avez-vous remarqué l'énorme épaisseur et la solidité des « poupées, » fixées à l’extrémité des branches des pommiers et des poiriers? On y trouve des paquets de jeunes chenilles parfaitement vivantes.

« Il y a peut-être un peu de superstition à ajouter foi à ces pronostics, car comment supposer qu'un chétif insecte puisse prévoir ou pressentir

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